Le 05 mars 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour la première fois, un ouvrage didactique fait le point sur notre exposition réelle à cette pollution invisible et diablement toxique.
Les lecteurs du JDLE les connaissent. Derrière cette «qualité» générique de perturbateurs endocriniens (PE) se cachent des milliers de molécules, de substances chimiques qui peuplent désormais notre corps et dérèglent notre système hormonal.
Invisibles, ils sont des constituants de notre vaisselle, de nos médicaments, de produits de beauté, d’objets en plastique, de conserves alimentaires, de vêtements, et j’en passe. En quelques décennies, les industriels producteurs ont, sans précaution ni régulation, contaminé notre environnement, notre alimentation et notre intimité. Fort logiquement, épidémiologistes et médecins constatent aujourd’hui une forte progression de maladies chroniques, de cancers, de pubertés précoces, de malformations, de diabète, d’obésité, d’autisme.
Le tout coûtant un argent fou à la collectivité.
35 millions de substances chimiques
C’est cette incroyable et véridique histoire que racontent François Veillerette (l’animateur de l’association Générations futures) et Marine Jobert (journaliste au JDLE), dans un livre nerveux et passionnant[1]. Déjà connu pour son opus sur les gaz de schiste[2], le duo ne se contente pas d’exposer un formidable problème de santé publique. Mais surtout son caractère quasi inextricable.
Depuis qu’elle a assis son développement et son confort sur la chimie, l’humanité baigne dans un univers multi-moléculaire. «L’Eawag, un institut suisse de recherche sur l’eau, a recensé 35 millions de substances chimiques disponibles. Sur ce total, l’Union européenne en réglemente 100.000, via Reach, mais ne dispose d’étude de toxicité que pour 200 produits», rappelle Marine Jobert.
A ce manque criant de connaissance s’ajoute l’inadaptation de l’expertise officielle. «L’un des problèmes posés par les perturbateurs endocriniens est que leur toxicité n’est pas forcément en rapport avec la dose reçue par un individu. D’autre part, les effets peuvent se manifester des décennies après l’exposition, voire sur la descendance de la personne contaminée. Sans oublier les possibles effets-cocktail», explique François Veillerette.
Exit Paracelse
On est loin de la dose qui fait le poison, axiome cher à Paracelse. C’est pourtant toujours ainsi que raisonnent experts patentés et autorités sanitaires. Ce qui explique en partie leur inaction. Voilà des années, par exemple, que la Commission européenne s’ingénie à ne pas juridiquement définir les perturbateurs endocriniens. Cette inaction vaut quelques ennuis judiciaires à l’exécutif communautaire.
Pour sa défense, l’exécutif communautaire est sous le feu des lobbies industriels. Ces derniers font valoir qu’il y a trop de substances à contrôler, qu’il n’y a pas forcément de substituts sains pour tout (on le voit bien avec le BPA, par exemple). Bref, bien avant la population, la première victime (de la régulation) des perturbateurs endocriniens, c’est l’industrie. D’autant, soulignent ses experts, que «rien n’est prouvé». «En la matière, s’alarme Marine Jobert, les entreprises procèdent avec les perturbateurs endocriniens comme avec le tabac ou l’amiante: elles distillent le doute. Et réussissent souvent à convaincre les autorités de ne pas tenir compte des avancées de la science, laquelle pourtant est de plus en plus formelle.»
Discrétion médiatique
Véritable mal du siècle (et pour longtemps encore), le perturbateur endocrinien fait pourtant rarement la une de la presse, fut-elle médicale. «Les effets les plus visibles des PE sont les micro-pénis des jeunes garçons ou des testicules qui ne descendent pas. Ce n’est pas assez spectaculaire», veut croire la journaliste.
Est-ce en raison de cette discrétion médiatique que le personnel politique s’intéresse aussi peu au sujet? Qui, à part des francs-tireurs comme Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Michèle Rivasi ou Jean-Louis Roumegas, veut réduire notre risque d’exposition aux perturbateurs endocriniens? Ne cherchez pas. Personne.
[1] Perturbateurs endocriniens, la menace invisible, par Marine Jobert et François Veillerette, Buchet-Chastel.
[2] Le vrai scandale des gaz de schiste, par Marine Jobert et François Veillerette, éditions Les liens qui libèrent
Le 05 mars 2015 par Romain Loury
Jusqu'à 2,1% du PIB européen
Les perturbateurs endocriniens pourraient coûter à l’Union européenne (UE) 157 milliards d’euros par an, ont révélé jeudi 5 mars plusieurs experts mondiaux. Une estimation certes approximative, mais peut-être en-deçà de la réalité.
Disponibles en libre accès sur le site du Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, les chiffres présentés jeudi au congrès annuel de l’Endocrine Society, qui se tient à San Diego (Californie), donnent le vertige: en tout, les perturbateurs endocriniens coûteraient 157 milliards d’euros à l’UE, jusqu’à 269 milliards d’euros dans l’hypothèse la plus haute. Soit de 1,2% à 2,1% du PIB européen.
D’après les experts, qui comptent les plus grands noms de la recherche sur le sujet, c’est le handicap intellectuel des enfants, lié à l’exposition in utero aux pesticides organophosphorés, qui s’avère le plus coûteux: estimé à 59.300 nouveaux cas et à la perte de 13 millions de points de QI par an en Europe, il équivaut à 146 milliards d’euros. Loin derrière, l’obésité de l’adulte, avec 53.900 nouveaux cas par an du fait des phtalates, coûterait à l’UE 15,6 milliards d’euros par an.
Les perturbateurs endocriniens entraînent par ailleurs de 19.400 à 31.200 cas de troubles de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) par an, de 126 à 631 cas d’autisme, 618.000 cas d’hommes recourant à une aide à la procréation, 42.400 cas d’obésité infantile du fait de l’exposition in utero au bisphénol A, 24.800 décès d’hommes à faible taux de testostérone, et 28.200 cas de diabète.
Un chiffre encore en-deçà à la réalité?
Les experts ne pourront pas être taxés de partialité: ils n’ont retenu que des maladies dont ils ont jugé, au vu de l’écrasante littérature scientifique, qu’elles étaient au moins probablement liés aux perturbateurs endocriniens. Laissant de côté, malgré les fortes suspicions, les cancers du sein, de la prostate et du testicule, ainsi que les problèmes d’infertilité féminine, dont la prise en compte aurait probablement abouti à des résultats encore plus élevés.
«Alors que de nombreuses enquêtes démontrent l’exposition des populations aux perturbateurs endocriniens, cette étude apporte une preuve supplémentaire de la nécessité d’une action préventive forte pour se prémunir des risques des perturbateurs endocriniens en Europe», a réagi François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures [1].
Les chiffres vont très au-delà de ceux obtenus en juin 2014 par le réseau HEAL (Health & Environment Alliance), qui avait conclu à un coût de 31 milliards d’euros pour l’UE. A la différence de ces nouveaux travaux, HEAL avait inclus les cancers hormonodépendants (sein, prostate, testicule), mais avait exclus la baisse du QI, dont le poids est écrasant.
[1] Avec la journaliste Marine Jobert, François Veillerette publie un livre sur le sujet, «Perturbateurs endocriniens: la menace invisible» (éditions Buchet/Chastel), en librairie le 12 mars.
Le 27 février 2015 par Romain Loury
http://www.journaldelenvironnement.net/article/lacs-les-cyanobacteries-s-installent,56035
Hausse dans 61% des lacs de plaine
DR
Depuis le milieu du XXème siècle, les cyanobactéries, ou «algues bleues», colonisent les lacs européens et nord-américains à un rythme accéléré. Un effet du réchauffement, mais surtout de l’usage excessif d’engrais, révèle une étude internationale publiée dans les Ecology Letters.
Ces bactéries produisent des toxines qui attaquent le foie et le système nerveux, et certaines d’entre elles auraient même un effet «perturbateur endocrinien». Selon une hypothèse encore controversée dans le milieu scientifique, l’un de ces toxines, la BMAA, serait même impliquée dans des maladies neurodégénératives, dont la maladie de Charcot.
Or les cyanobactéries sont en pleine expansion depuis plusieurs décennies, révèle un consortium de chercheurs mené par Rolfe Vinebrook, biologiste à l’université d’Alberta (Edmonton). Portant sur des sédiments de 108 lacs européens et nord-américains, leur analyse, remontant à 1800, révèle un tournant vers 1945, avec une forte hausse du taux de cyanobactéries.
Une croissance que d’autres microorganismes, dont les diatomées (microalgues inoffensives), ont connue dans une bien moindre proportion. Touchant aussi bien l’Europe que l’Amérique du Nord, la poussée des cyanobactéries concerne en premier lieu les lacs de plaine, dont 61% ont vu leur taux de cyanobactéries augmenter, contre 36% des lacs de montagne.
Les engrais devant le réchauffement
La raison en est simple: ces derniers sont plus épargnés par l’excès de nutriments provenant des engrais (nitrates, phosphates). Or l’apport en nutriments explique à lui seul 57% des changements observés dans l’ensemble des lacs, contre 21% pour le réchauffement climatique, selon l’analyse mathématique des chercheurs.
«Etant donné que l’usage d’engrais devrait doubler au cours des 30 prochaines années pour combler la demande alimentaire de la planète, nous prévoyons que la qualité de l’eau va continuer à se dégrader en matière de cyanobactéries», concluent les chercheurs. Même en devenant plus sobre, il semble peu probable que les lacs retrouvent leur état préindustriel de sitôt.