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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 10:01
 
Lundi, 21 Août, 2017
Humanite.fr
Dick Gregory s’est éteint samedi soir. Il utilisait l’humour comme arme de combat et de lutte contre la ségrégation raciale des années 1960 aux États-Unis. 
« Un Sudiste tolérant ? C’est un type qui va vous lyncher sur un petit arbre », avait lancé le comédien, selon le Washington Post. Dick Gregory est mort ce samedi 19 août, à l’âge de 84 ans. C’est son fils, Christian Gregory, qui a annoncé la terrible nouvelle sur Facebook. Un message dans lequel il explique que son père était tombé malade le 9 août, au point de se faire hospitaliser le 12. Plusieurs personnalités ont souhaité lui rendre un dernier hommage sur Twitter. « Il nous a appris à rire. Il nous a appris à nous battre. Il nous a appris à vivre. Dick Gregory s'était engagé pour la justice. Il me manque déjà. RIP », écrit Jesse Jackson, militant pour les droits civiques. Selon l'actrice Whoopi Goldberg, il « disait la vérité et vous faisait tomber par terre de rire ». Pour les comédiens noirs, Dick Gregory était « le » pionnier qui a ouvert la voie, notamment à Bill Cosby et Richard Pryor. 
Un humour « noir » pour dénoncer le racisme.
C’est dans les grands clubs des États-Unis, dans les années 1960, que Dick Gregory se produit sur scène. Sans crainte, il ose confronter le public blanc aux réalités du racisme. Le comédien multiplie les grèves de la faim (pour lutter contre les violences policières, la guerre du Vietnam, l’apartheid en Afrique du Sud, le nucléaire, les droits des Indiens américains etc.) et est devenu le symbole du militantisme pour les droits civiques, après une manifestation en 1962 dans l’État du Mississippi. « Pour mes frères et sœurs militants, ne confondez pas le fait d'être aimant et aimable avec de la faiblesse ou de la soumission. L'amour triomphera toujours de la haine », avait-il dit. 
Dick Gregory naît à Saint-Louis, dans le Missouri, en 1932. Dès l’enfance – marquée par l’absence de son père – il a dû se confronter aux injures de ses camarades. « Si je faisais des blagues, ils riaient avec moi plutôt que de moi. Je pouvais dire n’importe quoi, j’avais une réputation de comique. Après, j’ai pu faire des blagues sur eux », explique-t-il dans son autobiographie Nigger publié en 1964. Provoquer pour se faire entendre, cela ne lui fait pas peur. Dick Gregory est un combattant qui ose dénoncer les violences raciales. Selon le New York Times, il aurait tenté de commander dans un restaurant du Sud ségrégationniste. La serveuse lui aurait dit : « nous ne servons pas les personnes de couleur ici ». Ce à quoi, il répondit : « Tout va bien, je ne mange pas de personne de couleur. Apportez-moi simplement un bon poulet grillé ». Dick Gregory s’est présenté en 1966 à la mairie de Chicago puis en 1968 à l’élection présidentielle. Une carrière politique brève qui lui valut tout de même 200 000 voix. Il était marié et avait deux enfants.
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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 02:58
Ruwen Ogien est mort Il était né un 24 décembre. Ne cherchez pas l’année, peu la connaissent. Aux journalistes qui la lui demandaient, souvent avec insistance, il se dérobait, et en souriant, se justifiait : « J’aurais l’impression de voir ma mort. » Le philosophe Ruwen Ogien est mort, ce jeudi 4 mai 2017.

De doctes personnes analyseront l’œuvre (une trentaine d’essais en une trentaine d’années) de ce directeur de recherche au CNRS, membre du laboratoire La République des savoirs (ENS/CNRS/Collège de France), dont les travaux portaient notamment sur la philosophie morale. Il travaillait sur l’éthique, qu’il voulait « minimale », bataillait contre la prétention de certains de ses collègues à ériger des manuels de savoir-vivre, à dicter des codes de bonnes conduites (qui peut aller de la façon d’aimer à celle de se vêtir), et plaidait pour une morale dont le principal souci est d’éviter simplement de nuire à autrui.

 

De Ruwen Ogien, je me souviendrai pour ma part à jamais du regard gourmand de ces adolescents lorsque Ruwen arrivait quelque part. Ils savaient sa façon de leur raconter des histoires en forme de « courtes questions de philosophie morale expérimentale »

Ainsi, « le dilemme du témoin » :

« Vous vous baladez le long de la voie d’un tramway quand vous comprenez que le conducteur de la locomotive qui fonce à toute allure a perdu connaissance. Vous voyez cinq traminots piégés sur la voie, qui seront inévitablement écrasés. Que faire ? Par chance, il y a tout près de vous un levier d’aiguillage. Si vous l’activez, le tramway sera envoyé vers une voie secondaire. Mais, manque de chance, un autre traminot travaille sur cette voie. Si vous actionnez l’aiguillage, le traminot sera inévitablement tué. 

Vous êtes donc confronté au dilemme suivant : ne pas intervenir et laisser cinq traminots se faire écraser sur la voie principale ou intervenir en actionnant le levier d’aiguillage et causer la mort du traminot sur la voie secondaire. Vous est-il moralement permis d’actionner le levier ? »

Entre les rires face à une situation aussi improbable, les arguments fusaient : faut-il laisser faire le hasard ? Avons-nous le choix ? une responsabilité ? Une vie vaut-elle moins que cinq ? Chacun expérimentait ses arguments, son raisonnement, son intelligence, sa liberté. 

Avec le doux humour dont il ne se départait jamais, quand le débat s’apaisait, Ruwen proposait alors une variante :

« Vous vous trouvez sur un pont, quand vous voyez sur la voie en contrebas, un tramway foncer à toute allure, et de l’autre côté du pont, cinq traminots qui travaillent sur les rails. Vous comprenez immédiatement que le tramway ne pourra pas s’arrêter. Mais vous avez assez de connaissance en physique pour savoir que si un objet massif était jeté à ce moment là sur la voie, le tramway s’arrêterait immédiatement. Or un gros homme, qui semble avoir le volume et le poids nécessaires, se trouve justement sur le pont, tout près de vous. Il est penché sur le parapet. Il attend pour voir passer le tram sans se douter de rien. Il suffirait d’une légère poussée sur le gros homme pour le faire basculer sur la voie. Vous est-il moralement permis de le faire ? » 

Ceux qui argumentaient précédemment qu’une vie valait moins que cinq soudain étaient déstabilisés. Ce n’est pas la même chose de pousser un levier ou un homme, même si, in fine, le décompte est le même. L’argument peut-il avoir force de principe ? L’émotion peut-elle agir contre la raison ?

 

 

Jamais Ruwen ne leur apportait de réponse. Comme un Socrate ou un Candide de notre temps, ils les laissaient éprouver leurs certitudes, évaluer leurs doutes. Sans qu’ils le sachent, il les laissait accueillir les raisonnements d’Emmanuel Kant, Jeremy Bentham, John Rawls, John Stuart Mill… ou ceux de Judith Jarvis Thomson à laquelle il empruntait ce dilemme, repris avec autant d’ingénuité et autrement plus de force d’analyse dans son essai L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine (éd. Grasset, 2011). Certains de ces adolescents en ont lu ensuite des passages, proprement époustouflés par la profondeur de la pensée de ce qui leur semblait n'être qu'un jeu. 

 

Essayiste, Ruwen Ogien était ainsi : venu à la philosophie après avoir été formé à l’anthropologie sociale (après un passage par le dessin et la caricature qui lui avait donné le surnom de Dougie, ainsi que l'appelait tous ses fidèles amis), il avait l’élégance de laisser cheminer sa pensée, que chacun pouvait faire sienne ou amender, en précisant les références, les divergences, les écoles et leurs conflits en simples notes de bas de page. Bien loin des professeurs qui imposent d’abord de connaître l’histoire de la philosophie avant de s’octroyer le droit de penser.  

Il traquait ainsi tous les arguments paternalistes, qui, bien souvent au nom de la position sociale de celui qui les profère, entendent décider « pour son bien » à la place d’un autre. Un autre plus jeune, moins instruit, plus pauvre… dont l’opinion ne compte finalement pas. 

Pour Ruwen Ogien, si tant est que chacun ait réellement le choix, chacun est libre d’organiser sa vie comme il l’entend, sans que l’État ait la prétention d’élever moralement les uns et les autres (L'État nous rend-il meilleurs ? Essai sur la liberté politique, Gallimard, 336 pages, 2013). D’où la défense de la prostitution (La Panique morale, Grasset, 2004), de la consommation de drogue, du suicide assisté, de la gestation pour autrui (Le Corps et l'argent, Paris, La Musardine, 2010. Mon dîner chez les cannibales, Paris, Grasset, 2016)… ou sa critique de l’enseignement de la morale à l’école qui viserait en fait « à contenir, discipliner, vaincre un ennemi intérieur, une classe dangereuse qui ne partagerait pas les “valeurs de la République”» (La guerre aux pauvres commence à l'école. Sur la morale laïque, Grasset, 2012).

Bien avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, bien avant cette campagne présidentielle où la dépénalisation du cannabis et toutes les formes de procréation assistée sont devenues des éléments de programme, Ruwen Ogien, grâce à une lecture féroce de l’actualité, anticipait les débats et donnait tout le contre-argumentaire à l’établissement d’une « police morale » qui voudrait donner des raisons de limiter les domaines de liberté ; tout le contre-argumentaire à l’instauration d’une « panique morale qui au lieu d’aider à calmer nos appréhensions injustifiés face à tout ce qui paraît neuf ou déviant » nous interdit la réflexion.

 

 

Certains ont cru voir dans son combat pour une éthique minimale la figure de l’“idiot utile du libéralisme”, celui qui, au nom du seul principe de la liberté, ne se soucierait guère de la protection des plus faibles. C’était sans vouloir comprendre que, selon lui, « on ne devrait pouvoir interdire (…) qu’en invoquant des raisons claires et neutres d’un point de vue religieux et moral » et que son unique combat fut la défense intransigeante des principes de justice et d’égalité, particulièrement à l’égard des femmes, des immigrés, des enfants, des homosexuel.les, des transgenres…

 

Chez Ruwen Ogien, la philosophie était aussi une expérience sensible. Ainsi s’est-il aussi longuement penché sur le sentiment de honte, cette émotion que l’on cache, alors que nos sociétés, régies par la compétition, sont « de véritables machines à produire de la honte ». Pourquoi avons-nous honte d’être gros, d’être au chômage, d’être pauvre, d’être étranger… alors qu’on n’y est souvent pas pour grand-chose ? Comment peut-on, à l’inverse, crier haut et fort avoir « honte d’être Français », tels les manifestants de l’après 21 avril 2002 ? Quelle morale se glisse derrière ce sentiment à tête de Janus (La honte est-elle immorale ?, Bayard, 2002) ? 

 

 

De même, son dernier essai (Mes Mille et Une Nuits. La maladie comme drame et comme comédie, Albin Michel, 2017) puisait dans l’expérience de son cancer pour aiguiser sa réflexion. Le paternalisme (toujours) des soignants, le dolorisme et l’injonction à croire que « la maladie nous rend plus fort » ou à l’inverse qu’il faut s’y résigner. Tous les arguments y sont implacablement réfutés pour faire apparaître la maladie comme une comédie, avec sa mise en scène, ses rôles, ses rebondissements et toute une partition de situations qu’il lui faut apprendre pour pouvoir vivre avec, « comme un couple mal assorti ».

 

Cet ultime ouvrage, arraché à la souffrance et chargé d'angoisse, est pourtant celui où l'observation des mœurs est la plus féroce et la plus indulgence ; où la noirceur bataille avec l’humour ; où l’absurde s’amuse de la raison la plus implacable. Son livre le plus vivant.   

Ruwen est mort. Né en Allemagne dans un camp pour personnes déplacées, il a grandi dans une famille d’origine juive polonaise où il eut pour frère le sociologue Albert Ogien. Ses parents parlaient le yiddish et il disait même lire Isaac Bashevis Singer dans sa langue originale, cette langue « qu’aiment des fantômes et que tous parlent » ainsi que l’avait déclaré l’écrivain lors de la réception de son prix Nobel de littérature. Ruwen Ogien était arrivé en France peu après sa naissance, juste après la Seconde Guerre mondiale, et c’est à l’école qu’il a appris le français. En bon « petit juif parfaitement intégré », disait-il avec malice « je suis né un 24 décembre. Ainsi, comme tous les copains d’école, je recevais plein de cadeaux pendant la période de Noël. Mais je n’en faisais aucun ! », lâchait-il dans un joli rire qui l’inscrivait d'emblée dans la lignée de Woody Allen.

*

Toute la bibliographie de Ruwen Ogien est sur Wikipédia

> A lire : Un beau portrait signé Robert Maggiori, pour Libération. Un autre d'Eric Aeschimann, dans le Nouvel Observateur.
Des critiques de ses livres, dans Le Monde, les Inrockuptibles, ou dans Philosophie Magazine 
Ses chroniques comme autant de réflexions sur l'actualité, dans le blog Philo de Libération.

> A écouter : sur France Culture, ses nombreux entretiens. Son intervention dans l'émission Si tu écoutes j'annule tout, de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek (France inter).

> A voir : son intervention au cours de l'émission La grande librairie (France 5), autour de son livre Mes milles et une nuits

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 10:57
 
 

 

 Le militant écologiste Chaïm Nissim avait été un farouche opposant à la construction du réacteur nucléaire Superphénix, à Creys-Malville.

Atteint par la maladie de Parkinson, Chaïm Nissim a décidé de partir par euthanasie.

Chaïm Nissim est décédé mardi à 68 ans à Genève, a annoncé mercredi l'association Noé21 qu'il avait fondée. Né en 1949 à Jérusalem, cet ingénieur, farouche opposant au nucléaire, était notamment connu pour avoir tiré au lance-roquettes sur la centrale de Creys-Malville (F).

«Atteint par la maladie de Parkinson, il a décidé de partir par euthanasie, de la même façon qu'il a pris ses décisions, hors des conventions pendant toute sa vie», écrit Noé21. L'association rappelle qu'il avait démissionné de son poste d'ingénieur en Israël quand il apprenait que son travail participerait à la «guerre des étoiles».

Arrivé à Genève enfant avec sa famille, Chaïm Nissim étudia l'électronique et l'informatique à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Diplômé en 1973, il alla travailler en Israël. De retour à Genève, il fut, dès le milieu des années 1970, un farouche opposant à la construction du réacteur nucléaire Superphénix, à Creys-Malville (F), à 50 kilomètres de Genève.

Trois législatures au Grand Conseil

Membres des Verts, il siégea au Grand Conseil de 1985 à 1989 puis de 1993 à 2001, soit trois législatures. En 2003, les Verts prirent leurs distances avec lui lorsqu'il confia dans un livre être l'auteur, demeuré inconnu, des tirs contre la centrale Superphénix en 1982 qui était encore en construction. Les faits étaient alors depuis longtemps prescrits. Le surgénérateur a été arrêté en 1998.

Chaïm Nissim s'est ensuite détourné de la lutte antinucléaire, estimant que le modèle économique de cette énergie était en bout course, pour fonder Noé21 en 2003. L'association milite pour la protection du climat par le désinvestissement dans les énergies fossiles, la dénonciation des crédits carbones, l'opposition à l'expansion constante de Genève aéroport. 

 

 
 

Pionnier de la lutte pour la reconnaissance des conséquences des essais nucléaires français sur les populations locales, en particulier sur les Polynésiens, Bruno Barrillot est mort le 25 mars à l’âge de 76 ans.

LE MONDE | Par

 L’un portait des chemises à fleurs, l’autre de larges chapeaux de paille typiques de son archipel, les Australes. Les deux hommes reposent désormais à quelques mètres de distance dans le cimetière de Papeari, sur l’île de Tahiti, en Polynésie française. Bruno Barrillot, mort le 25 mars à Papeete, partageait avec son ami John Doom, disparu en décembre 2016, le même objectif : faire reconnaître la dette laissée par l’ambition atomique française. Sa mort, quelques mois après celle de son ami, un personnage-clé de l’Eglise protestante polynésienne, laisse orphelin les malades des essais nucléaires. Ils doivent beaucoup à cet acteur infatigable mais discret du monde associatif.

Entre 1960 et 1996, la France a réalisé 210 essais dans le Sahara et sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, en Polynésie française. Longtemps tabou, leur impact sanitaire a été officiellement reconnu par la loi Morin, adoptée le 5 janvier 2010. Un tournant après quarante années durant lesquelles l’Etat assurait de l’innocuité de ses expérimentations. Une demi-victoire pour Bruno Barrillot. A la lecture du texte, il ne pouvait cacher sa colère : « Comment l’Etat peut-il encore agir ainsi ? »

La loi introduit la notion de « risque négligeable » entre l’exposition à la radioactivité et la pathologie. Une manière de limiter la capacité des plaignants à obtenir gain de cause. En sept ans, sur un millier de requêtes, une vingtaine d’indemnisations seulement ont été octroyées. En février 2017, le verrou litigieux a été levé par des amendements. Mais, le militant gardera un goût amer d’une législation minimale. Celui de la persistance du déni et du mépris de la France envers les malades des essais.

« Il a donné sa vie pour dénoncer un mensonge d’Etat. » Michèle Rivasi, député européenne Europe Ecologie - Les Verts

Sa visite, en 1990, à Mangareva, dans l’archipel des Gambier, situé à 500 kilomètres de Mururoa, est un choc. Le mépris, déjà. La France affirmait aux Polynésiens.

Gatti est mort. A la Parole Errante ses mots résonnent encore !

Ce dimanche, le collectif Q2C a une pensé émue pour Dante Sauveur Gatti dit Armand, mort ce jeudi 6 avril. Nous tenons une table au Salon du Livre antifasciste qui a déposé ses tréteaux à la Parole Errante, le lieu qu’il a créé et animé depuis des décennies, dans les anciens ateliers de Georges Méliès à Montreuil.
Il ne s’agit pas seulement aujourd’hui de remercier de façon posthume Gatti pour sa (...)

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 17:04
 
 
Dimanche, 12 Février, 2017
Fernand Iveton ( à gauche sur la photo), ouvrier, communiste, guillotiné, il y a soixante ans, le 11 février 1957.
DR

 Il y a soixante ans, le 11 février 1957, Fernand Iveton, 31 ans, militant communiste, accusé de terrorisme, était guillotiné. Sa grâce avait été refusée par le gouvernement de Guy Mollet. Relire le portrait publié en février 2007 dans l’Humanité. 

«Je vais mourir, mais l'Algérie sera indépendante » furent les derniers mots prononcés par Fernand Iveton, avant d'être guillotiné juste après Mohamed Ounouri et Ahmed Lakhnache, le 11 février 1957 à 4 h 30 du matin. « Ce matin, ils ont osé/ Ils ont osé/ Vous assassiner/ C'était un matin clair/ Aussi doux que les autres/ Où vous aviez envie de vivre et de chanter (...) », déclamait dans un poème écrit après son exécution Annie Steiner, alors jeune militante détenue dans le quartier des femmes de la prison de Barberousse d'Alger (1). Fernand Iveton avait trente et un ans, ses deux codétenus, un peu plus de vingt ans. « Nous avons voulu sa mort et nous l'avons obtenue sans défaillance », écrivait ce jour-là Jean-Paul Sartre. « Les 300 condamnés à mort d'Algérie sont, pour la plupart, des otages que l'on veut fusiller », dénonçait l'écrivain et journaliste communiste Pierre Courtade dans l'Humanité.

 

Rencontrée dans une librairie à Alger, Annie Steiner se souvient encore de ce 11 février 1957 quand sa compagne de cellule, Yvette Bacri, l'a réveillée. « Annie, réveille-toi, ils emmènent Fernand », lui crie-t-elle. Elle avait reconnu la voix d'Iveton quand il était passé devant le quartier des femmes encadré par des gardiens qui l'emmenaient vers le lieu de son exécution. Il était en train de chanter. « Il s'est dirigé vers la guillotine comme s'il allait revenir », écrit alors Étienne Fajon dans l'Humanité. « Tous les détenus, c'était la tradition quand un militant était exécuté, ont commencé à crier, à faire du bruit avec n'importe quoi et à scander "tahia el-djazaïr" (vive l'Algérie). Après sa mort, on a fait une grève de quarante-huit heures », ajoute Annie Steiner. « La vie d'un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte, c'est l'Algérie, son avenir et l'Algérie sera libre demain », déclarait-il au greffe de la prison, quelques minutes avant son exécution. Au pied de la guillotine, il a embrassé ses deux codétenus qui allaient être exécutés avant lui (2). « Celui-là, fut un condamné à mort modèle, droit, impeccable, courageux jusqu'au couperet », relate son bourreau, Fernand Meissonnier (3).

 

Exécuté pour l'exemple, Fernand Iveton était accusé d'avoir tenté, selon l'expression du ministre résident en Algérie, le socialiste Robert Lacoste, d'avoir voulu « faire sauter Alger ». Or, s'il a, certes, déposé une bombe dans les vestiaires de l'usine de gaz d'Alger, elle ne devait exploser qu'une fois les employés partis. Selon Jacqueline Guerroudj, qui lui a remis la bombe, Iveton avait exigé qu'elle ne fasse aucune victime civile. Il voulait des « explosions témoignages » pour faire avancer la cause de l'indépendance sans faire de victimes civiles. De ce fait, la bombe, de faible puissance, avait été réglée pour exploser le 14 novembre 1956 à 19 h 30. À cette heure, il n'y avait plus personne sur les lieux de travail, rapporte l'enquête. D'ailleurs, les artificiers l'avaient désamorcé vers 18 heures.

 

Arrêté sur dénonciation, le 14 novembre 1956, Iveton est présenté devant le tribunal permanent des forces armées d'Alger dix jours après, le 24 novembre, rasé, sans moustache, le visage marqué par les coups. Le procès se déroule dans une atmosphère de haine. La presse coloniale titre « Iveton le dynamiteur ». Quand il fait son entrée dans le tribunal, des insultes fusent à son endroit, le public exige sa mort et ses avocats sont menacés. Le procès est expéditif : il est condamné à mort le jour même pour terrorisme. En vérité, son sort avait été réglé en France. Sur proposition du garde des Sceaux, François Mitterrand, le gouvernement socialiste de Guy Mollet avait décidé que l'examen des recours des militants du FLN serait accéléré et que ceux dont la grâce était refusée par le chef de l'État seraient exécutés au plus vite. Le 10 février 1957, son recours en grâce est rejeté par le président René Coty.

 

Né à Alger le 12 janvier 1926, Fernand Iveton a suivi l'itinéraire classique du militant communiste. À quatorze ans, le certficat d'études primaires en poche, il quitte l'école pour travailler. À seize ans, il adhère au Parti communiste algérien (PCA), dont il diffuse l, Liberté, et les appels à la sortie des stades d'Alger. Ouvrier tourneur, à l'usine Lebon, puis à l'usine de Gaz d'Alger, délégué CGT, il est de toutes les luttes sociales. Et quand débute la guerre d'indépendance algérienne, il s'engage dans les Combattants de la libération (CDL) mis en place par le PCA. Aujourd'hui, cinquante ans après, ses amis à Alger commémorent le cinquantième anniversaire de sa mort au cimetière d'El Alia et ils réclameront une nouvelle fois qu'une rue de cette capitale qui l'a vu naître porte son nom (4).

Un portrait signé Hassan Zerrouky paru en février 2007 dans l'Humanité. 

(1) Poème cité dans le Peuple algérien et la guerre,

lettres et témoignages, de Patrick Kessel et Giovanni Pirelli ; Éditions Maspero, Paris 1963.

(2) idem.

(3) El Watan du 17 février 2005, « Qui se souvient de Fernand Iveton ? »

(4) Une impasse, à peine longue de 30 mètres, dans le quartier de Madania (ex-Clos Salembier) où il est né, porte son nom.

Lire également, "Pour l'exemple : l'affaire Fernand Iveton", de Jean-Luc Enaudi, Éditions l'Harmathan. Paris.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 12:47

15ème anniversaire des attentats du 11 septembre

jeudi 8 septembre 2016

Par Giulietto Chiesa

Le 11 septembre prochain correspondra au 15ème anniversaire du plus grand attentat terroriste de l’Histoire. Des fleuves d’encre ont coulé depuis à ce sujet : qui l’a fait ? Quels objectifs politiques poursuivaient ses organisateurs ? Nous ne reprendrons pas cette discussion ici. L’auteur de ces lignes a depuis toujours soutenu que les 19 "pirates de l’air" emmenés par Ben Laden n’auraient en aucun cas pu réaliser un tel plan. Il existe une foule de preuves montrant l’implication dans cette opération de puissantes forces liées à différents services secrets, à commencer par certaines branches de la CIA et du FBI, de l’ISI pakistanaise, des services secrets saoudiens et ceux, très certainement impliqués, du Mossad israélien.

Le travail de la "Commission sur le 11/9" (aussi appelé "version officielle") ne résiste pas à une innombrable quantité d’objections… faites par des chercheurs ou des journalistes indépendants dans le monde entier. Ceux que cela intéresse peuvent se référer au site consensus911.org où un certain nombre de ces remarques et de ces incohérences ont été rassemblées ces dernières années par un groupe de spécialistes dont je fais également partie. La "Commission sur le 11/9" – comme nous l’avons appris officiellement après les révélations de l’ex-sénateur démocrate Bob Graham (qui fut président de la Commission du Congrès, la première à avoir enquêté sur les attentats du 11/9) et de nombreux sénateurs et députés américains – cette Commission donc, refusa d’examiner des documents et des éléments de preuve concernant les mystérieuses manœuvres (militaires) qui précédèrent les attentats. Les 28 pages du premier rapport, récemment divulguées – après être restées au secret pendant 15 ans, nous apprennent sans aucun doute possible, documents à l’appui, que le gouvernement saoudien a aidé et financé les "boucs émissaires" (les 19 pirates de l’air – NdT) lors de leur installation aux États-Unis. Et ce seul fait (sans compter que le FBI et la CIA étaient – et tout cela est prouvé – au courant de la préparation des attentats), montre que la Commission sur le 11/9 a livré une version mensongère de toute cette affaire, afin de couvrir les vrais responsables.

À ces falsifications – déjà établies – viennent s’en ajouter quelques dizaines d’autres. Suffisamment pour conclure qu’il s’est trouvé, le 11 septembre 2001, de puissants intérêts au sein même de l’élite américaine et des cercles dirigeants occidentaux désireux de couvrir les vrais protagonistes de ces attentats. Savez-vous par exemple que le Procureur émérite de la Cour de cassation italienne, Ferdinando Imposimato, a déclaré et a même écrit à diverses occasions, qu’il existe désormais des preuves plus que suffisantes pour accuser l’administration américaine de George W. Bush et Dick Cheney de "participation à un massacre", et pour les trainer devant un tribunal international. Le problème est que ce tribunal international, même s’il existe (La Haye – NdT) n’est pas habilité à juger l’administration américaine. Reste le fait, et cela constitue un élément important, que l’ensemble des grands médias occidentaux ont invariablement défendu, durant ces 15 dernières années, une version officielle désormais totalement fausse, se couvrant de ridicule, dans le seul but d’empêcher l’émergence de la vérité. Les concepteurs et les protagonistes de ces attentats, leurs amis ou complices, avaient et ont toujours le contrôle quasi total sur les moyens de communication mondiaux, et ont ainsi pu profiter de l’ignorance totale des faits dans laquelle des centaines de millions de personnes sont restées plongées.

Le problème relève donc à la fois du niveau politique et de celui de la communication. Et il est vital de trouver une solution avant qu’il ne soit trop tard. Non seulement les organisateurs du 11-Septembre ont encore les mains libres, mais ils sont désormais en mesure de créer des dommages irréparables à la paix dans le monde. Rappelons-nous qu’ils ont gagné la partie : la portée de leur action a considérablement changé le cours de l’histoire de la planète. On a vu après le 11-Septembre toute une série de guerres sanguinaires (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie) et de modifications du système des règles internationales : autant de changements motivés par la nécessité de combattre le "nouvel ennemi" de l’Occident, à savoir, l’Islam fondamentaliste. La guerre au terrorisme international, qui a débuté ce jour-là, se poursuit depuis maintenant 15 ans. Mais paradoxalement, au lieu de produire des résultats tangibles, elle semble au contraire étendre le chaos et le désordre dans à peu près toutes les directions. À première vue, la situation actuelle semble être la preuve que l’Empire américain – la plus puissante armée du monde, à laquelle s’ajoutent les autres armées occidentales réunies sous l’égide de l’OTAN – n’est pas capable d’arrêter son nouvel ennemi, celui fabriqué artificiellement (le 11/9) au travers du "plus grand spectacle (terroriste) de tous les temps, auquel assistèrent en direct à la télévision près de 3 milliards de personnes."

Je ne pense pas que cette impression d’impuissance de l’Empire soit correcte. Les développements auxquels nous assistons semblent plutôt dessiner les lignes d’un chaos global qui correspond clairement aux intérêts des inventeurs de cette "guerre globale au terrorisme". Il s’agit d’un chaos organisé, dont le principal objectif est de cacher aux peuples occidentaux, qui vivent désormais dans la "terreur", le fait que l’origine de la crise mondiale est totalement interne à l’Occident. Elle dérive directement du fait que le système bancaire mondial, créé par la globalisation et qui, à son tour, a porté à encore plus de globalisation, n’est plus en mesure de résister longtemps sans exploser en une crise mondiale cent fois supérieure en intensité à celle qui mena à la crise de 1929. Le "terrorisme islamique" qui est en train de se transformer jour après jour en une "guerre asymétrique" diffuse (selon la définition qu’en a donné Vladimir Poutine) équivaut à une gigantesque "distraction de masse", dont le but est de désorienter l’opinion publique mondiale, mais aussi de tirer bénéfice de terroristes et de groupe extrémistes ou radicalisés dans la poursuite d’intérêts particuliers. La preuve éclatante en est donnée par la théorie – inventée pour l’occasion par les sources officielles occidentales afin de dissimuler leur soutien aux terroristes dans la guerre contre la Syrie – des "terroristes modérés", opposés aux "méchants terroristes". Une théorie qui a poussé à considérer comme potentiels alliés des groupes affiliés à al-Qaïda, dans le but d’abattre le régime de Bashar el-Assad. Comme par hasard, cette même al-Qaïda à laquelle a été attribuée voilà 15 ans la paternité des megas-attentats contre le World Trade Center et le Pentagone.

Après la crise de 2008 provoquée par la faillite de Lehman Brothers, aucune des recettes des centres du pouvoir financier global n’a été en mesure de remettre en marche la machine financière mondiale. La masse d’argent a pourtant été démultipliée de façon vertigineuse, à travers le mécanisme du "Quantitative Easing" pratiqué par toutes les banques centrales occidentales. Mais la machine globale n’a pas réussi à repartir. Au contraire, toutes les prévisions (savamment cachées aux yeux du grand public des investisseurs) indiquent que d’ici à 2020-2025, la croissance du PIB global s’approchera du point zéro, signant ainsi la fin de toutes les illusions sur la croissance économique si largement diffusées au cours de ces 10 dernières années, même si les faits montraient tout le contraire. Le problème appelle une solution politique rapide, puisque les solutions politico-économiques sont pour l’instant inatteignables. L’explosion systémique se produira dans un délai indéterminé, relativement élastique, mais qui ne sera pas supérieur à 10 ans. C’est ce qui explique la hâte (et aussi les signes de panique) avec laquelle l’Occident cherche à brouiller les cartes et à déstabiliser le monde en faisant table rase de toutes les règles qui avaient résisté pendant la Guerre froide.

Se répète ainsi le scénario qui précéda le 11 septembre 2001. Quelques années auparavant, en 1998, le groupe de néoconservateurs emmené par Paul Wolfowiz avait produit un document intitulé "Projet pour un nouveau siècle américain" (PNAC, Project for the New American Century). Le titre était déjà révélateur de la folie de ses auteurs : suggérer d’imposer au monde un autre siècle à domination américaine, sur une planète abritant plus de 7 milliards d’habitants, et où existent désormais des géants comme la Chine et l’Inde, équivalait à une déclaration de guerre contre le reste du monde. Les auteurs néo-cons avaient parfaitement conscience de la violence qu’un tel projet nécessitait pour se réaliser. Ils savaient – ils l’ont écrit – que la Chine, en 2017, serait devenue le concurrent objectif et non contrôlable dont il faudrait tenir compte. Inversant les rôles, ils qualifièrent la Chine de "menace pour la sécurité nationale des États-Unis". Et ils se préparèrent à renforcer un différentiel militaire stratégique destiné à devenir toujours plus impossible à combler, pour toujours, pour n’importe quel État ou groupe d’États qui aurait eu des velléités de seulement s’approcher de la puissance de l’Empire.

Ces gens-là avaient déjà, à l’époque, connaissance de l’immense escroquerie financière sur laquelle reposait le dollar. Et de fait, les premiers signes de récession apparurent précisément en 2001. Il s’agissait alors d’imposer un changement psychologique dans la population américaine (et dans les populations occidentales en général, Europe incluse), laquelle étant parfaitement ignorante de tout cela et attirée par la carotte consumériste que lui présentaient les médias, n’était pas vraiment prête à se laisser embarquer dans une aventure guerrière. Il fallait donc provoquer quelque chose d’extraordinaire, de terrible ; quelque chose de "semblable à un nouveau Pearl Harbor", de façon à ce que les masses populaires perçoivent un danger immense et surtout imminent, à même de détruire leur sécurité et de mettre fin à leur bien-être. Un tel danger n’existait plus à la fin du siècle dernier. La Russie – ainsi le pensaient-ils, et cela fut leur plus grande erreur – avait déjà été mise hors-jeu, conquise, colonisée culturellement et politiquement. Elle n’incarnait plus l’"ennemi rouge" qui avait tant tourmenté l’élite américaine au cours de la Guerre froide. La Russie ne pouvait plus être considérée comme un concurrent potentiel. Le Mur de Berlin était tombé. Comme l’écrivait Gore Vial, "quand les Russes nous ont frappés dans le dos en abandonnant leur empire en 1991, nous sommes restés sur de fausses idées sur nous-mêmes, et surtout, bien plus grave, sur le reste du monde."

Il fallut donc créer la menace de manière parfaitement artificielle. Et ainsi fut-il fait. Cela peut sembler étrange, mais ils le déclarèrent ouvertement. Rappelons-nous des paroles de Zbignew Brzezinski prononcées en 1997 : "Il faut prendre en considération le fait que l’Amérique est en train de se transformer toujours plus en une société multiculturelle, et en tant que telle, il peut devenir de plus en plus difficile de créer le consensus sur des questions de politique étrangère, à moins d’une menace ennemie énorme, perçue directement au niveau des masses." La prévision d’une Chine hors de contrôle était la bonne. Mais il fallait un ennemi tout de suite, sur-le-champ. L’Islam fut servi sur l’autel de toutes les Nations comme cet "ennemi". George W. Bush et son ministre de la Défense Donald Rumsfeld clamèrent devant les micros et les caméras de tous les grands médias que "venait de commencer une guerre qui allait durer toute une génération" (Rumsfeld parla même de "50 ans"). Les premières 15 années de ces 50 ans viennent de passer. Et personne ne peut nier que la situation mondiale est en train de dégénérer. Mais l’Occident se refuse à prendre acte des changements dans les rapports de force planétaires. Ce qui est le plus insupportable pour les cercles de pouvoir américains, c’est de voir réapparaitre la Russie comme protagoniste sur la scène internationale. Dans les prévisions – erronées – des néo-cons, la Russie avait été mise définitivement hors-jeu. Et cette erreur de calcul a rendu problématique le reste de leurs plans. Ils pensaient qu’une fois la Russie écartée, il y aurait eu assez de temps pour s’occuper de la Chine et en faire le nouvel "Empire du Mal", à la place de la Russie.

Tout aussi fausse fut leur hypothèse selon laquelle après ce "Nouveau Pearl Harbor", les 7 milliards d’habitants de la planète se seraient rangés en file indienne pour acheter tout ce qui pouvait être acheté dans les supermarchés créés pour eux. Et tout aussi fausse fut l’idée qu’il suffisait de fabriquer de l’argent de toute pièce pour résoudre le problème. La somme de ces succès, et de ces erreurs, permit à l’Empire – entre une guerre et l’autre – de dominer 7 ans de plus. La 7ème année fut 2008, et il fallut 13 000 milliards de dollars inventés de toute urgence par la Federal Reserve d’Allan Greenspan, pour sauver de la faillite les banques occidentales. Et comme nous l’avons déjà rappelé, les dernières 8 années ont vu s’établir le règne du chaos. Voilà pourquoi l’Empire se trouve à nouveau devant la nécessité de compacter son système d’alliances, exactement comme il le fit à travers les attentats terroristes de 2001. En 2008, le stratagème consista à déstabiliser les "petits ennemis" et fut confié à Barack Obama, qui le réalisa à travers la multiplication des "révolutions colorées" et surtout, l’usage des "printemps arabes" destinés à faire place nette de tous ces régimes devenus inutiles ou gênants au Moyen-Orient. Et il faut bien reconnaitre que cette opération stratégique a fonctionné, mais uniquement dans le sens d’encore plus de déstabilisation globale. La présence de la Russie, redevenue puissance mondiale, a cependant contraint les néo-cons à changer de stratégie, et à revenir sur le lieu du crime. C’est de nouveau la peur qui a prévalu. La crise fait rage, et à l’Est on voit poindre deux "ennemis", la Russie et maintenant la Chine, le grand "pays du milieu".

C’est ainsi que s’explique le coup d’État en Ukraine, la destitution de Janukovic par les groupes nazis et ultranationalistes russophobes depuis longtemps formés et entrainés avec l’aide de la Pologne et des républiques baltiques. Le piège, fort bien préparé, devait obliger la Russie à intervenir directement pour soutenir les Russes d’Ukraine, soumis à une véritable purification ethnique d’un nouveau genre. Vladimir Poutine n’est pas tombé dans le piège et les Russes d’Ukraine – pas tous, mais une bonne partie – ont trouvé la force pour se défendre. La Crimée a choisi de "revenir au pays". Toujours est-il que l’objectif a été en grande partie atteint par l’Empire. L’Europe s’est rangée aux côtés des États-Unis, des sanctions ont été prises (contre la Russie), la vague russophobe s’est propagée dans tout l’Occident et l’a compacté autour de Washington. La Russie et Poutine sont les "véritables ennemis à abattre." Comment ? Ce sera à Hillary Clinton de résoudre le problème. La confrontation directe est en cours de préparation. Mais tous à Washington ne sont assez pas assez suicidaires pour la déclencher. Ils se préparent à la guerre, et pensent pouvoir mettre à genoux la Russie de Poutine, comme ils le firent avec l’URSS de Gorbatchev.

C’est un pari qu’ils pourraient bien perdre. Et l’Europe est en pleine ébullition, au point qu’elle pourrait bien exploser avant. L’Empire lui-même est profondément divisé. Donald Trump a très peu de chances de gagner les élections, mais sa présence montre à quel point le peuple américain n’a plus aucune confiance dans ses élites. On pourrait appliquer à l’Amérique le dicton latin "omne regnum in se ipse divisum desolabitur" (tout règne, lorsqu’il est divisé en son sein, finit par s’écrouler.)

Giulietto Chiesa

Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

Ce documentaire qui rompt le mur du silence.

New York Il y a quinze ans, le 11 septembre 2001... Les États-Unis dans le recueillement

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 03:25

Michel Butor, à l'écart, définitivement par Jean-Claude Renard

L’auteur de La Modification, de L’Emploi du temps et de plusieurs recueils, s’est éteint le 24 août, à l’âge de 89 ans.

Difficile de trouver le terme exact pour désigner ou plutôt évoquer Michel Butor. Écrivain, romancier, universitaire, poète, essayiste, critique d’art, intellectuel discret. Inclassable donc. Insaisissable aussi.

Né en 1926 à Mons-en-Bareuil, il glane trente ans plus tard le prix Renaudot pour La Modification, en 1957, un roman déployé en train entre Paris et Rome, à la deuxième personne du pluriel. C’est alors un prof de lettres en fac, ballotté entre les États-Unis, l’Egypte et l’Angleterre, des postes qui se présentent à celui qui a loupé l’agrégation, demeure rejeté par l’université française. Auparavant, il a déjà publié aux éditions de Minuit Passage de Milan (1954) et l’Emploi du temps (1956). À chaque fois, une audace formelle prodigieuse et un regard qui tranchent avec la production habituelle, un phrasé au scalpel, sans un pet de gras. Ce sera sa marque de fabrique (une expression qu’il détestait).

La critique le range du côté des « nouveaux romanciers », entre Robbe-Grillet, Duras et Claude Simon, lui s’en défend, et s’écarte du groupe pour suivre son chemin personnel. À « l’écart ». Ce sera, non sans hasard, le nom de son domaine, en Haute-Savoie, où il s’installe très tôt, guère éloigné de l’université de Genève où il enseigna jusqu’en 1993. Quittant l’univers du roman, mais sans jamais cesser d’écrire (publié donc chez Minuit, et encore chez Gallimard, largement à La Différence et une foule de petits éditeurs), s’interrogeant (presque physiquement) sur la forme et sur les lieux, sur tous les supports – cornaqué aux typographes, aux imprimeurs, aux artistes, pour des œuvres tirées à un nombre d’exemplaires très confidentiel, au diapason d’une correspondance épistolaire qu’il pouvait établir avec n’importe qui, mais furieusement originale, faite de collages.

Voilà tout juste vingt ans, en septembre 1996, au sortir d’une conférence à la Maison de la Poésie, à l’occasion d’un nouveau recueil de poésie, À la frontière, Michel Butor nous avait accordé mieux qu’un entretien exclusif, mais une soirée en tête-à-tête, autour d’une bonne table, entre les verres de rouge sur lesquels il se montrait exigeant, une viande saignante et une assiette de frites qu’il mangeait goulûment avec les doigts. En toute simplicité, et avec beaucoup de rires en coin, de sourires pleins, de drôlerie, avant de reprendre tard le soir un dernier métro le raccompagnant à son hôtel. Déjà à la retraite, à l’écart des médias et de l’université, le voyageur au long cours semblait conquis par sa tranquillité, prenant soin d’éviter de parler de littérature (il n’avait pas envie de faire cours), évoquant Paris, les médias, l’université, dressant, sans en avoir l’air, un bilan de sa vie et du monde en marche.

Extrait

Pourquoi êtes vous si rare ?

Michel Butor : C’est tout simple. Je n’habite pas Paris ! Et ça ne me manque pas. Je suis un scandale pour les médias parisiens : je n’habite pas la capitale ! Mais, est-ce que c’est possible, ça ? ! En plus, je suis un emmerdeur. Parce que j’ai des idées complètement autres. D’abord, je ne suis pas là. Habiter en Haute-Savoie, est-ce que c’est sérieux ? Vous plaisantez ! Je viens à Paris une fois par trimestre, comment voulez-vous arranger un rendez-vous ? Pour Bernard Pivot, Nagui, Arthur, Jean-Luc Delarue, comment peut-on arranger cela ? C’est impossible. Vous ne vous rendez pas compte ? Bernard-Henri-Lévy est à Paris, comme Jean-Edern Hallier ! C’est un crétin, soit. BHL aussi. Mais ce sont des crétins à la mode. Ils n’ont rien à dire, mais ils sont à Paris. Et tous ces gens-là n’ont qu’une envie, celle de paraître. Moi, ça ne m’intéresse pas du tout. De temps en temps, je vois des gens du Monde. Ils viennent jusque chez moi, mais seulement tous les trois ans. Ainsi, c’est moral. Les gens qui aiment ça ont ça.

Comment expliquez-vous qu’on ne vienne pas vous voir davantage ?

Je trouve cela très bien. Si tout le monde venait, ce serait épouvantable. Je partirais ailleurs. Par exemple, je n’ai surtout pas envie de voir Mireille Dumas. Je n’irai jamais à une de ses émissions. Entre médias et public, le cercle fonctionne bien. Il y a le gouvernement qui écoute la télé, et les gens de la télé qui écoutent le gouvernement. Si jamais nous imaginons un gouvernement qui n’écoute plus la télévision, il fera quelque chose d’autre. Si jamais encore nous imaginons une télévision qui n’écoute plus le gouvernement, elle proposera tout à fait autre chose. On peut faire sauter ce cercle : on peut faire sauter soit le gouvernement, soit monsieur Elkabbach ou ses successeurs, ce sont les mêmes. En réalité, c’est beaucoup plus facile et beaucoup plus simple qu’on ne le dit. Tout cela est embrouillé par toutes sortes d’intérêts. Le gouvernement actuel a intérêt à ce que la télévision nous mente. Et la télévision a intérêt à ce que le gouvernement continue ainsi.

Votre discrétion ne vient-elle pas d’un manque de reconnaissance ?

Les émissions essayent de trouver des trucs qui fassent de l’audience. Si jamais un universitaire risque d’en faire, il a toutes les chances d’être invité. Ce n’est pas la valeur, ni la qualité, c’est l’audience immédiate que l’on attend. La parole n’est pas prise par les universitaires, mais par les médias. Je suis autant reconnu aux États-Unis qu’en France, c’est-à-dire assez peu. Mais il y a des passionnés. En France, je suis reconnu peu à peu en tant qu’artiste, mais pas du tout comme universitaire. La France est un pays absolument fermé à cet égard.

Déjà, à l’époque de ma thèse, je dérangeais l’université. D’une part, j’avais été un des acteurs de mai 68, et d’autre part j’étais un personnage connu et reconnu en dehors de l’université, et donc un danger, à cause de mes essais, de Répertoire. Ils étaient intolérables parce qu’ils montraient que la recherche universitaire en France était en retard. C’est cela qu’on ne me pardonnait pas. Il était difficile de neutraliser l’animosité de vieux sorbonnards. J’étais considéré par le système comme tout à fait autre, mais j’ai fait tout ce que j’ai pu pour être en marge.

Finalement, j’ai réussi. J’ai enseigné à l’université de Vincennes, c’était tout à fait suspect. Après quelque temps comme maître-assistant à Nice, je n’ai pas réussi pour autant à être inscrit sur la bonne liste au Comité consultatif, celle des professeurs. Grâce à Jean Starobinski, j’ai obtenu un poste de professeur à Genève en tant qu’invité, puis on a régularisé mon poste. C’était un superbe camouflet de la petite université de Genève à l’université française, pour laquelle j’étais indésirable. Je n’avais aucune raison de revenir en France. Et l’université française n’a jamais compris ce qui s’est passé, pas plus que le ministère. J’ai abandonné totalement l’idée d’entrer à l’université française. Il faut reconnaître qu’au point de vue administratif, elle fonctionne incroyablement mal. Et aujourd’hui, ils n’ont rien changé de leurs habitudes. J’estime aussi que le système universitaire français était tellement pourri que j’aimais beaucoup mieux être ailleurs !

Quand on est rejeté par l’université française, et qu’on revient dans le programme de l’agrégation, n’y a-t-il pas un décalage ?

Je peux être docteur honoris causa de cinquante universités. Cela m’est totalement indifférent. Je pense que le temps passe, c’est tout. Il n’y a pas de raison d’être amer, de toute façon, il faut vieillir tranquillement. Tous ces crétins, je m’en fiche. Leur bêtise est passée. Il y a toujours des gens pour me soutenir, et quelques universitaires. Maintenant, j’ai pris ma retraite, c’est fini tout ça.

L'Invité culture Hommage à Michel Butor - France Culture

Les Matins de France Culture, en compagnie de ses invités, Mireille Calle-Gruber, directrice de l'édition de l'oeuvre complète de Michel Butor et Pierre Brunel, critique littéraire, biographe et ami de Michel Butor, rendaient hommage à Michel Butor.

Intervenants

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 08:34

Adieu Nicolas

Nicolas Duntze nous a quittés brutalement le 31 juillet après son dernier combat contre la maladie.

Avec lui disparaît un acteur engagé et infatigable des luttes paysannes et un défenseur des opprimés de toute la planète.

La Confédération paysanne du Gard et son réseau (ADDEARG, Solidarité paysans, Entraide 30) se sentent orphelins.

Nicolas était un pilier fondateur de la Conf’ du Gard. Il a aussi assumé de nombreux mandats au niveau national (porte parole et secrétaire de la Conf’) et international (Via Campesina).

Toujours présent dans la vie du syndicat, il était intransigeant, lucide et percutant, tant dans ses analyses sociales et politiques que dans ses actes.

Défendre les plus faibles et les victimes de toutes les oppressions était dans son ADN, de même que sa passion pour la terre, la vigne et l’agriculture paysanne.

Il laisse un grand vide : ses colères et ses « coups de gueule » nous manqueront.

La meilleure façon d’honorer sa mémoire est de poursuivre les combats auxquels il a consacré sa vie.

Confédération paysanne du Gard

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 06:03

Construire l'ennemi

... et autres écrits occasionnels - Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher

Umberto Eco

Suite à une conversation dans un taxi new-yorkais avec un chauffeur pakistanais qui ne comprend pas qu’un pays puisse exister sans ennemis, Umberto Eco s’interroge. Après avoir constaté les ravages d’idéologies totalitaires telles que le nazisme ou le fascisme, la société actuelle ressent-elle la nécessité de se définir par rapport à un ennemi et de le diaboliser ? Les Etats renonceraient-ils, aujourd’hui, à l’opportunité de créer de nouveaux boucs émissaires pour renforcer le sentiment d’identité nationale et leur pouvoir ?

Puis, à l’occasion de conférences ou d’essais à thèmes qui amusent autant celui qui parle que celui qui écoute, et qui sont, en somme, des exercices de rhétorique baroque, l’auteur aborde avec jubilation des sujets variés : l’idée de l’absolu, la tragédie d’Anna Karenine, la poétique de l’excès chez Victor Hugo, les divertissements inspirés par les almanachs, « Parlez-moi d’amour », etc.

Le grand érudit qu’est Umberto Eco traite dans ces « écrits occasionnels » de questions qui l’intriguent et le passionnent, sans jamais oublier d’amuser son lecteur.

,

-Le prochain numéro de Cultures & Conflits

Effets-frontières en Méditerranée : contrôles et violences

Vous trouverez en pièce jointe le typon présentant le contenu du numéro. N'hésitez pas à la diffuser.

-"Qu’ont en commun Ovide et Dante, Edward Saïd et Julio Cortázar, l'artiste ayant fui l’Allemagne nazie ou la Russie stalinienne au siècle dernier et, de nos jours, l’ouvrière mexicaine de Los Angeles, le demandeur d’asile à Rome ou Paris, le clandestin de Calais ou de Lampedusa ? Les causes sont diverses et les circonstances différentes mais ils partagent tous une même expérience, celle de l’exil, que nous nommons « expérience exilique ». La penser permettrait de mieux appréhender les phénomènes migratoires contemporains - le migrant est d’abord un exilé -, et leur devenir dans la durée, l'héritage de l'exil touchant plusieurs générations."

LA LANGUE MATERIELLE DE L’EXIL (1)

03 mars 2016 [16h-18h30].

La prochaine séance du programme NON-LIEUX DE L’EXIL en collaboration avec l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS / CNRS-EHESS) aura lieu de 16h à 18h30 salle 426 (EHESS, 190 av. de France, 75013 Paris). Elle s’articulera autour des processus de passage entre l’intime de l’expérience et la sphère publique.

Avec :

· Laetitia TURA : projection de Ils me laissent l’exil – les objets (28’’/2015), film réalisé lors d’une résidence du GREC, Musée de l’Immigration.

Discutante principale : Chowra Makaremi (IRIS / EHESS-CNRS)

· Alexandra GALITZINE-LOUMPET – le projet Displaced Objects (displacedobjects.com)

avec la participation de Rachel COHEN et Cécile OUMHANI.

Discutante principale : Brigitte Natanson (Université d'Orléans)

Coordination : Alexandra Galitzine-Loumpet (CESSMA & NLE), Chowra Makaremi (IRIS EHESS/CNRS & NLE), Brigitte Natanson (Université d’Orléans & NLE)

Présentation des intervenantes : ici

entrée libre dans la limite des places disponibles

Carnet de recherche : http://nle.hypotheses.org/

FB : https://www.facebook.com/NonLieuxDelExil/

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 07:31

Vidéo du témoignage de la comédienne Marina Vlady ,(et d'autres) ,sur le matraquage à mort des manifestants par des policier Français!

Paris : Hommage aux victimes du métro Charonne

A la une Paris, France - 07 février 2015

Des militants de la CGT, du Parti communiste français et du Parti de gauche sont venus se recueillir au cimetière du Père-Lachaise, dans le XXe arrondissement de Paris, le 7 février 2015.

Ils ont rendu hommage aux personnes décédées des suites de violences policières, le 8 février 1962, durant une manifestation contre la guerre d'Algérie qui avait été interdite.



https://www.facebook.com/BeurFMOfficiel/videos/10153174339787126/COMMÉMORATION - MASSACRE DE CHARONNE
Il y a 54 ans, le 8 février 1962, 20 000 personnes participent à une manifestation contre les attentats de l'OAS et pour la paix en Algérie. A l'issue de ce défilé pacifique, les forces de l'ordre, sur l’ordre de Maurice Papon, alors Préfet de police de Paris et de Roger Frey, Ministre de l’Intérieur du gouvernement de l’époque, chargent les manifestants aux abords de la station de métro Charonne (11e). Le bilan est lourd : 9 travailleurs syndiqués de la CGT ont été sauvagement assassinés, et plus de 250 ont été blessés.
Un mois plus tard, le 19 mars 1962, les accords d'Evian étaient signés, mettant un terme à la guerre d'Algérie.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 08:25

A Béziers, Robert Ménard réécrit l’histoire

18 janvier 2016 par B. Girard

« Que vous cessiez de “torturer” la mémoire de Jean Moulin et que vous laissiez ses mânes reposer définitivement en paix » :dans un courrier adressé à Robert Ménard, 29 enseignants d’histoire-géographie de Béziers dénoncent l’instrumentalisation à laquelle se livre le maire autour de la mémoire de Jean Moulin, ajoutant : « Hélas, l’instrumentalisation et le retricotage de l’Histoire à des fins strictement polémiques confinent désormais à une orientation idéologique telle qu’il nous a paru relever de notre devoir de citoyens d’exprimer publiquement notre désaccord. Précisément parce que nous sommes des professeurs profondément attachés à la rigueur de la démarche historique. »

A Béziers, dont il est originaire, Jean Moulin sert à tout, à condition de savoir s’en servir. Même à remporter les élections comme Ménard l’avait fait comprendre lors des dernières régionales, dans un appel tweeté à ses électeurs : « Dimanche, au nom de Jean Moulin, au nom de la République, nous ferons barrage à la gauche. » Une polémique qui n’a pas manqué de rebondir avec l’opération immobilière réalisée par la ville autour de la maison natale de Jean Moulin et qui permet à Ménard, dans son organe de propagande favori – « le Journal de Béziers », bulletin municipal - de récupérer à son profit l’image de la Résistance : « Jean Moulin est avant tout français, un grand Français »… sans doute plus qu’un résistant. Il faut dire qu’en matière de mémoire historique, le maire de Béziers s’est fait une spécialité de l’arranger à sa manière : entre la « réhabilitation de l’OAS » dénoncée par ces mêmes enseignants et la promotion des racines chrétiennes de la France, Ménard développe tous les travers du roman national dans sa version la plus éculée : celle d’un peuple mythique paré de toutes les vertus, sans cesse menacé par les barbares. Avec « le Journal de Béziers », cette école historique a trouvé son instrument de diffusion, dans un impensable mélange de propagande grossière, d’amalgames en tout genre et d’infantilisation dont le numéro de novembre 2015 sur la commémoration - appelée ici « célébration » - du centenaire de la Première Guerre mondiale donne un bon aperçu.

La mort de millions de soldats se réduit à cette explication toute simple : « (…) ils avaient en eux l’idée de patrie, l’amour de la France, de ses clochers et de ses champs, l’idée de nation soudée à l’âme. La France était une famille, son histoire une biographie. » Symbole de cette époque bénie où le sabre et le goupillon pouvaient encore compter sur l’école pour édifier les enfants, le soldat « sait d’où il vient. Il a une certaine idée de la France sa grande patrie, idée forgée par l’école publique, alors totalement patriote. Il est obéissant, il est encore souvent croyant. » Cette reconstruction du passé permet alors au maire d’aboutir là où il a choisi d’amener son public – et ses électeurs - lors de la commémoration du 11 novembre 2015 : « Ceux qui sont morts pour sauver la France de la victoire allemande, que diraient-ils en voyant certaines rues de nos communes où le Français doit baisser la tête ? » Pour Ménard, la chose est entendue : c’est comme outil de stigmatisation de toute une partie de la population que l’histoire doit faire sens et l’on comprend bien sa réaction outragée devant l’interpellation dont il a fait l’objet de la part des enseignants : « Je m’inquiète sur la façon dont est enseignée l’histoire à nos enfants. Je connais une dizaine d’historiens, plus légitimes que ceux-là, qui ont une tout autre vision de l’Histoire. »

Reste que si l’initiative des enseignants biterrois est judicieuse et réconfortante en ce triste temps d’inféodation à la pensée identitaire, l’instrumentalisation de l’histoire qu’elle dénonce dépasse très largement la petite personne du maire de Béziers, s’épanouissant quasiment à l’identique sur un large échiquier politique, notamment lorsqu’il est question de son enseignement à l’école où l’injonction récurrente d’un hypothétique « devoir de mémoire », le recentrage des programmes officiels sur le fait national ou la récente promotion du patriotisme dans le cursus des élèves, aboutissent à des compromissions idéologiques mortifères. Après tout, lorsque Valls, avec des accents à la Déroulède, commémore le centenaire de la bataille de la Marne, il se place dans une logique de manipulation du passé guère différente de celle que Ménard met à l’œuvre à Béziers.

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