Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 10:40

 

 

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au service planète, évoque un article de la revue « Science », qui rapporte un effondrement du monde des invertébrés. Le principal suspect ? Les pesticides.

LE MONDE | 29.05.2017  | Par Stéphane Foucart (journaliste au service Planète)

 

La revue Science publie ce mois-ci un article au titre surprenant. « Mais où sont passés tous les insectes ? », s’interroge le célèbre périodique. Cette question inquiétante effleure parfois les automobilistes de plus de quarante ans, ceux qui se souviennent que, jusque dans les années 1990, au moindre déplacement, leur pare-brise était constellé d’impacts de bestioles. Il est aujourd’hui, le plus souvent, immaculé.

« J’ai tendance à ne me fier qu’aux données scientifiques, mais quand vous réalisez que vous ne voyez plus tout ce bazar [sur votre pare-brise], ça vous prend aux tripes », dit l’entomologiste Scott Black, directeur de la Xerces Society for Invertebrate Conservation et cité par la revue.

De fait, qu’on soit sensible ou non à la préservation de l’environnement, être frappé par la révélation de ce crépuscule des insectes laisse un puissant sentiment d’inconfort. On cherche à se rassurer comme on peut : peut-être les automobiles d’aujourd’hui sont-elles simplement plus aérodynamiques. Hélas ! Scott Black s’est aussi posé la question et s’est souvenu qu’adolescent, en 1969, il conduisait une superbe Ford Mustang qui malgré sa ligne effilée « devait être tout le temps nettoyée ». A l’inverse, l’un de ses collègues possède aujourd’hui « une Land Rover à l’aérodynamique de réfrigérateur » dont le pare-brise demeure désespérément vierge…

La science a toutes les peines du monde à quantifier cette discrète disparition. Au cours des dernières décennies, seules de très rares mesures de l’abondance des invertébrés ont été conduites. Probablement parce que l’intérêt scientifique de telles expériences était jugé faible, nul ne pouvant imaginer que ce vaste monde grouillant et bourdonnant puisse un jour connaître un effondrement aussi radical et rapide que celui observé aujourd’hui, sur tous les continents.

Désastre

Effondrement : le mot n’est-il pas un peu fort ? Les maigres données disponibles permettent d’en juger. En 1989, raconte Science, des entomologistes de la Krefeld Entomological Society posaient une série de pièges dans une zone humide, la réserve naturelle d’Orbroich Bruch (Allemagne), et mesuraient la quantité de bestioles récupérées. En 2013, le même dispositif expérimental indiquait une réduction de 80 % de la biomasse d’insectes piégés. En vingt-cinq ans, les quatre cinquièmes des insectes de la zone s’étaient volatilisés.

Les scientifiques étant par nature très conservateurs, tout résultat trop spectaculaire est soupçonné de biais ou d’erreur. Aussi les entomologistes allemands ont suspecté que l’année 2013 était inhabituellement catastrophique. Ils sont donc revenus avec leurs pièges, sur la même zone, l’année suivante. Et ils ont retrouvé des résultats semblables…

Que s’est-il passé, pour qu’un tel désastre se produise en si peu de temps ? Le principal suspect, note Science, est cette famille d’insecticides – les fameux néonicotinoïdes – utilisés directement sur les semences et déployés de manière préventive et systématique sur des millions d’hectares de grandes cultures depuis le milieu des années 1990.

Leur usage est restreint en Europe depuis quelques années, mais certains de ces produits persistent longtemps dans les terres agricoles, imprègnent désormais aussi les cultures non traitées, la flore sauvage… Le déclin des abeilles n’est, de toute évidence, que la (petite) partie émergée d’un grand iceberg.

Mais, disent les agrochimistes qui commercialisent ces produits, il faut bien nourrir l’humanité. Ces produits font-ils vraiment grimper la production agricole autant qu’ils sont censés le faire ? C’est la partie la plus tristement comique de cette histoire. Car cette raréfaction silencieuse de l’entomofaune n’est pas seulement une perte pour les écologistes et les amoureux de systématique. C’est aussi un problème pour les agriculteurs. Ce fait est illustré par une étude publiée fin avril par la revue Arthropod-Plant Interactions, et passée inaperçue.

Intense lobbying des industriels auprès de l’UE

Heikki Hokkanen, Ingeborg Menzler-Hokkanen et Maaria Keva, de l’université d’Helsinki, ont examiné l’évolution de long terme des rendements de cultures entomophiles (dépendant des insectes pollinisateurs) dans les régions finlandaises. Ce qu’ils montrent est qu’une culture comme la navette – un oléagineux proche du colza – voit ses rendements décroître depuis 1993. Au milieu des années 1990, soit au moment où étaient déployés ces « néonics », on en récoltait en Finlande une moyenne de 1,7 tonne à l’hectare, contre 1,2 tonne aujourd’hui.

En analysant ces variations région par région, les trois chercheurs observent que c’est dans les zones où l’usage des néonicotinoïdes a été le plus intense que le déclin des rendements est le plus important. Quant aux cultures insensibles à la raréfaction des insectes (orge, blé, etc.), elles ne souffrent pas de telles chutes de productivité…

Sollicités par Le Monde, Vincent Bretagnolle (CNRS) et Bernard Vaissière (Institut national de la recherche agronomique), deux spécialistes de ces sujets, saluent ces travaux mais préviennent qu’ils ne sont que corrélatifs : ils n’apportent pas la preuve définitive de la causalité. Reste que, de toutes les variables examinées, écrivent les agronomes finlandais, « seule l’adoption des insecticides néonicotinoïdes en traitement de semences peut expliquer la baisse de rendements dans plusieurs provinces [finlandaises], et au niveau national pour la navette, par le biais d’une perturbation des services de pollinisation par les insectes sauvages ».

Malgré un dossier de plus en plus indéfendable, les fabricants de ces substances sont bien décidés à les défendre bec et ongles devant le régulateur européen, pour les maintenir à toute force sur le marché. Une intense campagne de lobbying est en cours à Bruxelles et au parlement de Strasbourg — son issue sera très intéressante.

 

Glyphosate : Putain… 10 ans ! | Eric Andrieu, votre eurodéputé

www.er

 

Bruxelles– Alors que la Commission européenne s’apprête à renouveler l’autorisation du glyphosate pour 10 années supplémentaires, les eurodéputés Marc Tarabella et Eric Andrieu ont reçu hier le soutien unanime des sociaux-démocrates européens.

Lors de la réunion du Collège des commissaires, qui s’est tenue mardi 16 mai à Strasbourg, la Commission européenne a soutenu, sans voter, l’idée d’une proposition d’approbation du glyphosate, substance active herbicide la plus utilisée dans le monde, pour dix années supplémentaires. Le texte doit être voté qu’après la publication de l’avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Les eurodéputés français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella dénoncent une décision aussi disproportionnée qu’inconséquente : « Il fallait oser ! La Commission s’essuie carrément les pieds sur la santé de 500 millions d’européens! »

Pour les deux eurodéputés socialistes : « Au-delà de la santé des agriculteurs et des consommateurs, se pose la question du rôle même de l’exécutif européen dans cette affaire. Censée être garante de « l’intérêt général » de l’UE, la Commission européenne se comporte davantage comme un bateau pirate que comme un phare dans la tempête.

Les deux membres de la Commission Agriculture du Parlement européen reprochent à la Commission européenne de « balayer d’un revers de bras les révélations apportées par le scandale des Monsanto papers et le litige en cours aux États-Unis changent dans le but de couvrir les agences européennes pourtant pointées du doigt à de nombreuse reprises. »

« Notre volonté n’est pas de porter atteinte aux agences européennes mais de connaître l’exacte vérité dans la conduite des études afin d’assumer au mieux notre responsabilité de co-législateur. La confiance aveugle de la Commission européenne et de son président dans l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a de quoi interroger ! », ajoutent-ils.

Parallèlement, les deux eurodéputés socialistes ont reçu mardi soir, l’appui de l’ensemble de leurs collègues socialistes et démocrates. « Les S&D qui constituent la deuxième force politique au Parlement européens sont désormais en ordre de bataille », se félicitent Eric Andrieu et Marc Tarabella.

Le Groupe socialiste proposera une question orale sur la question du glyphosate et des Monsanto papers avec une demande de débat à la Commission européenne pour le 12 juin prochain, suivie d’une audition conjointe des commission de l’Environnement et de l’Agriculture du Parlement européen. « Si nous n’obtenons pas une réponse satisfaisante de la Commission européenne, les socialistes et les démocrates, à l’unanimité, se sont accordés pour demander la création d’une commission d’enquête parlementaire ou d’une commission spéciale à ce sujet ».

 

Contact presse :

Raphaël Delarue, Assistant parlementaire d’Eric Andrieu : + 32 486 359 463

Emmanuel Foulon, Assistant parlementaire de Marc Tarabella : + 32 497 594 186

Le Monde · Il y

Ces révélations interviennent alors que la Commission européenne doit se prononcer sur la réautorisation du pesticide, le plus utilisé en Europe et dans le monde.

LE MONDE | 29.05.2017   | Par Stéphane Horel et Stéphane Foucart

 

C’est une lettre embarrassante qu’a reçue, lundi 29 mai, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Son auteur, Christopher Portier, toxicologue et biostatisticien de renommée mondiale, ancien directeur de plusieurs institutions de recherche fédérale américaines, a eu accès aux données des études confidentielles sur le glyphosate – celles transmises par les industriels aux autorités européennes. Il y a découvert des informations passées jusqu’à présent inaperçues.

Selon M. Portier, la réanalyse de ces données met en évidence plusieurs cas de cancers dus au glyphosate, et qui n’ont pas été pris en compte par les agences d’expertise européennes. « Autant l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments] que l’ECHA [Agence européenne des produits chimiques] ont échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d’augmentation d’incidence de cancers, dans les études menées sur les rongeurs », précise M. Portier au président de l’exécutif européen.

Le glyphosate – le pesticide le plus utilisé au monde et principal ingrédient du célèbre herbicide Roundup – est au centre d’une bataille d’experts depuis plus de deux ans. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancers – l’a classé « cancérogène probable » en mars 2015, alors que l’EFSA et l’ECHA estiment qu’il ne présente pas un tel danger.

 

Réautorisation en question

Après 24 mois de polémiques, l’affaire touche à son terme : la Commission européenne a proposé, le 16 mai, une réautorisation pour dix ans de la substance controversée. Le scientifique américain demande toutefois à M. Juncker de « s’abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate » jusqu’à ce que les nouveaux éléments mis au jour soient inclus dans l’évaluation européenne.

Pourquoi un tel embrouillamini ? Pour comprendre, il faut savoir que les agences de sécurité sanitaires, comme l’EFSA ou l’ECHA, fondent principalement leurs opinions sur des études confidentielles, fournies par les industriels. Généralement, nul autre que les experts de ces agences ne peut y avoir pleinement accès. Mais la polémique autour du glyphosate a défait les habitudes.

« Après l’avis du CIRC, fondé, lui, sur des études publiées, il n’était plus tenable pour l’EFSA et la Commission de maintenir que les preuves de la non-cancérogénicité du glyphosate étaient des données industrielles auxquelles personne ne pouvait accéder, explique Martin Pigeon, chercheur à Corporate Europe Observatory (CEO), une ONG bruxelloise. Nous avons donc fait une demande d’accès à ces documents, en décembre        2015, et obtenu l’accès aux données de trois études que nous avons transmis à des toxicologues, dont M. Portier. »

En mars 2016, après une réunion houleuse au Parlement de Strasbourg avec le directeur de l’EFSA, Bernhard Url, des eurodéputés écologistes requièrent de l’agence européenne la divulgation de plus de données encore. « Nous lui avons dit que nous considérons que des avis rendus sur la foi d’études secrètes n’ont aucune valeur scientifique, et les choses se sont assez mal passées, raconte la députée européenne Michèle Rivasi (EELV). J’ai expliqué au directeur de l’EFSA qu’il aurait des comptes à rendre si on réalisait dans quelques années que la réautorisation du glyphosate avait pu être responsable de morts ou de maladies. Nous avons finalement eu accès aux CD-Rom, sous certaines conditions. »

Examen des données brutes d’études industrielles

M. Portier confirme au Monde avoir été sollicité par un groupe de députés européens pour mener une réanalyse de cette grande quantité de données (chaque étude totalise plusieurs centaines de pages de chiffres et de tableaux).

Chercheur prolifique et ancien responsable d’organismes comme le National Toxicology Program (NTP), le National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) ou encore l’Agency For Toxic Substances And Disease Registries, M. Portier a donc passé en revue les données brutes d’une quinzaine d’études industrielles menées sur des rongeurs. « A ma connaissance, c’est la première fois que de telles données ont pu être réanalysées de manière indépendante », dit M. Portier au Monde.

« J’ai trouvé huit cas d’augmentation d’incidence significative de différentes tumeurs qui n’apparaissent dans aucune des publications ou des évaluations officielles présentées par l’EFSA et l’ECHA, écrit-il dans sa lettre à M. Juncker. Certaines de ces tumeurs étaient également présentes dans plusieurs autres travaux, renforçant encore la cohérence des résultats entre études. »

 

Les localisations cancéreuses mises en évidence par M. Portier incluent le poumon, le rein, le foie, la peau, la glande mammaire, la thyroïde ou encore les tissus mous (hémangiosarcome). « Je demande respectueusement aux agences impliquées dans l’évaluation du glyphosate de conduire leur propre analyse des localisations cancéreuses mentionnées [dans cette lettre] et amendent leurs conclusions en conséquence, plutôt que de simplement les ignorer », conclut M. Portier.

Les révélations au compte-gouttes des « Monsanto Papers »

De son côté, la Commission accuse réception du courrier. « La majorité des questions soulevées par la lettre concernant l’évaluation scientifique, la Commission demandera à l’EFSA et à l’ECHA de répondre, dit-on à Bruxelles. A l’heure actuelle, vu l’examen strict de toutes les informations disponibles qui a été conduit par les deux agences européennes, il n’y a pas de raisons de questionner les évaluations scientifiques du glyphosate menées par l’Union européenne. » L’EFSA, contactée par Le Monde, assure qu’elle « étudiera attentivement » les questions soulevées par M. Portier et qu’elle y « répondra en temps voulu ».


Le courrier du scientifique américain coïncide avec la publication au compte-gouttes, outre-Atlantique, des « Monsanto Papers », un ensemble de documents interne de la firme de Saint Louis (Missouri). Ceux-ci jettent une lumière parfois crue sur la manière dont Monsanto influence, de longue date, les agences d’expertise. « Avec mon collègue Eric Andrieu, dit l’eurodéputé belge Marc Tarabella (groupe Socialistes & démocrates), nous demandons la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les “Monsanto Papers” afin de déterminer les responsabilités de chacun dans ce qui ressemble de plus en plus à une mise en danger de la santé de 500 millions de citoyens européens. »

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

  • : Le blog des empêcheurs de tourner en rond
  • Contact

                                                           
Vous êtes ici dans une 
ZONE HORS AGCS et SANS OGM


Petit mémo : L’AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services est un accord signé lors de la création de  l’OMC (organisation mondiale du commerce) en 1994. Il vise à libéraliser progressivement tous les services des états membres : éducation, santé, culture, recherche…ainsi que l’énergie et l’environnement. Tous les aspects de nos vies sont mis à la vente. Les besoins de l’être humain et toutes formes d’activité humaines sont redéfinis comme des services commercialisables.

Rechercher

contact