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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 10:42

Au Salon de l'agriculture, les faucheurs volontaires alertent sur les OGM cachés

Reporterre‎ -

2 mars 2016 / par Barnabé Binctin (Reporterre)

Les faucheurs et Faucheuses volontaires d’OGM ont fait entendre leur voix, mardi 1 mars, dans les allées du Salon de l’Agriculture.

Salon de l’Agriculture (Paris), reportage

Sous la banderole, « Ni dans les champs, ni dans les bagnoles, les OGM, on n’en veut pas ! », les faucheurs et faucheuses volontaires d’OGM ont visité mardi 1 mars le Salon de l’Agriculture. Première étape, le stand consacré au Diester, le principal agrocarburant en France, produit par Sofiprotéol. Vers 15h30, les badauds sont nombreux et s’arrêtent devant la fontaine à eau électrique, qui délivre son message en fines gouttes artificielles : « Biodiesel, l’énergie verte = moins de CO2 ».

« C’est vachement bien fait quand même » dit, fasciné, un passant à sa compagne. Alors que le speaker répète le slogan, « Cinq millions de tonne de gaz à effet de serre économisés par an », les faucheurs volontaires déploient les banderoles et interpellent les passants : « La terre est faite pour nourrir les humains, pas pour produire de l’huile pour les voitures ».

Ils disposent des autocollants « Diester poison d’Avril » - Avril étant le nouveau nom donné à la structure Sofiprotéol, qui intègre Terres Innovia, l’institut technique chargé des oléagineux, auparavant dénommé CETIOM.

L’action se déroule dans le calme. La vingtaine de membres du collectif des faucheurs discutent avec les curieux. La réaction est mitigée ; un vieux monsieur en costume s’emporte : « Vous êtes en train de foutre l’agriculture en l’air avec une telle contre-publicité ! ». D’autres encouragent les lanceurs d’alerte : « C’est vrai qu’il y a beaucoup de produits chimiques aujourd’hui dans l’agriculture » estime Hanan, accompagnée de ses enfants. « Dommage qu’ils ne soient pas plus nombreux pour se faire entendre ».

Si les méfaits des agrocarburants sont aujourd’hui largement documentés – accaparement des terres, mise en péril de la souveraineté alimentaire, inefficacité de la lutte contre le réchauffement climatique – les faucheurs voulaient porter leur discours sur un aspect plus méconnu : les OGM clandestins.

« On estime qu’aujourd’hui, 30 % des cultures de tournesols ou de colza en France [ les principaux oléagineux constituant les agrocarburants, ndlr], sont des variétés issues de la mutagénèse, une technique reconnue comme OGM par l’Union Européenne », explique Jacques Dandelot, membre des faucheurs. Pourquoi y en aurait-il en France, qui revendique pourtant l’interdiction des OGM ? Le tour de passe-passe est à trouver du côté de la réglementation européenne et de la directive 2001/18 qui définit les OGM. L’article 2, intitulé « définitions », les présente ainsi : « Un organisme, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». Sauf que l’article suivant introduit deux « exemptions » : « La présente directive ne s’applique pas aux organismes obtenus par les techniques de modification génétique énumérées à l’annexe I B ». Or cette annexe l’écrit noir sur blanc, dix pages plus loin : parmi les méthodes « à exclure du champ d’application de la présente directive » figure bien… la mutagénèse.

« En gros, on dit que ce sont bien des OGM mais qu’on les autorise » résume Jean-Luc Juthier, autre membre des faucheurs volontaires. Ce qu’on appelle officiellement des VrTH (variétés rendues tolérantes aux Herbicides) constituent une nouvelle solution chimique pour éliminer les herbes adventices : les plantes cultivées sont rendues tolérantes à l’herbicide. « Cela pose des risques bien connus en agronomie de résistance aux herbicides, poursuit M. Juthier. Sans compter le fait que ce sont des techniques brevetées, et que ces technologies appropriées par des multinationales menacent l’autonomie des paysans ».

L’argument ne séduit pas tout le monde : « Mais quand votre enfant est malade, vous utilisez bien des médicaments pour le soigner ! » s’emporte une dame qui tient la main de sa fille. Les risques sanitaires ? Les révélations du documentaire Cash Investigation ? « Oui, j’ai vu. Mais depuis vingt ans, on fait attention dans l’agriculture et on pratique l’agriculture raisonnée. Et puis, des pesticides, il en faut bien un peu sinon on vit comment ? La bio totale, c’est une utopie ! ».

Sur le stand du Diester, Thibault Ledermann refuse de répondre à nos questions. Mais son patron, Bernard de Verneuil accepte de discuter. Des OGM cachés ? « Pas au sens de la directive 2001/18 », assure M. de Verneuil, qui est membre du conseil d’administration d’Avril-Sofiprotéol. Selon lui, « le vivant peut être amélioré, il n’y a donc aucune raison qu’il ne profite pas à ceux qui peuvent mettre en œuvre cette amélioration. Et cette technique permet de n’utiliser qu’un seul herbicide plutôt que quatre ou cinq ! ».

Après une demi-heure d’échanges, la troupe des faucheurs volontaires s’est dirigée avec pancartes et slogans vers le plateau télé où Xavier Beulin enregistrait en direct l’émission « Preuves par 3 » pour Public Sénat.

Après quelques échanges houleux avec les supporters de la FNSEA venus applaudir leur représentant – Xavier Beulin, PDG d’Avril-Sofiprotéol, préside également le premier syndicat agricole français – une représentante des faucheurs volontaires a été conviée sur le plateau pour interpeller l’« homme aux mille bras » (voir ici à partir de la 36e minute). En réponse, M. Beulin a assuré qu’il n’y a « aucune culture d’OGM actuellement en France » , sans pour autant les critiquer, affirmant que la réponse à la crise agricole « sera évidemment l’innovation » ; et de citer pêle-mêle les semences, les technologies du numérique et la robotisation pour faire de l’agriculture « un pôle d’excellence ».

Finalement, le parcours des faucheurs Volontaires s’est conclu dans les loges du Salon, où le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a reçu ces visiteurs inattendus.

Source : Barnabé Binctin, pour Reporterre

Photos : © Barnabé Binctin/Reporterre

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2 mars 2016 / Guy Kastler et Patrick de Kochko

Les biotechniques dites d’« édition de gènes » doivent-elles être soumises à la réglementation sur les OGM ? La bataille pour le déterminer a déjà commencé auprès des gouvernements et des institutions supranationales. L’enjeu est capital, expliquent les auteurs de cette tribune, car la bio-industrie entend régner sans entrave sur les semences.

Guy Kastler et Patrick de Kochko sont membres du Réseau semences paysannes.

Du 15 au 17 février, 80 orateurs de l’industrie, de la recherche et de divers gouvernements se sont relayés à la tribune de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) [1], à Rome, pour faire disparaître la réglementation sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) derrière un épais nuage de fumée. L’enjeu est de savoir si les New breeding techniques (NBT, nouvelles techniques de reproduction ) relèvent ou non de la réglementation OGM. Ces techniques, dites « d’édition de gènes », permettent d’activer ou d’inactiver une partie du génome ou d’insérer un fragment d’ADN de la même espèce ou d’une autre espèce. Aucun statut juridique n’entoure aujourd’hui ces NBT. Certains espèrent qu’elles seront exclues de la réglementation sur les OGM, qui impose des évaluations et des procédures d’autorisations de mise sur le marché.

L’argumentation de leurs promoteurs relève d’un sophisme déroutant : les innovations paysannes (fermentation, compostage…) sont des biotechnologies ne produisant pas des OGM, toutes les biotechnologies ne produisent donc pas des OGM, les New Breeding Techniques, étant de nouvelles biotechnologies de modification génétique, ne font qu’accélérer les sélections traditionnelles et ne produisent donc pas d’OGM.

« Vol massif des connaissances et des ressources paysannes »

Un seul orateur de la société civile avait été invité à s’exprimer à cette tribune. Il a dénoncé le double langage des « biopirates » : « Si les produits issus des NBT étaient en tout point identiques à ceux qui peuvent être obtenus par des procédés traditionnels de sélection, ils ne seraient pas des inventions. Ils sont pourtant brevetés, alors que seules les inventions peuvent être brevetées. Ces brevets permettent à l’industrie de s’emparer de toutes les plantes et de tous les animaux porteurs de caractéristiques identiques à celles revendiquées par le brevet, y compris lorsque ces caractéristiques existent naturellement ou sont issues de procédés traditionnels sans aucun recours à l’invention brevetée. L’industrie ne veut pas de la réglementation OGM, car celle-ci entraverait ce vol massif des connaissances et des ressources paysannes en l’obligeant à étiqueter ses inventions et à définir les critères permettant de les distinguer des produits naturels ou issus de sélection traditionnelle. »

Le 22 février, à Paris, sept organisations paysannes et de la société civile suspendaient leur participation aux travaux du Haut conseil des biotechnologies (HCB) pour obtenir la publication d’une opinion divergente censurée. Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra et membre du comité scientifique, a pour sa part démissionné du HCB pour protester contre :

la censure de son opinion divergente soulignant l’existence des effets « non intentionnels » des NBT. Ces effets peuvent générer des risques sanitaires et environnementaux justifiant de les soumettre aux évaluations, étiquetage et suivis postcommercialisation imposés par la réglementation OGM. Souvent passés inaperçus, voire volontairement cachés, ils démontrent que les nouveaux OGM ne sont pas identiques à des produits « naturels » et que ceux qui prétendent réécrire leur génome ne maîtrisent pas plus ce qu’ils font que celui qui changerait les lettres des mots sans comprendre la langue à laquelle ils appartiennent.

les procédures irrégulières du comité scientifique du HCB, qui transforme une « discussion sur une note synthétique d’un groupe de travail » en « première étape d’un avis » devenant, quelques jours, plus tard le seul document officiel transmis aux autorités nationales et européennes avant que ces dernières ne décident du statut OGM ou non des produits issus des NBT. Alors que le sujet des NBT est à l’ordre du jour depuis huit ans, l’avis définitif susceptible, selon le HCB, de prendre en compte la position divergente censurée ne pourra être finalisé qu’après la décision politique qu’il est pourtant censé éclairer ! L’avis de la Commission européenne est en effet annoncé pour le mois de mars et celui du HCB pour juillet.

Trois multinationales se partagent la moitié du marché mondial des semences

La présidente du HCB a qualifié cette démission de « tempête dans un verre d’eau ». Elle semble ignorer les énormes conflits d’intérêts et les enjeux financiers qu’elle révèle. L’Agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA) avait ainsi envoyé un de ses experts pour rédiger la note du HCB réclamant la déréglementation des nouveaux OGM, aux côtés d’experts tirant tous leurs propres revenus professionnels de leur développement.

En moins de dix ans, dix multinationales se sont emparées du contrôle des trois quarts du marché mondial des semences. Trois d’entre elles s’en partagent la moitié. Leur objectif est désormais de contrôler les portefeuilles de brevets portant sur les gènes indispensables à l’exploitation de plantes et d’animaux rendus malades par cinquante années de monocultures industrielles et d’élevages concentrationnaires sous perfusion d’intrants chimiques : la génétique brevetée promet de nous vendre toutes les béquilles indispensables à leur survie de plus en plus éphémère dans cette course effrénée vers l’obsolescence programmée du vivant.

En mars, le Parlement français devra décider, lors du débat de la loi sur la biodiversité, si les « gènes natifs » des plantes et des animaux peuvent ou non être brevetés. Quant à l’Europe, elle a annoncé une prochaine décision sur le sujet avant juin 2016. Il est urgent que les citoyens s’emparent de ce débat pour ne pas le laisser entre les mains des lobbies qui dictent leurs lois.

[1] La FAO avait réuni ces jours là un Symposium international sur « le rôle des biotechnologies agricoles dans les systèmes alimentaires durables et la nutrition ».

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédactio
n.

Photos :
. chapô : Un brin d’ADN. (CC0)
. tabac : FNE
. fauchage volontaire : © Anaïs Cramm/Reporterre

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