5 nov. 2014 — Devant l’usine des « 1000 vaches », le 25/10/2014,
Monsieur LE FOLL,
Ministre de l’Agriculture,
Nous, paysans et citoyens grévistes de la faim, relevons l’intérêt que vous avez porté à notre démarche, toutefois nous vous rappelons notre détermination à défendre la cause paysanne et celle des petits paysans. Contre l’usine des «1000 vaches», nous menons une action légitime et non-violente qui rejoint nos objectifs sociaux-environnementaux : «3 petites fermes valent mieux qu’une grande !»
Vous nous répondez «[…] Par ailleurs, dans un souci de cibler les soutiens publics sur les exploitations dont l’activité agricole constitue la principale ressource et afin de limiter les coûts administratifs, j’ai fait le choix de relever les planchers nécessaires pour bénéficier des aides couplées. […]».
L’argument d’avoir relevé les planchers pour « coûts administratifs » est irrecevable. Par nos actions syndicales, nous défendons les petites fermes et les droits sociaux-économiques de ceux qui en font souvent l’activité principale.
Nous ne pouvons accepter qu’il soit plus « simple » de faire un seul chèque de 300 000 € à un agri-manager, plutôt que 300 chèques de 1000 € à de petits paysans. Qu’est ce qui justifie d’éliminer ces derniers qui jouent un rôle majeur dans la vitalité des campagnes ? Vous nous imposez l’injustice sociale, comment ne pas protéger celles et ceux de plus en plus vulnérables qui animent l’économie rurale et qui par leurs pratiques d’agriculture nourricière nous approvisionnent en produits alimentaires sains ?
Vous nous conseillez «… les exploitations qui ne respectent pas ces seuils minimums peuvent, soit développer l’une de leur activité pour l’atteindre, soit se regrouper dans le cadre d’un GAEC, […], ou GIEE… ». Les petits paysans ne veulent pas se regrouper uniquement en fonction des primes, de nombreux petits troupeaux sont souvent très éloignés les uns des autres, particulièrement en zone de montagne. Ils œuvrent souvent au sein de structures collectives : ateliers de transformation, boutiques paysannes, coopératives biologiques, Amap, Cuma, …
D’ailleurs, ils pratiquent déjà l’agro-écologie qui vous est chère, une agro-écologie que nous voulons paysanne, qui s’inscrive dans une souveraineté alimentaire au service de la population et à l’échelle internationale (telle que définie par Via campesina).
De plus, de nombreux paysans (jeunes ou en reconversion professionnelle) entrent en activité par une installation progressive. Ils commencent avec 5 ou 6 vaches ou génisses pour augmenter progressivement leurs troupeaux au fur et à mesure de leur trésorerie et d’accès possible au foncier (fermage, estive, communaux). Sachez qu’un petit troupeau sur nos territoires est un grand troupeau en Roumanie, en Italie voire même en Afrique. L’application française de la PAC en Europe condamnera une part importante de la population déjà fragilisée par l’exclusion des aides (en maraîchage, viticulture, arboriculture…).
Monsieur le ministre, si vous prétendez avoir le souci du devenir de ces paysans, prenez l’initiative de supprimer les planchers et soutenez les petits producteurs qui remplissent déjà les critères d’un développement agroécologique qui respecte l’environnement, ses hommes et ses animaux : un modèle à l’encontre du système concentrationnaire proposé par les 1 000 vaches. Ce schéma de développement agro-industriel n’est pas compatible avec les systèmes durables que nous défendons. L’agro-business est perpétuellement en phase de prédation foncière des petites structures dans une course à l’agrandissement.
Nous défendons par ce biais tou(te)s celles et ceux qui sont menacé(e)s chaque jour un peu plus par la politique d’exclusion que vous soutenez sous la demande de la FNSEA dans l’application française de la PAC. Les éleveurs/éleveuses de chèvres, moutons, porcs, volailles, apiculteurs sont impactés par les nouveaux seuils d’accès aux aides ainsi que les maraichers, arboriculteurs, viticulteurs, les petites fermes en polyculture-élevage, etc… qui veulent simplement VIVRE au pays en bénéficiant légitimement de prix justes et rémunérateurs!
Sachez, Monsieur le ministre, que dans l’attente de propositions de votre part, notre grève de la faim appelle une réaction de votre part, nous ne pouvons accepter une telle injustice durablement.
Cette phase n’est qu’une étape dans ce combat !
Veuillez agréer, Monsieur le ministre, nos salutations déterminées.
Les grévistes de la faim :Michel DAVID, William ELIE, Lucien GORVAN, Jean-Paul HENRY, Christian VINCENT
PS : copie en recommandé avec A/R au Ministère de l’Agriculture
| Éleveur bovin de l’Aude en Groupement Foncier Agricole (GFA), défenseur des droits sociaux des petits exploitants, des cotisants solidaires et ouvriers agricoles. « L’urgence de protéger les petits producteurs nous amène à entamer une grève pour dénoncer la cogestion du Ministère Le Foll-FNSEA destructrice d’une activité paysanne, d’intérêt général, au service des consommateurs et de la vitalité des zones rurales. » |
| Militant associatif breton (Amis de la Confédération paysanne), animateur du développement rural et soutien aux installations de jeunes en agriculture bio et paysanne en Île-de-France. Défenseur des circuits-courts alimentaires, « je refuse l’exclusion des aides agricoles de nombreux paysans qui jouent un rôle essentiel dans l’animation des campagnes, l’aménagement du territoire et des paysages, et nous alimentent en produits de haute qualité. » |
| Paysan arboriculteur bio du Finistère, jeune retraité ayant vécu les dérèglements climatiques en Afrique. « Défenseur du vivant opposé aux semences mutées et génétiquement modifiées, je soutiens les petites exploitations agricoles à taille humaine respectueuses de l’environnement. La PAC doit aussi aider les petites fermes à devenir nombreuses dans nos campagnes. » |
| Paysan doubiste retraité avec 20 vaches en lait à Comté et sur 38 ha, soucieux de venir en aide aux 11 000 paysans menacés par les primes planchers qui vont les fragiliser voire les exclure du monde agricole. » »Actif contre l’appropriation du vivant et pour le maintien des semences de ferme, pour une agro-écologie paysanne ! » |
| Petit paysan dans le Minervois (34), délégué général du Réseau Semences Paysannes. « Les semences paysannes et la souveraineté alimentaire n’existent pas sans les petits paysans. Nous avons aussi besoin de biodiversité paysanne dans nos campagnes pour faire échec à l’agro-industrie. » |
| Citoyenne de Quimper (Morbihan). Professeure retraitée, faucheuse volontaire et militante anti-nucléaire, « Je désire un monde meilleur pour mes enfants… » |
| Éleveur ovin du Larzac (12), représentant de la Via Campesina Internationale pour la Confédération paysanne, engagé sur le démontage de l’usine des 1000 vaches, « 3 petites fermes valent mieux qu’une grande : les alternatives au productivisme dévastateur d’emploi sont nombreuses, laissez-nous vivre ! » |
| Paysan alsacien retraité ayant transmis sa ferme et milité pour obtenir des droits pour 10 vaches allaitantes. « Je défends les jeunes installés qui refusent la production intensive afin qu’ils puissent vivre de leur passion au sein de fermes à taille humaine. » |
Michel Besson : Jeûneur cofondateur de la coopérative Andines (93) ,et du réseau Minga, co-auteur des livres « Sauvons la planète », « La Bio, entre business et projet de société » et de « L’économie solidaire » (à paraître en octobre 2014). « L’économie équitable doit protéger celles et ceux qui nous alimentent sainement ».
Guillaume de Crop : Photographe des luttes paysannes (Notre-Dame-des-Landes. luttes foncières et paysannes…), faucheur volontaire patenté, 2 grèves de la faim (2007 et 2008) pour un moratoire sur les OGM. Membre des 60 relaxés de Colmar (vignes OGM de l’INRA).
(Photo Arnaud Baumann)
Publié dans 1000 vaches, Caravane des paysans en grève de la faim, PAC | Mots-clés : Caravane des paysans en grève de la faim, Grève de la faim, Portraits