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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 12:39
Peut-on améliorer l'homme jusqu'à le rendre éternel - France Inter

En corollaire l'annonce de ce Débat sur des outils génétiques inédits ,relayée par le média Le Temps‎ -(débat sur les technosciences "NBIC "appliquées aux plantes) .

Article Le Temps‎ :

Des outils de biologie moléculaire récemment mis au point brouillent la frontière entre plantes OGM et variétés conventionnelles. Comment faut-il les réglementer ?

Des nouvelles techniques de biologie moléculaire ont depuis peu fait leur entrée dans les laboratoires, où elles sont notamment utilisées pour l’amélioration des plantes agricoles. Mais les variétés obtenues grâce à ces «nouvelles techniques de sélection végétales», ou NPBT (pour «New Plant Breeding Technics», en anglais) suscitent le débat. S’agit-il d’organismes génétiquement modifiés (OGM)? Derrière cette question se cache un enjeu de taille: il s’agit de décider comment ces outils et leurs produits seront contrôlés, et si ces derniers arriveront jusque dans nos assiettes…

1. Quelles sont ces techniques?

Il existe une grande variété de nouveaux outils de génie génétique utilisés à des fins agronomiques, et leur classification ou non parmi les NPBT fait dans certains cas débat.

Parmi ces outils, on peut citer diverses approches permettant de découper de l’ADN, afin par exemple de supprimer un gène. La plus fameuse s’appelle Crispr-cas 9. «Cette technique rend l’édition de l’ADN beaucoup plus facile à mettre en œuvre qu’auparavant. Elle a ouvert de nouvelles perspectives dans la sélection agronomique», explique Jean-Marc Neuhaus, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Neuchâtel.

Alors que les débats actuels portent surtout sur l’usage de Crispr-cas9 sur les embryons humains, de nouvelles variétés agricoles ont déjà été mises au point grâce à cette méthode. Un laboratoire américain l’a ainsi utilisée pour concevoir un champignon de Paris qui ne brunit pas quand on le découpe – une caractéristique recherchée par l’industrie agroalimentaire.

Quant à la société américaine Cibus, elle commercialise une variété de colza tolérante à deux herbicides qui a été conçue grâce à une autre méthode innovante, la mutagenèse dirigée. Cette dernière consiste à introduire dans une plante de courts segments d’ADN de synthèse afin de générer des mutations intéressantes.

En Suisse, les chercheurs explorent une méthode moins récente appelée cisgenèse. «Elle consiste à introduire dans une variété agricole un ou plusieurs gènes issus d’espèces proches, avec lesquelles elles auraient pu se croiser naturellement», indique Andrea Patocchi, de l’Institut des sciences en production végétale de Wädenswill. Le chercheur mène actuellement un essai à Reckenholz avec des pommiers cisgéniques contenant un gène qui leur confère une résistance à une maladie, le feu bactérien.

La floraison précoce est encore un autre procédé génétique en test à Agroscope. Un gène du bouleau peut être introduit dans une plante pour qu’elle fleurisse plus rapidement. Les croisements sont ainsi accélérés. A l’issue de la sélection, seuls les descendants qui ne sont pas modifiés génétiquement sont conservés. On obtient ainsi des plantes qui ne sont pas génétiquement modifiées, mais dont les parents l’étaient…

2. Les variétés produites grâce à ces techniques sont-elles des OGM?

Cela dépend de ce qu’on entend par OGM. Jusqu’ici, on désignait sous ce terme des plantes obtenues par transgenèse, c’est-à-dire dans lesquelles un gène produit hors de l’organisme était introduit pour obtenir une propriété particulière. Les nouvelles méthodes de génie génétique ne passent généralement pas par ce type de manipulation. Mais qu’il s’agisse de mutagenèse dirigée, de cisgenèse ou encore de découpage de l’ADN, ces techniques impliquent bien des modifications du génome.

Alors, OGM ou pas? La question dépasse le simple débat d’idée. Car si les plantes obtenues grâce à ces nouvelles approches échappaient à la catégorisation comme OGM, elles passeraient également outre un certain nombre de contraintes, notamment l’étiquetage obligatoire dans les aliments. Plusieurs États du Vieux Continent ont par ailleurs interdit l’usage des semences OGM, et en Suisse leur culture est soumise à un moratoire valable jusqu’à 2021.

3. Quels sont les avantages – et inconvénients – de ces méthodes?

«Par rapport à d’autres techniques courantes d’amélioration des plantes, ces nouvelles approches ont l’avantage d’être beaucoup plus précises, et sont donc théoriquement plus sûres», souligne Jean-Marc Neuhaus. En effet, l’emploi d’irradiations ou de produits chimiques est autorisé depuis une trentaine d’années pour la sélection des plantes. Mais les mutations obtenues avec ces techniques surviennent de manière aléatoire, alors qu’elles peuvent être mieux dirigées avec les NPBT.

Mais leur précision rend-elle nécessairement ces nouvelles techniques plus fiables? «Ces approches étant récentes, on ne dispose pas encore de données sur leur sécurité biologique, ce qui rend difficile l’évaluation des risques», indique Anne-Gabrielle Wust-Saucy, cheffe de la section Biotechnologie de l’OFEV.

Pour les opposants aux NPBT, il s’agit d’être prudent: «La soi-disant précision atteinte au niveau de la séquence génétique donne une fausse impression de sécurité, puisque le fonctionnement de l’ADN est encore très mal connu. Dès lors, on ne peut pas exclure que des changements même ponctuels entraînent des effets inattendus et potentiellement dangereux. Plus de recherches sont nécessaires avant de disperser ces plantes dans l’environnement», estime Luigi d’Andrea, secrétaire exécutif de StopOGM, la Coordination romande sur le génie génétique.

Un autre élément encore suscite l’inquiétude: à l’inverse des OGM classiques, qui comprennent un gène issu d’une autre espèce, les plantes issues de ces nouvelles techniques sont difficiles à reconnaître. «On arrive à un point où on ne peut plus clairement distinguer ce qui a été génétiquement modifié de ce qui ne l’a pas été», relève Andrea Patocchi. De quoi compliquer nettement le suivi dans l’environnement des variétés issues des NPBT…

4. Où en est la réglementation de ces plantes?

Aux Etats-Unis, la situation est plutôt favorable à ces nouvelles techniques. Plusieurs variétés de plantes qui en découlent - dont le fameux champignon qui ne brunit pas quand on le découpe – ont été jugées «non-OGM» par le Département de l’agriculture (USDA), et ne sont donc soumises à aucune démarche d’homologation particulière.

Leur statut est plus confus en Europe. En Allemagne, l’Office fédéral pour la protection des consommateurs et la sécurité alimentaire a rendu l’année dernière un avis favorable au sujet du colza résistant aux herbicides de Cibus. Mais cette décision est suspendue dans l’attente de la publication d’un rapport de la Commission européenne sur les NPBT. Attendu depuis près de dix ans, il vient encore d’être reporté il y a quelques semaines…

«Le retard pris dans la publication de ce rapport souligne les difficultés que rencontrent les autorités pour statuer sur ces nouvelles techniques complexes, qui sont aussi soumises à des intérêts économiques», remarque Anne-Gabrielle Wust-Saucy.

Ces outils innovants suscitent également la zizanie en France. Au mois de février, plusieurs associations de protection de l’environnement ont suspendu leur participation aux travaux du Haut Conseil des biotechnologies, accusé d’avoir publié un rapport tronqué sur les NPBT. Il aurait notamment été amputé de l’avis divergent d’Yves Bertheau, un scientifique de l’Institut National français de Recherche en Agronomie (INRA) qui réclamait que ces techniques soient réglementées avec précautions.

Et la Suisse dans tout ça? Toutes les variétés issues du génie génétique, qu’elles soient issues des NPBT ou pas, tombent actuellement sous le coup du moratoire sur les OGM: leur culture est donc interdite. «Nous menons des évaluations pour déterminer comment il y a lieu de régler ces nouveaux procédés et leurs produits sur la base de leurs risques potentiels», indique Anne-Gabrielle Wust-Saucy.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 14:35
Brésil : la flamme olympique éclaire le drame indien - PressReader

À un mois des JO, le relais de la torche est passé, ce week-end, dans le Mato Grosso. Dans cet État, les populations indigènes dont les terres sont prisées se font massacrer… au nom du profit.

  • Ouest France (Normandie Eure)
  • 27 Jun 2016
  • Lamia OUALALOU.

Rio de Janeiro. De notre correspondante

Leonardo Isnardi a des larmes dans la voix quand il raconte l’assassinat de son fils Clodiode Souza, le 14 juin dernier, par un groupe de paramilitaires, dans leur campement. « Ils ont lancé des feux d’artifice pour camoufler le bruit des balles, ils ont tiré dans le tas », narre-t-il. Le jeune homme a été tué sur le coup, et six autres de ses compagnons, dont un enfant de 12 ans, ont été grièvement blessés.

Chassés par l’industrie agroalimentaire

C’est le dernier épisode du massacre qui frappe la communauté indigène Guarani-kaiowa dans l’état du Mato Grosso do Sul. C’est ici, dans le sudouest du Brésil, que passait ce weekend le relais de la flamme olympique, en chemin vers Rio de Janeiro, où les JO débuteront le 5 août. La mort de Clodiode Souza ?

« Une mort annoncée », déplore Victoria Tauli-corpuz. La rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes s’était justement rendue sur ce territoire en mars dernier, pour alerter les autorités sur les risques d’un massacre.

Entre 2003 et 2014, 754 Indiens ont été tués dans des embuscades similaires, à un rythme de plus en plus élevé. Les communautés indiennes tentent de résister sur leurs terres ancestrales alors que les propriétaires terriens veulent les en déloger au nom des besoins de l’industrie agroalimentaire.

Ces dernières années ont été marquées par la lenteur du gouvernement fédéral à démarquer les terres indigènes, un processus qui les protège et exclut les exploitants.

Peu considérés par la présidente Dilma Rousseff, menacée de destitution, les Indiens ont vu leur situation empirer avec l’arrivée à la tête de l’état de Michel Temer. Ce dernier a attribué le ministère de l’agriculture à Blairo Maggi, le plus grand producteur de soja au monde. Il veut accélérer le vote d’un amendement retirant à l’exécutif le droit de démarquer des terres indigènes pour attribuer cette prérogative au Congrès, dominé par… le lobby agricole.

« Avec la crise politique, les propriétaires terriens ont de plus en plus de pouvoir, d’où la multiplication des attaques », poursuit Victoria Tauli-corpuz. Les militants de leur cause voient dans les Jeux olympiques l’occasion de sensibiliser l’opinion publique mondiale sur le désespoir des Guarani-kaiowa. Ce peuple détient le taux de suicide le plus élevé au monde.

Coup de sifflet pour les JO

La violence n’a pas sa place dans les Jeux

Les cas de recours excessif à la force par la police se sont multipliés dans L’État de Rio de Janeiro ces dernières années. Les exécutions extrajudiciaires sont de plus en plus courantes dans les favelas et autres zones marginalisées, où les jeunes hommes noirs sont souvent pris pour cible.

Plus de 300 personnes tuées par des policiers

Le Brésil est l’un des pays où le taux d’homicide est le plus élevé. Ce taux, qui était en baisse depuis 2011, est remonté en 2014. S’il n’est pas possible d’établir un lien direct entre cette augmentation et les préparatifs des Jeux olympiques, il est toutefois clair que l’usage de la force excessive et de la violence par les organes chargés de la sécurité publique revêt désormais un caractère systématique, en toute impunité. Par ailleurs, une grande partie des homicides commis par la police ont lieu dans l’État de Rio de Janeiro, où se dérouleront les Jeux olympiques. En 2015, Amnesty International publiait un rapport intitulé « You killed my son : Homicides Committed by Military Police in the City of Rio de Janeiro » qui expose en détail les pratiques policières dans la favela d’Acari à la suite de la Coupe du monde 2014.

Une impunité quasi totale

Au moins 307 personnes ont été tuées par des policiers l’an dernier, pour la seule ville de Rio de Janeiro. Ce chiffre représente un cinquième des homicides commis dans la ville. Pourtant, les autorités n’ont pas amené les responsables présumés à rendre compte de leurs actes. Elles se sont de plus montrées de plus en plus intolérantes à l’égard des manifestations, pourtant pacifiques pour la plupart. Les policiers jouissent d’une impunité quasi totale, puisqu’ils ont la possibilité de répertorier ces homicides comme la conséquence d’une confrontation – même si en réalité, aucune confrontation n’a eu lieu. Selon les autorités, les victimes sont donc responsables de leur propre mort.

Mettez-fin à ce cycle de la violence, signez

Le Comité de sécurité de Rio 2016 sera responsable de toutes les opérations de sécurité autour des Jeux. Signez notre pétition pour mettre fin à ce cycle de violence policière et d’impunité, exacerbé par la préparation des Jeux olympiques.

-Note "Mais qu'est-ce que ça peut bien représenter pour une athlète moderne ,de jouer au millieu de la Violence ,des drogues et de la pollution?"par l'administration du blog:

Yuliya Stepanova, la lanceuse d'alerte russe, interdite de JO -
La baie de Rio, qui accueillera les J.O., est une poubelle à ciel ouvert

https://reporterre.net

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 07:23

Philippe Bensimon(Criminologue, Ph. D),partage avec les lecteurs son tout dernier article de fond : Et si tous les programmes de réinsertion des détenus ne servaient à rien ?

http://www.laurent-mucchielli.org/public/Et_si_les_programmes_ne_servaient_a_rien.pdf

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 09:34

PLAIDOYER

Soigner les réfugiés traumatisés

Une personne qui est venue chercher refuge en France et qui souffre de traumatismes physiques et psychiques n’a nulle part où se faire correctement soigner, hormis quelques centres de soins associatifs spécialisés saturés. C’est pourquoi le Centre Primo Levi a lancé une pétition qu’il remettra le 26 juin à la Ministre de la Santé et des Affaires sociales.

L’augmentation des arrivées de réfugiés en Europe (et dans une bien moindre mesure en France) a donné lieu à de nombreuses polémiques sur l’accueil à leur offrir. Si des mesures d’urgence ont été prises aux niveaux national et parfois local pour traiter la première priorité qui est celle de l’hébergement (et encore, bien en-deçà des besoins), aucune réflexion n’a été menée sur ce qui serait proposé au-delà de cette mise à l’abri. L’accueil des personnes qui ont fui la guerre et la répression peut-il se limiter à leur offrir un toit pour quelques nuits, quelques semaines ?

La plupart de ces personnes ne rentreront pas chez elles dans une semaine, ni probablement dans un an.

Parmi les questions qui peuvent se poser, la santé en est une évidente : ces personnes sont en état de grande souffrance physique et psychique, et étant donné leur nombre (près de 125 000 en 2012*, combien aujourd’hui ?), les soigner relève d’un véritable enjeu de santé publique. Or cette question reste absente des politiques publiques en France.

LA SANTÉ, UN AXE DELAISSÉ

Actuellement, seuls quelques centres de soins associatifs tels que le Centre Primo Levi sont capables d’offrir une prise en charge adaptée à ce public. Ils ne couvrent pas tout le territoire français et n’ont, à eux tous, qu’environ 6000 places, sachant que les plus gros n’accueillent pas uniquement des personnes réfugiées souffrant de traumatismes (voir cartographie).

Qu’attend le gouvernement pour s’emparer de ces questions ? Les directives européennes imposaient explicitement aux Etats membres, avant mi 2015, d’offrir des soins adaptés aux demandeurs d’asile présentant des troubles physiques et psychique :

Article 19

Soins de santé

1. Les États membres font en sorte que les demandeurs reçoivent les soins médicaux nécessaires qui comportent, au minimum, les soins urgents et le traitement essentiel des maladies et des troubles mentaux graves.

2. Les États membres fournissent l’assistance médicale ou autre nécessaire aux demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d’accueil, y compris, s’il y a lieu, des soins de santé mentale appropriés.

Article 25

Victimes de tortures ou de violences

1. Les États membres font en sorte que les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d’autres violences graves, reçoivent le traitement que nécessitent les dommages causés par de tels actes et, en particulier, qu’elles aient accès à des traitements ou des soins médicaux et psychologiques adéquats.

2. Le personnel chargé des victimes de torture, de viol et d’autres violences graves a eu et continue à recevoir une formation appropriée concernant leurs besoins et est tenu par les règles de confidentialité prévues dans le droit national, en ce qui concerne les informations dont il a connaissance du fait de son travail.

(Directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013
établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationa
le)

Cependant, si la plupart des autres directives associées ont effectivement été transposées par la réforme de l’asile du 29 juillet 2015, celles-ci sont restées lettre morte. Le gouvernement français considère, en effet, que l’accès à une couverture maladie, en théorie prévu quel que soit le statut administratif de la personne (CMU pour les demandeurs d’asile, régime général pour les réfugiés statutaires, AME pour les déboutés), permet à tous de recevoir des soins.

Pourtant, l’accès à une assurance maladie est loin d’être généralisé dans les faits, et le dispositif de santé de droit commun n’est par ailleurs pas adapté aux besoins spécifiques des personnes réfugiées souffrant de traumatismes.

PAS DE COUVERTURE MALADIE, PAS DE SOINS

L’ouverture des droits est longue et souvent complexe. En cause : les difficultés administratives, la méconnaissance des droits et des structures, la barrière linguistique et les différents critères exigés, notamment (pour obtenir l’AME) l’obligation de fournir des preuves de présence en France depuis au moins trois mois. Des documents d’état civil impossibles à obtenir, ou contestés par la préfecture, et ces droits finissent par être purement et simplement bloqués. Ces difficultés s’inscrivent dans la durée : il arrive que des personnes qui se présentent au Centre Primo Levi soient en France depuis 10 ans et n’aient toujours pas de couverture maladie !

UN DISPOSITIF DE SANTE INADAPTÉ

Les difficultés des personnes réfugiées traumatisées à se faire soigner ne tiennent pas seulement à l’accès aux services de santé mais aussi à l’offre même de ces services. A quelques rares exceptions près, aucune structure de santé de droit commun n’est en mesure d’offrir une prise en charge adaptée à ce public, pour un certain nombre de raisons.

Un manque de formation des professionnels : dans la formation initiale des médecins généralistes, par exemple, aucun

module ne concerne l’identification et le soin du psychotrauma et des effets physiques et psychosomatiques des violences et de la torture. Souvent isolés et démunis face à ces patients atypiques, aux pathologies liées à des sévices dont ils ne disent mot, les professionnels ne peuvent pas apporter de solution. Seules une connaissance profonde des effets du traumatisme et une prise en compte de la situation administrative et sociale du patient peuvent mener à un diagnostic juste et à un suivi adapté.

Absence de recours à des interprètes professionnels : le recours aux interprètes professionnels existe rarement dans les

structures publiques comme dans les cabinets privés car il est souvent considéré comme trop coûteux et compliqué. Pour ces mêmes raisons, en France (contrairement à certains autres pays européens), même les structures hospitalières n’ont pas recours systématiquement à des interprètes, ou font appel aux membres de leur personnel parlant la langue, faisant fi de l’exigence de professionnalisme et des règles de confidentialité. Ainsi, à ce jour, de nombreuses victimes de torture ne reçoivent pas de soins médicaux dans le système de droit commun du seul fait de l’obstacle de la langue, et n’ont d’autre choix que de vivre avec leurs souffrances.

A noter : un article sur la médiation sanitaire et l’interprétation linguistique, conçues comme des outils d’amélioration d’accès aux droits, à la prévention et aux soins, a été ajouté au code de la santé publique dans la réforme de modernisation du dispositif de santé promulguée en janvier 2016 (les décrets d’application sont attendus pour juillet 2016). Cependant, « il y a loin entre cette reconnaissance légale et l’acceptation pleine et entière d’interprètes professionnels dans les processus de soins […] et les moyens demeurent souvent en-deçà des enjeux », comme l’explique le Comede (Comité pour la santé des exilés).

Des temps de consultation et des durées de prise en charge insuffisants : une consultation médicale en ville dure une

quinzaine de minutes en moyenne. Ces patients-là, emmêlés dans des problématiques complexes, assujettis au silence par leur bourreau et par la violence qu’ils ont subie avant et pendant leur chemin d’exil, ont pourtant besoin de temps pour réapprendre à faire confiance, à s’adresser à un autre être humain, à se laisser approcher, ausculter, à se confier… Pour s’adapter au rythme du patient, les consultations doivent être plus longues et les suivis doivent pouvoir se faire de façon rapprochée et sur la durée, ce qui, actuellement, n’est pas en théorie permis par le modèle et les critères d’équilibre budgétaire des structures publiques.

Cette absence ou faiblesse de la réponse aux besoins par le droit commun est même en aggravation : les conditions d’accès à l’Aide médicale d’Etat ont été durcies (depuis 2012, les pièces d’état civil doivent être validées par les autorités du pays d’origine…) et les restrictions ou les refus de soins sont de plus en plus fréquents pour les personnes démunies et sans protection maladie.

LA FORMATION ET LA SENSIBILISATION DES EQUIPES SOIGNANTES

Comme quelques autres associations spécialisées, le Centre Primo Levi a pris le parti de partager son expérience et de former les professionnels extérieurs à la prise en charge de ce type de patients (voir page « Former »). Cette année, il travaille notamment avec la Ville de Paris pour sensibiliser les médecins et les travailleurs sociaux de secteur.

LA VILLE DE PARIS S’ENGAGE

Face à l’augmentation des arrivées de réfugiés, la Ville de Paris a en effet bien compris que l’urgence était aussi médicale. Dès juillet 2015, elle a mobilisé plusieurs de ses centres de santé en y ouvrant des consultations spécialisées, trois matinées par semaine, notamment dans les centres Figuier (IVème) et Ridder (XIVème). Au mois d’octobre 2015, elle a lancé un vaste Plan de mobilisation pour l’accueil des réfugiés, dans lequel ont été notamment annoncés quatre projets concernant la garantie de l’accès aux soins :

« ►Mise en place d’une équipe mobile intervenant dans les campements parisiens, permettant d’identifier les situations requérant des examens de santé ou une prise en charge médicale, et d’articuler ce diagnostic avec l’offre de soins existante ;

►Organisation de l'offre de soutien psychologique et d’accompagnement en cas de traumatismes psychiques, avec une attention particulière portée à la prise en charge des enfants ;

►Formation des professionnels (travailleurs sociaux, médecins, etc.) aux spécificités de la prise en charge de la santé mentale des migrants, permettant notamment une primoévaluation dans les meilleurs délais (projet en collaboration avec le Centre Primo Levi, qui s’est déjà concrétisé à travers 10 sessions réparties sur 2016) ;

►Élaboration de partenariats entre les centres d’hébergement et les différents centres de soins présents sur le territoire (Permanence médico-sociales, Centres de santé, Maisons de santé, Pass hospitalières, etc.). »

Le Centre Primo Levi salue cet engagement et poursuit, avec d’autres associations, son travail de plaidoyer auprès du Ministère de la Santé pour que ces questions soient prises en compte dans les politiques de santé publique à l’échelle nationale.

C’est l’objet de la pétition que le Centre Primo Levi remettra autour du 26 juin prochain, à l'occasion de la Journée internationale des Nations-Unies pour le soutien aux victimes de torture.

Nous avons besoin de chacun d’entre vous pour donner plus de poids à ce message : signez la pétition !

* Estimation faite en 2012 pour le Livre blanc "Soigner les victimes de torture exilées en France",
premier état des lieux établi par le Centre Primo Levi

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 09:41
Les nouvelles technologies de modification du génome à l’épreuve de la démocratie

Par Sciences Citoyennes - Action collective
lundi 30 mai 2016

Les nouvelles technologies de modification du génome font l’objet de nombreux articles, émissions à la radio et à la télévision. Le Haut Conseil aux Biotechnologies (HCB) a également été entrainé dans la tourmente médiatique avec la démission d’Yves Bertheau, l’un des membres de son comité scientifique. Sciences Citoyennes a choisi de communiquer sur ce sujet en proposant une traduction qu’elle a réalisée de l’article CRISPR à l’épreuve de la démocratie : Les nouvelles technologies de modification du génome doivent faire l‘objet de débats ouverts.

Contexte et présentation de l’article

En 2012, une nouvelle technologie de modification de l’ADN a été mise au point, qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans les laboratoires de biologie du monde entier. Crispr-Cas9 permet en effet de modifier n’importe quelle séquence d’ADN de façon très localisée pour l’inactiver ou la modifier. Relativement facile d’utilisation et assez peu coûteuse, elle a déjà été appliquée à un très grand nombre d’espèces animales, végétales et bactériennes. Elle peut en outre être utilisée directement sur les embryons animaux et permet donc d’obtenir des animaux génétiquement modifiés de façon beaucoup plus rapide qu’avant. On ne compte déjà plus le nombre d’articles publiés avec cette technologie, le nombre de brevets déposés et les milliards investis dans des sociétés de biotechnologies promettant d’exploiter au maximum les potentialités de la technologie.

En décembre 2015, les académies des sciences et de médecine américaines, les académies des sciences britannique et chinoise ont convoqué un sommet à Washington pour discuter des réglementations à mettre en place pour encadrer cette nouvelle technologie dans le domaine des recherches sur les embryons humains.

Alors que les scientifiques à l’origine de ce sommet prennent comme modèle la conférence d’Asilomar, organisée en 1975 pour encadrer les risques associés aux technologies de modification de l’ADN (dites technologies d’ADN recombinant), les auteurs du texte présenté ici montrent pourquoi ce modèle n’est pas pertinent. Ils appellent à ouvrir le débat de façon très large, au-delà des cercles scientifiques, et à repenser les relations entre les sciences et la société. L’objet du présent texte n’est donc pas de présenter la technologie Crispr-Cas9 mais bien de discuter des conditions d’un débat démocratique à la hauteur des enjeux posés. Bien qu’inscrit dans le contexte du débat en cours aux Etats-Unis, les réflexions proposées par les auteurs ont une portée beaucoup plus large.

L’article CRISPR à l’épreuve de la démocratie: Les nouvelles technologies de modifications du génome doivent faire l’objet de débats ouverts est paru dans la revue Issues in Science and Technology, Volume XXXII Issue 1, Fall 2015.
Il est disponible en libre accès sur le site de la revue Issues in Science and Technology

Dans la traduction en français réalisée par Sciences Citoyennes (mai 2016), les passages signalés en gras dans le texte l’ont été lors de la traduction.

Sheila Jasanoff est Professeur d’étude des sciences et des technologies à l’Université d’Harvard.
J. Benjamin Hurlbut est professeur assistant en bioéthique à l’Université d’Etat de l’Arizona.
Krishanu Saha est professeur assistant en ingénierie biomédicale, histoire de la médecine et bioé-thique à l’Université du Wisconsin de Madison.

Le texte complet en version française est disponible ici : Crispr à l’épreuve de la démocratie

Le texte initial en version anglaise est disponible ici : CRISPR Democracy

-Note "il est urgent de se faire entendre de la recherche sur les OMEG" par l'administration du blog ,avec un autre article sur ces nouveaux OGM (appelés OMEG ) obtenus avec les « ciseaux moléculaires » de Crispr-cas9!

Avec ce nouveau sigle il s'agirait de laisser entendre au consommateur inculte(?),que la plupart de ces produits manipulés NE sont PAS des OGM et de marteler ça aveuglement pour que passe ce message technoscientiste !

Edition du génome : il est urgent de débattre


http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2016/05/30/edition-du-genome-il-est-urgent-de-debattre_4929220_1650684.html

Le Monde | 30.05.2016 à 18h23

Le XXIe siècle détient aujourd’hui sa première innovation biotechnologique majeure, la capacité de modifier de façon ­ciblée et avec précision les génomes de très nombreuses espèces dans toutes les branches du vivant, par l’action de petites protéines CAS, qui participent initialement à un système de défense chez les bactéries.

Ces « ciseaux moléculaires » rapides et peu chers permettent de faire de petites coupures de l’ADN, et d’introduire de courtes ­variations de la séquence d’ADN qui miment des ­mutations naturelles. Les mutations sont de petits changements dans la séquence de nucléotides du ­ruban d’ADN qui forme le code pour la fabrication de protéines. Les changements peuvent être aussi petits que la délétion d’une paire de bases ou la substitution d’un nucléotide par un autre. On obtient alors des ­organismes mutés par édition du génome (OMEG, en anglais MOGE, mutated organism by genome editing).

Un bond porteur d’espoirs immenses

Même s’ils ont été obtenus de façon expérimentale, il ne reste rien du procédé qui a permis de les obtenir et ils ne se distinguent pas de ce que l’on peut observer naturellement. Ce ne sont définitivement pas des ­organismes génétiquement modifiés (OGM) au sens du XXe siècle. En revanche, si par cette même méthode d’édition du génome on introduit un fragment d’ADN à un endroit précis, comme auparavant on le faisait au hasard et avec beaucoup plus d’efforts nécessaires, on obtient alors un organisme modifié, typique OGM.

Pour pousser la métaphore, disons que les OMEG sont des textes où l’on a simplement corrigé les coquilles, sans risque de changer le sens. En revanche, faire des OGM, c’était parfois prendre des phrases entières dans un texte et les insérer de façon aléatoire dans un autre texte, au risque de lui faire perdre toute structure, voire d’en changer le sens. Si cette dernière activité, de type plagiat, est réprimandable, devrait-on pour autant s’empêcher à l’avenir de corriger tous les textes ? Il est urgent d’en débattre car le nombre d’OMEG croît de façon exponentielle vu leur coût modeste et la simplicité technique des expériences.

En effet, même si certaines applications potentielles sont source d’inquiétude, comme celles qui pourraient s’attaquer à la stabilité de notre identité individuelle [voir le supplément « Science & médecine » du 13 avril], ou lorsque la dissémination dans l’environnement pourrait avoir des conséquences négatives, d’autres applications provoquent l’enthousiasme. L’édition du génome est certainement un bond en avant porteur d’espoirs immenses pour explorer le patrimoine génétique d’une multitude d’espèces, en particulier celles utilisées dans les laboratoires pour comprendre le vivant.

Soutenons par exemple ceux et celles qui explorent la jungle des génomes. Demandons-leur ce qu’ils ont vu et compris et exploitons les nouveautés, y compris en édition du génome ! Soutenons aussi la recherche appliquée sur le petit singe marmouset atteint de la maladie de Parkinson, les souris myopathes ou les poissons-zèbres qui régénèrent leur cœur ou leur cerveau. Avec les OMEG, on pourra aussi identifier quelles variations, parmi toutes celles qui auront été pointées par des programmes à l’échelle du génome chez l’homme, sont à la base des maladies.

Pour l’agriculture, il devient possible de faire passer dans des populations domestiquées une mutation identifiée dans des populations sauvages, par exemple d’introduire dans les génomes des espèces, des fermes agricoles ou des champs, des variations qui apporteront aux OMEG d’intéressants caractères, comme la résistance à la sécheresse ou à une maladie. L’édition des génomes peut accélérer les méthodes actuelles de sélection. Le nombre d’organismes utilisés et le coût des programmes de sélection devraient fortement chuter.

La recherche globalement sinistrée

Aujourd’hui, tout va à l’encontre de la compétitivité de la France dans le domaine de l’édition des ­génomes. Il y a avant tout une pénurie catastrophique des financements de la recherche, associée à un ­désintérêt croissant pour la recherche fondamentale, pourtant indispensable à la mise en œuvre de l’édition des gènes. De plus, l’utilisation des OMEG accumule plusieurs autres difficultés en France.

Une première difficulté est que, comme dans d’autres pays européens, l’expérimentation animale rencontre une forte opposition. Contre celle-ci, il est indispensable d’informer de la compassion et de l’éthique des chercheurs, de l’économie du nombre d’animaux utilisés ou des méthodes alternatives, comme celles qui recourent à des cellules en culture ou à des modèles animaux simples. L’expérimentation animale est souvent irremplaçable. Utiliser avec parcimonie les gros mammifères d’élevage ou les singes, modèles de maladies humaines, est un moindre mal si l’on veut échapper aux maladies graves qui ­affectent notre vieillissante population.

Une seconde difficulté est que le grand public ne connaît pas encore bien les OMEG et ne doit pas, à l’avenir, les confondre avec les OGM. Il est urgent de débattre de la définition des OMEG en Europe et en France, et de la législation à leur appliquer. La définition devra se baser sur le type de variation obtenue et non son mode d’obtention. En cas de doute, l’appartenance d’un futur organisme à la future législation OMEG ou OGM devra être analysée au cas par cas.

Eviter l’ornière du débat sur les OGM

On devra éviter de verser dans l’ornière où le débat sur les OGM est parfois tombé en France : que ceux qui rejetaient en bloc ces derniers considèrent les OMEG radicalement différemment et acceptent de débattre des perspectives négatives mais aussi positives qu’ils offrent, et que ceux qui refusent de prendre en considération les risques pour l’homme ou la biodiversité des OMEG soient empêchés de dérailler.

A l’étranger, en particulier aux Etats-Unis, les produits des plantes OMEG suivent la législation sur les variétés de plantes ou les graines commercialisées. De même, pour les animaux OMEG, la législation et les pratiques sur l’élevage devront être respectées. Au contraire de la situation observée sur les OGM, où seules quelques multinationales pouvaient se permettre de dépenser les millions de dollars nécessaires à une mise sur le marché, les OMEG pourront être commercialisés par le plus grand nombre, en particulier par les sélectionneurs et les obtenteurs locaux, ceux qui commercialisent les produits de qualité voulus par les consommateurs soucieux de limiter les transports inutiles. Ainsi, par l’éventail de ses applications potentielles, l’édition du ­génome pourra soutenir une génétique de précision, écologiquement intensive, et ne mènera pas forcément à la malbouffe, surtout si le consommateur se fait entendre dès le début.

La recherche sur l’édition des génomes doit dès maintenant être lancée avec ambition. L’enjeu des décennies à venir, pour la France et l’Europe, est de ne pas se contenter du rôle de spectateur/commentateur. Un retard dans ce domaine mettrait des décennies à être rattrapé. Evitons que notre santé, notre alimentation, qui rendent la France si douce, ne soient définitivement plus entre nos mains, et qu’ainsi notre pays perde non seulement son rôle de référence et son autonomie en agronomie et en médecine, mais également une bonne partie de son attrait.

Jean-Stéphane Joly est directeur de recherches (INRA), chef d’équipe (CNRS), responsable scientifique du réseau EFOR (Efor.fr), coordinateur de l’infrastructure Investissements d’avenir Tefor (Tefor.net, CNRS/INRA/Inserm). Il s’exprime à titre personnel.

-Voici aussi un 6 pages Agriculture et OGM - [Les eurodéputés Europe Écologie]

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 04:42

3 parents pour un enfant : le remplacement mitochondrial bientôt disponible aux Etats-Unis

Publié le jeudi 28 avril 2016 , Partager

Faut-il autoriser les thérapeutiques de substitution mitochondriale sur les embryons au nom de la prévention ou de la guérison d’une maladie grave – liée à des anomalies génétiques dans ces organites ? Le 3 février 2016, la National Academies Sciences Engineering and Medicine, à la demande de la Food and Drug Administration, a fait le premier pas vers l’instauration d’une politique officielle à l’égard de cette technique. Dans un rapport [1], publié dans the New England Journal of Medicine, le comité d’experts de l’Institute of Medicine conclu qu’il est « éthiquement permissible », mais sous certaines conditions, de manipuler génétiquement l’embryon, dans le cas des maladies mitochondriales.

Ces pathologies, rares mais souvent graves, sont provoquées par une ou des mutation(s) dans l’ADN des mitochondries localisées au sein de la cellule. La sévérité de la maladie dépend du type de mutation et de la fraction de mitochondries touchées, ce qui entraine une grande hétérogénéité dans les symptômes qui en découlent.

Les mitochondries sont transmises uniquement par la mère et grâce aux progrès technologiques récents, en particulier dans le domaine de l’édition génomique [2] , il est devenu envisageable d’empêcher la transmission de telles affections. Une stratégie relativement « simple » consiste à remplacer in vitro, dans les ovocytes de la mère à risque un nombre suffisant d’organites mutés, par des mitochondries saines provenant d’une donneuse.
Bien que les laboratoires d’aujourd’hui disposent des capacités techniques pour réaliser une telle intervention, des incertitudes persistent :
les conséquences médicales sur la santé de l’enfant ainsi conçu sont inconnues,
l’hérédité éventuelle de ce type de modification génomique suscite une interrogation morale,
la législation entourant le statut et l’identité de l’enfant serait sujette à une réévaluation,

Le comité américain apporte, dans ce rapport, des éléments de réponse à ces deux premières questions. Pour les experts, la balance bénéfice/risque pèse en faveur de cette stratégie. Des expériences reproduisant ce processus ont été faites avec succès chez l’animal donnant naissance à une progéniture en parfaite santé. De plus, à l’heure actuelle, aucun traitement ou moyen de prévention n’est disponible pour les couples concernés qui en sont réduits à choisir entre ne pas avoir d’enfants, adopter, utiliser des œufs de donneurs ou prendre le risque d’avoir un enfant malade. Devant les preuves scientifiques rassurantes et la forte volonté des parents, les experts estiment que des études à l’échelle clinique sont envisageables [3].

Afin d’éluder la question de l’héritabilité de modifications néfastes du génome, le comité suggère que seuls les embryons mâles obtenus in vitro soient implantés chez la future mère. Cela permettrait d’évaluer la dangerosité et les résultats de cette pratique de remplacement mitochondriale tout en assurant sa non-transmission à une potentielle descendance. Selon le rapport, il est aussi impératif que ces essais soient exécutés dans une entière transparence, avec un suivi sur le long terme et en gardant comme priorité le bien-être des enfants.

Cette publication confirme la volonté, déjà exprimée dans le passé [4], de la communauté scientifique américaine à prendre les devants sur les questions sociétales et éthiques soulevées par l’essor fulgurant des biotechnologies. Elle s’inscrit plus globalement dans une démarche de réflexion à l’échelle internationale.

Rédacteur :
Gabrielle Mérite, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org

Notes

[1] Mitochondrial Replacement Techniques : Ethical, Social, and Policy Considerations, 3 février 2016

[2] Quand l’outil CRISPR révolutionne la médecine moderne, 19 février 2016

[3] Public Discussion of the Committee on Ethical and Social Policy Considerations of Novel Techniques for Prevention of Maternal Transmission of Mitochondrial DNA, 21 mars 2016

[4] Modification du génome humain : la Maison Blanche prend position, 19 juin 2015

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 05:27

Crispr/Cas9 : encore inefficient en santé, mais déjà bon en agriculture ?

Eric MEUNIER, 2 mai 2016

Une audition publique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) consacrée à l’une des nouvelles techniques de modification génétique, Crispr/Cas9, a permis de mettre à jour les enjeux commerciaux et incertitudes scientifiques liés à cette technique.

Le 7 avril 2016, on ressortait des locaux de l’Assemblée Nationale avec une impression étrange. L’audition [1] avait été soigneusement préparée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) afin que les problèmes liés à Crispr/Cas9, l’une des nouvelles techniques de modification du vivant, soient cantonnés aux seules applications médicales. Comment comprendre autrement que seuls avaient été invités aux trois tables rondes, des industriels, des politiques et des scientifiques et que syndicats ou organisations de la société civile opposés aux OGM agricoles aient été exclus ? Comment comprendre que deux des trois tables rondes évoquent des imprécisions liées à cette technique mais que la troisième, dédiée aux applications agricoles, ait fait l’impasse sur ces risques ?

Quand des politiques cadrent trop le débat

Le député Jean-Yves Le Déaut, Président de l’OPECST, ne veut pas que les nouvelles techniques de modification génétique subissent le même sort que la transgenèse, à savoir une « paralysie réglementaire ». Soulignant que « on a fait des lois [...] pour ne pas cultiver d’OGM et pour accepter que des produits OGM soient importés », le député a indiqué ne pas souhaiter « qu’on commence aujourd’hui, par stratégie, de paralyser le débat, en disant que c’est dangereux [...]. J’aimerais bien qu’on [...] réussisse effectivement à voir si dans un certain nombre de cas il y a des intérêts, peut-être qu’il y en a, peut-être qu’il n’y en a pas ».

Ne pas dire que c’est dangereux ? Un message bien reçue par la députée Anne-Yvonne Le Dain, vice-Présidente de l’OPECST, qui introduit la table ronde consacrée à l’agriculture en affirmant que Crispr/Cas9 permet « d’accélérer la création de nouvelles variétés végétales et animales », et que ses avantages sont « sa précision et sa rapidité ».
Les députés Le Déaut et Le Dain et la sénatrice Catherine Procaccia, autre vice-Présidente de l’OPECST, se sont donc montrés vigilants à restreindre le constat des risques aux seules applications médicales. Et pour se faire, de ranger dans la catégorie « instrumentalisation des peurs » le fait même d’évoquer ces risques dans le domaine agricole. Une vieille approche qui permet de clouer le bec aux organisations qui soulèvent les questions de l’impact de ces modifications génétiques. Mais n’est-ce pas aussi jouer sur la peur des populations que d’affirmer que ces techniques sont nécessaires pour combattre la faim dans le monde ou permettre de s’adapter aux changements climatiques ? Et un représentant de Limagrain, 4e semencier international, de dénoncer « le risque d’instrumentalisation de nos peurs, sur les effets hors-cibles et la biologie de garage. Oui il y a des hors-cibles, mais instrumentaliser ce qui se passe sur les personnes par la crainte de ce que ces hors-cibles peuvent générer dans les applications de santé humaine et vouloir transposer ces mêmes peurs sur les plantes me paraît un petit peu déplacé ».

Crispr/Cas9 : une technique trop imprécise pour une utilisation médicale

Mais s’il ne faut surtout pas dire que c’est dangereux, il n’en reste pas moins que Crispr/Cas9 pose problème. C’est le Pr. Pierre Jouannet, de l’Académie de Médecine, qui affirme au cours de cette audition qu’il « peut y avoir des effets hors-cibles avec des conséquences non désirées », un risque qu’il faut absolument maîtriser et qui doit « être pris en compte si on voulait modifier des embryons humains ». Le chercheur conclut que « si aujourd’hui, aucune application clinique ne semble envisageable sur l’embryon humain, il est par contre indispensable de développer la recherche ». André Choulika, PDG de Cellectis – une entreprise spécialisée sur les méganucléases, une autre nouvelle technique de manipulation génétique – partage ce constat. Un peu énervé de cette focalisation sur Cripr/Cas9, il a rappelé que les scientifiques chinois qui ont travaillé sur embryon humain ont observé « plus de cent milles effets hors-cibles rien que pour les gènes » [2]. Même Philippe Horvath, représentant de l’entreprise DuPont, qui a annoncé mettre prochainement sur le marché un maïs modifié à l’aide de Crispr/Cas9 [3], concède que « pour la précision, il y des effets secondaires, des coupures indésirables, probablement et la technique mérite d’être développée encore. Mais j’ai bon espoir que la précision sera supérieure avec Crispr/Cas9 par rapport à d’autres approches d’édition ». Il considère également que Crispr est plus facile à utiliser que les autres techniques (Talen, nucléase à doigt de zinc) qui impliquent un développement de protéines « très long et très coûteux » (et qui se trouvent être développés par des entreprises concurrentes mais cela n’a sûrement rien à voir, ndlr). Mais dans les personnes auditionnées, personne n’a par contre contesté l’intérêt potentiel de ces techniques en thérapie génique réparatrice tant qu’elles ne touchent que des cellules somatiques non reproductrices et donc qui ne peuvent pas transmettre de modifications génétiques à d’éventuelles descendances (ce qui est interdit dans les pays signataires de la Convention d’Oviedo).
La sénatrice Catherine Procaccia résume : « Crispr a fait naître de grands espoirs mais […] c’est un espoir lorsque les effets hors-cibles pourront être vraiment contrôlés. Il n’est pas concevable que des transmissions non désirées… chez l’humain, puissent avoir lieu ».

Le débat sur l’agriculture ne doit pas reposer sur les mêmes constats

Comment dès lors aborder les applications commerciales en agriculture en évitant d’évoquer le constat qui vient d’être fait ? C’est Anne-Yvonne Le Dain qui trouve la solution en... ne posant pas la question à Michel Griffon, agronome et économiste. Bien au contraire, la question fait preuve d’une certaine franchise : « en quoi la modification ciblée du génome peut-elle renouveler l’acceptabilité sociale de la manipulation du génome des plantes ? [...] Comment ne pas générer les résistances génétiques ? »... Il explique donc que les nouvelles techniques de modification génétique offrent des outils pour mettre au point des plantes plus résistantes (tavelure, mildiou…), qu’elles se situent « dans le champ de l’évolution naturelle » et que « les collections de variétés anciennes et sauvages sont une réserve stratégique de gènes qui présentent des fonctionnalités potentiellement utiles pour les variétés cultivées ». Mais, ces potentialités ne suppriment pas, souligne-t-il, les oppositions de la société « contre la manipulation du génome, le risque de monopole des firmes, le verrouillage technologique par certains brevets ou la création de dépendance des agriculteurs vis-à-vis des firmes ». Après avoir souligné que la recherche fondamentale doit pouvoir utiliser ces techniques, l’agronome insiste sur le besoin de « rester prudent dans la diffusion des variétés » du fait des risques d’apparition de résistance, par exemple chez des ravageurs.

Résumons : l’audition parlementaire a permis d’établir que la technique Crispr doit encore être développée par la recherche fondamentale, que la précision plus grande qu’avec d’autres techniques est un espoir mais non un acquis, que la problématique d’apparition de résistance est toujours présente et que des effets hors-cibles avec des conséquences non désirées existent. Une liste enrichie par Yves Bertheau, Directeur de recherche au Museum et membre démissionnaire du Comité Scientifique du Haut Conseil sur les Biotechnologies (HCB), qui évoque aussi les dommages potentiels engendrés par la technique utilisée pour faire pénétrer dans les cellules tout le matériel nécessaire à la modification génétique…

On retiendra un point mis sur la table par l’entreprise Limagrain, par la voix de Jean-Christophe Gouache, par ailleurs un des vice-Présidents du HCB. Prenant l’exemple d’un blé modifié par Talen et Crispr/Cas9 pour résister à l’oïdium et qui nécessite de travailler sur trois gènes, Limagrain explique que « la probabilité d’occurrence naturelle d’obtenir les trois bonnes versions du gène dans la même plante était de 10 puissance -21. Ça veut dire quoi ? Il aurait fallu observer tous les plants de blé cultivés sur la planète pendant quatre millions d’années pour avoir une chance de trouver une seule plante présentant spontanément les trois bonnes versions du gène ». Un discours qui, en contrepoint, renforce clairement le constat que la seule possibilité d’apparition spontanée d’une modification dans la nature ne peut suffire à déclarer non OGM certains produits de techniques comme le demandent les industriels mais bel et bien que le pas de temps au cours duquel cela a lieu doit être pris en compte !

Pour les entreprises, encadrer les OGM, c’est les interdire !

Les OGM transgéniques sont actuellement encadrés légalement : ils doivent être évalués, autorisés, étiquetés et un suivi post-commercial est exigé. Mais que ce soit le député Jean-Yves Le Déaut, Limagrain et Cellectis, tous s’accordent à considérer que cet encadrement constitue de facto une interdiction (sic !). Limagrain explique que « mettre une étiquette « OGM » sur certains produits signifie de facto l’interdiction de leur commercialisation en Europe. C’est une réalité ». En effet, informer les consommateurs et producteurs sur ce qu’ils achètent et consomment, c’est prendre le risque qu’ils n’achètent pas. La demande de ces acteurs est donc claire, résumée par Jean-Christophe Gouache de Limagrain, « concernant Crispr/Cas9 et les technologies d’édition du génome, nous considérons qu’elle doivent rester hors du champ d’application de la directive européenne 2001/18 ce qui leur permettra d’être accessibles au plus grand nombre mais surtout, au service des problématiques les plus diverses. L’encadrement réglementaire de ces technologies doit permettre leur utilisation la plus large possible ».

La présence parmi les intervenants de M. Choulika, PDG de la société Cellectis spécialisée dans les méganucléases, a permis également de prendre la mesure de la concurrence entre entreprises. Regrettant que le thème de la table ronde focalise sur Crispr et non sur d’autres nouvelles techniques de manipulation du génome, M. Choulika a interpellé assez vivement la sénatrice Mme Proccacia, affirmant : « Et pour Mme Proccacia qui adore dire Crispr, je vais vous rappeler un truc sur Crispr dans le domaine des plantes, Dupont Pioneer détient l’essentiel des brevets sur l’utilisation des Crispr. Ils ont même licencié, pour l’utilisation de Crispr, une société qui s’appelle Caribou qui est dirigée par Mme Doudna aux États-Unis. Ça va être très difficile d’utiliser Crispr sans se mettre d’accord avec une société américaine extrêmement puissante ». Et de résumer que « Crispr étant lockée par une société américaine, si vous aimez Crispr, vous mangerez des trucs venant des USA. Les produits issus des biotechnologies ne seront pas vus l’année prochaine, ni l’année d’après. Pioneer a dit que le premier produit sortira peut-être en 2020 ». En clair, pour Cellectis, si le Parlement français doit s’intéresser aux nouvelles techniques, autant qu’il s’intéresse à celles mises en œuvre par des entreprises françaises.

Cette audition parlementaire ouvre donc le travail de l’OPECST sur la question des nouvelles techniques de manipulation du génome. Un travail qui pourrait prendre plusieurs mois avant que l’OPECST ne publie son rapport final comme l’a indiqué Mme Proccacia. De son côté, Jean-Yves Le Déaut a souhaité rassurer les syndicats agricoles et ONG présents uniquement dans le public en indiquant qu’une autre table ronde serait organisée et à laquelle « on invitera des organisations »…

[1] L’intégralité de l’audition parlementaire est accessible sur le site de l’Assemblée Nationale : http://videos.assemblee-nationale.fr/video.3843570_5706039a79d3f.opecst--la-modification-ciblee-du-genome-avec-crispr-cas9-7-avril-2016

[2] un article récent de Up-magazine mentionne lui "seulement" un millier d’effets hors-cibles

[3] article Inf’OGM à venir

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En France, il n’est plus question d’OGM pour Monsanto

Gaëlle Fleitour

Publié le 05/05/2016

Au cœur de la Beauce, Monsanto planche sur le colza non OGM de demain. Le groupe américain développe de nouvelles variétés de semences conventionnelles, comme le colza. Reportage à Toury, dans l’Eure-et-Loir, entre son centre de recherches et les champs d’expérimentation.

En France, l’américain Monsanto, numéro un mondial des OGM, ne fait plus pousser de plantes transgéniques, tenez-vous le pour dit. Ses activités portent uniquement sur le développement de semences conventionnelles et de pesticides. Au cœur de la Beauce, "le grenier de l’Hexagone", le centre de recherches de Monsanto sur le colza est niché à Toury, en Eure-et-Loir. Cette plante aux vives fleurs jaunes constitue la deuxième grande culture phare de l’américain après le maïs : il en est d’ailleurs le leader en Europe. Toury est son plus gros site de sélection de variétés de colza au monde.

Sans plaque ni totem, Monsanto discrètement implanté au coeur des champs

Ici, pas de plaque ou totem indiquant la présence de l’agrochimiste. Sur un site de 1,5 hectare qui sera prochainement doublé, le petit ensemble de maisonnettes blanches et de serres, fondé en 1981 par Cargill et racheté en 1998 par Monsanto, se fait discret. Pour tester ses semences, l’américain ne possède pas de terres : il les loue auprès d’agriculteurs partenaires.

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Objectif, développer une vingtaine de nouvelles variétés par an, pour n’en lancer in fine qu’une dizaine capable de répondre aux tests de sélection maison. Les semences retenues devront prouver en champs, via un réseau de 110 sites à travers l’Europe, qu'elles peuvent détrôner les bestsellers du marché. Les critères de performance : rendement élevé, résistance aux maladies et à la sécheresse, faible besoin en azote et qualité d’huile.

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Entre le croisement d’espèces pour donner naissance à une nouvelle semence et son arrivée chez l’agriculteur, il faut compter sept à dix ans. Et encore, les techniques d’hybridation et de marquage moléculaire (réalisé dans le centre R&D américain de Monsanto) ont permis d’accélérer la connaissance des plantes et donc le processus, estime Jean-Pierre Despeghel, le directeur de la recherche de Monsanto sur le colza.

Du laboratoire aux serres, un travail manuel minutieux

Sur le site de Toury aux 27 salariés - sans compter les saisonniers qui se relaient en période de floraison et de récolte - sept travaillent au laboratoire, en conditions stériles. Des grains de pollen sont mis en culture dans des boites de pétri, placées durant quinze jours en étuve, donnant naissance à des embryons qui seront cultivés en chambres climatiques.

Ils passent ensuite en serres pour être étudiés. Avantage, par rapport au champ, "la possibilité de réaliser deux sélections par an, au lieu d’une, et de contrôler tout l’environnement (température, qualité et quantité de lumière…)", explique Cyril Zini, le responsable Technologies du site. La température idéale pour que le colza se développe ? 22 degrés. Ici, tout se fait manuellement et minutieusement : rempoter, enlever les boutons à la pince à épiler…

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La sélection se poursuit en champs à quelques kilomètres de là. Une production expérimentale s’effectue sous cages. A l'intérieur de chacune se niche un hybride différent. Objectif : faire interagir les colzas mâles et femelles avec, au centre, une ruche remplie d’abeilles accélérant la fertilisation, pour mieux sélectionner les lignées. Celles-ci passent ensuite en champs d’isolement, de grandes bandes de plantes mâles entourées de plusieurs centaines de femelles, où sera récoltée la semence hybride.

Des semences hybrides pour l'agroalimentaire

Un peu plus loin, dans des champs d’expérimentation avec des éoliennes en toile de fond, les semences hybrides sont testées sur des parcelles de 1 mètre 50 sur 7 mètres durant deux à trois ans. Si leur production est jugée convaincante, elles pourront être amenées au processus d’inscription auprès des autorités et être alors officiellement testées durant deux ans. Et, si tout se passe bien, figurer ensuite en guest stars au sein du grand champ servant de vitrine commerciale dans une commune voisine, où agriculteurs et coopératives peuvent découvrir les nouveaux produits de Monsanto. Comme DK Exception, lancé l’an dernier et prisé pour sa productivité ; DK Expression, résistante au froid, ou encore DK Platinium, sa première variété capable de résister à la hernie du choux, un marché ouvert par les concurrents.

Pourquoi le colza est prisé en France

8 millions d’hectares de colza sont cultivées en Europe, dont 1,5 million par la France, premier producteur. 70% du colza français part à destination du biodiésel. Il est également utilisé sous forme de tourteau comme source de protéine pour la nutrition animale, principalement des vaches, prisé pour son caractère non OGM. Enfin, l’huile de colza est évidemment utilisée dans l’agro-alimentaire.

Sur un marché disputé que se partagent quatorze semenciers, Monsanto espère être le premier à se lancer dans la variété de colza HOLL, dont l’huile a une haute teneur en acide oléique et une faible teneur en acide linolénique. Objectif, créer des huiles de colza pour l’industrie agro-alimentaire plus résistantes à la chaleur et utilisables en friture sans odeur, ou en salade à un prix trois à quatre fois inférieur à l’huile d’olive, se projette déjà Jean-Pierre Despeghel.

Répondre à l'interdiction de certains insecticides

En attendant, le sélectionneur doit faire face à un autre défi : comment aider les agriculteurs à protéger leur colza, alors que le nombre d’insecticides autorisés se réduit. Le Sénat se penche ainsi sur l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Or les alternatives préconisées "impliquent des passages supplémentaire aux champs, générant une augmentation de notre empreinte carbone et des insectes résistants aux insecticides", assure Jean-Pierre Despeghel. Au sein d’un consortium de semenciers, son équipe planche donc sur de nouvelles variétés de colza tolérantes à ces insecticides. Mais aussi avec des industriels du biocontrôle, ces alternatives non chimiques aux pesticides.

Gaëlle Fleitour

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 04:25

...à la fin de l'article:

"Nouvelles biotechnologies : accélérateurs de l'innovation génétique"

Le 7 avril s'est tenue une audition publique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Recherche, encadrement, statut juridique, potentiel agronomique, utilisations en médecine, enjeux éthiques : les nouvelles biotechnologies apparaissent révolutionnaire mais doivent être bien évaluées.

Plusieurs techniques de retouche génomique ont été développées au cours des vingt dernières années. La plus récente date de 2012 et révolutionne déjà les mécanismes de sélection. Il s'agit de la technique « Crispr-Cas9 », déjà très médiatisée. Cette méthode apporte une réelle révolution dans la sélection en réduisant les coûts et les délais de manière considérable. Les semenciers utilisent de nombreuses autres biotechnologies autrement appelées New plant breeding technologie (NPBT). Le Haut conseil des biotechnologies (HCB) a publié en février 2016 une note qui décrit ces techniques d'éditions du génome.

De leur côté, les parlementaires ont décidé de se forger son avis sur ces nouvelles biotechnologies car la Commission européenne devra donner une interprétation juridique de leur classification : sont-elles ou non des OGM ? Représentants de la recherche publique et privée, professeurs en médecine, sociologues, politologues, économistes… étaient réunis le 7 avril 2016 à l'occasion d'une audition publique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) organisée par le député Jean-Yves Le Déaut et la sénatrice Catherine Procaccia. Au-delà de la performance des méthodes de NPBT, les deux parlementaires soulèvent des questions économiques et éthiques.

« Nous avons trente ans de recul avec les OGM, a souligné le député Jean-Yves Le Déaut, qui a présidé députés l'audition organisée par l'OPECST. La stratégie qui prédomine est celle qui oppose les industriels aux anti-OGM et cela a conduit à une paralysie réglementaire. On a fait des lois pour ne pas cultiver des OGM mais en importer ». Son souhait : « Sortir d'une approche binaire ».

Le nécessaire temps de la recherche
Le champ d'application des NPBT est considérable. Pour Jean-Claude Pagès, professeur en médecine et président du comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies, on peut provoquer une cassure du génome et observer les conséquences de la réparation. On peut aussi changer une séquence et apporter une variation génétique, comme ce serait le cas dans la nature, ou introduire un gène exogène dans une plante. Le travail en cours du HCB est de qualifier ces modifications et voir si elles peuvent s'intégrer dans le cadre réglementaire. « Ce qui est compliqué dans le dernier cas », a-t-il souligné.

De son côté, Yves Bertheau, directeur de recherche à l'Inra et au Muséum d'histoire naturelle, estime que « la discipline d'édition du génome possède une panoplie de techniques pas toutes complètement maitrisées. Que ce soit Cripr-cas 9, Talens, il faut prendre son temps pour évaluer et laisser la société civile décider ». Il ajoute : « On parle actuellement du plat, pas de la cuisine… ». Eric Marois, chargé de mission à l'Inserm de Strasbourg parle de mutagenèse dirigée dans le cadre du programme qui a permis de rendre stériles des moustiques. Pour développer de tels systèmes, il juge important de bien différencier les espèces invasives, auxquelles on pourrait appliquer ce moyen de lutte, aux espèces autochtones afin de ne pas déséquilibrer les écosystèmes. Il pose la question d'un nécessaire encadrement, de la mise au point d'une stratégie d' « antidotes ».

Un potentiel en agronomie
En agronomie, le projet français Breedwheat réunissant des partenaires publics et privés a été lancé en septembre 2011. Aux États-Unis, une pomme de terre résistante au froid, un blé résistant à un champignon ou encore des vaches sans cornes sont déjà au stade de l'application. Michel Griffon, chercheur agronome et économiste, estime que ces techniques peuvent être inscrites dans le cadre d'une agriculture agro-écologique si elles apportent des mutations qui auraient pu se faire dans le cadre du vivant. Il voit un potentiel pour la résistance aux stress climatiques ou ceux liés aux ravageurs et parasites. Il met aussi en exergue la prudence sur la diffusion. Allusion faite aux risques de déploiement de phénomènes de résistances d'un ravageur par exemple.

Enjeu international
La technique fait déjà l'objet de dépôt de brevets, impliquant donc la présence de droits de propriété industrielle suite à son utilisation. André Choulika, pdg de Cellectis, interroge de son côté sur l'avenir de la recherche en Europe : « Si nous bloquons, nous allons revenir à la préhistoire de la recherche ». Et demande pourquoi une focalisation sur Crispr-cas 9 : « d'autres technologies que nous développons comme Talens sont bien plus efficaces ». Quant au champ d'investigation lié aux questions d'éthique, il est considérable. Jean-Claude Ameisen, médecin et président du comité consultatif nationale d'éthique, met en perspective la question des régulations internationales liées à ces techniques, notamment en médecine.

Crispr/Cas9, qu'est-ce que c'est ?
Le complexe Crispr/Cas9 (pronocez : krɪspəʳ) tire son nom de l'association d'une séquence d'information génétique nommé Crispr et d'une protéine, Cas9. Cette association est un « ciseau moléculaire ». Il permet de couper l'ADN à un endroit très précis. Une fois sectionné, l'ADN peut faire l'objet de modifications (inhiber certains gènes, couper des séquences entières, en introduire de nouvelles,…). L'information « où couper » est plus facilement modifiable dans le complexe Crispr/Cas9 que dans les autres « ciseau moléculaire » qui existent déjà. C'est ce qui fait que cette méthode a été nommée « découverte capitale de l'année 2015 » par le magazine Science.

A.D. - 20/04/2016

CRISPR : Révolution dans l’histoire humaine ou méga bombe à retardement ?

Alors que des chercheurs chinois annoncent avoir modifié le gène d’embryons humains afin de les rendre résistant au virus du Sida, la technologie qu’ils ont employée est sur toutes les lèvres.

Depuis quelques mois, ce mot imprononçable, CRISPR, arrive en effet de plus en plus souvent dans les manchettes des gazettes. Ce n’est pas une nouvelle marque de chips ou de boisson énergisante. Non, c’est un outil biogénétique capable de modifier le vivant, aussi simplement que vous le faites pour corriger ou améliorer, par copier-coller, votre prose dans un éditeur de textes. Une révolution scientifique dont la maternité revient à deux femmes, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, que nous avons déjà présentées dans UP’, et qui obtiendront sans nul doute, un jour prochain, le Prix Nobel.

CRISPR, prononcez « crispeur », est l’acronyme de Clustered regularly interspaced short palindromic repeats. Si on traduit cette expression en français pour tâcher d’être plus clair (Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées), on n’est guère plus avancé. Si on m’avait demandé de baptiser un outil en passe de révolutionner l’espèce humaine, j’aurais certainement choisi un autre mot. Mais on ne m’a rien demandé…

Le couteau suisse biologique

La révolution CRISPR a commencé en 2012 quand la française Emmanuelle Charpentier, associée à l’américaine Jennifer Doudna, démontrent qu’un mécanisme bactérien pouvait être détourné pour modifier, corriger ou réécrire le génome d’un organisme vivant. Et cela, aussi simplement et facilement que de corriger une faute d’orthographe ou modifier une phrase par un copier-coller dans un traitement de texte. De fait, cette technique est souvent associée à l’expression « édition – editing – du génome ». Souvent représenté par l’image d’un couteau-suisse biologique, CRISPR -Cas9, c’est son nom complet, renferme deux outils en un. L’un, « cas9 », est une protéine découpeuse d’ADN ; l’autre est un petit brin d’ARN, qui sert de guide afin de positionner l’enzyme Cas9 sur la section du ruban d’ADN que l’on souhaite découper. Imaginez des ciseaux qui vont précisément, au niveau d’un gène, sectionner un brin d’ADN et lui en substituer un autre. Un jeu d’enfant. On enlève le bout de gène défectueux ou indésirable et on le remplace aussi sec par un autre.

Quand on sait que de nombreuses maladies ont une origine génétique, on comprend que cette découverte mette le monde de la médecine sens-dessus- dessous. Car, comme l’explique David Blickard, le directeur du laboratoire de biologie de synthèse de l’Institut Pasteur à nos confrères du journal Les Échos, « La seule façon de véritablement guérir une personne d’une maladie génétique, c’est de corriger la ou les mutations génétiques associées ».

De la haute couture au sur-mesure

Utiliser des protéines découpeuses d’ADN n’est pas, en soi, une nouveauté. Dès les années 1960, les généticiens travaillent à manipuler de l’ADN à l’aide de protéines, des nucléases, pour certaines programmables. Mais il s’agit d’un travail de haute expertise, fait de nombreux essais-erreurs, nécessitant des moyens considérables. Hervé Chneiweiss, président du Comité d’éthique de l’Inserm confie qu’avec CRISPR on est passé du sur-mesure à la fabrication en série. De Chanel, à Zara. En effet, et cela ne manque pas de faire froid dans le dos, CRISPR est à la portée de (presque) tout le monde. David Blickard affirme : « Avec CRISPR, reprogrammer une nucléase ne représente plus que quelques jours de travail et quelques dizaines d’euros de matériel, autant dire rien ». Si vous vous y connaissez un peu en biologie, vous pourrez vous amuser à manipuler CRISPR pour éliminer et remplacer un gène.

Avec cette découverte, tout ou presque devient possible en ingénierie génétique humaine, animale ou végétale. On peut ainsi activer ou éteindre à volonté l’expression d’un gène, le modifier, l’enlever, l’hybrider. Alain Fischer, professeur au Collège de France, interrogé par l’Obs le 10 décembre 2015 déclarait que le CRISPR -Cas9 constituait « un saut technologique majeur en sciences de la vie et peut-être demain dans la thérapie génique. Nous savions déjà modifier et couper de l’ADN, mais pas de façon aussi précise et aussi aisée ».

Convoitises et expérimentations tous azimuts

Une telle simplicité d’utilisation ne manque pas d’attiser les convoitises et de tenter toutes sortes d’expérimentations. La dernière en date a fait la semaine dernière, la une de tous les journaux du monde : des chercheurs chinois seraient parvenus à modifier le gène d’embryons humains afin de les rendre résistants au virus du Sida. L’année dernière, d’autres biologistes, chinois eux-aussi de l’université Sun Yat-Sen, à Canton avaient utilisé CRISPR -cas9 sur des embryons humains porteurs d’une grave maladie du sang. L’expérience s’était soldée par un succès total puisque 7 embryons sur les 86 qu’ils avaient traités ont présenté des cellules avec un gène réparé. Mais ce n’est qu’un début.

De nombreuses startups évoluant dans le domaine des biotechs ont éclos dans le sillage de cette invention. eGenesis, un des pionniers de la xenotransplantation, introduit des gènes humains dans des fœtus de porcs afin de fabriquer des poumons transplantables sur l’homme. Recombinetics crée avec la même technique des vaches sans cornes afin qu’elles se blessent moins dans les élevages. Une équipe de chercheurs de l’Imperial College of London travaille, par la technique génétique du CRSIPR-cas9, à l’éradication des moustiques Anopheles gambiae, l’un des principaux vecteurs du paludisme.

La seule citation du mot CRISPR déclenche un inventaire à la Prévert d’applications possibles. Déjà plus de 1300 articles scientifiques ont été consacrés à cette méthode et pas moins de 4000 laboratoires répartis partout dans le monde y travaillent. Les expérimentations vont bon train, encadrées avec plus ou moins d’efficacité par le bon sens si ce n’est l’éthique scientifique ou la réglementation. S’ajoute à cette course contre la montre une compétition féroce pour l’attribution de brevets, de parts de marché ou d’avantages concurrentiels entre pays. Une géopolitique du CRISPR est en effet en train d’émerger avec d’un côté les pays sensibles aux dimensions éthiques et d’autres, moins regardant, qui recherchent avant tout à placer leurs pions sur l’échiquier mondial des biotechs.

Toutes sortes d’applications sont envisagées : thérapie génique, reconstitution d’espèces animales disparues, inactivation de gènes pour stériliser certaines espèces animales, modifications d’embryons humains à portée eugénistes ou thérapeutiques, etc. Mais aussi, applications craintes mais possibles dans des buts criminels ou terroristes. Et applications désormais industrialisées dans le domaine des biotechs végétales avec la mise sur le marché d’OGM « cachés » grâce à l’emploi du CRISPR.

Devant ce déferlement d’applications, les deux femmes qui ont inventé CRSPR s’avouent elles-mêmes un peu dépassées par les événements. Interrogée par Le Monde, Jennifer Doudna déclare : « Vous savez, même pour nous, c’est époustouflant. Le système que nous avons décrit il y a presque quatre ans est utilisé par tous les laboratoires de génétique. C’est assez inhabituel qu’une technologie perce à cette vitesse. Je pense que c’est dû à la facilité de sa mise en œuvre et au fait qu’elle fonctionne vraiment bien dans la plupart des cellules et des organismes, pour des raisons qu’on essaie encore de comprendre. Il faut aussi souligner que Crispr-Cas9 a été découvert alors que l’ensemble des biotechnologies qui l’accompagnent étaient déjà disponibles, notamment celles de séquençage des génomes. L’environnement était mûr. »

Engouement et inquiétudes

CRISPR est, parmi les biotechs actuelles, celle qui suscite le plus d’engouement mais aussi le plus d’inquiétudes. Dès les premières publications consacrées à cette technologie, les scientifiques ont compris qu’ils avaient là un outil des plus prometteurs pour vaincre les maladies mais aussi un des plus dangereux, un de ceux qui ne peuvent manquer de susciter des interrogations éthiques profondes.

Un rassemblement de chercheurs à Washington en décembre 2015, ressemblant étrangement à celui d’Asilomar tenu en 1975 qui s’inquiétait alors de la possible dissémination dans l’environnement de bactéries OGM, a appelé à « une grande vigilance ».

D’autres groupes internationaux de travail se sont constitués et devraient publier leur réflexion fin 2016. En France, l’Académie de médecine et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) devraient « réfléchir à de nouvelles recommandations » dans les prochaines semaines. Pour Hervé Chneiweiss, la principale préoccupation réside dans l’application de CRISPR aux espèces vivantes nuisibles (par exemple les moustiques transmettant le paludisme), car l’impact de la modification de leur génome sur la biodiversité n’a pas encore pu être évalué. Interrogé par l’AFP, Jean Marie Le Méné se montre « prudent » et « distingue l’usage que l’on fait de l’outil », car les modifications génétiques de l’embryon humain pourraient s’apparenter à de l’eugénisme. En outre, « les gamètes doivent rester absolument intouchables » et « devraient avoir un statut ontologique particulier ».

Les débats dans la communauté scientifique vont bon train. Mais curieusement, la société civile semble comme absente. Loin de ces questions qui jouent pourtant son avenir.

Sujet sensible

Dans le duo des biologistes à l’origine du CRSIPR on sent, sur ces questions, une certaine discordance, preuve s’il en fallait de l’extrême sensibilité du sujet.

Jennifer Doudna est la plus sensible à la dimension éthique de son innovation. Dans un échange avec l’AFP elle déclare : « Il y a un risque de surexcitation autour de cet outil, qui pourrait conduire des gens, même bien attentionnés, à pratiquer des expériences susceptibles d'avoir des effets inattendus ». Elle poursuit : « J'espère que la communauté scientifique va accepter de procéder suffisamment lentement pour éviter de mauvaises choses. » Fabriquer des bébés sur mesure, en sélectionnant leurs caractères physiques ou intellectuels, ne serait « certainement pas une bonne chose ». « Mais je pense que la tentation va croître à mesure que les techniques s'amélioreront », reconnaît-elle.

Interrogée par Le Figaro, sa consœur Emmanuelle Charpentier semble moins inquiète. À la question « La technologie Crispr-Cas9 étant très simple d'utilisation et peu coûteuse, ne craignez-vous pas qu'elle vous échappe et soit utilisée à des fins en contradiction avec votre éthique personnelle ? » elle répond : « J'y ai pensé, bien sûr. Je suis généticienne, et dès lors que l'on manipule le patrimoine génétique du vivant, on est sensibilisé à ce risque. Mais je n'y ai pas plus pensé que d'ordinaire. Ces questions ne sont pas nouvelles et il existait déjà avant CRISPR des comités d'éthique dédiés. Certes, CRISPR -Cas9 relance un peu le débat en raison de sa facilité d'utilisation. C'est pourquoi il est important que tous les acteurs de la société - les scientifiques, les cliniciens, les experts en éthique, le public - puissent comprendre les possibilités qu'offre cette technologie et les dérives possibles. De cette façon, on pourra prendre des décisions un peu plus ciblées dans les textes de régulation, qui sont assez globaux, tout en préservant la capacité d'innover dans la recherche. ».

De la thérapie, à l’amélioration, et au transhumanisme

CRISPR est de ces inventions qui portent à la fois l’admiration et la peur. D’un strict point de vue thérapeutique, cette technologie suscite des espoirs extraordinaires. En effet, certaines de nos maladies sont directement liées à des variantes de nos gènes. C’est le cas pour ne citer que les plus fréquentes, de certaines maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Dans d’autres cas, les médecins ont constaté que certains gènes protégeaient de la maladie. C’est le cas du gène CCR5, un récepteur qui permet l’entrée du virus du sida. Chez de rares personnes, ce gène est muté, ce qui le rend réfractaire à l’infection du VIH. Le CRISPR permettrait, en théorie, de généraliser l’inactivation de ce gène pour rendre tout le monde résistant à cette infection. C’est ce qu’ont tenté de faire les scientifiques japonais en travaillant sur des embryons humains. On peut toutefois se demander si cette modification du génome ne risque pas de provoquer des effets délétères. Sommes-nous sûrs de cela ? Et a-t-on le droit de modifier ce gène pour toute notre descendance quand on sait que le même CCR5 permet aussi au système immunitaire de combattre certaines infections virales. ?

Le cas des utilisations thérapeutiques pose problème mais les partisans d’une vision optimiste des choses expliqueront que toutes les précautions pourront être prises pour que des expérimentations, nombreuses s’il le faut, soient menées sur des animaux, afin que tous les effets pervers puissent être contrôlés. C’est le discours normal de la science qui innove. D’autre part, quel parent pourrait s’opposer à mettre en œuvre ces techniques si on lui garantit que son enfant sera exempt de ces maladies et qu’il vivra en bonne santé ?

Toutefois, avec la même technologie, on peut aussi facilement passer de la thérapie à l’amélioration. Certains, déjà nombreux, pensent que ce type de techniques pourrait être utilisé pour augmenter les performances humaines : courir plus vite, avec plus d’endurance, plus de force, etc… En travaillant sur les gènes ont pourrait être plus intelligent, augmenter le QI de l’enfant à venir. C’est là le rêve des transhumanistes dont le slogan « From chance to choice » , de la Chance au choix, ouvre les porte d’un nouvel eugénisme. Certains scientifiques, comme en France Laurent Alexandre, vont encore plus loin. Dans son livre La mort de la mort, il expliquait déjà en 2011 que si l’on se place du point de vue de la théorie de l’évolution, le recours à des manipulations génétiques de cette ampleur ne serait pas une option mais une nécessité absolue pour la survie de l’espèce en raison de l’affaiblissement de la sélection naturelle dans nos pays ultracivilisés et médicalisés.

Dans son dernier livre La Révolution transhumaniste, le philosophe Luc Ferry note que l’utilisation de ces technologies pour modifier les enfants à venir pose une question non seulement d’éthique mais aussi de responsabilité. En effet, les enfants pourraient reprocher à leurs parents, trop frileux sur l’usage des technologies génétiques, de ne pas avoir exploité toutes les possibilités pour les débarrasser d’une maladie potentielle, voire pour les « améliorer ». Cette logique de l’enfant « réifié », c'est-à-dire de l’enfant devenu un objet façonné par la volonté de ses parents, accroit la responsabilité dans des proportions sidérales. Les parents deviennent responsables de choisir comme de faillir dans le choix des bonnes caractéristiques de leurs enfants.

Bienvenue à Gattaca

Dans l’hypothèse où l’on se débarrasse des questions éthiques, philosophiques ou morales et que l’on considère que Bienvenue à Gattaca est la norme, il n’en demeure pas moins que ces technologies posent un problème économique.

L’ingénierie génétique coûtera cher, très cher, si on envisage, dans un élan de bonnes intentions, de l’appliquer à tous les humains vivants sur cette planète. Laurent Alexandre pense qu’il va être « difficile dans les prochaines décennies d’éviter une forme de « rationnement génétique et biotechnologique », c'est-à-dire une médecine à deux vitesses ». Nos économies occidentales à faible croissance ne pourront assumer ces nouvelles catégories de dépenses qui exploseront sur les embryons, sur les enfants et les jeunes adultes. Les dépenses de santé aujourd’hui concentrées sur les personnes âgées, devront être attribuées plus tôt dans la vie d’un individu puisque les prédispositions aux maladies seront connues dès la naissance voire avant, au stade fœtal.

En réalité, une profonde inégalité s’installera. Avec une couche privilégiée de la société qui s’améliorera elle-même et sa progéniture, et une autre, certainement la plus nombreuse. Luc Ferry pense même « Pire encore, plusieurs humanités pourraient coexister dans l’avenir, comme ce fut d’ailleurs le cas dans le passé, au temps de Néandertal et de Cro-Magnon. » Des temps de coexistence tout sauf pacifiques.

CRISPR n’a pas fini de nous poser des questions. Aurons-nous toutes les réponses ? Sans y prétendre, tâchons d’être vigilants et concernés, au moins en tant que membre de l’espèce humaine. Plus concrètement, comprenons que les innovations de cette ampleur posent des défis politiques majeurs puisqu’elles ont la puissance d’impacter, à terme, tout l’ordre social et la stabilité des sociétés, voire leur pérennité. Elles doivent être enracinées par les dirigeants publics, nationaux et internationaux, dans des écologies institutionnelles responsables dans lesquelles la participation du public ne saurait être évacuée. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui pour ce qui concerne les défis que pose CRISPR.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 02:25

Extrait : « Pour une modification avec l’enzyme Cas9, on compte actuellement plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de modifications “off-target”, ce qui est considérable », indique le médecin Laurent Alexandre, fondateur de la société de séquençage de l’ADN DNAVision.

Crispr, la découverte qui met la génétique en ébullition, Les ...

www.lesechos.fr

Yann Verdo / Journaliste | Le 15/04 à 07:00, mis à jour à 07:28

Les chercheuses Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna sont prises dans un véritable thriller scientifico-juridico-commercial depuis qu’elles ont découvert une technique révolutionnaire de modification de l’ADN. Un confrère revendique la paternité du procédé. La course aux applications thérapeutiques est lancée, alors que les questions éthiques sont encore nombreuses…

On dirait un techno-thriller à la Tom Clancy. Sauf que tout est vrai. Une découverte génétique révolutionnaire se répandant comme une traînée de poudre dans les laboratoires du monde entier. Des scientifiques chinois qui font resurgir le spectre de « bébés génétiquement modifiés » en annonçant s’être servis de la nouvelle technique pour manipuler l’ADN d’embryons humains. Une des codécouvreuses à l’origine de ce maelström qui, tel le docteur Frankenstein, semble prendre peur et appelle ses confrères à un moratoire… Mais aussi trois start-up de biotechnologies dans les starting-blocks, prêtes à se lancer à l’assaut d’un marché thérapeutique potentiellement colossal. Des fonds de capital-risque qui n’hésitent pas à investir plusieurs dizaines de millions de dollars sur la foi de simples promesses. Des géants de la Big Pharma aux aguets. Et, pour couronner le tout, une bataille juridique aussi implacable que discrète entre de puissantes universités (Berkeley d’un côté, le MIT de l’autre) se disputant l’antériorité de la découverte et la propriété des brevets y afférents… Non, vraiment, l’auteur d’Octobre rouge n’aurait pas imaginé mieux.

Ou plutôt si : il aurait sans doute choisi un nom plus sexy pour désigner la technique en question. Crispr – prononcez « crispeur » –, acronyme anglais pour Clustered regularly interspaced short palindromic repeats (« Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées », si tant est que ce soit plus clair en français), ce n’est vraiment pas terrible. Mais les scientifiques ne sont pas des romanciers, il est vrai.

C’est à un duo de chercheuses, la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna, que l’on accorde généralement la « maternité » de ce nouvel outil appelé à transformer la génétique. À l’origine, il s’agit d’un mécanisme de défense immunitaire de certaines bactéries contre des virus. Découvert dans les années 1980, son fonctionnement a fait l’objet, dans les années 1990 et 2000, de multiples recherches auxquelles Emmanuelle Charpentier a largement pris sa part. La « révolution Crispr » a commencé à mettre sens dessus dessous la communauté scientifique mondiale en 2012, quand la Française, alliée à Jennifer Doudna, a démontré que ce mécanisme bactérien pouvait être détourné pour retoucher ou récrire le génome d’un organisme vivant. Avec la même facilité et la même souplesse d’utilisation qu’un couper-coller dans un traitement de texte. D’où l’expression d’« édition du génome » souvent associée à cette technique, au sens d’« editing » en anglais.

Une révolution médicale

Le potentiel médical de Crispr est à la mesure de l’intérêt que lui portent investisseurs et compagnies pharmaceutiques : énorme. « La seule façon de véritablement guérir une personne d’une maladie génétique, c’est de corriger la ou les mutations génétiques associées », fait remarquer David Bikard, directeur du laboratoire de biologie de synthèse de l’Institut Pasteur. C’est justement ce que laisse espérer Cripsr. Tel un mini-couteau suisse, il renferme deux outils. L’un est une protéine découpeuse d’ADN dénommée Cas9 ; l’autre, un petit brin d’ARN, dit « ARN-guide », qui, comme son nom l’indique, guide l’enzyme Cas9 sur la section du ruban d’ADN que l’on souhaite découper. Avec le système Crispr-Cas9, cibler l’ADN au niveau d’un gène donné, le sectionner, lui substituer un variant, comme on remplace une pièce de Lego par une autre, devient un jeu d’enfant.

Dans le secret de leur laboratoire, les généticiens jouent à ce petit jeu depuis quelques années déjà. Les protéines découpeuses d’ADN (nucléases) ne sont pas une nouveauté. L’histoire du génie génétique leur est même étroitement liée. Leur découverte, à la fin des années 1960, a rendu possibles, dès la décennie suivante, les premières manipulations génétiques sur des bactéries. Seconde révolution trente ans plus tard, au début des années 2000, lorsque les biologistes mettent au point les premières nucléases artificielles et, surtout, programmables. Autrement dit, de jolies paires de ciseaux pour couper l’ADN où l’on veut et faire de la haute couture avec de l’étoffe génétique. Les biologistes ne s’en sont pas privés. En 2010, la première génération de ces protéines miracles a été éclipsée par une seconde, les TALENs, plus précises.

Dans ces conditions, pourquoi parler de révolution ou même de « véritable tsunami » – comme le fait Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm – à propos de Crispr ? Avec lui, on passe de la haute couture à la fabrication en série, façon Zara ou H&M. « Tout étudiant en biologie de niveau master qui dispose des équipements standards d’un laboratoire est à même de manipuler le système Crispr-Cas9 pour éliminer un gène », déclare Emmanuelle Charpentier, de son léger accent anglo-saxon (elle a quitté la France voici vingt ans). « Un véritable saut a été fait en matière de durée et de coût, confirme David Bikard. Avec Crispr, reprogrammer une nucléase ne représente plus que quelques jours de travail et quelques dizaines d’euros de matériel, autant dire rien. »

Réaliser une telle découverte a changé la vie de la chercheuse Emmanuelle Charpentier. Depuis 2012, elle a reçu plus d’une trentaine de prix et distinctions. Formée à l’Institut Pasteur où elle obtient son doctorat en microbiologie en 1995, elle effectue des recherches sur le système immunitaire des bactéries à l’université de Vienne de 2002 à 2008, puis à celle d’Umeå, au nord de la Suède. Lors d’un séminaire, en 2011, elle rencontre Jennifer Doudna, de l’université de Berkeley, spécialisée en biologie structurale. Et décide de faire alliance avec elle pour approfondir sa compréhension de Crispr-Cas9. « Je savais que la protéine Cas9 était intéressante, je voulais en connaître la structure », raconte la Française. Collaboration payante ! « Ensemble, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna parviennent à assembler toutes les pièces du puzzle et reconstituer dans sa totalité le mécanisme moléculaire de Crispr-Cas9 », commente David Bikard. Leurs travaux paraissent dans la prestigieuse revue Science en juin 2012. Ce papier met le feu aux poudres. Le 9 novembre 2014, les deux femmes se retrouvent à Mountain View en Californie pour recevoir, dans une ambiance de gala, le prix 2015 de la Breakthrough Prize Foundation, créée en 2012 par les rois du Net (dont Mark Zuckerberg et Sergey Brin). Et, accessoirement, empocher chacune les 3 millions de dollars qui vont avec – une somme inégalée pour un prix scientifique, qu’Emmanuelle Charpentier compte utiliser « pour créer une fondation ou, à défaut, investir dans une fondation existante ».

Mais il y a une ombre au tableau. Parmi le public de stars qui se trouvait à Mountain View ce jour-là, un homme brillait par son absence. Un jeune prodige des sciences travaillant au Broad Institute, le centre de recherches biomédical et génomique affilié au MIT et à Harvard : Feng Zhang. Lequel avait reçu sa propre récompense sept mois plus tôt. En avril de cette même année 2014, le Bureau américain des brevets et des marques de commerce (USPTO) lui avait accordé le premier brevet relatif à Crispr-Cas9. Résumons : le prix, et donc la reconnaissance scientifique pour une équipe ; le brevet, et donc la propriété intellectuelle pour l’autre… Bel imbroglio !

Guerre des brevets

Comment en est-on arrivé là ? Feng Zhang, qui a quitté la ville de Shijiazhuang en Chine pour Des Moines, dans l’Iowa, à l’âge de 11 ans, est ce qu’on pourrait appeler un crack. À 16 ans, il travaillait déjà vingt heures par semaine dans un laboratoire de thérapie génique. En février 2011, il aurait entendu parler de Crispr de la bouche d’un microbiologiste de Harvard. Instantanément captivé, il aurait dévoré seul toute la littérature scientifique sur le sujet. Moins de deux ans plus tard, en janvier 2013, il signe dans Science un article qui explique comment utiliser Crispr-Cas9 sur des cellules humaines, aujourd’hui le papier le plus cité du domaine.

Au dire du Sino-Américain, l’article d’Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna de juin 2012 ne lui a rien appris qu’il ne savait déjà. Son OPA surprise sur le premier brevet accordé – alors qu’Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna avaient déposé leur demande aux États-Unis quelques mois avant lui – a sonné comme un coup de tonnerre. À bien y regarder, deux précautions décisives ont permis ce Blitzkrieg victorieux. Primo, le Broad Institute de Feng Zhang a accepté de payer un extra à l’USPTO pour qu’il examine la demande de brevet plus vite qu’à l’ordinaire. Secundo, Feng Zhang a pris soin d’annexer au dossier des milliers de pages, ses propres « carnets de laboratoire », relatant par le menu tout son travail depuis 2011. La preuve, selon lui, qu’il avait tout décortiqué et compris, seul.

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, qui comme Feng Zhang ont créé chacune leur start-up pour se lancer à l’assaut du marché thérapeutique, ne s’avouent pas vaincues. En avril 2015, l’université de Berkeley a saisi l’USPTO, qui a accepté de réexaminer le brevet accordé au chercheur du Broad Institute. Le début d’une longue guerre de tranchées ? « Cela pourra prendre quelques mois comme plusieurs années, estime David Bikard. Tout dépendra des preuves – carnets de laboratoire, e-mails… – fournis par les uns et les autres. »

Pendant ce temps, la recherche continuera. Et la technique s’affinera. Car, pour supérieur qu’il soit aux précédents ciseaux moléculaires, le système Crispr-Cas9 reste perfectible. Notamment sur un front, celui que les spécialistes appellent les « off-target effects ». On désigne ainsi les modifications non désirées quand on utilise Crispr-Cas9. « Pour une modification avec l’enzyme Cas9, on compte actuellement plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de modifications “off-target”, ce qui est considérable », indique le médecin Laurent Alexandre, fondateur de la société de séquençage de l’ADN DNAVision. La plupart sont bénignes, mais pas toutes. D’ores et déjà, certains chercheurs – dont l’incontournable Feng Zhang – ont mis au point des versions améliorées, plus précises, de l’enzyme Cas9, voire proposé d’autres enzymes. Laurent Alexandre considère que, d’ici à 2025, ce problème aura été régléet que Crispr-Cas9 commencera alors à révolutionner la médecine. L’ère de la « chirurgie du génome », prédite par Emmanuelle Charpentier, pourra véritablement commencer.

Des vaches sans cornes

Reste la brûlante question éthique : que va-t-on faire de Crispr-Cas9, une fois les problèmes juridiques et techniques résolus ? Ce nouvel outil peut être utilisé à bien d’autres fins que la correction des mutations provoquant les maladies génétiques. Des biotechs américaines comme eGenesis ou Revivicor se sont emparées de Crispr-Cas9 pour introduire des gènes humains dans des fœtus de cochons afin qu’ils développent des poumons transplantables à l’homme. Recombinetics, autre biotech américaine, a donné naissance, par la même technique, à des vaches sans cornes. En décembre dernier, une équipe de chercheurs de l’Imperial College London a expliqué que, avec Crispr-Cas9, on pourrait éradiquer en deux ou trois ans tous les moustiques de l’espèce Anopheles gambiae, l’un des principaux vecteurs du paludisme. À vrai dire, les applications possibles semblent innombrables.

Bien sûr, ce sont les applications sur l’homme qui soulèvent le plus de questions. En avril 2015, des biologistes chinois de l’université Sun Yat-Sen, à Canton, ont suscité un tollé en annonçant avoir utilisé Crispr-Cas9 sur des embryons humains porteurs d’une grave maladie du sang. L’expérience n’a pas été un franc succès, puisque seuls 7 des 86 embryons ont présenté des cellules avec un gène réparé. Mais ce n’est qu’un début. D’autres pays emboîtent déjà le pas à la Chine. Début février, l’autorité britannique de régulation, la Human Fertilisation and Embryology Authority, a donné son feu vert à des expériences sur des embryons humains. Contrairement à Jennifer Doudna, Emmanuelle Charpentier n’a pas appelé à un moratoire sur l’utilisation de Crispr-Cas9. Beaucoup de buzz pour peu d’effets, estime-t-elle en substance. Elle ne souhaite pas pour autant voir tous les potentiels apprentis sorciers de la planète se ruer tête baissée dans la brèche. « Quand on fait comme moi de la génétique depuis de nombreuses années, il est naturel de se poser des questions d’ordre éthique sur les implications de ses propres recherches », dit-elle. Indépendamment de toute considération morale ou réglementaire, le spectre de « bébés sur mesure » lui paraît d’ailleurs encore bien lointain. « La technique n’en est pas encore là », affirme-t-elle.

Laurent Alexandre est plus pessimiste. La technique va vite se perfectionner et surtout, souligne-t-il, « la société est profondément transhumaniste. Les gens sont prêts à tout accepter pour moins vieillir, moins souffrir, moins mourir. Quels arguments pourra-t-on opposer, demain, aux parents qui voudront que leur bébé naisse sans la mucoviscidose ou telle forme de myopathie ? » Où fixer la limite, et sur quels critères ? « Savez-vous qu’on peut désormais, à partir de l’empreinte génétique d’un fœtus, reconstituer le visage en 3D du futur bébé ? », poursuit l’auteur de La Mort de la mort. Pour lui, c’est principalement sur le terrain du QI – qui a une base génétique, même si non pas un mais de nombreux gènes concourent probablement à un QI élevé – que se fera sentir la pression sociale. « Limiter l’eugénisme deviendra de plus en plus difficile. Aujourd’hui, 97% des trisomiques sont avortés et cela ne choque personne. Dans une ou deux générations, les parents voudront que leur enfant naisse avec les “bons” variants génétiques de l’intelligence, ceux qui leur assureront un QI assez élevé pour résister à la déferlante de l’intelligence artificielle et trouver leur place dans la société de 2050. »La fin de l’histoire Crispr reste à découvrir. Espérons qu’elle donne son sens à tout ce qui a précédé. Comme dans les thrillers de Tom Clancy.

Trois start-up rivales pour exploiter Crispr

Crispr Therapeutics Fondée en 2014 par Emmanuelle Charpentier avec son ami de longue date Rodger Novak, un microbiologiste allemand. La start-up lève tout de suite 25 millions de dollars auprès de Versant Ventures. Établie à Bâle, la société a ses équipes et ses labos à Cambridge (Massachusetts). En octobre 2015, premier accord stratégique avec Vertex Pharmaceuticals pour des traitements contre la mucoviscidose. En décembre, la société a formé une joint-venture avec l’allemand Bayer, qui va investir 300 millions de dollars sur cinq ans en recherche et développement dans la coentreprise.

Intellia Lancée fin 2014 par le fonds Atlas Venture et Caribou Biosciences, la société créée par Jennifer Doudna en 2011. Dès sa naissance, Intellia signe un accord sur cinq ans avec Novartis et se positionne sur le créneau des applications thérapeutiques ex vivo. Les cellules (du sang ou de la moelle osseuse) sont prélevées sur le patient, placées en culture le temps que le système Crispr modifie le gène défectueux, puis réinjectées dans l’organisme de la personne. Deux domaines visés : le cancer et les maladies du sang (leucémies, malaria, anémies…).

Editas Medicine Le futur plus gros « player » du secteur ? Le grand méchant loup ? Editas Medicine est la start-up de Feng Zhang, ce jeune prodige américain qui conteste au duo Charpentier-Doudna la paternité de Crispr. Lancée en novembre 2013 et établie aussi à Cambridge (Massachusets), Editas Medicine a pour actionnaires de départ Flagship Ventures, Polaris Partners et Third Rock Ventures. Durant l’été 2015, la société a levé 120 millions de dollars auprès d’un pool d’investisseurs comprenant Google Ventures. En janvier, elle a été la première entreprise spécialisée dans Crispr à s’introduire en Bourse.

Emmanuelle Charpentier, occasion perdue pour la recherche française ?

Partie de France il y a vingt ans, l’ancienne doctorante de l’Institut Pasteur vit aujourd’hui en Allemagne où elle dirige l’Institut Max-Planck de biologie des infections, à Berlin, après avoir fait escale aux États-Unis (New York, Memphis), en Autriche (Vienne), en Suède (Umeå)… Toujours la bougeotte. Et un appétit d’ogre pour l’action. « Emmanuelle Charpentier est une entrepreneuse. Elle vous démarrerait un labo sur une île déserte », sourit Patrice Courvalin, son ancien directeur de thèse à l’Institut Pasteur. « Elle est extrêmement sympathique, parce qu’elle n’a jamais été imbue de sa personne et que le succès ne lui est pas monté à la tête », continue-t-il. Bénéficiant de généreux financements en Allemagne, Emmanuelle Charpentier n’envisage pas de refranchir le Rhin. Une occasion perdue pour la science tricolore ? Patrice Courvalin le pense, et ne mâche pas ses mots. « En 2011, alors qu’elle voulait rentrer de Suède, elle a fait une tournée de séminaires pour présenter son travail dans diverses villes européennes. La seule institution qui ne lui a pas fait de proposition à la hauteur a été l’Institut Pasteur. C’est désolant, et prouve l’insondable médiocrité de la direction de l’époque. »

génétique avance à pas De géants

1953 Le généticien américain James Watson et le biologiste britannique Francis Crick présentent le modèle en double hélice de la molécule d’ADN, qui leur vaut le prix Nobel en 1962.

1978 Un gène humain codant l’insuline est introduit dans la bactérie Escherichia coli afin que celle-ci produise de l’insuline humaine. C’est le premier OGM. Suivront très vite un premier animal (1982) et un premier végétal (1983).

1990 Le projet Génome humain entreprend de décoder les 3,2 milliards de paires de bases du génome humain. Treize ans de travail pour un coût total de 2,7 milliards de dollars.

1995 Craig Venter, un biotechnologiste américain, achève le premier séquençage complet du génome d’un organisme vivant, une bactérie .

1996 Le 5 juillet naît au Royaume-Uni la brebis Dolly , premier mammifère venu au monde par clonage.

2010 Craig Venter et son équipe synthétisent in vitro l’ADN d’une bactérie et l’introduisent dans une bactérie d’espèce différente, qui l’assimile et s’autoréplique normalement. The Economist titre sur Craig Venter : « And man made life ».

2012 Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna cosignent dans la revue Science l’article fondateur de la révolution Crispr-Cas9.

Mai 2013 Le généticien américain Shoukhrat Mitalipov obtient par clonage un embryon d’homme. Après s’être développé une demi-douzaine de jours in vitro, l’embryon est détruit .

Mars 2014 Une équipe du MIT utilise Crispr-Cas9 sur la souris pour corriger une maladie du foie jusque-là incurable.

Décembre 2014 Phil Holliger de Cambridge et Piet Herdewijn de l’université d’Évry montrent qu’on peut créer en laboratoire des types d’acide nucléique de structures différentes de l’ADN et de l’ARN. Ces acides xénonucléiques (XNA) peuvent aussi transmettre l’hérédité. Vers de nouvelles formes de vivant

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 06:01
France Première victoire contre les violences policières

Moins d'un mois après la publication de notre rapport sur les violences policières, le quotidien Le Monde a révélé que la police française allait enfin recenser les cas de violences policières. L’ACAT salue cette première avancée, mais estime cependant que les données qui vont être dénombrées sont trop parcellaires, ce qui risque de laisser dans l’ombre un grand nombre de violences policières.

> En savoir plus

France. L’ONU examinera bientôt les abus policiers de la France

L’examen de la France par le Comité contre la Torture (CAT) aura lieu du 18 au 22 avril. A cette occasion, le collectif "Stop le contrôle au faciès" a rendu un rapport alternatif faisant état d’entorses graves à la Convention contre la torture, instaurée par les Nations Unies.,, ,,Déjà mentionnées dans le rapport annuel sur les droits de l’homme des Etats-Unis, les violences policières commises en France seront soulignées par le CAT. Les associations du collectif "Stop le contrôle au faciès" seront représentés par des membres d’"Urgence Notre Police Assassine" (UNPA), lors de la session à Genève les 18 et 19 avril. Le but est de « sensibiliser les experts du Comité à ses préoccupations et ses recommandations » selon un communiqué.,,Le rapport alternatif signal « des traitements cruels infligés par des agents de la fonction publique, des violences physiques et verbales associées aux contrôles d’identité » mais aussi des « fouilles et palpations dégradantes ». Plusieurs personnes sont mortes pendant ou après des interpellations extrêmement violentes. Ces actes n’ont pas été sanctionnés à cause de la « non-reconnaissance du statut de victime par l’Etat dans le cadre des abus policiers ». Selon le rapport « Les actes de torture et de traitements inhumains interviennent dans un contexte de discrimination raciale, sociale et religieuse institutionnalisée » et « instaurent un climat d’intimidation ». Près de 2300 témoignages ont été recueillis.,, ,,Parmi ces témoignages…,,Un témoin de la scène de l’interpellation d’Amadou Koumé, 33 ans, qui a provoqué sa mort. Le 5 mars 2015, la victime est arrêtée par la brigade anti-criminalité(BAC). Selon le témoin, un agent de la BAC l’attrape par le cou « en plaçant son bras contre son cou et en le plaçant contre son torse. Il s’est abaissé dans les bras des policiers et a commencé à suffoquer, l’agent de la BAC l’a entrainé dans sa chute en continuant à l’étrangler ». Il est ensuite plaqué au sol. « Il se débattait et donnait l’impression d’avoir peur de mourir. À ce moment-là, on sentait qu’il n’arrivait pas à reprendre son souffle : il émettait des cris d’agonie et d’étouffement ». L’homme est décédé dans la nuit des suites de ses blessures, le procureur a prononcé un non-lieu en novembre 2015.,,Jean-Paul, 15 ans, à Saint-Ouen : « Un plus grand, de 17 ou 18 ans, a commencé à faire le malin, à dire "vous n'avez pas le droit de venir comme ça nous contrôler, on est dans notre cité, on est chez nous". Les policiers l'ont pris dans une camionnette, ils l'ont frappé et relâché ».,,Hakim, 16 ans, à Sainte-Geneviève-des-Bois : « Ils ont dit "la prochaine fois, on ne vous contrôle même pas. On bloque la porte avec un bâton, on met 3 mains par le trou et 3 gazeuses, et on vous laisse 1h à l'intérieur pour que vous voyez l'effet que ça fait". Et ils rigolaient ».,,Sami, 18 ans, à Strasbourg : « Ils voulaient faire une palpation mais mon pantalon était trop épais. J'ai dit que je n'étais pas connu des services et leur ai proposé d'appeler pour vérifier, mais ils ont refusé. Je leur ai proposé d'aller au poste pour que je retire mon pantalon.Y en a un qui m'a baissé mon pantalon dans la rue. Ils m'ont rendu mes papiers. Ils ne m’ont pas touché quand j'étais en caleçon. Ils sont partis ».,,Fatima, sœur de la victime Karim, à Romainville : « Il lui mettait la main sur la bouche et lui pinçait le nez, et il lui a dit "est-ce que tu vois du sable et des chameaux ici ? on n'est pas chez toi ici ! ».,,L’augmentation des libertés données aux agents des forces de l’ordre pour la lutte anti-terroriste inquiète au plus haut point ...,,Lina Badreddine,- See more at: http://www.lecourrierdelatlas.com/1121014042016L-ONU-examinera-bientot-les-abus-policiers-de-la-France.html#sthash.0AisG4bK.dpuf

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Petit mémo : L’AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services est un accord signé lors de la création de  l’OMC (organisation mondiale du commerce) en 1994. Il vise à libéraliser progressivement tous les services des états membres : éducation, santé, culture, recherche…ainsi que l’énergie et l’environnement. Tous les aspects de nos vies sont mis à la vente. Les besoins de l’être humain et toutes formes d’activité humaines sont redéfinis comme des services commercialisables.

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