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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 10:40

 

 

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au service planète, évoque un article de la revue « Science », qui rapporte un effondrement du monde des invertébrés. Le principal suspect ? Les pesticides.

LE MONDE | 29.05.2017  | Par Stéphane Foucart (journaliste au service Planète)

 

La revue Science publie ce mois-ci un article au titre surprenant. « Mais où sont passés tous les insectes ? », s’interroge le célèbre périodique. Cette question inquiétante effleure parfois les automobilistes de plus de quarante ans, ceux qui se souviennent que, jusque dans les années 1990, au moindre déplacement, leur pare-brise était constellé d’impacts de bestioles. Il est aujourd’hui, le plus souvent, immaculé.

« J’ai tendance à ne me fier qu’aux données scientifiques, mais quand vous réalisez que vous ne voyez plus tout ce bazar [sur votre pare-brise], ça vous prend aux tripes », dit l’entomologiste Scott Black, directeur de la Xerces Society for Invertebrate Conservation et cité par la revue.

De fait, qu’on soit sensible ou non à la préservation de l’environnement, être frappé par la révélation de ce crépuscule des insectes laisse un puissant sentiment d’inconfort. On cherche à se rassurer comme on peut : peut-être les automobiles d’aujourd’hui sont-elles simplement plus aérodynamiques. Hélas ! Scott Black s’est aussi posé la question et s’est souvenu qu’adolescent, en 1969, il conduisait une superbe Ford Mustang qui malgré sa ligne effilée « devait être tout le temps nettoyée ». A l’inverse, l’un de ses collègues possède aujourd’hui « une Land Rover à l’aérodynamique de réfrigérateur » dont le pare-brise demeure désespérément vierge…

La science a toutes les peines du monde à quantifier cette discrète disparition. Au cours des dernières décennies, seules de très rares mesures de l’abondance des invertébrés ont été conduites. Probablement parce que l’intérêt scientifique de telles expériences était jugé faible, nul ne pouvant imaginer que ce vaste monde grouillant et bourdonnant puisse un jour connaître un effondrement aussi radical et rapide que celui observé aujourd’hui, sur tous les continents.

Désastre

Effondrement : le mot n’est-il pas un peu fort ? Les maigres données disponibles permettent d’en juger. En 1989, raconte Science, des entomologistes de la Krefeld Entomological Society posaient une série de pièges dans une zone humide, la réserve naturelle d’Orbroich Bruch (Allemagne), et mesuraient la quantité de bestioles récupérées. En 2013, le même dispositif expérimental indiquait une réduction de 80 % de la biomasse d’insectes piégés. En vingt-cinq ans, les quatre cinquièmes des insectes de la zone s’étaient volatilisés.

Les scientifiques étant par nature très conservateurs, tout résultat trop spectaculaire est soupçonné de biais ou d’erreur. Aussi les entomologistes allemands ont suspecté que l’année 2013 était inhabituellement catastrophique. Ils sont donc revenus avec leurs pièges, sur la même zone, l’année suivante. Et ils ont retrouvé des résultats semblables…

Que s’est-il passé, pour qu’un tel désastre se produise en si peu de temps ? Le principal suspect, note Science, est cette famille d’insecticides – les fameux néonicotinoïdes – utilisés directement sur les semences et déployés de manière préventive et systématique sur des millions d’hectares de grandes cultures depuis le milieu des années 1990.

Leur usage est restreint en Europe depuis quelques années, mais certains de ces produits persistent longtemps dans les terres agricoles, imprègnent désormais aussi les cultures non traitées, la flore sauvage… Le déclin des abeilles n’est, de toute évidence, que la (petite) partie émergée d’un grand iceberg.

Mais, disent les agrochimistes qui commercialisent ces produits, il faut bien nourrir l’humanité. Ces produits font-ils vraiment grimper la production agricole autant qu’ils sont censés le faire ? C’est la partie la plus tristement comique de cette histoire. Car cette raréfaction silencieuse de l’entomofaune n’est pas seulement une perte pour les écologistes et les amoureux de systématique. C’est aussi un problème pour les agriculteurs. Ce fait est illustré par une étude publiée fin avril par la revue Arthropod-Plant Interactions, et passée inaperçue.

Intense lobbying des industriels auprès de l’UE

Heikki Hokkanen, Ingeborg Menzler-Hokkanen et Maaria Keva, de l’université d’Helsinki, ont examiné l’évolution de long terme des rendements de cultures entomophiles (dépendant des insectes pollinisateurs) dans les régions finlandaises. Ce qu’ils montrent est qu’une culture comme la navette – un oléagineux proche du colza – voit ses rendements décroître depuis 1993. Au milieu des années 1990, soit au moment où étaient déployés ces « néonics », on en récoltait en Finlande une moyenne de 1,7 tonne à l’hectare, contre 1,2 tonne aujourd’hui.

En analysant ces variations région par région, les trois chercheurs observent que c’est dans les zones où l’usage des néonicotinoïdes a été le plus intense que le déclin des rendements est le plus important. Quant aux cultures insensibles à la raréfaction des insectes (orge, blé, etc.), elles ne souffrent pas de telles chutes de productivité…

Sollicités par Le Monde, Vincent Bretagnolle (CNRS) et Bernard Vaissière (Institut national de la recherche agronomique), deux spécialistes de ces sujets, saluent ces travaux mais préviennent qu’ils ne sont que corrélatifs : ils n’apportent pas la preuve définitive de la causalité. Reste que, de toutes les variables examinées, écrivent les agronomes finlandais, « seule l’adoption des insecticides néonicotinoïdes en traitement de semences peut expliquer la baisse de rendements dans plusieurs provinces [finlandaises], et au niveau national pour la navette, par le biais d’une perturbation des services de pollinisation par les insectes sauvages ».

Malgré un dossier de plus en plus indéfendable, les fabricants de ces substances sont bien décidés à les défendre bec et ongles devant le régulateur européen, pour les maintenir à toute force sur le marché. Une intense campagne de lobbying est en cours à Bruxelles et au parlement de Strasbourg — son issue sera très intéressante.

 

Glyphosate : Putain… 10 ans ! | Eric Andrieu, votre eurodéputé

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Bruxelles– Alors que la Commission européenne s’apprête à renouveler l’autorisation du glyphosate pour 10 années supplémentaires, les eurodéputés Marc Tarabella et Eric Andrieu ont reçu hier le soutien unanime des sociaux-démocrates européens.

Lors de la réunion du Collège des commissaires, qui s’est tenue mardi 16 mai à Strasbourg, la Commission européenne a soutenu, sans voter, l’idée d’une proposition d’approbation du glyphosate, substance active herbicide la plus utilisée dans le monde, pour dix années supplémentaires. Le texte doit être voté qu’après la publication de l’avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Les eurodéputés français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella dénoncent une décision aussi disproportionnée qu’inconséquente : « Il fallait oser ! La Commission s’essuie carrément les pieds sur la santé de 500 millions d’européens! »

Pour les deux eurodéputés socialistes : « Au-delà de la santé des agriculteurs et des consommateurs, se pose la question du rôle même de l’exécutif européen dans cette affaire. Censée être garante de « l’intérêt général » de l’UE, la Commission européenne se comporte davantage comme un bateau pirate que comme un phare dans la tempête.

Les deux membres de la Commission Agriculture du Parlement européen reprochent à la Commission européenne de « balayer d’un revers de bras les révélations apportées par le scandale des Monsanto papers et le litige en cours aux États-Unis changent dans le but de couvrir les agences européennes pourtant pointées du doigt à de nombreuse reprises. »

« Notre volonté n’est pas de porter atteinte aux agences européennes mais de connaître l’exacte vérité dans la conduite des études afin d’assumer au mieux notre responsabilité de co-législateur. La confiance aveugle de la Commission européenne et de son président dans l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a de quoi interroger ! », ajoutent-ils.

Parallèlement, les deux eurodéputés socialistes ont reçu mardi soir, l’appui de l’ensemble de leurs collègues socialistes et démocrates. « Les S&D qui constituent la deuxième force politique au Parlement européens sont désormais en ordre de bataille », se félicitent Eric Andrieu et Marc Tarabella.

Le Groupe socialiste proposera une question orale sur la question du glyphosate et des Monsanto papers avec une demande de débat à la Commission européenne pour le 12 juin prochain, suivie d’une audition conjointe des commission de l’Environnement et de l’Agriculture du Parlement européen. « Si nous n’obtenons pas une réponse satisfaisante de la Commission européenne, les socialistes et les démocrates, à l’unanimité, se sont accordés pour demander la création d’une commission d’enquête parlementaire ou d’une commission spéciale à ce sujet ».

 

Contact presse :

Raphaël Delarue, Assistant parlementaire d’Eric Andrieu : + 32 486 359 463

Emmanuel Foulon, Assistant parlementaire de Marc Tarabella : + 32 497 594 186

Le Monde · Il y

Ces révélations interviennent alors que la Commission européenne doit se prononcer sur la réautorisation du pesticide, le plus utilisé en Europe et dans le monde.

LE MONDE | 29.05.2017   | Par Stéphane Horel et Stéphane Foucart

 

C’est une lettre embarrassante qu’a reçue, lundi 29 mai, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Son auteur, Christopher Portier, toxicologue et biostatisticien de renommée mondiale, ancien directeur de plusieurs institutions de recherche fédérale américaines, a eu accès aux données des études confidentielles sur le glyphosate – celles transmises par les industriels aux autorités européennes. Il y a découvert des informations passées jusqu’à présent inaperçues.

Selon M. Portier, la réanalyse de ces données met en évidence plusieurs cas de cancers dus au glyphosate, et qui n’ont pas été pris en compte par les agences d’expertise européennes. « Autant l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments] que l’ECHA [Agence européenne des produits chimiques] ont échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d’augmentation d’incidence de cancers, dans les études menées sur les rongeurs », précise M. Portier au président de l’exécutif européen.

Le glyphosate – le pesticide le plus utilisé au monde et principal ingrédient du célèbre herbicide Roundup – est au centre d’une bataille d’experts depuis plus de deux ans. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancers – l’a classé « cancérogène probable » en mars 2015, alors que l’EFSA et l’ECHA estiment qu’il ne présente pas un tel danger.

 

Réautorisation en question

Après 24 mois de polémiques, l’affaire touche à son terme : la Commission européenne a proposé, le 16 mai, une réautorisation pour dix ans de la substance controversée. Le scientifique américain demande toutefois à M. Juncker de « s’abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate » jusqu’à ce que les nouveaux éléments mis au jour soient inclus dans l’évaluation européenne.

Pourquoi un tel embrouillamini ? Pour comprendre, il faut savoir que les agences de sécurité sanitaires, comme l’EFSA ou l’ECHA, fondent principalement leurs opinions sur des études confidentielles, fournies par les industriels. Généralement, nul autre que les experts de ces agences ne peut y avoir pleinement accès. Mais la polémique autour du glyphosate a défait les habitudes.

« Après l’avis du CIRC, fondé, lui, sur des études publiées, il n’était plus tenable pour l’EFSA et la Commission de maintenir que les preuves de la non-cancérogénicité du glyphosate étaient des données industrielles auxquelles personne ne pouvait accéder, explique Martin Pigeon, chercheur à Corporate Europe Observatory (CEO), une ONG bruxelloise. Nous avons donc fait une demande d’accès à ces documents, en décembre        2015, et obtenu l’accès aux données de trois études que nous avons transmis à des toxicologues, dont M. Portier. »

En mars 2016, après une réunion houleuse au Parlement de Strasbourg avec le directeur de l’EFSA, Bernhard Url, des eurodéputés écologistes requièrent de l’agence européenne la divulgation de plus de données encore. « Nous lui avons dit que nous considérons que des avis rendus sur la foi d’études secrètes n’ont aucune valeur scientifique, et les choses se sont assez mal passées, raconte la députée européenne Michèle Rivasi (EELV). J’ai expliqué au directeur de l’EFSA qu’il aurait des comptes à rendre si on réalisait dans quelques années que la réautorisation du glyphosate avait pu être responsable de morts ou de maladies. Nous avons finalement eu accès aux CD-Rom, sous certaines conditions. »

Examen des données brutes d’études industrielles

M. Portier confirme au Monde avoir été sollicité par un groupe de députés européens pour mener une réanalyse de cette grande quantité de données (chaque étude totalise plusieurs centaines de pages de chiffres et de tableaux).

Chercheur prolifique et ancien responsable d’organismes comme le National Toxicology Program (NTP), le National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) ou encore l’Agency For Toxic Substances And Disease Registries, M. Portier a donc passé en revue les données brutes d’une quinzaine d’études industrielles menées sur des rongeurs. « A ma connaissance, c’est la première fois que de telles données ont pu être réanalysées de manière indépendante », dit M. Portier au Monde.

« J’ai trouvé huit cas d’augmentation d’incidence significative de différentes tumeurs qui n’apparaissent dans aucune des publications ou des évaluations officielles présentées par l’EFSA et l’ECHA, écrit-il dans sa lettre à M. Juncker. Certaines de ces tumeurs étaient également présentes dans plusieurs autres travaux, renforçant encore la cohérence des résultats entre études. »

 

Les localisations cancéreuses mises en évidence par M. Portier incluent le poumon, le rein, le foie, la peau, la glande mammaire, la thyroïde ou encore les tissus mous (hémangiosarcome). « Je demande respectueusement aux agences impliquées dans l’évaluation du glyphosate de conduire leur propre analyse des localisations cancéreuses mentionnées [dans cette lettre] et amendent leurs conclusions en conséquence, plutôt que de simplement les ignorer », conclut M. Portier.

Les révélations au compte-gouttes des « Monsanto Papers »

De son côté, la Commission accuse réception du courrier. « La majorité des questions soulevées par la lettre concernant l’évaluation scientifique, la Commission demandera à l’EFSA et à l’ECHA de répondre, dit-on à Bruxelles. A l’heure actuelle, vu l’examen strict de toutes les informations disponibles qui a été conduit par les deux agences européennes, il n’y a pas de raisons de questionner les évaluations scientifiques du glyphosate menées par l’Union européenne. » L’EFSA, contactée par Le Monde, assure qu’elle « étudiera attentivement » les questions soulevées par M. Portier et qu’elle y « répondra en temps voulu ».


Le courrier du scientifique américain coïncide avec la publication au compte-gouttes, outre-Atlantique, des « Monsanto Papers », un ensemble de documents interne de la firme de Saint Louis (Missouri). Ceux-ci jettent une lumière parfois crue sur la manière dont Monsanto influence, de longue date, les agences d’expertise. « Avec mon collègue Eric Andrieu, dit l’eurodéputé belge Marc Tarabella (groupe Socialistes & démocrates), nous demandons la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les “Monsanto Papers” afin de déterminer les responsabilités de chacun dans ce qui ressemble de plus en plus à une mise en danger de la santé de 500 millions de citoyens européens. »

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 03:52

Norvège: la réserve mondiale de graines de Svalbard menacée d'inondation à cause de la chaleur

La réserve de Svalbard, en Norvège, censée protéger les semences mondiales de toutes les catastrophes, est elle-même menacée par le réchauffement climatique. Le gouvernement norvégien a pris des mesures pour la protéger

Pour l'heure aucun graine n'a été perdue mais l'alerte a été chaude. La réserve mondiale de semences du Svalbard installée au cœur du permafrost de l’île norvégienne du Spitzberg, au-delà du cercle arctique, menace d'être inondée… par de la glace fondue. 

Il s'agit une chambre forte souterraine, creusée à même la montagne, destinée à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète et ainsi de préserver la diversité génétique. L'entrepôt principal, protégé par de lourdes portes blindés, a par ailleurs été surnommé "Chambre forte du jugement dernier" en raison de sa capacité à résister aux tremblements de terre (l'activité sismique est d'ailleurs quasi-nul au Spitzberg), aux guerres et... au réchauffement climatique. Plus de 4,5 millions de semences peuvent ainsi y être stockées en toute sécurité, assurant des conditions de conservation optimales à une température de -18°C. Du moins théoriquement.

Le gouvernement norvégien a fait part dans un communiqué publié dimanche 21 de plusieurs améliorations à venir autour de la réserve mondiale de semences. Celle-ci a été récemment été endommagée en raison d'une augmentation des températures ayant causé des fuites d'eau, notamment à l'entrée du lieu.  

Des mesures d’urgence -comme le creusement de tranchées pour dévier l’eau ou le retrait des équipements électriques de l’entrée du tunnel- ont été prises.

Cette Arche de Noé végétale devrait permettre de compenser la destruction d'une banque de gènes à Alep, du fait du conflit syrien. La banque détruite comprenait des espèces résistantes à la sécheresse, potentiellement utiles pour des zones touchées par le réchauffement climatique en Afrique ou en Australie.  

Les dessous de la philanthropie

Entretien avec Linsey McGoey
par Marc-Olivier Déplaude & Nicolas Larchet, le 22 mai 
Dans cet entretien, Linsey McGoey s’interroge sur la nature des activités des organisations philanthropiques telles que la Fondation Gates et l’Initiative Chan Zuckerberg. Abordant les aspects problématiques du « philanthrocapitalisme », elle attire l’attention sur le manque croissant de transparence et de redevabilité de ces fondations.
 
Linsey McGoey est senior lecturer en sociologie à l’Université de l’Essex. Sa thèse de doctorat a été consacrée à l’étude des stratégies d’ignorance employées par les régulateurs britanniques lors des controverses suscitées par le lien entre des cas de suicide et la consommation d’antidépresseurs. Par la suite, elle a publié plusieurs travaux de recherche sur la sociologie de l’ignorance, et a notamment co-dirigé avec Matthias Gross le Routledge International Handbook of Ignorance Studies (2015). Depuis plusieurs années, elle se consacre à l’étude du « philanthrocapitalisme », et a publié en 2012 un article à ce sujet dans Poetics, « Philanthrocapitalism and Its Critics ». Elle a également publié en 2015 No Such Thing as a Free Gift : The Gates Foundation and the Price of Philanthropy, un ouvrage sur la Fondation Bill et Melinda Gates qui a été très bien accueilli par le public. Cette étude développe une critique minutieuse des politiques mises en place à travers le monde par la Fondation Gates dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture et de la santé.

La Vie des idées : De quelle manière votre intérêt pour le champ des « ignorance studies » s’est-il développé durant votre doctorat ?

Linsey McGoey : Lorsque j’ai commencé mon Master, je m’intéressais alors encore à certaines problématiques que j’avais étudiées lors de mon séjour en Amérique du Sud. Je m’intéressais à l’économie politique de la gouvernance de l’économie globale, ainsi qu’à certaines clauses de politiques économiques que le FMI souhaitait voir appliquer par plusieurs pays, comme l’Argentine. Cependant, mes recherches ont pris une toute autre direction lorsque j’ai commencé mon doctorat en sociologie, puisque j’ai désiré mener une étude très approfondie des institutions occidentales. Par conséquent, plutôt que de poursuivre mes recherches dans un cadre non-occidental, j’ai décidé de mener une étude, basée sur des entretiens, sur la réglementation des produits pharmaceutiques au Royaume-Uni, en partie parce que je m’inquiétais du degré d’influence politique des entreprises pharmaceutiques. J’ai eu la chance de faire mon doctorat avec Nikolas Rose, qui fut un excellent mentor et directeur de thèse. En m’intéressant à son travail, je me suis plongée dans l’étude de Michel Foucault. C’est par une lecture productive et presque volontairement erronée de certains des travaux de Foucault sur le lien savoir-pouvoir que j’ai été amenée à me pencher sur l’utilisation stratégique de l’ignorance. De la même façon, j’ai également lu le travail de Nietzsche (encore une fois avec profit et d’une manière légèrement contre-intuitive), en particulier Par-delà bien et mal lorsqu’il parle de cette sorte de réciprocité entre la volonté de savoir et la volonté d’ignorance. En m’appuyant sur cette expression de Nietzsche, « la volonté d’ignorance », j’ai commencé à aborder les organismes de réglementation des produits pharmaceutiques en adoptant une approche particulière consistant à se demander : « qu’essaient-ils de ne pas savoir ? » Ce n’est en effet pas dans leur intérêt institutionnel de reconnaître l’existence de certains phénomènes qui rendraient impossibles à exécuter les diverses missions qu’ils doivent assumer face à un grand nombre de publics (constituencies) différents. Ils doivent ainsi préserver la sécurité publique tout en apaisant les acteurs du secteur pharmaceutique. J’ai découvert qu’en raison de ce double besoin – ou de ce double souci –, ils essaient parfois de manière stratégique de ne pas prendre connaissance de certaines informations sur les effets indésirables des produits pharmaceutiques. Cela m’a amenée à travailler sur la sociologie de l’ignorance.

La Vie des idées : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à la Fondation Gates et aux soi-disant « philanthrocapitalistes » ?

Linsey McGoey : À la suite de mon doctorat, j’ai eu la chance d’obtenir un poste de chercheuse postdoctorale à l’université d’Oxford. J’ai travaillé au sein de deux centres de recherche. Au sein du Département de géographie, j’ai travaillé avec Andrew Barry qui a mené des recherches très importantes, visant à comprendre les jeux existants entre la culture du secret et celle de l’entreprise. Après ce travail postdoctoral avec Andrew Barry, je suis allée à la Saïd Business School, qui venait d’ouvrir ses portes à Oxford et qui disposait d’une division en science & technology studies, où travaillaient Steve Woolgar et Steve Rayner. J’étais très intéressée par la publication récente d’un ouvrage écrit par Matthew Bishop et Michael Green, Philanthrocapitalism : How the Rich Can Save the World. Ayant nourri depuis longtemps un intérêt pour les mouvements politiques et les mobilisations altermondialistes et m’y étant activement engagée, ayant également depuis douze ou treize ans suivi les politiques de gauche avant mon arrivée à Oxford, je fus assez étonnée de la manière assez positive dont Bishop et Green promouvaient cette notion de philanthrocapitalisme. Au sein de la Saïd Business School, ce phénomène était appréhendé d’une manière relativement dépourvue de scepticisme et de dimension critique. On y soutenait, de façon déconcertante, qu’il était possible d’associer le monde des organisations à but non lucratif et celui des entreprises capitalistes dans n’importe quel domaine. La description que Bishop et Green font du philanthrocapitalisme véhicule l’idée que les organisations à but non lucratif essaient de plus en plus d’appliquer des mécanismes d’organisation et des stratégies de maximisation des profits qui étaient jusqu’alors propres au monde de l’entreprise. Pour eux, le philanthrocapitalisme correspond essentiellement à l’idée selon laquelle le capitalisme est un phénomène naturellement philanthropique car il crée certaines formes de dynamisme qui stimulent la croissance économique, ce qui permet forcément d’obtenir des effets positifs pour tous. C’est ainsi qu’ils conçoivent la chose.

Ayant pour ma part depuis de longue date nourri un intérêt pour l’histoire du développement capitaliste ainsi que pour les approches économiques et politiques critiques du soi-disant laissez-faire des économies capitalistes, je demeurais résolument sceptique quant à l’idée que le capitalisme était lui-même, naturellement, un mode bénéfique, généreux, d’organisation économique. Je me suis donc mise à étudier le phénomène en conduisant des entretiens auprès d’un certain nombre d’institutions qui s’inquiétaient de l’influence grandissante de la Fondation Gates. J’avais besoin d’un exemple concret pour étudier le nouveau philanthrocapitalisme et j’ai choisi la Fondation Gates.

La Vie des idées : La création d’une fondation peut être envisagée comme une manière de produire de l’ignorance, de dissimuler des pratiques entrepreneuriales suspectes. Pourquoi avez-vous décidé de ne pas aborder ce sujet dans votre livre ?

Linsey McGoey : Pour de nombreuses raisons, j’ai volontairement décidé d’essayer de dissocier – ou du moins de ne pas associer – mon intérêt pour les utilisations productives de l’ignorance et mon travail sur la philanthropie que j’ai mené dans cet ouvrage particulier. La raison principale était que je désirais être lue par le grand public. Il y a donc très peu de théorie sociologique dans le livre sur la Fondation Gates. C’était la première fois que je m’efforçais d’écrire d’une façon plus journalistique et d’exprimer de la manière la plus limpide possible des idées qui auraient pu, de différentes façons, être contre-intuitives pour le grand public. Beaucoup de gens ne se doutent pas que des organisations philanthropiques, aussi admirées et reconnues que la Fondation Gates, puissent être à l’origine d’effets accidentels, en ce que certaines de leurs activités peuvent avoir des conséquences dommageables sur une population donnée, comme ce qui s’est passé lorsque la Fondation Gates a essayé de s’impliquer dans l’éducation publique aux États-Unis… Cela partait d’une bonne volonté : la Fondation Gates désirait améliorer les critères éducatifs, mais un certain nombre de mesures adoptées, comme les initiatives dans les petites écoles, la volonté de privatiser ou encore le soutien apporté aux charter schools, ont, à mon sens, eu des conséquences plus négatives que positives. En outre, quoique cela a été réalisé de manière plus explicite, la Fondation Gates a joué un rôle très important dans la tentative d’impliquer le secteur privé dans les politiques de développement : les actions menées par la fondation, bien intentionnées ou non, ont eu des conséquences assez catastrophiques pour certains milieux qui avaient tenté d’émettre des doutes sur cette philanthropie, mais dont les tentatives n’ont trouvé que peu d’écho auprès de la Fondation Gates. De même, ces milieux ne sont pas arrivés à faire reconnaître leurs inquiétudes auprès d’un public plus large, qui ne comprend souvent pas que des organisations philanthropiques puissent parfois perpétuer les inégalités ou asseoir le pouvoir des bienfaiteurs plutôt que promouvoir, d’une certaine façon, un plus grand degré de démocratisation. La complexité de ces questions les rendait si difficiles à expliquer de manière claire que j’ai volontairement décidé de ne pas aborder dans ce livre les utilisations stratégiques de l’ignorance.

La Vie des idées : Les fondations sont réputées pour fonctionner de manière opaque, ce qui rend tout travail sociologique à leur sujet très difficile. Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes chercheurs qui s’intéressent à ce domaine ?

Linsey McGoey : Il me semble que nous sommes confrontés à une situation qui se complexifie, en ce qui concerne l’accès aux dynamiques de prises de décision de ces institutions. Je pense que les problèmes liés à l’absence de transparence vont empirer dans les années à venir. Il faut donc être réaliste quant aux risques à venir. La majorité des entretiens reproduits dans mon livre n’ont pas été réalisés auprès d’employés de la Fondation Gates. Il est vrai que j’ai d’abord réussi à obtenir deux entretiens avec des employés de la fondation avant que mon autorisation d’accès ne soit révoquée. Mais ces entretiens ont été réalisés par téléphone, je ne me suis jamais rendue sur place et on ne m’a jamais permis de m’y intéresser de manière plus poussée. J’ai cependant réussi à obtenir des informations utiles à propos d’autres activités de la fondation auprès de personnes qui ont été affectées par ses pratiques. J’ai réalisé des entretiens auprès de l’Organisation mondiale de la santé, de Médecins Sans Frontières… en bref, auprès d’un certain nombre d’organisations qui font tout à la fois l’éloge de la fondation et expriment des inquiétudes à son sujet. Une autre façon d’avoir accès à des informations relatives à l’activité d’une fondation est de consulter leurs formulaires 990, rendus obligatoires par l’IRS (Internal Revenue Service, l’organisme américain de collecte des impôts). Malheureusement, contrairement aux fondations plus traditionnelles comme la Fondation Gates, une grande partie des nouvelles organisations philanthropiques ne vont pas être soumises à l’obligation de fournir des formulaires 990. Ainsi, l’une de mes plus grandes inquiétudes, si l’on prend par exemple l’Initiative Chan Zuckerberg, qui a été fondée en 2015 par Mark Zuckerberg, est qu’elle ne fonctionne pas de manière traditionnelle. C’est une société à responsabilité limitée, et en conséquence de sa création comme structure entrepreneuriale, elle n’est pas soumise aux mêmes règles de transparence que la Fondation Gates. Nous en apprendrons certainement beaucoup moins sur l’Initiative Chan Zuckerberg que ce que nous savons sur la Fondation Gates. Nous serons ainsi beaucoup plus dépendants de ce qu’ils choisiront de partager avec le public.

Il me semble qu’il faut aborder la question avec une attitude salubre de scepticisme. Les chercheurs doivent essayer de pousser le plus possible les médias traditionnels à adopter une approche plus critique des organisations philanthropiques. L’une de mes plus grandes découvertes, développée dans mon livre, a été de comprendre qu’au début du vingtième siècle, la nature et les intentions des organisations philanthropiques et des philanthropes – tels que Andrew Carnegie et John D. Rockefeller –, ont donné lieu à un débat public très animé et très virulent. Une centaine d’années plus tard, on ne retrouve presque rien de cet intérêt public, à l’exception notable des élections présidentielles américaines de 2016. Nous avons assisté à un intérêt soudain et un engagement public bienvenu quant à la politisation des activités de la Fondation Clinton et de la Fondation Trump. Cette volonté politique accrue offre aujourd’hui la possibilité au jeune chercheur de l’exploiter afin d’étudier les organisations philanthropiques et leurs effets, et de trouver des moyens de forcer ces organisations à répondre aux critiques qu’on leur oppose de manière ouverte. Si elles se prétendent bienfaitrices de l’humanité, elles peuvent atteindre ce but en s’ouvrant à des représentants du public, avec qui les fondations ont pu avoir des réticences à dialoguer dans le passé.

La Vie des idées : Contrairement aux institutions publiques, les organisations philanthropiques ne sont pas contraintes de rendre de comptes sur leurs dépenses et investissements. Comment expliquez-vous cette différence de traitement ?

Linsey McGoey : Cela s’explique par l’influence politique des bienfaiteurs qui ont réussi à convaincre les régulateurs que la démocratie prospère de manière plus efficace si plusieurs institutions poursuivent différents buts. Certains adoptent une position philosophique forte pour défendre l’exemption des organisations philanthropiques aux exigences de transparence auxquelles sont soumises les institutions publiques, des exigences auxquelles les instances élues doivent se soumettre. Pour ma part, je n’adhère pas à cette position philosophique. D’un point de vue normatif, je suis véritablement inquiète quant à la manière dont les philanthropes ont réussi à exploiter cette position politique défensive très discutable afin de n’être soumis qu’à très peu de surveillance de la part du public, qu’ils sont supposés servir. D’un point de vue historique, les quelques très rares réglementations auxquelles ont été soumises les fondations sont apparues lorsque, pour une raison ou une autre, il y a eu une volonté transpartisane pour définir les limites de certaines organisations, pour restreindre l’influence de certaines fondations. Dans les années 1950 et 1960, des conservateurs se sont inquiétés de l’influence de gauche qu’exerçaient, selon eux, certaines des principales organisations des années 1950, comme la Fondation Ford et la Fondation Rockefeller, qui, à leurs yeux, ne prêtaient pas suffisamment attention aux besoins du secteur privé aux États-Unis. Il s’est ainsi passé quelque chose de très inhabituel dans les années 1970 : le petit-fils de Henry Ford a démissionné, de manière très visible, du conseil de la Fondation Ford, en estimant que ses activités ne répondaient pas de manière satisfaisante au besoin de protéger le secteur industriel privé, ou de permettre aux organisations capitalistes de prospérer. Ses critiques concluaient plusieurs décennies de débat virulent durant lesquelles des porte-paroles et des élus conservateurs avaient défendu l’idée que les fondations devaient être soumises à certains contrôles. Cela a abouti à l’instauration de dépenses minimales, ce qui signifiait que les fondateurs ne pouvaient conserver indéfiniment les dotations sans les redistribuer aux membres du public. Cela a également conduit à l’obligation de déclarer toutes les subventions versées par l’intermédiaire des formulaires 990. À l’instar de chercheurs influents vivant aux États-Unis, je réclame depuis longtemps la mise en place d’une enquête menée par le Congrès, similaire à celles qui ont permis d’adopter la Loi sur la réforme fiscale de 1969 (1969 Tax Reform Act). Cependant, il me semble qu’il n’y a, en ce moment, que très peu de volonté de voir aboutir une telle réforme aux États-Unis. Les activités philanthropiques et caritatives de M. Trump lui-même sont évidemment incroyablement douteuses. De nombreuses interrogations ont été soulevées quant au fait qu’il ait jamais distribué de l’argent, et il n’a pas eu à rendre de comptes à ce propos. La tenue d’un débat politique à ce sujet dans les trois ou quatre prochaines années me semble donc hautement improbable.

La Vie des idées : Les philanthrocapitalistes présentent souvent leurs pratiques comme « nouvelles », alors que c’est loin d’être le cas. Comment interprétez-vous cette amnésie ?

Linsey McGoey : Ce qui est intéressant, à propos des nouveaux philanthrocapitalistes – de ceux qui se revendiquent philanthrocapitalistes –, est la manière qu’ils ont de proclamer leur propre nouveauté. Cette présomption est problématique, tout d’abord parce que les nouveaux philanthrocapitalistes insistent, comme jamais auparavant, sur la nécessité de mesurer l’impact de leurs donations et subventions. En outre, ils pensent que leurs efforts pour combiner les domaines du secteur privé et du secteur à but non lucratif ont quelque chose de révolutionnaire ou d’avant-gardiste. Aucune de ces positions n’est historiquement fondée ou correcte. Afin de réfuter cette idée de nouveauté qu’ils essaient d’exploiter ou de diffuser, il suffit simplement de repenser à deux mouvements-clés. Ainsi, John D. Rockefeller et Andrew Carnegie étaient littéralement obsédés par le désir de montrer l’impact de leurs activités philanthropiques. Ils souhaitaient très précisément séparer leur propre action caritative de la notion d’aumône inscrite dans la conception chrétienne de la charité, selon laquelle la générosité et le mérite résident dans le fait de donner, indépendamment de l’effet concret sur celui qui reçoit. Dans la théologie chrétienne, c’est l’influence sur celui qui donne qui importe. Carnegie comme Rockefeller étaient chrétiens, en particulier Rockefeller qui était un Baptiste pratiquant. Mais il estimait que cet ethos chrétien était peu satisfaisant du point de vue de la philanthropie. Il désirait calquer sa pratique du don sur les exigences de rendement et d’efficacité organisationnelle qu’il avait expérimentées dans le domaine des affaires. Il faisait partie en cela du mouvement dit de l’« efficacité » (« Efficiency Movement »), qui a pris de l’importance à la fin du 19ème siècle, et qui se fondait sur certains principes du taylorisme très influents dans tous les aspects du développement industriel. Les philanthrocapitalistes d’aujourd’hui ne reconnaissent absolument pas l’existence de cet Efficiency Movement qui s’appliquait spécifiquement aux activités philanthropiques il y a plus de cent ans. Je ne sais pas si leur amnésie de cet héritage historique est simplement le résultat d’une ignorance sincère, ou si cela est le produit d’une stratégie visant à retirer des profits politiques de leur apparence faussement révolutionnaire ou avant-gardiste. Il me semble important de faire connaître cette histoire afin de contredire l’idée que parce qu’ils appliquent de nouvelles méthodes, cela mènera forcément à des résultats positifs. En fait, il y a eu des tentatives combinant insistance sur l’efficacité et don philanthropique, et cela a parfois donné des résultats positifs. On a cependant constaté que, lors de la Grande Dépression des années 1930, l’absence d’un État fort pour soutenir et aider les individus les plus marginalisés par la crise économique a mené à la création d’une infrastructure étatique qui a joué un rôle majeur pour atténuer certains effets négatifs des activités philanthropiques, qui étaient en train de disparaître. Il n’y avait tout simplement plus assez d’argent pour financer ces activités. Ainsi, quelles que soient vos velléités d’efficacité en matière de don, le fait que vos efforts ne sont pas nécessairement durables a pour résultat qu’ils ne sont pas toujours aussi efficaces que vous voulez le faire croire

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 08:28

Semons des graines pour protéger les abeilles et insectes pollinisateurs.

Créons 1000 "Zone de BZZZ" et plus ! - Ulule

Autre article semblable mais au sujet duquel l'action citoyenne est périmée:

 

Sauvez les abeilles ? le peuple est invité à se prononcer

Jusqu’au 14 mars, les citoyens ont l’opportunité de se prononcer sur la mise en vigueur d’un traité visant l’interdiction nette de pesticides nocifs pour les butineuses. Mis en cause dans la disparition des abeilles, certains néonicotinoïdes récemment apparus pourraient bénéficier d’un sursis légal qui n’est pas justifié si ce n’est au nom du profit. Vous avez dès aujourd’hui l’opportunité de vous prononcer au sujet du décret, et d’interpeller le Ministère de l’Environnement sur l’interdiction totale de ces substances chimiques.

Consultation publique sur les néonicotinoïdes

Lancée en février dernier, une consultation publique est en cours, avec pour objectif de recueillir l’opinion des citoyens français quant à l’interdiction à venir de dangereux insecticides. Visant à l’élaboration d’un décret, la consultation a pour but de mettre au point la liste détaillée des substances qui se verront interdites au 1er juillet 2020. Il s’agit précisément de cibler les insecticides néonicotinoïdes, connus pour leur nocivité probable notamment envers les insectes pollinisateurs. Plus récemment, les effets des néonicotinoïdes sur la santé humaine ont été démontrés. D’après un rapport de l’AESA, ceux-ci ont une influence sur le système nerveux humain. Ils sont également largement incriminés dans la disparition de milliers de colonies d’abeilles par an rien que pour la France.

À l’approche du vote du décret, le Ministère de l’Environnement lance donc une consultation publique. Celle-ci fait écho à la pétition remise en juin 2016 à la Ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, au travers de laquelle plus de 600 000 personnes réclamaient l’interdiction de ces pesticides dès 2018. L’initiative du Ministère, relayée par Green Peace, propose la mise en application de l’interdiction sur la totalité des néonicotinoïdes appartiendrait donc en partie aux citoyens, directement concernés par la présence de substances nocives sur le territoire.

Sulfoxaflor et flupyradifurone, deux oubliés bien commodes

Cependant, l’association pointe aussi une lacune du décret prochainement voté : deux substances proches des néonicotinoïdes ne seraient pas concernées par l’interdiction à venir. Il s’agit du Sulfoxaflor et de la flupyradifurone, deux insecticides qui ont fait l’objet d’une enquête du Pesticide Action Network en 2016. Comme on peut le lire dans le rapport, cette enquête a notamment cherché à prouver que : « l’industrie pesticide essaye de masquer la réalité des faits derrière deux nouveaux produits chimiques similaires au groupe des néonicotinoïdes à l’origine de la décimation des abeilles à travers le globe ».

Afin de voir ces produits chimiques ajoutés à la liste de ceux qui se verront interdits des sols français à partir de 2020, les associations appellent donc les citoyens à s’exprimer auprès du gouvernement. Sans cette volonté populaire, ces produits chimiques resteront probablement utilisés dans l’agriculture industrielle qui couvre une large partie du territoire. Il est utile de rappeler qu’au travers des abeilles, c’est un large pan de la chaîne alimentaire qui est aujourd’hui encore conservée. En effet, 75% des cultures dépendent directement ou indirectement de la pollinisation.

La loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » votée l’été dernier a pour but de renouveler la vision de la biodiversité et les principes d’action qui doivent permettre sa protection et sa restauration au sein de l’État français. Le bannissement de substances reconnues comme hautement toxiques pour notre environnement et celui des animaux constitue un premier pas : il ne faut pas que les choses soient faites à moitié. Vous aussi, envoyez votre message au Ministère de l’Écologie et de l’Environnement en allant sur cette page.


Sources : Agriculture.Greenpeace.fr / LesÉchos.fr

 
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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:43

CHASSEUR-TUEUR-IMPOSTEUR ? -

Par : Kate Amiguet | Durée : 1h 05min 20sec Chaîne : Faune sauvage

Le film coup de poing qui dénonce l'atrocité et l'imposture de la chasse.
Un édifiant plaidoyer en faveur du monde sauvage.

Cette version du film est en basse résolution, mais vous pouvez commander le DVD ou le Bluray sur notre Boutique MART.

Si vous souhaitez organiser une projection privée ou publique, nous avons tout le matériel nécessaire. Il vous suffit de nous contacter au mail ci-dessus.

Ce film a nécessité plusieurs années de tournage et des mois de montage.
Pour soutenir nos actions sur le terrain et nous aider à faire des films pour faire évoluer les consciences, vous pouvez faire un don à la Fondation M.A.R.T. 1880 Bex Suisse - CCP 17-651235-3 IBAN CH 19 0900 0000 1765 1235 3 ou directement en ligne par paypal ici.

Inscrivez-vous à la Newsletter MART : http://www.mart.ch/inscription.html.


Avec la participation de :

Jacques Rime - artiste naturaliste
Allain Bougrain-Dubourg - président L.P.O.
Pierre Athanaze - Président Action Nature Rewilding France
Gérard Charollois - Président Convention Vie & Nature
Gottlieb Dandliker - Inspecteur faune Genève
Andrea Rutigliano - enquêteur C.A.B.S.
Audrey Teillet - bénévole cause animale
Jean-David Abel - France nature Environnement

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:16

Communiqué de presse

La Semaine des Semences Paysannes 2016, c'est parti !

A Aiguillon, le 12 septembre 2016,

Pour la 4e édition de la Semaine des Semences Paysannes, venez (re)découvrir en région les semences paysannes et les produits goûteux proposés par les membres du Réseau Semences Paysannes !

L'année 2016 a été émaillée de signaux inquiétants annonçant l'offensive des grands groupes agrochimiques pour faire déferler de nouveaux OGM (1) dans nos champs et nos assiettes. Ces multinationales, qui les développent activement, essaient par tous les moyens de contourner la réglementation européenne. Leur stratégie : faire croire que ces OGM "nouvelle génération" (2) n'en sont pas. Elles échapperaient ainsi à l'obligation coûteuse d'évaluation des risques, d'étiquetage et de traçabilité.

Ces nouveaux OGM n'existeraient pas sans la politique scandaleuse qui permet le brevetage du vivant : leur dissémination à l'insu des citoyens (paysans, jardiniers ou consommateurs), équivaudrait à programmer la disparition des semences paysannes !

La récente loi biodiversité n'a pas permis de répondre à l'ensemble de ces enjeux. Dans le cadre de la Semaine des Semences Paysannes du 16 au 25 septembre 2016, les paysans, jardiniers et artisans semenciers du RSP souhaitent envoyer un signal clair sur la nécessité d'un véritable débat citoyen et démocratique sur ces nouveaux OGM et réaffirmer l'importance des semences paysannes pour nourrir les peuples !

Retrouvez l'agenda de la Semaine des Semences Paysannes 2016 ici

Le Conseil d'administration du Réseau Semences Paysannes

Contacts

(1) Vaches sans cornes, micro-cochons, plantes cultivées soi disant résistantes aux maladies ou aux aléas climatiques, moustiques stériles, champignons non périssables... : la liste des applications chimériques des nouveaux OGM s'allonge et le marché s'annonce juteux.

(2) Il s'agit d'un ensemble de techniques qualifiées abusivement par l'industrie d' « édition de gènes ». Elles permettent d’activer ou d’inactiver une partie du génome, ou d’insérer un fragment d’ADN de la même espèce ou d’une autre espèce.

-Autre information par l'administration du blog,voici le nouveau numéro (n°142) d'Inf'OGM n°142:

Édito - État d’urgence vs. urgence d’informer

Le gouvernement français a décrété l’état d’urgence en novembre 2015 afin de lutter contre le terrorisme. Il est toujours difficile d’évaluer l’efficacité d’une telle mesure… On peut juste dire que l’état d’urgence n’a pas empêché que des actes barbares et sanguinaires se produisent sur le territoire français, et qu’il a profondément perturbé les actions militantes (...)

Le dossier :

Sauver la biodiversité cultivée ?

Sauvage ou cultivée, la biodiversité est en danger partout dans le monde. Autrefois, les paysans adaptaient leurs variétés à leur terroir, grâce à la sélection et l’échange des semences et des savoir-faire. Avec l’émergence des entreprises semencières et des lois qui les protègent, puis leur concentration, la biodiversité cultivée recule : certes, pour certaines espèces, on peut noter une augmentation du nombre de variétés dans le catalogue officiel des semences autorisées à la vente. (...)

Pourquoi sauver la biodiversité ?

Agriculture et biodiversité : une relation ambigüe

La biodiversité menacée par les droits de propriété

Comment enrayer l’érosion de la biodiversité cultivée ?

Biodiversité et droit : des avancées à approfondir

France : un demi-succès pour la loi biodiversité

Mobilisation - Des OGM commercialisés en France sans étiquetage

Les produits alimentaires fabriqués aux États-Unis sont à la mode en France. En témoignent la multiplication des magasins spécialisés à Paris et sur Internet. Or, ces produits ont souvent été élaborés à partir de maïs ou de soja étasuniens, donc très probablement transgéniques. Les consommateurs en sont-ils pour autant informés comme l’exige la réglementation européenne ? Inf’OGM et la CLCV Paris sont allées vérifier.

État des lieux - Cantines sans OGM, quelle réalité ?

Où en est le « sans OGM » en restauration scolaire ? Tel était le thème d’une enquête réalisée par Inf’OGM durant l’été 2016.

Fiche pratique - Comment étiqueter « sans OGM » ?

Depuis 2012, les agriculteurs et transformateurs français peuvent valoriser leurs produits en utilisant l’étiquetage « sans OGM ». Pour autant qu’ils en respectent les conditions...

Entretien - Des nanos en agriculture ?

L’Association de veille et d’information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanotechnologies (AVICENN) a pour objectif de favoriser le débat public et la transparence des responsables politiques sur le dossier des nanotechnologies. Rencontre avec Danielle Lanquetuit, membre fondatrice de l’association et Mathilde Detcheverry, rédactrice.

Lettre à un paysan de 90 ans

Fabrice Nicolino, journaliste indépendant et intransigeant, revient sur un siècle d’histoire de l’agriculture. Dans cette lettre ouverte à un paysan de 90 ans, il évoque, sans mâcher ses mots, mais avec précision, l’arrivée de la mécanisation, des intrants chimiques, la mise sous dépendance progressive des paysans. Le monde agricole s’est métamorphosé au point de devenir un « vaste merdier ».

Le nouveau journal d'Inf'OGM est disponible sur la boutique : http://boutique.infogm.org/

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 09:37

Ségolène Royal refuse l'autorisation d'un nouveau pesticide

Les abeilles ont une nouvelle amie : Ségolène Royal. La ministre de l’Environnement a décidé de s'attaquer au géant chimique Bayer en lui refusant l'autorisation d'un nouveau pesticide.

La page de l'émission : C'est notre Planète

par Virginie Garin , Loïc Farge publié le 07/09/2016 à 08:03

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C'est une bonne nouvelle pour les apiculteurs qui sont au bord du gouffre. La récolte de miel est catastrophique. Les pesticides ne sont pas la seule cause de la mort des abeilles - cette année, c'est plutôt la météo -, mais ils y contribuent. L'entreprise Bayer voulait mettre sur le marché un nouveau produit, un cousin du Gaucho, de la famille des néonicotinoïdes. L'entreprise a fait une demande a l'autorité compétente en France,l'Anses, qui a donné un projet d'avis positif. La ministre a dit non. Trop d'abeilles disparaissent. En plus, ces fameux néonicotinoïdes ont été récemment interdits dans la loi sur la biodiversité. En principe pas avant 2018, mais tant pis.

En attendant, pas question d'autoriser de nouveaux produits. Ségolène Royal a aussi décidé d'interdire le désherbant Roundup, en vente libre dans les jardineries. Il faudra s'adresser désormais pour en acheter à un vendeur conseil, un peu comme dans les pharmacies. Ces décisions contrarient évidemment les agriculteurs, qui parfois ne peuvent pas faire sans les pesticides. Mais Ségolène Royal a un autre argument : celui de la santé.

Il est compliqué pour l'instant d'évaluer les impacts exacts des pesticides que nous mangeons tous les jours en petit quantité. Il y a des doutes, pas de certitudes. C'est pourquoi aussi le ministère de la Santé, de son côté, va lancer une étude nationale dans toutes les zones viticoles de France, où sont largement utilisés ces produits. Une étude de grande ampleur pour savoir peut-être enfin s'il y a ou non un lien entre certains cancers des enfants et les pesticides.

  • La biodiversité mondiale disparaît à un rythme inquiétant
  • Adoptez des abeilles pour sauver la récolte de miel
  • Pesticides : 654.000 signatures pour sauver les abeilles
  • "Si les abeilles n'existaient pas, il ne resterait que le pain dans un hamburger"
  • Bilan de la cyberaction : Non à l'autorisation de deux nouveaux insecticides tueurs d'abeilles ! Mise en ligne du 05/09/2016 au 06/09/2016 Bilan de la cyberaction : Ségolène Royal refuse l'autorisation d'un nouveau pesticide

    Merci à tous de votre mobilisation qui a sans doute pesé dans la décision de la Ministre.

    C'est une bonne nouvelle pour les apiculteurs qui sont au bord du gouffre. La récolte de miel est catastrophique. Les pesticides ne sont pas la seule cause de la mort des abeilles - cette année, c'est plutôt la météo -, mais ils y contribuent. L'entreprise Bayer voulait mettre sur le marché un nouveau produit, un cousin du Gaucho, de la famille des néonicotinoïdes. L'entreprise a fait une demande a l'autorité compétente en France,l'Anses, qui a donné un projet d'avis positif. La ministre a dit non. Trop d'abeilles disparaissent. En plus, ces fameux néonicotinoïdes ont été récemment interdits dans la loi sur la biodiversité. En principe pas avant 2018, mais tant pis.

    En attendant, pas question d'autoriser de nouveaux produits. Ségolène Royal a aussi décidé d'interdire le désherbant Roundup, en vente libre dans les jardineries. Il faudra s'adresser désormais pour en acheter à un vendeur conseil, un peu comme dans les pharmacies. Ces décisions contrarient évidemment les agriculteurs, qui parfois ne peuvent pas faire sans les pesticides. Mais Ségolène Royal a un autre argument : celui de la santé.

    Il est compliqué pour l'instant d'évaluer les impacts exacts des pesticides que nous mangeons tous les jours en petit quantité. Il y a des doutes, pas de certitudes. C'est pourquoi aussi le ministère de la Santé, de son côté, va lancer une étude nationale dans toutes les zones viticoles de France, où sont largement utilisés ces produits. Une étude de grande ampleur pour savoir peut-être enfin s'il y a ou non un lien entre certains cancers des enfants et les pesticides.
    http://www.rtl.fr/actu/environnement/segolene-royal-refuse-l-autorisation-d-un-nouveau-pesticide-7784759585 Présentation de la cyberaction : La lettre qui a été envoyée :
    Monsieur le Président,

    Cette consultation lancée en plein été 4 jours après la publication de la loi sur la reconquête de la Biodiversité est une véritable provocation.

    Une étude parue le 31 aout montre que la survie des abeilles reines, et donc la production de nouvelles ouvrières, était fortement affectée par une exposition conjointe à un insecticide et au champignon parasite Nosema cerana.

    je vous demande donc de rejeter les deux demandes de mise sur la marché des insecticides Gaucho350 et Gaucho Néo déposées par la multinationale Bayer CropScience.

    Comptant sur votre écoute, je vous prie d'agréer, Monsieur le président, l'expression de mes sentiments distingués.

    Au cœur du mois d'août, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation et de l'Environnement (ANSES) a lancé une consultation "publique" en vue d'autoriser deux insecticides. Cette consultation se termine ce lundi 5 septembre.

    3745 participants

    De nombreuses études démontrent l'effet toxique des insecticides néonicotinoïdes. Chaque année, 300000 colonies d'abeilles disparaissent en France. Tout dernièrement, l'INRA a mis en évidence l'impact fatal de l'imidaclopride sur les reines. Or, c'est justement l'imidaclopride qui est utilisé dans les insecticides néonicotinoïdes que l'ANSES veut autoriser.

    Or, l'ANSES ne peut ignorer que la loi pour la reconquête de la Biodiversité a été publiée au Journal Officiel le 08 août 2016. Cette loi interdit dès 2018 l'utilisation des insecticides...

    Pourtant et sans perdre de temps, l'ANSES a mis en ligne une consultation le vendredi 12 août (veille du pont du 15 août !) en vue d'autoriser l'utilisation de deux insecticides ! Cette consultation se termine le 05 septembre à minuit !!!

    Une étude parue le 31 aout montre que la survie des abeilles reines, et donc la production de nouvelles ouvrières, était fortement affectée par une exposition conjointe à un insecticide et au champignon parasite Nosema cerana.
    http://www.lafranceagricole.fr/actualites/abeilles-insecticide-parasite-un-cocktail-fatal-1,0,2483140017.html

    Nous invitons tous ceux qui le peuvent à s'exprimer directement sur le site de la consultation avant ce soir
    https://www.anses.fr/fr/content/consultation-publique-sur-les-projets-de-décisions-d’autorisations-de-mise-sur-le-marché-des

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 13:14

Vandana Shiva : « L'idée que nous sommes maîtres de la nature n'est qu'une illusion »

LE MONDE | 03.09.2016 Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

La militante écologiste et altermondialiste Vandana Shiva dans son bureau de New Delhi, le 18 août.

Elle est l’auteure de plusieurs livres dénonçant les organismes génétiquement modifiés (OGM) et l’agriculture intensive. L’Indienne Vandana Shiva a fondé en 1991, dans le nord de son pays, le mouvement Navdanya (« Neuf semences ») qui enseigne l’agriculture biologique et a donné naissance à plus d’une soixantaine de banques de semences destinées à préserver les variétés locales.

Agée de 64 ans, lauréate du prix Nobel alternatif en 1993, elle discutera, lors du Monde Festival – le 18 septembre à Paris – avec l’astrophysicien Etienne Klein, des relations entre science et progrès.

Un débat au Monde Festival : La science peut-elle aller contre le progrès ?

D’ici à la fin du siècle, 10 milliards d’humains vivront sur Terre. Or la superficie des terres cultivées ne peut plus être augmentée, ou seulement marginalement. Comment nourrir la planète sans avoir recours aux biotechnologies et à la science ?

Avant de se lancer dans une grande avancée, on doit se poser les questions suivantes : est-ce nécessaire ? Existe-t-il d’autres moyens, plus faciles ou plus sûrs, que, par exemple, le recours aux pesticides pour que les plantes résistent mieux aux parasites et aux maladies ?

Les partisans de l’agriculture intensive ont tort sur un principe au sujet duquel je travaille depuis trente ans : à savoir que l’on pourrait produire davantage de nourriture avec des produits chimiques. La révolution verte en Inde a permis de produire davantage de blé, bien sûr, mais en faisant disparaître les légumineuses et certaines semences !

L’Inde, qui était le plus grand producteur de graines d’oléagineux et de légumineuses, est devenue le plus grand importateur d’huile de palme, au prix de la destruction de forêts entières en Indonésie, et achète désormais des pois jaunes du Canada de médiocre qualité. Leur teneur en protéine est de 7 % contre 35 % chez ceux que l’on cultivait en Inde.

Le contrôleur général national a expliqué que ces importations massives entraînaient de la corruption. Quand je cultive des produits de bonne qualité dans mon jardin, aucun homme politique ne peut prendre de l’argent, mais quand du soja et des légumineuses sont importés en grande quantité, alors les pots-de-vin sont énormes. Pourquoi ne pas raconter l’histoire dans sa totalité ?

Mais est-il possible d’augmenter les rendements sans recours à l’agriculture intensive ?

La diversité des récoltes permet de produire davantage de nutriments par hectare. Si le blé est cultivé avec de la moutarde, par exemple, il contiendra davantage de nutriments que s’il est cultivé seul. Or l’agriculture intensive, c’est la monoculture, et les monocultures sont des systèmes à faible productivité.

En sortant de ce système, le paysan n’est pas obligé de dépenser de l’argent pour acheter des semences ou des engrais à [l’entreprise américaine] Monsanto, il n’a pas à s’endetter. Et, au final, il produit des aliments sains, pas des denrées que les marchés du monde entier achètent à bas coût.

L’agriculteur n’est plus aujourd’hui qu’un acheteur de produits chimiques. Il est passé du statut de producteur à celui de consommateur. Dans le langage de l’industrie, le maïs et le blé ne sont définis que comme des matières premières.

Faut-il pour autant rejeter toutes les avancées scientifiques et technologiques ? Les OGM ne permettent-ils pas, par exemple, de limiter la consommation de pesticides ?

La capacité d’incorporer des gènes dans différentes espèces est apparue dans des programmes publics de recherche menés aux Etats-Unis. Les scientifiques concernés ont organisé une conférence en Californie et demandé un moratoire en disant : « Nous n’irons pas plus loin tant que nous n’aurons pas une meilleure compréhension des enjeux. »

C’est à ça que doit ressembler la vraie science. Einstein avait coutume de dire que, si vous ne portez pas la responsabilité de ce que vous faites, vous n’êtes pas un bon scientifique.

Puis les spéculateurs, les fonds de capital-risque, ont commencé à faire des promesses à Wall Street. Les fabricants de produits chimiques, qui sortaient de la guerre, se sont dits : on va se doter de cet outil et, à travers lui, acquérir des semences. Car, pour dégager des profits à partir des semences, on doit posséder celles-ci et faire en sorte que les fermiers ne puissent pas en conserver d’une année sur l’autre.

L’ingénierie génétique ne constitue-t-elle pas pour autant une avancée scientifique ?

Prétendre que déplacer un gène d’un organisme à un autre – puisque c’est tout ce qu’ils savent faire − revient à créer un organisme, ce n’est pas ma conception de la science. Ils inventent pour se permettre de réclamer des royalties. Qu’ont-ils apporté à la science ? Les récoltes aux herbicides, les récoltes résistantes au Baccillus thuringiensis (Bt) ?

Le coton Bt [provenant de cotonniers modifiés génétiquement] était censé résister aux parasites ; les herbicides permettre de lutter contre les mauvaises herbes. Or, aux Etats-Unis, la moitié des superficies agricoles sont envahies de mauvaises herbes qui ne peuvent pas être éliminées. En Inde, le coton Bt a créé de nouvelles résistances chez les parasites. Cette technologie a échoué. Or, l’efficacité des outils doit être mesurée à l’aune de leurs résultats.

Répéter aveuglément : « Je suis le maître, devenez mes serfs, abandonnez votre Constitution, abandonnez votre démocratie », ce n’est pas de la science, c’est une forme de dictature. L’ingénierie génétique est un système de contrôle de la propriété intellectuelle et des droits de propriété. Une entreprise ne peut pas prétendre posséder une semence en y insérant un gène toxique.

Il faudrait donc protéger la nature de l’arrogance de la science ?

Le système qui consiste à tout réduire à des processus mécaniques date d’il y a deux cents ans. Son unique dessein était l’exploitation, parce que quand vous considérez la nature comme inerte, quand vous dites que tous les éléments qui la constituent sont séparés, l’exploitation ne connaît pas de limites. Pendant deux cents ans, l’esprit humain a été plongé dans l’illusion que nous sommes extérieurs à la nature et que nous pourrions en être les maîtres, la conquérir, la posséder et la manipuler.

Ce que j’appelle la « démocratie de la planète Terre » consiste à rappeler ce simple constat : nous faisons partie de la planète et la liberté des autres espèces est vitale pour le bien-être de la planète et pour notre bien-être. Voilà ce qu’est la démocratie de la planète Terre : la démocratie de toutes les formes de vie.

Les théories newtoniennes ont abouti à la séparation entre l’homme et la nature, en définissant la nature comme morte. Or, la nature est on ne peut plus vivante, sinon nous ne serions plus en vie ! Et ce sont ces processus de vie, ces processus écologiques, que la science est maintenant obligée de prendre en compte. Que ce soit pour étudier la régulation climatique, comme lors du sommet de Paris sur le climat en 2015, ou le fonctionnement de la biodiversité au sommet de Cancún (Mexique), cette année (COP 13, du 4 au 17 décembre 2016). C’est le droit de la Terre que de ne pas être violée, son droit que de ne pas être victime des catastrophes. Notre liberté et celle de la Terre n’en font qu’une.

La vieille économie est une économie fondée sur la destruction. Malheureusement, l’incapacité de voir cette destruction à ce stade de l’histoire de l’humanité fait que ceux qui veulent posséder et contrôler la nature pour le profit se concentrent sur la nourriture, parce qu’ils ont déjà détruit tout le reste.

Dans le cas où la nature est victime d’une dérégulation, comme avec le changement climatique, le recours à la science n’est-il pas nécessaire pour protéger la planète ?

Je viens juste d’écrire un article sur le livre Le Grand Désordre écrit par Amitav Ghosh (The Great Derangement, éditions Allen Lane, non traduit). Et ce qu’il nous explique est fascinant : le changement climatique en dit plus sur nous-mêmes que sur le climat.

Pourquoi subissons-nous le changement climatique ? Parce qu’il y a un siècle nous avons eu l’arrogance de transformer notre économie à partir du pétrole et des énergies fossiles. Des millions d’années de stockage souterrain de carbone ont été brûlées et la capacité de la nature à se recycler elle-même a été détraquée par cette arrogance.

Si on capture le carbone et si on l’enfouit dans le sol, si on fait la promotion de l’agroécologie, on pourra, dans cinq ou dix ans, éliminer le surplus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et rétablir l’équilibre et la régulation de Gaïa, la Terre-mère. C’est le chemin de l’intelligence scientifique.

Le changement climatique, ce n’est pas seulement une augmentation linéaire des températures, mais la déstabilisation de la capacité de la planète à s’autoréguler et à conserver les températures en deçà d’une certaine limite. A travers la dynamique que je défends, il s’agit de rétablir les relations entre l’océan, l’air, le vent et la mousson, pour que nous ayons des précipitations au bon moment et un hiver au bon moment.

Propos recueillis par Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

Vandana Shiva débattra avec l’astrophysicien Etienne Klein lors du Monde Festival sur le thème « La science peut-elle aller contre le progrès ? ». Débat animé par Stéphane Foucart. Dimanche 18 septembre, de 14 heures à 15 heures, Opéra Bastille (studio), Paris 12e.

Rendez-vous au Monde Festival !

La troisième édition du Monde Festival aura lieu du 16 au 19 septembre sous un titre qui sonne comme un défi à notre monde en crise : « Agir ! », avec Vandana Shiva, Michel Serres, Houda Benyamina, Edouard Louis, Marie Rose Moro, Siri Hustvedt, Ken Loach, Garry Kasparov...

Le programme du festival est en ligne : Faire de la politique autrement ? La science peut-elle aller contre le progrès ? Les multinationales sont-elles au-dessus des Etats ? Où est la diversité au théâtre et au cinéma ? Comment changer l’école ? ... Et tout l’été, nous vous donnons rendez-vous sur la « chaîne Festival » pour y retrouver des portraits, enquêtes, vidéos sur des initiatives et des engagements qui transforment le monde.

Propos recueillis par Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 06:33

Barrage de Fourogue : un nouveau scandale !

Le barrage réservoir de Fourogue, le grand frère de celui de Sivens, construit et mis en service illégalement en mars 1998, fait l’objet d’une enquête publique, du 29 août au 30 septembre 2016, en vue d’obtenir une déclaration d’intérêt général.

Comme pour celui de Sivens, il a été conçu par la CACG et porté par le Conseil général du Tarn (Thierry Carcenac déjà à la manoeuvre à l'époque). Comme lui, il a été construit dans l’illégalité la plus totale. Mais, contrairement au projet de barrage de Sivens, il existe depuis plus 18 ans. Pendant ces 18 ans, la CACG s’est satisfaite de gérer ce barrage illégal. Aujourd’hui, le Conseil départemental du Tarn cherche à faire avaler son « intérêt général ».

En réalité, il s’agit de sauver la CACG du merdier dans lequel cette société s’est mise, comme elle l’a fait pour Sivens. En effet, le barrage a subi de graves désordres, notamment concernant son évacuateur de crue, constaté par la DREAL en septembre 2013 et qui a amené la préfecture à publier, le 15 avril 2015, un arrêté enjoignant la CACG à réaliser les travaux avant le 31 mars 2016 (date non respectée puisque dépassée) et limitant le niveau de remplissage du réservoir à 3 m au-dessous de sa côte maximale. L’objectif caché de cette enquête est de faire payer les malfaçons de l’ouvrage par le contribuable. Un nouveau scandale !

Nous vous conseillons vivement de lire le dossier d’enquête publique disponible sur le site de la préfecture, ainsi que l’arrêté préfectoral du 15 avril 2015 sur les mesures de précaution et les travaux de réparation de l’évacuateur de crue.

Nous vous invitons également à rencontrer le commissaire enquêteur, à lui poser vos questions et à déposer vos observations. Le Collectif va apporter sa contribution.

Les dates et lieux pour rencontrer le commissaire enquêteur sont sur l’avis d’enquête publique publié par la préfecture.

Intéressant également à consulter, un bref historique du barrage de Fourogue qui montre son illégalité et même que, le 16 octobre 1997, la CACG a continué les travaux alors qu’il a été prononcé un sursis à exécution.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:30
Le sale coup porté par la loi biodiversité aux échanges de semences entre jardiniers et amateurs

-A lire également reporterre.net/

Le projet de loi sur la biodiversité organise la destruction de la nature


Échanges des semences, brevets sur le vivant, OGM, après la Loi biodiversité, où en est-on ?
Guy Kastler fait le point pour no
us

-Des nouveaux OGM au menu - infogm.org

« Édition de gène », NBT pour « New Breeding Techniques », Crispr/Cas9 ou mutagénèse dirigée… mais que sont ces nouvelles techniques ?
Ces nouvelles techniques de sélection - traduction littérale de NBT - sont en réalité des outils de laboratoire pour modifier génétiquement des plantes, des animaux ou des embryons humains. Il s’agit d’intervenir de façon non naturelle, en laboratoire, sur l’ADN de ces organismes vivants pour leur conférer de nouvelles propriétés. En cela, elles répondent notamment à la définition européenne d’un OGM.
Certes l’industrie, on le verra au cours de ce dossier, espère passer sous silence le caractère « OGM » des produits modifiés avec l’une ou l’autre de ces nombreuses techniques de peur de devoir en évaluer les risques et les étiqueter. Les défenseurs de ces modifications génétiques parlent pourtant de « précisions », de « rapidité »… Quelle maîtrise en avons-nous vraiment ? Qu’en pensent les agriculteurs biologiques ?
Et à qui profitent ces innovations ? Ces techniques ouvrent en effet la boîte de Pandore des brevets sur le vivant et permettent de privatiser d’importantes ressources génétiques.
Enfin, ces techniques, extrêmement puissantes, se répandent sur la planète à une vitesse fulgurante, rendant la discussion éthique problématique, faute de temps.

Nouveaux OGM mais vieux débats

En 1996, les premiers cargos étasuniens arrivent en Europe remplis de soja transgénique. Associations environnementalistes, syndicats agricoles et une foule de citoyens anonymes se mobilisent et exigent que ces plantes modifiées génétiquement (PGM) soient évaluées et étiquetées. En 2016, les entreprises espèrent commercialiser rapidement de nouveaux OGM... tout en espérant échapper à la législation actuelle sur les OGM, jugée trop contraignante.

Les paysans bio disent non aux nouveaux OGM

Pour comprendre les implications du développement des nouveaux OGM pour le monde agricole, Inf’OGM a interviewé un représentant de l’agriculture biologique : Daniel Evain, agriculteur bio dans l’Essonne. Cette filière exclut les OGM transgéniques de ses cahiers des charges. Elle est donc exposée à des risques importants si ces nouveaux OGM ne font pas l’objet d’un étiquetage par exemple.

Quel encadrement juridique dans l’Union européenne ?

Les législations - internationale et européenne - définissent un OGM comme étant un organisme dont le génome a été modifié de façon non naturelle. Aussi clair ce cadre soit-il, des rumeurs ont circulé sur la volonté de la Commission européenne d’exclure de la législation OGM certaines des nouvelles techniques.

Les nouveaux OGM doivent être évalués

Si les plantes issues des nouvelles techniques de modification génétique ne sont pas soumises à la législation sur les OGM, elles ne seront pas évaluées. Pourtant ces modifications génétiques ne sont pas aussi « précises » qu’annoncées par leurs promoteurs.

Vers une extension du brevet sur les semences

Depuis quelques décennies, l’industrie semencière protège juridiquement les variétés qu’elle met au point. Les nouvelles techniques de modification génétique, confisquent, via les brevets, de plus en plus de ressources génétiques. Au point que l’arsenal réglementaire actuel est questionné, non plus seulement par les paysans, mais aussi par certains sélectionneurs qui eux, visent à mieux se partager le gâteau.

Biotechnologies : non, tout n’est pas permis !

Si Inf’OGM croise différents regards sur le dossier des OGM, nous constatons néanmoins dans ces débats une prépondérance du « scientifique » qui court-circuite la réflexion éthique. Analyse.

Le droit de savoir... pour choisir

Nous sommes encore bien ignorants face aux impacts potentiels (techniques, juridiques, éthiques, sociaux et culturels) de ces « nouveaux OGM ». Il serait donc très prétentieux de se dédouaner de l’application du principe de précaution.

Les nouveaux OGM pour les nuls

Les « nouvelles » techniques, à l’instar de la transgenèse, visent à modifier le génome d’organismes vivants. Elles ont toutes en commun d’être mises en œuvre en laboratoire sur des cellules dont on aura « cassé » la paroi pour y faire rentrer du matériel biologique (ADN, protéines…). Autre point commun de toutes ces techniques : elles ne sont pas d’une précision absolue et peuvent avoir des effets sur d’autres portions de l’ADN, donc sur la plante entière.

-Encore une autre lecture ,pour une autre ’"information" vous pouvez , télécharger l’analyse de la loi biodiversité réalisée par la Fondation Nicolas Hulot, France Nature Environnement, Humanité et Biodiversité, la LPO, le WWF et l’ANPCEN.

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:33

Les éoliennes tuent les oiseaux par centaines de milliers... - LE PEUPLE

1 sept. 2015 -

Les éoliennes tuent les oiseaux par centaines de milliers

Il est interdit de critiquer l’éolien industriel, cette merveilleuse source d’énergie qui ne fonctionne que par hoquets et coûte 3 ou 4 fois le prix de toute autre source d’électricité « traditionnelle »: thermique, hydro-électrique ou nucléaire… tout en envoyant indirectement dans l’atmosphère des tonnes de CO2 (par les centrales thermiques de compensation lorsqu’il n’y a pas de vent, c’est-à-dire la plupart du temps). Mais qu’en est-il des nuisances? Demandez-le aux oiseaux! Les éoliennes sont un désastre pour la nature…

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Cette cigogne a eu le bec coupé par une pale d’éolienne pendant sa migration, à Meyenburg en Allemagne. Surtout, n’en parlons pas !

La Libre Belgique publiait un petit article, très récemment, annonçant le passage à Woluwé des premières cigognes en migration vers le Sud. Très sympa, la presse officielle. Mais, quand il s’agit de montrer les dommages causés par les éoliennes à l’avifaune, ces journaux bien-pensants, dans le droit fil de l’écologie politique, se taisent avec obstination.

Et pourtant, l’hécatombe est terrible. Et les oiseaux qui en souffrent le plus sont les grands rapaces. L’association flamande, Natuurbehoud Vlaanderen (l’équivalent de Natagora en francophonie), avait fait le calcul au début des années 2000 : chaque éolienne tue 25 oiseaux par an en Belgique. Mais, ce sont des centaines d’oiseaux qui sont tués par les éoliennes situées sur les couloirs de migration comme à Zeebruges, le long de la côte. Ces éoliennes font aussi une hécatombe dans la colonie de sternes naines qui nichent dans le port. N’oublions pas les milliers de chauves-souris, grands alliés de l’agriculture par le nombre d’insectes qu’elles mangent chaque nuit, littéralement aspirées par les turbulences causées par les pales et dont la cage thoracique est écrasée.

La secte des écologistes politiques n’en a cure : pour eux, les éoliennes vont sauver l’humanité de la montée des eaux. Bravo, les Verts! Quant à Natagora, on navigue dans l’hypocrisie la plus grande, ses dirigeants étant, pour moitié, des activistes politiques d’Ecolo et ne cherchant aucunement à protéger la nature.

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Aigles et vautours sont les victimes principales des éoliennes

L’Espagne, où d’immenses étendues de nature préservées existent encore, comme les marismas (le delta) du Guadalquivir, les éoliennes tuent des dizaines de milliers d’oiseaux rares tous les ans: les grandes victimes sont la grande outarde (devenue rarissime!), les échassiers comme la cigogne ou les hérons, les vautours fauves et moines et d’autres grands rapaces, attirés par les oiseaux déjà tués et qui tournent avant d’aller se nourrir des carcasses. Ils se font couper littéralement en deux par les pales des éoliennes, qui tournent à plus de 320 km/h en bout de pale. On estime à plus de 10.000 le nombre de ces grands rapaces tués en Espagne et au Portugal CHAQUE ANNEE! Quand on sait qu’un couple de ces oiseaux a un jeune par an et qu’il faut 5 ans à ce jeune pour se reproduire, on comprend que l’éolien industriel contribue à la disparition des derniers grands rapaces d’Europe, comme l’aigle impérial en Espagne, l’aigle royal en Ecosse ou le pygargue à queue blanche en Suède et en Norvège.

En Allemagne, le milan royal (photo d’introduction) qui figure sur les armoiries du Brandenbourg, peut être enlevé: il a complètement disparu, massacré par les éoliennes.

Photo

L’outarde barbue, très grand oiseau devenu rarissime, tuée par éolienne en Espagne

La Roumanie est en train d’installer des parcs éoliens sur le pourtour du delta du Danube, une zone naturelle d’une richesse extraordinaire, menaçant ainsi des centaines d’espèces d’oiseaux dont certaines en voie de disparition, comme l’aigle criard.

Le problème, c’est la paralysie des organisations de protection de la nature, comme Aves, RNOB ou leur « coupole » fédérative Natagora, qui sont noyautées par les Ecolos. Ces derniers ne veulent absolument pas que l’on touche à leur dogme : mort au nucléaire civil et vive les éoliennes qui nuisent à la santé des riverains, les ruinent, nous coûtent à tous des ponts d’or en certificats verts… et détruisent nos derniers espaces de vie sauvage. Merci à Jean-Marc Nollet et à la secte Ecolo. Voilà du beau travail.

L.R.

SOURCE : Article Le Peuple 01092015

Note "Et comme si cela ne suffisait pas":par l'administration du blog

Renouvelables: la France ne tiendra pas les promesses de Sarkozy

Le 23 août 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg

La France ne devrait pas produire d'électricité à partir d'éolien marin avant 2020.

VLDT

C’est quasi officiel: la France ne tiendra pas son engagement de produire 20% de son énergie par des renouvelables en 2020.

Souvenez-vous: c’était en 2008. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l’Union européenne décidait de se doter d’une ambitieuse politique climatique. Le 3 x 20 promettait, à l’échéance de 2020, de réduire de 20% les émissions communautaires de gaz à effet de serre (par rapport à 1990), en améliorant de 20% l’efficacité énergétique et surtout en développant significativement les énergies renouvelables. A chacun des 28 son objectif national. Pour la France, ce sera 23% dans la consommation finale brute d’énergie. Objectif gravé dans le marbre juridique, à l’occasion de l’adoption, le 23 juillet 2009, de la loi Grenelle I[1].

48% de mieux qu’en 2005

En fin de semaine dernière, le Commissariat général au développement durable (CGDD) a dressé un bilan du déploiement des énergies renouvelables à la française. Fin 2015, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie en France s’élevait à 14,9%. Ce qui constitue une belle mais insuffisante avancée. 14,9%, c’est 48% de mieux qu’en 2005, note le CGDD.

Près d’un tiers de la croissance des renouvelables sur les 10 dernières années est imputable au développement des biocarburants (+2,4 millions de tonnes équivalent pétrole –Mtep- depuis 2005), et plus d’un quart à celui des pompes à chaleur (+1,8 Mtep). L’essor de l’éolien (+1,6 Mtep), de la biomasse solide pour le chauffage (+0,8 Mtep) et du solaire photovoltaïque (+0,7 Mtep) y contribue également. «A l’inverse, l’hydroélectricité s’est repliée de 8% sur la même période, ne représentant plus que 23% de la consommation d’énergie renouvelable en 2015, contre 37% en 2005.»

8 points en 5 ans

Aussi impressionnant soit-il, ce rythme reste insuffisant pour nous permettre de tenir nos engagements. «Alors que la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie a progressé de 5,7 points en 10 ans, elle devra progresser de 8,1 points supplémentaires durant les 5 prochaines années pour atteindre l’objectif de 23% à la fin de la décennie», résume le CGDD.

Pour établir les priorités d’action, il suffit de relire le plan national d’action en faveur des énergies renouvelables (PNA ENR). Ce programme fixe les trajectoires à suivre pour chaque énergie: 12,7 Mtep pour l’électricité verte en 2020 (dont 5 Mtep pour l’éolien), 19,7 Mtep pour le chauffage et la climatisation et 4 Mtep pour les carburants et combustibles.

Publié au Journal officiel du 21 août, le décret du 19 août officialise la stratégie nationale de mobilisation de la biomasse. Visant à organiser l’approvisionnement de la biomasse «à vocation énergétique», le texte estime le volume de biomasse mobilisable et nécessaire, les objectifs fixés aux forestiers, les mesures à prendre pour tenir les objectifs fixés par la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Nationale, cette stratégie doit être ensuite déclinée par région. Et revue après chaque PPE.

Globalement, 83% de l’objectif total est atteint. Mais de nombreux secteurs restent très en retard, comme l’éolien marin (0 Mtep pour un objectif de 1,5 Mtep), le solaire thermodynamique (84 ktep d’objectif, rien de réalisé), la géothermie électrique et thermique, le solaire thermique (un tiers de l’objectif atteint) ou le biogaz (à la moitié de l’objectif). Sans oublier la fourniture d’électricité renouvelable pour le transport routier qui, fin 2015, n’atteint que 8% de l’objectif fixé pour 2020.

La France peut-elle, malgré tout, tenir ses engagements? Très peu probable. Il est à craindre que la première éolienne marine n’injecte pas ses premiers mégawattheures avant 2021. Malgré les nombreux coups de pouce politiques, la production de biogaz n’enchante pas les agriculteurs (et encore moins leurs banques). Jadis à la pointe mondiale du solaire thermodynamique, la France est aujourd’hui totalement distancée par les Etats-Unis ou l’Espagne. Bref, la promesse renouvelable de Nicolas Sarkozy ne sera pas tenue.

[1] Objectif révisé à 32 %, en 2030, par la loi sur la transition énergétique.

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