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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 05:53

Nuit debout, la non-violence jusqu'au bout

Alors que des échauffourées ont opposé manifestants et forces de l'ordre à Paris dans la nuit du 14 avril, le mouvement Nuit debout est ciblé pour sa responsabilité dans ces événements violents et se pose la question de son positionnement vis-à-vis des actions qui interviennent en dehors de son cadre.

La Nuit debout est elle « bousculée par la violence » comme le titrait ce jour Reporterre, journal en ligne écolo ? Dans un traitement très « fait divers », l'article reproduit le communiqué de la préfecture listant les dégradations importantes ayant eu lieu dans la nuit du 14 Avril dans le 19e arrondissement de Paris. A l'inverse, n'y est citée aucune déclaration du pôle presse de la Nuit debout qui semble bien embarrassé par ces débordements incontrôlables.

Mardi 12 avril, un communiqué du mouvement tempérait timidement de précédents incidents qui avait eu lieu le 9 avril à Paris (une autolib brûlée) : « Nous réaffirmons que la société que nous voulons se construit sur notre place de la République pacifiquement et dans le respect des un.e.s et des autres. Nous ouvrons un espace pour des idées qui sont continuellement étouffées par ailleurs : comment alors s'étonner que la colère légitime de certain.e.s s'exprime d'une façon différente ? Le mouvement n'est pas responsable des initiatives personnelles ».

A l'inverse, les organisateurs des Nuits debout parisiennes prennent depuis le début leurs responsabilités sur la gestion de la place occupée. Une commission « Accueil et Sérénité » d'une cinquantaine de personnes s'assure quotidiennement, et jusqu'à tard dans la nuit, du respect des consignes de sécurité, notamment la non vente d'alcool, et du bon déroulement des débats. Un membre de la commission rappelle ainsi que « notre mandat est de protéger les rassemblements Nuit Debout, et non de faire de la gestion de l'ordre public en dehors de l'espace que nous occupons. »

Certains participants aux Nuit debout prônent un principe de « non désolidarisation » avec quelque forme de lutte ce que soit, mais ceux-là ne semblent pas avoir eu l'occasion de discuter avec la minorité responsable des débordements. Ainsi, appelés à revenir au calme et à ne pas allumer de feu la nuit du samedi 9 avril, une centaine de manifestants et fêtards ont ouvertement menacé les membres de l'organisation Nuit debout qui tentaient de s'interposer. Ils leur ont par ailleurs pleinement exprimé leur absence de solidarité avec le mouvement : « une semaine que vous causez et vous n'avez rien fait » ; « vous n'êtes qu'une bande de bisounours » ; « on vous emmerde, vous ne pouvez rien nous faire ». Pourquoi dès lors vouloir maintenir une solidarité à tout crin avec ceux qui n'en manifestent aucune pour le mouvement ?

La violence mérite-t-elle un débat démocratique ?

La question de la violence et de sa dénonciation est débattue assez vertement au sein du mouvement oscillant entre la « désolidarisation avec les connards » et le fantasme révolutionnaire visant à revendiquer le moindre acte de vandalisme comme s'inscrivant dans la « lutte » pour les plus immatures. A ce titre, un participant acerbe remarquait en AG : « Je ne ferais pas confiance à un dentiste bourré pour me soigner les dents, il en va de même lorsqu'il s'agit de révolution. Pourquoi devrais-je suivre un pseudo-révolutionnaire éméché qui pense que répandre des ordures sur la voie publique à 4H du mat' et allumer un feu de palette mettra fin au système capitaliste ? » Tout acte de vandalisme n'a pas à être récupéré et justifié a-posteriori dans une logique « révolutionnaire », ce n'est parfois que de la casse gratuite et apolitique, un défouloir contre une bonne montée d'adrénaline. Disons le, ces casseurs récréatifs boivent, et c'est la Nuit debout qui a la gueule de bois.

Pour David Graeber qui intervenait au côté de Frédéric Lordon à la Bourse du travail ce 12 avril : « La question de la violence revient toujours. Le mieux est de se poser la question non pas en des termes moraux, mais en des termes organisationnels. Quel niveau de violence tolère-t-on dans un mouvement de démocratie directe ? » Ajoutant que cela doit être débattu et décidé collectivement avec pour échelle de graduation des actes allant de la non-violence à la Gandhi au soulèvement populaire. A ce jour, la question de la violence n'a fait l'objet d'aucun vote de la part de l'Assemblée populaire de Nuit debout, de même qu'aucun appel à la violence n'a jamais été lancé par les participants de Nuit debout, ce qui devrait de fait la rendre illégitime aux yeux de tous.

Quelque soit la décision qui sera prise, et souhaitons le rapidement, la violence ambiante n'attend pas pour s'inviter à la place de la République. Ce jeudi 14 avril, des participants aux manifestations lycéennes de l'après-midi ont été repoussés par les forces de l'ordre jusque sur la place qui a été entièrement gazée, dispersant les commissions Nuit debout au travail, et atteignant également les riverains et les consommateurs aux terrasses. Il est à noter également que si Nuit debout Paris a dû faire face à deux reprises à des débordements intervenus en marge de la place, à chaque fois, cela s'est produit les nuits où les échanges avaient déjà été violents entre manifestants et CRS dans la journée.


« Manif sauvage » : allier spontanéité et responsabilité

Quant aux « manifestations sauvages » qui partent de République, elles sont un élément intrinsèque des Nuits debout, elles sont le facteur imprévisible, elles sont une expression agissante du mouvement, de sa capacité à fédérer et soutenir des luttes. Jusqu'à maintenant, elles ont plus eu à subir la violence qu'à la produire comme lors de l'opération « Apéro chez Valls ». Ces manifestations ont, pour la plupart, été lancées par la Commission Action, qui se réunit, discute et prépare en amont les interventions. Cependant, et comme ce fut le cas ce jeudi 14 avril avec un appel à marcher sur l'Elysée qui a dégénéré en échauffourée, des personnes se sont parfois emparées du micro pour haranguer et lancer des actions aussi imprévues que flottantes dans leur objectif, en dehors de tout cadre démocratique ou consensuel. Là encore, pour l'organisation des Nuits debout, leur responsabilité ne peut s'étendre à tout Paris, les bénévoles prenant déjà en charge la sécurité locale et les soins des personnes blessées ou gazées revenant de manifestation, même quand celle-ci étaient non-violentes.

En revanche, quel média s'est fait écho des actions régulières de soutien menées par les nuitdeboutistes ? Comme envers les migrants de Stalingrad pour éviter leur expulsion de nuit par des CRS et dont l'arrivée de 300 personnes a permis de maintenir la camp. Ou celle menée en début de semaine en soutien aux femmes de ménages du Campanil de Suresnes et celle, là encore victorieuse, menée ce 14 avril par l'association Droit au logement (DAL) et une vingtaine de nuitdeboutistes dans le quartier Youri-Gagarine à Romainville (de l'autre côté du périphérique oui !). Cette action visait à venir appuyer une association de locataires du quartier pour faire pression sur l'office HLM qui n'entretenait plus leur immeuble. Bilan de l'action : la promesse que la réparation de l'eau chaude serait faite dès vendredi et qu'une partie des charges payées « en vain » (pour les jours sans chauffage/eau chaude/ascenseur) serait remboursée lors de la régularisation annuelle des charges.

Enfin pour terminer, la Nuit debout est un mouvement qui s'est étendu depuis une semaine à l'ensemble de la France et au-delà des frontières. Aucune violence localisée, même dans la « capitale » que les médias en continu confondent avec le centre du monde, ne saurait entacher un mouvement d'une telle ampleur. La Nuit debout est devenue un étendard pour ceux qui souhaitent libérer l'espace public de la censure politique et des discriminations en ouvrant des espaces de dialogue, de rencontre et de construction d'un projet alternatif émancipateur et fondamentalement non-violent. Les Nuits debout sont nées dans une époque où la violence (sociale, étatique, terroriste) est devenue si oppressante qu'une partie de la population s'est mise debout pour ne plus la subir et non pour la reproduire.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 10:46

Au revoir madame Taubira

Chère madame Taubira, nous ne nous connaissons pas vraiment, mais je voulais vous dire au revoir et surtout dire à mes concitoyens pourquoi, de mon point de vue de sociologue spécialisé sur les questions de sécurité et de justice, vous partez la tête haute. Certes, votre bilan n’est pas bien épais sur le plan pénal. Mais en êtes-vous vraiment responsable ? Je ne le pense pas, pour deux raisons.

Certes, votre bilan n’est pas bien épais sur le plan pénal. Les peines planchers ont disparu, les magistrats du parquet ont été laissés un peu plus indépendants (vous êtes nettement moins intervenu que vos prédécesseurs), un état d’esprit nouveau a soufflé dans bien des cercles professionnels où vos discours ont toujours fait mouche par leur fond comme par leur forme. Hélas, concernant la nouvelle sanction de la contrainte pénale, la montagne a accouché d’une souris. Entre l’esprit du projet initial et la lettre du texte de loi final, il y a un grand écart qui a vidé cette réforme de l’essentiel de son sens et de sa portée potentielle. Ensuite, vous n’avez pu ni faire passer la réforme de la justice des mineurs, ni supprimer la rétention de sûreté. Mais en êtes-vous vraiment responsable ? Je ne le pense pas, pour deux raisons (et non une seule).

D’abord, vous avez fait l’objet d’une campagne de dénigrement total, d’un véritable harcèlement politique de la part de la droite et de l’extrême droite (dans une harmonie qui en dit long sur la proximité intellectuelle des uns et des autres), d’une démagogie hypocrite, ignare et souvent mensongère, doublée d’une hostilité à votre personne qu’aucun autre ministre n’a vécu au cours des quatre dernières années (voir par exemple ici et ici). Pour tous ces beaux messieurs, vous étiez « le laxisme personnifié ». C’est le seul argument qu’ils ont, un slogan de type publicitaire plutôt qu’un argument d’ailleurs. Et ils se fichent de savoir ce qu’ils en est dans la réalité. Ils ne sont même pas capables de cliquer sur le site Internet du ministère pour regarder les courbes d’évolution du nombre de personnes condamnées et du nombre de personnes détenues, qui ont continué à augmenter de 2012 à 2015. Regardez, même le petit Guillaume Larrivé, porte-parole de l’ex UMP, vous a qualifié de « pire ministre de la justice de la Vème République ». Faut lui pardonner, il est jeune, il n’a pas connu madame Dati...

Bref, ils sont vraiment bêtes et méchants, à un point qui étonne dans un pays comme la France et au 21ème siècle. On se dit qu’on mériterait mieux, mais c’est ainsi. Le problème, c’est que votre intelligence et votre culture n’ont fait que davantage mettre en évidence la faiblesse de leurs esprits, et que ça leur a fait mal là où vous savez. Ca leur a fait d’autant plus mal que vous aviez trois circonstances aggravantes. La première est vous êtes une femme. Et qu’une femme plus intelligente qu’un homme, ça agace toujours l’homme, on dirait même que ça le rend un peu violent. Allez comprendre pourquoi. La seconde est que vous êtes noire. Et que tous ces beaux messieurs de droite extrême et d’extrême droite, ils les aiment bien les noirs des anciennes colonies, mais quand ils restent à leur place. Faut pas déconner quand même. Troisième circonstance aggravante : dès le départ, vous avez scellé l’alliance des noirs et des homosexuels. Si c’est pas de la provocation ça, qu’est-ce que c’est madame Taubira ?! A nouveau, ça leur fait super mal là où vous savez. Certains ne s’en sont même apparemment jamais remis.

Donc oui, vous avez été harcelée de façon inédite par la droite et l’extrême droite.

Mais ce n’est pas la seule raison. Il y en a une deuxième qui est que vous avez été en permanence contrôlée, stoppée dans votre élan, critiquée et censurée par le président de la République et par les chefs de gouvernement auxquels vous avez appartenus. Les rares fois où j’ai approché des membres de votre cabinet (parce que vous m’aviez nommé dans un comité de réflexion - qui n’a servi à rien mais c’est une autre histoire, sans grand intérêt), c’est ce qui m’a le plus frappé. Vos proches semblaient redouter bien moins les critiques médiatiques de votre opposition parlementaire que la censure discrète de vos propres chefs, par le biais de leurs cabinets où des personnes surveillaient de très près vos faits et gestes. Dans ces conditions, on peut difficilement vous reprocher la maigreur de votre bilan. Et pour toutes ces raisons, en plus du désaccord de fond qui a provoqué votre démission, je vous regarde partir la tête haute.

Sur le vif Publié le 27 janvier 2016

Christiane Taubira démissionne... enfin

La Garde des Sceaux Christiane Taubira, opposée à la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, a remis sa démission à François Hollande. Le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas a été nommé pour la remplacer.

François Hollande et Christiane Taubira « ont convenu de la nécessité de mettre fin à ses fonctions au moment où le débat sur la révision constitutionnelle s'ouvre à l'Assemblée nationale, aujourd’hui (mercredi) en Commission des Lois », écrit l'Elysée dans un communiqué.

Christiane Taubira a réagi sur twitter :

Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l'éthique et au droit.

L'ex-députée de Guyane s'est dite "fière" de son action Place Vendôme depuis 2012. Elle a notamment fait adopter au parlement la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. « La Justice a gagné en solidité et en vitalité. Comme celles et ceux qui s'y dévouent chaque jour, je la rêve invaincue », écrit-elle.

Elle n’a pourtant pas manqué de raison de démissionner depuis l'adoption de la loi sur le mariage pour tous (mai 2013), qu'elle a portée avec courage. Le virage social-libéral sur le front économique et social, la loi Renseignement défendue bec et ongles par son successeur Jean-Jacques Urvoas, son opposition larvée avec le premier ministre Manuel Valls... Malgré le départ en 2014 de tous les ministres représentant la gauche du Parti socialiste, elle avait choisi de rester.

Le choix de son successeur marque la volonté du gouvernement de se resserrer autour de la ligne dure incarnée par Manuel Valls. Spécialiste des questions de sécurité, M. Urvoas (56 ans) est l'actuel président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale. Il était à ce titre chargé d'une mission pour trouver une solution à la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, à laquelle Mme Taubira s'était publiquement opposée à plusieurs reprises.

Loi sur la déchéance de nationalité qui a été publiée ce matin, délestée de toute référence aux binationaux. « Aucun élément qui pourrait laisser penser qu'il y aurait une discrimination entre les Français ne sera retenu », a déclaré une source proche du dossier à l’AFP.

Manuel Valls doit défendre cette réforme constitutionnelle mercredi matin devant la commission des lois de l'Assemblée. Celle-ci prévoit la constitutionnalisation de l'état d'urgence, décrété le 13 novembre et dont l'exécutif envisage par ailleurs la prolongation pour trois mois, et l'inscription dans la constitution de la déchéance de nationalité pour les personnes condamnées pour crimes terroristes.

Photo : CITIZENSIDE/YANN BOHAC / CITIZENSIDE.COM

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