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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 06:55

Richard Poulin éclaire les angles morts de la domination masculine dans «Une culture d’agression», résultat de trois décennies de recherche

30 septembre 2017 |Sarah R. Champagne

Le meurtre de Véronique Barbe n’était ni un drame conjugal ni un drame passionnel. Son conjoint Ugo Fredette a été formellement accusé de meurtre non prémédité lundi dernier. « C’est une violence masculine, il ne s’agit pas du tout de violences égales entre un homme et une femme dans un couple », statue sans détour Richard Poulin.

 

Le meurtre n’était donc pas « intime », et encore moins « familial », ces deux mots occultant les rapports sociaux de sexe. Pourquoi alors gommer le fait que la violence dans les couples est presque toujours subie par des femmes et perpétrée par des hommes ? La violence masculine doit être énoncée, pour être dénoncée.

 

« Nous avons été si bien socialisés, conditionnés, qu’on pense à un crime passionnel. Mais quand un homme tue sa femme, c’est l’inverse. C’est l’expression d’une jalousie pathologique liée au fait que sa femme lui appartenait. » Et que, par conséquent, le quitter était inacceptable, poursuit M. Poulin, patiemment.

 
 

Aussi patiemment qu’il déshabille le patriarcat de ce genre d’habits de camouflage dans son dernier livre. Une culture d’agression éclaire ces angles morts de la domination masculine. Il est le résultat de trois décennies de recherche du professeur émérite de sociologie à l’Université d’Ottawa et à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM.

 

Le sociologue retisse ainsi un fil d’Ariane entre la prostitution, la pornographie et les tueries. Celui de l’envie des hommes d’exercer un pouvoir sur les femmes, un désir d’ « appropriation patriarcale de l’autre » qui constitue un élément fondamental de cette dynamique.

 

Le fil conducteur tourne aussi autour de la femme-objet, ce faire-valoir soumis aux fantaisies des hommes, à qui s’adressent au premier chef — et de loin — les productions pornographiques actuelles. Mais pas seulement. Objectifier les femmes permet tantôt de les échanger comme des commodités « dans une économie vaginale industrialisée et mondialisée », au coin de la rue ou en ligne, tantôt de violenter, voire tuer, « une chose qui nous appartient ».

 

Tirer à boulets rouges sur tous les flancs du patriarcat n’est pas une mince entreprise. La grande force du professeur Poulin est cependant de mettre en évidence le système qui sous-tend la « culture d’agression » envers les femmes. Une expression utilisée ici dans un sens plus large que « culture du viol », idée discutée dans la foulée d’une vague de dénonciations d’agressions sexuelles l’automne dernier.

 Je ne sais pas pourquoi on dit que les femmes ont choisi librement et rationnellement la prostitution, alors qu’on ne dit jamais qu’une personne a choisi d’être un homme de ménage
Extrait de l’essai «Une culture d’agression»
 

Conditionnement collectif et zombies sexuels

 

Les femmes, construites socialement « en objets de désir, non en sujet de parole », écrit-il, à qui l’on demande par exemple si la prostitution est une activité comme une autre. « Je ne sais pas pourquoi on dit que les femmes ont choisi librement et rationnellement la prostitution, alors qu’on ne dit jamais qu’une personne a choisi d’être un homme de ménage. La majorité de la population n’a pas un travail gratifiant. Est-ce qu’on se demande si les autres personnes ont choisi leur travail, qu’il soit plate, harassant ou pénible ? » La question est tout simplement hors de propos.

 

C’est un commerce aujourd’hui normalisé dans plusieurs pays, où les statistiques de « clients-prostituteurs » explosent, signale Richard Poulin. « Ce qui importe aux yeux des prostituteurs, c’est que les femmes ne tiennent pas compte de leurs propres désirs, de leurs exigences et de leurs sentiments personnels. Dans les bordels, seul le prostituteur est libre. »

 

Quant à la pornographie, cette analyse systémique permet également d’élever le débat au-dessus de la grille « moral/immoral ». Il ne s’agit plus de juger si les millions de vidéos pornographiques consommées chaque jour sont obscènes ou offensent une pudeur commune hypothétique. Ce qui est indécent, selon M. Poulin, c’est plutôt de confondre la liberté d’expression, un argument avancé pour défendre la porno, avec la liberté de commerce. « La liberté d’expression, c’est par exemple pouvoir faire circuler des idées différentes de celles du pouvoir. La porno n’est pas un système d’idées, c’est un commerce ! »

 

Un commerce souvent vulgaire, la version fast-food de l’érotisme déchu, à une époque où l’on se targue pourtant de notre élégance en matière de goût sur Pinterest, de notre chic culinaire sur Instagram, de la distinction de notre hôtel de vacances sur Facebook.

 

L’intimité de l’écran en solitaire renvoie d’autre part des vidéos où le gang bang n’est plus classé hard et où le viol n’est pas un viol, « puisque la femme va jouir et va enfin découvrir c’est quoi, un vrai homme », illustre le professeur.

 

« La pornographie est devenue tellement banale que ceux qui réfléchissent sur ce sujet passent pour des puritains », déplore M. Poulin. Et pourtant, la porno comme la prostitution « enferment les sexualités dans des schémas patriarcaux plutôt que de les libérer. La libération sexuelle n’est pas la même chose que la libéralisation ».

 

La pression est énorme sur ceux qui remettent en question l’omnipotence des industries du sexe, souligne-t-il. Ce qui l’empêche d’ailleurs de croire à une nouvelle fronde féministe contre la pornographie, lui qui a commencé à s’y intéresser après une mobilisation contre la télévision payante au début des années 1980, qui signifiait l’accès à la pornographie, rappelle-t-il.

 

Sorte de recensement de ses études féministes sur trois sujets principaux, le livre constitue par ailleurs un retour pour le professeur Poulin, qui a dû plusieurs fois mettre de côté ces thèmes au cours de sa carrière. « Je suis devenu fou », confie-t-il.

 

Jusqu’à ce qu’une journaliste espagnole se fasse insistante : « Pourquoi les hommes paient-ils pour du sexe ? » Et jusqu’à ce que les nouvelles parlent à nouveau d’un « drame conjugal ».

 

« Il y a quelque chose dans la masculinité qui permet ça. » « Quelque chose » qui prend racine, à son avis, dans la dissociation par beaucoup d’hommes du sexe et de l’affectivité.

 

Fallait-il un homme pour le dire ?

 

Son style universitaire ayant le mérite d’être précis, Richard Poulin n’hésite jamais à appeler un chat un chat, ou un homme qui paie pour du sexe un « prostituteur » et la culture d’agression une violence résolument masculine. À grand renfort de statistiques, et bien que certaines études citées ne soient pas les plus récentes, le sociologue fournit des armes intellectuelles en invitant à continuer de briser le silence.

 

 
Une culture d’agression
Richard Poulin, M Éditeur, Saint-Joseph-du-Lac, 2017, 260 pages

-l'administration du blog  fait suivre l'Affaire Weinstein: «Un comportement inacceptable», dénonce Cannes | Festival de Cannes

l'affaire de cette Relation sexuelle avec une fille de 11 ans: le parquet ne poursuit pas pour viol. 

 Et : donne à lire sur  notre propre culture d’agression à travers la télévision dans   ONPC : Marlène Schiappa interpelle le CSA après l'humiliation de Sandrine Rousseau..
 

 Et re- donne à lire la promiscuité d'un certain Féminisme avec le racisme dans Les féministes blanches et aisées aiment un peu trop le capitalisme 

 
 

Françoise Vergès, Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme
Par Zahra Ali

Entre 1960 et 1980, alors que l’avortement est interdit en France métropolitaine, dans les départements d’outre-mer1 des milliers d’avortements et stérilisations forcés auraient été pratiqués par des médecins prétextant des opérations bénignes et arrivant ainsi à toucher les remboursements de la Sécurité sociale via l’Aide Médicale Gratuite dont bénéficiaient les femmes. Partant de ce scandale et traitant principalement du contexte de la Réunion, Françoise Vergès, titulaire de la chaire Global South(s) au Collège d’études mondiales de la FMSH, analyse la colonialité du pouvoir structurant la France postcoloniale en insistant notamment sur la nécessité de dénationaliser le féminisme. À travers l’étude de la gestion systématique du « ventre des femmes racisées » et de la cécité des féministes de la métropole à leur égard, l’auteure met au jour les processus de racialisation du genre, du capitalisme et du républicanisme français.

  • 2 Sylvia Winter, “Unsettling the Coloniality of Being/Power/Truth/Freedom: Towards the Human, After M (...)
  • 3 Anibal Quijano, « Colonialité du pouvoir et démocratie en Amérique latine », juin 1994, http://www. (...)
  • 4 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 2004.
  • 5 Antonio Gramsci, Cahiers de Prison, Cahier 25, Paris, Gallimard, 1978.
  • 6 L’auteure inscrit clairement son approche dans la lignée de celle de l’historien Dipesh Chakrabarty (...)

2L’introduction pose le cadre théorique de l’ouvrage, caractérisé par la volonté d’apporter des voix dissonantes dans le récit du féminisme « national » qui a marginalisé l’expérience et les mobilisations des femmes des outre-mer racisées et exploitées. Ainsi, pour l’auteure il ne s’agit pas d’ajouter des chapitres oubliés de l’histoire de France mais de questionner la structure racialisée du récit dit « national » (p. 12) et ainsi de mettre en lumière sa colonialité intrinsèque, dans la ligne des travaux de Sylvia Winter2, Anibal Quijano3 et Aimé Césaire4. S’inspirant de la notion gramscienne d’hégémonie et de subalternéité5, Vergès propose une compréhension de la condition postcoloniale des citoyennes.ns d’outre-mer dont les mobilisations sont réprimées et les expériences marginalisées, voire totalement exclues du récit historique de l’espace « républicain ». Elle propose de « dénationaliser » le féminisme « français » en le provincialisant, c’est-à-dire d’aller au-delà du récit « nativiste ou atavique » (p. 16). Il s’agit de déconstruire la centralité et la logique du référentiel dominant et de poser de manière non hiérarchique d’autres cartographies, expériences et stratégies6.

3Le premier chapitre, intitulé « L’île du docteur Moreau », relate le scandale advenu à l’île de la Réunion en s’appuyant principalement sur des quotidiens de presse du début des années 1970. L’auteure raconte et analyse l’expérience terrible des femmes avortées et/ou stérilisées de force, la médiatisation des faits à partir de la fin des années 1960 et le rôle prépondérant joué par David Moreau, homme blanc représentant de la droite et personnalité importante dans la vie économique locale. Vergès met en lumière la complicité des autorités françaises ainsi que la hiérarchisation raciale opérant au sein de la justice française, celle-ci acquittant les médecins blancs pourtant principaux responsables et instigateurs de ces crimes organisés. Alors que l’extrême gauche réunionnaise, notamment le Parti Communiste Réunionnais, proteste et se mobilise, la presse d’État reste silencieuse. Les femmes victimes tombent dans l’oubli et ne seront jamais indemnisées, leurs expériences traumatisantes et leur souffrance ne feront l’objet d’aucune reconnaissance ni compensation. À travers le constat suivant, « Des hommes blancs bâtissent leur fortune sur les corps mutilés de femmes réunionnaises » (p. 44), l’auteure met au jour la colonialité du pouvoir reposant sur les relations étroites entre l’État français, la justice, la police, les médias et la classe possédante héritière du foncier et de l’économie esclavagistes et coloniale à la Réunion.

4Les femmes réunionnaises sont victimes d’une triple oppression, en tant que femme, racisées et défavorisées économiquement ; mais leur traitement est aussi le produit d’une politique « développementaliste » conservatrice et racialisée qui interdit l’avortement en métropole pour l’imposer dans les départements d’outre-mer. « Impossible développement », titre du second chapitre de l’ouvrage, est la formule qui résume l’idéologie soutenant la réorganisation de l’espace républicain après 1945. La postcolonialité républicaine est définie par Vergès comme une reformulation du cadre idéologique de la France de l’après-guerre. L’adhésion de la France à la condamnation universelle du racisme liée aux crimes nazis, la reconfiguration du monde politique avec la construction européenne, l’hégémonie nord-américaine et les mouvements de décolonisation imposent une rupture discursive avec le racisme colonial. Il ne s’agit pas de remettre en question la domination économique et politique sur les territoires colonisés, mais de relégitimer cette domination à travers un nouveau vocabulaire qui n’est plus directement celui de la rhétorique coloniale de la IIIe République. Ainsi le passage de la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane de colonies à départements français par la loi du 19 mars 1946 est accompagné d’une idéologie et de politique « développementaliste » présentant les anciens colonisés comme retardés économiquement, incapables de s’autogouverner et ayant besoin d’être guidé vers la modernité par une classe de fonctionnaires reproduisant le modèle « idéal » de vie « à la française ». La colonialité du pouvoir se perpétue à travers un « modèle de développement » imposé, reproduisant la dépendance économique et politique des anciens colonisés ainsi qu’une hiérarchisation racialisée des modes de vie où tout ce qui vient de France est valorisé au détriment des pratiques et représentations locales. Elle se perpétue de manière encore plus brutale à travers la répression systématique des mouvements anticoloniaux, féministes et communistes qui tentent de contester l’ordre postcolonial et son idéologie.

  • 7 Silvia Federici, Point Zéro : propagation de la révolution. Salaire ménager, reproduction sociale, (...)

5Le troisième chapitre – « Le ventre des femmes noires, le capitalisme et la division internationale du travail » – met en perspective la politique de contrôle des naissances dans les DOM des années 1960-1970 dans le continuum de la gestion du ventre des femmes dans les colonies esclavagistes et post-esclavagistes. En poussant plus loin l’approche foucaldienne de biopolitique, Vergès analyse la gestion de la reproduction des femmes à travers les politiques de l’État, du capital et du patriarcat ainsi que des liens existants entre reproduction, migrations et force de travail. Dans la lignée des féministes noires, latinas, asiatiques ou africaine, l’auteure met en lumière l’importance d’intégrer l’impérialisme et la racisation des corps dans l’analyse de l’oppression des femmes. « Les féministes en Occident » ont insisté sur l’imbrication entre patriarcat, État et capital dans le contrôle du corps des femmes et de la reproduction ainsi que sur l’invisibilisation du travail « domestique » féminin dans l’économie capitaliste. Or, le travail des femmes non blanches, totalement invisibilisé, comme celui des nourrices noires des enfants blancs, domestiques, lavandières, infirmières, etc. révèle une politique de la reproduction et de l’économie capitaliste racialisée. S’inspirant de la réflexion de Silvia Federici7 posant le lien entre expansion coloniale européenne, asservissement des femmes et traite des Noirs, Vergès montre la centralité du ventre des femmes africaines et Malgaches dans ce processus. La reproduction d’une force de travail servile a reposé sur le vol des enfants de ces femmes, qui sont devenus une main-d’œuvre faite d’esclaves déportés à travers la traite transatlantique, pierre angulaire de l’expansion du capitalisme mondial. Les États-Unis, notamment, ont systématisé cette reproduction esclavagiste reposant sur les maternités d’esclaves pour peupler les plantations. Les femmes esclaves et leurs ventres devenant ainsi principale monnaie d’échange et d’épargne. Cette réalité place le viol des femmes noires au cœur de l’organisation sociale de l’esclavage, illustrant ainsi la terrible racialisation à la fois de l’économie capitaliste et du patriarcat.

trant ainsi la terrible racialisation à la fois de l’économie capitaliste et du patriarcat.

  • 8 L’auteure fait entre autres référence à l’engagement et à l’ouvrage de Jean-Jacques Martial, Une en (...)

6Vergès poursuit sa réflexion débutée dans le second chapitre sur la colonialité de la modernité capitaliste et sa continuité à travers la logique développementaliste dans le chapitre 4, intitulé « L’avenir est ailleurs ». L’auteure propose une analyse complexe et riche des politiques de planning familial dans la France post-1945 ainsi que des tensions existantes entre les militantes ouvrières communistes, féministes bourgeoises et les politiques étatiques. Alors qu’en métropole tout est fait pour limiter le recours à la contraception et à l’avortement, les discours sur « la surpopulation des DOM » comme frein à leur modernisation et développement se normalisent. Une « idéologie du rattrapage » (p. 132) du modèle de modernisation européen se consolide et se propage à travers les travailleuses sociales créolophones, supervisées par des médecins et hommes blancs, et qui sont envoyées auprès des femmes réunionnaises pour leur « apprendre » à devenir « la femme moderne ». Le cadre de pensée et d’action de ces femmes repose sur une personnalisation des problèmes sociaux et économiques, niant ainsi les effets du racisme et du capitalisme ainsi que la structure coloniale de l’ordre dominant. La dépolitisation des actrices.eurs sociales.aux envoyé.e.s auprès des populations est doublée d’une répression de tout activisme politique considéré comme « radicale », c’est-à-dire dénonçant explicitement les effets du colonialisme et du capitalisme sur les réalités sociales et économiques des habitant.e.s des DOM. Des années d’intense assimilation de cette idéologie insistant sur les politiques d’aides sociales et de modernisation – et passant notamment par la limitation des naissances – finiront par faire porter aux classes populaires la responsabilité de la pauvreté et du sous-développement. Le fossé existant autrefois entre colons et colonisés, et désormais entre habitants des DOM racisés-métropolitains blancs, continue de se creuser : d’un côté, la jeunesse locale se tourne vers un ailleurs, la réussite étant clairement liée à l’assimilation une modernité dont l’idéal se trouve en métropole, de l’autre des métropolitains se voient offerts des avantages économiques et sociaux considérables pour les inciter à occuper des fonctions de choix dans les DOM. L’une des formes les plus terribles de cette postcolonialité républicaine est l’enlèvement d’enfants réunionnais envoyés par milliers dans des départements dépeuplés de métropole, comme la Creuse, entre 1963 et 1982. Cette entreprise d’enlèvement organisée par l’État fut légitimée par l’idéologie civilisatrice et développementaliste qui présentait leurs familles d’origine comme sous-développées, incapables de les éduquer et de leur offrir « un avenir meilleur » (p. 152)8. Ces politiques terribles sont aussi le produit d’une criminalisation de la pauvreté, qui selon Vergès considérait notamment les femmes racisées des DOM comme coupables. La notion de matrifocalité – la mère comme élément structurant et émasculant dans la famille – fut considérée comme une pathologie sociale à éradiquer. La pathologisation de la « famille réunionnaise » des classes populaires va nourrir une psychologie culturaliste, niant totalement les effets structurels du colonialisme et de l’esclavage sur les réalités familiales, sociales et économiques de la Réunion.

7Alors que les féministes des DOM, qui se proclamaient héritières des femmes esclaves et colonisées révoltées, firent face à un féminisme d’État assimilationniste, les mouvements féministes en métropole restèrent largement indifférents aux effets de la postcolonialité républicaine. C’est cette « cécité du féminisme » et les liens entre « Race, colonialité et capitalisme » qui font le titre et l’objet du dernier chapitre de l’ouvrage. Vergès met en parallèle le manifeste des 343 femmes déclarant avoir été avortées qui parait dans le Nouvel Observateur en avril 1971 et la publication dans le même journal, moins de trois mois plus tôt, du témoignage des trente femmes réunionnaises au procès contre les avortements et stérilisations forcées dont elles ont été victimes. De manière éloquente, ce simple parallèle et l’analyse du silence total des féministes de métropole quant aux réalités des femmes racisées des DOM illustrent la force de la postcolonialité républicaine. L’auteure revient sur l’importance de la décolonisation dans le développement du mouvement de libération des femmes et notamment sur le rôle de la guerre d’Algérie dans l’éveil des consciences du MLF. Elle propose une analyse courageuse et originale des contradictions structurant l’engagement de féministes françaises comme Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir pour des figures de la résistance algérienne comme Djamila Boupacha. Leur dénonciation de l’expérience de la torture de la résistante algérienne va s’axer sur le viol dont elle a été victime, et insister tout particulièrement sur le fait que cette « musulmane » était alors « vierge ». Halimi présente dans son plaidoyer de défense de Boupacha des éléments ethnographique sur l’idéalisation de la virginité par la société algérienne « traditionnelle » (p. 179), appuyant ainsi son argumentaire sur des préjugés culturalistes structurant l’imaginaire colonial. Vergès met aussi en évidence le « redécoupage de l’espace républicain français » (p. 186), lié notamment « l’invention de la décolonisation » à la suite de l’indépendance algérienne et ayant ainsi rendu possible la cécité quant à la dimension racialiste du patriarcat. Ce redécoupage rend ainsi plus aisé pour les femmes du MLF de revendiquer une solidarité « internationale » avec les femmes noires des États-Unis victimes de racisme plutôt que de porter leur attention sur les processus d’oppression de genre et de racialisation à l’intérieur de l’espace républicain. Ainsi, le dépôt à l’Arc de triomphe d’une gerbe « à la femme du soldat inconnu » en aout 1970 par des militantes du MLF est révélateur de la « nationalisation » et donc de l’« hexagonalisation » du féminisme. Vergès note qu’aucune réflexion n’est portée quant au fait que ce monument est dédié aux armées de la Révolution et de l’Empire – relevant donc d’une historiographie de la nation normative et masculine. À travers de nombreux autres exemples bien documentés et finement analysés, l’auteure démontre avec force et nuance l’absence de reconnaissance des féministes de la colonialité du pouvoir structurant le républicanisme français.

8La conclusion du livre, intitulée « Repolitiser le féminisme », actualise et situe la réflexion et l’engagement de Françoise Vergès dans les luttes et les pensées féministes décoloniales en insistant sur la colonialité de la modernité capitaliste ainsi que sur la racialisation des dynamiques de genre et de classe. Elle précise qu’elle a longtemps refusé de se dire féministe, considérant le terme attaché à « une normalisation bourgeoise, à une demande d’intégration dans un monde masculin capitaliste » (p. 216). À travers son analyse éloquente des faits, leur historicisation et leur contextualisation dans le cadre de la modernité coloniale – esclavagiste, capitaliste et patriarcale – Vergès repolitise, renouvelle et fait exister un autre féminisme. Ce livre fera date et comble un manque énorme dans la littérature francophone si limitée sur les questions de colonialité ainsi que sur les liens entre féminisme, genre, capitalisme et racialisation.

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Notes

1 Anciennes colonies esclavagistes constituées en département par la loi du 19 mars 1946 regroupant la Guadeloupe, Martinique, Guyane, et La Réunion.

2 Sylvia Winter, “Unsettling the Coloniality of Being/Power/Truth/Freedom: Towards the Human, After Man, Its Overrepresentation – An Argument”, The New Centennial Review, 2003, 3:3 et Katherine McKittrick et Sylvia Winter, On Being Human as Praxis, Durham, Duke University Press, 2014.

3 Anibal Quijano, « Colonialité du pouvoir et démocratie en Amérique latine », juin 1994, http://www.multitudes.net/Colonialite-du-pouvoir-et/ .

4 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 2004.

5 Antonio Gramsci, Cahiers de Prison, Cahier 25, Paris, Gallimard, 1978.

6 L’auteure inscrit clairement son approche dans la lignée de celle de l’historien Dipesh Chakrabarty qui proposait de « provincialiser l’Europe », dans son article “Postcoloniality and the Artifice of History: Who Speaks for “Indian” Pasts?”, Representations, 1992, et des approches l’ayant précédées de W.E.B. Dubois, Aimé Césaire, Cheikh Anta Diop et Frantz Fanon.

7 Silvia Federici, Point Zéro : propagation de la révolution. Salaire ménager, reproduction sociale, combat féministe, Melun, Éditions iXe, 2016 [1975] ; Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Paris, Entremonde, 2014.

8 L’auteure fait entre autres référence à l’engagement et à l’ouvrage de Jean-Jacques Martial, Une enfance volée, Paris, Les Quatre Chemins, 2003.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Zahra Ali, « Françoise Vergès, Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2017, mis en ligne le 27 septembre 2017, consulté le 02 octobre 2017. URL : http://lectures.revues.org/23490

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:36

Seconde édition du livre "La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne"

 

Petition · #Stop aux violences gynécologiques et obstétricales

Revue de presse IVG :La nouvelle clandestinité des femmes face à l’IVG

Avec la possible suppression de la notion de détresse de la loi Veill.

Et une Analyse comparée des lois sur l'IVG : vers une prise de conscience au Sénat ?

20 Juillet 2017

Action : Le 28 septembre 2017, partout en Europe, mobilisation pour le droit à l'avortement pour toutes

  Violences gynécologiques et obstétricales: la parole des femmes se libère 

 

En juillet dernier, la secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, a demandé un rapport sur les violences gynécologiques et obstétricales. Un tabou qui ne reste peu à peu plus sous silence.(...)

Revue de presse  contraception :

"J'arrête la pilule" : le livre-choc de la rentrée

pourquoi de plus en plus de femmes déclarent : “J’arrête la pilule” ? Quels sont les effets sur la santé des femmes ? La journaliste Sabrina Debusquat a enquêté un an pour publier ce livre évènement.

Rédigé par Pauline Petit, le 8 Sep 2017, à 7 h 30 min

J'arrête la pilule - broché - Sabrina Debusquat

Controverse "pour qu' il se traite et parle de la manière dont devaient se faire les conquêtes médicales dans le   Monde, réfléchies   par la société civile , pour qu'elles se fassent avec justice et en sécurité de conscience"

 

 

Droits des femmes en France,Veil "a gagné le combat le plus fondamental pour les femmes", estime Elisabeth Badinter...

 

La philosophe féministe Elisabeth Badinter a salué vendredi la mémoire de Simone Veil, qui "a gagné et incarné le combat le plus fondamental pour les femmes, celui de la libre disposition de leur corps".

"Ce faisant, elle a permis aux Françaises d'accéder à une liberté sans précédent dans notre Histoire", a déclaré à Elisabeth Badinter, dans une allusion à la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), que Simone Veil a portée.

"Elle a mené ce rude combat avec une dignité et un courage exemplaires, qui lui ont valu le respect de tous et, en particulier, une affection sans borne des femmes. Aujourd'hui, toutes la pleurent et lui disent leur immense reconnaissance", a ajouté Elisabeth Badinter.

Revue de presse :

Li
 
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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 07:27
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 11:26

Dames nature

 

Qu’est-ce que l’écoféminisme ? Une anthologie présentée par Émilie Hache introduit le lectorat français à ce courant de pensées très divers, qui s’attache à penser le lien entre nature et féminisme loin de tout essentialisme.

 
Recensé : Reclaim. Recueil de textes écoféministes, choisis et présentés par Émilie Hache, Paris, Éditions Cambourakis, 2016, 416 p., 24 €.

Pour la première fois paraît une anthologie en français de textes écoféministes, publiée dans la collection « Sorcières » des éditions Cambourakis, choisis et présentés par la philosophe Émilie Hache. Si le terme d’écoféminisme a été introduit par une Française, Françoise d’Eaubonne (1974), c’est dans le monde anglophone que l’idée s’est développée. Rencontre du féminisme et de l’écologie, à la fois mouvement militant, courant intellectuel, littéraire et politique, l’écoféminisme a émergé dans les années 1980 aux États-Unis.

En ayant pris le parti, dans cette anthologie, de présenter des textes écoféministes états-uniens (à l’exception du texte de Vandana Shiva [1]) et non pas sur l’écoféminisme, Émilie Hache montre que l’articulation que les écoféministes font entre l’oppression des femmes et la destruction de la nature n’est pas le fait d’une réflexion savante et abstraite mais qu’elle s’élabore collectivement et empiriquement au cours de mobilisations très diverses : manifestations antinucléaires à Washington, luttes des femmes contre les pollutions dans divers États américains, mobilisations contre la déforestation en Inde ou encore expérimentation de communautés rurales lesbiennes en Oregon.

L’hétérogénéité des mobilisations caractérise l’écoféminisme tout autant que la diversité de ses écrits [2], ce que le recueil met bien en évidence. Le choix des textes « de style et de nature variés, à cheval sur plusieurs disciplines, mélangeant théorie, poésie, thérapie, histoire, diction, politique » (p. 16) montre que loin de se réduire à une seule définition, d’être une doctrine ou un projet politique unique, l’écoféminisme est un mouvement pluriel qui « tire sa cohésion non pas d’un point de vue épistémologique unifié, mais plutôt d’un désir commun de ses partisanes de résister aux différentes formes de domination dans l’intérêt de l’émancipation humaine et de la survie planétaire » (p. 321).

L’écoféminisme et la critique essentialiste

Les écoféministes, en établissant un lien entre les femmes est la nature, sont accusées d’essentialisme, notamment par les féministes : « il y a suspicion a priori à l’égard de la nature de l’articulation qui est faite entre femmes et nature », celle-ci étant soupçonnée de reproduire « le discours patriarcal dominant » qui se fonde précisément sur « l’idée que les femmes sont plus proches de la nature » (p. 29).

En effet, pour les féministes, la nature est avant tout un moyen de justifier la domination sociale subie par les femmes : celles-ci sont réduites à leur fonction biologique et subissent des discriminations du simple fait de leur appartenance sexuelle. Libérer les femmes consisterait donc à les arracher à la nature, au biologique. Les écoféministes, loin de servir la cause des femmes, contribueraient alors, pour les féministes, à perpétuer « des stéréotypes patriarcaux fondés sur les caractéristiques biologiques “innées” des femmes » (p. 324). C’est en ce sens que qu’on pourrait lire, selon ces critiques, le poème en prose Woman and Nature de Susan Griffin (présenté p. 59) ou encore le texte Staying Alive de Vandana Shiva (p. 183).

Mais ces suspicions sont-elles fondées ? Pour Elisabeth Carlassare (p. 319), les critiques essentialistes ne sont pas légitimes dans la mesure où l’objectif commun des écoféministes est précisément de souligner, pour mieux le dénoncer, que le lien qui rive les femmes à la nature est historiquement construit. Carolyn Merchant (p. 129), écoféministe et historienne des sciences, démontre que le développement de la science moderne, en s’appuyant sur une nouvelle conception, mécaniste, de la nature [3], conduit à penser la nature et l’humanité comme séparées. L’écoféminisme soutient que ce dualisme moderne entre nature et culture contribue, d’une part, à faire de la nature une simple ressource à exploiter et, d’autre part, à faire des femmes, associées à la nature, ce « deuxième sexe » dominé. Les écoféministes s’attachent à mettre en lumière le fait que

au sein de la culture occidentale hiérarchiquement dualisée, des relations spécifiques sont tracées entre les femmes (naturalisées) et la nature (féminisée). (p. 298)

L’usage qu’elles font de l’association entre les femmes et la nature doit donc être compris, non pas comme l’affirmation d’une essence, mais comme une forme de constructivisme ou d’ « essentialisme stratégique » (p. 328). C’est ainsi que devrait se lire, par exemple, le poème en prose de S. Griffin :

À travers l’emploi répété de la voix patriarcale qui épouse les arguments essentialistes au sujet de « la nature de la femme » (…) ce texte montre à quel point l’essence des femmes a été historiquement construite par le discours patriarcal scientifique comme inférieure à celle des hommes. (ibid.)

Loin de perpétuer des schémas patriarcaux ainsi, le discours écoféministe jette une lumière critique sur l’identification historiquement construite entre les femmes et la nature, considérée comme extérieure et entièrement maîtrisable.

Vers une autre culture de la nature

Tout l’enjeu pour les écoféministes est alors de sortir de ce dualisme moderne qui conduit à la domination et à l’exploitation des femmes et de la nature. S’il implique une déconstruction de la naturalisation des femmes, ce dépassement ne doit cependant pas se faire en tournant le dos à la nature. Mais pourquoi revenir à la nature et revendiquer un lien avec elle alors que les écoféministes s’attachent à dénoncer un tel lien ? Sortir de l’identification à la nature, dans une culture qui se définit tout entière par opposition à elle, ne passe pas, pour l’écoféminisme, par le rejet de la nature parce que ce serait réitérer le dualisme entre nature et culture que, précisément, elles dénoncent et, par là, tomber dans le même écueil que les féministes lorsqu’elles professent un antinaturalisme. Si l’émancipation de la femme ne passe pas, pour elles, par le rejet de tout ce qui nous rattache au biologique ou à la nature, c’est parce que la nature dont elles parlent n’est pas celle à laquelle les femmes ont été historiquement identifiées. Les écoféministes soutiennent, par conséquent, que le dépassement du dualisme moderne ne peut se faire qu’en défendant une autre conception de la nature et en se réappropriant « ce qui a été distribué du côté de la féminité puisque c’est par là que les femmes ont été identifiées à la nature » (p. 24). C’est en ce sens qu’il faut comprendre le titre donné au recueil : reclaim « signifie tout à la fois réhabiliter et se réapproprier quelque chose de détruit, de dévalorisé, le modifier comme être modifié par cette réappropriation » (p. 23) [4].

Dans la perspective de cette réappropriation, les écoféministes considèrent qu’il est primordial d’encourager les femmes à aimer et à redécouvrir leurs corps contre la haine de soi encouragée par la culture patriarcale, à ne pas dénigrer ses menstruations ou son pouvoir de donner la vie. Pour Carol P. Christ (p. 83), la (re)découverte du culte pré-indoeuropéen de la Déesse [5] permet justement de relier les femmes avec un passé non patriarcal dans lequel elles étaient les égales des hommes, et de réaffirmer l’importance du corps féminin, ses cycles comme ses processus, notamment grâce aux rituels centrés autour de la Déesse [6]. Pour dépasser le dualisme moderne, il est nécessaire, pour les écoféministes, de concevoir les humains comme faisant partie de la nature, avec laquelle ils ont des relations d’interdépendance.

Ceci signifie aussi que les questions relatives à la nature ne concernent donc pas uniquement la protection d’une nature sauvage (wilderness), comme le défend l’environnementalisme dominant aux États-Unis. En se mobilisant contre le dépôt de déchets toxiques, les femmes (majoritairement issues de la classe ouvrière, migrantes noires ou natives) soutiennent que les problèmes de pollution et les questions de santé publique sont tout autant des questions environnementales. Si les femmes s’engagent plus volontiers dans les mouvements environnementaux, ce n’est pas parce qu’elles entretiendraient un rapport privilégié avec la nature mais bien parce qu’elles sont souvent les premières concernées et les plus touchées par les situations de dégradations environnementales : « ce sont principalement les femmes, à travers leur rôle traditionnel de mère, qui font le lien entre les déchets toxiques et les problèmes de santé de leur enfants. Ce sont elles qui découvrent les dangers de la contamination par les déchets toxiques : fausses couches à répétition, anomalies congénitales, décès par cancer » (p. 218). Au travers de ces mobilisations environnementales populaires (grassroots) féminines (p. 211), les femmes revendiquent alors l’inclusion des collectifs humains dans la nature, et une idée de la « nature comme communauté » [7]. Les communautés rurales lesbiennes de l’Oregon, présentées par Catriona Sandilands (p. 243) proposent également une autre culture de la nature en remettant en cause l’appropriation privée, considérée comme un rapport individuel à la nature dominée, en proposant de travailler la terre de façon non industrielle et de vivre collectivement un autre rapport à la nature : celle-ci n’est pas une ressource à exploiter mais un monde vivant avec lequel coexister [8].

« Ramener l’écologie à la maison »

Un des fils rouges de ces différentes mobilisations environnementales de femmes est la question du soin prodigué à la communauté, ce qui fait dire aux écoféministes que « l’écologie est une question de reproduction » (p. 51). Le terme « reproduction », entendu au sens large, désigne les conditions sociales, biologiques et affectives nécessaires pour assurer la continuité de la communauté. Soutenir que l’écologie est une question de reproduction, c’est vouloir relier ce que la modernité a séparé – la production et la reproduction [9] – c’est « ramener l’écologie à la maison » [10]. La maison dont il est ici question, souligne Catherine Larrère dans la postface du recueil, n’est pas celle des sociétés modernes, « doublement délimitée (car séparée du public mais aussi de la nature : elle appartient au social) » ; il s’agit de « l’oikos grec, cette maison qui est la racine commune de l’écologie et de l’économie » (p. 376). Lors de leurs mobilisations – que cela soit en tant que paysannes (comme dans le mouvement Chipko) ou en tant que mères (dans la lutte contre le dépôt de déchets toxiques) – ces femmes rappellent le lien entre production et reproduction en portant sur la scène publique des préoccupations er des sentiments ordinairement circonscrits à la sphère privée par là, elles les dénaturalisent et leur donnent une dimension politique. Si les mobilisations environnementales des femmes contribuent à politiser l’écologie, elles sont également un moyen pour les femmes de retrouver un pouvoir de changement (empowerment). Lorsqu’elles protestent contre la violence militaire et écologique, « bloquant les entrées, tissant les portes fermées avec de la laine et des rubans incluant des objets de la vie quotidienne » (p. 319) [11] ou se mobilisent contre le dépôt de déchets toxiques afin de protéger leur lieu de vie, elles retrouvent une puissance d’agir, font de leur positon de vulnérabilité une ressource et utilisent « leur expérience d’organisation de la vie familiale comme une source d’empowerment » (p. 223).

En subvertissant ainsi les frontières (privé/public, nature/culture) qui assignent une place aux femmes, les écoféministes réussissent, souligne Émilie Hache, à retourner « l’association négative des femmes avec la nature propre à notre culture patriarcale, qui nous coupe de nous-mêmes et de la nature/terre, en un objet de revendication et de lutte politique qui concerne tout le monde » (p. 25). Ce recueil a le grand mérite de tirer l’écoféminisme de l’essentialisme auquel il est à tort trop souvent réduit – « bloquant encore aujourd’hui l’accès à ce dernier pour un grand nombre de personnes » (p. 29) – pour faire ressortir la richesse créative du corpus ainsi que la dimension politique du mouvement.

Pour citer cet article :

Claire Larroque, « Dames nature », La Vie des idées , 20 avril 2017. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Dames-nature.html

La vulve, cette mal-aimée… - Franceinfo

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Un projet photo publié sur un site anglophone me donne l'occasion de vous reparler de la vulve, de son aspect souvent mal-aimé et de la chirurgie esthétique des lèvres.

 

Trois femmes ont accepté de participer à un projet atypique : un photographe a immortalisé leur vulve, une zone du corps encore taboue et souvent mal-aimée. La photo a ensuite été montrée aux femmes ; leurs réactions émouvantes témoignent de leur méconnaissance de cette partie du corps et de leurs difficultés à l'accepter telle qu'elle est. L'hommage très touchant de leurs partenaires les aidera sans nul doute à le faire. La vidéo, en anglais, peut inciter les femmes à changer leur vision de la partie externe du sexe féminin. Elle est composée des nymphes (les petites et grandes lèvres), du clitoris et de l'entrée du vagin.

Cette vulve qui dérange

Rares sont les femmes qui aiment leur vulve et qui sont à l'aise avec leur sexe. L'essor du porno, qui présente surtout des vulves épilées et où rien ne dépasse (les petites lèvres sont cachées par les grandes lèvres) participerait à véhiculer une image de la vulve soit-disant parfaite.  Les magazines féminins retouchent parfois les photos au niveau du sexe et même Barbie présente une vulve une petite fille… En d'autres termes, la vulve idéale serait une vulve invisible !

Ce sont notamment les lèvres qui sont l'objet du mal-être féminin. La nympholastie, en d'autres termes la chirurgie esthétique des lèvres, est en hausse et elle est avant toute effectuée pour des raisons esthétiques. Parfois, le mont de Vénus (la zone de peau en avant du pubis, recouverte de poils) ne convient pas sur le plan esthétique. Une liposuccion retirera un excès de graisse ; le lifting corrigera son affaissement avec l'âge ; une injection de graisse lui donnera un aspect plus bombé et plus jeune. Et bien sûr, l'épilation intégrale supprimera les poils, jugés disgracieux, qui sont pourtant l'un des témoins de l'accès à l'âge adulte…

Oui à la diversité…

Or les vulves sont différentes d'une femme à l'autre, tout comme les pénis ne sont pas parfaitement identiques d'un homme à l'autre ! Il est tout à fait normal que les petites lèvres dépassent, que l'une soit plus longue que l'autre (tout comme un testicule est souvent plus bas que l'autre. Le corps est très souvent asymétrique et cela n'a rien d'anormal. De plus en plus de femmes se rebellent contre une vision uniformisée, avec des projets faisant honneur aux vulves réalistes, comme 101 vaginas.

Au-delà de leur aspect de pétales de fleur, les lèvres ont d'autres avantages : certaines femmes pour accéder à l'orgasme caressent leurs lèvres, entre les stimulations du clitoris, telle une pause érotique salutaire avant d'accéder au sommet du plaisir. De plus, elles attirent les hommes, qui aiment les lèvres de bonne taille, qui enveloppent le pénis, le cajolent et l'entourent voluptueusement. Alors, aimons ces nymphes au nom de divinités féminines, qui participent au plaisir sexuel…

La chirurgie en dernier recours

Bien sûr, s'il y a un véritable complexe, à l'origine d'une souffrance, une asymétrie importante, une gêne conséquente, la chirurgie esthétique est justifiée. Loin de moi l'idée de diaboliser la labioplastie et de culpabiliser les femmes qui y ont recours. Mais comme dans les chirurgies esthétiques, elle reste lourde et les attentes ne sont pas forcément exaucées, a fortiori lorsqu'elles sont très importantes. Et si une thérapie peut résoudre un complexe minime, autant la tester avant : elle est moins invasive et coûteuse.

Une information complète et honnête, pas seulement restreinte aux images véhiculées par le X et les photos retouchées des mannequins, semble indispensable avant de prendre ou pas la décision de se faire opérer.

-Dans la foulée:

A voir sur Télérama.fr, “Tampon, notre ennemi intime”, une enquête glaçante 

La cause des femmes, par Mona Chollet (Le Monde diplomatique

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 14:09

 

Femmes, partout dans le monde, mobilisez-vous

Appel à l'action de la Via Campesina pour le #8Mars

(Harare, le 27 février 2017) Pour les femmes de la Via Campesina du monde entier, le 8 mars est une journée de lutte, de résistance, de dénonciation contre le système capitaliste, les multinationales, le patriarcat et le machisme, qui oppriment, exploitent et violent les femmes. C'est aussi une journée de solidarité avec les luttes des femmes.
En tant que paysannes, nous sommes pleinement engagées dans la lutte pour la souveraineté alimentaire comme solution pour un changement systémique. Cela comprend notre lutte pour l'accès à la terre, à l'eau, à la santé et aux semences. Nous utilisons l'agroécologie comme une pratique politique qui a pour vision un monde fondé sur des principes de justice et d'équité.

Ces derniers temps, nous avons vu une augmentation de la violence faite aux femmes. Nos luttes et résistances sont criminalisées dans un contexte de conservatisme croissant, de démantèlement des politiques publiques et de violation des droits des femmes pour lesquels nous nous sommes longtemps battues. La récente prise du pouvoir par les gouvernements de droite et les forces hétéro-patriarcales a imposé un environnement où les femmes sont assassinées en toute impunité, sont violées et subissent quotidiennement des violences de différentes formes, visant à confiner et renvoyer les femmes dans la sphère privée, à la maison, aux soins et à nous dire que notre espace n'est pas la sphère politique ou la vie sociale et publique.
Ce 8 mars, il est donc nécessaire pour nous, femmes paysannes du monde, de descendre dans la rue, de nous mobiliser, d'agir pour défendre nos droits, nos terres, nos semences, notre nourriture saine. Levons nos voix pour dire Stop à la Violence faite aux femmes, chaque organisation ayant les drapeaux de lutte, les objectifs en accord avec les contextes locaux. Nous sommes engagées à construire des alliances pour les luttes des paysannes contre le capital et la violence hétéro-patriarcale.
Par conséquent, nous appuyons et adhérons également à la grève internationale des femmes ce 8 mars.

Stop à la violence faite aux femmes !

Globalisons la lutte, Globalisons l'espoir

Pour passer à l'action

  • Envoyez vos affiches, photographies, vidéos, plans d'événements, invitations presse à lvcweb@viacampesina.org

  • Vous pouvez également créer de courtes vidéos. Pour en savoir plus cliquez ici

  • Pour télécharger des affiches, des illustrations pour les médias sociaux cliquez ici

Contacts:

Rashmi Munikempanna (India) - rashmi.munikempanna@gmail.com | +91 8762805428

Iridiani Seibert (Brazil) - iridianigs@yahoo.com.br | +55 61999662804

Mily Treviño-Sauceda (Etats Unis) - milyliderescampesinas@msn.com | +19515451917

 
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 10:08

 


le roi du Maroc paiera la défense du chanteur Saad Lamjarred inculpé

  Le roi du Maroc Mohammed VI va prendre en charge les frais d'avocat du chanteur pop marocain Saad Lamjarred, inculpé et écroué depuis vendredi en France pour "viol aggravé", a-t-on appris de sources concordantes.
 

Par "sollicitude", le souverain a conseillé à la famille de Saad Lamjarred que l'avocat français Me Eric Dupont Moretti, connu pour avoir obtenu de nombreux acquittements, "puisse assurer la défense du chanteur", a rapporté l'agence de presse officielle marocaine MAP. 

Le roi a "décidé de prendre à sa charge les frais correspondants", a ajouté la MAP indiquant avoir appris cette information "auprès de l'ambassade du Maroc en France".

Interrogée par l'AFP, l'ambassade a confirmé l'information, précisant que "c'est une réponse favorable à une demande de la famille du chanteur qui a sollicité l'intervention de sa majesté, et dans le respect de la présomption d'innocence".

Saad Lamjarred, 31 ans, une star dans son pays et dans le monde arabe --ses clips ont été visionnés des centaines de millions de fois sur internet--, a été mis en examen (inculpé) vendredi par la justice française pour "viol aggravé" et "violences volontaires aggravées".

 

 

 

Une jeune femme de 20 ans avait déposé plainte mercredi, affirmant avoir été agressée quelques heures plus tôt par le chanteur dans la chambre d'hôtel de ce dernier, près des Champs Elysées à Paris. Le chanteur avait consommé de l'alcool et des stupéfiants au moment des faits, selon les premiers éléments de l'enquête.

Saad Lamjarred, qui devait se produire samedi en concert à Paris, avait alors été interpellé puis placé en détention provisoire.

Le chanteur a déjà été mis en cause aux États-Unis dans une affaire de viol datant de 2010, dans laquelle il nie toute implication.

Au Maroc, son arrestation a été accueillie avec consternation. Il avait été décoré en août 2015 par le roi lui-même.

Sa défense pour sa nouvelle affaire en France était jusque là assurée par les avocats Jean-Marc Fedida et Brahim Rachidi.

Pénaliste très connu en France, Me Dupont Moretti avait assuré la défense du roi du Maroc dans une affaire dite du "chantage royal" contre les journalistes français Éric Laurent et Catherine Graciet.

 

AFP

 

Ses derniers articles: Gabon: Jorge Costa écarté, José Garrido sélectionneur par intérim  Maroc: des milliers de manifestants exigent justice pour Mouhcine Fikri  Côte d'Ivoire: le Conseil constitutionnel valide le référendum 

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:23
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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 04:39

Jeudi 12 mai, «en direct de Mediapart». Harcèlement sexuel, mouvement social, 49-3

Nous vous proposons ce jeudi, dès 18 heures, une édition exceptionnelle de notre émission mensuelle « En direct de Mediapart », diffusée en accès libre sur notre site. Deux débats : sur la mobilisation contre la loi sur le travail après le recours au 49-3 pour imposer ce texte ; sur le maintien de l'ordre dans les manifestations. Et une soirée spéciale sur le harcèlement sexuel. Parmi les nombreuses invitées : Sandrine Rousseau, Isabelle Attard, Rama Yade, Cécile Duflot, Laurence Parisot, Sophie Binet. Le détail du programme.

Jeudi 12 mai, de 18 heures à 23 heures, notre émission « En direct de Mediapart » sera diffusée en streaming et en accès libre sur notre site. Le grand débat de la soirée, de 20 h 30 à 23 heures, sera animé par Leïla Kaddour-Boudadi et la rédaction de Mediapart. Le détail de cette émission :

  • 18 h-19 h. Débat. Après le recours au 49-3, quelle mobilisation sociale avec un Parlement muselé ?
    Débat animé par François Bonnet et Mathilde Goanec.
    Liste des invités à veni
    r
  • 19 h-20 h. Retour sur nos enquêtes. Violences policières : quelle stratégie de maintien de l'ordre ?
    Débat animé par François Bonnet et Mathilde Goanec. Invités :

Jacques de Maillard. Chercheur et universitaire, spécialiste des questions de police et de sécurité, directeur-adjoint du Cesdip.
Axel Ronde, secrétaire général de la CGT-Police Ile-de-France.
Éric Beynel, porte-parole du syndicat Solidaires
Mathilde Goanec, journaliste à Mediapart

  • 20 h 30-23 h. Soirée spéciale. Comment lutter contre le harcèlement sexuel
    Soirée animée par Leïla Kaddour-Boudadi

1- Retour sur notre enquête sur l'affaire Denis Baupin
Invités:
Sandrine Rousseau, porte-parole d’EELV
Isabelle Attard, députée du Calvados
Marilyn Baldeck, de l'association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT)
Cyril Graziani, journaliste à France Inter
Lénaïg Bredoux, journaliste à Mediapart
À lire :
Des femmes dénoncent les pressions et agressions sexuelles du député Denis Baupin
Baupin quitte la vice-présidence de l’Assemblée, EELV en plein trouble
Affaire Baupin: une enquête judiciaire est ouverte
Maude Beckers: «Pour la police et la justice, lutter contre le harcèlement sexuel n'est pas une priorité»

2- Le harcèlement sexuel, un mal endémique en politique
Invités :
Cécile Duflot, députée EELV
Sébastien Denaja, député PS de l'Hérault, rapporteur du projet de loi égalité femmes-hommes
Rama Yade, candidate à l'élection présidentielle
Aurore Bergé, élue Les Républicains

3- Dans l’entreprise, est-ce vraiment mieux ?
Invitées :
Sophie Binet, chargée de l'égalité femmes/hommes à la CGT
Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, présidente de l'Ifop
Lisa Pleintel, groupe Egalis
Marie-Laure Geoffray, Clashes, Collectif de lutte anti-sexiste contre le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur

Le lien vers la page Facebook de l'événement: c'est ici

À jeudi, 18 heures, sur Mediapart!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

-Note sur la gynophobie par l'administration du blog: site internet où vous pourrez découvrir les actions d'une association; www.nogynophobie.org

Leur page Facebook : www.facebook.com/nogynophobie

découvez le court métrage qui a été tourné pour le lancement de l'association https://www.youtube.com/watch?v=5n8qwjRgWc8

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 05:06

Le harcèlement sexuel municipal à Loupian sera-t-il évoqué de nouveau en appel à Montpellier dans le procès Carcelès,l'ex-secrétaire personnelle de Turrel?

La réponse est oui ,sur ce que le tribunal et le public pourront "entendre" sur les marchandages abusifs en la matière , en attendant ce que l'information journalistique générale passera sur Baupin ,Sapin ....(la place sera-elle faite nettement entre la presse,le monde politique actuellement dominé par l'unique genre masculin,pour un changement égalitaire de la société? ),avec la

Suite à l'affaire Denis Baupin : live spécial ce jeudi sur Mediapart

Rendez-vous jeudi 12 mai sur Mediapart.fr pour une émission spéciale en direct et en accès libre :
18h-19h. Débat : Après l'élection d'un maire travailliste musulman à Londres
19h-20h. Retour sur nos enquêtes - Violences policières: quelle stratégie de maintien de l'ordre?
20h30-23h. Politique, entreprise: comment lutter contre le harcèlement sexuel?
-1 Retour sur notre enquête sur l'affaire Denis Baupin
-2 Le harcèlement sexuel, un mal endémique en politique
-3 Dans l’entreprise, est-ce vraiment mieux?
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Après la publication de l’enquête de Mediapart et de France Inter sur des cas d’agression et de harcèlement sexuels, le député Denis Baupin a démissionné lundi de la vice-présidence de l’Assemblée nationale. À gauche, plusieurs responsables politiques ont indiqué que « beaucoup savaient depuis des années ».

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 06:02

Avec en supplément de lecture le CP-wecf,(tout en bas!)

8 mars: s’organiser et lutter pour conquérir nos droits

Communiqué de la Via Campesina

(Harare, 8 mars 2016) Aujourd’hui, à l’occasion de la journée internationale des femmes, La Via Campesina appelle à agir contre la violence capitaliste dans le monde entier ; cette violence, en plus de s’exercer contre les femmes, s’inscrit plus largement dans un contexte social d’exploitation et de spoliation, où les femmes paysannes, autochtones, noires, sans terre ou salariées agricoles ont toujours été opprimées et lésées dans leurs droits légitimes.

La Via Campesina souligne l’importance de l’organisation et de la lutte qui constituent un espace de libération et de prise de conscience, qui garantit la participation politique des femmes en tant que sujets historiques, afin de construire une société juste où l’ethnie, le genre ou l’orientation sexuelle n’ont pas d’importance.

Le mouvement paysan international est vivement préoccupé de voir que l’oppression exercée contre les femmes par le capital et le patriarcat augmente dans le monde entier, avec la progression des politiques conservatrices qui portent atteinte à la vie et aux droits des femmes.

En Turquie, où nous venons d’organiser notre Assemblée intermédiaire des femmes de La Via Campesina, nous avons constaté que les politiques deviennent de plus en plus néolibérales et conservatrices, ce qui aggrave la situation des femmes dans ce pays. Les femmes continuent d’être privées de la liberté la plus essentielle et de leurs droits fondamentaux, et sont victimes de violences et de féminicides. Dans cette région de la planète, les féminicides ont augmenté de façon dramatique ces dernières années. Les filles sont obligées de se marier très jeunes. De plus, dans la sphère économique, ce sont les femmes qui occupent la majorité des emplois précaires. Les femmes assurent de nombreuses tâches dans les zones rurales, toutefois, elles n’ont pas de liberté économique, ni accès à la propriété, et encore moins de droits sociaux.

Dans le sud-est de la Turquie, les problèmes rencontrés par les femmes empirent du fait de la situation de guerre, et des menaces concrètes pèsent sur leurs vies. La situation politique en Turquie n’offre actuellement aucune solution aux problèmes auxquels les femmes sont confrontées. En fait, les politiques actuelles accentuent les problèmes et la discrimination à l’encontre des femmes. C’est pourquoi les femmes s’organisent et sont aujourd’hui à la tête de nombreuses luttes écologiques, sociales et politiques.

Par ailleurs, nous avons appris avec une immense douleur l’assassinat de Berta Cáceres, chef de file paysanne du peuple autochtone lenca, qui était membre du Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH), et qui s’était opposée à de nombreuses reprises aux actions et intentions néfastes du gouvernement du Honduras, qui accorde à des sociétés transnationales étrangères des concessions sur les ressources naturelles pour construire des barrages et s’emparer des ressources des peuples autochtones.

C’est pourquoi aujourd’hui, nous, les femmes et les hommes de La Via Campesina, face à cette situation de criminalisation, nous appelons en cette journée du 8 mars à la mobilisation et à l’organisation contre tout type d’oppression, en descendant dans les rues et sur les places de nos villes, villages et territoires pour dénoncer le modèle destructeur du capital et de l’agribusiness, en montrant comment ceux-ci portent atteinte à la vie des femmes, ce qui, en touchant directement les femmes paysannes, met en danger la souveraineté alimentaire des peuples. Nous continuerons de lutter pour de nouvelles relations entre les femmes et les hommes au sein de notre mouvement, ainsi que de promouvoir un modèle de société fondé sur la justice et l’égalité.

Berta toujours parmi nous ! Plus que jamais, la lutte continue !

Globalisons la lutte, globalisons l’espoir !

Longue vie à notre la solidarité avec les femmes turques !

Consultez également :

Manifeste des femmes de La Via Campesina

Vidéo : Femmes paysannes, semeuses de luttes et d’espoirs !

Cartes postales : Stop à la violence faite aux femmes

Via-info-fr@viacampesina.org
http://viacampesina.org/Via-info-fr/
https://mail.viacampesina.org/lists/listinfo/Via-info-fr
Communiqué de presse - 8 mars - journée internationale des droits des femmes

"Produits chimiques dangereux: les femmes demandent à etre mieux protégées "

La Cimade - Actualités - Femmes sous influences

Les femmes migrantes sont de plus en plus nombreuses à quitter leur terre, par volonté d'émancipation, par souhait de ne plus se soustraire aux contraintes familiales, pour fuir des rites dégradants, par désir de pouvoir faire des études et imaginer une autre vie.

On les dit dominées, soumises à des traditions d'un autre temps et sans diplôme, on les dit "femme de" ou "épouse de" pour les réduire à un statut, le plus souvent erroné.

Dans les faits, beaucoup viennent seules. Leur parcours est dangereux et elles se retrouvent le plus souvent sur notre sol sans titre de séjour. Les plus diplômées et les demandeuses d'asile peuvent aspirer à un statut légal. Mais la survie est éprouvante en attendant une régularisation par le travail, sans pouvoir choisir ni métiers, ni horaires. De nombreuses femmes choisissent la voie du travail clandestin, au risque de ne pas être payées, d'être malmenées, maltraitées.

Parce qu'elles sont femmes, elles se heurtent à des discrimminations liées au genre: elles occupent souvent des emplois à temps partiels et en horaires décalés où les contacts humains sont rares. Isolées, elle sont peu informées de leurs droits et ont donc des difficultés à les faire valoir.

La Cimade accompagne ces femmes dans leurs démarches juridiques, médicales, sociales et dans le cadre de procédures liées au divorce.

La Cimade a été longuement auditionnée dans le cadre des débats qui ont animé la proposition de loi contre le système prostitutionnel, la réforme du droit d'asile et la nouvelle loi relative au droit au séjour des étrangers en France.
Grâce à ce travail, les persécutions liées au genre devraient être prises en considérations dans les demandes de protection.

La Cimade a également mis en place un groupe de travail autour des femmes migrantes, sur la question de la traite des êtres humains ou encore sur l'accès aux soins, à l'emploi et aux formations. La Cimade a créé des espaces et des lieux d'échanges dédiées aux femmes.

Votre don est essentiel à la poursuite de notre action auprès des femmes migrantes. Grâce à votre don, nos bénévoles les accompagnent au quotidien.
Merci d'être toujours à nos côtés.

 
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ZONE HORS AGCS et SANS OGM


Petit mémo : L’AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services est un accord signé lors de la création de  l’OMC (organisation mondiale du commerce) en 1994. Il vise à libéraliser progressivement tous les services des états membres : éducation, santé, culture, recherche…ainsi que l’énergie et l’environnement. Tous les aspects de nos vies sont mis à la vente. Les besoins de l’être humain et toutes formes d’activité humaines sont redéfinis comme des services commercialisables.

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