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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:46

Virginie Baldy Devenez fan

Enseignant-chercheur à Aix-Marseille Université, rattachée à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale

La région méditerranéenne: un hot spot de biodiversité menacé par le changement climatique

Publication: 09/12/2015

La région méditerranéenne (sensu lato) est l'un des 34 hotspots de biodiversité identifiés au niveau mondial, incluant un grand nombre d'espèces endémiques continentales et marines. Cette situation peut être attribuée à un contexte paléo-climatique particulier, à la diversité des conditions biophysiques et climatiques du bassin, mais aussi aux effets des pratiques anthropiques et agricoles depuis le Néolithique.

Les forêts méditerranéennes, notamment, présentent une grande diversité génétique et jouent un rôle écologique, social et économique majeur. Elles présentent un potentiel exceptionnel pour l'évolution et la co-évolution à travers les âges et représentent de ce fait un atout et une opportunité pour l'avenir de la Méditerranée. Ces forêts sont adaptées au climat méditerranéen caractérisé par des sécheresses estivales marquées entrainant une faible disponibilité en eau du sol et un stress important pour les plantes. Le fonctionnement de ces écosystèmes semble d'ailleurs être subordonné à l'existence de cette période de sécheresse estivale.

Cependant, la combinaison de la pression anthropique très ancienne et actuelle ainsi que le niveau élevé de biodiversité fait de la Méditerranée une des régions les plus menacées de la planète par les changements actuels, ce qui justifie sa classification comme un biome "en crise". La région méditerranéenne est donc un système modèle clé pour étudier les effets du changement climatique sur les processus écosystémiques. Les modèles climatiques prévoient généralement pour cette région une augmentation de température et de la sécheresse estivale, avec une réduction de 30% des précipitations annuelles.

Dans ce contexte, un certain nombre de chercheurs s'intéressent au changement climatique en Méditerranée (programme CNRS BIODIVMEX MISTRALS). Plusieurs approches sont utilisées pour étudier l'impact du changement climatique sur le fonctionnement des écosystèmes terrestres, comme les études sur les gradients climatiques altitudinaux, les transects latitudinaux, et la modification expérimentale des précipitations ou des températures. Cette dernière approche basée sur la manipulation de l'écosystème semble être la meilleure pour étudier la réaction des espèces au changement climatique. Dans ce contexte, les chercheurs de l'Institut Méditerranéen de Biodiversité et d'Ecologie de Marseille (IMBE) ont mis en place une station expérimentale dans une forêt de chêne pubescent, une espèce forestière dominante de la Région (O3HP "Oak Observatory at the Observatoire astronomique de Haute Provence") dans laquelle le changement climatique est simulé à l'aide d'un système d'exclusion de pluie. Les premiers résultats montrent un effet négatif de la réduction des précipitations sur la biodiversité et le fonctionnement des forêts de chêne méditerranéen. La biodiversité du sol encore méconnue et pourtant si importante pour le cycle des éléments nutritifs et la fertilité des sols est fortement affectée par ce changement climatique avec notamment des disparitions d'espèces dues à la sécheresse aggravée. Les études scientifiques sont donc nécessaires à la compréhension fine de l'impact du changement climatique sur l'avenir des écosystèmes et des services qu'ils fournissent à l'Homme.

Lire aussi :

• Qui sont les pays "oubliés" de la COP21

• Les catastrophes qui condamnent à devenir réfugié climatique résumées en 1'30"

• Les coulisses de la COP21 : sommes-nous en route vers un accord ambitieux?

Annonce aux amis de BLOOM,

Nous sommes très honorés de vous annoncer que l'association BLOOM a été récompensée le 7 décembre dernier par la Fondation Positive Planet, présidée par Jacques Attali, avec le soutien d'Ashoka.

C'est le justicier des mers, Paul Watson de Sea Shepherd, qui a remis le prix Environnement de ces Positive Awards 2015 à notre fondatrice Claire Nouvian.

Paul Watson : "Le travail de Claire et de BLOOM est très très important. La majeure partie de l'océan est loin des yeux, loin du cœur. C'est grâce à Claire que cette réalité devient concrète pour tous."

Cette récompense intervient au moment même où nous fêtons dix ans d'engagement inlassable et de résultats concrets pour la sauvegarde des océans, grâce à votre soutien essentiel et aux moyens que vous nous donnez.

Ensemble, continuons à changer le monde.

-Autre:

Menaces sur l’océan

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 05:27

Manifeste pour la sauvegarde des terres agricoles

Le premier Manifeste citoyen pour la sauvegarde des terres agricoles et du climat a été officiellement lancé ce samedi 5 décembre 2015 à l’initiative d’un regroupement d’Organisations non gouvernementales (dont le Collectif Testet) et avec l’appui de premiers signataires, parmi lesquels de nombreuses personnalités et organisations emblématiques.

Sont à l’origine du Manifeste et organisateurs de la conférence de lancement à Paris le 5 décembre 2015 (Journée mondiale des sols) :

  • L'association Filière Paysanne (Bouches-du-Rhône)
  • Le collectif Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique)
  • L'association Novissen contre la ferme des 1000 vaches (Somme)
  • Le collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet (Tarn)
  • Le collectif Terres fertiles de Sainte-Colombe-en-Bruilhois (Lot-et-Garonne)

Le Manifeste et les premiers signataires à la date du 05/12/2015

Nous invitons tous les acteurs individuels ou collectifs, qui se sentent concernés, à signer ce Manifeste.

Le communiqué de presse de lancement du Manifeste

Le programme de la conférence du 05/12/2015

Il s'agit du début d'un processus de convergences entre mouvements citoyens, scientifiques et responsables politiques pour obtenir la mise en oeuvre des mesures proposées pour sauvegarder les terres agricoles menacées d’épuisement des sols, d’accaparement et de bétonnage. Le Collectif Testet va continuer à y prendre une part active !

Les parcs : fierté nationale ?

À propos de : Guillaume Blanc, Histoire environnementale comparée de la Nation, Publications de la Sorbonne.

[02-12-2015]

Lieu de promenade, de divertissement voire d'émerveillement, le parc national est aussi un instrument au service de la Nation. Guillaume Blanc analyse cette imbrication entre environnement et politique à partir du cas de la France, du Canada et de l'Éthiopie.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 07:09

......Quand la gratuité du vivant dérange

http://www.mondequibouge.be/index.php/2015/11/quand-la-gratuite%CC%81-du-vivant-de%CC%81range/

S’approprier une séquence ADN, une variété de semence, un gène animal, monopoliser la gestion de ressources naturelles comme l’eau, les zones de pêche, les espaces forestiers… vous n’y pensez peut-être pas. dommage, d’autres le font pour vous! Avec les brevets sur le vivant, c’est en effet un marché vaste et très rentable qui s’est ouvert pour les multinationales…

En cette fin d’été, les plants de légumes ont donné leurs plus beaux fruits. Pour préparer la saison prochaine, jardiniers amateurs et maraîchers aguerris laissent monter en graines leurs plants les plus vigoureux. Cette pratique, vieille comme le monde, permet de récolter les semences les mieux adaptées au sol sur lesquelles les plantes-mères ont poussé. Les graines ainsi récoltées ont dès lors toutes les chances d’offrir à nouveau le meilleur de la nature l’année suivante. Une pratique logique, ingénieuse, tellement naturelle… et pourtant terriblement menacée. Aujourd’hui, des centaines de procès ont en effet été intentés par de grandes industries semencières, un peu partout dans le monde, pour usurpation des droits de propriété sur le vivant… Une aberration parmi d’autres et qui n’en est pourtant qu’à ses débuts…

Du nord au sud, semer devient un acte de résistance

En Inde, des milliers de paysans se battent quotidiennement pour le droit à l’utilisation des graines indigènes. Mais le combat est long et difficile. Selon Vandana Shiva, les entreprises semencières tuent la diversité locale en remplaçant les semences indigènes par leurs semences brevetées. Parfois, ce remplacement est mis en œuvre en partenariat avec le gouvernement, qui organise des campagnes du style « laissez tomber vos vieilles graines », sur le ton de « changez vos chaussettes sales ». Dans certains des cas, les entreprises vont jusqu’à racheter ces « vieilles » semences aux paysans, pour s’assurer le monopole en retirant ces espèces de la circulation (4).

En France, l’association Kokopelli rassemble celles et ceux qui souhaitent préserver le droit de semer librement des semences potagères et céréalières, de variétés anciennes ou modernes, libres de droits et reproductibles. Grâce à un réseau de producteurs et avec une participation active de ses adhérents, l’association possède une collection de plus de 2 200 variétés (plus de 600 variétés de tomates, 200 variétés de piments, 150 variétés de courges…). Malgré les directives européennes, les avis de la FAO, de scientifiques ou d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, ce travail de conservation et de diffusion d’espèces a cependant été attaqué et condamné pour vente de semences illégales et concurrence déloyale. En 2012, les conclusions de l’avocat général de la Cour de Justice de l’Union Européenne ont néanmoins donné entièrement raison à l’association.

Apparue à l’époque de l’industrialisation de masse, c’est-à-dire au 19e siècle, la notion de brevet visait avant tout à protéger les inventeurs et leurs inventions des contrefaçons. Le brevet apposé sur une invention permet en effet à son concepteur d’en avoir la jouissance unique. Aucun concurrent ne peut l’imiter, sauf s’il en achète les droits. Le brevet constituerait donc une forme de rémunération de l’inventeur et serait favorable à l’économie parce qu’elle pousserait à l’innovation.

Jusqu’au début des années 1980, ces lois ne concernent que le monde que l’on dit « inanimé ». De manière implicite, le vivant, considéré comme une chose commune, qui appartient à tous, n’entrait pas dans cette logique de privatisation. On considérait alors que la gratuité du vivant et sa capacité infinie de reproduction empêchaient d’en concevoir l’appropriation.(1) Mais un siècle plus tard, les choses ont fortement changé. Le développement des biotechnologies va entrainer une décomposition du vivant en ses plus petites parties (les gènes, les cellules, les molécules…). Le vivant ne devient plus dès lors qu’un agencement à chaque fois neuf et particulier de ces pièces détachées, ce qui ouvre la porte aux premiers droits de propriété intellectuelle appliqués au vivant.

En 1981, le brevetage des micro-organismes est autorisé en Europe et va s’étendre très rapidement à de nombreux autres pays du monde. Tout organisme découvert par l’être humain devient potentiellement brevetable. On accorde des brevets pour la création de plantes génétiquement modifiées, pour la mise au point de semences résistantes à certains types de maladie, pour le séquençage du génome humain…

Au bénéfice total des entreprises qui augmentent considérablement leurs profits, l’octroi de brevets est en réalité complètement défavorable à l’ensemble de la population, de manière directe ou indirecte.

Le domaine le plus touché aujourd’hui est sans conteste celui de l’agriculture. A ce jour, toute une série de semences ont été brevetées. Elles ne font donc plus l’objet d’un patrimoine commun à l’humanité mais appartiennent dès lors à des propriétaires privés, pour la plupart de grosses multinationales. Monsanto est à la pointe de ce genre de pratiques. La firme a, par exemple, mis au point des semences stériles, obligeant ainsi les agriculteurs à racheter de nouvelles graines chaque année. Elle contraint également les paysans auxquels elle vend des semences à signer un engagement leur interdisant de reproduire eux-mêmes ces semences de saison en saison, ou à défaut de lui verser des indemnités sous forme de royalties. En outre, Monsanto a intenté des centaines de procès pour vol à des agriculteurs dont les champs avaient été naturellement colonisés par les semences de la firme grâce à la pollinisation. En définitive, l’activité antérieure de sélection, approvisionnement, croisement et conservation des semences, le savoir accumulé pendant des millénaires, sont considérés comme un donné de la Nature, sans valeur et sans droit. Les paysans peuvent être alors assimilés à des pirates qui exercent un monopole illégitime sur la Nature.(2)

Ce qui est vrai depuis quelques décennies déjà pour le monde végétal risque de le devenir également pour le monde animal. La firme Monsanto – encore elle – a récemment déposé aux Etats-Unis une demande de brevet sur une séquence génétique de porc. Cette séquence est pourtant présente chez 75% des porcs, selon les associations d’agriculteurs locales. Le brevetage de ladite séquence pourrait entrainer, à terme, la condamnation d’agriculteurs pour des reproductions non déclarées qui seraient considérés comme illégales.(3)
Les pratiques agricoles sont en danger, mais la biodiversité aussi souffre de ces privatisations. Avec le temps qui passe, le nombre de variétés cultivées diminue de manière importante. Pourtant souvent plus adaptées à certains types de climats ou de sols, de nombreuses variétés ont été abandonnées au profit de variétés hybrides et standards commercialisées par l’industrie agroalimentaire.

Mais ces privatisations soulèvent encore d’autres types de questions. L’indépendance de l’Office européen des brevets est par exemple contestée. Théoriquement autonome du point de vue financier, elle est néanmoins grandement financée par les taxes perçues sur les brevets enregistrés… les gros clients sont donc toujours les bienvenus. Par ailleurs, ce système est extrêmement défavorable à la recherche publique et aux petites entreprises. Les multinationales investissent de 100 à 1000 fois plus dans le secteur des biotechnologies et possèdent donc plus d’une longueur d’avance dans la course au brevetage du vivant.

Privatiser le génome humain ?

Entre 1990 et 2003, le projet « génome humain » a entrepris avec succès de séquencer l’entièreté de l’ADN humain. Puisqu’il avait été initialement conçu pour une diffusion publique et immédiate des résultats de la recherche(5), les chercheurs actifs sur le projet mettaient directement en ligne les résultats de leurs observations, qui constituaient alors un matériau de base pour programmer des recherches sur les maladies.

Le projet a néanmoins subi les assauts des industries privées, principalement issues du domaine pharmaceutique. Même si la grande majorité de la communauté scientifique estime que le brevetage de séquences du génome humain bloquerait toute activité de recherche, certaines firmes privées sont malgré tout parvenues à leurs fins.

Cela a notamment été le cas d’un gène responsable du cancer du sein breveté par l’entreprise américaine Myriad Genetics qui détient un monopole sur ce gène aux USA, au Canada et au Japon. Cela signifie concrètement que tous les tests effectués par des instituts de recherche sur ce gène précis doivent obligatoirement passer par les coûteux laboratoires de Myriad Genetics. Une manière de freiner les concurrents dans un domaine qui pourrait s’avérer très rentable…

Pour les actionnaires des industries qui travaillent au départ de ce que nous offre la terre, la nature est trop généreuse. Au-delà de la problématique agricole, c’est actuellement l’ensemble des ressources naturelles qui sont menacées par les privatisations. On peut penser au pétrole ou aux minerais en tous genres. Mais c’est encore plus choquant lorsqu’il s’agit d’un bien de première nécessité, d’une ressource vitale pour chacun d’entre nous : l’eau par exemple.

Depuis la fin des années 1980, de nombreuses associations et ONG se battent pour garantir l’accès de tous à l’eau potable. Pour Riccardo Petrella, politologue et économiste à la pointe de cette lutte, l’eau doit être considérée comme un bien commun et gérée comme tel par les communautés locales et les Etats. Malheureusement, la tendance au niveau mondial est plutôt à la privatisation, ou à la mise sur pied des partenariats entre public et privés. Cette appropriation de l’or bleu par des privés qui souhaitent dès lors en faire un produit de vente rentable risque de priver des populations entières, bien souvent les plus pauvres, d’un accès facile, libre et gratuit à l’eau potable.

C’est d’ailleurs déjà le cas dans certaines régions du monde où l’eau est détournée et accaparée pour irriguer des zones d’agriculture intensive (on pense au Kenya, pays dans lequel se sont implantées des firmes agro-alimentaires productrices de haricots et de courgettes à destination de l’Europe et qui accaparent les réserves d’eau du pays) ou pour satisfaire des touristes de passage (en Inde où les hôtels de luxe épuisent des réserves d’eau déjà bien maigres dans certaines régions).

Ces privatisations en chaine ont été possibles grâce à des changements législatifs mais sont aussi, et avant tout, le résultat d’une attaque idéologique en règle sur la notion de bien commun qui englobe toute une série de ressources vitales mais pourtant limitées. Les biens communs nécessitent donc une gestion saine et efficace par l’ensemble de la collectivité et non par des propriétaires privés. En 1968, Garrett Hardin publie La Tragédie des communs, article dans lequel il affirme que le libre accès aux biens communs conduit inéluctablement au gaspillage de ceux-ci, d’autant plus à une époque où la population mondiale ne cesse de s’accroître.

C’est en grande partie sur cette base idéologique que les politiques de privatisation ont ensuite vu le jour. Pourtant l’idée de bien commun est loin d’être enterrée, et est même considérée par beaucoup comme un modèle d’avenir à défendre. Puisque les privatisations se révèlent souvent catastrophiques en termes d’accès pour les populations les plus fragiles, il s’agit de réfléchir à la manière la plus adéquate de gérer aujourd’hui ces communs. C’est à cette tâche que s’attèle notamment Elinor Ostrom, récompensée en 2009 par le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la gouvernance des biens communs. Elle propose huit principes fondamentaux d’une bonne gouvernance, principes qu’elle tire de l’observation d’expériences réussies de par le monde : gestion des pâturages en Afrique, irrigation des villages au Népal, gestion des zones de pêche aux Philippines…

Si ces principes fonctionnent particulièrement bien à petite échelle, les travaux sur des échelles plus importantes doivent se poursuivre et laissent présager des horizons plus positifs qu’un univers dont les parts sont réparties entre les plus riches, les plus puissants et les plus avides… au détriment de tous les autres.

Muriel Vanderborght
Article paru dans Contrastes N°169 (juillet-août 2015), revue des Equipes Populaires.

(1) AZAM G., « Les droits de propriété sur le vivant », Développe- ment durable et territoires, dossier 10/2008, consulté en ligne le 21/05/2015, http://developpementdurable.revues.org, p.2.
(2) Idem, p.7.
(3) Idem, p.7.
(4) Interview consultée sur le site www.combat-monsanto.org le 10 juin 2012.
(5) Piétu G.et Méadel C., « Le projet « Génome humain » et l’Open Source. », Hermès, La Revue 2/2010 (n° 57), p. 151-152, www.cairn.info/revue-herm
es-la-revue-2010-2-page-151.htm.

-Annonce de Guy:

Objet : [Info-semences] les NBT au Parlement européen

Une audience publique sur les nouvelles techniques de modification génétique des plantes aura lieu dans la COM AGRI du Parlement européen le 1er Décembre à partir de 15h00

au programme : l'industrie et la recherche sur-représentés; les paysans, les consommateurs et les organisations citoyennes absents

ce débat sera public, on peut visionner et profiter de la traduction sur internet.

Autre sur l'homme révolté .

Manifeste du monde de la culture pour un sursaut humain et citoyen
Les Révoltés | lesrevoltes.fr | octobre 2015
« Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. », L'homme révolté, Albert Camus
Il y a trente ans, la volonté et la détermination d'un seul artiste a permis de créer les Restos du Cœur. Michel Colucci s’inscrivait alors dans une longue tradition française de contestation de l’ordre établi par les arts et les lettres, héritée du Siècle des Lumières : Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola, Joséphine Baker, Jean Ferrat, Simone de Beauvoir, tous ont en commun d’avoir voulu, par leurs œuvres, rejeter l’injustice, la peur de l’autre et l’obscurantisme. Trente ans après la disparition de Coluche il devient urgent de renouveler les cadres de contestation culturelle. Telle est notre ambition. Notre mouvement se nomme Les Révoltés, il est issu de la rencontre de jeunes, acteurs anonymes de la vie culturelle et citoyenne, qui se sont réunis pour rassembler tous ceux qui se sentent révoltés par le sort fait aujourd’hui à la culture. Ce mouvement appartient à tous les humanistes, car nous ne demandons ni aux uns ni aux autres de choisir un camp...
la suite : http://www.lesrevoltes.fr/manifeste.php
voir aussi : Se rassembler : c'est ça l'urgence ! - Les Révoltés | youtube.com | 19 nov. 2015

Et vive "la fin de la domination/confiscation Française
des ressources chanvre"

Dominique Guillet a le plaisir de vous proposer son nouveau dossier d’investigation de 25 pages : “La fin de la domination/confiscation Française des ressources chanvre”. L’intention déclarée de cet article est de mettre en exergue que la France, depuis près de 40 ans, a tout fait pour prendre le contrôle des ressources chanvre en Europe – y compris de multiples pressions auprès des instances Européennes : imposition des variétés monoïques, imposition d’un taux de plus en plus bas du THC, imposition d’une filière qui possède le marché captif des semences, interdiction aux paysans de resemer leurs propres semences, imposition de contraintes règlementaires qui empêchent les jardiniers d’y avoir accès, hégémonie sur le marché des semences à destination de l’Europe ou du Canada…

Bonne lecture !

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 08:50

toutsurlenvironnement.fr,

le portail national de l'information publique environnementale

Crée en 2009 dans le cadre des travaux du Grenelle de l'environnement et en application du premier pilier de la Convention d'Aarhus "L'accès à l'information sur l'environnement", le portail "Tout sur l'Environnement" constitue un point d'entrée unique vers de nombreuses sources d'informations environnementales, disponibles gratuitement sur les sites et portails internet publics existants.

http://www.toutsurlenvironnement.fr/Aarhus/lamendement-ogm

L'amendement OGM

Régulièrement au cœur de l'actualité, le "dossier" des organismes génétiquement modifiés (OGM) suscite controverses et préoccupations tant au sein du grand public que parmi les spécialistes.

Le premier texte de la Convention y faisait allusion aux laissant aux Etats une large liberté d'interprétation du principe de participation en cette matière. Depuis lors, un "amendement OGM" a été introduit dans la Convention en mai 2005, lors de la deuxième Réunion des Parties.

Prenant la forme d'un nouvel article (art. 6 bis), cet amendement pose le principe de la participation du public lors de l'autorisation de la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés et lors de leur mise sur le marché.

“L’agroécologie paysanne pour la Terre et la Souveraineté alimentaire , expériences de La Via Campesina” Est maintenant en ligne!

Nos Solutions à la COP21 - Les Cahiers La Via Campesina

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 03:35


5ème Festimarché des Dolmens Dimanche 11 octobre de 9h à 18h, Le Festimarché des Dolmens offre comme chaque année la possibilité de trouver des producteurs et transformateurs pas loin de chez soi dans une ambiance festive et familiale : déambulations musicales avec les membres du STEEL BAND, démonstrations de country, de rock. Venez découvrir l'élevage d'escargots, l'irrigation écologique avec les OYAS, l'énergie verte avec ENERCOOP, les fabuleux instruments faits en partie à partir de matériaux recyclés de M7Instruments, la calligraphie en bois, et d'autres surprises... . Entrée libre. Lieu : Place du Salet, Vailhauqués. Info : 06 38 02 79 19 et www.marchepaysan34.org

Autres événements à noter dans vos agendas :



2ème Automnales des Boutiques Paysannes du 9 au 11 octobre, dans les boutiques du réseau Boutiques Paysannes, allez à la rencontre des producteurs autour de dégustations, animations et discussions. Programme en pièce jointe.

Fête Paysanne d'Automne Samedi 17 et dimanche 18 octobre à Azillanet, pour fêter le début de l’automne, les vendanges, les récoltes… et surtout partager nos savoir-faire paysans, notre façon de consommer et de cultiver. Le samedi 17, c'est un marché bio et artisanal local, un troc de semences et de la vente, des animations pour les petits et les grands (tour en calèche, jeux en bois, contes, panier gourmand, courge d'Halloween…), des discussions collectives (élevage, foncier, circuits courts, semences), des ateliers d'initiation et de découverte (semer dans le village, tour à bois, poterie...), un village associatif, des expositions et des concerts (Tutti Mesclat, Ramdam Syndical, Atal).Vous trouverez aussi de quoi vous restaurer et vous désaltérer (repas bio le soir) ! Le dimanche 18, ce sont des visites à la ferme (agro-écologie, castanéiculture, viticulture, maraichage et botanique). Plus d'informations sur https://fetepaysannedautomne.wordpress.com/ ou 06.84.11.91.28 / 06.21.90.48.48 et facebook

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 07:36

Le Traité sur les semences va-t-il devenir un outil de biopiraterie?

Communiqué de presse de la Via Campesina

(Rome, 5 Octobre, 2015) La Via Campesina accompagnée d'autres mouvements sociaux est venue à Rome pour alerter l'organe directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture (ITPGRFA), réuni du 5-9 octobre, sur les menaces que représentent les nouveaux brevets sur les semences natives. Le Traité est le seul accord international qui reconnaît clairement les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences. Mais si les États Membres du Traité ont la responsabilité de la réalisation de ces droits, rien à ce jour n’ a été fait en ce sens. Jusqu'à présent, le Traité n'a pas été en mesure de réaliser le partage des avantages promis. L’industrie a utilisé nos semences pour réaliser ses propres sélections mais n’a jamais rien payé. Au contraire, plus de 10 ans après son entrée en vigueur, nous avons vu un changement vers les brevets sur les gènes de nos semences natives, transformant ainsi le Traité en un outil de la biopiraterie au service de l’industrie.

C’est pourquoi LVC a décidé de partager avec l’Organe Directeur du Traité ses préoccupations via la déclaration signée par de nombreux réseaux de semences paysannes du monde entier. Vous trouverez la déclaration dans son intégralité ici.

Contact à Rome :

Ivan Mammana 0039 3407801399 (ES-EN-FR-IT)

Reportage >

« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire »

8 octobre 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre )

Au village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, des cultivateurs du monde entier se sont retrouvés fin septembre avec une idée en tête : « Semer la résistance ».

- Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques), reportage.

Sur une table, Nader Mahmoudi expose fièrement des bouquets d’épis dorés. Barbus, blonds, roux. Chez lui, en Iran, il cultive plusieurs centaines de variétés de blé. Un paysan français s’approche et lui tend un sac de graines d’épeautre : « C’est une céréale d’ici, mais elle se plaira peut-être chez vous ! » Nader ouvre de grands yeux : il n’a jamais vu cette espèce. À grand renfort de mimiques et avec l’aide d’une traductrice, les deux paysans discutent pendant plus d’une demi-heure de méthodes de culture et de conservation.

Blé contre épeautre, sorgho contre haricot, carotte contre patate. Ces échanges informels de semences et de savoir-faire fleurissent dans les allées du village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre le 24 et le 26 septembre, plus de 250 personnes du monde entier se sont retrouvées dans ce haut-lieu de la solidarité et de la convergence des luttes.

Paysans, compagnons ou citoyens, ils ont répondu à l’appel « Sème ta résistance ! » : « Les semences, base de toute production agricole, sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire », écrit dans un communiqué le Réseau semences paysannes, co-organisateur de l’événement. « Nous ne sommes pas là en tant qu’Africain, Latino ou Européen, confirme Jacques Nametougli, venu du Togo. Nous sommes ici en tant que membres de la communauté humaine, pour défendre ce qui est la base de notre alimentation. »

Neuf paysans sur dix sélectionnent, échangent et sèment chaque année une partie de leur récolte. Ils utilisent des semences diversifiées et adaptées à leur terroir. Ainsi, près de 70 % de notre nourriture dépend aujourd’hui de ces graines transmises à travers les siècles par des générations de paysans.

Les multinationales utilisent les brevets pour privatiser les semences

« Un agriculteur qui n’a pas de semences n’est pas un agriculteur, dit Omer Agoligan, cultivateur béninois. Malheureusement, ça disparaît vite, nous avons perdu la moitié de nos variétés de sorgho en moins de dix ans. » Un constat amer partagé par l’ensemble des participants : la biodiversité cultivée s’érode dramatiquement, et les paysans sont peu à peu dépossédés de leurs semences et de leurs connaissances.

Au Mali, en Syrie comme en Colombie, les conflits déplacent les populations paysannes loin de leurs terres, délitent les communautés rurales et détruisent les stocks de semences. « En Irak, après des années d’exil loin de leur village, quand les paysans ont enfin pu revenir, les semences traditionnelles s’étaient perdues et ils n’avaient plus les connaissances », rapporte Zoé Beau, de l’association Graines et Cinéma.

Petites lunettes et casquette plate, Alvaro Salgado représente la Red en defensa del maiz (le Réseau pour la défense du maïs), une organisation paysanne mexicaine. Avec d’autres, il lutte depuis plusieurs années contre la contamination des maïs traditionnels par des plants transgéniques. « Les firmes, appuyées par des scientifiques et les gouvernements, veulent contrôler le centre d’origine du maïs, en Amérique centrale, à travers la diffusion des OGM (organismes génétiquement modifiés), constate-t-il. Il s’agit d’une stratégie de contamination biologique afin de retirer aux peuples indigènes leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs savoir-faire. »

Outre les OGM, les firmes multinationales recourent aujourd’hui aux brevets pour privatiser les semences. « Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux, constatent les participants dans leur déclaration finale. Les plantes de nos champs pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. » Brevet qui interdit de fait l’échange et la réutilisation des semences par les paysans.

Pour autant, « les firmes multinationales dominent parce qu’elles sont soutenues par des politiques publiques », estime Antonio Onoratti, éleveur italien. Catalogue officiel, accord international ou norme sanitaire favorisent ainsi les variétés commerciales au détriment des variétés paysannes.

« La fierté et la dignité d’être paysan »

Pourtant, la résistance paysanne et citoyenne s’organise. Au village Emmaüs, les compagnons élèvent des poules dont la race est en voie d’extinction, et accueillent la Maison des semences paysannes du Béarn, une petite cabane inaugurée lors des Rencontres, pour conserver la diversité des variétés d’ici… et d’ailleurs. Boliviens, Sénégalais et Roumains sont venus déposer des paniers remplis de graines sur des étagères fraîchement montées.

Comme à Pau, nombre d’initiatives de gestion collective des semences se développent dans le monde. « Casa de sementes criollas » au Brésil, « banco de semillas communitario » en Colombie ou « grenier à semences » au Togo. Leur objectif : conserver les graines produites par les paysans, les protéger de la biopiraterie, les multiplier pour ensuite les redistribuer dans les fermes. « Les semences appartiennent à la communauté paysanne, c’est à nous d’en prendre soin et de les gérer », estime Yenly Angelica Mendez, membre d’une organisation colombienne, la Asociacion campesina del valle de Cimitarra (l’Association paysanne de la vallée de Cimitarra).

Ces structures permettent de préserver les variétés locales, qui peuvent disparaître à tout moment. Au Nord-Mali, la guerre ayant détruit la plupart des cultures, les paysans ont pu se tourner vers le Centre agro-écologique de production de semences tropicales, à Gao, qui produit des graines adaptées aux conditions sahéliennes depuis 2006.

Outre les plantes, ce sont bien souvent les savoir-faire qui disparaissent. Le centre de Gao enseigne ainsi comment produire des semences. Au nord du Togo, à Cinkassé, Jacques Nametougli accueille dans son école des jeunes ruraux dans la détresse. « Il nous faut des paysans pour avoir des semences, observe-t-il. Or ce métier est partout dénigré, méprisé. Les jeunes préfèrent partir en Europe plutôt que de travailler la terre. Dans notre centre, nous leur redonnons la fierté et la dignité d’être paysan. »

Mener la lutte contre les transgéniques

Bien que la recherche agronomique se fasse souvent dans des laboratoires éloignés des réalités du terrain, quelques chercheurs retroussent leurs manches pour accompagner les agriculteurs. C’est le cas de Salvatore Cecarelli, spécialiste de la sélection de l’orge. L’ingénieur développe depuis plusieurs années des programmes de recherche participative, où il travaille avec les paysans, directement dans les champs. Il y a neuf ans, il s’est ainsi rendu dans les régions montagneuses et arides de l’Iran, avec plus de 1.600 variétés d’orge et 400 de blé. « Il nous a dit d’augmenter la biodiversité, raconte Khadija Razavi, de l’ONG Cenesta. Grâce à lui, nous avons sélectionné des variétés qui résistent bien à la sécheresse, et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie. »

« Nous avons besoin d’entraide, de partages de connaissances et d’expérience », poursuit-elle. À ses côtés, Christophe Noisette, d’Inf’OGM, lui donne conseils et arguments pour mener la lutte contre les transgéniques. Car avec la levée de l’embargo, l’Iran pourrait bientôt devenir un nouvel eldorado pour les semences transgéniques. « Seuls, nous ne pouvons rien faire, mais ensemble, nous pouvons les empêcher », assure l’Iranienne.

Pour Christian Dalmasso, paysan boulanger en Rhône-Alpes, là est le sens de ces Rencontres internationales : « Nous avons besoin de ces moments d’échange, sinon on reste, chacun, isolé et débordé dans notre ferme. » Un agriculteur africain confirme, ému : « Jusqu’ici, je pensais être seul, mais maintenant, je sais que nous sommes nombreux. »

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Anaïs Cramm/Reporterre
. Chapô : variétés de pommes de terre boliviennes.

Les droits des paysans sont aux paysans et aux paysannes. Pas un de moins !

Déclaration Finale de La Via Campesina. Sixième Session de l'Organe Directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

(Rome, 9 Octobre 2015). Merci Monsieur le Président. Mesdames et Messieurs

Il y a 30 ans, dans cette même salle, la société civile avait déjà proposé à la FAO un débat sur les Droits des Agriculteurs. Trente années se sont écoulées, toute une génération… et enfin le Traité a pu être approuvé mais néanmoins nous attendons toujours sa mise en œuvre effective.

Avec de très nombreux réseaux de semences paysannes de tous les continents, La Via Campesina vous a alerté sur les risques d’atteinte à l’accès des ressources phytogénétiques et aux Droits des Agriculteurs que génère la collaboration engagée par le Secrétariat avec le projet Divseek. Nous tenons à renouveler cette alerte : il ne faudrait pas que de telles violations des principes et des règles de gouvernance du Traité en viennent à le détruire. Il semblerait que le Traité est en train de se convertir en un Traité de gigabytes ne défendant ni les Droits des Agriculteurs, ni la conservation in situ, ni les semences paysannes.

Etant donné la vitesse à laquelle se déroulent les négociations du Système mondial d’information, le Traité doit suspendre sa collaboration avec DivSeek. D’ici à quelques années, tout le matériel génétique des banques publiques de germoplasme sera séquencé et prêt pour que les multinationales puissent y avoir accès sans signer l’ATTM (Accord type de transfert de matériel), supposant donc une violation du contenu du Traité. Nous prenons note de la décision prise par l’Organe directeur de réfléchir à ce problème, pour autant nous craignons qu’une fois examiné le mal causé sera irréversible. Toutes les ressources, dans la mesure où elles seront “dématérialisées”, finiront par faire le jeu des brevets;

La Via Campesina remercie l’Organe directeur d’avoir permis à la société civile de proposer un cadre visant à améliorer sa participation. Cependant, nous sommes scandalisés de sa décision d’avoir confié la définition des Droits des Agriculteurs à la recherche agricole, à l’UPOV et à l’OMPI sans avoir prévu la participation des organisations paysannes, internationales et nationales, qui conservent et renouvellent la diversité des semences dans leurs champs.

La Vía Campesina tient à remercier les nombreux pays qui ont appuyé ses propositions, ainsi que le gouvernement indonésien de s’être proposé pour organiser un débat sur les Droits des Agriculteurs.

Néanmoins, nous dénonçons le comportement des deux pays qui ont fait obstacle à toute prise de décision positive en faveur des paysannes et paysans.

Afin d’avancer sur ce point, diverses fenêtres pourraient être ouvertes. Or, pour ce faire, les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et nous aider à les ouvrir en grand dans leurs propres pays.

Les droits des agriculteurs sont difficiles à appliquer car les multinationales ont peur, mais nous, paysans, nous n’avons pas peur. Le système agroindustriel s’épuise, il détruit notre biodiversité, nos semences locales et nos systèmes de production. De plus, il n’existe pas de “plan B”, que va-t-il se passer lorsque tout ceci s’achèvera?

Pour l’industrie, il est seulement urgent de pouvoir obtenir un maximum de bénéfices dans le moins de temps possible tandis que, pour les paysans, il est urgent de se centrer sur l’alimentation de la population mondiale et de maintenir la biodiversité qui est à la base de la production alimentaire.

Les gouvernements ont une responsabilité pour que les citoyens, habitants des villes, consommateurs et travailleurs, participent à ce débat. Au cas où ils ne l’assumeraient pas, La Vía Campesina prendra l’initiative et mènera les actions nécessaires afin de contribuer à la prise de conscience des populations.

La Via Campesina fera en sorte que, dans tous les pays, les paysannes et les paysans participent à la définition et à la mise en pratique de leurs droits, tels que stipulés dans le Traité.

Les droits des paysans sont aux paysans et aux paysannes.

Pas un de moins !

Via-info-fr@viacampesina.org
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 07:24

Les OGM bannis par la majorité des pays européens

Le Monde.fr | 02.10.2015 à 17h18 • Mis à jour le 02.10.2015 à 18h05 | Par Audrey Garric et Pierre Le Hir

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/10/02/les-ogm-bannis-par-la-majorite-des-pays-europeens_4781627_3214.html

Après des années de blocage et de manœuvres en coulisses, les pays anti et pro-OGM dévoilent leur jeu en Europe. Seize Etats membres de l’Union ont demandé, ces dernières semaines, l’interdiction de cultiver des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur leur territoire. La France, l’Allemagne, la Bulgarie, Chypre, la Lettonie, la Grèce, la Croatie, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, les Pays-Bas, la Lituanie, l’Italie et le Danemark ont déjà formulé cette demande auprès de la Commission européenne, ainsi que le Royaume-Uni au nom de l’Ecosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord, et la Belgique pour la Wallonie. La Slovénie pourrait leur emboîter le pas, avant samedi 3 octobre, date-butoir fixée par la nouvelle directive européenne sur le sujet, entrée en vigueur en avril.

Le nouveau texte, qui visait à sortir de l’impasse dans laquelle se trouvait l’Europe vis-à-vis de ce dossier brûlant, laisse le choix aux Etats membres d’autoriser ou d’interdire la culture des OGM sur leur territoire, et ce, en amont de la procédure d’autorisation menée par la Commission européenne et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Lire : La culture des OGM facilitée dans l’Union européenne

Neuf dossiers de maïs OGM en attente d’une autorisation

Jusqu’à présent, les Etats « anti-OGM » ne pouvaient interdire les cultures transgéniques sur leur territoire qu’après leur autorisation à l’échelle européenne, en prenant des clauses de sauvegarde ou des mesures d’urgence pour des motifs environnementaux et sanitaires. Une procédure très fragile juridiquement : la France a, par exemple, été attaquée à trois reprises sur ses moratoires – le dernier pourvoi introduit par les industriels étant toujours examiné par le Conseil d’Etat.

Avec la nouvelle directive, les Etats qui souhaitent bannir des OGM doivent en faire la demande auprès des semenciers, sous la houlette de la Commission, afin d’être retirés du périmètre de culture. C’est ce que la France a fait le 17 septembre, en transposant dans le droit français la directive européenne. Paris a ainsi demandé à exclure de son territoire les 9 dossiers d’OGM en attente d’autorisation au niveau européen : le MON810 de Monsanto (deux demandes, pour son autorisation et son renouvellement), le TC1507 de Pioneer, proposé par la Commission en 2013 sous la pression d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne, ainsi que six autres maïs de Monsanto, Pioneer et Syngenta. Les entreprises de biotechnologie ont maintenant trente jours pour donner leur réponse (ou s’abstenir, ce qui est considéré comme une approbation).

En cas d’opposition de ces dernières, la France, à l’image des autres gouvernements européens, pourra interdire les plantes sur son sol en invoquant différents motifs, notamment de politique agricole, d’aménagement du territoire ou des conséquences socio-économiques.

Lire : OGM : tout comprendre au nouveau cadre européen

Accélérer la mise en culture de semences

« Le nouveau texte simplifie la procédure pour interdire les OGM. Reste à voir si elle fonctionne, notamment la phase de négociations entre les Etats et les semenciers, prévient Pauline Verrière, juriste à l’association Inf’OGM. On peut également craindre des recours devant l’Organisation mondiale du commerce, cette dernière pouvant sanctionner des décisions politiques basées sur des arguments socio-économiques et non scientifiques. Surtout, il existe un risque de multiplication des dossiers d’autorisation au niveau européen. »

Car l’objectif de la nouvelle directive était, en laissant la liberté à chaque Etat de se prononcer pour son territoire, d’empêcher les blocages au niveau communautaire. Ceux-ci ont conduit à ce qu’un seul OGM soit actuellement cultivé en Europe : le maïs MON810. Cette semence est plantée presque exclusivement en Espagne, avec 132 000 hectares en 2014, ainsi qu’un peu au Portugal (8 500 ha). En 2015, les surfaces de MON810 ont considérablement diminué dans les trois autres pays qui le cultivent : en République tchèque (997 ha), en Slovaquie (105 ha) et en Roumanie (2,5 ha), selon les comptes d’Inf’OGM.

La nouvelle législation va donc certainement accélérer la mise en culture de semences transgéniques sur le sol européen. Le porte-parole santé et environnement de la Commission précise ainsi que la latitude laissée aux Etats membres de s’opposer à ces cultures « ne change rien aux avis scientifiques de l’EFSA, selon lesquels les OGM ne présentent pas de risque pour l’environnement et la santé ».

« Décision démocratique »

Pour l’heure, les ONG se félicitent de la volonté d’une majorité de pays européens de prohiber la culture des OGM sur leur sol. « C’est un mouvement de masse, à la fois politique et citoyen, qui montre qu’un nombre croissant d’Etats membres ne font pas confiance aux évaluations conduites par l’Union européenne et prennent des mesures, à juste titre, pour protéger leur agriculture et leur alimentation », estime Anaïs Pourest, de Greenpeace France. Les pays et régions qui ont d’ores et déjà signifié leur intention d’interdire les cultures transgéniques « représentent 65 % de la population de l’UE et 66 % de ses terres arables », souligne-t-elle.

« Il n’y a jamais eu un signal aussi clair que les cultures génétiquement modifiées, et les entreprises qui les produisent, ne sont pas bienvenues en Europe », renchérit Mute Schimpf, des Amis de la Terre Europe, dans un communiqué. Elle ajoute : « La décision démocratique des pays de bannir les cultures OGM doit être respectée par l’industrie des biotechnologies. »

Reste que le dossier des OGM en Europe est loin d’être clos. En particulier, la question des « zones tampons » à mettre en place pour éviter des contaminations frontalières, entre un pays ouvert aux cultures transgéniques et son voisin les refusant, n’est toujours pas réglée. Quant à la révision des procédures d’évaluation et d’autorisation, réclamée depuis des années par les ministres européens de l’environnement, elle est toujours en suspens.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/10/04/97001-20151004FILWWW00089-ue-23-des-etats-ne-veulent-pas-d-ogm.php

UE: 2/3 des Etats ne veulent pas d'OGM

Mis à jour le 04/10/2015 à 16:38

Publié le 04/10/2015 à 16:36

Dix-neuf Etats membres de l'UE ont au final demandé l'interdiction sur tout ou partie de leur territoire de la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM), en application d'une nouvelle législation européenne, a fait savoir dimanche la Commission européenne. En vertu d'une directive récente, les 28 avaient jusqu'au 3 octobre pour demander l'interdiction sur leur sol de la culture d'OGM déjà autorisés par l'UE, ou en voie d'autorisation.

Leur demande est ensuite transmise aux industriels qui ont un mois pour réagir et peuvent mettre leur veto. Dans ce cas, les Etats membres gardent la possibilité d'invoquer des "motifs sérieux", liés par exemple à des politiques environnementales ou agricoles spécifiques, pour solliciter une interdiction sur leur territoire.

La Slovénie, Malte, le Luxembourg et le Danemark ont fait des demandes de dernière minute. Les autres pays en question, déjà connus, sont la Bulgarie, l'Allemagne, Chypre, la Lettonie, la Grèce, la Croatie, la France, l'Autriche, la Hongrie, la Pologne, les Pays-Bas, la Lituanie et l'Italie.

Le Royaume-Uni a également fait une demande pour l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord, et la Belgique pour la Wallonie, a précisé la Commission européenne.

Actuellement, le MON 810 est le seul OGM autorisé dans l'UE, il est cultivé en Espagne, au Portugal et dans une moindre mesure, en République tchèque. Huit demandes pour la culture d'OGM dans l'Union européenne sont en cours, y compris la demande de renouvellement de l'autorisation du MON 810. Pour 4 d'entre elles, l'EFSA, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, a émis un avis positif. Les quatre autres sont en cours d'examen, précise-t-on à la Commission.

lire aussi : http://www.infogm.org/5842-OGM-France-prepare-terrain-futures-interdictions

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/10/02/les-ogm-bannis-par-la-majorite-des-pays-europeens_4781627_3214.html

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 08:30

Communiqué des organisateurs Rencontre internationale « Sème ta résistance : les semences paysannes nourrissent les peuples »

Au village Emmaüs Lescar-Pau, France, 25 septembre 2015

Accueillis par les compagnons du Village Emmaüs Lescar-Pau, nous sommes plus de 250 représentantes et représentants d’organisations paysannes et de la société civile, venus de 29 pays, à nous être réuni-e-s du 24 au 27 septembre 2015 pour partager les enseignements tirés de nos expériences et de nos pratiques ainsi que de nos visions pour défendre au mieux la souveraineté alimentaire de nos communautés et de nos sociétés.

Toutes et tous, nous sommes confronté-e-s dans chacun de nos pays, chacune de nos régions, chacun de nos villages, à une formidable pression pour nous extraire de nos territoires nourriciers. Les sociétés rurales, qui assurent la nourriture quotidienne aux campagnes et aux villes, sont broyées et nos gouvernements sont asservis par des consortiums industriels et financiers qui accaparent nos sols, nos ressources en eau, et couvrent la terre d’une agriculture industrielle polluante qui, au lieu de nous nourrir, nous intoxique.

Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux. Ces brevets marquent la fin du droit des paysans et des jardiniers de multiplier et sélectionner des semences, de les échanger et de les vendre.

Nous refusons tout droit de propriété industrielle sur la reproduction des êtres vivants. Nous nous sommes opposés aux restrictions de l'usage des semences de ferme , aux brevets sur les semences et aux OGM pour cette raison. Dans de nombreux endroits comme ici dans le Béarn, notre résistance a gagné, les cultures OGM ont été repoussées.

Aujourd’hui des milliers de brevets sont revendiqués sur les traits natifs des plantes et des animaux. Les plantes de nos champs, les variétés paysannes que nous entretenons amoureusement depuis des générations pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. Ces brevets sur les traits natifs soulèvent l’indignation.

Nous avons décidé de résister à cette logique où conduit irrémédiablement le néolibéralisme, et nous avons décidé de mettre en pratique nos droits collectifs sur nos semences, base de toute notre alimentation.

. Ces rencontres « Sème ta résistance », font des semences paysannes le socle commun de la résistance. Des semences paysannes pour une agriculture saine, écologique et solidaire, nécessaire pour servir partout dans le monde la souveraineté alimentaire des communautés et des peuples.

Bien choisir sa nourriture est un acte de résistance et un geste de solidarité avec les paysannes et les paysans qui renouvellent les semences paysannes !

Nous sommes alliés, paysans, compagnons, citoyens, jardiniers de tous les pays. Il est l'heure d'appliquer nos droits collectifs, d'utiliser, d'échanger et de vendre nos semences paysannes et de les protéger de la biopiraterie. Rejoignez-nous pour semer la résistance !

Les organisateurs : le Réseau Semences Paysannes, le Village d'Emmaüs Lescar-Pau, Biodiversité échanges et diffusion d'expériences (BEDE), la Confédération Paysanne du Béarn/ABDEA.

Contact : Patrick De Kochko (coordinateur, Réseau Semences Paysannes)

patrick@semencespaysannes.org 05 53 84 91 93 / 06 17 06 62 60

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 05:58

Océanosceptiques ?A lire ici

Climatosceptiques, créationnistes, à défaut d’enrichir le débat dans le domaine scientifique dans lequel ils s’immiscent, ces experts en division de l’opinion publique savent instiller le doute là où il y a consensus. S’il ne suffit pas de s’opposer à l’opinion majoritaire pour avoir raison, cela leur permet au moins de faire reculer toute prise de décision politique. Récemment, l’état des lieux dramatique des océans, qui se cristallise au fil de travaux scientifiques dans divers domaines, a fait l’objet d’une telle remise en cause dans une publication intitulée « Reconsidérer les calamités océaniques », suscitant un va-et-vient de papiers entre deux équipes de scientifiques.

Selon le professeur Carlos Duarte – un chercheur dont les travaux traitent des changements globaux affectant les écosystèmes marins – notre société serait trop pessimiste au sujet de l’état général des océans. Ce dernier qualifie ainsi de « calamités océaniques » les perturbations des écosystèmes marins telles qu’elles sont présentées par les médias et, in fine, perçues dans l’imaginaire collectif. Dans un article publié en 2014,[1] il revenait notamment sur les justifications avancées par d’autres scientifiques pour expliquer certaines de ces perturbations (surpêche, invasions d’algues ou de méduses, ou encore disparition des organismes calcaires par acidification de l’océan). Simultanément, il remettait en question le rôle de l’Homme, le caractère disruptif de ces perturbations ainsi que leur réelle étendue à l’échelle planétaire.

Ce papier, qui tentait d’expliquer que les choses allaient mieux qu’on ne le pense pour les océans, vient de faire l’objet d’une analyse critique. Intitulée « Calamités de l’océan : litanie hype ou préoccupation légitime ? »,[2] cette publication précise d’entrée de jeu que nier l’existence de problèmes majeurs est potentiellement bien plus dangereux que d’en détecter d’inexistants. Jennifer Jacquet et ses co-auteurs réfutent que le vocabulaire catastrophiste employé par les auteurs de « Calamités océaniques » soit celui utilisé dans les publications traitant des menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins. Plus particulièrement, ils critiquent les généralités faites par Duarte et ses collègues, trop simplistes et brouillant la frontière entre ce que l’on sait et ce que l’on ignore. Par exemple les chercheurs ne tiennent pas compte des preuves irréfutables du rôle de l’Homme dans de nombreux domaines comme :

  • la destruction des habitats (perte de plus de la moitié des populations de coraux dans le monde, destruction des mangroves et les herbiers sous-marins) ;
  • les impacts du chalutage sur les fonds marins ;
  • la décimation de grands prédateurs et grands mammifères comme les baleines, les requins ou les phoques ;
  • l’augmentation de pollutions en tous genres (déchets plastiques, pesticides, bruits liés aux transports/armées).

En dépit de leurs propres injonctions à plus de rigueur scientifique de la part des autres chercheurs, Duarte et ses collègues développent une méthodologie de recherche pour le moins critiquable. Ainsi, leur échantillon d’articles de presse semble avoir été élaboré dans le seul but d’étayer un propos sur le pessimisme ambiant dont la société serait victime. Cette liste ignore toutes les campagnes qui ont été réalisées pour proposer des solutions : l’élimination des subventions nocives, la création de listes d’espèces menacées comme celle mise en place par la CITES, la mise en place de réserves marines, etc.

Fossiles de poissons / Musée des Confluences, Lyon ©Charlène Jouanneau

La science étant faite d’avancées – tantôt réfutées, tantôt confortées –, rien n’est jamais figé (à part les théorèmes). Cependant, il est dommage de constater que des scientifiques utilisent leurs compétences pour nier en bloc tous les travaux de leurs collègues, sans proposer d’alternatives. Il n’est pas difficile de voir que les océans sont exsangues à part dans quelques endroits. Critiquer le fait que les populations d’animaux marins n’ont pas diminué de 50% mais de 45%, ou que les stocks commerciaux de poissons ne seront plus économiquement exploitables en 2048 mais en 2060 est totalement futile. Le seul effet de ce déni est de créer des débats sans direction et surtout d’anéantir toute prise de décision.

Pour aller plus loin, voir un article en ligne traitant des stratégies de communication au cœur des polémiques scientifiques :

« Le scepticisme fait partie intégrante de la démarche scientifique. Il arrive cependant que des consensus soient remis en question par d’éminents scientifiques explorant de nouveaux domaines et utilisant leur notoriété pour convaincre un public de novices. L’immense majorité de la population n’a pas les connaissances suffisantes pour distinguer l’honnête remise en question de l’éventuelle imposture contestataire. Quels éléments du discours des contradicteurs permettent de convaincre le public non averti ? Comment la polémique peut-elle être perçue comme une controverse scientifique ? Il ne s’agit pas ici de discuter des arguments mis en jeu, mais d’analyser la manière dont ils sont utilisés. Constater que la même rhétorique est employée par les contestataires, quel que soit le sujet concerné, permet d’aiguiser le regard critique sur le traitement médiatique des sciences. Ces analyses ne font qu’accroître la conviction qu’une éducation aux médias s’avère indispensable pour ne pas se perdre dans le brouillard des polémiques scientifiques. »

Références :

[1] Duarte, et al. (2014) Reconsidering ocean calamities. Bioscience: 2.

[2] Jacquet, et al. (2015) Ocean calamities: hyped litany or legitimate concern? Bioscience: 2.

-Note "Venez nombreux soutenir la recherche indépendante ce vendredi ",de l'administration du blog:Rendez-vous vendredi 25 septembre à 13h30 devant le Palais de Justice de Paris pour soutenir Gilles-Eric Séralini.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 04:20

Quand les rats régneront

par Matthieu Calame , le 4 septembre

Domaine(s) : Société

Après plusieurs extinctions massives, voici celle que provoque l’espèce humaine. Des animaux disparaissent, tués pour être consommés, ou incapables de survivre au rythme du changement. La réussite d’Homo sapiens signifie la mort des autres vivants. Ce n’est plus « après nous, le déluge » : nous sommes le déluge.

Télécharger cet article :

Recensé : Elizabeth Kolbert, La Sixième Extinction. Comment l’homme détruit la vie, traduit de l’anglais par Marcel Blanc. Paris, La Librairie Vuibert, 2015. 350 p., 21, 90 €.

L’idée s’est répandue d’abord chez les écologues, puis dans un public de plus en plus large : nous assistons à la sixième extinction de masse depuis l’apparition des premiers animaux, dont on a retrouvé des fossiles remontant à 540 millions d’années. Les cinq extinctions précédentes se situent à la fin de l’Ordovicien (-445 Ma), du Dévonien (-360 Ma), du Permien (-250 Ma), du Trias (-200 Ma) et enfin du Crétacé (-66 Ma), cette dernière, la plus célèbre, ayant marqué la fin des dinosaures et l’avènement des mammifères.

Chacune de ces extinctions a probablement eu sa cause particulière. Il est généralement admis que la fin des dinosaures est la conséquence de l’impact d’une gigantesque météorite qui a percuté le Yucatan (aujourd’hui au Mexique). On pense que l’extinction de l’Ordovicien est la conséquence d’une glaciation assez rapide à l’échelle des temps géologiques ; celle du Permien serait due à un réchauffement rapide. La particularité de la sixième extinction est que son origine est humaine : la catastrophe, c’est nous ! L’évolution a engendré une espèce dont l’activité et la prolifération ont pris une dimension géologique conduisant à l’extinction massive d’autres espèces.

Les extinctions précédentes ont été mises en évidence par les géologues, qui constataient des ruptures brutales des formes fossiles dans les couches géologiques (disparition soudaine d’espèces préalablement présentes sur de grandes profondeurs et apparitions de nouvelles espèces présentes dans les nouvelles couches). Ce sont d’ailleurs ces changements qui ont servi à déterminer les périodes géologiques.

Si grande est l’activité de l’homme qu’un nombre croissant de géologues admettent que sa trace est dès à présent visible dans le processus de sédimentation qui produira les roches de demain et qu’elle sera donc repérable dans des millions d’années – si une forme de vie intelligente est toujours présente pour mener ce type de recherches.

Cuvier et Darwin

L’ouvrage d’Elizabeth Kolbert est à la fois le récit d’extinctions d’espèces (actuelles et passées) analysant les mécanismes en jeu et le récit de la prise de conscience par l’homme, d’une part du processus d’extinction, d’autre part de l’extinction en cours. Les chapitres, et c’est le charme du procédé adopté par l’auteur, apparaissent comme les étapes d’une enquête au cours de laquelle le présent et le passé, les phénomènes biologiques et les controverses scientifiques s’entremêlent.

C’est à Cuvier que revient le mérite d’avoir mis en évidence l’existence d’extinctions catastrophiques par le passé. Cependant, il ne se rangea jamais au « transformisme » (l’idée que les espèces se transforment). Avant tout anatomiste, et constatant la parfaite concordance des organes – concordance qui lui permettait par exemple de savoir sur la base d’une dent qu’un animal était herbivore –, il écartait la possibilité d’une évolution progressive incrémentale. Darwin, très influencé par la pensée du géologue Lyell, et Wallace, en développant l’idée de la sélection naturelle, vont donner un moteur au transformisme, qui va prendre le nom d’« évolution ». Ce faisant, ils ignorent la contradiction entre leurs théories et les traces géologiques, qui témoignent plutôt de périodes de stabilité et de changements brutaux.

Pendant longtemps donc, évolution progressive et extinction de masse paraîtront difficilement compatibles : la sélection naturelle et l’évolution gradualiste ne parvenaient pas à rendre compte de l’extinction de masse. C’est finalement dans les décennies d’après-guerre qu’une histoire de l’évolution va se mettre en place, combinant évolution progressive, pour ainsi dire « en régime de croisière », et phénomène d’extinction massive, suivie d’une évolution accélérée liée à des événements non biologiques, du moins jusqu’à l’apparition de cette forme étrange de vie qu’est Homo sapiens. On peut regretter que l’auteure ne fasse pas référence aux théories saltationnistes de l’évolution et, notamment, aux travaux de Stephen Jay Gould.

Récits d’extinction

Par son prélèvement de ressources, par sa férocité, par le réchauffement climatique qu’il provoque, par le morcellement des habitats, par le transfert rapide de plantes, d’animaux, de bactéries et de champignons qui deviennent invasifs et exterminent les espèces locales, Homo sapiens est devenu le vecteur de la sixième extinction, ce qui a conduit le chimiste Crutzen à parler d’« anthropocène », un âge de la Terre dont l’homme est le paramètre principal. Ce n’est plus « après nous, le déluge » ; nous sommes le déluge.

Plusieurs facteurs jouent un rôle déterminant. Avant tout, c’est l’ampleur spatiale et la rapidité du phénomène qui prennent de court la capacité adaptative des espèces : pour de nombreuses espèces, le changement va tout simplement trop vite. « Quand le monde change plus vite que le processus d’adaptation des espèces, beaucoup d’entre elles sont fauchées. »

Elizabeth Kolbert illustre chaque phénomène par des récits d’extinction : le massacre des grands pingouins, au XIXe siècle notamment, exploités pour leurs plumes ; la disparition actuelle des coraux, sous l’effet de l’acidification de l’eau liée à l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère ; les grands herbivores victimes précoces (entre -40 000 et -25 000 ans) sous la pression de la chasse ; les chauve-souris américaines affectées par la lèpre provoquée par un champignon européen qui les empêche d’hiberner en raison des démangeaisons qu’il provoque ; mais aussi l’homme de Neandertal, éliminé et en partie absorbé, puisque les Européens lui doivent tout de même 4 % de leurs gènes.

Collaborer pour se sauver

Tout en touchant le lecteur par ses récits poignants (la description d’une visite dans une grotte d’hibernation des chauves-souris, au cours de laquelle elle doit marcher sur un tapis d’animaux morts, nous rapproche des films de Quentin Tarantino), Elizabeth Kolbert conserve le style caractéristique du journalisme nord-américain. Les anecdotes personnelles – sa nuit dans la jungle, sa visite au musée de Neandertal en Allemagne, une combinaison de plongée trop petite d’une taille – côtoient de nombreux portraits de chercheurs passionnés, des descriptions de lieux et d’ambiances, ce qui la conduit à raconter son enquête autant que le résultat. L’auteure est douée et le procédé efficace, si on l’apprécie. Il a le mérite de donner un peu de respiration et de couleurs à un sujet somme toute bien sombre et déprimant.

Le ton reste toujours pédagogique, descriptif et presque distancié. L’auteure, en bonne journaliste, s’attache à rapporter des faits, le témoignage du processus en cours, ses causes et les mécanismes en jeu, mais sans porter de jugement, ce qui est cohérent avec le concept d’une humanité muée en force tellurique ou « comme l’espèce invasive ayant connu la plus grande réussite dans toute l’histoire des êtres vivants ». Si l’homme extermine, c’est apparemment dans la nature de sa dynamique en tant qu’espèce. J’avoue avoir trouvé ce ton détaché un peu déroutant. Il en ressort un sentiment perturbant de chronique d’une mort annoncée. Et – en étant sans doute injuste – un fatalisme de privilégié.

Au chapitre sur nos cousins néandertaliens moins heureux – en tant qu’espèce s’entend –, on n’échappe pas au chercheur qui s’intéresse à la base génétique des aptitudes de l’homme : « Il doit y avoir une base génétique à cela, et celle-ci se dissimule dans ces longues listes de paires de base ». En attendant de trouver le gène de notre (in)humanité – le chapitre est intitulé « Le gène de la folie » –, l’auteure constate avec Michale Tomasello (de l’Institut Max-Planck) que ce n’est pas a priori l’intelligence individuelle qui distingue l’homme des grands singes, mais l’aptitude à collaborer : « Les grands singes semblent ne pas être aptes à la résolution collective de problèmes, démarche qui revêt une importance centrale dans la société humaine. » Kropotkine, théoricien de l’anarchisme et du communisme libertaire, aurait apprécié.

Malheureusement, dans le cas d’espèce, le problème à résoudre semble bien être l’homme lui-même, et peut-être pas seulement pour les autres espèces. Selon le paléoanthropologue Richard Leakey, « Homo sapiens ne sera pas seulement la cause de la sixième extinction, il en sera aussi l’une des victimes ». Homo sapiens incapable de collaborer pour se sauver lui-même ? C’est possible. Les négociations deux fois décennales sur le climat le laissent à penser.

La vie continue

Après chaque extinction de masse, le vivant a rebondi et s’est rediversifié d’une manière stupéfiante. La disparition des dinosaures ne fut-elle pas la chance des mammifères ? À l’échelle géologique, une extinction n’est qu’une bifurcation de l’évolution, et pas la fin du processus évolutif. Alors, après nous, à qui le tour ? « Après une bière ou deux, la conversation porta sur l’un des autres sujets favoris de Zalasiewicz : les rats géants. Ce rongeur a suivi l’homme dans pratiquement tous les recoins du globe où il s’est installé. Zalasiewicz pense, et il s’agit là de l’avis d’un spécialiste de l’évolution et de la vie, qu’il dominera un jour le monde. »

Pourquoi pas ? Après tout, le rat n’est-il pas un animal aussi social qu’agressif, aussi prolifique qu’opportuniste ? Il battra l’homme sur son propre terrain, à moins de se voir ravir la vedette par les corvidés, la famille des corbeaux et des pies. Dommage pour Kropotkine, qui n’avait pas envisagé la face sombre de l’entraide. Dommage que l’éditeur français ait choisi un sous-titre trompeur, car, avec ou sans l’homme, la vie continuera donc.

Patron, une autre bière et... à la santé des rats !

par Matthieu Calame , le 4 septembre

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