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Sélectionnez,transformez , il en restera toujours quelque chose...

 

CRISPR-Cas9 a permis, ces cinq dernières années de franchir une nouvelle étape dans l’édition de « l’ADN d’une bactérie, d’une plante, d’un insecte, d’un animal ou d’un humain ». Trois chercheurs Alexandra Henrion-Caude[1], Catherine Bourgain[2] et Alain Privat[3] le décrivent comme « une combinaison hybride entre le ciseau, le Tipp-Ex et l’encre […] facile, rapide, efficace et peu coûteuse ».

 

Cette technique « loin d’être arrivée à maturité » soulève cependant de nombreuses questions : « Modifier tel ou tel gène, c’est modifier le gène ciblé, mais aussi d’autres informations, mal connues ou inconnues. Les conséquences de ces changements sont imprévisibles. Nous ignorons jusqu’au moyen d’en assurer le suivi sur l’individu modifié, ainsi que sur les générations suivantes » (cf. CRISPR : des mutations « off-targets » nombreuses et inattendues chez l’homme).

 

Une « inquiétude » latente au sein de la communauté scientifique puisqu’appliquer CRISPR « à des embryons humains issus de parents porteurs de mutation » reviendrait à « éliminer leurs embryons sains et, paradoxalement, à ne conserver que ceux porteurs de la mutation sur laquelle la technique serait mise au point ».

 

En outre, cette inquiétude dépasse la « simple logique des soins » car à « souhaiter des enfants parfaits », « nous jouons en fait le jeu des promoteurs de l’eugénisme ». Ce « patrimoine le plus partagé entre tous les hommes, le plus ancien, le plus irréductible » est « l’intimité de notre humanité ». « En ce sens, ne devrait-il pas être considéré comme le plus précieux de tous nos patrimoines ? ».

 

Les trois chercheurs lancent un « SOS à nos consciences » en rappelant que « le désir de connaître la nature du vivant et d’en dévoiler ses secrets » ne doit pas nous mener à « créer des variétés d’humains sélectionnés ».

 

« Certains voient dans ces hommes génétiquement modifiés une évolution vers l’homme du futur. Nous y voyons la mise en place d’un programme d’anéantissement de l’homme dans son altérité, notamment par déni de notre complexité et de notre histoire génétique ».

 

Pour aller plus loin :

Conseil de l'Europe : un rapport sur l’édition du génome humain

CRISPR : un premier essai clinique sur l’homme repoussé à 2018

"Bébés sur mesure" sur Arte : du mythe de l'enfant parfait à l'eugénisme

Des embryons humains clonés subissent une « chirurgie de l’ADN »

 

[1] Généticienne, directrice de recherche à l’Inserm.

[2] Généticienne, chargée de recherche à l’Inserm.

[3] Neurologiste et membre correspondant de l’Académie de médecine.

 
Sources: 

Le Figaro (26/10/2017)

-Voici du texte officiel

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Après l'ADN avec CRISPR-Cas9, c'est l'ARN que les chercheurs savent modifier de façon spécifique grâce à un outil moléculaire basé sur l'enzyme CRISPR-Cas13. C'est le sujet d'une toute nouvelle publication du MIT et du Broad Institute parue mercredi 25 octobre 2017.

On savait déjà modifier l’ADN de façon ciblée, on sait maintenant modifier son produit direct : l’ARN. Le Broad Institute et les scientifiques du MIT de l’équipe de Feng Zheng ont en effet conçu un nouveau système moléculaire pour modifier l’ARN des cellules humaines sans toucher à l’ADN. L’édition de l’ARN, qui peut modifier les produits des gènes sans changer le génome, présente un grand potentiel pour la recherche et la clinique.

2012 : modification de l’ADN par CRISPR-Cas9

L’expression des gènes se fait par une transcription de l’ADN en ARN, qui lui même est traduit en protéines aux rôles divers. Dans le cas de maladies génétiques, ou pour tester des hypothèses de recherche, il est fondamental pour les chercheurs de pouvoir corriger le gène impliqué ou les produits de ce gène. Deux chercheuses française et américaine avaient ainsi découvert en 2012 l’enzyme d’origine bactérienne CRISPR-Cas9, capable de fixer, couper ou ajouter des gènes, à l’endroit précis de l’ADN que l’on a choisi. Très utilisée depuis dans la recherche, cette découverte avait fait l’effet d’une bombe dans le monde scientifique et valu à leurs auteures de nombreux prix.

2017 : modification de l’ARN à partir de CRISPR-Cas13

Après CRISPR-Cas9, c’est un nouvel outil nommé REPAIR basé sur l’enzyme CRISPR-Cas13 associée à une autre protéine qui secoue aujourd’hui le monde du génie génétique. En effet, REPAIR (pour « RNA Editing for Programmable A to I Replacement ») a la capacité de modifier l’ARN et non l’ADN lui même. Plusieurs avantages à cette technique la rendent complémentaire de Cas9 :

  • ETHIQUE. Transformer l’ARN permet de ne pas altérer l’ADN et donc ne change pas l'intégrité génétique d'un individu. Cela peut avoir son importance pour l'utilisation sur l'humain.
  • FLEXIBILITE. L’ARN modifié finissant par se dégrader au bout d’un certain temps, les modifications sont temporaires. Ce sera utile pour traiter les maladies causées par des changements transitoires de l'état cellulaire, comme l'inflammation locale.
  • PRECISION. La précision de REPAIR est telle qu’elle peut modifier des lettres (les nucléosides) de la séquence d’ARN visée (équivalentes des ACTG de l’ADN) et spécifiquement transformer les A en I, une inversion connue pour être à l’origine de diverses maladies génétiques humaines telles que la maladie de Parkinson ou l’épilepsie focale. Là où CRISPR-Cas9 avait provoqué des mutations indésirables ("off-target") pour lesquelles des solutions avaient été proposées, REPAIR n'en a engendré que très peu.
Un grand potentiel fondamental et clinique

Afin de démontrer le potentiel thérapeutique de REPAIR, l’équipe l’a utilisée avec succès pour corriger la mutation pathogène à l’origine de l’anémie de Fanconi qu’ils ont synthétisée puis introduite dans une cellule. Les auteurs travaillent également sur des outils supplémentaires qui permettraient de modifier d’autres nucléosides de l’ARN que les A en I.  « Il y a naturellement énormément de diversité dans ces enzymes », explique le premier co-auteur de l’étude Jonathan Gootenberg, « Nous cherchons toujours à exploiter le pouvoir de la nature pour mener à bien nos projets ». Feng Zhang, le Broad Institute et le MIT prévoient de partager largement le système REPAIR en le rendant disponible gratuitement pour la recherche académique. « REPAIR propose une nouvelle approche pour traiter les maladies génétiques ou imiter les gènes protecteurs, et établit la modification de l'ARN comme un outil utile pour modifier la fonction génétique », concluent les auteurs.

-Information sur un" débat public pour l'appropriation citoyenne et démocratique des connaissances scientifiques pour le bien commun"

Invitation à débattre et pour agir ensemble

Samedi 25 novembre de 14 à 19h

38 rue Saint Sabin à Paris 11°

 

L’association Sciences Citoyennes, dont l’objectif est d’œuvrer à une appropriation citoyenne et démocratique des connaissances scientifiques pour le bien commun, vous invite à participer à la table ronde qu’elle organise le samedi 25 novembre après midi dans ses locaux (38 rue Saint Sabin dans le 11° arrondissement de Paris) sur la question de la post vérité qui menace notre avenir commun.

 

La post-vérité donne plus d'importance aux émotions et aux croyances qu'à la réalité des faits avérés. Elle permet bien souvent de façonner et d'infléchir l'opinion publique en jouant sur ces émotions et la démagogie. Défendant depuis sa création l’accroissement des capacités de recherche et d’expertise de la société civile, des forces associatives, syndicales et citoyennes, l’association Sciences Citoyennes considère l’importance de cette question à l’heure où la convergence de plusieurs facteurs contribue à l'instauration d'une situation menaçante pour penser notre avenir commun (réchauffement climatique, populisme politique, complotisme favorisé par l’effet démultiplicateur des réseaux sociaux, lobbying généralisé, ...). Nous sommes à la fois confrontés à une information pléthorique et dérégulée, dont les sources occultées ou brouillées entravent toute possibilité de controverse et, ce qui est sans doute pire, conduit à la dévalorisation des notions mêmes de vérité et de connaissances objectives.

 

C’est pourtant par la possibilité de constituer une vérité des faits que l’on peut, dans le monde de la recherche comme dans celui de la société toute entière, échanger des points de vue contradictoires et ainsi construire de nouvelles objectivités. Celles-ci nous sont d’autant plus indispensables que nous nous trouvons à l’échelle internationale face à des situations aussi complexes qu’inédites. 

De l'industrie du déni, (lobbies du tabac et autres) qui fabrique du mensonge à dessein pour semer le doute, à la foutaise qui consiste à dire n’importe quoi (Trump ne ment pas, il se fout de la vérité), l’ère de la post-vérité revêt de multiples aspects, comme le soulignent les premiers contributeurs à ce débat (leurs contributions seront prochainement accessibles en ligne).

 

Pour combattre les discours de cette novlangue, nous avons besoin de discernement sur quelques notions élémentaires (de quoi parlons-nous précisément), c’est ce que nous tenterons de faire en première partie de cette table ronde avant d’aborder la question des résistances qui se mettent en place : décodeurs, formation à l’esprit critique, à la culture de l’alerte,...

 

Comme le conclut François Rastier dans le texte de sa contribution : « Les actions citoyennes sont efficaces : c’est à la société civile, au monde de l’éducation et bien sûr aux milieux de la recherche de défendre l’objectivité et diffuser les résultats scientifiques, non seulement pour leur valeur propre, mais pour éclairer l’action responsable. Pour écarter des menaces croissantes sur la paix, la démocratie, l’environnement, la santé, nous appelons donc à fédérer toutes les initiatives nationales et internationales pour promouvoir la culture scientifique et la connaissance objective du monde commun ».

 

Lors de la table ronde, nous aborderons donc les points suivants :
- Qu’est-ce que la post vérité ? Qu’est-ce que la montée en puissance de cette question nous dit du monde d’aujourd’hui et des enjeux qui y sont associés.

  • Quelques distinctions importantes contre les tentatives de faire disparaître l'idée même de vérité objective du débat public.
  • Comment repérer la foutaise : ses marques dans le discours et les stratégies politiques de son usage. 
  • La fabrique du mensonge
  • Face à une compétitivité exacerbée du monde de la recherche et la montée en puissance d’intérêts strictement économiques et privés dans son pilotage comme son financement, les principes de la controverse, du plaidoyer et de l‘expertise contradictoire et pluraliste.

Les actions responsables à l’œuvre.

  • La place de la formation à l’esprit  critique : une expérience en cours à l'université.
  • La vérification des faits (fact cheking) et actions de décodage, Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, ...
  • Les lanceurs d’alertes, la recherche participative et les conventions de citoyens.
  • Le rôle des lieux de culture publique que sont les bibliothèques et les missions de culture scientifique.

Comment agir ensemble ?

  • Quelles actions citoyennes fédérer ?

 

Nous souhaitons une participation active du public, c'est pourquoi nous mettons en ligne les contributions qui viennent au fur et à mesure enrichir la préparation à ce débat.

La salle ne peut contenir qu’une quarantaine de personnes, ce qui pour un premier échange nous semble suffisant. Les participants adhérents ou non de Sciences Citoyennes devront donc se manifester au préalable pour retenir leur place.

Une captation vidéo permettra de garder trace de nos échanges et de pouvoir les diffuser via le site de Sciences Citoyennes. Elle facilitera la rédaction d’un compte-rendu de cette réunion préliminaire. 

Enfin un apéritif convivial permettra d’envisager la suite des échanges et des initiatives. Il semble en effet important que cette première rencontre s’oriente vers un « Que faire ? »

 

Participation libre et gratuite sous réserve des places disponibles. Vous pouvez réserver votre place via le lien suivanthttps://www.weezevent.com/table-ronde-la-post-verite-en-debat

Liens pour accéder aux documents portés à ce débat (archive zip) https://ent.normandie-univ.fr/filex/get?k=48KSUfBskO4U2P1CRe4

Cet échange sera diffusé en direct sur notre chaîne youtubehttps://www.youtube.com/playlist?list=UUNCTmHclKUgGKbqc_0vFkHg

 

 

 


Nous contacter : https://sciencescitoyennes.org/a-propos/contacts/

Vous pouvez nous suivre sur Facebook et Twitter.

-La suite sur l'eugènisme scientifique du 21 em siècle :
Une équipe de chercheurs de l’Université des sciences et de la médecine de l’Oregon aux Etats-Unis est parvenue à modifier à l’aide de la technique d’édition CRISPR-Cas9 le génome d’embryons humains porteurs d’une maladie cardiaque. La nouvelle de ces expérimentations avait fuité dans la revue de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT), suscitant la controverse. La recherche a impliqué une quantité importante d’embryons humains viables. Sur 58 embryons modifiés, 42 ne présentaient plus le gène défectueux après le traitement. Pour un tiers d’entre eux, les ciseaux moléculaires n’ont donc pas agi. De plus, après 5 jours, un cas de mosaïcisme est apparu sur l’un des embryons traités, ce qui signifie que la modification génétique n’a pas été transmise à toutes les cellules de l’embryon.

La plupart des pays interdisent la recherche sur les embryons humains pour des raisons éthiques. Depuis l’apparition des techniques d’édition génétique, toutefois, ce principe est de plus en plus souvent remis en cause. Aux Etats-Unis, l’Académie nationale des sciences a voulu autoriser en février les techniques d’édition de l’ADN pour les maladies héréditaires graves, mais elle s’est heurtée au refus du Congrès. Du coup, les chercheurs ont l’obligation de détruire les embryons au bout de quelques jours et il leur est interdit de les implanter dans un utérus. Impossible dès lors de savoir comment les embryons se seraient développés ou si des effets indésirables seraient apparus à un stade ultérieur.

Autre question qui a fait polémique dans ce contexte : celle du « bébé sur mesure ». A en croire les spécialistes, ce n’est pas demain que l’on va se mettre à réécrire l’ADN de l’embryon pour obtenir un bébé parfait.

En Suisse tout comme en Allemagne et en Autriche, les expérimentations de ce type sont d’ailleurs interdites. Il est certes vrai que chez nous aussi, les scientifiques demandent un assouplissement des règles en matière de recherche sur les embryons. En Allemagne, les chercheurs ont entrepris des démarches visant à desserrer le carcan réglementaire et à autoriser la recherche sur les embryons surnuméraires. Des voix critiques s’élèvent cependant pour mettre en garde contre une course de vitesse entre les laboratoires de recherche, en particulier chinois, américains et anglais. Le professeur de théologie Peter Dabrock, président du Conseil national d’éthique allemand, avertit : « Celui qui ne peut pas garantir une sécurité avoisinant les 100% en matière d’expérimentation humaine agit de manière irresponsable. » Il appelle de ses vœux une résolution des Nations unies qui interdise l’implantation d’embryons génétiquement manipulés au moins aussi longtemps que les risques susceptibles d’en résulter pour la santé puissent être exclus, écrit la Berliner Zeitung.

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