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Témoignage de la chercheuse au CNRS Birgit Müller sur les colzas et tournesols Vrth au Procès d’Orléans, le 9 avril 2014

Müller, Birgit, 2014 L’engrenage des variétés rendues tolérantes à l’herbicide

Intervention comme témoin de la défense au Procès d’Orléans, le 9 avril 2014 contre des activistes ayant arrachés des tournesols résistants à l’herbicide dans un champ expérimental

Birgit Müller, IIAC-LAIOS (CNRS )

Je suis anthropologue chercheuse au CNRS et je travaille depuis plus de dix sur la gouvernance des pratiques agricoles et la propriété intellectuelle sur les semences au Canada et au niveau international. Je siège au Comité sur la sécurité alimentaire des Nations-Unies où je suis impliquée dans les débats pour définir des principes d’investissements agricoles responsables. Mes recherches de terrain m’ont amené à passer beaucoup d’heures sur les tracteurs des agriculteurs canadiens à observer leurs pratiques de culture. J’ai pu me rendre compte au fil des années des conséquences de l’émergence de multiples résistances aux herbicides. Je témoignerai donc à partir de l’expérience outre-Atlantique où les cultures tolérantes à l’herbicide sont devenues la norme et sont en train de menacer l’agriculture conventionnelle au point que le congrès américain a trouvé nécessaire récemment d’organiser une consultation sur les SUPERWEEDS (les super mauvaises herbes) issues de la diffusion des VTH.

Variétés tolérantes à l’herbicides et technologies agricoles une évolution de vingt années:

L’introduction des premières variétés de colza tolérantes à l’herbicide au milieu des années 1990 a amené une révolution agronomique au Canada. Le « système Clearfield » de BASF, colza génétiquement modifie par mutagenèse pour devenir tolérant à l’herbicide Imidazalinone a été le premier à être autorisé au Canada au début des années 1990. Il a été rapidement suivi par le colza Roundup Ready génétiquement modifié par transgénèse (c’est à dire par l’implantation d’un gène venu d’une autre espèce) pour devenir tolérant à l’herbicide glyphosate breveté par Monsanto (1995) et le système Libertylink, un colza génétiquement modifié par mutagenèse pour devenir tolérant à l’herbicide glufosinate.

Les variétés tolérantes à l’herbicide ont provoqué des conséquences agronomiques et économiques multiples :

1.) Cultures sous contrat : Au départ seul le colza RR breveté par Monsanto a été vendu sous contrat qui obligeait l’agriculteur de s’engager à ne pas ressemer sa récolte de colza et de permettre aux agents de Monsanto de prendre des échantillons sur ses champs et de vérifier ses comptes encore pendant trois ans après le dernier semis du colza RR. Aujourd’hui le système du contrat s’est généralisé et aussi le colza LL et Clearfield ne peuvent pas être ressemer comme semences fermières. Le prix des semences des VTH a quintuplé depuis les années 1990 au Canada.

2.) Semis direct : La possibilité d’appliquer des herbicides totaux (qui suppriment aussi bien les adventices graminées que les légumineuses) sur les cultures à n’importe quel moment du cycle de croissance de la plante cultivée a amené une révolution technologique. Les agriculteurs ont investis d’énormes sommes dans de nouveaux semoirs qui ouvrent la terre non labourée grâce à des couteaux étroits qui coupent la terre pour placer précisément la semence. Les adventices (ou mauvaises herbes) sont ensuite « contrôlés » par l’application d’herbicides. Les instruments de l’agriculture moderne deviennent alors le semoir hypersophistiqué et le diffuseur gigantesque. On ne laboure plus. Grâce aux variétés tolérantes à l’herbicide les agriculteurs ne gagnent pas plus par hectare parce que les semences sont très chères mais ils gagnent du temps et peuvent cultiver des surfaces de plus en plus larges. Or, une fois engagés dans cette nouvelle manière de travailler, ils deviennent dépendant des VTH et ne peuvent pas faire marche arrière puisque leurs investissements en machines y est lié.

3.) Résistances des adventices (mauvaises herbes) : le système Clearfield (tolérant à l’Imidazalinone et autres inhibiteurs d’ALS) est utilisé aujourd’hui dans le blé, le colza, les lentilles et les tournesols dans l'Ouest du Canada, ce qui provoque des dilemmes de désherbages dans la rotation. Les repousses spontanées de colza VTH par exemple deviennent alors des mauvaises herbes pour les autres cultures. L'usage excessif de variétés de colza (Canada et États-Unies), de soja, maïs, coton (EU, au Canada, Ontario et Manitoba) tolérants aux herbicides 'Clearfield' (Imidazalinone), 'Libertylink' (glufosinate), et Roundup (glyphosate), a fait que les adventices deviennent tolérants à plusieurs de ces herbicides. La solution préconisée par les conseillers agricoles (qui travaillent d'ailleurs souvent pour les multinationales agro-chimiques parce que les postes de conseillers agricoles publiques ont été supprimés) est d'alterner entre les différents 'paquets technologiques' ou de mixer dans le diffuseur des

Un engrenage. Une Variété tolérante à l’herbicides attire les autres

Les multinationales Monsanto, Bayer et BASF coopèrent pour pouvoir proposer des variétés avec des 'stacked genes' (des combinaison de plusieurs gènes) qui rendent les variétés tolérantes à deux ou même trois herbicides. Le résultat est que des adventices avec des résistances multiples deviennent de plus en plus fréquents. Ceci a incité les compagnies multinationales à se tourner vers des anciens herbicides plus toxiques comme le Dicamba et le 24D et de développer des variétés tolérantes à ces derniers. Aux États-Unies la multinationale de la chimie Dow Chemicals a obtenu en janvier 2014 l’autorisation pour mettre sur le marché un maïs tolérant au 24D (un cousin de la substance présents dans l’Agent Orange 245T utilisé pendant la guerre du Vietnam). Monsanto annonçaient récemment dans documents publicitaires le développement d’une variété de soja tolérant à Dicamba, un herbicide extrêmement toxique interdit en France.

Pendant que la France commence seulement de se mettre dans cet engrenage, aux États-Unies 93% du soya et 70% de mais sont des variétés tolérantes à un herbicide, au Canada 98% du colza est une VTH. Des variétés conventionnelles sont de plus en plus difficiles à trouver sur le marché. Dans le catalogue officiel des semences du Canada, une seule variété de colza conventionnel existe encore. En plus, les VTH se répandent naturellement et les gènes de résistance envahissent les champs des voisins ensemble avec les DPI qui y sont attachés. Les agriculteurs n’ont plus le choix.

Le Congrès américain a entamé en 2010 une discussion sur les superweeds (les super mauvaises herbes) qui menacent l’agriculture américaine. La commission a constaté qu’il sera difficile et très couteux d’arrêter cette évolution et de faire marche arrière puisque les agriculteurs ont contracté de lourdes dettes pour investir dans le matériel agricole nécessaire pour la méthode de culture semis-direct liée aux VTH: semoirs de précisions, diffuseurs gigantesque. Le USDA a été fortement critiqué pour avoir failli dans son devoir de supervision et d’anticipation. Des contributions au débat suggéraient d’ailleurs que le gouvernement devait restreindre l’usage des VTH et leur imposer une taxe qui sera utilisée pour des programmes de recherche et d’éducation. Les faucheurs de tournesol VTH ont donc mis le doigt sur un problème crucial et tiré la sonnette d’alarme là où aussi le gouvernement français et la commission européenne n’écoutent actuellement que les sirènes de l’industrie semencières;

Note de l'administration du blog :pétition

URGENT : aidons les abeilles contre l’industrie des pesticides

Les abeilles meurent en masse, partout dans le monde. Face à l’effondrement de leurs colonies, l’UE a décidé d’interdire plusieurs pesticides. Mais les groupes chimiques produisant ces substances hautement toxiques - Bayer, BASF et Syngenta - nient toute responsabilité et portent plainte contre l’UE. Scandaleux !

Les néonicotinoïdes sont une menace pour les abeilles (photo: Huertos Urbanos Bahia de Cadiz)

Les abeilles butinent les fleurs, inlassablement. Leur zèle a une valeur inestimable pour l’homme et la pour nature car, en plus de fabriquer du miel, elles assurent quotidiennement la pollinisation de milliards de fleurs… Sans les abeilles, un tiers de nos cultures vivrières n’existeraient pas.

Aujourd’hui, la survie des abeilles est en jeu, en témoigne l’effondrement de leurs colonies, qu’elles soient domestiques ou sauvages. Les causes : les parasites, le déplacement massif de ruchers, l’agriculture industrielle intensive avec ses monocultures et ses pesticides.

Un groupe particulier d’insecticides a depuis longtemps été relié à la mort des abeilles : les néonicotinoïdes. Ses substances neurotoxiques sont utilisées par l’industrie agroalimentaire pour traiter les semences de maïs, de blé et de colza. Ses effets sont potentiellement mortels, et pas seulement pour les abeilles…

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a procédé à une évaluation des néonicotinoïdes et du fipronil, concluant sur leur « risque aigu élevé pour les abeilles ». En décembre 2013, l'UE a imposé une suspension de deux ans des pesticides de Bayer et de Syngenta et restreint drastiquement l'utilisation du Fipronil de BASF.

>>> Suite

Problème, les néonicotinoïdes rapportent deux milliards d’euros par an et les groupes chimiques ne veulent pas renoncer à leurs profits. Bayer, BASF et Syngenta ont ainsi déposé plusieurs plaintes contre l’UE pour faire annuler l’interdiction visant leurs poisons tout en communicant auprès du grand public sur leur volonté de sauver les abeilles…

Ce à quoi ressemblerait un monde sans abeilles s’observe déjà dans certaines région de la Chine où les humains pollinisent les vergers à la main.

Mobilisons-nous pour les abeilles en écrivant aux industriels des pesticides.

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