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150 hectares à Poussan réservés pour la logistique du port de Sète

Sète. Port 150 hectares à Poussan réservés pour la logistique
RAPPEL : Pour se développer, le port de Sète a besoin d'espace. Poussan a adopté sur le principe une cession de deux parcelles.
Hinterland. En allemand, cela signifie arrière-pays mais en langage portuaire, il s'agit d'une zone située à l'intérieur des terres et qui sert de plateforme logistique ou de lieu de stockage aux importateurs et exportateurs. Dans le cadre du développement du port de Sète, le Conseil régional du Languedoc-Roussillon a justement besoin d'un hinterland digne de ce nom. C'est pourquoi la Région cherche, depuis la prise en mains du port, des terrains autour du Bassin de Thau. Dans
cet ordre d'idées, Poussan apparaît comme un lieu privilégié puisque situé à deux pas d'une sortie d'autoroute. Par deux fois, en 2009, Jean-Baptiste Giordano, vice-président de la Région en charge des ports, est venu avec des techniciens à la rencontre des élus poussannais afin de présenter le projet de développement et « d'identifier les réserves foncières », en « concertation » avec la CCNBT.
Le Conseil municipal de Poussan a donné, le 21 décembre, un « accord de principe »pour « la création d'une zone d'aménagement différée »sur deux parcelles représentant 150 ha, les Condamines et la Plaine (au sud de Poussan, au nord de l'autoroute). Pour Jean-Baptiste Giordano, cette « décision œcuménique » montre que« le réalisme économique » l'a emporté. Les perspectives d'emploi et les notions de développement durable ont convaincu Jacques Adgé, maire de Poussan : « La création d'emplois et l'environnement sont des priorités. Un tel projet ne se refuse pas. » On parle déjà
de 1 300 emplois et d'un doublement de la voie rapide, de la sortie d'autoroute au rond-point de La Peyrade. Mais rien n'est fait. On n'en est qu'aux questions de principe.

Yohan DOUCET ydoucet@midilibre.com

Sat, 9 Jan 2010 : Christophe Morgo s'exprime sur ce sujet

CONTEXTE : Christophe Morgo est le conseiller général du canton de Mèze, dans lequel la zone logistique du port de Sète pourrait voir le jour...

- Les élus poussannais ont donné leur accord de principe pour la cession de deux parcelles pouvant accueillir une zone logistique nécessaire au port de Sète. Qu'en pensez-vous ?
- J'entends bien les arguments selon lesquels le port est porteur en terme de création d'emplois. Néanmoins, je reste persuadé que localiser 150 hectares d'hinterland à Poussan, dont 40 hectares à deux pas de l'étang et de la crique de l'Angle, c'est une ineptie. En terme de fréquentation routière, déjà, mais aussi de lessivage des sols et, par conséquent, de pollution de l'étang. Et des zones de parking lessivées par la pluie, tout le monde sait que ce sont autant d'hydrocarbures, d'huiles, etc., qui filent vers la lagune.
- A votre avis, l'étang
ne s'en remettrait pas...Ce qui est sûr, c'est que l'impact sur l'écosystème d'une telle décision - accueillir l'hinterland à Poussan, ndlr - sera énorme. Quant à ce qu'il adviendra de l'étang, difficile à dire. La nature est bien faite, je me demande, d'ailleurs, comment elle survit à certaines agressions. Tenez, c'est comme les centaines de piscines de Saint-Clair : quand elles sont vidangées, où vont, d'après vous, les eaux chlorées ?
- Pensez-vous que votre prise de position concernant l'hinterland puisse changer quoi que ce soit ?
 - J'ai plutôt l'impression d'être le seul à penser ça. Pourtant, ça paraît évident : ici, on n'est pas à Barcelone, nous avons un étang, un écosystème unique en Europe et un littoral magnifique. Les métiers à préserver, à développer, ils sont sur l'eau, pas à terre. D'autant que les terrains disponibles bordant la lagune sont tous des espaces sensibles. Prenez par exemple la zone dite du Ponton, qui va devenir une zone d'activités économiques à deux pas de l'étang, près de Lafarge : c'est une ancienne zone humide qu'il faudrait revégétaliser. J'avais écrit à Frêche pour lui faire part de mes réserves. Il ne m'a jamais répondu.
- La réalité économique ne s'oppose-t-elle pas à votre vision des choses ?
- Je suis peut-être déjà dépassé, mais je crois surtout que c'est une question de choix politique. Pourquoi ailleurs, comme dans les Pyrénées, développe-t-on dans le respect de la nature, et pas ici ?
 
Recueilli par Patrice CASTAN pcastan@midilibre.com

 
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