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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 11:22

 

  • Les Etats-Unis vont attaquer les barrières au commerce « non fondées sur la science »

 

L’administration américaine attaquera les réglementations qui restreignent l’exportation des cultures génétiquement modifiées et d’autres produits issus de l’innovation technologique américaine, a affirmé Robert Lightizer, représentant au commerce lors de la première réunion du récemment créé groupe de travail interministériel sur l’Amérique rurale.

« Nous allons porter des affaires devant l’OMC et d’autres instances, nous allons insister pour que toutes barrières au commerce soient basées sur la science, et les Etats-Unis augmenteront leurs exportations », a-t-il continué.

 

Selon Robert Lightizer, environ 20 % des revenus des agriculteurs des Etats-Unis provient de l’exportation. Or, toujours selon le représentant au commerce, « nos producteurs font face à de multiples barrières commerciales quand ils veulent introduire leurs produits sur des marchés étrangers, particulièrement quand les producteurs utilisent des technologies innovantes avancées comme les biotechnologies pour améliorer la productivité et les coûts. Ce que l’on voit, ce sont des barrières au commerce dans ce domaine, et ces barrières sont très largement non fondées sur la science. L’une de nos premières priorités dans le domaine commercial est bien-sûr d’ouvrir des marchés, et la façon dont nous le faisons est, en partie, de balayer ces barrières au commerce qui ne sont pas fondées sur la science. [...] Et la vérité est que si nous ne parvenons pas à introduire nos produits innovants ou les produits issus de technologies innovantes sur des marchés étrangers, il y a une réticence pour intégrer ces technologies dans nos propres productions […] ».

 

Pendant des décennies, la politique américaine demandait que les règles de commerce international soient fondées sur des faits plutôt que sur le préjudice. L’agrobusiness argue souvent que des règles basées sur la science seraient une façon de supprimer les obstacles à l’exportation des cultures génétiquement modifiées.


 

L’ordre exécutif du Président Trump instituant ce groupe de travail a chargé celui-ci d’étudier les modifications législatives, réglementaires et politiques pour promouvoir l’agriculture, notamment celles qui « stimulent l’adoption d’innovations et technologies pour la production agricole ». L’ordre exécutif identifie 13 secteurs à étudier. Le premier d’entre eux est la suppression « des barrières à la prospérité économique et la qualité de vie dans l’Amérique rurale ». Le deuxième est d’aller de l’avant dans les technologies agricoles.

L’administration américaine presse régulièrement les autres Etats à approuver les ventes commerciales de cultures génétiquement modifiées. Ces dernières années, la Chine a été accusée de trainer des pieds à propos de l’autorisation de nouvelles souches génétiquement modifiées américaines. Les prix du maïs ont chuté quand la Chine a rejeté plus d’un million de tonnes de maïs américain parce que les cargos contenaient du maïs génétiquement modifié non autorisé de Syngenta.

 

Liens :

https://www.facebook.com/USDA/videos/10155433538847299/

http://www.agriculture.com/news/business/lighthizer-warning-buy-gmos-or-expect-a-fight

(Extrait de la veille juridique dInfOGM, merci à Charlotte)

Lighthizer Warning: Buy GMOs or Expect a Fight

 
 
 

Trump administration will attack overseas regulations that restrict export of GMO crops


“We are going to bring cases at the WTO and other venues, we’re going to insist that any barrier be science-based, and the United States will increase exports” – US Trade Representative Robert Lighthizer

These are ominous developments from an aggressively pro-corporate US administration.

Lighthizer warning: Buy GMOs or expect a fight

By Chuck Abbott
16 June 2017
The Trump administration will attack overseas regulations that restrict the export of GMO crops and other products resulting from American technological innovation, said U.S. Trade Representative Robert Lighthizer at the first meeting of a newly created interdepartmental task force on rural America. “We are going to bring cases at the WTO and other venues, we’re going to insist that any barrier be science-based, and the United States will increase exports,” he said.

For decades, U.S. policy has called for international trade rules to be based on fact rather than prejudice. The agribusiness community often points to science-based regulation as a way of removing obstacles to the export of genetically engineered crops. While dozens of reviews have maintained that GE crops are safe to eat, they still face significant public opposition in Europe and other places.

President Trump’s executive order creating the task force directed it to look for legislative, regulatory, and policy changes that promote agriculture, including those that “advance the adoption of innovations and technology for agricultural production and long-term, sustainable rural development.” The order identified 13 areas for examination. First on the list is removing “barriers to economic prosperity and quality of life in rural America.” Second is the advancement of agricultural technology.

Lighthizer said one of the top priorities for his office is the removal of trade barriers that cannot be defended scientifically. Exports generate 20¢ of each dollar of U.S. farm income. If other countries unfairly block U.S. exports because of the technology behind them, he said, “there is a reluctance to incorporate that technology into our own production at home.”

U.S. officials routinely urge other nations to approve commercial sales of biotech crops. In the past couple of years, China has been accused of dragging its feet on the approval of new U.S. GE strains. Corn prices in this country fell when China rejected more than 1 million tonnes of U.S. corn earlier this decade because the cargoes included an unapproved GMO variety from Syngenta. In a class-action lawsuit currently under way in Kansas City, farmers have blamed Syngenta for selling the seed, approved by U.S. regulators, before it was cleared by China for import.

Agriculture Secretary Sonny Perdue, who chairs the task force, said rural America lags urban areas in recovering from the 2008–2009 recession. One in four rural children lives in poverty, the highest rate in three decades, he said. “The president understands that prosperity and recovery have not been uniform. … We’ve got technology issues, we’ve got infrastructure issues, we’ve got health issues.”

One in seven Americans lives in rural areas. “We understand that rural development is not urbanization,” said White House agriculture adviser Ray Starling. The task force, he said, will focus on “taking what we have in rural areas and making it more prosperous.”

Perdue announced that the task force will have four working groups and that its members will represent 22 federal departments and agencies. He gave the task force an October 22 deadline for a report. “It will be an operational plan,” he said, with proposals that can be put to work. “The president is very expectant of action.”

The task force plan “can be informative and consultative with going forward in the [2018] farm bill,” Perdue told reporters afterward. Energy Secretary Rick Perry, Housing Secretary Ben Carson, White House Budget Director Mick Mulvaney, and Lighthizer sat with Perdue at the head table for the task force’s first meeting, which took place in the glass-roofed “patio” of the USDA administration building. Deregulation was a common theme in their remarks.

To watch a video of the task force meeting or to read the USDA release about it, click here:
https://www.usda.gov/media/press-releases/2017/06/15/secretary-perdue-hosts-inaugural-rural-prosperity-task-force

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Vandana Shiva : «La mondialisation modifie génétiquement l'Etat "

Pour l’écologiste Vandana Shiva, la guerre des matières premières en Inde est l’un des symboles de l’emprise des multinationales, au détriment des populations et de l’environnement.

L’écologiste indienne Vandana Shiva était samedi au festival We Love Green, à Paris, pour parler de la guerre des matières premières qui fait rage en Inde dans l’indifférence générale. Dans le centre-est du pays, riche en ressources convoitées par les géants de l’industrie (fer, charbon, alu, or…), les populations tribales sont prises en étau entre les paramilitaires qui soutiennent les intérêts des industriels et les rebelles maoïstes. Le conflit a déjà fait des milliers de morts, des dizaines de milliers de déplacés et touche un tiers de l’Inde. Il est au cœur de la glaçante enquête de Lionel Astruc, Traque verte (du nom de l’opération visant à exproprier les populations, lancée en 2009), qui vient de paraître chez Actes Sud. Pour Shiva, qui en signe la postface, il s’agit là d’un enjeu universel.

Quelle est la situation, aujourd'hui ?

Le conflit s’intensifie. Les tactiques utilisées par les paramilitaires sont celles d’une guerre : tortures, pillages, viols, villages brûlés, meurtres… Chaque journaliste qui écrit la vérité sur ce qui se passe est arrêté ou disparaît. Chaque avocat ou observateur qui va dans la région est expulsé ou emprisonné. Le conflit est rendu invisible.

D’où vient-il ?

Il est le résultat de la mondialisation. Après la création de l’Organisation mondiale du commerce, en 1995, notre réglementation minière a été assouplie et les multinationales ont cherché à s’accaparer les ressources. Mais sur les terres convoitées vivent des tribus que même l’empire britannique n’a pas réussi à soumettre. En 1996, elles ont obtenu que la loi indienne leur accorde le droit à l’autodétermination. Elles ont exercé ce droit pendant trois ans. La démocratie a fonctionné, mais elle entravait l’économie de l’avidité. Quand on a violé leurs droits en leur imposant des mines, les villageois ont protesté pacifiquement, mais ils ont été jetés en prison. La mondialisation, c’est la loi des multinationales, elle modifie génétiquement l’Etat : il ne représente plus les intérêts des citoyens mais ceux des sociétés mondialisées. L’Etat-entreprise finit par se militariser pour servir les intérêts privés. C’est la mort de la démocratie. Cela se passe partout, mais le conflit qui en découle en Inde est l’un des plus violents. Les gens ne voient que les 7 % de croissance du pays, pas d’où elle vient.

Le Premier ministre, Narendra Modi, dit se soucier de l’environnement…

Il a gelé les activités de milliers d’ONG, dont Greenpeace ou Amnesty. En Inde, chaque bout de terre est cultivé, chaque forêt abrite une tribu. Quand vous confisquez ces ressources pour ce «miracle» de la croissance, forcément, vous piétinez les communautés. Si l’on tient compte des coûts sociaux et écologiques, nous n’avons pas 7 % de croissance, mais une croissance négative. Le gouvernement n’est vert qu’en termes de «business vert». Oui, l’Inde avance dans le solaire et l’éolien : c’est bon pour les affaires. Mais le plus important, c’est la bonne gestion des forêts et de l’agriculture. Une forêt comme celles du centre de l’Inde absorbe du carbone. Pas une éolienne. Le vrai test pour savoir si une civilisation est écologique en 2017, c’est de savoir si elle respecte les lois de la nature, les populations et leurs droits, la Constitution. Pour l’agriculture, poussez-vous les OGM et pesticides ou l’agroécologie ? Reconnaissez-vous que chaque goutte d’eau doit être économisée ou construisez-vous plus de barrages ?

Les vingt premières années de mondialisation ont semé le désespoir parmi les paysans indiens, 300 000 se sont suicidés. Aujourd’hui, ils commencent à se soulever, car ils ont réalisé que leur endettement n’était pas de leur faute, mais de celle du système, celui de Monsanto et de l’industrie chimique. Cinq fermiers ont été tués la semaine dernière par la police car ils manifestaient. Soit le gouvernement renoncera à son mariage avec les Monsanto du monde entier, soit il tuera des gens. Les tribus vivent dans une zone forestière éloignée, où il est facile de cacher des atrocités. Mais les fermiers sont partout et la plupart des indiens sont des fermiers. Ce que je vois émerger en Inde est la sorte d’instabilité qui a mené à l’indépendance du pays face à l’empire britannique. 

Vous êtes ghandienne : la non-violence suffira-t-elle à résoudre ce conflit?

C’est très compliqué. Ces populations étaient non violentes, mais elles sont coincées entre l’Etat qui en recrute certains et les maoïstes qui en recrutent d’autres… Les tribus luttaient pour leurs droits inscrits dans la loi, elles ont été renommées terroristes. Tout est qualifié d’action extrémiste alors que les gens, souvent, protestent juste contre le fait qu’une femme a été violée. J’ai participé en avril à une manifestation en Allemagne en marge de l’assemblée générale de Bayer, qui rachète Monsanto. Et vous ne le croirez pas : Bayer a tenté d’aller en justice pour tenter de faire qualifier les manifestants de terroristes ! Partout, les multinationales emploient les mêmes méthodes pour continuer leurs crimes en déclarant que chacun est un extrémiste.

Une économie avide qui veut le dernier minerai, la dernière goutte d’eau, le dernier arbre, est une économie qui veut ôter les dernières libertés de 99 % de la population, car elle n’est au service que d’1% des gens. C’est dans la logique et la structure de cette économie d’exclure de plus en plus de gens. Il faut stopper cette machine avide qui engendre inévitablement de la violence. Nous devons réaliser que sinon, ce que les tribus endurent aujourd’hui, chacun devra y faire face demain. Souvenez-vous du texte de Martin Niemöller : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. (...) Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester». 

Quelle est la solution, alors ? 

Ce qui se passe dans le centre de l'Inde, c’est l’histoire de notre époque, une fenêtre sur le monde. Ce conflit ne sera pas résolu au sein du pays mais quand il y aura un réveil mondial, quand chacun se rendra compte que ce modèle économique est basé sur la guerre, la violence et le vol. Aujourd’hui, l’empire des multinationales est soutenu par le consumérisme et l’ignorance des citoyens qui vivent loin des lieux d’extraction des matières premières et n’ont aucune idée du coût écologique et humain de leurs achats. Ils n’ont pas idée de ce qu’implique de fabriquer un iPhone 5, remplacé par un 6, puis 7, etc. L’obsolescence programmée entraîne une demande continue pour les ressources. Notre consommation a un coût, le consumérisme n’est pas le progrès humain, mais une régression dans notre responsabilité de citoyens de la Terre.

Quand vous achetez une chemise à 5 dollars, qu’est-ce que cela veut dire pour le fermier indien qui s’est suicidé, pour les filles mortes dans des usines au Bangladesh ? On ne peut plus être un consommateur irréfléchi et négligent, en connivence avec la violente machine à faire de l’argent. Il faut refuser de participer à cela, poser des limites démocratiques et écologiques à l’économie extractive. La lutte pour la Terre et nos droits ne peut pas être laissée aux seules communautés directement touchées : nous avons besoin de solidarité. Une solidarité entre ces tribus en Inde, les indigènes d’Amazonie ou d’Afrique qui sont massacrés de la même façon, la jeunesse des pays du Nord de plus en plus exclue du système et chaque citoyen du monde. La situation actuelle menace les conditions de vie de l’humanité, c’est vraiment un péril pour chacun. Agir est un impératif moral, écologique, démocratique.

Mais cela prendra du temps...

Regardez comme les choses peuvent changer vite ! Je n’avais jamais vu les Américains aussi mobilisés que depuis l’élection de Donald Trump. Ils étaient somnambules, car ils avaient l’illusion de la démocratie. En incarnant le système mis à nu, il aide les Etats-Unis et le monde à se réveiller. Merci Trump !

 
Coralie Schaub Photo Frédéric Stucin
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 16:15

 

 
10 mai 2017 Par Ludovic Lamant - Mediapart.fr

L’exécutif bruxellois avait refusé en 2014 d’étudier une Initiative citoyenne européenne contre le traité de libre-échange avec les États-Unis, signée par plus d’un million de citoyens. Le Tribunal de l’UE a annulé mercredi cette décision, au nom du « débat démocratique ».

L’élection de Donald Trump aux États-Unis a gelé les négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (le Tafta, selon ses adversaires, ou le  TTIP, , selon son sigle bruxellois). Mais les enjeux soulevés par l’ouverture des discussions entre Bruxelles et Washington en 2013 restent plus que jamais d’actualité : qui est légitime pour négocier ces méga-traités de libre-échange, et dans quelles conditions ?

La justice européenne vient de s’inviter dans ce débat délicat. Dans une  décision publiée mercredi à Luxembourg, le le Tribunal de l’UE estime que la commission européenne a entravé, en septembre 2014, « le déclenchement légitime d’un débat démocratique en temps utile ». C’est un désaveu cinglant pour l’exécutif bruxellois (qui, à l'époque, était encore dirigé par le Portugais José Manuel Barroso), régulièrement critiqué pour le manque de transparence des discussions qu’il conduit pour le compte des Européens.
[[lire_aussi]]
Au cœur de l’affaire figure l’un des rares outils européens de démocratie participative à l’échelle de l’UE, une « ICE » , pour Initiative citoyenne européenne. Ce mécanisme, intégré au traité de Lisbonne (entré en vigueur fin 2009), permet à un million de citoyens, provenant d’au moins un quart des États membres de l’UE, d’ « inviter » la commission de Bruxelles à soumettre une proposition législative sur tel ou tel sujet. Dans les faits, ce dispositif fonctionne mal. En cinq ans d’existence, trois pétitions à peine ont dépassé le million de signatures, et la réforme du mécanisme est à l'étude .
En 2014, un collectif emmené par Attac-Allemagne et d'autres associations à travers le continent avait rédigé une Initiative baptisée « Stop TTIP » . Le texte réclamait à la fois l’arrêt des négociations avec Washington (le TTIP), mais aussi la non-signature d’un autre traité de libre-échange, entre l’UE et le Canada (le CETA , déjà négocié à l’époque, et finalement ratifié par le parlement européen début 2017 ). Cette pétition avait récolté plus de trois millions de signatures, bien au-delà du seuil exigé par l’exécutif.



En septembre 2014, la Commission avait toutefois refusé d’enregistrer cette initiative. Voici ce qu’avait expliqué l’exécutif européen aux associations : « Votre proposition est manifestement en dehors du cadre des attributions de la Commission en vertu desquelles elle peut présenter une proposition d’acte juridique de l’Union aux fins de l’application des traités » (l’intégralité de l’argumentation de la Commission est à télécharger ici ).
L’un des initiateurs de l’Initiative citoyenne, l’Allemand Michael Efler , avait alors introduit un recours devant le Tribunal de l’UE. Les juges viennent d’annuler la décision de la Commission. Pour l’institution basée à Luxembourg, qui cite le « principe de démocratie » , cette proposition « ne constitue pas une immixtion inadmissible dans le déroulement de la procédure législative » , comme le redoutait à l’époque la Commission. En clair, il n’y avait aucune raison de classer sans suite cette ICE.
Joints par Mediapart, les services de la commission n’avaient pas encore, mercredi en fin d’après-midi, réagi publiquement à la décision du Tribunal. L’exécutif bruxellois est en droit de contester cette décision, et de formuler un pourvoi, cette fois devant la Cour de justice de l’UE (la plus haute instance judiciaire de l’UE).

Cette décision « marque un coup d’arrêt à la dérive bureaucratique de la Commission qui avait refusé d’enregistrer l’initiative citoyenne “Stop TTIP” sous des prétextes purement techniques » , se félicite l’eurodéputé écolo Pascal Durand. Pour Amélie Canonne, à la tête de l' Aitec , et l'une des figures en France de la contestation au Tafta comme au CETA, « c’est une nouvelle assez fracassante » . « Cette décision de la commission, en 2014, a permis de faire adopter le CETA entre-temps, et aujourd ’ hui on nous dit que la procédure qui a été suivie n ’ était pas la bonne procédure démocratique. Si l ’ Initiative avait été reconnue à l ’ époque, cela aurait totalement changé le rapport de force pour la suite » , avance Amélie Canonne.
Si le TTIP semble enlisé, cette décision peut-elle avoir des conséquences sur l'avenir du CETA ? La question reste grande ouverte. Le texte, validé par les chefs d'État et de gouvernement, et par le parlement européen, doit encore être ratifié par les parlements nationaux, y compris par l'Assemblée nationale à Paris. Dans la dernière ligne droite de sa campagne, Emmanuel Macron, partisan du CETA, a plaidé, de manière plutôt floue, pour la mise sur pied d'une « commission d ’ experts, de scientifiques [...] pour dire ce qu ’ il en est exactement des conséquences environnementales, sur la santé, de cet accord, parce qu ’ il a été conçu à l ’ écart du processus démocratique ». Et de s'engager, dans les trois mois suivant son élection, à se déplacer à Bruxelles pour faire modifier le texte sur certains points qui se révéleraient litigieux (voir la vidéo ci-dessous).



Hasard du calendrier, la commission européenne publiait mardi un « document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation » ( à lire ici ) , qui dénonce, encore et toujours, les risques des politiques protectionnistes.
 
 
-complément "communiqués de presse "de l'admin du blog:

The European Court of Justice, after 30 month, annuled the Commission's desicion not to register our European Citizens Initiative.

Have a look at the press release at https://curia.europa.eu/jcms/jcms/Jo2_16799 (in several languages). The ECJ clearly mentions "the principle of democracy" as a reason for its ruling. You will find a right moment to quote this.

We could start an ECI against TTIP now. We will not do this, as there is no point at the moment. Still, we have fought for and now do have the right to contest international trade negotiations in an ECI.

Lumi has made share pics to celebrate and shout out loudly: "Victory""

(I know this is crossposting. I am on all the lists myself. Please forgive me. It's good news.)
 
 

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 04:13

Le Code du travail battu à la présidentielle ?

 Emmanuel et Brigitte veulent zigouiller le Code du travail, pour « donner de la souplesse aux entreprises », et donc en limitant les droits des salariés :

- accords d’entreprise pour librement fixer le taux de majoration des heures supplémentaires, en écartant le minimum légal de 10% ;

- accords d’entreprise étendu aux salaires, aux conditions de travail, et à la formation, donc tout est en live ;

- fusion du comité d’entreprise, des délégués du personnel et du CHSCT en une instance unique, le but étant de casser la défense collective des droits des salariés ;

- plafonnement des indemnités en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, mesure inique qui avait été annulée le Conseil constitutionnel dans la loi El Khomri.

 

Il n’y a jamais eu une seule étude pour expliquer qu’une entreprise embauchait ou non en fonction de la législation du travail, qui est – tout le monde le sait – aussi souple que non coûteuse pour les premiers mois, et même les premières années. Dézinguer le Code du travail créera combien d’emplois ? Où est l’étude ? Une entreprise embauche quand elle a des carnets de commande. Et le must : limiter l’action du CHSCT, qui veille sur la santé et la sécurité des salariés… une mission quasi-marxiste !

En réalité, c’est un choix de banquier : améliorer les résultats des grosses entreprises, et tant pis pour la fragilisation de la société.

Dans leur belle aventure, Emmanuel et Brigitte vont rencontrer un petit obstacle qui s’appelle la loi, mais tous deux sont tellement mignons et « progressistes » qu’ils veulent marginaliser de cet obstacle dérisoire.

Premier tracas, l’article L1 du Code du travail :  

« Tout projet de réforme envisagé par le Gouvernement qui porte sur les relations individuelles et collectives du travail, l'emploi et la formation professionnelle et qui relève du champ de la négociation nationale et interprofessionnelle fait l'objet d'une concertation préalable avec les organisations syndicales de salariés et d'employeurs représentatives au niveau national et interprofessionnel en vue de l'ouverture éventuelle d'une telle négociation.

« A cet effet, le Gouvernement leur communique un document d'orientation présentant des éléments de diagnostic, les objectifs poursuivis et les principales options.

« Lorsqu'elles font connaître leur intention d'engager une telle négociation, les organisations indiquent également au Gouvernement le délai qu'elles estiment nécessaire pour conduire la négociation ».

Emmanuel et Brigitte connaissent bien cet article, qui est la marque d’un droit du travail de la négociation et de l’inclusion, et qu’ils n’avaient pu faire abolir par la loi El Khomri.

Alors, cette concertation ? Eh bien, ils ont clairement annoncé que ce serait une concertation a minima, comme une formalité creuse. Hors de question d’entrer dans une négociation.

Deuxième tracas, le vote de la loi au Parlement. Là, les choses sont claires : la loi réformant le code du travail ne sera pas débattue au Parlement. Emmanuel et Brigitte veulent se faire autoriser à réformer le Code du travail par ordonnances,… et pendant l’été. Même pas la peine de se fatiguer avec le 49-3 : ce sera des ordonnances prises en conseil des ministres après avis du Conseil d’État. Je rappelle qu’il fallait voter Emmanuel et Brigitte pour défendre la démocratie.

La question d’un vote salutaire créant une majorité sérieuse à l’Assemblée nationale, pour bloquer ce genre de progressistes, s’impose comme un enjeu décisif. Logique : sagesse n’est pas folie.

Ce qu’annonce le 7 mai

Affaiblir l’Etat.

Nier la Nation.

Traiter par la dérision ce que représente la culture française.

Glorifier le modèle anglo-saxon.

Agir par les voies les moins démocratiques au nom de la démocratie.

Transférer un maximum de pouvoirs à des institutions européennes soumises aux lobbies de la finance et des affaires.

Achever l’évolution entamée en 1983 (tournant de la rigueur) pour la France et en 1986 pour l’Europe (Acte unique européen, la bible du néo-libéralisme) vers une société où il n’y a plus que des individus face aux firmes privées.

Réduire la France à une annexe des Etats-Unis, conformément à ce qu’exige l’OTAN et ce que réalisera le TAFTA.

Rétablir dans toute l’Europe les inégalités du XIXe siècle sur le modèle de ce qui a été entrepris en Grèce.

Poursuivre l’exploitation de la planète soumise à la logique du profit.

Tel est le véritable programme qui va être mis en oeuvre avec pour résultat la disparition d’un modèle où l’ambition d’une vie ne se réduisait pas à l’argent.
Aux incrédules et à ceux qui, consciemment ou pas, sont tombés dans le piège poussant à voter pour , je rappelle que celui qui a obtenu 65% des suffrages exprimés n’a pas cessé de répéter qu’il « ne cèdera rien ».

7 mai 2017, un triste jour pour le peuple de France ; un grand jour pour les banquiers et les hommes d’affaires.

L’heure de la résistance a sonné.

Raoul Marc Jennar

Emmanuel Macron veut réformer le droit du travail dès la rentrée

 

Le nouveau président entend agir vite sur cette question prioritaire pour lui, en recourant aux ordonnances.

C'est, avec la simplification et la moralisation de la vie publique, l'un des trois sujets sur lesquels Emmanuel Macron veut aller très vite. Pour lancer sa réforme du Code du travail, le président élu a déjà annoncé qu'il procéderait par ordonnances. Aussitôt les députés élus, le Parlement sera saisi d'un projet de loi d'habilitation. Il portera sur au moins trois textes. Le premier généralisera l'inversion de la hiérarchie des normes préconisée par le rapport de Jean-Denis Combrexelle à l'automne 2015. Le système instauré sur le temps de travail par la loi El Khomri donnant la primauté aux accords majoritaires conclus dans les entreprises et limitant la loi à l'ordre public social sera étendu à de nombreux autres sujets. Parmi eux, celui, très sensible, des salaires, sachant que les minima resteront une prérogative des branches.

 Une autre ordonnance prévoira la fusion des institutions représentatives du personnel existantes (CE, délégués du personnel et CHSCT). Serait ainsi étendue et rendue obligatoire la possibilité offerte par la loi Rebsamen d'août 2015.

Un troisième texte imposera le plafonnement des dommages et intérêts accordés par les prud'hommes en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Emmanuel Macron prend cette mesure particulièrement à coeur : il l'avait inscrite dans sa loi de l'été 2015 mais elle avait été retoquée par le Conseil constitutionnel. Réintroduite ensuite dans la première version de la loi travail, elle avait été retirée par Manuel Valls, alors à Matignon, sous la pression des syndicats.

Lancement d'une concertation

Sur tous ces points, l'objectif est de « boucler les ordonnances pour fin août-début septembre », affirme l'entourage d'Emmanuel Macron. S'il veut aller vite, le nouvel exécutif affirme vouloir respecter la loi Larcher qui oblige tout gouvernement voulant réformer le Code du travail à demander d'abord au patronat et aux syndicats leur accord pour négocier sur le sujet, assure un proche d'Emmanuel Macron. Mais l'équipe du vainqueur de l'élection présidentielle n'y croit pas vraiment. « En tout état de cause, on lancera une concertation », explique En marche, ajoutant que « cela va nécessiter que tout le monde révise ses plans de vacances ».

Parce que le dossier est l'un des trois prioritaires, les partenaires sociaux devraient être les premiers à être reçus, et très vite, par le nouveau chef de l'Etat une fois installé à l'Elysée.

Extrait dans l'Obs sur l'Unédic

Droit du travail : ce que propose précisément Macron dans son programme 

Il souhaite également que l’Etat reprenne la main sur la gestion de l’assurance-chômage. Au menu ? La fin du paritarisme, qui confie depuis 1958 la gestion de l’Unédic aux syndicats et au patronat. En déficit chronique depuis près d’une décennie, le système aurait, selon le candidat d’En Marche !, atteint ses limites. Mais les inconvénients d’une telle mesure ne sont pas minces, notamment car la dette de l’association (près de 30 milliards d’euros) devrait être transférée sur le compte de l’Etat. Le régime perdrait également son caractère assurantiel, puisque le lien direct entre cotisation et indemnisation serait, de facto, coupé.

En Marche ! : réponse au vitriol aux Economistes atterrés

Mars 2015 : Les ordonnances de l'article 38 de la Constitution

www.c

L'article 38 de la Constitution dispose :

« Le Gouvernement peut, pour l'exécution de son programme, demander au Parlement l'autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi.

Les ordonnances sont prises en conseil des ministres après avis du Conseil d'État. Elles entrent en vigueur dès leur publication mais deviennent caduques si le projet de loi de ratification n'est pas déposé devant le Parlement avant la date fixée par la loi d'habilitation. Elles ne peuvent être ratifiées que de manière expresse.

A l'expiration du délai mentionné au premier alinéa du présent article, les ordonnances ne peuvent plus être modifiées que par la loi dans les matières qui sont du domaine législatif . »

Le Conseil constitutionnel a progressivement précisé sa jurisprudence relative au recours aux ordonnances de cet article 38 de la Constitution. Cette jurisprudence est aujourd'hui bien établie. Il en ressort plusieurs points :

– En premier lieu, en application de l'article 38, seul le Gouvernement peut demander au Parlement l'autorisation de prendre des ordonnances. Une habilitation ne peut donc figurer dans une proposition de loi (décision n° 2004-510 DC ) ou un article introduit par amendement parlementaire. Le Gouvernement peut la demander par voie d'amendement, comme ce fut le cas dans la loi pour le retour à l'emploi (décision n° 2006-534 DC ). Le champ ou la portée de l'habilitation ne peut être étendu par voie d'amendement d'origine parlementaire (décision n° 2014-700 DC ).

– En deuxième lieu, l'article 38 peut être utilisé en toute matière, à l'exception des domaines que la Constitution réserve aux lois organiques (décision n° 81-134 DC), aux lois de finances et aux lois de financement de la sécurité sociale (décision n° 99-421 DC).

– En troisième lieu, la notion de « programme » de l'article 38 fait « obligation au Gouvernement d'indiquer avec précision au Parlement, afin de justifier la demande qu'il présente, la finalité des mesures qu'il se propose de prendre par voie d'ordonnances ainsi que leur domaine d'intervention » (décision n° 99-421 DC précitée). Toutefois, l'article 38 ne lui impose pas pour autant « de faire connaître au Parlement la teneur des ordonnances qu'il prendra en vertu de cette habilitation ».

– En quatrième lieu, le Conseil examine les dispositions de la loi d'habilitation, qui ne doivent être « ni par elles-mêmes, ni par les conséquences qui en découlent nécessairement, contraires aux règles et principes de valeur constitutionnelle » (décision n° 2005-521 DC ).

Le Conseil constitutionnel a récemment appliqué cette jurisprudence à deux reprises.

D'une part, le Conseil a eu à connaître de la loi relative à la désignation des conseillers prud'hommes (décision n° 2014-704 DC ). En l'espèce l'habilitation était comprise dans un projet de loi. Elle portait sur le droit du travail, dont les principes fondamentaux sont du domaine de la loi. L'habilitation était précise et détaillée. Elle indiquait, conformément à l'exigence susmentionnée, la finalité des mesures que le Gouvernement se proposait de prendre par ordonnance ainsi que leur domaine d'intervention. Le Conseil a jugé l'article 1er de cette loi conforme à la Constitution.

D'autre part, a également été déférée devant le Conseil la loi relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures dans laquelle était contesté uniquement l'article 8 habilitant le Gouvernement à réformer par ordonnance le droit commun des contrats, le régime des obligations et le droit de la preuve (décision n° 2014-710 DC ). Le Conseil a déclaré cet article conforme à la Constitution. Il a relevé, en particulier, que celui-ci définissait précisément, en treize rubriques, tous les points compris dans le champ de l'habilitation et que ces rubriques étaient suffisamment précises au regard des exigences de la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 12:01

 

Face à la forte opposition que suscite le rapprochement Bayer-Monsanto, le chimiste allemand a décidé de délocaliser son Assemblée générale du 28 avril loin de son siège afin d'éloigner les opposants. Pour autant, plusieurs ONG entendent bien prendre la parole à cette occasion.
 
 

Bayer tient son Assemblée générale annuelle ce vendredi 28 avril à Bonn (Allemagne). Elle promet d’être particulièrement houleuse. Le rachat pour 59 milliards d’euros du semencier américain Monsanto par le géant allemand de la chimie ne passe décidément pas outre-Rhin. ONG, syndicats, fédérations d’agriculteurs, actionnaires se mobilisent contre ce "mariage infernal". Rarement une fusion a suscité autant de réactions négatives en Allemagne.

C’est pourquoi l’Assemblée générale se tiendra à huis clos. En fait de dialogue avec les actionnaires et les parties prenantes, Bayer a tout fait ou presque pour se prémunir des critiques, sévères et nombreuses outre-Rhin.
 

Cantonnement


 
Alors que les Assemblées générales de Bayer se déroulent habituellement à Cologne, non loin de son siège de Leverkusen, la direction du groupe a décidé cette année d'accueillir ses actionnaires dans la petite ville tranquille de Bonn. Les autorités locales ont autorisé l'entreprise à réserver le World Conference Center - un mini palais des congrès qui accueille traditionnellement les négociations climatiques de la CNUCCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) - et ses rues avoisinantes. Le but de la manœuvre est de décourager les ONG et de repousser les manifestations le plus loin possible.
 
Les organisateurs ont porté plainte pour atteinte au droit fondamental de se rassembler et à l’heure de publication, une plainte rejetée par la justice. Ils maintiennent leurs manifestations qui débutent dès 7h du matin et s’enchaînent toute la journée.   
 
Les rapports avec la presse s’avèrent tout aussi délicat. L’accès est restreint pour les journalistes, et ceux qui sont autorisés à couvrir l’Assemblée générale ont été triés sur le volet. Jusqu’à nouvel ordre, aucune retransmission en direct via internet n’est prévue.


 
Forte mobilisation des actionnaires...


 
"Cette année, l’Assemblée générale promet d’être particulièrement agitée", prévient Axel Köhler-Schnura, de la Coordination contre les méfaits de Bayer. Son organisation coordonne l’intervention des parties prenantes lors des assemblées du chimiste allemand. "Non seulement nous allons avoir un nombre record d’ONG qui vont prendre la parole, une trentaine, mais des investisseurs institutionnels vont également exprimer leurs mécontentements". Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) rapporte que des actionnaires clés comme Deka Investment et Union Investment (des investisseurs allemands) reprochent à la direction du groupe de ne pas avoir été consultés au moment de l’acquisition et s’interrogent sur la future stratégie de la direction. 

Fin 2016, Bayer comptait 360 000 actionnaires, dont 775 investisseurs institutionnels. Les actionnaires privés détiennent 12 % du capital, les dix premiers investisseurs institutionnels 16,48 % du groupe. Parmi eux les américains BlackRock, The Vanguard Group ou encore le norvégien Norges Bank Investment Management, le fonds d’investissement qui appartient à la Banque centrale de Norvège. Ces trois actionnaires détiennent également des participations chez Monsanto.


 
...et des parties prenantes 


 
Les parties prenantes entendent bien également mettre sur la table les sujets qui fâchent : la santé et l’environnement, le lobbying auprès des instances nationales et européennes, le "travail de sape" des études scientifiques, ou encore la gestion par Bayer de l’image négative de Monsanto. 
 

Claire Stam
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-Rappel de taille :

 

Le géant de l’agroalimentaire vient d’être jugé, à titre fictif, par un tribunal de la société civile. Les conclusions accusent Monsanto d’atteintes aux droits de l’Homme et à l’environnement.

 

En tout, 66 pages qui en disent long… Pour les cinq juges qui composent le Tribunal Monsanto, une mobilisation citoyenne créée dans le but de juger la firme agroalimentaire de ses actes passés et présents, le géant américain a porté atteinte à de nombreux droits humains, avec ses PCB, son herbicide, le Roundup, ou le fameux « agent orange », utilisé lors de la guerre du Vietnam. Pire : la multinationale est également accusée d’ « écocide », autrement dit de porter gravement atteinte à l’environnement.

 

Après des auditions d’une trentaine de témoins (agriculteurs, chercheurs, avocats, etc.) à La Haye, aux Pays-Bas, les 15 et 16 octobre 2016, cinq professionnels de la magistrature, venant d’autant de pays, ont suivi les procédures de la Cour internationale de Justice pour livrer leurs conclusions, en tentant de répondre à six questions. Il faut préciser que l’accusé, Monsanto, n’avait pas désiré se prêter à ce procès.

 

Monsanto pointé du doigt

 

Pour les quatre premières, relatives au droit à un environnement sain, à l’alimentation, à la santé ou la liberté laissée à la recherche scientifique, le rapport critique vertement la politique de Monsanto. La multinationale est accusée de polluer les sols, les plantes et les organismes aquatiques, de mettre en péril la santé des travailleurs agricoles, de nuire à la disponibilité de l’alimentation pour les individus, de ne pas mener toutes les recherches sur l’innocuité de ses produits, ou de jeter systématiquement le discrédit sur les études scientifiques contradictoires, en plus de pressions exercées sur des gouvernements ou sur des instances sanitaires.

 

Pour les deux dernières questions, relatives à une éventuelle complicité de crime de guerre et à la notion d’ « écocide », les réponses du Tribunal Monsanto sont plus mesurées. Pour la première, l’avis ne préfère pas se risquer à émettre une conclusion ferme et définitive, mais souligne néanmoins que « Monsanto savait à quoi ses produits [l’agent orange] allaient servir et détenait les informations concernant les conséquences sanitaires et environnementales de leur déversement », durant la guerre du Vietnam, sur les populations civiles et les soldats.

 

Appel à la création de l’écocide

 

Enfin, quant à la notion d’ « écocide », le jugement regrette que celle-ci ne soit pas reconnue dans le droit international, car si elle venait à être définie, « alors les activité de Monsanto pourraient relever de cette infraction ». Plusieurs exemples sont mêmes données : l’épandage aérien de RoundUp en Colombie sur les plans de coca aboutissant à un désastre environnemental et sanitaire, par exemple.

 

Ce jugement n’a cependant aucune valeur juridique, et se veut uniquement consultatif. Mais comme le souligne Arnaud Apoteker, nous espérons que ces arguments, en se basant sur des textes législatifs internationaux reconnus, vont permettre aux victimes d’utiliser cet outillage juridique et d’obliger ces entreprises à changer leurs pratiques.

 

 

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 15:21

 

Rebondissement CETA : le report de la décision du Conseil Constitutionnel confirme que le doute persiste

22/03/2017

Interrogé pour la première fois sur la compatibilité d'un accord de commerce avec la Constitution, le Conseil constitutionnel annonce qu’il rendra sa décision au début de l’été. Pour la Fondation Nicolas Hulot, l'Institut Veblen et foodwatch, ce report inhabituel confirme le flou inquiétant sur la légalité de cet accord. Le Président de la République doit en prendre acte et refuser l’entrée en vigueur provisoire du CETA tant que des doutes persistent.

153 parlementaires ont saisi le Conseil constitutionnel pour vérifier la compatibilité du CETA avec la Constitution française. L'Institut Veblen, la Fondation Nicolas Hulot et foodwatch, en collaboration avec le constitutionnaliste Dominique Rousseau, ont déposé dans la foulée une « porte étroite », contribution écrite appuyant cette saisine. Par cette procédure inédite, le Conseil est interrogé pour la première fois sur un accord de commerce et d'investissement. Les Sages ont ainsi l'occasion de préciser quels sont les « garde-fous » nécessaires afin de protéger la démocratie et le droit des États à réguler dans ce type d’accords.

Le Conseil, dont la réponse était attendue ce jour, vient d’annoncer un report inhabituel de sa décision au début de l’été 2017. Ce report, qui lui permettra d’entendre plusieurs experts, illustre la complexité du dossier à traiter et confirme que le flou règne autour de la légalité du CETA. 

Pour la Fondation Nicolas Hulot, l'Institut Veblen et foodwatch : « L’annonce du Conseil constitutionnel d'un report de sa décision confirme nos craintes. Le Président de la République doit convoquer un Conseil européen d'urgence pour refuser l'entrée en vigueur provisoire du texte, qui pourrait intervenir dès le 1er avril, tant que les doutes sur la compatibilité du CETA avec la Constitution et les traités européens subsistent. »

Dominique Rousseau est professeur de droit constitutionnel à l’École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature de 2002 à 2006. Ses recherches portent principalement sur le contentieux constitutionnel et la notion de démocratie.

 
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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 09:50

 

Pourquoi des entreprises chinoises accaparent-elles des terres céréalières en France?

 

par

es investisseurs chinois ont acquis plusieurs centaines d’hectares de terres à céréales dans l’Indre. Lors d’une réunion publique le 19 novembre à Rambouillet sur l’accaparement de terres à laquelle Basta ! participait, un représentant du ministère de l’Agriculture a apporté quelques précisions sur ce rachat de 1700 hectares, l’équivalent de trois gros arrondissements parisiens. « Nous venons de rencontrer le groupe qui nous a indiqués vouloir développer une activité de fabrication de farine transformée en France, a t-il expliqué devant le public. Ce n’est pas forcément le modèle agricole auquel on aspire, mais ce projet a quand même l’intérêt de maintenir des terres agricoles pour lesquelles il y a une valeur ajoutée produite. »

Un projet agro-industriel visant à alimenter la Chine

Les terres agricoles concernées s’étendent sur plusieurs communes de l’Indre. Ces achats de terres successifs se sont déroulés entre 2015 et 2016. Comme le précise Pascal Hérard, journaliste à TV5 Monde, l’opération est portée par la firme HongYang, spécialisée dans la fabrication et la vente d’équipements pour les stations-service et l’industrie pétrolière, l’entreprise Beijing Reward International Trad, qui produit et commercialise du lait en poudre, et deux particuliers [1]. L’instigateur de ces investissements, selon Pascal Hérard, s’appelle Marc Fressange, fondateur-dirigeant d’une entreprise d’importation en Chine de vins et autres produits agroalimentaires français, mais aussi directeur d’une entreprise de gestion de portefeuilles spécialisée dans les investissements pour le secteur agroalimentaire en Europe et en Chine.

Le représentant du ministère a justement indiqué que des « connexions avec des groupes agro-industriels » avaient été établies « pour exporter la farine ». Et précisé qu’il s’agissait « d’une exportation de produits alimentaires vers un pays (la Chine, NdlR) n’assurant pas son autonomie alimentaire ». Le choix de l’Indre par des investisseurs chinois n’est peut-être pas une coïncidence, analyse Benoit Ducasse, journaliste à Campagnes solidaires. « Aux portes de Châteauroux, sur 440 hectares près d’une ancienne base de l’Otan, se profilent des bâtiments destinés à booster les échanges commerciaux entre la Chine et l’Europe, dont une plateforme logistique de 120 000 m2 » [2].

Failles juridiques

L’opacité demeure sur le prix du foncier qui a été négocié. Un ancien éleveur a par exemple cédé sa ferme de 120 hectares à la société Hongyang à environ 8000 euros l’hectare [3], quand celui-ci est estimé à 4000 euros en moyenne dans le département. Ces prix élevés peuvent expliquer pourquoi des paysans en fin de carrière ou en difficulté aient accepté de céder leurs terres. La Safer du Centre déclare évaluer plutôt les rachats « à environ 20 % au-dessus du marché, pas plus » [4]. Une enquête fouillée du site d’informations Reflets évoque d’autres prix, inférieurs au prix du marché.

Dans un communiqué publié en avril 2016, la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) s’inquiète que l’on puisse « acheter 1700 hectares de céréales en France sans aucun contrôle » [5]. Les Safer sont sensées être informées de toute cession de terres agricoles. Elles disposent d’un droit de préemption pour l’acquisition et la revente à des agriculteurs. Ce droit peut être contourné par des montages financiers. Pour que les Safer puissent intervenir, 100 % des parts doivent être vendues. Il suffit donc qu’un investisseur en achète 99 % pour échapper à l’intervention de la Safer. Cette faille juridique, ouverte par la loi Bussereau de 2006, n’a pas été colmatée en 2014 par la loi d’avenir agricole. Lors de la réunion publique, le représentant du Ministère a admis « les limites actuelles de la réglementation ».

 Pour aller plus loin : L’accaparement de terres et la concentration foncière menacent-ils l’agriculture et les campagnes françaises ?

Notes

[2Campagnes solidaires, « Des Chinois dans le Berry, plus ou moins bien accueillis », n°318, juin 2016

[4Lire cet article de Reporterre

[5Une Safer est une société anonyme, sans but lucratif (sans distribution de bénéfices), avec des missions d’intérêt général, sous tutelle des ministères de l’Agriculture et des Finances. Elle dispose d’un droit de préemption lors de la vente des terrains agricoles pour ensuite les répartir aux agriculteurs candidats à la reprise

 
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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:32

 

Traduction d'un extrait en langue anglaisede l'article

Amended TRIPS Agreement Close To Ratification, Says WTO's Azevêdo

tiré du site intellectual property  watch:

 

 

"Amendement Imminent des ADPIC de l'OMC

Azevêdo était sollicité pour faire des commentaires à propos du protocole modifiant(amendant) l'ADPIC, qui a été accepté en 2005 et est destiné pour formaliser une décision de faciliter l'accès des membres les plus pauvres de l'OMC aux médicaments abordables.

Le protocole permet d'exporter des pays pour accorder des licences obligatoires (c'est-à-dire, des licences accordées sans consentement du détenteur de brevet) à leurs fournisseurs génériques pour fabriquer et exporter plus de médicaments aux pays qui ne peuvent pas fabriquer les médicaments nécessaires eux-mêmes."C'est un accord très important parce que c'est une autorisation pour les pays en voie de développement qui n'ont pas la capacité pour fabriquer des produits pharmaceutiques, leur avoir l'accès abordable au moyen de l'importation de tiers. Et ceci donne la certitude que ceci peut être fait sans infraction de droits de propriété intellectuelle.


"Nous sommes très proches de la ratification, et de faire entrer cette ratification modifiée en vigueur."

L'ADPIC, qui est entré en vigueur le 1 janvier 1995, est considéré l'accord multilatéral le plus complet sur la propriété intellectuelle."

 

 
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 07:55

Pour un véto de l'Union européenne sur la fusion Bayer Monsanto

  Résumé de 3 jours intenses au tribunal Monsanto où des victimes des pesticides ont été entendues .

Ces témoignages seront suivis de ceux de scientifiques ,(parmi eux Nicolas Defarge ),et  des analyses d'avocats,etc..

Voici quelques liens vers des témoignages  en vidéos avec :

 

L'ouverture du Tribunal par Corinne Lepage : . https://vimeo.com/187814852 
Le témoignage de Nicolas Defarge : https://vimeo.com/188269163 
L'ouverture de l'Assemblée des Peuples par Emilie Gaillart ( membre du CA du CRIIGEN ) : https://www.youtube.com/watch?v=bp1ZsJnfo24

Mais aussi : https://vimeo.com/188265075  /  https://vimeo.com/188214623  / https://vimeo.com/188323291  /  https://vimeo.com/188319085  /  https://vimeo.com/188299571 / https://vimeo.com/188296077 / https://vimeo.com/188800355 ( sabine Grateloup dont le fils Théo a été et est toujours la victime du roundup )

  L'actualité étant dense en matière d'environnement et de santé publique   prenez donc le temps de visionner , de lire ,et de vous informer avec :

http://www.infogm.org/6067-etats-unis-cibus-colz-mute-deja-dans-champs

Le Dr Joel SPiroux président du CRIIGEN Interviewé ici: http://actus.clicanoo.re/article/sant%C3%A9/1414282-ogm-et-pesticides-entretien-avec-le-docteur-jo%C3%ABl-spiroux-de-vend%C3%B4mois#.WBkikMlK7_4

Et pour ceux qui auraient raté le documentaire sur Arte : http://www.arte.tv/guide/fr/051063-000-A/cholesterol-le-grand-bluff?country=FR
Avec l'excellent Dr De Lorgeril   qui tient un blog ouvert à tous : http://michel.delorgeril.info/
 autres liens :

*:http://svplanete.blogspot.fr/

www.eco-games.fr

http://louvesolitaire15.wordpress.com/

Membre du conseil d'administration du :CRIIGEN: http://www.criigen.org/

facebook : https://www.facebook.com/isabelle.svplanete / facebook 2 : https://www.facebook.com/isabelle.chivilo

Mon moteur de recherche c'est : https://search.lilo.org/ et je finance :

http://www.lilo.org/fr/les-eco-games/

Eco-Games Brésil aout 2016 c'est ici : https://louvesolitaire15.wordpress.com/2016/07/07/eco-games-bresil-2016-avec-lufolep-idf/

 
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 05:24
 

« Au cœur du CETA », épisode 2 : l'agriculture sacrifiée ?

Multinationales contre Etats: le mécanisme passé au crible | Mediapart

 

4 déc. 2014 - Selon ce mécanisme, (connu sous le nom de code ISDS,ndlr) une entreprise étrangère peut poursuivre en justice un État, devant un tribunal ad hoc, si cet État a adopté une régulation ...

 

-#CETA nécro-politique de caniveau: :Matthias Fekl : "Tout ce qui est négocié doit être visible, il faut de l'open data sur les accords commerciaux"

France Inter -
 
-#CETA politique encore :Le député européen EELV Yannick Jadot a poussé un vrai coup de gueule contre le CETA en 60 secondes. Regardez
http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/29494-ceta-video-depute-europeen-yannick-jadot-pousse-gueule-contre.html  
 
-#CETA Conférence : Tafta, stop ou encore ? Venez en débattre à l'occasion du salon MIF Expo, le 18 novembre à 11 heures !
http://www.marianne.net/conference-marianne-tafta-stop-encore-100247503.htmlnférence  


 
 
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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 08:42

CETA : les travaux du Parlement Wallon

by Raoul Marc Jennar

CETA/AECG. Pour aider à la compréhension de "l'instrument interprétatif" de la Belgique, je fournis les liens permettant de prendre connaissance des travaux de la commission des affaires européennes du Parlement Wallon et des travaux de la séance plénière qui a suivi le lendemain.

Erri De Luca : « Le capitalisme s'est affranchi du souci de l'utilité »

 

29 octobre 2016 / Entretien avec Erri De Luca
Né à Naples en 1950, Erri De Luca est écrivain, poète et traducteur. Ses livres sont traduits dans le monde entier. Alpiniste chevronné, il s’est aussi engagé auprès des habitants du Val de Suse, en Italie, contre le percement de la ligne Lyon-Turin. Sa parole est rare et précieuse sur la crise écologique, sociale et politique que traverse son pays. Il s’entretient avec Reporterre

Reporterre — La ligne Lyon-Turin (TAV) ou le pont sur le détroit de Messine entre la Sicile et le continent… que pensez-vous de ces grands projets lancés en Italie ?

Erri De Luca — On déplace l’argent public en faveur de grandes entreprises qui sont liées au système des partis. Hors d’Italie, on appellerait cela corruption, mais chez nous, c’est devenu un modèle de développement. En Val de Suse, par exemple, on ferme des hôpitaux, mais on continue à gaspiller des milliards pour un trou inutile. Le pont au-dessus du détroit de Messine ne se fera jamais, mais plus de 300 millions d’euros ont déjà été dépensés, alors que les routes et le réseau de chemin de fer en Sicile sont dans un état déplorable. Le problème est que le citoyen italien est devenu un sujet, comme au Moyen-Âge.


L’Italie, un pays féodal ?

Aujourd’hui, les décisions sont prises par une oligarchie, mais qui n’est pas éclairée ni intéressée par le bien commun. Elle s’intéresse seulement à gaspiller l’argent public au service d’intérêts privés. C’est encore pire qu’au Moyen-Âge, parce qu’à l’époque, on construisait des châteaux pour se défendre, maintenant, on les construit pour les laisser à l’abandon. En Italie, des centaines de chantiers sont inachevés et des centaines d’autres achevés, mais inutilisés. Le capitalisme s’est aujourd’hui affranchi du souci de l’utilité !


Quand avez-vous senti ce basculement en Italie ?

Dans les années 1990, le pays a connu une dérive « économiciste », un délire de l’enrichissement et c’est pour cela que les Italiens ont élu pour vingt ans l’homme le plus riche du pays, Silvio Berlusconi, à la tête du gouvernement. Dans le même temps, le principal opposant, Romano Prodi, était professeur d’économie, tandis que le président de la République, Ciampi, était ancien gouverneur de la Banque d’Italie. Les premières mesures de Berlusconi ont été de déréguler l’économie. C’est à ce moment-là que l’État est devenu une agence qui, au lieu d’appliquer le droit, dispense des services. La santé n’est plus un droit, c’est un service, et si vous ne pouvez pas payer, tant pis pour vous. De plus en plus d’Italiens ne vont pas voir de médecin, car ils n’ont pas les moyens.


Vous avez été attaqué en justice, pour « incitation au sabotage », par la société LTF (Lyon Turin Ferroviaire), dont le siège est en France. Que signifie cette démarche ?

Dans cette affaire, la dérive a consisté dans le fait qu’une société privée portait plainte, mais surtout qu’elle a trouvé au tribunal de Turin et dans l’administration régionale un écho très favorable. Le préfet de la région a demandé à la LTF, société privée, de payer l’hébergement de 400 policiers qui venaient débarrasser les lieux des opposants au Lyon-Turin, c’était du jamais vu ! Une section spéciale du tribunal de Turin s’occupait à plein temps des poursuites pénales des militants anti-TAV. Ce chantier est l’exemple même de ces affaires combinées entre entreprises et institutions. C’est devenu, hélas, la normalité.


Vous êtes un écrivain de la nature, et de la montagne. Comment cette nature est-elle saccagée en Italie ?

Il a été décidé de continuer les forages pétroliers et gaziers dans l’Adriatique, contre l’évidence des dommages faits à la côte. Au niveau local aussi, c’est la fuite en avant. Il y a peu, le maire de Pescara a décidé de couper des pins d’Alep centenaires sous prétexte qu’ils étaient dangereux à cause de la chute de leurs aiguilles qui font glisser les passants. La vérité est qu’il ne veut pas dépenser de l’argent pour faire de l’entretien ! On pourrait aussi parler de l’aciérie Ilva, de Tarente, dans les Pouilles, autour de laquelle on meurt du cancer ou d’accidents cardio-vasculaires, car les particules toxiques n’ont jamais été recouvertes par l’entreprise : cela coûterait trop cher, dit-elle. La santé des citoyens est devenue une variable du profit. Ces comportements sont notre plaie quotidienne. Il faut revenir à l’habeas corpus, au droit à l’intégrité physique.

 
 


Dans votre livre La Parole contraire (lire ci-dessous), vous déplorez le droit de s’opposer à ce saccage est criminalisé…

En Italie, on a inventé un « droit d’intérêt stratégique national », dont la première application a eu lieu sur une décharge en Campanie, près de Naples, que le gouvernement a décidé de construire malgré l’opposition de la population. Comme le lieu était « stratégique », on a envoyé l’armée. C’est un déplacement de vocabulaire qui prend tout son sens.

 
En Italie, on a inventé un « droit d’intérêt stratégique national », dont la première application a eu lieu sur une décharge en Campanie, près de Naples, que le gouvernement a décidé de construire malgré l’opposition de la population. Comme le lieu était « stratégique », on a envoyé l’armée.


Quelle est la place des citoyens en Italie ?

Il n’y a plus de pacte entre un État et des citoyens, mais des services offerts en fonction du patrimoine personnel. Chacun est évalué en fonction de son pouvoir d’achat et non plus sur la citoyenneté. Si ce pays se maintient encore, c’est grâce à son immense réseau de bénévoles. C’est miraculeux. S’il n’existait pas, l’Italie se serait écroulée depuis longtemps. Il est là notre vrai produit intérieur brut ! Ces bénévoles sont un contrepoids, mais pas encore un contre-pouvoir.


Justement, comment passer de l’un à l’autre ? Faut-il révolutionner la politique ? Se radicaliser pour se faire entendre ?

Il y a quantité d’associations qui font un travail excellent, au niveau du « rez-de-chaussée » de la société. En ce qui concerne les partis politiques, il n’y a officiellement que le Mouvement 5 étoiles, qui recueille les mécontents et ceux qui s’opposent à la corruption qui est partout.


Les jeunes Italiens sont-ils prêts à s’engager ?

Je dois avouer que je ne connais pas bien cette génération, je ne la vois pas, à quelques exceptions près. La semaine dernière, je suis allé rencontrer des élèves dans une école en Sicile. Ils m’ont posé des questions extrêmement précises, pleines de bon sens. Mais ils manquent d’indépendance. Le problème est que ce sont des jeunes dans un pays de vieux, qui ont pour modèle les vieux, et pour eux, la politique n’est pas motivante, ils subissent. C’est un gaspillage : cette énergie et cette intelligence, ils devraient la mettre au service de leur avenir, car ils sont l’avenir du pays. Les jeunes Italiens me font penser à ces philosophes indiens qui attendent sur la rive du fleuve que notre génération passe, avec tous ses cadavres, pour ensuite prendre sa place.


Faut-il voter aujourd’hui ?

C’est une question très privée et je ne veux pas me prononcer là-dessus. En Italie, nous sommes invités le 4 décembre à nous prononcer par référendum sur la réforme constitutionnelle, mais ces affaires de politique institutionnelle ne m’intéressent guère. Ce qui m’intéresse est ce qui se passe sur le terrain, ce que vivent les gens. Pour moi la Constitution est l’équivalent laïque d’un texte sacré : on ne doit pas la toucher ! J’admire les biographies de ceux qui ont écrit cette Constitution. Ils ont rédigé l’article 21 sur la liberté d’expression parce qu’ils en avaient été privés, on les a mis en prison, parfois exilés ou même tués.


Que pensez-vous de la crise migratoire ?

Il n’y a pas de crise migratoire. La crise, c’est le sentiment des gouvernements qui voient de l’urgence là où il ne devrait y avoir que de l’administration. Il n’y a pas de crise, il s’agit de flux migratoires qui ne peuvent pas être arrêtés. Ces flux sont nécessaires à la biologie et à l’économie de l’Europe. Dans nos sociétés, il y a toute l’intégration nécessaire, de la pire exploitation à la possibilité de créer son entreprise. En Italie, de nombreux étrangers ont ouvert leur boîte quand celles d’Italiens fermaient. Le problème vient des murs que l’on dresse. Un mur sert à soutenir une maison, à faire reposer un toit. Mais un mur n’enferme personne. Le mur entre États-Unis et Mexique a-t-il empêché les Latinos d’être de plus en plus nombreux sur le sol états-unien ? Que peut-on faire contre un mur ? Absolument rien. Il ne sépare rien du tout, même les montagnes, avec leurs sentiers, ne sont plus des obstacles ! Les murs aujourd’hui servent à exploiter les mauvais sentiments d’une population, ils sont la dernière ressource de la droite. Ils ne servent que d’argument électoral. L’Europe est en train d’absorber les flux migratoires, et rien d’autre. C’est un processus inévitable et régulier.

 Propos recueillis à Rome par Olivier Bonnel


« LA PAROLE CONTRAIRE », D’ERRI DE LUCA

Pour avoir déclaré que la ligne Turin-Lyon est une entreprise « inutile et nuisible », que le sabotage est la seule alternative, puisque toutes les négociations ont échouées, Erri De Luca est poursuivi par la justice italienne pour incitation au sabotage.

Dans La Parole contraire, l’auteur italien revient sur ses engagements, depuis la lecture d’« Hommage à la Catalogne », de Georges Orwell, qui éveilla sa conscience politique dans une Italie où les journaux de gauche lançaient une souscription pour fournir des armes à la résistance chilienne après le coup d’État du 11 septembre 1973. Autre époque !

Erri De Luca revendique la liberté de parole, le droit de mauvais augure, le droit de parole contraire.

La société privée Lyon Turin Ferroviaire [1], qui a porté plainte contre l’écrivain, bénéfice d’une aide exceptionnelle de l’État italien. Un département judiciaire composé de 4 magistrats a été spécialement créé pour inculper les militants les plus actifs.

Contre ce qu’il considère comme un abus de pouvoir, un acte de censure, Erri De Luca ne décolère pas. Face à une procédure injuste, il rappelle que Rouget de Lisle attend toujours sa convocation pour avoir écrit les paroles de La Marseillaise. Dans une langue remarquable, il affirme sa détermination à rester lui-même, dans ses engagements, prêt à en assumer les conséquences.

Bref, efficace et fort.

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