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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 05:40

Des Chinois tentent de modifier le génome d’embryons humains

LE MONDE | 24.04.2015 Par Hervé Morin

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/04/24/534x0/4622084_6_2680_image-de-synthese-presentant-le-complexe_6f5bc45925ed1b7a5fe306e72b41b020.jpg
Image de synthèse présentant le complexe CRISPR-Cas9, outil d'ingénierie génétique utilisé par une équipe chinoise pour tenter de corriger une maladie du sang chez des embryons humains.
Image de synthèse présentant le complexe CRISPR-Cas9, outil d'ingénierie génétique utilisé par une équipe chinoise pour tenter de corriger une maladie du sang chez des embryons humains. Feng Zhang/McGovern Institute for Brain Research at MIT

Modifier le génome d’un embryon humain pour prévenir le développement d’une maladie chez cet individu, mais l’éradiquer aussi dans toute sa descendance. Cette expérience, qui touche au patrimoine héréditaire de l’espèce humaine, et contrevient à la convention d’Oviedo, ratifiée par la France et 28 autres pays européens en 2011, vient d’être tentée par une équipe chinoise. Décrite dans la revue Protein & Cell du 18 avril, elle concrétise les craintes exprimées ces dernières semaines par une partie de la communauté de la recherche en génie génétique.

Après la publication par le journal du Massachusetts Institute of Technology (MIT) d’une enquête très fouillée montrant des débuts de manipulation génétique des cellules sexuelles (y compris aux Etats-Unis), des chercheurs américains avaient publié dans les revues Nature et Science les 12 et 19 mars des mises en garde envers les tentatives de modifier ces cellules germinales : elles auraient pour effet de modifier l’hérédité humaine, et non plus, comme les thérapies géniques classiques, une partie seulement des cellules défaillantes d’un individu. Les craintes portaient notamment sur l’utilisation d’une nouvelle technique d’ingénierie du gène, CRISPR-Cas9, extrêmement efficace et simple à mettre en œuvre

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/04/24/des-chinois-modifient-le-genome-d-embryons-humains_4622085_1650684.html#MEgPHcClT0VcGwHw.99

L’expérience chinoise, qui fait appel à cet outil, s’inscrit dans le spectre des manipulations visées par ces demandes de moratoire, dans la mesure où elle avait pour objectif d’effectuer des mutations chez l’embryon, qui se seraient de fait retrouvées dans ses cellules sexuelles – et potentiellement dans sa descendance.

Lire aussi : Les vertiges de la « chirurgie du génome »

Précisons-le d’emblée, l’expérience tentée par l’équipe de Junjiu Huang (Université Sun-Yat-sen, Canton) a échoué. Les 85 embryons ayant fait par la suite l’objet de modification avaient été obtenus auprès de centres de fertilité réalisant des fécondations in vitro - ils étaient dotés de chromosomes surnuméraires et n’avaient donc pas été retenus dans des projets parentaux. Aucun n’aurait été viable. L’expérience ne visait d’ailleurs pas à réimplanter ces embryons pour obtenir des bébés, mais à tester l’efficacité de cette nouvelle méthode d’édition de l’ADN afin de corriger un gène responsable d'une maladie génétique du sang, la bêta-thalassémie ou anémie de Cooley. Mais la technique CRISPR-Cas9 a été prise en défaut, dans la mesure notamment où de nombreux embryons présentaient une structure mosaïque, avec des cellules dont l’ADN avait bien été corrigé, mais d’autres où le gène défaillant s’exprimait toujours.
« Cela montre à quel point cette science est immature »

Pour le prix Nobel David Baltimore, interrogé par le New York Times, « cela montre à quel point cette science est immature. Nous avons appris beaucoup de leur expérience, principalement sur ce qui peut mal tourner ». David Baltimore faisait partie des deux premiers signataires de l’appel de Science à « suivre une voie prudente avant de manipuler le génome des cellules germinales ». Un autre prix Nobel, Paul Berg, lui aussi signataire de cet appel, avait été à l’origine il y a quarante ans de la conférence d’Asilomar, qui visait déjà à réfléchir aux risques liés au développement du génie génétique.

Certains estiment aujourd’hui qu’en génétique humaine, une telle conférence serait indispensable. En juin 2014, la Française Emmanuelle Charpentier, co-inventrice de l’outil CRISPR-Cas9, estimait ainsi que « cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation ».

L’expérience chinoise confirme chez l’humain ce qui avait déjà été montré chez d’autres espèces animales : malgré sa puissance, CRISPR-Cas9 n’est pas un outil parfait. Outre le risque d’introduire des modifications hors de la cible visée, on peut aboutir à des individus « chimères », dotés de plusieurs génomes différents. De plus, il est difficile de prédire tous les effets induits par une correction effectivement réalisée. « Notre étude souligne les défis posés par les applications cliniques de CRISPR-Cas9, concluent les chercheurs chinois, pour qui les effets de cet outil en dehors des gènes ciblés « devraient faire l’objet d’investigations exhaustives avant toute application clinique ».

Mais si la technique devenait plus efficace, la question du principe même de son utilisation ferait débat. Certains y voient une première étape vers une forme d’eugénisme et la quête du « bébé parfait », quand d’autres soulignent l’intérêt de maîtriser une capacité nouvelle à soulager l’humanité de certaines maladies héréditaires.

Lire aussi : Philippe Kourilsky : « L’homme s’autorisera-t-il à toucher à son hérédité ? »

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Hervé Morin
Pôle Science et Médecine


En savoir plus sur ce sujet et sur leugénisme médical

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-L'eugénisme médical aujourd'hui et demain

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Retour Actualités

Jacques Testart, dans l’éternel retour de l’eugénisme, J. Gayon et D. Jacobi Eds, PUF, 2006.

Il existe plusieurs définitions de l’eugénisme dont celle qu’en donna Francis Galton en 1904 en l’instituant comme la science « des facteurs socialement contrôlables qui peuvent élever ou abaisser les qualités raciales des générations futures, aussi bien physiquement que mentalement ». Ce qui met le lecteur contemporain mal à l’aise dans cette définition c’est surtout l’expression « les qualités raciales », parce que des systèmes politiques aujourd’hui réprouvés, du colonialisme au nazisme, ont construit leur logique sur l’exclusion, l’esclavage, ou l’extermination, de populations humaines considérées comme races honnies ou inférieures. Pourtant la proposition de Galton ne deviendrait-elle pas acceptable pourvu qu’on l’applique non plus à un groupe humain (la « race ») mais à l’humanité globale (l’espèce) ou même à l’humanité singulière (l’individu)? Et qu’est-ce que l’espèce, sinon la collection de tous les individus? Si bien que l’eugénisme peut retrouver ses séductions ancestrales, bien antérieures à sa définition, à condition qu’il ne prétende pas discriminer entre les groupes humains, ce qui n’arriva que dans la période récente de l’histoire des hommes. L’eugénisme n’est pas une invention du régime nazi mais correspond à une pratique aussi variée que les cultures et aussi ancienne que l’humanité.

L’eugénisme « positif », qui favorise les individus considérés comme les mieux pourvus, fut peut-être la première façon de recourir à des « facteurs socialement contrôlables » pour élever la qualité de la future génération. Ainsi peut-on comprendre la pratique de l’inceste dans les dynasties dominantes des anciens Égyptiens ou des Incas afin de préserver le « sang » royal. Et c’est encore l’eugénisme positif qui veilla aux « mariages supérieurs » dans le club « L’Élite d’Alfred Pichon il y a un siècle, ou qui justifia des pratiques aussi variées que le Lebensborn de l’Allemagne nazie, la banque des spermes de « Nobel » aux Etats-Unis ou l’arrangement des unions entre diplômés à Singapour. Symétriquement l’eugénisme « négatif » qui vise à éliminer les « tarés » ou malformés eut longtemps recours à l’infanticide et s’est médicalisé récemment aussi bien avec « l’interruption médicale de grossesse » (IMG) qu’avec des actes nonhomicides permettant d’écarter les indésirables de la procréation soit par la persuasion (certificat prénuptial, conseil génétique) soit par la violence (stérilisation).

La tradition eugénique, et surtout sa version « scientifique » du début de ce siècle est fortement médicale: au moins 70000 personnes « anormales » furent stérilisées dans les pays démocratiques selon Jean Sutter (voir Sutter 1950), et plutôt le double selon des révélations plus récentes (Suède: 62 000, Etats-Unis : 50 000, Norvège: 40 000 ...). Même le délire nazi, portant l’eugénisme jusqu’à l’holocauste, s’est largement appuyé sur les médecins et généticiens allemands (Müller-Hill 1989). Si l’on ne peut pas assimiler eugénisme et nazisme, on peut convenir que l’idéologie eugénique, par son refus de l’autre et sa prétention élitiste, se trouve aisément intégrée dans l’idéologie totalitaire. De plus, les traces de la tradition eugénique étant universelles et continues, on doit considérer que cette attitude est naturelle à l’homme. Alors, si l’on admet que l’eugénisme est potentiellement criminel, le contenir exige un effort vigilant pour sortir de la barbarie grâce à l’artifice de la civilisation. Cet effort commence avec l’examen sans concession des relents eugéniques dans la médecine contemporaine, et des moyens révolutionnaires prochainement disponibles pour choisir l’humanité. Pourtant il serait utopique, et peut-être même contraire à la dignité humaine, de refuser toute action eugénique quand des souffrances physiques ou mentales quasi permanentes empêchent l’expression de la personnalité ou interdisent toute jouissance. L’attitude « raisonnable » ne peut consister qu’à placer des garde-fous pour limiter la nature et le degré de l’intervention eugénique et la maintenir dans un cadre compassionnel.
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Cependant, cet effort nécessaire pour contenir l’eugénisme passe d’abord par la reconnaissance et l’identification des dérives ou pulsions à l’œuvre dans l’eugénisme médical aujourd’hui. C’est là que le bât blesse, la plupart des médecins contestant toute suspicion eugénique, d’abord parce qu’ils l’identifient au racisme ou au nazisme, plus fondamentalement parce qu’ils admettent que la gestion de la qualité humaine est conforme à leur déontologie. Deux arguments médicaux sont avancés pour nier l’existence d’un eugénisme contemporain. D’abord la raison médicale qui fait que les praticiens peuvent être amenés, par exemple, à procéder à l’élimination d’un fœtus en cas de trisomie mais pas en cas de sexe non souhaité. Cet argument selon lequel l’action serait de nature médicale n’est pas nouveau pour justifier l’eugénisme: c’est celui qu’on invoquait depuis 1907 pour stériliser des sourds ou des schizophrènes, et si les progrès de la génétique diagnostique ou de l’échographie fœtale ont largement augmenté l’acuité eugénique, il reste que l’infanticide d’un nouveau-né mal formé à Sparte était déjà pourvu d’une justification médicale… Ce qui nous amène à réfuter l’argument médical qui prétend que le terme même d’eugénisme ne saurait qualifier certaines pratiques actuelles sous prétexte qu’elles sont réalisées avec le consentement des ayants droit. L’autre argument est que l’action eugénique moderne est individuelle et non collective. Or, sauf pour le génocide de populations entières (et sans raison médicale), l’eugénisme historique a toujours visé des individus. Ainsi chaque enfant exposé de l’antiquité ne méritait ce sort qu’après avoir été examiné à la naissance par le père ou par un conseil des sages. Ainsi les pays démocratiques n’ont jamais établi de listes des caractéristiques justifiant l’exclusion (ces listes seraient contraires aux conventions et lois qui régissent les Droits de l’homme), et c’est seulement selon un « consensus médical » non écrit que les médecins peuvent conseiller ou accepter l’élimination d’un fœtus porteur de telle ou telle pathologie, comme ce fut le cas pour l’infanticide au cours des siècles passés (Pichot et Testart 1999).

En dehors du régime nazi, seuls le Japon (dès l’après-guerre) et la Chine (très récemment) ont publié l’inventaire des « tares » qui justifient la stérilisation ou l’avortement. Pourtant on ne peut réserver aujourd’hui la qualification (infamante?) d’eugéniste à ces seuls pays asiatiques, sous prétexte que dans ces cultures différentes on a eu l’imprudence ou l’audace d’afficher les caractéristiques des indésirables. Les critères de normalité sont largement consensuels dans une population donnée et alors ils diffèrent peu de critères d’État. Plus encore que pour les modes (vêtement, alimentation, culture…), l’espace de liberté du citoyen est très réduit s’il s’agit de choisir l’enfant: qui souhaiterait procréer un trisomique, qui préférerait un enfant petit, laid ou fragile?
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Aussi est-il trompeur de prétendre que des actes médicaux échapperaient à l’eugénisme par le fait même qu’ils résultent d’un examen individuel. Faut-il rappeler que les stérilisations eugéniques du début du XXe siècle, aux États-Unis comme en Europe, étaient pratiquées sur dossier individuel, avec l’expertise avisée de médecins? De même, l’exigence d’une demande ou d’un consentement des patients n’empêche pas l’action médicale de s’inscrire dans l’eugénisme. Bien sûr, une telle exigence est désormais impérative mais elle ne saurait suffire à affirmer la liberté ou le bien fondé des choix individuels: il est plus facile d’accepter une norme sociale que de revendiquer sa différence, ou celle de son enfant, et c’est seulement là où la pression normative rencontre des résistances qu’elle pourrait être contenue. Ces résistances, traditionnellement morales et culturelles, sont très affaiblies quand les progrès technologiques conduisent à des propositions combinant l’efficacité souhaitée avec la dédramatisation des actions. Pour sa part, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE 1995) estime que « dans le double contexte de l’essor des tests génétiques et du dynamisme des logiques libérales », il faut maintenir « l’actuelle interdiction légale en France de faire un tel usage de tests génétiques ». Pourtant, le CCNE n’a pas d’illusions puisqu’il ajoute que « tous les mécanismes économiques de nos sociétés « libérales » conduisent, tôt ou tard, à une utilisation large de l’information génétique ». En rupture avec sa proposition de limiter le diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI) à des « maladies particulièrement graves », le CCNE concède le recours aux tests pour des « petits risques » afin de « s’accommoder des lois du marché » … La qualification du risque petit et de la maladie grave, voilà bien tout l’enjeu de l’affrontement entre l’éthique et le marché!

ACTUALITE DE L'EUGENISME

Il apparaît utile de repérer dans la médecine d’aujourd’hui les séquelles ou le renouveau de l’eugénisme. Contrairement à certains lieux communs, les actions qui n’ont pas vocation à sélectionner des traits héritables sont étrangères à l’eugénisme. Il en va ainsi pour la sélection du sexe (comment obtenir des descendants dans une population unisexe?), comme pour la réduction embryonnaire ou pour l’IVG (sauf si l’IVG concernait une population particulière) car ces techniques ne comportent aucun choix des embryons éliminés. Bien évidemment, la démocratisation des sociétés industrialisées, aussi bien que la reconnaissance de la dignité des personnes et même de l’embryon, impliquent des attitudes nouvelles, et on peut remarquer d’emblée que les pratiques eugéniques doivent répondre à trois exigences pour être tacitement acceptables: (1) elles doivent être dénuées de violence apparente et s’efforcer d’être indolores; (2) les personnes concernées (ou leurs ayants droit) sont volontaires et supposées complètement informées; (3) les actions (moyens et buts) se réclament du savoir scientifique et du choix individuel. Nous évoquerons ici quatre exemples contemporains d’eugénisme médical.
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Le premier exemple est celui du don de gamètes. La rareté naturelle des ovules nous amène à limiter cette rubrique aux spermatozoïdes. Les règles « éthiques » du don de sperme en France (secret et anonymat) ont conduit ses praticiens à créer un modèle de l’eugénisme contemporain. La sélection des donneurs d’abord (avec bilan sanitaire mais aussi génétique), puis l’appariement de tel donneur avec telle receveuse (respectant la similitude avec le père social mais aussi évitant la rencontre de « facteurs de risque » génétique) ont entraîné les médecins dans une spirale eugénique sans fin (Testart 1993). En effet, la responsabilité médicale est exorbitante quand il s’agit de décider l’origine biologique d’un enfant. C’est ainsi que les banquiers en sperme sont amenés à « apparier » des couples en exigeant l’anonymat du donneur de sperme mais en compensant les incertitudes et les responsabilités liées à cet anonymat par l’évitement de risques biologiques communs aux deux partenaires: tel donneur, bon pour le service de sperme mais ayant avoué un oncle asthmatique, ne saurait convenir pour inséminer telle femme dont le grand-père présenta la même pathologie. Ce type de questionnement n’étant pas de mise dans les unions non médicales, cela suffit pour montrer la nature eugénique de l’insémination artificielle avec donneur (IAD) selon les règles éthiques que la France lui a données. Si le couple stérile proposait lui-même un familier lui offrant ses spermatozoïdes, toute malfaçon de l’enfant ne saurait être imputée aux médecins, mais l’anonymat du donneur entraîne l’appariement médicalisé, qui impose des précautions particulières, lesquelles conduisent à une attitude d’eugénisme négatif. À l’évidence, la liste des facteurs défavorables ne peut qu’augmenter avec la connaissance de nouvelles pathologies contaminantes (par exemple Sida, hépatites, prions, etc.) et surtout avec la mise en évidence de nouveaux risques héréditaires (maladies à composante génétique). Remarquons que les couples stériles demandeurs d’IAD ne participent aucunement à ces mesures précautionneuses d’appariement qu’ils semblent même ignorer. Faut-il se féliciter d’un zèle médical exceptionnel quand le service rendu va au-delà des exigences du public, ou au contraire s’inquiéter de ce paternalisme militant qui s’arroge le pouvoir de choisir un père sans nom et sans reproche?

L’exemple de l’opposition à l’ICSI (Intracytoplasmic Sperm Injection) est intéressant puisqu’il montre qu’on peut aussi refuser une nouvelle technologie pour des motifs eugéniques. L’ICSI permet de réussir la fécondation, malgré la stérilité masculine, en injectant un gamète mâle directement dans l’ovule. Parmi les anomalies génétiques variées qui seraient liées à la stérilité masculine, certaines pourraient être à l’origine de pathologies graves chez l’enfant né de la procréation médicalisée. Ainsi des trisomies, par déséquilibre d’une anomalie paternelle bénigne (translocation chromosomique), ou de la mucoviscidose par cumul d’un gène muté paternel (mutation fréquente chez les hommes stériles) avec le même gène muté maternel. Ces accidents sont en général évitables grâce au bilan génétique du père et à un conseil génétique prénatal si nécessaire. À l’issue de plusieurs milliers de naissances après ICSI (en France, 5000 enfants sont ainsi conçus chaque année), il apparaît que le risque d’induire des malformations est très faible, et on craint surtout la transmission de la stérilité paternelle (« stérilité héréditaire ») dans les cas où celle-ci a une composante génétique. Pourtant les commentaires alarmistes ne cessent pas et vont jusqu’à vanter les avantages de l’IAD avec un donneur de sperme dûment contrôlé plutôt que l’ICSI avec les gamètes souffreteux du conjoint stérile. Ce jugement est contraire aux lois de bioéthique qui prévoient justement que « la procréation avec tiers donneur ne peut être pratiquée que comme ultime indication lorsque la PMA à l’intérieur du couple ne peut aboutir ». Il fait aussi bon marché des problèmes spécifiques à l’IAD (frustration paternelle, enfant privé d’origine, dérive eugénique). La stérilité ne constitue plus une malédiction imparable et la stigmatisation de sa propagation pourrait s’étendre à d’infinies caractéristiques que chacun préférerait éviter: peut-on aussi prendre le risque d’aider la procréation de personnes atteintes de diabète, de myopie ou d’obésité, toutes ces affections ayant une composante génétique? C’est en quoi la résistance à l’ICSI relève encore de l’idéologie eugénique. L’irruption de la technique d’ICSI permet de proposer une descendance à des hommes jusqu’ici considérés comme des « impasses génétiques », mais l’éventualité d’une transmission de la stérilité vient s’opposer à la conception moderniste de l’homme de qualité (Testart 1999). Une chose est d’informer honnêtement les couples sur ce qu’on croit savoir et ce qu’on sait ignorer quant aux risques de la PMA (Procréation médicalement assistée). Une autre chose est de les condamner à leur stérilité, ou de substituer au père un donneur de sperme médicalement calibré, deux solutions de remplacement également eugéniques. Remarquons que la stimulation hormonale pour aider la conception des femmes anovulatoires, développée depuis quarante ans, n’a jamais été critiquée, ni même suspectée d’un tel potentiel dysgénique, malgré l’origine génétique vraisemblable de certaines carences à ovuler. L’eugénisme, même scientifique, est décidément une idéologie dominante, celle du sexe dominant…
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Le troisième exemple est celui du tri des embryons par diagnostic préimplantatoire (DPI). Il s’agit d’une nouvelle voie pour la sélection a priori des enfants, et cette innovation modifie radicalement la faisabilité et l’efficacité de l’eugénisme médical (Testart 1992). Rappelons que l’exclusion d’un « mauvais géniteur » hors du circuit procréatif (par stérilisation par exemple) n’a pas de véritable pouvoir eugénique tant la plupart des individus, même « tarés », sont capables de produire des gamètes de toutes les qualités génétiques. Les loteries génétiques successives qui caractérisent la fabrication de ces gamètes (ils sont innombrables mais tous différents entre eux), puis la rencontre sexuée (par la formation imprévisible de couples), et enfin la fécondation (par la fusion de tel spermatozoïde avec tel ovule) instituent le hasard, bien plus que la science eugénique, en décideur du génome d’un enfant. Il faut, de plus, compter avec les échanges de fragments chromosomiques, comme avec les mutations imprévisibles dans les gamètes ou l’embryon, pour imaginer toutes les incertitudes qui ruinent l’effort eugénique quand il porte sur les « géniteurs ». Fallait-il que les médecins qui ont créé et animé les « Sociétés d’Eugénique » du début du XIXe siècle soient obsédés par des lignées humaines « de qualité » pour s’illusionner eux-mêmes sur l’efficacité des pratiques qu’ils imposaient? Finalement, le seul objet digne de l’eugénisme scientifique est le conceptus (l’œuf fécondé) puisque la constitution génétique de l’individu qu’il préfigure est juste acquise. La forme achevée du même conceptus, l’enfant, est heureusement intouchable selon la loi, et sa forme intermédiaire, le fœtus, est un piètre objectif eugénique, en comparaison avec l’œuf juste fécondé in vitro. La nouvelle fabrique du corps humain passera donc par l’embryon car il précède l’humanité à venir, et c’est seulement au stade de l’embryon que la manipulation de l’humain peut concilier les projets sanitaires ou économiques avec les progrès sociaux et les exigences éthiques. Résumons les avantages de l’action eugénique quand on la fait porter sur le jeune embryon: la fécondation in vitro (FIV) peut déjà proposer au DPI cinq à dix embryons en moyenne, à comparer avec un seul fœtus pour le diagnostic prénatal (DPN); ces embryons existent hors du corps maternel, ce qui rend inutile l’interruption médicale de grossesse (IMG) si on souhaite les éliminer; et leur production peut être répétée plusieurs fois par an alors qu’une seule grossesse annuelle est accessible au DPN. Ainsi le DPI peut conduire à l’exclusion indolore d’enfants potentiels nombreux grâce au contrôle annuel de dizaines de conceptus (plusieurs cycles de FIV-DPI sont possibles chaque année), bien plus nombreux que les fœtus qu’on pourrait soumettre au DPN au cours d’une vie entière. Ces avantages en font une alternative eugénique beaucoup plus efficace que le DPN couplé à l’IMG, et donc l’occasion d’une plus grande sévérité dans l’appréciation de la « normalité » (Testart et Sèle 1996). Admettre que le DPI, encore quasi expérimental, ne pourra pas améliorer son efficacité et son coût actuels, ou que les épreuves inhérentes à la FIV en ferait pour longtemps un barrage au DPI, c’est ne pas reconnaître des progrès à venir en PMA comme en génétique diagnostique (Testart 1992, 2004b). Des travaux, réalisés surtout chez l’animal, montrent qu’une unique et bénigne intervention sur le corps féminin pourrait permettre de prélever et de conserver par congélation un petit échantillon ovarien, détenteur potentiel de centaines d’ovules encore immatures. Alors, c’est en dehors de tout traitement hormonal de la femme, et de toute nouvelle intervention sur son corps, que les ovocytes conservés (éventuellement pendant des dizaines d’années) seraient amenés à maturité au moment voulu, puis fécondés au laboratoire, avant que les très nombreux embryons obtenus soient tous soumis au DPI. L’abondance des embryons et la disponibilité de sondes (« puces à ADN ») peu coûteuses devraient conduire à identifier d’innombrables caractéristiques génétiques. Seul le « meilleur » embryon selon ces critères serait transformé en enfant, éventuellement à l’issue d’un clonage de blastomères afin de multiplier ses chances de développement par la création de plusieurs vrais jumeaux de l’embryon élu.
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Le DPI est ainsi capable de réaliser simultanément les deux fonctions historiques de l’eugénisme: positif (par élection des meilleurs embryons) et négatif (par élimination des autres) puisqu’il intervient sur une population. Il a déjà conduit à éviter la naissance d’enfants dont les caractéristiques ne justifient pas officiellement l’IMG (incompatibilité rhésus, vecteurs d’hémophilie, hétérozygotes pour une maladie récessive, etc.) et a commencé à être appliqué, au-delà des maladies monogéniques, à des affections polygéniques c’est-à-dire à des facteurs de risque (cancer colorectal, cancer du sein). Or de telles affections ne sont pas automatiquement associées à la présence du gène « délétère »; leur apparition dépend d’autres facteurs génétiques et aussi des conditions environnementales. C’est dire que le DPI est théoriquement en charge de tout ce qui implique l’identité génomique dans les traits particuliers à chacun et donc de la condition mortelle que nous partageons tous. Alors, son champ d’intervention devrait être progressivement élargi et précisé par la connaissance complète du génome humain (Testart 1995). Jacques Cohen, pionnier américain de la procréation assistée et responsable d’un laboratoire de pointe à New York, semble avoir bien compris que le DPI, ainsi optimisé, va devenir le moyen privilégié pour trier l’humanité dans l’œuf. Mais c’est pour s’en réjouir, puisqu’il écrit que cette technique va heureusement permettre « de détecter n’importe quelle caractéristique génétique telle que la taille, la calvitie, l’obésité, la couleur des cheveux ou de la peau ou même le quotient intellectuel… » (Brenner et Cohen 2000).

Récemment, l’« accueil d’embryon » (appellation officielle de l’adoption d’embryons surnuméraires) par certains couples stériles a commencé à se mettre en place, et les préoccupations eugéniques révélées dans les exemples ci-dessus ont refait surface (Testart, 2004a). Certains praticiens ont proposé d’identifier les embryons à risque potentiel (parce qu’issus de couples « à risque ») pour les réserver à certains couples d’accueil, ces derniers bénéficiant alors d’une procédure plus rapide. Cette proposition correspond à un eugénisme à deux vitesses, propice à la gestion d’une liste d’attente mais susceptible de dérives: l’attribution des embryons de deuxième catégorie pourrait vite s’enrichir d’appréciations biologiques sur le couple d’accueil, au-delà de l’impatience qu’il manifesterait. D’autres praticiens appartenant aux Cecos (banques de sperme) ont proposé d’exclure de l’accueil (et donc d’éliminer) certains embryons en fonction de caractères génétiques supposés défavorables et attribués à leurs géniteurs. On notera que ces mêmes critères ne conduisent pas au refus de la PMAdepuis 1994(loi de bioétique) on dit AMP intraconjugale. De plus, une telle mesure donne à croire qu’il existerait des êtres humains exempts de risque biologique (mythe de « l’enfant parfait ») et tracerait une frontière nécessairement arbitraire entre embryons sains et embryons à risque. Surtout, les mêmes praticiens ont proposé des règles d’appariement embryon-couple d’accueil largement inspirées de celles qu’ils ont su imposer pour l’IAD. Ces règles concernent des critères non pathologiques (origine ethnique, morphotype, groupe sanguin, etc.) aussi bien que des facteurs de risque (âge des géniteurs, arbre généalogique sur trois générations, etc.). Outre qu’il semble illégitime, pour l’accueil d’un embryon, d’aller au-delà des principes qui régissent l’adoption d’un enfant, il est clair que la logique sous-tendue par ces mesures serait de pratiquer le DPI sur tous les embryons surnuméraires. Ceci permettrait d’éliminer de la procédure d’accueil les embryons démontrés à risque génétique, une démarche plus « scientifique » que la suspicion à partir des conditions parentales… Il semble que les praticiens espèrent, grâce à de telles mesures eugéniques, se préserver de poursuites judiciaires ultérieures pour mauvaise pratique. Pourtant, l’inflation des diagnostics risque d’être l’occasion de confusions médicales et juridiques, et c’est plutôt la prescription prétendument savante de règles d’exclusion et d’appariement qui expose les patients à l’illusion sécuritaire et les praticiens à des poursuites pour malfaçon.

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CONTENIR LA PULSION EUGENIQUE

Ces quelques exemples montrent que, pour la première fois, l’eugénisme va avoir les moyens de ses promesses historiques. Puisqu’il n’est pas pensable que toute pratique eugénique soit refusée (il serait aussi contraire à l’éthique de ne pas éviter certaines existences trop douloureuses), l’enjeu est de décider des garde-fous pour contenir la pulsion eugénique. Pour cela, il faut que les motivations eugéniques soient confrontées aux dimensions humaines de la responsabilité des couples et du projet de la société. Plusieurs précautions peuvent être avancées dans ce but. Dans le cadre des propositions médicales, la décision eugénique doit appartenir aux personnes les plus concernées, c’est-à-dire les futurs parents. C’est ce qui arrive avec l’IMG, pourvu que l’information soit complète et objective. Mais cette condition n’est pas réalisée pour le don de sperme puisque les experts s’arrogent la responsabilité, c’est-à-dire le pouvoir, de décisions que nul n’a demandé (« appariement de couples reproducteurs »). Si l’anonymat est nécessaire pour l’IAD (ce qui devrait rester discutable), on comprend que les médecins se garantissent contre le reproche ultérieur d’action iatrogène; mais la prise en compte de critères sanitaires (maladies contagieuses) devrait suffire. Puisque le donneur doit être lui-même marié (et père de famille), c’est qu’il a été jugé « acceptable » par une femme, et ce fait trivial mais réel vaut bien une analyse prétendument savante du risque génétique qu’il véhiculerait. Il ne semble pas que les banques de sperme, dont le pouvoir de persuasion politique est connu, aient tenté de faire officiellement limiter leur responsabilité sur de telles bases. Si l’anonymat est source de responsabilité médicale, c’est aussi qu’il est source de pouvoir.

Dans le cas du DPI, on peut s’interroger sur l’aptitude à la décision des futurs parents si le risque encouru n’est plus celui d’une pathologie à la gravité évidente. Or le marché intellectuel, médical et commercial de la génétique passe justement par l’identification des innombrables configurations de l’ADN qui sont en relation plus ou moins directe avec des fragilités physiologiques ou des caractéristiques anatomiques ou comportementales. La complexité et la relativité statistique de tels éléments polygéniques impliqués dans la caractérisation d’un individu s’opposent à la qualité du consentement parental, et donc à la liberté de choix pour la décision. On peut même prédire que l’incertitude affectera d’autant plus les choix individuels que la médecine génétique revendiquera la vérité scientifique en démontrant des « facteurs de risque » au niveau des populations. Ainsi les diagnostics de nature seulement statistique ont-ils un potentiel d’aliénation supérieur à ceux qui établissent une relation automatique entre gène et caractéristique phénotypique. Et paradoxalement, c’est parce que la médecine vient nier l’eugénisme au nom de l’intérêt qu’elle porte à la singularité inédite de chaque personne que ses actions visent l’ensemble de la société. Ainsi l’eugénisme devient un exercice collectif.
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Une autre proposition pour maintenir l’eugénisme dans un cadre « raisonnable » est de freiner l’ambition eugénique, laquelle ne doit pas prétendre résoudre les fantasmes sans limites (bébé « parfait »). Il existe des freins naturels pour les pratiques eugéniques archaïques (infanticide, stérilisation) et pour certaines pratiques récentes (« avortement thérapeutique » = IMG): la douleur physique et morale qui accompagne l’action eugénique. Remarquer que de tels freins n’existent plus dans le DPI ne consiste pas à les regretter en choisissant la souffrance comme argument éthique (rédemption...) mais porte à s’interroger sur la nature des freins artificiels qui pourraient se substituer aux anciens freins naturels afin d’empêcher la dérive eugénique. Tous les problèmes d’éthique posent la même question de la limite. Puisqu’il n’est pas possible de définir la limite entre une maladie grave et un handicap léger, ni d’établir une liste limitée des affections qui justifient le DPN ou le DPI, le DPI constitue bien une pratique au champ potentiellement illimitée. Ses indications ne peuvent en effet être bornées que par l’intransigeance médicale ou le coût financier, ces notions étant assez subjectives pour ne pas constituer des frontières précises et définitives. C’est pourquoi, quelques années avant l’invention du DPI, j’avais marqué mon opposition à la sélection des embryons in vitro, postulant qu’elle différerait fortement de la sélection des fœtus par DPN-IMG (Testart 1986).

La réflexion menée en France sur, et plus particulièrement sur le DPI, a conduit aux lois dites « de bioéthique » (1994 puis 2004). Dans cette législation, le DPI se trouve limité par une clause impérative qui n’autorise la recherche que d’une seule anomalie. Dans ces conditions, le seul avantage du DPI sur le DPN serait la quasi certitude de découvrir un embryon normal puisque plusieurs sont analysés, et l’évitement de l’avortement thérapeutique puisque le tri est opéré avant la grossesse. Une telle règle est donc à même de réduire considérablement le pouvoir eugénique du DPI. Pourtant cette règle est une spécificité hexagonale. Dans d’autres pays, on discute plutôt de la généralisation du DPI à tous les cas de FIV chez des femmes « âgées » (après 35 ans) afin de détecter les embryons trisomiques, et on propose d’en profiter pour dépister simultanément d’autres anomalies, non liées au vieillissement. De plus, le nombre de caractéristiques recherchées n’est limité que par des considérations pratiques (nombre d’embryons et de sondes génétiques disponibles) et il n’est pas certain que ces dispositions de la loi soient respectées en France. Notre législation exemplaire sera-t-elle longtemps tenable alors que les règles médicales s’internationalisent en même temps que les marchés? Que se passera-t-il à très court terme quand des règles d’éthiques communes aux nations d’Europe seront proclamées? Va-t-on recréer la situation de tourisme médical qui pousserait les patients demandeurs vers la Belgique ou la Grande-Bretagne comme ce fut le cas pour l’IVG avant la loi Veil? Dans une tentative désespérée pour empêcher la dérive eugénique du DPI, le généticien Bernard Sèle et moi-même avons proposé aux praticiens potentiellement impliqués dans le tri embryonnaire de s’engager à limiter leur pratique, quelles que soient les nouvelles possibilités qu’apporteront les progrès techniques. Il s’agirait de niveler le pouvoir eugénique du DPI sur celui du diagnostic prénatal (DPN) en évitant la plupart des aberrations numériques et structurelles des chromosomes mais en refusant la caractérisation de l’ensemble des mutations pour lesquelles un diagnostic est disponible. La proposition, soumise aux praticiens du monde entier, prévoyait « pour que le DPI reste un DPN précoce, de limiter définitivement son intervention à l’établissement du caryotype et à la recherche d’un seul variant pathologique pour l’ensemble des embryons disponibles chez un même couple » (Testart 2002). Le faible nombre de réponses reçues (moins de 100), parmi lesquelles des accusations d’atteinte à la liberté qu’ont les géniteurs de choisir leurs enfants, nous ont définitivement convaincus que les jeux sont faits, quel que soit l’état provisoire des lieux et les assurances lénifiantes, ici ou ailleurs. Le bon sens oblige à considérer que le principe de précaution qu’exprime la loi française sera caduque à courte échéance.
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Par ailleurs, si l’on veut construire des garde-fous contre la dérive eugénique, les valeurs humaines non génétiques doivent être proclamées afin que les individus ne soient pas définis par leurs seuls caractères biologiques. Prendre en compte la personne avec son affectivité, son étrangeté, ses goûts, sa différence, c’est reconnaître que le bien-être n’est pas seulement dans la santé physique. Les médecins le savent mais beaucoup l’oublient: comment soigner le corps par la médecine spécialisée comme s’il n’était qu’un objet maîtrisable et, en même temps, laisser assez de place à la personne qui habite ce corps?

La société est confrontée à des choix liés aux nouvelles et puissantes technologies du vivant. Ces choix ont une importance historique dans le cas des procédés permettant le nouvel eugénisme car ces procédés répondent à des fantasmes immémoriaux et peuvent être considérés comme irréversibles dès leur mise à disposition. Puisque les habitants des pays industrialisés ne souhaitent avoir qu’un nombre réduit d’enfants (environ 1,6 par famille) et se soucient de plus en plus de la « qualité » de ces enfants, la question se pose d’utiliser ou non tous les moyens pour procréer des bébés « normaux ». Mais la définition de la normalité est de plus en plus soumise aux résultats du programme Génome humain puisque cette entreprise d’anatomie moléculaire contribue à révéler le singulier de chaque personne (Testart 1997). De plus l’acceptation sociale des individus est de plus en plus soumise à l’idéologie triomphante de la compétitivité. Aussi existe-t-il une pression renouvelée sur les couples pour la réalisation du fantasme d’enfant « de bonne qualité ». La traduction largement médiatisée de ce fantasme laisse croire qu’on s’apprêterait à fabriquer des humains génétiquement modifiés, à l’instar des OGM animaux ou végétaux obtenus par addition de gènes prélevés dans une autre espèce, voire un autre ordre du vivant. Les OGM « domestiques » sont conçus pour répondre à des besoins de l’humanité, mais on ne sait pas définir les performances qui seraient à acquérir dans notre espèce. Aussi, outre les problèmes éthiques et techniques non résolus, la transgenèse humaine restera longtemps dans la fiction. En écho à ce fantasme de modification, le fantasme d’immortalité a trouvé un support expérimental récent avec le clonage. Notons immédiatement que si le clonage est conçu pour « faire revivre » une personne (aberration anthropologique), il est le contraire d’un projet eugénique. Le « clonage eugénique » ne s’entendrait que par la création de hordes de surhommes semblables, un projet qui n’appartient qu’à la création fantastique. Si la plupart des Etats industrialisés condamnent le clonage « reproductif », c’est en partie parce que cette technologie est incertaine et moralement éprouvante. Mais on remarquera aussi que le clonage reproductif n’est pas actuellement en mesure d’ouvrir de nouveaux marchés médico-industriels conséquents, contrairement au clonage dit « thérapeutique ». Il est alors compréhensible que ce soit parmi les artisans (du gourou Raël au gynécamelot Antinori) que provienne la contestation de l’interdit, lequel est vaillamment revendiqué par les puissantes sphères de la biotechnologie.
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Curieusement, alors que les stratégies potentielles de modification délibérée de l’espèce humaine (transgenèse) ou de reproduction du même (clonage) occupent l’actualité et les fantasmes, l’« amélioration de l’humanité » par la stratégie de sélection des embryons avance masquée. Si elle est rarement évaluée et commentée, c’est peut-être pour éviter les réminiscences de sordides discours et de tragiques expériences. Ou alors, c’est l’insuffisance fantasmatique de la sélection des embryons qui la fait cacher par les autres stratégies: ici on n’ose pas le mythe du surhomme mais seulement celui du normal, on n’ose pas le mythe de l’immortalité mais seulement celui de la santé. Le DPI ne prétend pas dépasser la nature, il cherche modestement à en valoriser les meilleures productions. Pourtant le façonnage de l’humain par la sélection embryonnaire est potentiellement une action de masse, autrement plus redoutable que la transgenèse ou le clonage. Le tri des embryons est la seule stratégie qui utilise les forces aveugles qui font l’évolution, et en particulier la diversité des vivants, pour les retourner en choix délibérés. Trier l’humanité dans l’œuf, c’est vouloir piloter des processus naturels d’une puissance innovante infinie. En même temps, cette stratégie eugénique est la seule à n’exclure aucun géniteur du projet amélioratif puisque pratiquement tous les êtres humains, même les plus « tarés », sont susceptibles de concevoir un embryon « normal » au sein d’une cohorte toujours variée. Ainsi ses défenseurs pourront faire valoir que le DPI est éminemment démocratique. Il est intéressant de remarquer que l’appréciation génétique ne reconnaît jusqu’ici que « du normal » et « du handicap », la qualification de profils génétiques supérieurs à la norme n’étant encore qu’esquissée. Il n’existe donc pas encore en génétique du « mieux que normal », champion, génie ou leader, comme cela arrive à l’issue des compétitions sportives, de l’évaluation du Q.I. ou de la reconnaissance sociale. Mais la génétique prédictive commence à reconnaître des hiérarchies dans les combinaisons polygéniques, elle mesure des « degrés du risque » génétique, et donc se prépare à identifier du sub- et du sur-normal. Dans ces conditions, la définition du handicap va devenir encore plus subjective, malgré sa scientifisation apparente. Ou plutôt parce que sa mise en science ne permet pas de mieux qualifier ce qu’est l’humanité et, fort heureusement, de faire le portrait-robot d’un improbable enfant parfait. Il est évident que la menace eugénique par DPI telle qu’elle est exposée ici n’a eu, à ce jour, qu’une traduction modeste dans la réalité, et qu’ainsi notre « cri d’alarme » pourrait être considéré comme inutilement dramatique. Pourtant on doit convenir que cette technologie constitue une importante incitation pour les désirs eugéniques des personnes comme pour l’ouverture de nouveaux marchés aux professionnels (médecins, généticiens, industriels). De plus, il n’existe aucune proposition concrète pour en contenir les excès, sauf la « confiance » dans les bonnes pratiques des professionnels et le bon sens des citoyens. Dans ces conditions, il faut faire preuve d’un bel optimisme pour ne pas admettre que le pire est vraisemblable. Rebaptiser l’eugénisme « orthogénie » ou « progénisme » comme le proposent des médecins « progressistes » risque de masquer les problèmes de fond, et donc de paralyser la vigilance. Surtout, nier que l’eugénisme puisse être compatible avec les systèmes politiques modernes et démocratiques, c’est méconnaître l’histoire et ouvrir la voie pour de nouvelles aventures où le racisme du gène pourrait remplacer scientifiquement le racisme de la peau ou de l’origine. « Si, sous l’influence de la génétique moléculaire, on laisse entendre que les races n’existent pas, c’est simplement parce que cette notion, taxinomique, n’a ni sens ni utilité dans cette discipline » (Pichot 1997). Cette remarque pertinente amène à poser la question de ce qui a du sens et de l’utilité pour la nouvelle génétique et pour la nouvelle médecine qu’elle a engendrée. Il faudra beaucoup d’audace et de persévérance pour résister à la volonté hégémonique de la médecine moléculaire et aux mirages eugéniques qui viennent consacrer ses bribes de savoir.
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Deux questions méritent d’être évoquées pour terminer. L’une concerne la nature même de l’humain visé par le processus sélectif: si ce processus prétend aller vers la suppression de tous les handicaps, ne conduit-il pas à des corps dotés des meilleurs gènes en chaque point du génome? C’est-à-dire à l’élaboration d’un « corps sans faute » comme le serait celui d’un surhomme? Sans omettre la mystique génétique (Nelkin et Lindee 1998) qui inspire cette stratégie et les tragiques retours de maîtrise à prévoir, il reste que la voie aujourd’hui ouverte par la sélection des homoncules est celle de la construction de l’homme idéal. Et survient immédiatement la seconde question: si les demandes adressées par les géniteurs à la biomédecine se révèlent univoques, toutes ciblées vers l’utopie du « handicap zéro », la réalisation des mêmes demandes pour tous les individus ne correspond-elle pas à la fabrique de clones biomédicaux, sans passer par la technologie du clonage?

Comment ne pas craindre aussi que la réalisation de tels projets n’engendre des formes inédites de gestion de l’humain, où la rationalité ne s’affirmerait qu’au prix d’un certain autoritarisme? La médecine peut devenir le lieu sacrificiel où se décide le sort de l’homme, réduit à sa dimension biologique de vivant, que Giorgio Agamben appelle la « vie nue ». Et le philosophe remarque que « dans tout Etat moderne, il existe un point qui marque le moment où la décision sur la vie se transforme en une décision sur la mort, et où la biopolitique peut ainsi se renverser en thanatopolitique » d’où « l’étrange relation de contiguïté qui unit la démocratie au totalitarisme » (Agamben 1997). Tout se passe comme si le fantasme collectif de perfection par l’eugénisme nouveau, mou et consensuel, devait générer une nouvelle mouture de la démocratie: l’instrumentation consentie.

Bibliographie

Agamben, G. Homo sacer. Paris, Le Seuil, 1997.

Brenner, C. et Cohen, J., “The genetic revolution in artificial Reproduction: A View of the Future”. Human Reprod., 15 (suppl. S), 2000, 111-116.

Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE). Génétique et médecine: de la prédiction à la prévention, Pais, La Documentation française, 1997.

Müller-Hill, B. Science nazie, science de mort. Paris: Odile Jacob, 1989.

Nelkin, D. et Lindee, S. La Mystique de l’ADN. Paris: Belin, 1998.

Pichot, A. « Des biologistes et des races. » La Recherche, 295, 1997, 9-10.

Pichot, A. et Testart, J.. « Les métamorphoses de l’eugénisme. Universalia » Encyclopedia Universalis, 1999, 99-105.

Sutter, J. L’Eugénique: problèmes–méthodes–résultats. INED, Travaux et documents, Cahier n°11. Paris, PUF, 1950.

Testart, J. L’Œuf transparent. Paris: Flammarion 1986.

Testart, J. Le Désir du gène. Paris: Flammarion, 1992.

Testart, J. La Procréation médicalisée. Paris: Flammarion, 1993.

Testart, J. Des grenouilles et des hommes. Conversations avec Jean Rostand. Paris: Stock, 1995.

Testart, J. « Génétique: puissance et illusions ». Transversales Science Culture, 44, 1997, 4-7.

Testart, J. Des hommes probables. De la procréation aléatoire à la reproduction normative. Paris, Le Seuil, 1999.

Testart, J. « Le DPI eugénique de demain se décide aujourd’hui ». In J. Martal (dir), L’Embryon chez l’homme et l’animal, Paris: Inra/Inserm, 2002, p. 287-293.

Testart, J. Appariemment et accueil d’embryons. Revue du praticien, 86, 2004 a, 33-35.

Testart, J. Des ovules en abondance?. Medecine/Science, 20, 2004 b, 1041-1044.

Testart, J. et Sele, B., « Le diagnostic préimplantatoire n’est pas un diagnostic prénatal précoce » Medecine/Science, 12, 1996 , 1398-1401.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 10:11

Vinci, le stade suprême de l’esclavagisme

Lina Sankari
Mercredi, 25 Mars, 2015
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AFP
Une ONG porte plainte contre les conditions de travail des immigrés dans le cadre des chantiers du Mondial 2022.

Pour parachever ses rêves de puissance, le Qatar, qui compte seulement 180 000 sujets nationaux selon un recensement de 2010, a besoin d’une main-d’œuvre étrangère corvéable à merci. Et d’entreprises complices capables de participer au « miracle » qatari. Au-delà des chantiers pharaoniques qui ont transformé les maisons de terre et les pistes de sable de Doha en une forêt de gratte-ciel, l’émirat est désormais tout entier tourné vers l’organisation de la Coupe du monde de football, une vitrine planétaire sans pareille. Pourtant, depuis plusieurs années, les scandales répétés de centaines de travailleurs immigrés venus d’Asie, morts sur les chantiers, ne cessent de ternir l’image moderne dont souhaite se parer le Qatar.

 

Une prison à ciel ouvert

Depuis lundi, c’est l’entreprise française cotée en Bourse Vinci qui est sur le banc des accusés, révèle le Parisien. Alertée par les syndicats, l’association de défense des victimes de crimes économiques Sherpa a déposé plainte contre le géant du BTP auprès du parquet de Nanterre pour « travail forcé » et « réduction en servitude ». « La filiale de Vinci utilise des menaces pour contraindre une population vulnérable. Les migrants travaillent 66 heures par semaine sous une chaleur accablante », explique Laetitia Liebert, directrice de l’ONG. Le travail à plus de 
50 degrés est déjà à l’origine de la mort par crise cardiaque de dizaines d’ouvriers. En cause également un recours abusif au « kafala » par la filiale qatarie de Vinci Construction Grands Projets, QDVC. Recrutés par des agences dans leur pays d’origine, les migrants voient souvent leur passeport confisqué par les entreprises ou par leur « tuteur » légal, dont chaque étranger dépend pour louer une voiture, bénéficier du téléphone ou sortir du territoire. Un simple moyen d’éviter que les travailleurs « ne se fassent voler » leurs documents d’identité dans les dortoirs collectifs, ose le PDG de Vinci, Yannick Garillon. En 2013, l’ambassadrice du Népal à Doha, qui avait eu l’outrecuidance d’évoquer cette « prison à ciel ouvert », a gentiment été expulsée. Mais le Qatar a visiblement décidé de changer de tactique. Jusqu’alors, le comité national des droits de l’homme qatari se contentait de nier tout recours à l’esclavage. Aujourd’hui, il fait mine de prendre les devants : « Le ministère du Travail emploie plus de 200 inspecteurs. Leur nombre sera porté à 300 dans un futur proche », réplique sans ciller l’ambassade à Paris. Le Qatar n’a toujours pas ratifié les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et des travailleurs.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 08:39

samedi 21 mars 2015 à 13h30

RASSEMBLEMENT : ENSEMBLE CONTRE TOUS LES RACISMES ET LE FASCISME

Le samedi 21 mars est une journée de mobilisation contre le racisme et le fascisme. Partout en France, des mobilisations s'organisent. Dans la région, des rassemblements sont prévus à Perpignan et à Nîmes. A Montpellier, un rassemblement aura lieu à 13H30 à Plan Cabanes avec une déambulation jusqu'à la place de la Comédie.

Cela prendra place dans un contexte marqué par l'attaque de Charlie Hebdo suivi de l'attentat antisémite de la porte de Vincennes. Nous condamnons ces meurtres et nous refusons que cela soit utilisé pour banaliser l'islamophobie et renforcer les politiques d'État racistes et liberticides.
Nous refusons que cela soit utilisé pour légitimer les théories d'un « choc des civilisations » qui dressent des populations les unes contre les autres en raison de leur religion réelle ou supposée.
Nous condamnons l'islamophobie et l'antisémitisme et toutes les formes de racisme comme nous condamnons les stigmatisations contre les quartiers populaires.
Nous refusons les actes négrophobes.
Nous refusons la chasse aux migrantEs et aux Rroms et les limitations à la liberté de circuler.
Nous refusons toute restriction à nos capacités de résister aux politiques antisociales au nom d'une « union nationale ».
Nous refusons de nous résigner à la montée de l'extrême-droite qu'elle prenne la forme du Front national, des groupes ouvertement fascistes et agressivement islamophobes ou/et antisémites.
Nous dénonçons les gouvernements qui ont renforcé la chasse aux sans-papiers, le quadrillage des quartiers populaires et qui contribuent pleinement à la montée du racisme et des idées réactionnaires, notamment homophobes et sexistes.
À cela nous opposons notre volonté de vivre ensemble et notre exigence d'égalité des droits et de justice sociale.
C'est pourquoi le 21 mars nous manifesterons ensemble en France et dans tous les pays du monde contre le racisme et contre le fascisme.

Pas de discours, l'égalité ou rien !

Nous exigeons :
- la fin des contrôles au faciès
- l'arrêt des démantèlements de camps de Rroms
- le retrait des lois racistes dirigées contre les MusulmanEs
- le retrait des lois liberticides et sécuritaires
- la régularisation de touTEs les sans-papiers avec une carte de séjour de 10 ans, la fermeture de Frontex, des centres de rétention
et la liberté de circulation et d'installation
- le droit de vote des étrangers.

Parce que notre indignation n'est pas sélective, nous n'oublions pas, aux côtés des victimes des attaques de Charlie Hebdo et de l'Hyper-Cacher, les milliers de migrantEs disparuEs en Méditerranée et ailleurs, les victimes des violences policières dans nos quartiers ainsi que Rémi Fraisse, manifestant tué par la police. Nous n'oublions pas les mortEs de Gaza, de Homs, du Nigéria ou de Kobané et toutes les victimes de la guerre comme nous n'oublions pas les victimes de la violence d'extrême-droite.
C'est en leur mémoire que nous appelons à descendre massivement dans la rue le 21 mars prochain.

 

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 09:10

COMMUNIQUÉ :

 

CONFERENCE DE PRESSE jeudi 19 mars à 8h45 sur le parvis du commissariat.

 

NOUVELLE ATTAQUE CONTRE LES MILITANTS DE LA CAMPAGNE BDS FRANCE

 

            Dans la suite des plaintes déposées par la Fédération du Parti Socialiste de l’Hérault contre José Luis Moraguès puis Manuel Roques, et dans la logique de criminalisation du mouvement de solidarité à la Palestine, c’est Saadia Ben Fakha qui est aujourd’hui l’objet d’une plainte. Une plainte extrêmement grave puisqu’il s’agit rien moins que de : « Contestation de crimes contre l’humanité, provocation publique à la commission de crimes ou délits, à la discrimination ou à la haine raciale – apologie de crime sur Facebook. »

            Saadia est une militante bien connue du Comité BDS France 34 dont elle est une des porte-parole. Chacun ou chacune sait pour l’avoir entendue, fréquentée dans les actions, les réunions, dans les stages ou en tout autre occasion, que ces accusations sont non seulement grotesques, totalement infondées, mais de surcroît injurieuses à son égard.

            Chacun aura également bien compris qu’à travers les accusations qui sont portées contre Saadia, c’est l’ensemble du comité qui est visé, c’est l’ensemble du Comité que l’on veut discréditer.

            Le comité BDS France 34-Montpellier a été créé en mars 2009 et mène des actions de boycott depuis avril 2009.

Cet été durant l’agression criminelle de la Bande de Gaza par Israël c’est le comité BDS France 34 qui a été à l’initiative et qui a organisé toutes les manifestations de solidarité à Gaza. Manifestations dont la tenue exemplaire a été plusieurs fois soulignée par la presse locale.

            Saadia était l’une des organisatrices et intervenantes dans ces manifestations au cours desquelles elle s’est exprimée et a régulièrement donné la parole à la représentante de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) membre du Comité BDSFRANCE34.

Il ne fait aucun doute que l’activité du Comité, qui ne laisse passer aucune expression de présence institutionnelle de l’Etat d’Israël à Montpellier sans rappeler ses crimes et ses violations du droit international, est insupportable pour Israël et ses amis qui voudraient bien le discréditer et le faire taire. 

            Le Comité BDS France 34 se tient fermement aux côtés de Saadia, lui réaffirme sa totale confiance, dénonce les viles et basses attaques contre ses militants et déclare que loin de l’intimider, ces attaques ne font que renforcer sa détermination.

 

RASSEMBLEMENT SOLIDAIRE 

jeudi 19 mars à 8h30 h au commissariat central (AV. Comte de Melgueil) où Saadia est convoquée pour une audition. Elle sera accompagnée de l’avocat Gilles Devers.

 

CONFERENCE DE PRESSE jeudi 19 mars à 8h45 sur le parvis du commissariat.

Contact : 0608602561


___________________________________

- LODEVE  12 MARS 2015 PROJECTION-DÉBAT :
jeudi 12 mars à Lodève dans le cadre de la soirée de soutien à la Palestine. A
20h avait lieu la projection du film "agriculteurs français en Palestine" . Film
court mais très intéressant avec plusieurs membres de la Conf qui se sont rendus
en 2012 en Palestine pour partager la vie des agriculteurs Palestiniens. Le
problème de l'eau avec la confiscation des puits via le "mur" qui sépare les
champs des puits... véritable signe d'Apartheid que vivent les Palestiniens au
quotidien avec les interminables contrôles aux check point. La cueillette des
olives était aussi racontée. 

Après le film, il fut évidemment question de
"l'affaire Mariano" qui expliqua une nouvelle fois ce qui lui était arrivé sur
le marché de Lodève (intervention de la police municipale, PV pour incitation à
la haine raciale, menace d'expulsion du marché...La maire Marie-Christine
Bousquet (PS...) était présente dans la salle. Elle répéta ce qu'elle avait dit
lors de la réunion à la mairie : Mariano pourra continuer à suspendre les
t-shirts BDS, il n'aura pas d'amende ! C'est donc bien une victoire pour BDS !
José-Luis Moraguès présenta BDS, son rôle et ses actions. Je pris également la
parole en insistant sur le fait que BDS était fermement opposé à toute forme
d'antisémitisme et d'islamophobie (cela va de soi !) mais déterminé dans la
lutte pour les droits fondamentaux du peuple Palestinien.

Cependant quelle ne
fut pas notre étonnement lors de la projection : Michèle et moi étions au fond
de la salle et nous avons vu 3 gendarmes pénétrer dans la salle et "sagement"
ils prirent des photos de l'assemblée ! Michèle demanda ce qu'ils faisaient là
et pourquoi ? C'était une réunion publique paisible et leur présence n'était
absolument pas justifiée ! Encore une conséquence de la circulaire Alliot-Marie
? Qui les avait envoyé ? Pas de réponse ! Ils repartirent aussi discrètement
qu'ils étaient venus...Etrange pour le moins !

Chr : comitebdsfrance34hautscantons@gmail.com
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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 07:54

http://www.cyberacteurs.org/images/logo2.gif

 

 

cyberaction : SOUTIEN A MARIANO , MARAICHER BIO ,QUI VEND SUR LES MARCHES DE CLERMONT ET DE LODEVE 

 

 

 

LA MAIRIE DE LODÈVE OFFICIALISE SES MENACES SUR MARIANO ET MARTINE.

DIFFUSER L’INFORMATION, CONSTRUIRE UNE  LARGE MOBILISATION ET SE TENIR PRÊTS À L’ACTION !

Mariano, paysan bio, membre de la Confédération Paysanne et sa femme Martine qui tient avec lui les stands sur les marchés de Lodève (samedi) et Clermont l’Hérault (mercredi), viennent de recevoir une lettre recommandée de la mairie de Lodève.

(Voir : https://bdsf34.wordpress.com/2015/03/02/samedi-28-matin-une-solidarite-sans-faille-avec-mariano-et-martine-lodeve-34/).

 

La lettre recommandée qui fait suite à la présence des tee shirts le samedi 21 février sur le stand de Mariano et Martine, se réfère au règlement du Marché (ci dessous) et invoque le dernier point pour qualifier l’infraction reprochée  :  » Comportement troublant la sécurité, la tranquillité ou la salubrité publiques ». On notera que ni le message des tee-shirts ni l’ « incitation à la haine raciale » ne sont mentionnés dans la lettre recommandée.

règlement

(cliquez sur l’image pour agrandir)

 

La menace de retrait de l’autorisation d’occupation d’un emplacement au marché est clairement mentionnée en début d’article 16. Le courrier municipal, précise que cette lettre recommandée constitue un « Avertissement ». « L’avertissement » étant la première étape de la procédure. La seconde consiste en un retrait d’autorisation de marché de 4 mois et la troisième une exclusion du marché. La mairie par cet acte officialise les menaces sur ce couple de petits paysans bio !

Des proches de la mairie affirment que ce serait l’ambassade d’Israël qui serait intervenue directement pour exiger le retrait de ces tee -shirts… Ce qui est sûr c’est que les officines sionistes membres du CRIF ou le CRIF lui même sont des habitués du fait. Ce sont elles qui ont poursuivi devant les tribunaux les militants BDS.

Ce matin, mercredi 4 mars Martine et Mariano ont porté le tee shirt sur leur stand à Clermont-l’Hérault.

Pour samedi prochain ils n’appellent pas à un nouveau rassemblement devant leur stand mais il suspendront les tee-shirts.

Un rendez-vous va être demandé à la mairie et une délégation des intéressés avec la Confédération Paysanne et des représentants du comité AFPS de Lodève et du comité BDSFrance 34 Hauts-Cantons se met en place.

Dans le cadre de la mobilisation, Jeudi 12 mars à 20h, dans la salle du Peuple (Mairie) aura lieu la projection-débat d’une vidéo tournée en Palestine dans le cadre d’une mission civile commune, CCIPPP-Confédération Paysanne par Michel Fourré (paysan membre de la Conf.). Cette soirée sera l’occasion d’apporter les dernières informations sur cette affaire.

Il s’agit aujourd’hui de diffuser le plus  possible les informations relatives à cette affaire et construire dès à présent une mobilisation large autour de Mariano et Martine et de la Confédération Paysanne qui est par ailleurs membre de la Campagne BDS France et donc très engagée dans la campagne BDS. Chacun se souvient du rôle déterminant joué par la Conf. dans la Coalition contre Agrexco, première grande victoire du boycott contre une entreprise agro-alimentaire en Europe.

Voir la vidéo de Claude JULIEN sur le rassemblement du samedi 28 février devant la Mairie.

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Enregistrement vidéo de la prise de paroles à la fin du rassemblement en soutien à Mariano. Ce maraîcher de Lodève avait été accusé de provocation à la haine raciale pour avoir exposé sur son stand 2 T-shirts sur lesquels on peut lire: « justice en Palestine » et « Boycott Israël Apartheid ».  

 

SALUT.JEAN-CLAUDE JULIEN

 

 

 

Le compte  rendu de la menifestation du Samedi28 Février 2015

 

samedi 28 matin, UNE SOLIDARITÉ SANS FAILLE AVEC MARIANO ET MARTINE (Lodève 34)

Plus de 150 personnes ont défilé tout au long de la matinée devant le stand de Mariano et Martine. Il s’agissait de montrer à la municipalité (PS) de Lodève qu’il serait risqué pour elle de mettre ses menaces à exécution. En effet, alors que depuis cet été les tee shirts BDS France sont suspendus sur cintre au stand de Mariano et Martine, tout d’un coup, le samedi 21février  la police municipale a demandé à Mariano de retirer ces tee shirts sous peine de poursuite pour « incitation à la haine raciale ». L’expression est un élément de langage employé mécaniquement par le CRIF est ses satellites pour tenter d’entraver toute critique de l’Etat d’Israël. Surprenant tout de même de le voir jeté à la face d’un paysans membre de la confédération paysanne et connu pour son humanité et son antiracisme.

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Vers 12h30, après le marché, nous étions 80 environ devant le parvis de la mairie pour des prises de paroles. Mariano a expliqué les conditions de sa mise à l’index par la police, a redit combien il s’indignait de cette accusation totalement injustifiée qui constituait une atteinte grave à la liberté d’expression et remercié l’élan formidable de soutien qui s’est exprimé à cette occasion. Il a annoncé que mercredi prochain il mettrait les tee shirts au marché de Clermont l’Hérault et qu’il nous tiendrait informé s’il y aavit des suites. Auquel cas bien sûr de nouvelles formes de mobilisations et d’actions seront envisagées. Mais nous espérons que la démonstration du 28 suffira à convaincre la mairie de sa méprise et quelle abaandonnera toute idée de poursuite…

Des membres de la Campagne BDS France ont présenté cette campagne, exprimé leur soutien total à Martine et Mariano et appellé à rejoindre le comité BDS France 34 – Hauts Cantons (comitebdsfr34hautscantons@gmail.com)

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devant la mairie…

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 08:00

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UNE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE EFFICACE AVEC LA LUTTE PALESTINIENNE POUR LES DROITS S’ÉCRIT : B. D. S. !" Comité National BDS Palestinien (BNC) 10 juillet 2014.

IL AFFICHE LE TEE SHIRT BDS FRANCE SUR SON STAND DE LEGUMES BIO ET LES POLICIERS MUNICIPAUX LE MENACENT DE POURSUITES POUR « INCITATION A LA HAINE RACIALE » !

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Jeudi 26 février 2015

Mariano Pusceddu paysan Bio depuis plus de 25 ans et membre de la Confédération Paysanne est bien connu dans la région de Lodève et dans le département où il tient son stand de légumes bio. Solidaire des paysans palestiniens qui luttent pour leur terre il a établi des relations directes avec certains d’entre eux qu’il a reçus et à qui il a envoyé des graines.

Installé dans la commune d’Octon à côté du Salagou et proche de la ville de Lodève il tient un stand de vente de sa production de fruits et légumes tous les samedi sur le marché de Lodève et les mercredi à Clermont-l’Hérault.

Depuis cet été il suspend à son parasol deux tee-shirts de la Campagne BDS France qui mentionnent recto : « Justice en Palestine » et au verso : « Boycott Israël apartheid».

Samedi 21 février, quelle n’a pas été sa surprise quand les policiers municipaux de la ville de Lodève sont venus lui demander de retirer le tee shirt et l’on menacé de verbalisation « pour incitation à la haine raciale » et ajouté que le règlement des marchés interdit toute expression politique. Immédiatement plusieurs clients et passants se sont attroupés indignés par ce type de menace et d’interdiction et les policiers sont partis sans qu’il ait enlevé le tee shirt.

Le mercredi suivant, 25 février, ce sont les gendarmes qui sont venus sur le marché de Clermont-l’Hérault constater la présence des tee shirts et qui lui ont dit, un peu gênés, que c’était à la demande de la mairie de Lodève.

Mariano est profondément choqué par ces interventions. D’une part il se sent insulté qu’on ose prétendre que sa solidarité avec les paysans palestiniens et son soutien à la Palestine constituent un acte « d’incitation à la haine raciale » et d’autre part il est abasourdi et très inquiet par une telle offensive contre la liberté d’expression par ceux-là mêmes qui en font le fondement de la démocratie. Y aurait-il deux poids deux mesures dans la liberté d’expression ?

Heureusement, Mariano, membre de la Confédération Paysanne, militant respecté pour son humanisme a déjà reçu de nombreux témoignages de solidarité et samedi 28 février prochain de nombreuses personnes viendront au marché lui témoigner leur soutien. En effet une telle plainte ou tout autre poursuite de ce type pourrait avoir pour effet de lui interdire l’accès aux marchés qui sont ses seules sources de revenus !

On ne peut que s’interroger sur les buts de cette interprétation du BDS comme « incitation à la haine raciale ».

TOUTES ET TOUS AU MARCHÉ DE LODÈVE

SAMEDI 28 FÉVRIER À 10H AU STAND DE MARIANO ET MARTINE

 

Autre:

 

 

La situation des droits de l’Homme : Israël et Palestine

Rapport annuel d’Amnesty International 2014/15

Consultez la rubrique « Israël et territoires palestiniens occupés » page 242 et la rubrique « Palestine » page 347.

Extrait : Les forces israéliennes se sont rendues coupables de crimes de guerre et de violations des droits humains durant une offensive militaire de 50 jours dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 1 500 morts, dont 539 enfants, et des milliers de blessés parmi les civils. Elle a également provoqué d’importants déplacements de population et des destructions de biens de caractère civil et de services vitaux. Israël a maintenu son blocus aérien, maritime

et terrestre de la bande de Gaza...



Documents à télécharger :
Rapport Amnesty 2014/15



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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 08:07

-Note  de l'administration du blog:

 

Citées et de façon récurente pour glorifier la nation,les valeurs principielles censées régir le  droit  universel  sont apparement bien ancrées dans l'histoire et la culture de ce  pays :Elles devraient permettre à tout un chacun     d'en etre parfaitement instruit ,et de comprendre l'ampleur et la gravité de l'atteinte aux  droits de l'homme qui se perpétue via l'hopital ,et qui est commise par des responsables politiques ou representants  institutionnels à des fins de répression. .

 

Ces  abjections médicales sont commises par une institution qui se prétends "sanctuaire"et garante  des droits de la personne hospitalisée,et  par quelque potentat politique en mal d'autorité:elles portent des coups  à la notion de liberté générale  et individuelle ,et entachent  durablement les   valeurs de réference(républicaine?) à la Française .

S'il faut sortir de la maltraitance hospitalière liée à l'enfermement et l'administration forcée de drogues,il faut aussi dénoncer l'utilisation politique de la psychiatrie et tout d'abord s'informer à propos de  ces phénomènes violents,ostracisés par  les pouvoirs ,la justices  et la santé publique.

 

Ces faits sont courants .Aujourd'hui ,ils sont illustrés essentiellement par cette vidéo,que l'on pourra visionner en  cliquant sur le lien suivant http://youtu.be/bgdHECkKAno

Le film mis sur internet  démonte le  biais d'une persistance du règlements de compte politique .Il conviendrait de dénoncer massivement l'utilisation politique de la médecine mentale, tout autant qu'il faudrait s'indigner aussi ,de l'existence  d' un moyen claustral inadapté à notre société en   réelle carence morale sur ce point .Car c'est par ce moyen confusionnel que l' hôpital public se rend   complice  d'une sorte de néo-stalinisme qui fait se perpetuer la  forme nauséabonde de  la répression politique à l'encontre de personnes sonnant  une alerte(économique ,environnementale ,banquaire...) .Il faut faire taire par l'un des pires moyens qui soit : le lavage de cerveau qui permettrait de dégommer  toute idée fertile.

 

Alors souhaite -t on conserver et voir à l'oeuvre cet aspect d'une répression politique"Républicaine " chez ceux  qui réféchissent pour le bien commun?quelle compréhention ,quelle mémoire, souhaite -t on garder  des "accidents " de l'Histoire de France ,cependant que le président de la république s'engage  depuis peu, à enfin célèbrer   le souvenir de personnes enfermées et  vulnérables  mortes sous Vichy?

 

Pour répondre à cette question on suivra   peut etre d'un peu  plus près sur ce blog,la suite que donnera le  Pr Jean Louis Cacommo(Lire son témoignage ci-dessous ) a son histoire ,ainsi que et  le déroulement d'une action en justice qui sera  engagée contre  Christian Turrel , actuel candidat assesseur au départementales 2015 dans  le canton de Mèze et ancien  maire PS de Loupian, pour enlévement( et internement illégal), sur la personne d'un de ses administrés!


-Auparavant voici le témoignage qui fait suite à la vidéo:

"Mon séjour à l’hôpital psychiatrique de Thuir ,

Par Jean-Louis Caccomo – Économiste

Perpignan, le 11 février 2015


Au delà du fait que l’on m’a retiré ma liberté et privé de ma vie arbitrairement, je voudrais ici alerter sur les conditions de traitement dans l’univers psychiatrique en France en 2015. On a tous en tête les conditions de traitement des prisonniers dans les prisons turques ou marocaines et l’on se dit que cela se passe sous d’autres cieux, dans des pays peu scrupuleux sur les droits de l’homme et qui n’ont pas les mêmes standards de développement. Certes, cela n’excuse pas les mauvais traitements mais permets de le comprendre. Mais ce que j’ai enduré et vu se passe en France, à quelques kilomètres de mon université et de mon foyer, au pays des droits de l’homme.

Dès que vous êtes admis, on vous administre un traitement de choc de sorte que, au bout de quelques jours, vous n’êtes plus vous-même. Pour ma part, je resterai prisonnier 18 longs mois. Au début, on vous impose de porter un pyjama bleu. Puis on est laissé dans le vide du temps arrêté car c’est la même journée qui se répète indéfiniment de sorte que l’on perd la notion du temps.

Le seul repère, c’est la prise des médicaments, matin, midi, soir et à 22 h. La nuit, un veilleur ouvre la porte de la chambre toutes les heures. De toute façon, il est impossible de dormir à cause des cris ou des patients qui tapent sur les murs.

On ne m’appelait plus Monsieur Caccomo. Un jour, j’ai demandé que l’on m’appelle Docteur Caccomo car c’est ainsi que mes collègues américains me nomment et je me suis fait moquer allègrement par le petit personnel.

Puis les effets secondaires de la combinaison des médicaments se déchaînent : hallucination, ralentissement de toutes les fonctions motrices, incontinence, perte des dents et des ongles… On perd peu à peu sa dignité et son humanité. À tel point qu’un jour, c’est le personnel qui a fait ma toilette, constatant que j’avais uriné dans mes draps.

Durant mon séjour, j’ai assisté à deux suicides et une tentative d’évasion. Je suis rentré, choqué, dans ma chambre. Ensuite, on passe ses journées dans la cour intérieure, avec pour seule occupation, la cigarette, à la recherche de mégots parfois, à l’abri des regards des infirmiers qui nous surveillent.

J’étais devenu un zombie, je ne me reconnaissais plus, moi qui avais l’habitude des colloques, des grands hôtels et des événements de prestige dans le cadre de mes activités universitaires. Les psychiatres m’ont savamment reprogrammé à l’idée que je devais faire une croix sur ma carrière. Quand je tentais de répondre, mes propos étaient qualifiés de « délires symptomatiques de phase maniaque ». Alors je me taisais, et mon mutisme était qualifié de « symptômes caractéristiques de phase décompensatoire ».

Je n’avais plus le goût des aliments. Les infirmiers me forçaient à manger avec la petite cuillère l’incontournable compote qui nous servait de dessert et que je ne supportais plus. Comme les enfants, à 16 h, on nous conduisait au réfectoire pour prendre un goûter…

À Noël, on est venu me chercher, on m’a rasé et coupé les cheveux pour aller boire le Champony à 20 h avec le personnel de garde puis j’étais au lit à 20 h 30. De toute façon, durant mon séjour, on dînait à 19 h puis on était dans la chambre à 19 h 20.

Il y avait des patients en isolement, attachés à leur lit, que l’on ne voyait jamais. Tout ce que l’on voyait, c’était les infirmiers qui apportaient le plateau repas en chambre.

À chaque fois que je passais en audience devant le juge des libertés, mon état se dégradait. Le juge a maintenu en conséquence mon internement à cinq reprises, de sorte que j’avais perdu tout espoir de sortir de cet enfer. J’ai bien pensé ne jamais en ressortir.
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M. Hollande veut rendre hommage aux handicapés mentaux morts pendant la guerre

Le Monde.fr | 16.02.2015 à 14h35 • Mis à jour le 16.02.2015 à 15h20 | Par Thomas Wieder

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/02/16/534x0/4577428_6_86d2_francois-hollande-lors-d-un-hommage-aux_a5a7873a4d02ec1d5c83bfef8ef2ce2e.jpg

François Hollande lors d'un hommage aux victimes civiles de la seconde guerre mondiale, à Caen, le 6 juin 2014.

Une page peu connue de la France de Vichy pourrait être bientôt remise en lumière par le truchement de François Hollande. Dans une lettre datée du 11 février, que Le Monde s’est procurée, le président de la République donne une réponse positive aux signataires d’une pétition lui demandant la « création d’un mémorial en hommage aux personnes handicapées victimes du régime nazi et de Vichy ». Rappelant que « plusieurs dizaines de milliers de personnes vulnérables » sont alors « mortes de faim, d’épuisement et de solitude », le chef de l’Etat fait sienne la cause des pétitionnaires : « Je partage votre volonté (…) qu’à ce délaissement la République n’ajoute pas le silence de l’oubli. Il est important que, dans les principaux lieux où cette tragédie s’est déroulée, des gestes puissent être effectués afin d’en rappeler le souvenir et d’en honorer les victimes. »

En politique, le lobbying est une arme efficace, y compris quand il s’agit de questions mémorielles. Cette affaire le démontre. Dès le début de sa lettre, M. Hollande précise qu’il répond à une demande massive puisque, rappelle-t-il, la pétition dont il est question a été signée par « 75 000 personnes ». Le chef de l’Etat ne le précise pas, mais sans doute a-t-il aussi été sensible à la qualité de certains signataires. Dans la liste figurent en effet des personnalités connues et respectées : l’anthropologue Françoise Héritier, le généticien Axel Kahn, les philosophes Edgar Morin et Julia Kristeva, les écrivains Tahar Ben Jelloun, Pascal Bruckner et Sylvie Germain, les journalistes Jean-Claude Guillebaud, Serge Moati et Patrick Poivre d’Arvor, les psychiatres Marcel Rufo et Serge Tisseron, mais aussi Philippe Pozzo di Borgo, Olivier Nakache et Eric Toledano, l’inspirateur et les réalisateurs du film Intouchables.

Lire aussi : Mémorial de la Shoah : Hollande évasif au sujet des génocides

Sans l’appui d’un si grand nombre de signataires et sans la présence parmi eux de telles personnalités, l’anthropologue Charles Gardou n’aurait peut-être pas rallié M. Hollande à sa cause. Professeur à l’université Lumière-Lyon-II, c’est lui qui est à l’origine de la pétition publiée depuis novembre 2013 sur le site change.org sous le titre « Pour un mémorial en hommage aux personnes handicapées victimes du régime nazi et de Vichy ».

« Le projet est né d’une incompréhension inquiète, explique M. Gardou. Comment a-t-on pu laisser s’éteindre le souvenir de la mort de ces quelque 50 000 personnes ? C’est d’abord pour ne pas les oublier que nous avons lancé cet appel. Mais notre démarche n’est pas seulement tournée vers le passé. Rendre hommage à ces morts, c’est aussi dire quelque chose de notre temps présent, attirer l’attention sur le fait qu’on néglige trop souvent les plus vulnérables, rappeler qu’il n’y a pas de vies minuscules. »

Reçu deux fois à l’Elysée, M. Gardou tient à indiquer que sa démarche se situe « en dehors de toute polémique ». La précision n’est pas inutile. Il y a quelques années, la question du sort réservé aux handicapés mentaux sous le régime de Vichy a donné lieu à une vive controverse. Celle-ci trouve son origine dans la thèse d’un médecin, Max Lafont, soutenue en 1981 et publiée six ans plus tard sous le titre L’Extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France sous le régime de Vichy.

« On est partagé entre l’intérêt et l’agacement »

Défendu par les uns, brocardé par les autres, Max Lafont fut notamment critiqué par l’historien Henry Rousso, spécialiste reconnu de la période, qui, dans la revue Vingtième Siècle en 1989, écrivit ceci : « On est partagé entre l’intérêt certain que peut susciter un sujet assez original et sans conteste mal connu, et l’agacement face à un manque évident de méthode et, plus grave, la sollicitation permanente des faits en vue de soutenir une thèse radicale (…). Or à aucun moment n’est analysée une quelconque politique de Vichy visant à supprimer les malades mentaux. Et pour cause, car il semble bien qu’il s’agisse là d’un pur procès d’intention et non d’une réalité. (…) Le placard vichyste est déjà bien encombré sans qu’il soit besoin de l’enrichir de nouveaux cadavres. »

Soucieux de ne pas raviver cette controverse, M. Gardou assure qu’il ne veut pas donner de nouveau du crédit à l’idée d’une « extermination programmée ». Pour lui, en effet, « ce qui s’est passé en France à l’époque n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en Allemagne où il y a eu, avec l’opération T4, une politique délibérée d’extermination. En France, il s’agit avant tout d’un phénomène d’abandon dont ont été victimes des gens qu’on a laissés mourir de faim. »

Malgré le souci de son auteur d’éviter « tout amalgame », la démarche ne convainc pas tous les spécialistes de la question. C’est le cas d’Isabelle von Bueltzingsloewen, collègue de M. Gardou à l’université Lumière-Lyon II, où elle enseigne l’histoire et la sociologie de la santé. Auteure d’un livre fort documenté sur le sujet (L’Hécatombe des fous, Aubier, 2007), Mme von Bueltzingsloewen a elle-même refusé de signer la pétition : « En soi bien sûr, l’intention est honorable, mais je ne peux signer un appel qui, dans sa formulation ambiguë et bien qu’il s’en défende, dresse un parallèle entre ce qui s’est passé en France et en Allemagne », explique l’historienne pour qui la démarche relève d’une forme de « bouillie mémorielle ».

3 000 handicapés mentaux morts à Clermont

Quelle forme prendra le « mémorial » auquel M. Hollande vient de donner son accord de principe ? Il est encore trop tôt pour le dire. Pour sa part, M. Gardou plaide pour un « lieu mémoriel » qui rende hommage aux morts et puisse en même temps servir de « centre de documentation et de recherche ». A ses yeux, celui-ci pourrait être basé à l’hôpital de Clermont (Oise) où, rappelle-t-il, « plus de 3 000 handicapés mentaux sont morts à l’époque ».

Le dossier est désormais dans les mains de la Mission du 70e anniversaire de la seconde guerre mondiale, présidée par l’historien Jean-Pierre Azéma. Ses conclusions devraient être rendues dans un délai raisonnable. Dans sa lettre, M. Hollande précise en effet qu’il souhaite que « les pouvoirs publics [soient] éclairés sur les gestes mémoriels qui pourront être accomplis cette année ».

-Note  de l'administration du blog:Voici le mot de Charles Gardou:

 

otre mobilisation a porté ses fruits : dans un courrier daté du 11 février, le Président de la République a répondu favorablement à notre appel. C'est un jour historique pour la reconnaissance de toutes les victimes fragilisées par la maladie ou le handicap condamnées à mourir dans les hôpitaux français sous le régime de Vichy.

En cette date symbolique du 10ème anniversaire de la loi sur le handicap de 2005, le Président de la République nous a écrit ces mots : "Je partage votre volonté, qui est aussi celle des 75.000 personnes qui ont signé votre pétition, qu'à ce délaissement de la République ne s'ajoute pas le silence de l'oubli. Il est important que, dans les principaux lieux où cette tragédie s'est déroulée, des gestes puissent être effectués afin d'en rappeler le souvenir et d'en honorer les victimes".

Le Président précise ensuite qu'il a saisi le Conseil scientifique du 70ème anniversaire de la Seconde Guerre mondiale afin de définir les gestes mémoriels à accomplir cette année pour honorer ces victimes.

Si cette réponse est positive, c'est grâce à votre formidable mobilisation. En près de 15 mois de campagne, votre soutien nous a permis de faire entendre cet appel au plus haut niveau de l'Etat.

Notre pétition a réuni 94 000 personnes : 81 000 signataires sur Change.org, auxquels s'ajoutent 9000 membres de l'Union départementale des Associations de Combattants et victimes de guerre du Val de Marne et 4 000 adhérents de l'Association Nationale des Cheminots Anciens Combattants.

Plus de 105 personnalités ont rejoint le Comité de soutien : artistes, élus, intellectuels, journalistes, médecins, responsables d'associations, sportifs, etc. Leur soutien a été crucial. Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs du film Intouchables, et Philippe Pozzo di Borgo, qui l'a inspiré, ont également contribué à dynamiser notre démarche par une vidéo de soutien.

Je tiens donc à remercier chacun, signataires ou membres du Comité de soutien, de la confiance que vous m'avez témoignée. C'est grâce à vous que, pas à pas et sans "tapage", cette mobilisation a dépassé les espérances initiales. Chacun de vous a ainsi contribué à un acte de reconnaissance des plus fragiles : en signant la pétition, en témoignant autour de vous et sur les réseaux sociaux.

Cliquez ici pour découvrir une vidéo qui retrace notre campagne. 


N’hésitez pas à diffuser cette vidéo : vous pouvez la  relayer sur Facebook ou suTwitter .

 

Aujourd'hui, nous célébrons cette belle victoire, mais préparons également la suite pour que ce projet se poursuive concrètement. C'est dans cet objectif que nous avons décidé avec Maryvonne Lyazid, ex-adjointe du Défenseur des Droits et Jean Barucq, président de la Mutuelle Intégrance, de fonder un Mouvement. En cohérence avec la philosophie fondatrice de la démarche, il portera pour nom : Mouvement pour une société inclusive. Nous vous tiendrons prochainement informé(e).

Merci encore sincèrement à tous de votre engagement et de votre solidarité,

Très cordialement,

Charles Gardou, Professeur à l'Université Lumière Lyon 2

PS : Cliquez ici pour découvrir un article sur notre victoire dans Le Monde.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 07:47

 

Amnesty International FranceEmpêchez l’exécution d’un jeune iranien

Iran : Saman Naseem condamné à mort © Amnesty International
Saman Naseem © Amnesty International

24/09/2014

 

Un jeune iranien a été condamné à mort alors qu’il avait moins de 18 ans, accusé d’avoir participé à des activités armées à l’encontre de l’État..Il risque d'être exécuté le 19 février 2015 au petit matin.

Mise à jour 9 février 2015 

Saman Naseem risque d'être exécuté le 19 février 2015 au petit matin. Sa famille a reçu des informations fiables selon lesquelles celui-ci serait exécuté le 19 février. D'après les informations recueillies par notre équipe de chercheurs, les autorités ont empêché l'avocat de Saman Naseem de continuer à s'occuper de l'affaire et n'ont pas autorisé ce jeune homme à engager un autre avocat. 

Saman Naseem, maintenant âgé de 21 ans, est issu de la minorité kurde d’Iran. Ce jeune homme a été condamné à mort en avril 2013 par un tribunal pénal de Mahabad, dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, pour « inimitié à l’égard de Dieu » et « corruption sur Terre » en raison de son appartenance à un groupe d’opposition armé kurde et de son implication supposée dans des activités armées à l’encontre de l’État. Sa sentence a été confirmée par la Cour suprême en décembre dernier.

Condamné à mort pour des faits commis lorsqu’il était mineur

Saman Naseem a déjà été condamné à mort en janvier 2012 par le tribunal révolutionnaire de Mahabad mais la sentence a été annulée par la Cour suprême en août suivant. Le jeune homme a alors été renvoyé devant une juridiction inférieure pour être rejugé, étant donné qu’il avait moins de 18 ans au moment des faits qui lui sont reprochés.

Pour en savoir plus  : Iran : un jeune kurde risque l’exécution

Signez notre pétition adressée au Président de la république islamique d'Iran, Hassan Rouhani

Excellence,

C’est avec stupeur que j’ai appris la condamnation à mort de Saman Naseem, ce mineur délinquant iranien, qui a été déclaré coupable d’avoir participé à des activités armées à l’encontre de l’État et d’avoir tué un gardien de la révolution alors qu’il avait moins de 18 ans.

Selon les documents du tribunal pénal de Mahabad qui l’a condamné à mort, si Saman Naseem a admis au début de l’enquête avoir tiré sur des gardiens de la révolution, il est ensuite revenu sur sa déclaration affirmant avoir tiré en l’air et ne pas connaître le contenu des « aveux » écrits qu’il a été obligé de signer, étant donné qu’il avait les yeux bandés au moment de son interrogatoire. Cet homme n’a pas pu avoir accès à son avocat au début de l’enquête, et aurait été victime de torture ou d’autres mauvais traitements.

Je vous demande, Excellence, d’empêcher immédiatement l’exécution de Saman Naseem et d’ordonner qu’il soit à nouveau jugé, dans le cadre de procédures conformes aux normes d’équité et d’impartialité et excluant le recours à la peine de mort.

Je vous rappelle également que l’exécution d’individus pour des infractions commises alors qu’ils étaient mineurs est formellement interdite par le Pacte international aux droits civils et politiques et la Convention relative aux droits de l’enfant, textes auxquels l’Iran est partie.

Je vous prie d’agréer, Excellence, l’assurance de ma haute considération.


http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Abolition-de-la-peine-de-mort/Actions/Empechez-execution-un-jeune-iranien-mineur-12646?utm_source=emailing-action&utm_medium=email&utm_campaign=15.02-PDM-SAMAN-NASEEM&utm_term=text-top

 
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:10

HCH24 -Afrique de l'Est

Éthiopie : Forte croissance économique sur fond de violations massives des droits de l’homme

land-grabbing - ethiopiaL'économie de l’Ethiopie connaît depuis 2002 une forte croissance économique de l’ordre de 8 à 10% par an selon les sources. Le capitalisme d’Etat éthiopien longtemps dirigiste s’est ouvert timidement à l’économie de marché au début des années 2000. L’autoritaire premier ministre Meles Zenawi qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1991 à 2012 mis en place pour la période 2010-2015 un Plan de croissance et de transformation « Growth & Transformation Plan (GTP) » axé principalement sur des investissements massifs dans l’énergie, les infrastructures et le développement d’une agro-industrie destinée à l’exportation.

Sur le plan hydroélectrique deux grands barrages sont sur le point d’être finalisés : le « Grand Ethiopian Renaissance Dam » d’une capacité de 5300 MW sur le Nil bleu et le GIBE III (1870 MW) sur le fleuve OMO, le but étant de quadrupler la capacité du pays de 2000 à 10000 MW d’ici 2016.

Le plan de croissance et de transformation a également entraîné le développement, certes modeste, mais inédit du secteur privé. L’homme d’affaires saoudien d’origine éthiopienne Mohammed El Amoudi, très bien introduit auprès du régime, a été le premier à injecter entre 2 et 3 milliards de dollars dans des secteurs de l’économie aussi divers que l’agro-industrie, l’extraction de l’or, le textile ou l’hôtellerie. Le Sheraton d’Addis-Abeba, un des plus luxueux palaces au monde, en est l’un de ses fleurons.

Le faible coût de la main d’œuvre attire de plus en plus d’investisseurs étrangers tant occidentaux que chinois. Le numéro 2 mondial du prêt-à-porter H&M s’est implanté en Ethiopie depuis 2011 et travaille avec plusieurs unités de production locales alors que le fabricant de chaussures chinois Huaijan y a ouvert plusieurs usines.

A travers le GTP, le gouvernement planifie la réduction des petites exploitations agricoles familiales et favorise au contraire l’implantation de grandes fermes agricoles étrangères s’étendant sur plusieurs milliers d’hectares et tournées vers l’exportation.

Malheureusement cette politique plus connue sous son appellation anglaise « Land-grabbing » ou accaparement de terres est menée au pas de charge sans la moindre consultation des fermiers locaux souvent chassés de leur terre manu militari. En effet l’Ethiopie est l’un des pays du tiers-monde à s’être lancé aux côtés de pays africains comme le Gabon, Madagascar, le Mozambique, la Zambie ou asiatiques tels que le Cambodge, l’Indonésie ou les Philippines dans la politique dite du « land-grabbing » à la demande de pétromonarchies ou des pays émergents (Arabie Saoudite, Brésil, Chine, Corée du sud, Inde, Israël, Qatar, etc.). Cette politique consiste à vendre ou à mettre en location (entre 30 et 99 ans) à des Etats ou des fonds d’investissements étrangers d’immenses hectares de terres arables sans le consentement des populations autochtones et dans la plus grande opacité. L’anthropologue Jon Abbink, spécialiste de la Corne de l’Afrique, estime que l’Ethiopie est en tête des pays qui bradent leurs terres « In Africa, Ethiopia is at the forefront of handing out land ». D’ores et déjà plusieurs milliers d’hectares ont été alloués pour la production de riz, canne à sucre ou fleurs destinés à l’exportation.

Dès 2008, la FAO s’est inquiétée de cette ruée vers les meilleures terres africaines notamment dans des pays comme l’Ethiopie encore loin de l’autosuffisance alimentaire. Jacques Diouf, son directeur général d’alors, n’avait-il pas dénoncé « le risque d’un néo-colonialisme agraire » ?

A Madagascar la signature d’un contrat de location sur une superficie d’1,3 millions d’hectares avec le Sud-Coréen Daewoo Logistics avait été à l’origine de manifestations monstres ayant entraîné la chute du gouvernement en mars 2009.

A la fin des années 2000, le gouvernement éthiopien décida de déplacer 1,5 millions de personnes dans quatre régions : Gambela, Afar, Somali, et Benishangul-Gumuz. L’expropriation des terres et un programme de « villagisation » forcée des fermiers et des nomades y débutèrent en 2010 dans la province du Gambela et dans la vallée de l’OMO avec des conséquences dramatiques pour les peuples indigènes. Selon les recherches menées sur place par Human Rights Watch dans la province de Gambela où plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été forcés de quitter leurs foyers et où 42% des terres ont déjà été confisquées : « la politique de déplacements forcés met en péril le fragile équilibre sur lequel repose la survie de nombreuses personnes dans la région. Les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire sont précaires à Gambela. Les éleveurs se voient contraints d’abandonner leurs sources de revenus, qui reposent sur le bétail, pour des cultures sédentaires. » Des fermiers interrogés n’ont pu cacher leur désarroi «  Nous voulons que le monde sache que le gouvernement (éthiopien) amène le peuple Anuak ici pour mourir. Ils ne nous ont apporté aucune nourriture, ils ont donné nos terres aux étrangers pour qu’on ne puisse même pas revenir ». De fait, plusieurs milliers d’Anuak et de Nuer ont trouvé refuges dans des camps au Kenya. Human Rights Watch, Survival International et l’Oakland Institute font état de violations massives des droits de l’homme (déportations, viols, détentions arbitraires, traitements inhumains et dégradants, disparitions, etc.) à l’encontre des populations autochtones (Bodi, Kara, Kwegu, Nuer, Anuak, etc.) tant dans le Gambela que dans la vallée inférieure du fleuve OMO où le barrage GIBE III est en voie de construction.

Dans la droite lignée du processus de déplacement forcé entrepris dans le Gambela et la vallée de l’OMO, le gouvernement éthiopien s’est attaqué, à partir de juin 2014, à la région Somali d’Ethiopie et plus particulièrement aux villages de Gadhmalu, Undufo et Adaytu, des localités proches du fleuve Awash. Cette zone riche en terres arables est située le long du chemin de fer Addis-Abeba/Djibouti et peuplée par les Issa (une tribu somalie). Malgré une résistance farouche de la population locale et l’organisation de multiples manifestations par la diaspora Issa en Europe, la déportation des habitants a déjà commencé avec l’intervention brutale de l’armée éthiopienne. Ici un conflit territorial artificiel entre les Etats fédérés Afar et Somali a été utilisé comme prétexte par le gouvernement éthiopien pour mettre en œuvre son plan de déportation des nomades autochtones Issa.

En violation flagrante de l’article 46 de la constitution éthiopienne qui stipule que les limites territoriales entre Etats fédérés respectent le consentement des peuples concernés : « States shall be delimited on the basis of…language, identity and consent of the peoples concerned », le gouvernement éthiopien met en œuvre une répression aveugle à Gadhmalu, Undufo et Adaytu. Au surplus, divers problèmes de frontières entre Etats fédérés sont apparus depuis l’entrée en vigueur de la constitution éthiopienne en 1995 et la majorité ont pacifiquement été résolus par le recours au référendum. Ce fut notamment le cas à Mieso et Babille dans les woredas (districts) et Kebeles (arrondissements) faisant l’objet de litige.

Malheureusement des dizaines de morts et de blessés par balles dont Mohamed Dageyeh, Aden Bouhdil, Houssein Guireh Ainan, Habiba Ainan, Ahmed Ali Iliyeh ainsi que de nombreux disparus parmi lesquels Moussa Hassiliyeh, Hoche Ainan, Bouh Robleh, Igueh Guedi, Hassan Farah sont à déplorer. L’armée assiège toujours la zone et des mesures punitives comme l’interdiction de l’accès aux puits et les arrestations arbitraires des personnalités deviennent la norme. Le 25 Novembre 2014, Gouhad Aden, Ali Moussa, Hared Hassan et Ahmed Nour Abdillahi, principaux chefs coutumiers de la communauté Issa sont arrêtés. Aux termes d’un procès expéditif digne des Kmers rouges caractérisé notamment par l’absence d’un avocat de la défense ils sont condamnés à 3 ans de prison ferme ; les seize jeunes accusés d’avoir entravés leur arrestation se voient infliger quant à eux 2 ans de détention à Jigjiga, la capitale de l’Etat fédéré Somali. Les principaux responsables politiques de cet Etat fédéré comme Abdi Mahamoud Omar, le président, ou M. Abdi Hakim , l’un de ses vice-présidents, sont complices de cette sinistre politique répressive.

En Ethiopie, les déplacements forcés et la déportation des peuples indigènes de leurs terres ancestraux suscitent de plus en plus de critiques et de plaintes judiciaires. C’est ainsi que la La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, principale autorité en matière de droits de l’homme sur le continent africain, a appelé en novembre 2013 à la suspension du processus de relocalisation forcée de milliers d’autochtones d’Ethiopie. La Commission a demandé à l’Éthiopie le gel de la réinstallation forcée des tribus de la vallée inférieure de l’Omo le temps qu’elle achève son enquête sur les allégations de violations des droits de l’homme. Le 14 juillet 2014, un tribunal londonien a jugé recevable la plainte d’un fermier originaire de Gambela -représenté par le cabinet d’avocat international Leigh Day- qui affirme qu’une partie de l’aide publique au développement du Royaume-Uni en faveur de l’Ethiopie a servi au programme controversé de « villagisation » forcé l’ayant contraint à l’exil.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne doivent s’assurer que l’aide publique au développement consentie à l’Ethiopie – plus de 3 milliards de dollars par an – serve en priorité à promouvoir le droit à la vie et à l’autosuffisance alimentaire de la population éthiopienne plutôt qu’à enrichir des fonds d’investissements spéculatifs.

 

Warsama Issa – HCH24

warsamayacin@yahoo.fr

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 06:14
  http://www.lexpress.fr/actualite/politique/les-petites-manoeuvres-de-mam-au-profit-de-l-arabie-saoudite-et-du-koweit_1644662.html#GkhyB6kwYhZqwWPk.99

Les petites manoeuvres de MAM au profit de l'Arabie Saoudite et du Koweit

Par publié le 27/01/2015, mis à jour le 28/01/2015 à  10:38

L'ancienne ministre UMP des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a déposé un amendement pour retirer toute référence aux deux pays du Golfe dans un passage du "rapport annuel sur la situation des droits de l'homme" du Parlement européen, portant sur l'application de la peine de mort dans le monde. 


Les petites manoeuvres de MAM au profit de l'Arabie Saoudite et du KoweitEn 

L'eurodéputée UMP et ancienne ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie.

afp.com/Bertrand Guay

 

L'eurodéputée UMP et ancienne ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, préside au Parlement européen "la délégation pour la relation avec les pays de la péninsule arabique". C'est le groupe d'amitié avec les pays du golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweit, Oman, Qatar, Yémen). 

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Or, "MAM" a déposé un amendement - examiné cette semaine en commission des Affaires étrangères - au "Rapport de 2014 sur la situation des droits de l'homme", recensant les faits enregistrés au cours de l'année précédente. Michèle Alliot-Marie propose de retirer l'Arabie Saoudite de la liste des pays où "une augmentation marquée des exécutions" a été constatée et de ne plus faire apparaître le Koweit dans les Etats montrés du doigt pour avoir procédé à "une reprise des exécutions". 

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Dans la colonne de gauche, le texte du rapport annuel sur les droits de l'homme du Parlement européen. A droite, la version modifiée défendue par MAM.

Dans la colonne de gauche, le texte du rapport annuel sur les droits de l'homme du Parlement européen. A droite, la version modifiée défendue par MAM.

Selon les ONG, l'Arabie Saoudite a procédé à 79 exécutions (essentiellement par décapitation) en 2013 - contre 69 en 2009. Quant au Koweit, il a mis fin en 2013 à six années de non application de la peine de mort. "La diplomatie européenne veut que l'on ne cite pas nommément les pays, mais uniquement les régions et cela afin de préserver certaines de nos relations avec lesdits pays", s'est défendue Michèle Alliot-Marie sur son compte Facebook, le 27 janvier. 

Une règle qui existe, certes, entre pays européens (éviter de "nommer et blâmer"), mais qui ne s'applique en aucun cas pour les pays extérieurs à l'Union, a fortiori en matière de droits de l'homme. 

Autre argument avancé par MAM: "Dans cette région du monde (la péninsule arabique), d'autres pays que l'Arabie Saoudite ou le Koweït sont directement concernés lorsque l'on parle d'atteintes aux droits de l'homme. Ils n'étaient pas cités dans le texte initial, raison pour laquelle j'ai souhaité que l'on retire les mentions exclusives de seulement deux pays, pour se concentrer sur toute la région qui doit appeler notre totale vigilance et notre détermination en matière de respect des libertés et des vies humaines". 

Etonnante défense, car dans l'amendement déposé par MAM au Parlement européen, aucune "région" n'est citée, en lieu et place de l'Arabie Saoudite et du Koweit. Ce texte sera examiné lundi prochain, en commission des Affaires étrangères. 

 


 
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