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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 09:07

Monsieur le Préfet

 

Trois interpellations hier, deux interpellations aujourd’hui, le service asile de la Préfecture de l’HERAULT place à nouveau les demandeurs d’asile en procédure Dublin en rétention.

 

La Cour de Cassation a jugé le 27 septembre 2017 (Cass Civ 17-15.160) que ces interpellations sont illégales (PJ arrêt de la Cour de Cassation).

 

Nous vous rappelons que les demandeurs d’asile sont des personnes vulnérables, en situation de détresse et que vos services fondent (illégalement) les placements en rétention sur l’absence d’hébergement des demandeurs d’asile, hébergement qui vous incombe.

 

Le Juge de la Liberté et de la Détention ne manquera pas d’appliquer le droit et de libérer ces demandeurs d’asile, mais au pris de quelles souffrances et de quel mépris tant du droit que des personnes.

 

Nous vous demandons de faire cesser ces interpellations en préfecture avec placement en rétention des demandeurs d’asile en procédure Dublin et de rappeler à vos services le nécessaire respect d’un Etat de droit.

 

Avec nos salutations respectueuses,

 

Sophie MAZAS                 Francois DUBOURG

Présidente de la LDH 34     Présidente Cimade Montpellier

 

 

 

 

Arrêt n° 1130 du 27 septembre 2017 () - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2017:C101130

Étranger - Rétention - Prolongation de la mesure

Cassation sans renvoi

Demandeur : M. Dineshan X,

Défendeur : procureur général près la cour d’appel de Paris, et autre


Sur le premier moyen, pris en sa première branche :

Vu les articles 2 et 28 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

Attendu, d’une part, qu’il résulte de ces textes que, si les États membres de l’Union européenne peuvent placer les personnes concernées en rétention en vue de garantir les procédures de transfert conformément au règlement lorsqu’il existe un risque non négligeable de fuite de ces personnes, ce risque s’entend, dans un cas individuel, comme l’existence de raisons, fondées sur des critères objectifs définis par la loi, de craindre la fuite d’un demandeur de protection internationale, ressortissant de pays tiers ou apatride, qui fait l’objet d’une procédure de transfert ;

Attendu, d’autre part, que la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, arrêt du 15 mars 2017, Al Chodor, C-528/15) a dit pour droit que ces textes doivent être interprétés en ce sens qu’ils imposent aux Etats membres de fixer, dans une disposition contraignante de portée générale, les critères objectifs sur lesquels sont fondées les raisons de craindre la fuite du demandeur d’une protection internationale qui fait l’objet d’une procédure de transfert et que l’absence d’une telle disposition entraîne l’inapplicabilité de l’article 28, paragraphe 2, de ce règlement ; qu’au point 45 de l’arrêt, elle précise qu’en tout état de cause, une jurisprudence établie, sanctionnant une pratique constante de la police des étrangers, ne saurait suffire ;

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel, et les pièces de la procédure, que M. X..., de nationalité sri-lankaise, a présenté une demande d’asile ; que par un arrêté du 13 février 2017, le préfet a décidé que celui-ci serait remis aux autorités italiennes pour être pris en charge en vue du traitement de cette demande en application du règlement du 26 juin 2013 ; que par un second arrêté du même jour, M. X... a été placé en rétention administrative au motif qu’il ne présentait pas les garanties propres à prévenir le risque de se soustraire à la mesure d’éloignement en attente de sa mise en oeuvre effective ;

Attendu que, pour confirmer la prolongation de la rétention, l’ordonnance retient que le placement en rétention est régulier en la forme et que les conditions de fond sont remplies, dès lors que l’intéressé, dépourvu de passeport et connu sous un alias, n’a pas communiqué d’attestation d’hébergement ni justifié de ses ressources, de sorte qu’il n’offre pas de garanties suffisantes de représentation ;

Qu’en statuant ainsi, alors qu’en l’absence de disposition contraignante de portée générale, fixant les critères objectifs sur lesquels sont fondées les raisons de craindre la fuite du demandeur d’une protection internationale qui fait l’objet d’une procédure de transfert, l’article 28, paragraphe 2, du règlement était inapplicable, le premier président a violé les textes susvisés ; Et attendu qu’en l’absence de doute raisonnable quant à l’interprétation des articles 2 et 28 du règlement, il n’y a pas lieu de saisir la Cour de justice de l’Union européenne d’une question préjudicielle ;

Vu les articles L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire et 1015 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’ordonnance rendue le 17 février 2017, entre les parties, par le premier président de la cour d’appel de Paris ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;


 

Président : Mme Batut

Rapporteur : Mme Gargoullaud, conseiller référendaire

Avocat général : Mme Ancel, avocat général référendaire

Avocats : SCP Zribi et Texier 

 

-Notes sur les "flux et refus",par l'administration du blog :

Riace s’ouvre aux réfugiés

À Riace, l’arrivée de réfugiés, vécue comme « une manne tombée du ciel », a permis à ce petit village de Calabre, déserté par sa population, de renaître.

A Riace, tout est arrivé par la mer. Au rythme des vagues, qui se brisent sur la grève, la marée donne et reprend. Turcs, Grecs, Albanais ont accosté il y a longtemps déjà sur ces rivages de Calabre, à l’extrême pointe méridionale de l’Italie et se sont mélangés aux populations qui vivaient là. Certains sont restés, d’autres ont repris le large. Plus tard, poussés par la misère et la faim, beaucoup
ont pris le chemin de l’exil. Cet exode, débuté dans les années 20, s’est poursuivi au cours des décennies suivantes. En un siècle, l’Italie a perdu la moitié de ses habitants. Le village de Riace, dont il est question dans le film documentaire Un paese di Calabria (1) de Shu Aiello et Catherine Catella, s’est vidé de sa population. Seuls les vieux sont restés : ses maisons ont été abandonnées, ses rues sont devenues désertes et les fenêtres qu’on prenait grand soin de fermer, pour ne pas faire entrer les esprits, se sont mises à claquer au vent. Symbole de cet abandon, une villageoise, au regard perdu, avance à petits pas, d’une maison à l’autre, et appelle. Mais personne ne répond.

« Une manne tombée du ciel »
En 1998, quand deux cents Kurdes sont arrivés par la mer, Riace a compris que c’était un signe du destin. « Une manne tombée du ciel », dira un habitant.

Un homme, Domenico Lucano, y a vu l’opportunité de faire revivre le village. Deux cents jeunes hommes en forme arrivaient avec leur savoir-faire. Une association a été créée, Città Futura, et les réfugiés ont commencé à retaper les maisons. Shu Aiello
, pour se loger au coeur du village et accueillir en été les touristes. Domenico Lucano, alors conseiller municipal d’opposition, a su convaincre une municipalité dirigée par le parti de centre droit, Forza Italia (2), d’accueillir des réfugiés et d’inscrire la commune au programme national d’accueil en 2001. « Chaque habitant a compris que les réfugiés allaient les sauver de la mort. Tout le monde s’est mis ensemble », raconte la co-réalisatrice.
En 25 ans, Riace est passé de 900 à 2 100 habitants. Écoles, commerces, services publics ont rouvert. Une coopérative agricole a été créée. Quelques familles se sont installées dans le village
de façon pérenne et dans d’autres villages alentour. Désormais, les enfants courent dans les rues sous le regard des petits vieux. Les réfugiés continuent d’arriver à Riace et dans les villages voisins qui se sont ouverts à l’accueil. L’association Città Futura gère 400 demandeurs d’asile ou réfugiés de 27 nationalités différentes. Elle oriente vers d’autres destinations ceux qui préfèrent vivre en ville. Baïram a choisi de rester au village.
Dès que je suis arrivé ici, ça m’a fait penser au Kurdistan, dit-il. Des ressemblances géographiques et culturelles. Ça m’a plu. Et puis, il y a eu la naissance des enfants et j’ai très vite trouvé du travail.Baïram
Baïram est charpentier. Il a participé à la restauration des maisons.
Une terre d’émigration Ici on n’a pas oublié le passé. « Nous avons tous au moins un membre de notre famille qui a émigré dans un pays lointain », rappelle Domenico Lucano, élu maire de Riace en 2004. L’histoire des réfugiés croise celle des migrants italiens qui ont quitté leur village pour le Nord du pays ou l’Australie. Une voix, en filigrane, nous raconte par petites touches l’exil de Rosa Maria, la grand-mère de Shu Aiello : « Combien de temps a duré le voyage, je ne sais plus, plusieurs jours. Je ne savais pas que l’Italie était si grande. On m’a dit de descendre (du train. Ndlr.) quand j’entendrai crier Nice. Quand on est arrivés dans cette ville immense, j’ai vu la foule sur le quai […]. Les gens parlaient français je ne comprenais rien. Je pleurais et puis je l’ai vu avec son chapeau noir, Antonio, il était là. » Rosa Maria avait épousé Antonio. Il avait un peu de terre. Mais quand il est revenu de la guerre, il n’a plus trouvé ses champs. Sa mère, pour survivre, les avaient vendues « pour presque rien ». Il a quitté son village pour aller à Nice et devenir maçon. Il n’est jamais revenu. Rosa-Maria l’a suivi. Elle est devenue femme de ménage.
Les grandes familles lorgnaient les terres agricoles quand les maris partaient à la guerre et proposaient de les acheter pour un prix dérisoire. Ma grand-mère était pauvre. Elle était porteuse d’eau. Elle allait à la rivière remplir la jarre qu’elle portait sur la tête. Elle vendait l’eau de maison en maison. Shu Aiello

L’alchimie de Riace
Mouvement des vagues. Arrivée du bus, départ du train. Une fanfare déambule dans les rues, des passants vont et viennent. Le coeur de Riace bat tranquillement, dans ses champs d’oliviers, à la terrasse du café.

On était sur cette idée que les humains, c’est comme la rivière, ça bouge. Les hommes partent des endroits où ils ne sont pas bien pour aller ailleurs. On voulait rendre le mouvement perpétuel et puis l’âme de Riace.
Mémoire de l’exil, sens de l’hospitalité, instinct de survie. Riace a montré des capacités d’accueil et d’ouverture sur le monde. Elles relèvent d’une alchimie qui garde sa part de mystère.
Les habitants parlent peu. Ce ne sont pas des humanitaires. Ça se fait. Si vous êtes du village d’à côté vous êtes un étranger. Si on est dans le village, on est dans le village. Les réfugiés ont été accueillis au centre du village. Ça a facilité leur intégration.estime Shu Aiello.
La force du village c’est son identité très forte. Une identité jamais remise en question par l’étranger mais au contraire partagée par les nouveaux arrivants. Curieux télescopage de l’histoire, les saints guérisseurs, Cosma et Damiano, que toute la population fête en grande pompe pendant trois jours à la fin de l’été, seraient venus de Syrie pour soigner les enfants du pays. Le prêtre de la paroisse n’a pas échappé à la magie qui s’opère à Riace. Plutôt « rigide et traditionaliste » à son arrivée, il a changé sous l’influence du village. Le jour de Noël, on assiste à un séquence très intense, le baptême de Daniel. Entouré de sa marraine italienne et de sa maman réfugiée, le prêtre lui signifie son entrée dans la communauté. Désormais, l’enfant a sa place. On comprend par le témoignage d’une voix off, que la plupart des enfants nés à Riace sont le fruit de viols perpétrés dans les camps de Libye. Plus tard, lors d’une célébration religieuse pour la paix, le prêtre présente une famille de réfugiés arrivant de Gambie. « C’est une famille musulmane, dit-il. Ils vont prier leur dieu, le même que le nôtre, dans leur langue. »

 

Combattre la culture mafieuse
On ne peut pas parler des réfugiés sans parler de la mafia, explique une femme dans Un paese di Calabria. Effectivement, le village s’est distingué en refusant la loi du silence et en choisissant la résistance collective face aux pressions mafieuses. Shu Aiello et Catherine Catella ont assisté à un conseil municipal exceptionnel, au cours duquel l’assemblée a décidé de porter plainte contre X et de se porter partie civile, contre les exactions commises par la mafia calabraise, la ‘ndrangheta. Du jamais vu.

Nous devons combattre sans demi-mesure la culture mafieuse et la moindre chose qui ressemble à de l’abus de pouvoir et à du racket.a précisé Domenico Lucano devant ses conseillers.
Voitures et magasin brûlés, chien empoisonné, intimidations sur une personne, tirs sur une voiture, la mafia a parlé.
« Elle n’aime pas que les migrants soient mis sur un pied d’égalité à Riace. La mafia fait travailler des immigrés sur de grandes plantations maraîchères dans des conditions proches de l’esclavage. L’exemple de Riace risque d’influencer ces travailleurs surexploités. »explique Shu Aiello.
Pour le village et son maire, lutter contre la mafia et accueillir les migrants relèvent de la même démarche, à savoir la défense des droits. Domenico Lucano a été réélu en 2016 pour un troisième et dernier mandat, après avoir réaffirmé qu’il avait toujours choisi le camp des plus faibles et que le projet d’accueil des réfugiés était né de ce choix.

 

Nicole Gellot
………………………………………………………….
1 – Un pays de Calabre : comme en français, le mot pays a un double sens et est employé pour parler d’un village.
2 – Forza Italia (Allez l’Italie) a été créé en 1994 par Silvio Berlusconi.

Un paese di Calabria

-Voilà un autre bouquin :

Ilka Oliva Corado, Histoire d’une sans-papiers : traversée du désert de Sonora-Arizona

http://www.editions-nzoi.org/12

  • Éditions Nzoi, Kinshasa, août 2017
  • français
  • format A6
  • 114 p., 7500 FC
  • ISBN : 978-2-36949-005-0
  • En partenariat avec la revue DIAL.

Le livre

Ilka Oliva Corado, guatémaltèque, vit désormais aux États-Unis. Dans Histoire d’une sans-papiers, elle témoigne du périple qui l’a menée de son pays d’origine jusqu’à son lieu de vie actuel. Aux frontières de l’Europe, des États-Unis, du Japon, ailleurs aussi, tous les jours, des migrants tentent, comme elle, de parvenir de « l’autre côté ». Ce livre met des mots sur cette « traversée » qui est à chaque fois unique en même temps qu’elle est partagée.

« C’est notre deuxième jour dans le désert ; nous croisons au sol des cadavres de migrants dont certains ne sont plus que des os et des vêtements ; d’autres dépouilles en décomposition depuis des jours : hommes, femmes et enfants. Sans effets personnels, beaucoup criblés de balles, ce qui signe l’action de la migra, des groupes criminels ou des hommes en civil bien connus – mais invisibles pour la justice états-unienne. Dans quel enfer sommes-nous tombés ? »

L’autrice

Écrivaine et poétesse, Ilka Oliva Corado est née à Comapa, dans le département de Jutiapa (Guatemala), le 8 août 1979. Enfant, elle vendait des glaces sur le marché de Ciudad Peronia, dans la banlieue de Guatemala, la capitale, avant de devenir professeure d’éducation physique et arbitre professionnelle de football. Elle a publié 11 livres. Un nuage de passage qui s’est penché à son chevet l’a baptisée « migrante sans-papiers diplômée en discrimination et racisme ».

Pour acheter l’ouvrage

La CNCDH est inquiète pour les migrants de France. La Commission nationale consultative des droits de l’homme, instance nationale de promotion et de protection des droits, « s’alarme de certaines orientations des politiques migratoires envisagées par le nouveau gouvernement et de la multiplication des violations des droits fondamentaux des personnes migrantes observées sur le terrain ».

Mardi 17 octobre, elle a décidé d’adopter en séance plénière une déclaration portant sur ce sujet. Un texte fort, qui « exhorte le gouvernement à placer le respect des droits fondamentaux au cœur de sa politique migratoire ». L’instance consultative lui demande ni plus ni moins « d’abandonner une vision réductrice des phénomènes migratoires consistant à opposer les demandeurs d’asile aux autres migrants » et lui rappelle que « l’Etat se doit non seulement de protéger le droit d’asile, mais il a aussi pour devoir de garantir et de faire respecter les autres droits des personnes migrantes, et ce quel que soit leur statut ». Une vision de la migration totalement antinomique avec celle mise en œuvre depuis l’arrivée du gouvernement Edouard Philippe.

La Commission présidée par Christine Lazerges, professeur de droit et ancienne députée socialiste, articule son texte sur la réalité du terrain et sur « certaines dispositions du projet de loi » qui sera présenté en conseil des ministres à la fin de l’année, mais qui est d’ores et déjà partiellement connu. Une partie de ce texte marque pour la CNCDH « un recul sans précédent des droits fondamentaux des personnes migrantes ».

Double langage de l’Etat

Sur le terrain, l’instance déplore un double langage. Elle regrette qu’« alors que le chef de l’Etat prônait une mise à l’abri d’urgence des migrants vivant dans la rue, cela s’est traduit en pratique par des évacuations précipitées, sans solution d’hébergement pérenne, dans des lieux souvent inadaptés et sans accompagnement véritable. » Elle ajoute à cette critique le fait que « la logique de tri entre différentes catégories de personnes migrantes appliquée dans certains centres empêche un accueil inconditionnel et conduit à la fuite de certains, notamment les « dublinés », par peur d’être renvoyés à l’étranger ».

Sur Calais, mais aussi dans la Roya, la CNCDH « s’étonne de devoir rappeler à l’Etat qu’il doit exécuter les décisions de justice », que « seule cette exécution garantit le respect des libertés fondamentales dans un Etat de droit ». Or, l’instance rappelle que dans les Hauts de France l’Etat traîne des pieds à offrir des conditions de vie minimales aux migrants en dépit d’une décision du Conseil d’Etat du 31 juillet 2017 l’y enjoignant. De plus, dans la Roya il « a été condamné plusieurs fois pour violation du droit d’asile à la frontière franco-italienne, à la suite de l’interpellation en France de migrants et à leur refoulement en Italie sans leur permettre de déposer une demande d’asile ».

Lire l’éditorial du « Monde » :   Migrants : l’injonction salutaire du Conseil d’Etat

« Une détérioration de la confiance démocratique »

En plus, la CNCDH déplore que « les instructions données par le ministère de l’intérieur se sont traduites sur le terrain par des formes de harcèlement de la part des forces de l’ordre à l’encontre des personnes migrantes ». Elle s’inquiète aussi de l’« extension de ces violences aux associations et à de simples citoyens dans le but d’empêcher leurs actions humanitaires alors même qu’elles visent à pallier les carences de l’Etat. » À ce propos, elle « recommande à nouveau que les pouvoirs publics concentrent leurs moyens et leurs actions au renforcement de leur capacité d’accueil et d’accompagnement des personnes migrantes, afin de garantir l’effectivité de leurs droits fondamentaux, au lieu de concentrer leurs actions sur ceux qui leur viennent en aide ».

La situation des mineurs isolés étrangers, qui arrivent en nombre et sont souvent à la rue dans les villes de France ne laisse pas non plus la CNCDH sereine. Cette dernière déplore que « les difficultés pour faire reconnaître leur minorité sont récurrentes », que « certains départements refusent de les prendre en charge, malgré une décision du Conseil d’Etat ».

La CNCDH a jugé bon de faire cette déclaration d’alerte, peu amène, car elle estime que la politique en place contribue à « une détérioration de la confiance démocratique » et « à nourrir un sentiment de xénophobie ». Lundi 16, ce sont trois experts de l’ONU qui ont rappelé la France à ses devoirs vis-à-vis des migrants de Calais, l’exhortant à améliorer leurs conditions de vie.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/10/17/migrants-la-cncdh-estime-que-le-gouvernement-nourrit-un-sentiment-de-xenophobie_5202171_1654200.html#PoHtkXtWpp4S7wlu.99
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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 08:46

Conseil de l'Europe : vers une régulation internationale de l'édition du génome? 

Ce jeudi 12 octobre, le Conseil de l’Europe doit examiner un rapport sur « le recours aux nouvelles technologies génétiques chez les êtres humains », présenté par la sénatrice écologiste belge Petra de Sutter.

 

Le rapport doit attirer l’attention sur « le risque d’utilisation inappropriée ou abusive de la technologie dans le but de produire un individu ou un groupe d’individus dotés de caractéristiques particulières ou de certaines qualités requises », « autrement dit, la mise en œuvre d’une forme d’eugénisme ».

 

En ligne de mire, Crispr-Cas9, ces « ciseaux génétiques » utilisés à l’origine « dans le cadre de recherches sur le cancer ». « La modification intentionnelle du génome humain franchirait (…) des limites jugées inviolables », alors même que « les implications potentielles de telles mutations génétiques, qui pourraient se révéler chez un individu plusieurs générations après la manipulation du gène de l’un de ses ancêtres », sont inconnues.

 

Le cadre législatif actuel « demeure flou » et la convention d’Oviedo de 1997, qui doit réguler les « applications de la biologie et de la médecine », est jugée « insuffisante ».

 

Au niveau international, « très peu de pays légifèrent sur des nouvelles technologies, essentiellement parce que la technologie progresse plus vite que les autorités de régulation », laissant ces technologies hors contrôle. Le rapport souligne « l’urgence d’une réglementation internationale » concernant la modification du génome humain, pour « éviter les dérives éthiques ».

 

 

Pour aller plus loin :

Le Conseil de l’Europe se penche sur l’édition génétique de l’embryon

[Infographie] Les enjeux de Crispr-Cas9

La « folie CRISPR »

 

 
Sources: 

La Croix, Loup Besmond de Senneville (12/10/2017)

-Revue de presse post- nazie :  la science voudrait obtenir des OGM humains  à partir de  la correction de gènes de bébés d'hommes soit ,mais il faut s' interroger sur l'histoire terrifiante  de la médecine expérimentale menée avant la liberation sur  la fertilité, la transplantation et l'eugénisme La science utilise-t-elle les recherches nazies?

 

 

-Revue de presse post-spéciste ?Que dit l'éthologie sur la prospective spéciste....

 

Des chercheurs veulent étudier le développement embryonnaire sur des embryons viables et génétiquement modifiés

L’émergence des biotechnologies est aujourd’hui au cœur d’un débat éthique. Les découvertes croissantes sur le génome humain entraînent la création de nouvelles thérapies traitant directement l’origine de certaines maladies. Tout d’abord uniquement à visée thérapeutique, ces nouvelles technologies se retrouvent maintenant utilisées pour acquérir une meilleure connaissance du corps humain. Pour la première fois, des embryons viables ont été génétiquement modifiés afin d’identifier les gènes clés indispensables à leur développement. 

C’est dans la capitale londonienne qu’a été effectuée cette étude expérimentale sur le développement embryonnaire. En utilisant la technologie CRISPR-Cas9, Kathy Niakan et son équipe ont pu étudier l’influence du gène OCT4 sur le développement des embryons. Afin d’avoir lieu, cette recherche s’est vu attribuer près de 60 embryons congelés dont l’utilisation devait tout d’abord s’exercer dans le cadre d’une insémination artificielle. Condamnés à être détruits, ces embryons furent légués à la science par des parents dont la FIV s’était déroulée avec succès !

 

Directement congelés après la fécondation, les embryons ont pu être étudiés à partir de leur premier stade de développement cellulaire. L’utilisation de ciseaux nucléotidiques s’est révélée indispensable pour obtenir les résultats attendus.

La biotechnologie CRISPR-Cas9 permet de découper avec grande précision une partie spécifique d’ADN. Après que CRISPR a détecté la séquence à découper, l’endonucléase Cas9 s’attelle au clivage du brin concerné. Ainsi, les chercheurs ont pu facilement supprimer le gène OCT4 de certains embryons puis en observer le développement une semaine durant.

D’après leurs résultats, le gène OCT4 interviendrait bien dans le développement embryonnaire, notamment lorsque l’embryon rentre dans le blastocyste, un des premiers stades embryonnaires s’établissant après les sept premiers jours de développement. Les embryons génétiquement modifiés, c’est-à-dire dépourvus du gène OCT4, n’ont pas pu atteindre cette phase de développement.

Cette étude a été lancée afin d’identifier les gènes clés du développement embryonnaire et ainsi justifier le non-aboutissement de certaines inséminations artificielles. Sur cent embryons, seulement douze arriveraient à terme. Les résultats de cette recherche permettraient donc d’améliorer le processus de fécondation.

En attendant, l’Autorité de la Fécondation et de l’Embryologie humaine a débloqué deux nouveaux budgets pour que le groupe de recherche de l’Institut Francis Crick puisse étudier le rôle d’autres gênes dans le développement embryonnaire.

Source

 -  casques de réalité augmentée HoloLens et main d’œuvre médicale:Bienvenue dans l’ère de la « chirurgie augmentée » !

-Pièces et main d’œuvre

Voici  "M. Picq fait de la prospective "la dernière livraison de PMO : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=967

Au cas, toujours possible, où vous auriez eu envie de lire le dernier livre de Pascal Picq (Qui va prendre le pouvoir ? Les grands singes, les hommes politiques ou les robots. Odile Jacob, 2017), laissez tomber, on l’a fait pour vous, et franchement, ce qu’on a fait là, aucune bête ne l’aurait fait. Mais bien sûr, vous n’êtes pas obligés de vous fier à notre recension et vous pouvez juger par vous-mêmes (330 p et 22€90, tout de même. On vous aura prévenus).

Ethologue et paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France, Pascal Picq fait partie de ces vieux mâles plastronnant dans leur territoire académique, tel Michel Serres, Axel Kahn & Jean-Didier Vincent, que leur expertise réelle ou postiche dans leur mince champ de recherche, autorise à pérorer avec plus d’aplomb que le commun des penseurs et des plombiers sur les affaires du monde.

Sa première phrase, « Les grands singes auront disparu d’ici 2050 », d’un détachement et d’une factualité glaçante donne le ton. Pascal Picq n’est pas de ces chercheurs suspects d’une empathie déplacée avec l’objet de leurs recherches. Ni passéisme fixiste, ni nostalgie réactionnaire. M. Picq, paléochnoque, a tellement peur de ne pas être un bon postmoderne.

330 pages de propos de table où les citations de son auteur favori (Pascal Picq) reviennent 42 fois et, tout de même, une leçon, une obsession, une injonction : il faut s’adapter. Aux robots, à l’intelligence artificielle, au-monde-qui-bouge, avec in fine des accents transhumanistes. Seuls les aptes survivent.
Loin d’être le rebelle et le tartarin prométhéen qu’il s’imagine, Pascal Picq est un propagandiste de la soumission. On connaît le proverbe américain, « If you can’t beat them, join them. » (« Si vous ne pouvez les battre, ralliez-vous à eux »). Version sarcastique, à propos du viol, « if you can’t prevent it, try to enjoy it. » (« Si vous ne pouvez l’empêcher, tâchez d’en jouir. ») C’est bien ce que nous enjoint de faire ce grand singe de Pascal Picq. Où Darwin et le darwinisme servent de caution scientifique à un discours de reddition.


Merci de faire circuler,
Pièces et main d’oeuvre

Lisez et faites lire le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme
(Pièces et main d’œuvre, éditions Service Compris, 2017 - 348 p., 20 €)

http://chimpanzesdufutur.wordpress.com/

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Prochaines conférences-débat avec Pièces et main d’oeuvre :

  • 26 septembre à 19h30 à Oullins (salle Collovray, 7 rue Parmentier) : “Linky et la vie connectée”
  • 27 septembre à 19h30 à Saint-Etienne : “Linky et la vie connectée”
  • 13 octobre à 19h30 à Paris (Librairie Tropiques, rue Raymond Losserand, 14e) : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 14 octobre à partir de 9h à Paris (AEPP, 4 rue Titon, 11e) : colloque “Au-delà du développement” organisé par la Ligne d’Horizon
  • 2 novembre à Sotteville-lès-Rouen : “Linky et la vie connectée”
  • 3 novembre à Rouen : “Linky et la vie connectée”
  • 4 novembre à 18h au Havre (chez Piednu, Fort de Tourneville) : “Linky et la vie connectée”
  • 7 novembre à 18h30 à Paris (Mairie du 2e, 8 rue de la Banque) : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 10 novembre à Lille : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 11 novembre à Liévin : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 13 novembre à Paris (université libre du DOC) : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 15 novembre à Saint-Macaire : “Technologie, technocratie, transhumanisme”
  • 16 novembre à Libourne : “Technologie, technocratie, transhumanisme”


(agenda sur https://chimpanzesdufutur.wordpress.com/category/conferences-debats/ )
 

 Corriger les gènes de vos futurs enfants sera bientôt possible

 

Par Ronald Bailey.
Un article de Reason

Cet été, des scientifiques américains ont déclaré qu’ils avaient réussi à éliminer un gène pathogène du génome d’embryons humains.

Sous la direction de Shoukhrat Mitalipov, spécialiste de la biologie de la reproduction à l’Université de la santé et des sciences de l’Oregon, des chercheurs ont utilisé CRISPR pour corriger le génome. Ce procédé permet aux biologistes de couper et de remplacer avec précision les fragments d’ADN qui composent les gènes des microbes, des plantes et des animaux. Dans le cas présent, les chercheurs ont réparé une mutation du gène à l’origine d’une hypertrophie du cœur et entraînant souvent une mort subite en début de vie.

Contrairement aux recherches antérieures en Chine, l’équipe de l’Oregon a indiqué qu’on retrouvait les gènes réparés dans toutes les cellules de 42 des 58 embryons. Dans la plupart des cas, le processus n’a pas créé de nouvelles mutations hors cible. Depuis que le Congrès a interdit aux National Institutes of Health de financer la recherche utilisant les technologies de correction des gènes d’embryons humains, cette étude de faisabilité a été soutenue par des fondations privées et des universités.

Les embryons se sont développés pendant trois jours et n’étaient pas destinés à être implantés pour une grossesse.

Un mois plus tard, d’autres chercheurs ont contesté les résultats, suggérant qu’ils devaient être encore confirmés. Mais pour l’instant, Mitalipov reste fidèle à ses conclusions.

Richard Hynes, chercheur au Massachusetts Institute of Technology, a déclaré au New York Times :

Nous avons toujours dit par le passé que la correction de gènes ne devrait pas être faite, en particulier parce qu’elle ne pouvait pas être effectuée en toute sécurité. Maintenant, on dirait bien que cela pourra être fait en toute sécurité très bientôt.

Si la technique se révélait sans danger, on pourrait permettre à des embryons génétiquement modifiés de se développer in utero sans que soient transmises des affections génétiques familiales aux générations suivantes.

Naturellement, cette avancée déplaît à la clique des bioéthiciens anti « bébé-modèle ».

Marcy Darnovsky, qui dirige le Center for Genetics and Society de Berkeley, à déclaré à la NPR (radio publique, NdT) :

Je trouve que c’est extraordinairement troublant. C’est un mépris flagrant des appels à un large consensus sociétal dans les décisions concernant une technologie vraiment capitale qui pourrait être utilisée pour le bien, mais dans ce cas est utilisée pour préparer une application extraordinairement risquée.

Dans le même reportage de la NPR, David King, qui dirige le groupe britannique Human Genetics Alert explique :

Si les scientifiques irresponsables ne sont pas arrêtés, le monde pourrait bientôt se trouver devant le fait accompli : le premier bébé génétiquement modifié.

Il souhaite que

les gouvernements et les organisations internationales se réveillent et adoptent une interdiction mondiale immédiate de créer des gènes clonés ou génétiquement modifiés avant qu’il ne soit trop tard.

Mais en février, un groupe de 22 scientifiques et autres experts convoqués par l’Académie nationale des sciences a publié « Human Genome Editing : Science, Ethics, and Governance », dans lequel ils refusent de demander une interdiction de correction des gènes embryonnaires. Le comité a conclu :

Les essais de modification du génome germinal doivent être abordés avec prudence, mais la prudence ne signifie pas qu’ils doivent être interdits.

La lignée germinale fait référence au matériel génétique transmis de génération en génération par le sperme et l’ovule.

En août, l’American Society of Human Genetics et dix autres organisations médicales de reproduction et de génétique sont tombées d’accord sur une formulation selon laquelle il n’ y a aucune raison d’interdire la recherche sur la correction génomique embryonnaire entreprise par l’équipe de l’Oregon. Cela dit, compte tenu des questions de sécurité et d’éthique, l’énoncé soutient également qu’à l’heure actuelle, il est toujours « inapproprié d’effectuer une modification génétique germinale aboutissant à une grossesse humaine ».

Finalement, ce que les sceptiques de la correction du génome réclament, c’est quelque chose qui ressemble à l’eugénisme imposé par l’État. Les eugénistes du début du XXe siècle progressiste ont utilisé le pouvoir du gouvernement pour empêcher les parents, par des stérilisations non consensuelles, de transmettre des traits jugés délétères. Aujourd’hui, les eugénistes du XXIe siècle veulent que le gouvernement impose de transmettre des gènes que les parents jugent délétères. Dans les deux cas, l’État est habilité à décider quelle sorte de personnes peuvent naître.

Les gens qui veulent bénéficier d’une correction du génome à la pointe de la recherche cherchent à corriger les gènes qui augmentent le risque de maladie ; et peut-être voudraient-ils modifier des gènes pour augmenter les chances de leur enfant d’avoir un cerveau plus vif, un corps plus vigoureux et une plus grande résistance aux maladies. Les individus ne prennent pas toujours les bonnes décisions en matière de procréation ; mais les parents sont des gardiens du patrimoine génétique humain plus dignes de confiance que tout autre planificateur central.

Traduction par Contrepoints de It’s OK to Edit Your Kids’ Genes.

 

-articles plus anciens: Débats autour de la modification génétique - Radins.com

Par jeanba.leroux le 3/8/17

Grâce à la modification génétique, une pratique controversée, des scientifiques ont réussi à corriger des gènes porteurs d'une pathologie, directement depuis l'embryon.

Des gènes corrigés depuis un embryon humain

Une pratique à cheval entre la médecin et la science-fiction. Pourtant, tout cela est bien réel. Des scientifiques américains ont réussi à corriger des gènes porteurs d'une maladie héréditaire. Des gènes corrigés directement depuis des embryons humains, c'est-à-dire de futurs bébés à naître. Une pratique exceptionnelle qui pourrait permettre de grandes avancées en matière médicale. Ainsi, une telle percée scientifique permettrait notamment de corriger des gènes déficients, directement sur un embryon humain, avant qu'il ne devienne un fœtus. Une fois ces gènes corrigés de toutes les pathologies possibles, l'enfant qui naîtra neuf mois plus tard sera ainsi plus fort, moins sensible à certaines maladies et donc en meilleur santé.

Une pratique controversée

Une pratique controversée, car outre la correction de certaines pathologies dans les gènes humains, elle permettrait notamment de corriger certains gènes bien portants, pour d'autres raisons. On pourrait ainsi choisir par exemple la couleur des cheveux du bébé, la couleur de ses yeux, ou bien carrément d'augmenter la force physique si l'on destine son futur enfant à une grande carrière de sportif. Les chercheurs responsables de ce travail affirment néanmoins en être qu'au stade initial de leur travail, et qu'il n'est pas question que ces embryons soient implantés dans l'utérus d'une femme. Ils sont d'ailleurs prévus pour avoir une durée de vie limitée. Cela dit, cette avancée pourrait être la porte d'entrée à un nouveau grand débat éthique sur la recherche sur l'embryon.

 

Corriger une mutation génétique chez un embryon humain, c'est possible

Des chercheurs américains sont parvenus à débarrasser des embryons humains d’une mutation génétique à l’origine d’une maladie héréditaire du cœur. Crispr-Cas9, la technique dite de «chirurgie du gène» ici employée, démontre son efficacité. Et relance les débats éthiques

 

Ce n’est plus de la science-fiction. Un nouveau pas vient d’être franchi, outre-Atlantique, sur la voie d’un bébé débarrassé d’une maladie génétique grave. Une équipe américaine montre, chez l’embryon humain, l’efficacité et l’innocuité apparente d’une «chirurgie» ultra-précise du génome, un outil nommé Crispr-Cas9, pour corriger l’anomalie d’un gène responsable d’une affection cardiaque héréditaire.

Publiée le 2 août dans la revue Nature, cette avancée technique ne manquera pas de raviver un véhément débat éthique. Est-il justifié d’introduire artificiellement – fût-ce dans un but médical – une modification dans le génome d’un embryon humain? Une telle modification, transmise à la descendance, transformerait le patrimoine héréditaire de la lignée humaine.

Humains OGM

Transgression éthique inacceptable pour les uns, voie inexorablement ouverte pour d’autres: «Bien qu’aucun de ces embryons n’ait été autorisé à se développer plus de quelques jours – l’intention n’a jamais été, ici, de les réimplanter dans un utérus maternel –, cette étude marque une étape importante dans ce qui pourrait être une voie inéluctable vers la naissance des premiers êtres humains génétiquement modifiés», annonçait le journaliste Steve Connor, le 26 juillet, dans la revue MIT Technology Review. Prophétique, ou provocateur?

La mutation pathogène a été corrigée chez 72,4% des embryons humains traités

Paula Amato

Une telle manipulation génétique n’est pas inédite. Les premiers à franchir le Rubicon ont été des Chinois. Dès 2015, ils ont publié les résultats d’une expérience sur des embryons humains visant à modifier le gène responsable d’une maladie héréditaire, la bêta-thalassémie. Mais l’outil de modification du génome utilisé, le fameux Crispr-Cas9, montrait alors trois types de défaillances.

Lire aussi: Chirurgie de l’ADN pour bébé «sur mesure»

Seul un faible taux d’embryons traités portait les modifications recherchées. Des modifications «hors cibles» étaient retrouvées. Et cette méthode donnait souvent des embryons «mosaïques», formés de populations de cellules génétiquement différentes. Autrement dit, une partie de leurs cellules n’avaient pas intégré la modification. Autant de carences confirmées dans deux autres études chinoises, en 2016 et 2017.

Maladie dominante

Dans la présente étude, les chercheurs ont levé ces obstacles, chez 42 embryons humains, un nombre inégalé jusqu’ici. Ils ont pour cela recruté un volontaire souffrant de cardiomyopathie hypertrophique, maladie provoquée par une mutation d’un gène nommé MYBPC3. Pour en être atteint, il suffit d’être porteur d’une seule version mutée de ce gène, sur les deux copies présentes dans nos cellules: la maladie est dite dominante, par opposition aux maladies récessives nécessitant les deux versions mutées pour se développer.

Avec le sperme de cet homme, les chercheurs ont fécondé, in vitro, 58 ovules (ovocytes) issus de femmes en bonne santé. Dans le même temps, ils ont injecté, dans chaque ovocyte, un «kit de réparation» sur mesure de l’ADN, ciblant la mutation du gène MYBPC3. Résultat: «la mutation pathogène a été corrigée chez 72,4% des embryons humains traités», soit 42 des 58 embryons, résume Paula Amato, de l’Université de l’Oregon, qui fait partie des quatre coordinateurs de ces travaux. Les chercheurs ont laissé ces embryons se développer in vitro cinq à sept jours après la fécondation, jusqu’au stade de blastocyste, soit environ 70 à 100 cellules.

Ce kit de réparation du génome est le même outil que celui utilisé par les Chinois: Crispr-Cas9. Mais ici, «l’astuce a consisté à injecter au même moment les spermatozoïdes et ce kit de modification du génome. Et ce, à un stade précis de la division de l’ovocyte. Ce qui accroît le taux d’embryons réparés», explique Alain Fischer, de l’Hôpital Necker à Paris, professeur au Collège de France, un des pionniers de la thérapie génique chez l’homme.

Lire aussi: La «chirurgie du gène», entre promesses et démesure

La réparation s’opère en trois étapes. D’abord, Crispr-Cas9 reconnaît sa cible, le gène muté. Ensuite, un «ciseau à ADN» (Cas9) coupe l’ADN autour de cette cible. Encore faut-il, troisième étape, que les cellules de l’embryon reconstruisent ensuite un gène normal. Pour cela, les chercheurs ont ajouté, dans leur cocktail, une matrice mimant la séquence d’ADN non mutée de ce gène: elle allait servir de modèle, espéraient-ils.

Eh bien non! A la surprise générale, les cellules ont dédaigné cette matrice extérieure. Pour reconstruire ce gène, elles lui ont «préféré» un modèle interne: la copie normale du gène, issue de l’ovocyte. Un mécanisme singulier, propre aux cellules embryonnaires humaines. «Si ce mécanisme est confirmé, cette technique sera moins efficace pour corriger des gènes responsables de maladies récessives, dans lesquelles les deux copies du gène sont mutées, anticipe Alain Fischer. Elles pourront alors plus difficilement servir de modèle.»

Cette étude ouvre la voie à des travaux qui pourraient conduire à une future utilisation clinique de Crispr-Cas9

Nerges Winblad, généticien

Fait remarquable, l’équipe américaine n’a pas retrouvé les effets indésirables montrés par les Chinois. «Après avoir séquencé tout le génome des embryons, nous n’avons trouvé aucune mutation hors cible», se réjouit Paula Amato. De plus, le taux d’embryons «mosaïques» est resté très faible (1 sur 42).

Bénéfice modeste

Selon elle, «cette technique pourrait être utilisée pour prévenir la transmission de maladies génétiques aux générations suivantes, quand le diagnostic préimplantatoire n’est pas possible». Ce diagnostic est mis en œuvre quand un des deux parents ou les deux parents sont porteurs d’une mutation responsable d’une maladie grave, susceptible de se transmettre à la descendance. Une fécondation in vitro (FIV) est alors réalisée avec les cellules sexuelles du père et de la mère, suivie d’un diagnostic génétique des embryons. Seuls ceux qui apparaissent indemnes de la mutation sont ensuite réimplantés dans l’utérus. «Cette méthode pourrait aussi permettre d’augmenter le taux d’embryons indemnes, quand le diagnostic préimplantatoire est possible.»

Lire aussi: Nouria Hernandez: «De nouvelles méthodes rendent les modifications du génome beaucoup plus accessibles»

Mais pour Alain Fischer, «cette approche ne me semble pas justifiée dans ce cas. Avec la FIV, on obtient déjà 50% d’embryons sains, réimplantables. Ici, le taux passe à 72%. C’est un bénéfice très modeste.»

Dans aucun pays du monde, la modification du patrimoine génétique humain n’est autorisée, rappelle-t-il. Sous l’assaut répété des progrès techniques, cette digue finira-t-elle par céder? «Il faut tenir bon sur ce principe éthique», assure Alain Fischer. Mais un glissement s’opère. En témoigne ce troublant rapport de l’Académie américaine des sciences, publié en février 2017. Qualifié de «politiquement explosif» par la revue MIT Technology Review, il recommande d’autoriser, à l’avenir, des modifications génétiques dans des cellules sexuelles humaines, dans certaines circonstances, «pour prévenir la naissance d’enfants atteints de maladies graves».

De fait, «cette étude ouvre la voie à des travaux qui pourraient conduire à une future utilisation clinique de Crispr-Cas9», estiment aussi, de leur côté, Nerges Winblad et Fredrik Lanner, de l’Institut Karolinska à Stockholm, dans un éditorial de Nature. Ils précisent cependant: «Avant d’utiliser cette approche pour traiter des maladies héritées, il faudra confirmer son innocuité […]. Le diagnostic préimplantatoire des embryons après FIV reste la méthode standard pour prévenir la transmission de maladies héréditaires chez des embryons humains.»

Cette étude, n’en doutons pas, sera pour les chercheurs une incitation à aller de l’avant. Au risque de diviser toujours plus la communauté des scientifiques et des spécialistes en éthique médicale. Et, au-delà, la société tout entière.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 12:04

Un salarié se suicide dans un Monoprix... qui rouvre quelques heures plus tard

Travail.

Le Bondy Blog révèle ce vendredi le suicide sur son lieu de travail d'un salarié du magasin Monoprix du Raincy, en Seine-Saint-Denis. Arrivé sur place à 6 heures du matin, Alain, 34 ans, se serait défenestré du troisième étage autour de 7h15. A 11 heures, «le magasin rouvrait ses portes malgré le choc des salariés», révèle le média.

«On s'est dit "Mais c'est une blague !" Et qu'il fallai mieux qu'ils ferment le magasin pour la journée. C'était la moindre des choses, tout de même ! Mais personne n'a rien osé dire», raconte un salarié. Les employés du magasin ont ensuite été sommés de garder le secret sur ce qui venait de se dérouler auprès des clients. Plusieurs membres du personnel témoignent également dans l'article de leurs conditions de travail difficiles.

“La directrice nous a dit que le mieux était d’ouvrir.J'ai du dire à des clients qui m'interrogeaient qu'il y avait eu 1 problème technique" twitter.com/LeBondyBlog/st…

 
 

 

La chaîne de télévision publique japonaise NHK s'est engagée à réformer ses habitudes de travail après avoir révélé qu'une de ses jeunes journalistes était morte d'un malaise cardiaque alors qu'elle venait d'accumuler 159 heures supplémentaires en un mois. Miwa Sado, 31 ans, qui couvrait l'actualité politique à Tokyo, avait été retrouvée morte dans son lit en juillet 2013. Un an plus tard les autorités japonaises avaient conclu que sa mort était due à un nombre excessif d'heures supplémentaires. Elle n'avait eu que deux journées de repos dans le mois qui a précédé son décès.

» Lire aussi - Alexandre Mulliez : «Comment j'ai fait un burn-out à 25 ans»

La NHK a fini par rendre l'affaire publique quatre ans plus tard sous la pression des parents de la jeune femme qui demandaient que des mesures soient prises afin d'éviter de nouveaux cas. Cette affaire met à nouveau en lumière le problème du "karoshi", ou mort par excès de travail, dans un pays connu pour ses journées de labeur interminables. Elle est gênante pour la NHK, qui a fait ouvertement campagne contre cette pratique.

Miwa Sado avait couvert les élections de l'assemblée de la ville de Tokyo en juin 2013 suivies en juillet d'élections sénatoriales. Elle est morte trois jours après les sénatoriales. La nouvelle a choqué le pays, la NHK ayant largement couvert des drames identiques survenus dans d'autres entreprises. "Nous sommes désolés d'avoir perdu une excellente journaliste et prenons au sérieux le fait que sa mort ait été reconnue comme liée au travail", a déclaré jeudi le président de la NHK Ryoichi Ueda. "Nous allons continuer à travailler sur une réforme avec l'aide de ses parents", a-t-il déclaré à la presse.

 
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 04:07




 
Le “Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme”, de Pièces et main d’œuvre, dont la parution était prévue aux éditions du Seuil (sortie le 14/09/17), est finalement publié par les éditions Service compris. Voici pourquoi.

En octobre 2016, nous (Pièces et main d’œuvre,Éditions Service compris BP 2738172 Seyssinet-Pariset cedex,précision de l'administration du blog),croisons un ami universitaire, de passage à Grenoble, avec qui nous avons au fil des années des échanges cordiaux quoique sporadiques. Déjeuner. Au dessert, nous lui proposons d’écrire, si cela lui dit, un papier sur le site de Pièces et main d’œuvre. Dérobade enjouée de l’ami. « - Ouhlala, non, j’ai pas autant de c… (NdA, de coquilles peut-être ?) que vous, moi !... Je ne peux pas dire ce que vous dites ! C’est mieux que je vous cite en revue ou dans des séminaires… Si je vous disais ! J’ai même entendu une épistémologue célèbre dire en réunion, "Ça, il faut reconnaître… sans Pièces et main d’œuvre, on n’aurait pas tant parlé des nanotechnologies." Mais pourquoi vous ne faîtes pas un livre sur le transhumanisme ? Vous en parlez depuis des années !... Je suis sûr que ça intéresserait Christophe Bonneuil. C’est lui qui dirige la collection Anthropocène au Seuil… etc. »

Sceptiques, réticents, mais pas bêcheurs, nous écrivons à l’éditeur pour lui demander confirmation de son intérêt. Certes, il a réédité, environ 90 ans plus tard, un recueil d’Ellul & Charbonneau (Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, 2014), mais on sait qu’il est plus facile à un notaire de publier les testaments des radicaux morts ou lointains (américains par exemple) que les critiques sur le vif de leurs successeurs.
L’éditeur nous confirme son intérêt, nous confie son estime pour notre réflexion, et sa dette de pensée pour l’avoir « radicalisé et consolidé », se réjouit de nous rencontrer, se déclare « honoré » que nous l’ayons contacté, bref, l’habituel frou-frou entre auteurs et éditeurs potentiels.
La seule chose qui nous importe, c’est sa garantie réitérée de notre liberté d’expression. D’éventuelles suggestions, soit, mais nous, PMO, conservons le dernier mot sur nos écrits.
À vrai dire, nous n’avons jamais envisagé autre chose - qu’un éditeur, par exemple, puisse s’imaginer avoir notre signature au bas d’un autre discours que le nôtre.

On s’engage et on voit. Nous œuvrons d’arrache-pied pendant huit mois, en sus de nos activités, déplacements et publications. Nous recevons de vifs éloges et répétés de l’éditeur (« Super !... Excellent ! ») pour les divers états de l’ouvrage en cours. Nous sommes en train de faire « un livre de référence », nous allons être publiés en « Point Seuil », etc. Nous intégrons quelques suggestions utiles de l’éditeur, nous rejetons les autres, oiseuses ou nocives. Nous discutons des façons d’utiliser cette publication pour stimuler la critique du transhumanisme (réunions publiques, etc.).

Que croyez-vous qu’il arriva ?

Au moment ultime, après les corrections de ponctuation, notes en bas de page, etc., alors que le Manifeste des Chimpanzés du futur était prêt pour l’imprimerie et annoncé sur les sites des librairies, notre éditeur nous cribla soudain d’un feu croissant d’exigences - coupes, réécritures – plus ineptes et insolentes les unes que les autres.
Il ne fallait pas employer des mots comme « veulerie » ou « sainte-nitouche » par exemple. Pas plus sans doute qu’il ne faut parler de corde dans la maison du pendu.
Il ne fallait pas employer un langage « désuet », « à la Brassens », mais la novlangue de la police post-humaniste, afin de proscrire les crimes de pensée.
Il ne fallait pas évoquer les « traîtres à l’espèce », les « nuisibles », ni « les rats qui fuient le navire », il ne fallait pas employer de termes péjoratifs (!) ni « animaliser les gens », « parce qu’on sait où ça mène ». – Eh quoi ? Fallait-il donc les « végétaliser » ? (Patate ! Navet ! Grosse courge !), ou les « chosifier » ? (Robot ! Serpillière ! Manche à balai !) ? Et nous dire ça à nous ! Animaux politiques et chimpanzés revendiqués !
Il ne fallait pas froisser tel potentat universitaire, fort susceptible, et capable de rétorsions contre le directeur de collection. Ni tel auteur maison, supposément prestigieux et lucratif pour Le Seuil. Enfin, il ne fallait pas nommer les personnes qui nous attaquent, qui attaquent l’humain et les défenseurs de l’humain, mais seulement « leurs idées ».

Pour notre éditeur, voyez-vous (mais aussi pour ses pareils), les idées tombent du ciel et se promènent seules dans les rues sur leurs pattes, à l’affût des proies qu’elles assaillent.
L’écueil est qu’étant radicaux – et non pas extrémistes - nous argumentons souvent ad hominem. Marx en a donné la raison : « La théorie est capable de saisir les masses, dès qu’elle argumente ad hominem, et elle argumente ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est saisir les choses à la racine, mais la racine, pour l’homme, c’est l’homme lui-même. » (cf. Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel. Karl Marx, dans Philosophie, Maximilien Rubel, Ed. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 99)

Ça tombe bien, justement nous défendons l’homme contre les inhumains.

Ainsi fûmes-nous contraints, le 24 juillet dernier, d’envoyer à Olivier Bétourné, PDG du Seuil, la lettre suivante.

« Monsieur,

Votre collaborateur, Christophe Bonneuil, nous a fait part des alarmes et des oppositions que suscitait dans votre maison, la publication de notre Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme.
Nous avons consenti par esprit de conciliation à supprimer certaines pointes et à reformuler certaines phrases, tant que le sens de notre critique n’était ni émoussé ni dénaturé.
Notre projet n’est pas publicitaire. Il ne vise pas la promotion de l’enseigne Pièces et main d’œuvre, mais l’expression d’une résistance irréductible à l’avènement d’une espèce supérieure de cybernanthropes « augmentés », asservissant et/ou éliminant l’humanité commune considérée comme une sous-espèce de « chimpanzés du futur », selon le mot d’un scientifique « transhumaniste ».
Notre discours et notre signature sont connus. Il serait insensé de vouloir l’une sans l’autre. Après des garanties de liberté répétées, des éloges considérables de notre action et des divers états de l’ouvrage en cours ; après huit mois de dur labeur de notre part ; M. Bonneuil, se faisant, dit-il, le porte-parole de « sa chef », « du patron du Seuil », « du Seuil » (et aussi un peu de lui-même), nous soumet au dernier moment à un feu croissant de censures et d’exigences de modifications qui en disent parfois plus long sur leurs auteurs que sur notre discours. Que ces falsifications se parent d’excuses juridiques, rhétoriques ou mondaines. Elles peuvent se lire en marge des deux dernières versions électroniques de notre ouvrage que nous avons reçues.
Nous ne sommes pas des singes si stupides que nous ne sachions reconnaître un ultimatum, même voilé. Et nous ne sommes pas si éprouvés par ces mois et ces années d’activité critique qu’on puisse espérer nous faire céder de guerre lasse.
Dans ses messages du 21 et 23 juillet 2017, et dans notre dernière conversation téléphonique, M. Bonneuil ne nous a pas caché l’hostilité que rencontrait notre Manifeste chez certains de vos collaborateurs, ni l’ampleur de ses efforts pour éviter tout « blocage » ou « rupture » de la part du Seuil.
C’est-à-dire qu’il y a blocage et rupture, et tout d’abord du contrat moral que nous avions passé en novembre 2016 avec M. Bonneuil. De son propre aveu, il « n’avait pas véritablement anticipé, il y a quelques mois, qu’il se retrouverait effectivement à nous demander des modifications ». Disons qu’il a eu les yeux plus gros que le ventre et n’en parlons plus. (…) »

C’était il y a un mois.
Ce mois, nous l’avons employé à finir la fabrication de notre Manifeste et à lui trouver un imprimeur.
Nous le publions nous-mêmes.
Nous le diffusons nous-mêmes.
Nous le défendrons nous-mêmes.

Le transhumanisme est à la fois l’idéologie de la technocratie et le stade actuel du capitalisme, de la croissance, de l’industrialisme et de l’artificialisation.
Nombre d’amis nous ont demandé à maintes reprises « ce qu’ils pouvaient faire pour nous soutenir ». Que si vous voulez répandre la critique radicale du transhumanisme, lisez et faites lire le Manifeste des Chimpanzés du futur.
Achetez-le, vendez-le, offrez-le (bon de commande en pièce jointe).

Organisez des débats, avec ou sans nous.
Formez partout des groupes de Chimpanzés du futur.
Surveillez les médias et les activités transhumanistes et alertez les humains.
Contestez partout et par tous les moyens de la critique (textes, films, dessins, actions, etc.), les manifestations ouvertes et occultes du transhumanisme, dans les médias, les universités, les milieux professionnels, politiques, associatifs, artistiques, culturels, etc.

Pour rester libres et humains, vidons les laboratoires !
Le temps perdu pour la recherche est du temps gagné pour l’humanité !


***

Toute l’actualité des Chimpanzés du futur, sur : http://chimpanzesdufutur.wordpress.com/

Si vous souhaitez davantage d’informations, contactez-nous.

Salutations simiesques,

Pièces et main d’œuvre
Grenoble, le 28 août 2017

Pour commander Le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme,remplissez le bon de commande ci-dessous et envoyez,-,le avec un chèque de 20 € (port compris), à l’ordre de:Service compris BP. 27 38 172 Seyssinet-Pariset cedex

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 14:35
   "Crispr, des ciseaux génétiques magiques ou un danger pour l'humanité ?"
© DR | Crispr est une technique de découpage génétique : un enzyme (le Cas9) sert de ciseaux pour altérer un gène visé.

Texte par Sébastian SEIBT , au salon Vivatech, à Paris.

La technologie de découpage génétique Crispr promet des bouleversements majeurs dans la recherche scientifique et thérapeutique. À l’occasion du salon parisien de l’innovation Vivatech, l’un de ses principaux promoteurs en explique les enjeux.

Qu'ont en commun un aveugle qui retrouve la vue et une vache sans corne ? Crispr. Un acronyme qui sonne comme une biscotte suédoise mais auquel le grand public risque de devoir s’habituer. De son nom complet Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats (“Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées”), cette technologie d’édition génétique a le potentiel de changer la conception même que l’on se fait de la vie.

“Crispr permet à un scientifique de modifier les détails du gène d'une cellule”, explique à France 24 Paul Dabrowski, cofondateur de Synthego, l’une des entreprises américaines les plus à la pointe dans ce domaine. Il est venu au salon parisien de l’innovation VivaTech, qui se déroule du 15 au 17 juin, pour vanter les mérites de cette technologie. Il s’agit d’une technique de découpage génétique : un enzyme (le Cas9) sert de ciseaux pour altérer un gène visé. Un bout de molécule, de l’ARN, permet de guider l’enzyme à la manière d’un GPS.

De la lutte contre le cancer à la renaissance du mammouth

La découverte, en 2012, de Crispr par la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna leur a valu une reconnaissance scientifique immédiate. Elles ont reçu plusieurs prix et ont même été pressenties pour un Nobel de chimie. L’enthousiasme pour cette technologie peut se comprendre : elle est plus efficace, simple, rapide et moins coûteuse que les alternatives, souligne un rapport de l’Assemblée nationale publié début 2016. Les applications dans la lutte contre les maladies génétiques sont évidentes : “Nous ne sommes qu’à quelques années, par exemple, pour que des traitements prometteurs pour venir à bout de certains cancers puissent être testés”, note Paul Dabrowski. Des milliers de laboratoires à travers le monde se sont emparés de cette technologie.

Vidéo sur le site
 

La diversité de leurs recherches démontre le champ des possibles. Une entreprise américaine a créé une vache sans corne, des essaims de moustiques ont été immunisés contre le paludisme en leur retirant un gène et des rats atteints de cécité ont pu recouvrer en partie la vue. Une équipe de Harvard travaille même sur un projet pour recréer un mammouth en utilisant Crispr. “Je ne pense pas qu’on saisisse encore parfaitement toute l’étendue des changements que cette technologie peut entraîner”, s’enthousiasme l’entrepreneur américain.

Les investisseurs s’y intéressent aussi de très près. Synthego, la société de Paul Dabrowski qui propose une plateforme pour simplifier le processus de création des “couteaux” Crispr, a ainsi levé 47 millions de dollars en janvier 2017. Car ce découpage génétique promet, en effet, des lendemains économiques qui chantent, tout particulièrement dans l’agriculture.

Aux États-Unis, un scientifique a ainsi découvert, en avril 2016, un moyen de rallonger la durée de vie et de consommation des champignons de Paris, tandis que des Chinois ont amélioré la valeur nutritive du riz. Cerise sur le gâteau, Crispr n’introduit pas des gènes étrangers dans l’organisme et le résultat peut donc échapper à l’étiquette souvent infamante d’OGM. Les autorités sanitaires américaines en ont décidé ainsi dans le cas du champignon de Paris. Une véritable aubaine pour des géants de l’agrochimie comme Monsanto.

En Europe, la pilule a beaucoup plus de mal à passer. La Cour de justice de l’Union européenne a été saisie, en octobre 2016, du dossier de ces “OGM cachés” comme les appellent leurs détracteurs. En effet, comme la technologie Crispr altère seulement des gènes déjà présents, la modification est plus difficile à déceler. La Cour doit trancher dans les mois à venir.

“Armes de destructions massives”

L’agriculture n’est qu’un exemple où cette technologie se heurte à des réticences. La question éthique n’est jamais loin. Paul Dabrowski en convient : “Je ne pense pas que le débat éthique nécessaire a encore été mené, et il convient rapidement de se mettre d’accord sur des standards”. Sans cela, rien n’empêcherait, par exemple, le monde militaire de s’en saisir pour créer des soldats génétiquement améliorés ou plancher sur des armes biochimiques mortelles.

Un scénario qui ne relève pas de la science-fiction. En novembre 2016, les conseillers scientifiques de Barack Obama ont alerté l’administration américaine sur la possibilité d’utiliser “Crispr pour créer des virus qui pourraient modifier, inhiber ou activer des gènes chez les victimes pour causer des dysfonctionnements du corps”. Plus direct dans sa formulation, James Clapper, lorsqu’il était directeur de la CIA, ajoutait “les modifications génétiques” à la liste des armes de destructions massives, dans son rapport 2016 sur les menaces pour les États-Unis.

La tentation d’améliorer le patrimoine génétique est un autre écueil. En agissant dès les premiers stades de la vie, il est théoriquement possible de rendre les modifications génétiques transmissibles au sein d’une famille. “Je pense qu’on peut facilement arriver à un consensus pour dire qu’il ne faut pas utiliser cette technologie pour ajouter des fonctions (plus d’intelligence, de puissance etc.), mais seulement en ôter dans des cas thérapeutiques”, assure Paul Dabrowski. Tout le monde n’est pas de cet avis. Une équipe de chercheurs chinois a essayé d’immuniser des embryons contre une maladie du sang. L’expérience a échoué, mais elle a suscité une vaste polémique scientifique sur l’utilisation des embryons dans ce genre de recherches.

Mutations inattendues

Mais même sans aller aussi loin, Crispr risque aussi d’entraîner l’émergence d’une médecine à deux vitesses. Les riches pourraient se prémunir contre toute une série de maladies potentiellement mortelles, tandis que les pauvres n’y auraient pas accès. Pour Paul Dabrowski, ce danger est beaucoup plus imminent qu’une militarisation de cette technologie. “Il faut veiller à ce que les utilisations soient accessibles à tous, par exemple en faisant rembourser les interventions par la sécurité sociale”, estime-t-il.

La technologie n’est pas non plus infaillible. L’un des principaux défis est d’éviter que l’altération du gène entraîne des conséquences non souhaitées. Des erreurs ont été commises dans les premiers temps, soulevant des appels à la prudence de la part du monde scientifique. Une étude de l’université de Columbia, publiée en mai 2017, met en garde contre “les centaines de mutations inattendues” que le découpage des gènes peut entraîner. “On a fait d’énormes progrès, mais il faut que la technique devienne encore plus précise et fiable avant de pouvoir l’appliquer à l’homme”, reconnaît Paul Dabrowski.

Pour 150 ONG, qui ont publié un appel pour un moratoire sur l’utilisation de Crispr, il est surtout urgent d’attendre que le débat ait lieu et qu’un cadre légal soit instauré. Paul Dabrowski estime qu’il ne faut pas brider outre mesure la recherche, sans quoi “le danger est de voir apparaître un marché noir”. Comme la technologie existe et qu’elle est prometteuse, il y a fort à parier, d’après cet entrepreneur, qu’en cas de prohibition, des personnes sans scrupule continuent les recherches clandestinement et proposent à prix d’or ces “ciseaux miracles” en dehors de tout contrôle.

-Articles J.Doudna sur l'une des deux inventrice de  cette méthode d'édition :

 
 

 

 

Jennifer Doudna : « Il est trop tôt pour éditer génétiquement des humains" 

Why CRISPR Gene Editing Gives Its Creator Nightmares

Jennifer Doudna was a pioneer of CRISPR, which is a gene-editing technology that is being increasingly studied and used across the world. Jennifer relates the genesis of CRISPR to us and explains the pros and cons of giving birth to such a potentially world changing process. On the positive side, she tells us how scientists are already combining her technology with stem cell research to potentially rid the world of sickle cell anemia. On the negative side, she describes a vivid nightmare she had early on in the process wherein she meets Hitler with a pig nose—a David Lynch-ian vision that represents the negative possibilities of what could happen if CRISPR falls into the wrong hands. While the Pig Hitler scenario is a lot less likely to actually happen, Jennifer understands the duality of her role in CRISPR's creation.

 

- éditer l'homme  serait-il constitutif d'une  étape vers l'amélioration de son espèce  (comme le voudrait le transhumanisme )?

 

Entretien sur le transhumanisme avec le journal "Inf'OGM" : 

vendredi 3 mars 2017 par Pièces et main d’œuvre

Le journal Inf’OGM publie dans son numéro 144 (mars/avril 2017) un entretien où nous avons tâché de répondre aux questions suivantes :
 Qu’est-ce que le transhumanisme ?
 Quelles sont les différences entre des lunettes et des implants neurologiques ? Où s’arrêtent les soins « classiques » et où commence l’homme augmenté ?
 Pourquoi parlez-vous des humains comme des « chimpanzés du futur » ?
 Pourquoi vous opposez-vous à ces « progrès », comme les tenants de ces technologies les nomment ?
 Est-ce que le transhumanisme est acceptable par la population ? Est-elle au courant de ce qui se trame actuellement ?

Le journal est en vente (6 €) dans les magasins bio et à la rédaction :

infOGM c/o Mundo M
47 avenue Pasteur – 93100 Montreuil
Tel : 01 48 51 65 40
infogm@infogm.org

Pour en savoir plus sur le sujet, on peut lire aussi :
 Ecologisme et transhumanisme
 Transhumanisme et cannibalisme
 Trois jours chez les transhumanistes
 Clinatec : corps-machine, masque "humain"
 Appel des Chimpanzés du futur
 La fabrication des humains
 La fabrication du mort vivant

Et sur papier : Transhumanisme : du progrès de l’inhumanité, commander la Pièce détachée n°68 (voir catalogue ici )


Version prête à circuler
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 15:04

Menton : des personnes exilées détenues en toute illégalité à la frontière

À la frontière franco-italienne, les locaux de la police aux frontières (PAF) des Alpes-Maritimes, situés à Menton pont Saint-Louis, sont utilisés par le préfet du département pour enfermer illégalement les personnes migrantes avant de les refouler en Italie. Le tribunal administratif de Nice a été saisi d’une requête en référé-liberté déposée par l’Anafé, l’ADDE, La Cimade, le Gisti et le SAF le 6 juin dans l’après-midi, afin de « faire cesser toutes les atteintes graves et manifestement illégales aux libertés fondamentales résultant de la privation de liberté de personnes exilées, consécutives de la décision informelle du préfet des Alpes-Maritimes de créer une ‘zone de rétention provisoire pour les personnes non-admises’ ».

La frontière franco-italienne a régulièrement été fermée depuis 2011 en violation des droits des personnes exilées. Depuis près de deux ans, la situation à cette frontière caractérisée par la violation quotidienne du droit national et international est devenue catastrophique : contrôles discriminatoires opérés au faciès, blocages, refoulements systématiques, refoulement de mineurs vers l’Italie en dehors de toute procédure, etc. Depuis le 13 novembre 2015, date à laquelle les contrôles aux frontières ont été officiellement rétablis dans la région, ils sont systématiques aux sept points de passage autorisés localisés sur les routes et dans trois gares dont Menton Garavan.

Lors d’une mission exploratoire menée à la frontière franco-italienne du 15 au 20 mai 2017, l’Anafé et La Cimade se sont vu refuser l’entrée dans « cette zone de rétention provisoire » constituée d’Algécos et de sanitaires amovibles. Les représentants des associations ont pu constater sur place le 16 mai, puis le 6 juin lors d’une seconde visite, que des personnes y étaient bien privées de liberté. La PAF a dans un premier temps affirmé qu’il s’agissait d’une zone d’attente, lieu où sont retenues les personnes à qui l’entrée sur le territoire est refusée et distinct d’un centre de rétention où sont enfermées les personnes déjà présentes sur le territoire. Elle s’est ensuite rétractée pour refuser l’accès à ces représentants d’associations habilitées à visiter toutes les zones d’attente françaises. Selon les déclarations du commandant de la PAF, il s’agirait « d’une zone de rétention provisoire pour les personnes non admises, un lieu privatif de liberté pour les personnes qui vont être réadmises en Italie ». Les témoignages d’observateurs locaux et de personnes migrantes indiquent que le 1er étage de la gare de Menton Garavan est également utilisé comme lieu d’enfermement.

L’existence de ce lieu de privation de liberté illégal s’ajoute donc, dans cette région de non droit pour les étrangers, aux contrôles discriminatoires, aux poursuites judiciaires menées contre les citoyens solidaires, aux refoulements illégaux, à la violation du droit d’asile, à la non-prise en charge des mineurs étrangers isolés, etc.

Les associations signataires demandent au tribunal de faire la lumière sur ce lieu de privation de liberté illégal en effectuant une visite sur place, de suspendre la décision informelle de sa création prise par le préfet des Alpes-Maritimes, de mettre immédiatement fin à la situation de privation de liberté des personnes qui y sont détenues et de garantir l’accès effectif aux droits des personnes interpellées à la frontière.

L’État est responsable de la mise à l’abri des personnes en quête de protection. Il est temps qu’il prenne ses responsabilités au lieu de les renvoyer en Italie en toute illégalité.

Le 7 juin 2017

Signataires :

  • ADDE (Avocats pour la défense des droits des étrangers)
  • Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers)
  • Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s)
  • La Cimade
  • SAF (Syndicat des avocats de France)

 

 
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 06:27

Pourquoi la devise de la France est-elle "Liberté, Égalité, Fraternité?" 

 

A trop courir après le modèle industriel, les progressistes n’ont pas imaginé un nouveau rapport à la nature. Pourtant, selon le philosophe, de Fourier à Reclus, écologie et égalité ont toujours été liées.

Privée d’un véritable candidat à l’élection présidentielle, l’écologie a trouvé une place de choix dans le nouveau gouvernement sous la houlette de Nicolas Hulot, nommé ministre d’Etat, dont l’intitulé du ministère, «Transition écologique et solidaire», allie action écologique et transformation sociale. Logique, d’après le nouveau rapport à la nature que le philosophe Serge Audier reconstitue dans son ouvrage la Société écologique et ses ennemis. Rappelant que la société écologique a été maltraitée par les mouvements progressistes au cours des deux derniers siècles, le maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV) estime que le respect de la nature et les questions d’égalité sociale sont indissociables.

Lors de la campagne présidentielle, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon ont clairement mis en avant leurs préoccupations écologiques. La gauche s’est-elle réconciliée avec ces questions ?

On assiste à une montée de la sensibilité écologique dans la société civile et les discours politiques. Par-delà les frontières françaises, le mouvement altermondialiste ou les Indignés ont promu le thème des «biens communs», ces ressources fondamentales aussi bien écologiques que sociales. Durant la campagne présidentielle, Hamon a repris le thème des limites des critères classiques de la richesse : le PNB occulte les dégâts sociaux, sanitaires et environnementaux de la croissance. Mais il a été lâché sans convaincre que son avenir était «désirable». Mélenchon a, lui, prôné une planification écologique et une «règle verte». Cependant, l’écologie se marie-t-elle avec son «populisme de gauche» emprunté à la philosophe Chantal Mouffe ? Celle-ci exalte les «affects» populaires nationaux, et, de fait, la stratégie mélenchonienne a

privilégié un horizon très stato-national. Or, les enjeux écologiques relèvent aussi du cosmopolitisme. Quant aux «affects», sont-ils le moyen privilégié de promouvoir une politique écologique, qui suppose aussi un espace public réfléchi où prévalent les solutions argumentées ? Quoi qu’il en soit, l’échec de Hamon et de Mélenchon montre l’ampleur du défi : il n’y a pas d’hégémonie écologique. Ce qu’a confirmé le débat télévisé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, où l’écologie fut absente, comme s’il était acquis que les exigences de l’économie et des électeurs sont ailleurs. L’avenir dira si la nomination de Nicolas Hulot, dans un gouvernement si peu écologique, infléchit ces tendances.

Vous montrez que «les gauches» se sont penchées sur la nature et l’écologie avant d’oublier cette préoccupation…

Les mouvements socialistes puis anarchistes ont manifesté, dès les années 1820 et pendant quelques décennies, une sensibilité aux mutilations de la nature et de la santé provoquées par le capitalisme industriel. Des visions de la société future ont esquissé un lien entre transformations sociales et environnementales, en inventant un nouveau rapport à la nature qui ne soit pas destructif. Mais ces projets se sont souvent perdus ensuite, ou dilués dans le socialisme et le communisme. La gauche, par-delà son hétérogénéité, s’est convertie au modèle industrialiste qu’elle a nourri : le «progrès» industriel devait abolir la

subordination des pauvres et diffuser le bien-être. Parallèlement, la critique de l’industrialisme a été captée par des milieux conservateurs, réactionnaires et préfascistes. Ce qui a renforcé la difficulté de la gauche à imaginer un nouveau rapport à la nature.

Vous ouvrez votre livre avec une phrase de Marcel Gauche : «Sous l’amour de la nature, la haine de l’homme…»

Ce slogan fut lancé en 1990 dans la revue le Débat. Il est symptomatique d’une vulgate longtemps dominante véhiculant l’opposition binaire entre l’humanisme et le souci de la nature. L’article de Gauchet a inspiré d’autres diatribes anti-écologiques de Gilles Lipovetsky, de Luc Ferry [le Nouvel Ordre écologique] ou Pascal Bruckner [le fanatisme de l’Apocalypse], c’est-à-dire des intellectuels qui ont voulu incarner une sorte de «retour à la normale» dans les années 80-90. Avec l’eau du bain gauchiste qu’ils exécraient, ils ont jeté le bébé de la conscience écologique qui avait ressurgi dans les années 70. Ce que j’ai appelé la «pensée anti-68» a, de fait, réhabilité une forme de capitalisme libéral, en balayant des critiques subversives portées par le mouvement écologique après les contestations des années 60. Déjà, des protestataires contre la guerre du Vietnam avaient mis en avant, en plus de la tragédie humaine, la dévastation de la nature vietnamienne par le napalm. Puis le Club de Rome et les luttes écologistes avaient enclenché de fortes remises en question, provoquant des résistances à gauche,

singulièrement dans le Parti communiste français. Mais la crise et le chômage ont agi comme une massue disciplinaire, qui a freiné l’effervescence écologique à gauche, tandis que la contre-révolution néolibérale - Milton Friedman et tant d’autres - assénait que les législations environnementales nuisaient à la croissance et aux libertés économiques. Après l’ennemi communiste est apparu l’ennemi écologiste.

En quoi l’histoire des mouvements de gauche permet-elle de dépasser les dichotomies - l’écologie contre le progrès, les hommes contre la nature… - qui ont longtemps détourné la gauche des questions écologiques ?

Mon livre est une tentative de produire un autre récit qui montre que, logiquement et historiquement, les luttes pour la liberté et l’égalité se sont articulées à des luttes pour défendre la «nature». Des mouvements émancipateurs ont investi avec cohérence, très tôt, ces enjeux, que ce soit parmi des libéraux républicains modérés, des anarchistes ou des socialistes. Alfred Russel Wallace, un savant proche de Darwin, de conviction socialiste, est l’un des premiers grands penseurs de la destruction de la planète par une logique capitaliste. Avant lui, un

pionnier du socialisme, Charles Fourier, formule dès les années 1820 l’idée que le capitalisme industriel ravage le globe, que la déforestation a un effet catastrophique sur les sols et le climat. D’où le projet de Fourier et de ses disciples d’une reforestation de la Terre. Les utopies fouriéristes prônent un rapport esthétique à la nature, une relation de soin et de valorisation, qui relève d’un «socialisme jardinier». Mais il y a aussi une tendance humanitaire et romantique, représentée par George Sand ou Marie d’Agoult, célèbre militante républicaine des années 1830-1840. On trouve dans ces fragments de pré-écologie progressiste, sociale et féministe, une dimension universaliste qui les distingue de la critique réactionnaire de la modernité. Le géographe libertaire Elisée Reclus est quant à lui emblématique de la sensibilité des milieux anarchistes à la nature. Par anti-hiérarchisme et anti-autoritarisme, ce courant a déployé une vive critique de l’industrialisme capitaliste et du propriétarisme bourgeois, pointant leurs conséquences destructrices tant sur l’individualité que sur le monde naturel. Loin de l’allergie réactionnaire au monde urbain, Elisée Reclus voit dans la ville «verte» qu’il imagine le lieu même de la vie démocratique. Il croit aux progrès de la science et à la conquête du bien-être universel - pourvu que ces avancées s’effectuent dans la connaissance et le respect de la nature.

Au XIXe siècle, l’historien Jules Michelet - le républicain par excellence - attirait l’attention sur le sort fait aux animaux et aux océans…

On trouve chez Michelet, précurseur de l’éthique animale, une très grande réceptivité aux dévastations des océans et de leur faune. J’évoque aussi un savant lié aux cercles républicains, Edmond Perrier, le directeur du Muséum d’histoire naturelle, qui invitait les humains à cesser de détruire la Terre pour devenir ses sages usufruitiers sur le très long terme. Ces penseurs de la solidarité avec les animaux et la nature participaient d’un horizon républicain : pour eux, la République devait prendre soin de l’environnement et des générations futures.

Pourquoi l’écologie échoue-t-elle alors à chaque fois à s’imposer ?

Les pionniers de cette sensibilité pré-écologiste - Fourier, Reclus, Kropotkine - ont été marginalisés. Surtout, une puissante intériorisation de la nécessité d’une domination exponentielle de la nature s’est imposée. Un imaginaire de la croissance d’autant plus séduisant qu’il nourrit une promesse de bien-être universel. Les précurseurs de l’écologie ont peiné à prouver qu’un autre chemin pouvait être épanouissant pour tous.

Comment la gauche peut-elle concrétiser son ambition écologique ?

La bataille culturelle pour une écologie de gauche est devant nous. Et il faudrait établir une relation créative entre les mouvements de la société civile et la politique institutionnalisée. Tout un pan de l’écologie se déploie sous forme d’expériences locales ou de transformation personnelle. Mais si ces mouvements ponctuels ne s’articulent pas à la politique au niveau national et international, s’ils n’emportent pas la conviction de la majorité et échouent à générer une législation contraignante, ils risquent de rester des contre-expériences sans débouchés et d’apparaître comme excluant une grande partie de la population.

A quoi ressemblerait une «société écologique» ?

C’est une société solidaire qui ne se conçoit pas comme «l’autre» de la nature mais qui invente un rapport de partenariat et de soin vis-à-vis d’elle sur le très long terme. Tous les auteurs que je cite avaient déjà compris que l’être humain se réalise autrement que par la maximisation de son intérêt, que le travail et la nature ne sont pas des marchandises. La société écologique doit proposer un modèle alternatif de bien-être et de richesse, de relation à soi, aux autres et à la nature, de partage - autant d’intuitions qu’avaient déjà les présocialistes.

Sonya Faure , Simon Blin

-Revue de presse:

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 02:13

Qui sera le maître de l'outil de génie génétique CRISPR – Cas9? - WIPO

Avril 2017

Catherine Jewell, Division des communications, OMPI, et Vijay Shankar Balakrishnan, journaliste spécialisé en sciences et en santé

Des millions de personnes souffrent de graves maladies génétiques comme le cancer, la dystrophie musculaire, la fibrose cystique, la drépanocytose, la maladie d’Huntington et bien d’autres.  Imaginez les douleurs et les souffrances qui pourraient être évitées (sans parler des coûts de santé) si nous pouvions guérir ces pathologies simplement en réécrivant le code génétique des patients. C’est ce que promet la technologie de modification du génome CRISPR-Cas9.
 

Annoncé comme la percée la plus prometteuse en matière de recherche biomédicale depuis l’avènement du génie génétique dans les années 70, l’outil de modification du génome CRISPR-Cas9 ouvre des horizons infinis pour nous aider à mieux comprendre les maladies humaines et animales et leur traitement.  Il a le potentiel de révolutionner la recherche médicale et agricole.  Dès lors, la course pour développer des applications commerciales de CRISPR-Cas9 dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’industrie a plongé la technologie, ses pionniers, les institutions pour lesquelles ils travaillent et une poignée de jeunes entreprises auxquelles ils participent dans une bataille juridique aux enjeux colossaux pour savoir qui l’a effectivement inventée et quand.  L’issue de cette bataille déterminera qui sera le maître de la technologie et dans quelle escarcelle tomberont les bénéfices faramineux qu’elle devrait générer.
Genèse de la technologie

Depuis que Watson et Crick ont découvert la structure en double hélice de l’ADN, les scientifiques n’ont cessé de chercher des moyens de mieux comprendre le rôle que joue l’ADN dans le patrimoine génétique des organismes vivants.  L’outil CRISPR est un immense pas en avant dans cette direction.  Comparé aux outils de recherche existants, il offre un moyen relativement rapide, simple, fiable et bon marché de cibler et de modifier des séquences déterminées du génome.

Désigné sous le nom de CRISPR pour “Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats”, c’est-à-dire “courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées”, il s’agit d’un mécanisme de défense naturel qui permet aux cellules bactériennes de détecter et de détruire les virus qui les attaquent.

Jon Cohen écrit dans la revue Science que le mécanisme CRISPR a été reconnu pour la première fois comme “outil de modification du génome de portée générale” dans un article publié par les scientifiques Erik Sontheimer et Luciano Marrafinni de la Northwestern University, Evanston, Illinois (États-Unis d’Amérique) en 2008.  Les deux chercheurs ont déposé une demande de brevet qui a été rejetée au motif qu’ils n’avaient pas été en mesure de la réduire à une application pratique particulière.

Au demeurant, CRISPR a réellement commencé à faire parler de lui avec la publication, en juin 2012, d’un article scientifique écrit par Emmanuelle Charpentier, microbiologiste française travaillant à l’époque à l’Université de Vienne et aujourd’hui à l’Institut Max Planck de biologie infectieuse (Allemagne) et à l’Université Umeå (Suède), et Jennifer Doudna de l’Université de Californie Berkeley (États-Unis d’Amérique).  Leur article décrivait comment la technologie CRISPR, avec l’aide d’une enzyme appelée Cas9, peut devenir un outil de modification du génome.  Il y était plus précisément question de la façon dont CRISPR-Cas9 peut être utilisé pour couper l’ADN dans un tube à essai.  Les deux scientifiques ont déposé leur première demande de brevet pour CRISPR en mai 2012.  Elle est encore en cours d’examen.

Six mois plus tard, en janvier 2013, des scientifiques du Broad Institute du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l’Université de Harvard, sous la direction de Feng Zhang, ont annoncé qu’ils avaient trouvé un moyen d’utiliser CRISPR-Cas9 pour modifier les cellules des mammifères, ravivant encore l’intérêt suscité par sa capacité potentielle à générer de nouveaux traitements médicaux plus efficaces.  Les chercheurs du Broad Institute ont déposé leur première demande de brevet portant sur CRISPR en décembre 2012 et ont payé pour bénéficier d’une procédure d’examen accélérée.  Toujours selon Jon Cohen, 11 autres demandes de brevet ont été déposées pour étayer la revendication selon laquelle ils étaient les premiers à inventer un système CRISPR pour modifier les cellules de mammifères.  En avril 2014, l’Office des brevets et des marques des États-Unis d’Amérique (USPTO) a accordé un brevet à l’équipe du Broad Institute pour sa technologie CRISPR.
 
La bataille pour les droits de propriété

L’octroi du brevet à l’équipe du Broad Institute a déclenché une tempête juridique.  Le professeur Jake Sherkow de la New York Law School parle d’une “monstrueuse bataille autour d’un brevet de biotechnologie”.

Les enjeux sont phénoménaux.  Quiconque possède les droits commerciaux ou de propriété intellectuelle sur CRISPR-Cas9 est potentiellement en mesure de générer d’énormes gains financiers et de décider qui pourra l’utiliser.

Les pionniers de la recherche et leurs institutions respectives ont chacun des parts dans une poignée de jeunes entreprises qui ont attiré des millions de dollars d’investissement pour que les systèmes CRISPR-Cas9 se transforment en nouveaux traitements pour un large éventail de maladies génétiques.  On citera notamment Intellia Therapeutics (UC Berkeley), Caribou Sciences (J. Doudna), CRISPR Therapeutics et ERS Genomics (E. Charpentier) et Editas Medicine (Broad Institute).

Une analyse du paysage commercial de CRISPR-Cas9, réalisée par Jon Cohen pour la revue Science, révèle qu’une multitude de licences, qui souvent se recoupent, ont déjà été délivrées par les jeunes entreprises utilisant CRISPR pour de nombreuses applications dans les domaines de la médecine, de l’agriculture et de l’industrie.
La loi Bayh-Dole

Conformément à la loi Bayh-Dole de 1980, les universités américaines peuvent détenir des droits de propriété intellectuelle sur des inventions issues de recherches financées par des fonds fédéraux.  Dans leurs directives, les National Institutes of Health (ou Instituts nationaux de la santé aux États-Unis d’Amérique) recommandent toutefois que ces technologies soient concédées sous licence “à des conditions et selon des modalités raisonnables” afin de pouvoir les mettre au service d’autres recherches biomédicales.  L’UC Berkeley et le Broad Institute proposent d’ailleurs volontiers des licences non exclusives à des fins de recherche scientifique pure, relève Megan Molteni dans WIRED.  Néanmoins, quiconque souhaite commercialiser un produit en lien avec CRISPR doit obtenir une sous-licence de l’une des jeunes entreprises utilisant CRISPR.

Par ailleurs, étant donné que le champ d’application des licences exclusives qu’elles détiennent couvre les 20 000 gènes constituant le génome humain, certains mettent en doute la capacité de ces entreprises à développer à elles seules toutes les applications potentielles de la technologie.  Quel sera l’impact sur les autres sociétés de biotechnologie intéressées par la commercialisation des produits CRISPR?  Le fait de devoir obtenir une sous-licence supplémentaire de ces entreprises mettra-t-il un frein à l’innovation?
La procédure de collision de brevets

En avril 2015, l’UC Berkeley, représentant E. Charpentier et J. Doudna, a demandé l’ouverture d’une procédure de collision de brevets contre les brevets accordés au Broad Institute.  La Commission de première instance et d’appel pour les brevets (PTAB) de l’USPTO, qui est compétente pour statuer en la matière, a donné suite à la demande.  Les audiences ont débuté en janvier 2016.

Les procédures de collision de brevets sont en fait des “procès administratifs visant à déterminer laquelle de deux parties (ou plus) a été la première à inventer quelque chose”, explique Jake Sherkow.  Cette procédure est un vestige du système du premier inventeur en vigueur aux États-Unis d’Amérique jusqu’en mars 2013, date à laquelle il a été remplacé par la loi américaine sur les inventions (America Invents Act).  Les États-Unis d’Amérique délivrent désormais des brevets sur la base du système du “premier déposant”.  Étant donné que les brevets CRISPR contestés ont été déposés avant mars 2013, ils peuvent faire l’objet d’une procédure de collision de brevets.  “Une procédure de collision de brevets devant l’USPTO est généralement intentée lorsque plusieurs demandes de brevet déposées devant l’USPTO par différents inventeurs sont susceptibles de se chevaucher en portant sur la même invention”, observe Joe Stanganelli dans Bio IT World.

Selon lui, la question à laquelle devait répondre la PTAB était celle de savoir si les travaux des chercheurs du Broad Institute constituaient une nouveauté ou s’ils étaient “la prochaine étape logique, et/ou fondamentalement basés sur l’état de la technique”.

Le 12 février 2017, la PTAB a rendu sa décision.  Elle a considéré qu’il n’y avait ni chevauchement ni collision entre les brevets délivrés par l’USPTO au Broad Institute pour l’utilisation du CRISPR-Cas9 en vue de modifier les cellules de mammifères (génomes eucaryotes) et les demandes de brevet déposées par l’équipe de l’UC Berkeley pour l’utilisation du système dans n’importe quel environnement (voir l’encadré).  La PTAB a ainsi jugé que les revendications figurant dans la demande de brevet de Zhang n’étaient pas évidentes eu égard aux informations fournies dans la demande de brevet américain déposée par l’UC Berkeley.

En vertu de cette décision, le Broad Institute peut conserver ses brevets américains revendiquant des méthodes d’utilisation de CRISPR-Cas9 dans les cellules de mammifères (eucaryotes).  De son côté, l’UC Berkeley peut maintenir sa demande de brevet américain, qui revendique des méthodes d’utilisation de CRISPR-Cas9 dans n’importe quelles cellules.  Si les deux institutions y trouvent leur compte, cette décision est en revanche synonyme d’“incertitude maximale” pour la communauté des entreprises de biotechnologie qui ne savent pas trop si elles doivent obtenir une licence des deux universités, relève Kevin Noonan, associé chez McDonnell Boehnen Hulbert & Berghoff à Chicago (États-Unis d’Amérique), dans la revue Nature.
Résumé de la décision de la PTAB sur la requête déposée

Aux termes de la décision, “Broad a fourni suffisamment d’éléments probants montrant que ses revendications, qui sont toutes limitées aux systèmes CRISPR-Cas9 dans un environnement eucaryote, ne portent pas sur la même invention que les revendications présentées par l’UC, qui elles visent toutes les systèmes CRISPR-Cas9 sans les limiter à un environnement particulier.  Plus précisément, il est démontré que l’invention desdits systèmes dans les cellules eucaryotes n’aurait pas découlé de manière évidente de l’invention des systèmes CRISPR-Cas9 dans n’importe quel environnement, y compris dans les cellules procaryotes ou in vitro, dès lors que l’homme du métier moyen n’aurait pas pu raisonnablement escompter que le système CRISPR-Cas9 s’appliquerait avec succès dans un environnement eucaryote.  Les éléments de preuve démontrent que les revendications des parties n’entrent pas en collision”.
Les raisons de s’intéresser à la technologie CRISPR-Cas9

Le système de modification du génome CRISPR-Cas9 peut potentiellement “modifier la façon dont les chercheurs en sciences de la vie manipulent et programment l’ADN de pratiquement tous les organismes vivant sur terre”, explique le professeur Jake Sherkow.

Cette technologie ouvre la voie à une meilleure compréhension du fonctionnement des gènes dans les cellules et permettra de mettre au point de nouveaux traitements médicaux et de nouvelles thérapies plus efficaces pour un grand nombre de maladies aux effets dévastateurs.  En supprimant les séquences d’ADN dysfonctionnelles sous-jacentes, on pourrait non seulement soigner ces maladies mais aussi éviter leur transmission à la génération suivante.  Son application à l’agriculture et à l’industrie permet aussi d’entrevoir le développement de végétaux et d’animaux plus robustes et résistants aux maladies.  Les bienfaits potentiels pour la société sont donc immenses.
 
Les chercheurs à travers le monde utilisent déjà les systèmes CRISPR-Cas9 pour modifier le génome, notamment celui des champignons comestibles, du maïs, des souris, des singes, voire des embryons humains.  En juin 2016, les National Institutes of Health américains ont approuvé les premiers essais cliniques utilisant le CRISPR-Cas9 dans le traitement du cancer.  En septembre 2016, ce fut au tour de l’autorité britannique Human Fertilization and Embryo Authority (HFEA) d’approuver son utilisation pour modifier de façon permanente l’ADN d’un embryon humain.

Rappelons cependant qu’en l’état actuel des choses, la technologie CRISPR-Cas9 comporte toujours des risques importants et doit encore être affinée, par exemple en termes de précision et d’application aux cellules humaines.  Elle soulève aussi de nombreuses questions éthiques qui méritent un examen attentif.  Après tout, elle a le potentiel de modifier en profondeur le patrimoine génétique de l’humanité.  Face à ces préoccupations, Jake Sherkow fait remarquer que le Broad Institute a déjà délivré des “licences éthiques” à des preneurs de licence afin d’interdire certaines activités jugées contraires à l’intérêt général.  Vu le temps nécessaire pour élaborer des politiques efficaces, il estime qu’il s’agit là d’un bon moyen de “stopper momentanément les applications préoccupantes des nouvelles biotechnologies”
Quelles suites aura la décision de la PTAB?

Bien que la décision de la PTAB puisse être perçue comme une victoire incontestable pour le Broad Institute, les perspectives sont plus nuancées.  La bataille pour les droits de propriété intellectuelle sur la technologie CRISPR est loin d’être gagnée, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, l’UC Berkeley examine actuellement la possibilité de faire appel de la décision de la PTAB.  Elle reste convaincue que “l’équipe Doudna/Charpentier a été la première à inventer cette technologie pour une utilisation dans tous les environnements et tous les types de cellules, qu’elle a été la première à publier et à déposer des demandes de brevet portant sur cette invention, et que les brevets du Broad Institute portant sur l’utilisation du système CRISPR-Cas9 dans des types de cellules particuliers ne présentent pas de différence, du point de vue de la protection par brevet, avec l’invention de Doudna/Charpentier”.

Deuxièmement, plusieurs commentateurs pensent que les parties finiront sans doute par parvenir à un règlement impliquant la concession de licences croisées sur leur technologie.  Compte tenu des questions en suspens concernant la titularité des droits de propriété intellectuelle sur les vecteurs de CRISPR – qui permettent l’exécution du mécanisme dans l’ADN récepteur – ce scénario semble probable.  “Si l’UC obtient gain de cause pour les revendications du brevet sur les vecteurs de CRISPR, elle aurait le droit d’empêcher quiconque de les fabriquer, de les utiliser ou de les vendre”, explique Phillip Webber, conseil spécialisé en brevets de biotechnologie au sein du cabinet d’avocats Dehns à Oxford (Royaume-Uni).  Cela signifierait que même Editas Medicine, qui détient pourtant une licence exclusive pour exploiter les méthodes CRISPR de Zhang, devrait acquérir une licence de l’UC Berkeley.

Troisièmement, le Broad Institute et l’UC Berkeley ont tous deux déposé des demandes de brevet et les défendent en Europe.  Catherine Coombes, avocate spécialisée en brevets chez HGF à New York, note dans la revue Nature que la jurisprudence européenne pourrait donner lieu à une décision différente de celle de la PTAB.  Si l’Office européen des brevets estime que la recherche de l’UC Berkeley fournissait “une motivation suffisante” pour que d’autres chercheurs tentent d’appliquer le système CRISPR-Cas9 aux cellules de mammifères, le brevet de l’UC Berkeley pourrait alors être considéré comme couvrant les applications dans tous les types de cellules, ce qui lui donnerait un avantage sur les brevets du Broad Institute en Europe.

Enfin, de nombreux autres groupes de recherche se lancent eux aussi dans la course aux brevets CRISPR-Cas9.  Selon IPStudies, société suisse de conseil en gestion de la propriété intellectuelle, on compte actuellement plus de 900 familles de brevet, qui revendiquent toutes des droits sur différents aspects des systèmes CRISPR-Cas9.  Dès lors que ces groupes font valoir leurs droits, et exigent le paiement de redevances, le Broad Institute et l’UC Berkeley devront livrer encore de nombreuses batailles juridiques.

Quoi qu’il en soit, pendant que les tribunaux sont aux prises avec ces questions, la science continue d’avancer.  Des chercheurs du Broad Institute, toujours sous la houlette de Feng Zhang, ont déjà découvert une alternative intéressante à l’enzyme Cas9, dénommée Cpf1, pour laquelle ils ont déposé une demande de brevet.  Cette nouvelle enzyme offre plus de possibilités aux scientifiques pour modifier les gènes de certaines bactéries.  S’il n’existe pas encore de thérapie CRISPR, il semblerait qu’un certain nombre d’essais débuteront cette année.  Affaire à suivre.
 

-Aux origines de la pensée eugéniste avec Jean Gayon (Philosophe et professeur),,en faisant un petit détour pédagogique vers les débuts de la découverte de ce système de défense  bactérien avec Pauline Gravel et Inf'OGM:

Formidable CRISPR-Cas9 | Le Devoir

 

CRISPR-Cas9, cet acronyme bizarroïde qui a envahi la littérature scientifique et a fait la manchette à maintes reprises en 2015, désigne un extraordinaire outil permettant de modifier le génome à volonté. CRISPR-Cas9 fait rêver les chercheurs qui espèrent corriger les mutations génétiques à l’origine de maladies héréditaires, rendre les cellules sanguines résistantes au VIH, et beaucoup plus… La puissance de cette technique est telle que la communauté scientifique s’est réunie en décembre dernier afin d’en interdire l’usage dans le but d’effectuer des modifications chez l’humain qui se transmettraient aux générations futures.

C’est en essayant de comprendre comment certaines bactéries lactiques arrivaient à se défendre contre les virus qui les attaquaient que des chercheurs ont découvert le système CRISPR-Cas9, en 2007. Sylvain Moineau, de l’Université Laval, qui a contribué à mettre en lumière le fonctionnement de ce moyen de défense, travaillait alors avec des collaborateurs français et américains sur la bactérie Streptococcus thermophilus qui est utilisée pour la fermentation du yogourt et du fromage. « Il arrive à l’occasion que ces bactéries se font attaquer par des virus, appelés phages, qui sont naturellement présents dans le lait. La pasteurisation n’élimine que les cellules pathogènes, mais il subsiste de ces petits phages qui ne sont pas dangereux pour les humains mais qui détruisent les bactéries qui ne feront plus leur travail. On se ramasse alors avec un fromage de mauvaise qualité ou pas de fromage du tout ! » explique M. Moineau, avant d’ajouter que les bactéries ont développé au cours de l’évolution divers mécanismes leur permettant de résister aux phages. Quelques-uns d’entre eux étaient déjà connus, et en 2007, M. Moineau et ses collègues en ont caractérisé un nouveau, qui a été nommé Clustered regularly interspaced short palindromic repeats — associated protein 9 (Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées), fréquemment désigné sous l’acronyme CRISPR-Cas9. « Seulement la moitié des espèces de bactéries possèdent le système crspr-cas et celui-ci est dominant chez les bactéries du yogourt et du fromage », précise M. Moineau, qui est professeur au Département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de la Faculté des sciences et génie de l’Université Laval.

 

Fonctionnement de CRISPR-Cas9

 

Lorsqu’une bactérie est infectée par un phage, et que ce dernier pénètre à l’intérieur de la bactérie, le système CRISPR-Cas de la bactérie s’empare d’une portion du génome du virus et l’insère dans le génome de la bactérie à un endroit spécifique, appelé locus du CRISPR. De ce locus sont ensuite produits de petits ARN, dont une partie de la séquence est complémentaire à celle de l’ADN du phage qui a été intégrée au génome de la bactérie. L’autre partie de l’ARN complémentaire (ARNc) se lie à une enzyme, en l’occurrence une nucléase appelée Cas9, qui a le pouvoir de couper l’ADN comme le feraient des ciseaux.

 

« Ce complexe formé de l’ARNc et de l’ADN de la Cas9 agit comme un anticorps », explique M. Moineau. Ces anticorps se promènent dans la cellule et jouent le rôle de sentinelles qui guettent l’arrivée de phages similaires à celui qu’elles doivent combattre. Ainsi, dès qu’un nouveau phage entre dans la bactérie, l’ARNc reconnaît la portion de l’ADN du phage qui lui correspond et va s’y fixer. La liaison entre l’ARNc et l’ADN du phage entraîne l’activation de la protéine Cas9, qui coupe l’ADN du phage venant d’entrer dans la cellule. La section du génome du phage entraîne alors sa mort. « Ce mécanisme est naturel. Il se met en branle naturellement dans les cellules », souligne M. Moineau, qui a mis en évidence le rôle de la Cas9 et celui des ARNc chez les bactéries lactiques.

 

Outil d’édition du génome

 

Par la suite, la biologiste moléculaire Jennifer Doudna, de l’Université de Californie à Berkeley, et la microbiologiste française Emmanuelle Charpentier, de l’Institut Max Planck de Berlin, d’un côté, et Feng Zhang du Broad Institute de Cambridge, au Massachusetts, ont compris que ce système naturel pourrait s’avérer un outil fort utile.

 

« Ils ont domestiqué le système CRISPR-Cas9. Ils ont rassemblé dans un même vecteur le petit ARNc et une portion du locus CRISPR qui comprend le gène codant pour Cas9. Ce vecteur peut ensuite être introduit dans des cellules végétales, animales ou humaines, précise Sylvain Moineau. La beauté du système est que l’on peut changer la séquence du petit ARNc à volonté. On peut changer cette séquence pour qu’elle soit complémentaire à n’importe quelle région spécifique du génome que l’on veut modifier, et pour qu’elle puisse ainsi la reconnaître lorsqu’on l’introduira dans une cellule. On change ainsi la spécificité de nos ciseaux [c’est-à-dire la Cas9] simplement en changeant la séquence de ce petit ARN. »

 

Lorsque l’ARNc se fixe à la séquence d’ADN de la cellule que l’on désire modifier, l’enzyme Cas9 coupe les deux brins d’ADN. « Cette coupure met la vie de la cellule en péril si elle n’est pas réparée. Mais heureusement, la cellule possède des mécanismes de réparation car des accidents de ce genre sont assez fréquents », indique M. Moineau.

 

« La cassure des deux brins d’ADN de la cellule met en branle le système de réparation. Or, si à ce moment-là on fournit alors à la cellule un ADN donneur contenant les changements que l’on désire apporter, des enzymes copieront cet ADN et l’intégreront exactement à l’endroit où le double brin a été coupé », explique Jerry Pelletier, professeur au Département de biochimie de l’Université McGill.

 

L’ADN donneur peut contenir une mutation que l’on veut introduire ou le gène exempt de la mutation que l’on cherche à éliminer, par exemple.

 

Comparativement aux techniques précédentes, la CRISPR-Cas9 est beaucoup plus précise et permet d’effectuer des modifications génétiques beaucoup plus facilement et rapidement. Pour toutes ces raisons, son emploi s’est répandu comme une traînée de poudre dans les laboratoires.

 

Applications

 

Actuellement, la technique CRISPR-Cas9 est surtout utilisée en recherche fondamentale. « Beaucoup de progrès ont été faits en génomique. On séquence des génomes à une vitesse incroyable, mais en fin de compte, il reste encore beaucoup de gènes dont on ne connaît pas la fonction. Or, le système CRISPR-Cas9 nous permet d’inactiver un gène (en le mutant) pour voir ce que cela entraîne dans la cellule [ce qu’on appelle la génétique inverse]. C’est fabuleux. Ça va accélérer notre compréhension du génome », fait valoir M. Moineau.

 

Yannick Doyon, professeur au Département de médecine moléculaire du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, a réussi à corriger les défauts génétiques responsables de l’hémophilie chez un modèle de souris de la maladie. Toujours chez la souris, il s’applique maintenant à faire les corrections génétiques nécessaires pour guérir des maladies métaboliques d’origine génétique, comme la tyrosinémie, des maladies rares mais qui sont plus fréquentes au Québec en raison de l’effet fondateur.

 

L’équipe de Jacques-P. Tremblay, de la Faculté de médecine et du CHU de Québec-Université Laval, publiait un article cette semaine dans lequel elle explique avoir utilisé le système CRISPR-Cas9 pour réparer le gène responsable de la dystrophie musculaire de Duchenne dans des cellules humaines cultivées en laboratoire, un tout premier pas, mais un pas important dans la lutte contre cette maladie impitoyable qui fauche les garçons avant l’âge de 25 ans.

 

L’équipe de Jerry Pelletier, à McGill, a recours au système CRISPR-Cas9 pour mieux comprendre le dérèglement que subissent les cellules qui deviennent cancéreuses. « Quand une cellule devient cancéreuse, la nature et l’abondance des protéines qu’elle synthétise changent. Elle produit plus de certaines protéines et moins de certaines autres, ce qui lui permet de croître plus rapidement et de devenir résistante au stress. Nous mutons certains gènes que nous croyons impliqués dans la régulation de ce processus et nous regardons l’effet de ces mutations sur la production des protéines. Si nous voyons quelque chose nous indiquant qu’il s’agit d’un gène stratégique, nous chercherons une drogue qui pourrait agir sur ce gène ou la protéine qu’il synthétise », explique M. Pelletier.

 

Des essais cliniques visant à rendre les cellules T sanguines résistantes au VIH devraient débuter sous peu. Pour ce faire, on prélèvera des cellules T de patients. Puis, on introduira dans le génome de ces cellules une mutation qui inactivera les récepteurs sur lesquels se fixe le VIH lorsqu’il s’apprête à les investir. Ces cellules seront ensuite réinfusées aux patients. « Ces essais cliniques ont lieu avec un autre système plus ancien que Cas9, le zinc ZFN [zinc figer nuclease, ou nucléase à doigt de zinc], mais il serait plus facile, plus rapide et préférable d’utiliser Cas9 », précise Jerry Pelletier.

 

Dans un article scientifique publié en avril 2015, l’équipe de Junjiu Huang, de l’Université Sun Yat-sen en Chine, décrivait avoir employé la technologie CRISPR-Cas9 pour réparer le gène responsable de la ß-thalassémie, une maladie sanguine héréditaire chez des embryons humains. Cette publication a soulevé un tollé au sein de la communauté scientifique. Le chercheur chinois s’est alors défendu d’avoir réalisé ces expériences sur des embryons non viables, qui ne se seraient jamais développés complètement, et qu’il avait voulu simplement montrer que la technique n’était pas encore assez sûre pour de telles utilisations chez l’humain.

 

Moratoire

 

En raison de l’inquiétude suscitée par cette publication, l’Académie nationale des sciences des États-Unis, l’Académie des sciences de Chine et la Société royale de Londres ont organisé une rencontre en décembre dernier à Washington afin de discuter de la possibilité d’imposer un moratoire sur l’utilisation du système CRISPR-Cas9 pour modifier le génome des cellules germinales humaines, car ces cellules, qui sont issues des toutes premières cellules embryonnaires et qui forment les ovules et les spermatozoïdes, transmettent les changements qu’elles ont subis à leur descendance.

 

Alors que la thérapie génique, une technique médicale bien acceptée qui consiste à corriger la mutation — causant une maladie génétique — directement dans les cellules du tissu affecté d’un individu, procéder à de telles corrections dans les cellules germinales engendre la transmission de cette modification aux enfants du patient. Or, si cette démarche devenait courante, elle finirait par altérer la nature de l’espèce humaine, font valoir certains scientifiques. Ces derniers rappellent que les maladies qui sont causées par un seul gène défectueux sont rares et qu’on peut très souvent les prévenir en ayant recours à la fécondation in vitro et en implantant dans l’utérus de la femme uniquement des embryons qui auront été diagnostiqués exempts de la mutation.

 

D’autres chercheurs ont souligné le fait que s’il est permis de modifier le génome des cellules germinales, la tentation sera grande de favoriser l’expression de traits physiques ou mentaux désirables, et de créer des bébés répondant à tous nos désirs.

 

Les chercheurs réunis en sont arrivés à la conclusion que la technique CRISPR-Cas9 n’est pas encore suffisamment sûre pour que son utilisation soit autorisée dans les cellules germinales.

 

« Nous ne sommes vraiment pas prêts pour des modifications génétiques chez l’humain. Il est très important qu’il y ait un moratoire car cette technologie est utilisée depuis peu et contient encore des boîtes noires qu’il nous faut élucider », affirme Sylvain Moineau.

 

Le système CRISPR-Cas9 est beaucoup plus précis et efficace que les outils précédents, mais il n’est pas parfait. Parfois, le système CRISPR-Cas9 ne coupe pas les brins d’ADN exactement à l’endroit désiré. « En recherche, ce n’est pas un problème car nous avons des façons de vérifier si la coupure a eu lieu au bon endroit. Mais quand cela se passe chez l’humain, c’est une autre paire de manches, cela peut être problématique, prévient M. Moineau. Une fois qu’on aura maîtrisé la technique et qu’on aura diminué ce risque, pourquoi pas ? Mais pour l’instant, non. »

 

Jerry Pelletier croit aussi que les chercheurs ne sont absolument pas prêts pour procéder à des corrections sur des embryons humains. Il explique que la « coupure hors cible » est un problème de taille qu’il faudra surmonter avant d’envisager d’intervenir sur des embryons humains. Celle-ci peut survenir lorsque, par exemple, « 15 des 20 nucléotides qui composent l’ARN complémentaire que nous avions préparé reconnaissent une autre séquence dans le génome qui n’est pas à l’endroit que nous avions prévu », précise M. Pelletier.

 

Yannick Doyon ajoute que si l’ARN guide « n’est pas totalement spécifique », et qu’il ne se fixe pas à l’endroit prévu, des mutations pourront apparaître à des endroits non désirés. « Pour le moment, ces techniques-là sont utilisées uniquement en recherche fondamentale », dit-il avant de souligner l’importance de poursuivre le débat, car « la technologie est tellement accessible et facile à utiliser ».

18/05/2013
Jean Gayon Philosophe, professeur
EUGÉNISME - Galton a défini ainsi le mot (Galton, 1883, p. 24): "[L'eugénique est] la science de l'amélioration des lignées [stock], qui n'est aucunement confinée à des questions de croisement judicieux, mais qui, tout particulièrement dans le cas de l'homme, prend appui sur tous les facteurs susceptibles de conférer aux races ou souches [strains of blood] les plus convenables une plus grande chance de prévaloir rapidement sur celles qui le sont moins" (Galton, 1883, p. 24). Cette définition est complexe. Elle parle d'une "science" mais, visant un effet pratique, c'est sans doute plus une technique qu'une science. Par ailleurs, la définition implique un jugement de valeur ("races les plus convenables"), et suggère un projet politique. [...]
 

On peut distinguer quatre strates successives de l'eugénisme, qui ont sédimenté au cours de l'histoire, chacune laissant sa trace dans les suivantes (Gayon, 1998).

L'idée

L'idée est un archétype transculturel qui semble avoir existé chez les peuples élevant des animaux. Platon en a donné une fois pour toutes une formule saisissante: "Il faut [...] que, le plus souvent possible, ce soit l'élite des hommes qui ait commerce avec l'élite des femmes, et, au contraire, le rebut avec le rebut ; que les rejetons des premiers soient élevés, non ceux des seconds, si l'on veut que le troupeau garde sa qualité éminente ; et, en outre, que toutes ces dispositions, quand on les prend, soient ignorées de tout le monde sauf des Magistrats" (République, 459d-460b ; Platon 1963, vol. II, p. 1033).

 

L'appel platonicien à régler les unions pour préserver la qualité des peuples a été souvent repris dans la littérature politique, puis en médecine, lorsque celle-ci a commencé au XVIIe à s'intéresser à "l'art de faire de beaux enfants" (la "callipédie"). Au XVIIIe siècle, les aspects politique et médical se joignent dans des déclarations appelant à prendre en compte l'amélioration des qualités "naturelles" de l'homme dans la conception du progrès (par exemple: Condorcet, 1793).

 

L'idéologie eugéniste

Qualifier l'eugénisme comme une idéologie, c'est admettre qu'à un moment donné de l'histoire, il a porté reflet d'une réalité sociale conflictuelle, et a fonctionné comme un discours visant à justifier des rapports inégalitaires entre les hommes. L'idéologie eugéniste s'est construite en référence à deux aspects importants de la pensée scientifique de la seconde moitié du XIXe siècle qui ont joué un rôle capital dans sa stratégie de justification: la théorie de l'hérédité et la théorie de l'évolution par sélection naturelle.

 

Galton, qui forgea le terme d'eugénique, est aussi le savant qui a le premier proposé un concept "dur" de l'hérédité, selon lequel les organismes individuels ne sont du point de vue de l'hérédité que des "transporteurs passifs". Dans cette conception de l'hérédité, les individus ne transmettent pas à leur progéniture ce qu'ils ont acquis au cours de leur développement et existence, mais un stock de caractères qu'ils avaient eux-mêmes à leur conception. Le concept dur de l'hérédité était tout adapté à un discours fataliste sur la maladie, la délinquance, et les handicaps sociaux.

Le lien entre eugénisme et théorie de l'évolution par sélection naturelle est plus subtil. [...] Dans les peuples civilisés - a-t-on dit - la sélection naturelle ne joue plus son rôle d'amélioration, car divers facteurs entraînent la dégénérescence des peuples européens et favorisent la prolifération des inaptes: les guerres nationales, qui exterminent les jeunes hommes les plus vigoureux, la médecine, qui permet à des individus maladifs de grandir et de se reproduire, enfin la fécondité supposée plus grande des classes inférieures de la société. Tous ces facteurs étaient autant de formes d'une "sélection sociale" qui font échec à la sélection naturelle. Ces contre-sélections ont été présentées comme des facteurs d'évolution rétrograde, condamnant les sociétés "civilisées" à une décadence certaine, si elles ne réagissaient pas par une sélection artificielle appropriée (Galton, 1865 ; Greg, 1868 ; Haeckel, 1874 ; Vacher de Lapouge, 1888).

[...]

L'eugénisme a aussi interféré avec des aspirations nouvelles relatives au statut de la reproduction dans les sociétés modernes. En écho aux féministes de la fin du XIXe siècle qui faisaient valoir le droit des femmes à "l'amour libre", à se marier avec qui elles le voulaient, et à exercer un métier, certains eugénistes ont plaidé dans le même sens, déclarant que le mariage était trop souvent déterminé par des contraintes sociales indifférentes à la qualité de "la race". [...]

Lois eugénistes

Dans la première moitié du XXe siècle, l'eugénisme cesse d'être un objet de débat, et fait l'objet de lois coercitives dans de nombreux pays. Mais là encore, il faut se défier de généralisations hâtives.

En Angleterre, pays où l'idéologie s'est d'abord développée avec le plus de vigueur, aucune loi eugéniste ne fut jamais votée. En France, où les conceptions eugénistes étaient plus faiblement représentées, la loi sur l'examen prénuptial, promulguée sous le régime de Vichy en 1942, fut la seule, et ressemblait plutôt à une mesure d'hygiène générale et non discriminatoire. Aux États-Unis, environ 50 000 individus furent stérilisés entre 1907 et 1949 sous couverture légale, et dans un grand nombre de cas pour des motifs explicitement eugéniques. En Allemagne, on estime qu'environ 400 000 individus furent stérilisés entre 1933 et 1937 au nom des lois de 1933 et 1935. Ces lois prescrivaient la stérilisation obligatoire des personnes présentant des troubles héréditaires tels que l'épilepsie, la cécité, la schizophrénie et de manière générale l'arriération mentale. En 1939-41, l'opération Euthanasie (opération secrète, et donc non légale, même du point de vue de l'État nazi) aboutit au meurtre d'au moins 70 000 malades mentaux. L'extermination massive des Juifs et des Tziganes fut enfin menée au nom d'une politique d' "hygiène raciale", selon le terme accrédité en Allemagne depuis le début du XXe siècle pour désigner l'eugénisme. Bien que l'entreprise génocidaire nazie soit un cas unique dans l'histoire internationale de l'eugénisme, et bien que les Procès de Nuremberg l'en ait distinguée, elle a bien relevé d'un même projet politique global de discrimination, stérilisation et extermination (Müller-Hill, 1989). Dans les pays scandinaves enfin, des lois de stérilisation des criminels et des malades mentaux furent votées dans les années 1930, et appliquées avec une sévérité croissante, en particulier après la guerre: entre 1945 et 1949, le rythme des stérilisations a été de quarante fois supérieur à ce qu'il avait été aux États-Unis avant la guerre (Sutter, 1950).

Diane Paul (1995) a bien tiré la conclusion de ces faits: l'idéologie eugéniste n'a pas conduit partout à des lois eugénistes, et lorsque de telles lois ont existé, elles n'ont pas mené automatiquement aux mêmes extrêmes ni servi les mêmes buts. [...]

Le nouvel eugénisme: l'eugénisme à l'ère de la génétique médicale

[...] Après la Seconde Guerre mondiale, les mots "eugénique" et "eugénisme" ont régressé, en raison des horreurs auxquelles le nazisme les avait associés. La question est néanmoins revenue sous des formes inédites. [...]

C'est la combinaison d'une série d'événements techniques (amniocentèse, diagnostic prénatal, fécondation in vitro...) et d'une série d'événements juridiques (dépénalisation de l'avortement au Royaume-Uni en 1967, aux USA en 1973, en France en 1975, puis dans d'autres pays) qui a spectaculairement réactualisé la question eugénique dans les années 1990. [...] D'autres techniques bio-médicales ont été dans le même sens. La fécondation in vitro, associée au diagnostic pré-implantatoire, permet un tri des embryons. L'insémination artificielle est aussi une pratique "eugénique", dans la mesure où les donneurs ne sont pas choisis au hasard (au moins du point de vue des médecins). Enfin les campagnes de prévention des mariages entre hétérozygotes dans certaines communautés (maladie de Tay-Sachs chez les Juifs ashkénazes américains, anémie falciforme chez les Noirs américains, thalassémie à Chypre), ont aussi fait parler d'un "retour de l'eugénisme" (Duster, 1992).

Ces pratiques contemporaines ont presque toutes quelque chose en commun. Elles sont fondées sur le volontariat, et sont communément justifiées par le souci de prévenir une souffrance individuelle, plutôt que par l'avenir génétique de la race ou de l'espèce. [...]

Le « nouvel eugénisme » a donc un profil assez différent de l'eugénisme traditionnel. Celui-ci procédait de l'État, et de la conviction que la reproduction était une affaire trop importante pour être laissée aux seuls individus. Le nouvel eugénisme, souvent qualifié comme "eugénisme individuel", ou encore "eugénisme domestique" (home eugenics) procède d'une vision opposée de la reproduction. [...]

 

Extrait de l'article "Eugénisme" du Dictionnaire Historique et Critique du Racisme, sous la direction de Pierre-André Taguieff
 - Les premières explications du 7 novembre 2014avec Inf'OGM

Crispr / Cas9 : des nouveaux ciseaux à ADN

Eric MEUNIER,

-Produits dérivés:

Des bijoux réalisés à partir d'embryons surnuméraires issus de FIV ...

www

 

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 05:28

 

Délit de solidarité - La bas si j'y suis

la-bas.org/les

Le [EXTRAIT] Les délinquants solidaires de Vintimille

Ils viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. L’extrême droite s’engraisse sur le fantasme des hordes d’envahisseurs métèques assoiffés du bon sang des vrais Français de souche.
De peur de déplaire, la plupart des candidats s’abstiennent de dénoncer ces délires xénophobes, y compris des partis de gauche, malgré les grandes postures indignées.
Pourtant, études et chiffres montrent facilement que l’immigration n’est pas un problème en France, au contraire. Aux États-Unis, le 1er mai 2006, l’organisation d’une Journée sans migrants montrait que sans eux, le pays ne tarderait pas à tomber en panne. De même en France, chacun sait que notre histoire est tissée des mille fils des migrations.
Qu’a-t-il fallu pour qu’on l’oublie ?
Voilà que la solidarité devient un délit, ou bien au contraire, voilà que la solidarité la plus élémentaire fait de vous un héros. C’est ce que les médias ont fait de Cédric Herrou, un agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants érythréens dans la vallée de la Roya. Nous l’avons rencontré. Mais Cédric n’est pas le seul à commettre le délit d’ « aide au séjour des étrangers », des associations, des collectifs, des particuliers se mobilisent. Loin des caméras c’est eux que nous partons rencontrer. Un grand reportage radio de Sylvie Coma.

Jeudi 23 mars, 250 nouveaux migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Italie à partir de la Libye. Les cadavres repêchés étaient ceux d’Africains âgés de 16 à 25 ans. Depuis le début de l’année, 690 personnes se sont noyées à bord d‘embarcations de passeurs, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Dans la vallée de la Roya, à quelques kilomètres de la frontière italienne, les délinquants solidaires s’organisent pour secourir les réfugiés bloqués à Vintimille après leur longue traversée.

C’est un réseau fluide et discret de citoyens solidaires. De procès en procès, certains noms ont émergé : Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni… Mais derrière eux, dans l’anonymat, se cachent tous les autres. Chaque soir, l’un des cinq villages de la montagne organise une maraude. En toute illégalité.

Un grand reportage de Sylvie COMA.

Les différentes séquences du reportage :

 
 
04:18
 
01. Un message sur le répondeur de Là-bas
 
Patrick
L’Association pour la Démocratie à Nice (ADN) lance un appel à dons pour les réfugiés :
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L’appel à dons de l’Association pour la Démocratie à Nice

 

Quelques repères


La vallée de la Roya, un cul-de-sac dans les Alpes-Maritimes
Tout au long du fleuve Roya, six petites communes sont accrochées à la montagne. Le premier village, en venant d’Italie, est Breil-sur-Roya (le village de Cédric Herrou).

Des milliers de migrants remontent la vallée de la Roya à partir de Vintimille (Italie) pour éviter les contrôles — rétablis en juin 2015 — de la police française aux frontières.

Problème : la vallée se situe dans une boucle, un cul-de-sac. Si l’on remonte la route vers le col de Tende, on finit par se retrouver en Italie. Les migrants doivent donc rebrousser chemin.

Frontière franco-italienne rétablie en juin 2015
En principe, il n’y a plus de contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen.
Mais en juin 2015, des points de contrôle frontaliers ont été rétablis entre la France et l’Italie, sur une bande de 20 km. Tous les points de passage sont verrouillés. Les gares et les trains sont contrôlés.

Plus de 35 000 étrangers interpellés en 2016
Selon les chiffres de la préfecture, plus de 35 000 étrangers en séjour irrégulier ont été interpellés à la frontière en 2016 (27 000 en 2015).
Quelque 1 500 mineurs isolés ont été pris en charge en 2015, contre seulement 348 en 2016.

Accidents mortels
Au moins sept morts sont recensées, dont plusieurs dans les tunnels ferroviaires ou autoroutiers.
Il existe désormais des panneaux « Attention piétons » sur l’autoroute.

Les associations venant en aide aux migrants dans le département
 association Habitat et Citoyenneté
 association pour la démocratie à Nice et dans les Alpes-Maritimes (ADN)
 collectif Roya Citoyenne
 collectif d’habitants qui s’est créé pour venir en aide aux nombreux migrants coincés dans leur vallée

Revendications du collectif Roya Citoyenne
 la fin du délit de solidarité pour les citoyens bénévoles qui se substituent à l’État en portant assistance à des personnes en danger
 l’ouverture d’un centre d’accueil dans le département des Alpes-Maritimes où les migrants puissent faire valoir leurs droits conformément aux conventions internationales
 la prise en charge par le Conseil départemental, au travers de l’Aide Sociale à l’Enfance, et conformément à la loi, des mineurs bloqués dans la vallée de la Roya

Pratiques illégales des autorités

 Dépôts de demandes d’asile impossibles
En principe, tout migrant a le droit de déposer une demande d’asile auprès de la police aux frontières. Mais en pratique, cette demande n’est jamais enregistrée et les migrants sont refoulés en Italie.

Par ailleurs, il leur est impossible d’aller à Nice pour déposer leur demande d’asile en préfecture (si ce n’est en se cachant dans les coffres de voiture, c’est notamment en les transportant que les bénévoles se font arrêter).

  Renvoi systématique de mineurs
La France ne respecte pas son obligation de prendre en charge les mineurs. Alors que l’Aide Sociale à l’Enfance devrait s’en occuper, ces mineurs sont bien souvent renvoyés en Italie, sans même avoir été informés de leurs droits.

Éric Ciotti : président du Conseil départemental

En décembre dernier, les internautes de Nice-Matin ont désigné Cédric Herrou « Azuréen de l’année » parmi 10 candidats, avec 55% des voix (7 677 votants). Éric Ciotti, ulcéré, se fend d’une tribune le lendemain dans le journal, titrée « Non, M. Herrou n’est pas l’Azuréen de l’année » pour y dénoncer « une générosité de façade » qui « met en danger la République », et « favorise un communautarisme islamique dangereux, fauteur de divisions profondes dans notre société ». « Qui peut dire avec certitude que dans les centaines de migrants que M. Herrou se targue d’avoir fait passer ne se dissimule pas un futur terroriste ? »

« Délit de solidarité »

En réalité le « délit de solidarité » n’existe pas dans le Code pénal.

Selon l’article 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ceux qui ont « facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France » encourent 5 ans de prison et 30 000€ d’amende.

En 2012, cet article été aménagé mais pas supprimé. Selon les nouvelles dispositions, il n’y a pas de poursuites contre ceux qui « sans but lucratif » portent assistance afin « d’assurer des conditions de vie dignes et décentes » aux migrants sans titre de séjour. Autrement dit, ceux qui les nourrissent, les hébergent ou les soignent.

 
 

Poursuites judiciaires contre Cédric Herrou

Cédric Herrou a été placé trois fois en garde à vue et a subi trois perquisitions. Il a été poursuivi pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger en France ».

1ère arrestation :
En août 2016, il est arrêté une première fois pour avoir transporté des Érythréennes. Il est finalement blanchi au nom de l’immunité humanitaire. Après sa relaxe, le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes (Les Républicains) écrit alors au Garde des sceaux pour s’offusquer de la clémence envers celui qu’il considère comme un « passeur ».

2ème arrestation :
Arrêté une deuxième fois, il passe en jugement le 04 janvier au tribunal correctionnel de Nice. Jugé pour avoir facilité l’entrée sur le territoire national, la circulation et la présence de 200 migrants en situation irrégulière, et en avoir hébergé une cinquantaine chez lui, puis dans un centre désaffecté de la SNCF en octobre 2016.
Le procureur requiert 8 mois de prison avec sursis et une mise à l’épreuve.
Le 10 février, il est finalement condamné à 3 000 € avec sursis.

Aujourd’hui, Cédric Herrou compte attaquer l’État pour « non-respect des protocoles des réadmission ».


Programmation musicale :
 Toumast : Ezeref
 Les Ogres de Barback : Lily

(Vous pouvez podcaster ce reportage en vous rendant dans la rubrique « Mon compte », en haut à droite de cette page.)

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 16:26

Tsipras attaque à nouveau les squats, cette fois à Athènes !

 

 
La tension monte à Athènes depuis l’aube, suite à une nouvelle agression du pouvoir contre le mouvement social et les réfugiés.
 
TSIPRAS ATTAQUE À NOUVEAU LES SQUATS, CETTE FOIS À ATHÈNES !
 
Huit mois après l’attaque surprise et simultanée de trois squats à Thessalonique le 27 juillet 2016*, Tsipras vient de recommencer ce matin à l’aube, mais cette fois au centre de la capitale.
 
C’est à nouveau un squat de réfugiés et de migrants qui a été la victime principale de sa répression policière : le squat « Scholeio » (École) de la rue Alkiviadou (Alcibiade), dans le quartier d’Acharnon, à 500 mètres d’Exarcheia .
 
 
 
Les 126 réfugiés et migrants, pour la plupart des familles syriennes (une cinquantaine d’enfants), ont été malmenés, effrayés et parfois trainés sur le sol dans la rue selon des témoins, avant d’être envoyés au centre d’identification des étrangers de Petrou Ralli. Ils rejoindront par la suite les indignes camps de rétention de l’Attique, pour la plupart conçus à l’initiative des dirigeants de l’Union européenne. Début 2016, Bernard Cazeneuve (alors ministre de l’intérieur) s’était déplacé en personne, accompagné par plusieurs dizaines de techniciens français pour faire ce sale boulot en Attique et dans plusieurs îles dont Lesbos.
.

 

.
Simultanément, une deuxième attaque a été planifiée, à l’aube également, contre le squat « Villa Zografou », au cœur d’un parc tranquille de l’autre côté du Lycabette, qui était pourtant occupé depuis 2012 et offrait de nombreuses activités gratuites ou à prix libres à tous les habitants du quartier : projections de films, débats, activités sportives et artistiques, jardins partagés… 7 camarades anarchistes et antiautoritaires ont été arrêtés et transférés à la Division générale de la police de l’Attique (GADA) et le parc est bouclé par une armada de CRS (MAT).
 
 
 
 
Préparée en secret, l’ensemble de l’opération a été coordonnée par le sinistre Nikos Toskas, ministre de l’ordre public, homme de main de Tsipras et ancien général de l’armée à la retraite.
 
Alors que la journée avance, une forte présence policière vient d’être déployée dans plusieurs secteurs du centre d’Athènes, principalement autour d’Acharnon, Exarcheia, Zografou et derrière le parlement.
 
Parmi les premières ripostes du mouvement social, en ce moment même, des rassemblements ont commencé : place Gardenias à Zografou, place Exarcheia, mais aussi dans d’autres villes en solidarité avec les expulsés.
 
Le rassemblement de la place Exarcheia vient maintenant de se déplacer devant le nouveau squat « Gare » situé 74 rue Kalidromiou à Exarcheia. Une grande manif « Pas touche aux occupations » est prévue ce soir à Athènes, à 18 heures locales, au départ de la place Gardenias. Demain, il y aura également une manif à motos et d’autres actions (dont probablement plusieurs mauvaises surprises pour le pouvoir).
 
Une rumeur évoque un risque d’attaque dans les prochains jours au cœur même d’Exarcheia. Des assemblées ont prévu, dès ce soir, de débattre et de s’organiser pour parer à cette éventualité. Une attaque qui ne serait pas sans dommages collatéraux, quand on connait l’énorme capacité de résistance d’Exarcheia, qui plus est à quelques jours de l’arrivée du convoi solidaire** (avec son soutien politique, financier et matériel, et la présence dans le quartier des 57 camarades venus de France, Suisse, Espagne et Belgique).
 
A suivre…
 
Yannis Youlountas
 
* L’attaque des trois squats à Thessalonique le 27 juillet 2016 et les suites :
 
** Le convoi solidaire de 23 fourgons qui est attendu à Exarcheia le 28 mars :

 

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