« Ma mort ne doit pas rester vaine » Leelah Alcorn
Une jeune fille trans, Leelah, s’est suicidée le 28 décembre. Encore une autre. Outre celles qui sont tuées, celles et ceux qui sont agressé.e.s, celles et ceux qui vivent la vive transphobie, d’autant plus féroce qu’elle recoupe d’autres axes de violence.
En quittant ce monde, elle a laissé un message en anglais (puisqu’elle vient des Etats-Unis) que j’ai eu envie de traduire, parce qu’à travers son histoire, ce sont plein d’autres VECUS trans qui se retrouvent ici. Je mentirais si je disais que je n’avais pas songé maintes et maintes fois à faire comme elle. Mais aujourd’hui c’est différent : je n’ai plus d’envies suicidaires, mais plutôt des envies de meurtres. Envers plein de gens : les transphobes qui ont du pouvoir, les transphobes qui ont moins de pouvoir, les féministes transphobes, les « LGB » transphobes, les soit disant allié.e.s, les marxistes qui sacrifient nos têtes sur l’autel de révolutions qui, telles qu’ils les conçoivent, n’annoncent rien de meilleur pour nous autres ultra minoritaires et minorisé.e.s, les racistes qui salissent la cause trans, les trans bourges qui jouent avec l’identité pour leurs intérêts perso, les transphobes qui se servent des trans racistes pour justifier leur transphobie, etc etc. Bref, la colère me tient en vie, c’est déjà.
Il me semble important de transmettre le message de Leelah, dans la mesure où comme le rappelle Koala sur twitter, beaucoup de trans meurent dans l’indifférence certes, mais aussi car même lorsqu’elles sont connues, leurs histoires sont complètement réécrites par de stupides journalistes qui parlent de morts « d’homosexuels », par les parents qui parlent de leur « fils » quand ils ont une fille trans par exemple. C’est ainsi que la mère de Leelah a raconté sur les réseaux sociaux que son » fils » a eu un « accident »….Ce qui veut dire que sans cette précieuse lettre, on n’aurait pas su qu’une fille trans est morte. Comme cela doit souvent arriver. D’ailleurs, la mère, n’hésite pas à insulter des femmes trans sur le net qui à cause de leurs « démons » sont la cause de la mort de son enfant. Bref, la remise en question n’est pas pour maintenant…Ceci dit, c’est injuste que les réseaux sociaux s’acharnent sur la mère et épargne totalement le père, car si la mère réagit plus et fait plus parler d’elle, c’est peut-être parce que comme souvent (patriarcat, et division sexuée des responsabilités familiales obligent) les mères sont beaucoup plus présentes dans l’éducation de leurs enfants, et les ont plus à charge.
Ce qui me touche aussi dans ce message et qui me renvoie à moi-même, c’est ce sentiment : la honte. La honte d’être soi, et peut-être surtout la honte d’être une honte aux yeux de ses proches. Et la honte débouche sur quoi ? La haine de soi. Haine de soi renforcée dans des contextes de déchaînement comme ce qu’on a connu et connait encore en France avec la clique de la « Manif Pour Tous ». Personne ne peut savoir à quel point c’est violent si on n’est pas à notre place. Les oppressions comme celles qui insufflent la honte, le dégoût de soi, sont VIOLENTES, les gens. ça détruit, même si à vos yeux ce n’est pas de l’exploitation donc pas aussi grave/important. Parce que ça donne littéralement envie de disparaître : c’est une manière que la société a de nous éradiquer, sans utiliser les mains d’un agresseur, on le fait nous-mêmes.Et cela rappelle la vulnérabilité trans: comment faire pour ne pas être « out », et être « discret.e » face aux proches, quand c’est notre corps et notre rapport au monde que nous voulons changer ?
Bref, puisse ton message être entendu Leelah, qu’il nous donne la force, à nous qui sommes resté.e.s (même sans trop le vouloir), de lutter, de nous battre. Qu’il nous donne une saine colère, plutôt que de la tristesse, puisque tu nous demandes de ne pas être triste. A 17 ans, le monde avait déjà commis assez d’horreurs envers toi pour que tu choisisses d’en finir. En partant, tu laisses un message au monde, afin que ta mort ne soit pas vaine, et tu conclus en nous faisant une demande super forte. On ne se connait pas, et pourtant, c’est comme si on se connaissait. Repose toi petite soeur, la douleur est finie.
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Si vous lisez ceci, cela veut dire que je me suis suicidée et n’ai de toute évidence pas pu effacer ce message.
S’il vous plait ne soyez pas triste, c’est mieux ainsi. La vie que j’aurais vécu [si je ne m’étais pas suicidée] n’aurait pas valu la peine d’être vécue…parce que je suis trans. Je pourrais expliquer en détail pourquoi je me sens [trans] mais ce texte sera déjà assez long. Pour le dire simplement, je me sens comme une fille coincée dans un corps de garçon, et je le ressens depuis que j’ai 4 ans. Je ne savais pas qu’il y avait un mot pour décrire ce ressenti, ni qu’il était possible de devenir une fille, donc je n’ai rien dit à personne et j’ai juste continué à faire des « choses de garçon » pour faire comme tout le monde.
A 14 ans, j’ai su ce que voulait dire être trans et j’ai pleuré de joie. Après 10 ans de confusion, j’ai finalement compris qui j’étais. Je l’ai immédiatement dit à ma mère, et elle a réagit extrêmement négativement, en me disant que ce n’était qu’une phase, que je ne serai jamais réellement une fille, que Dieu ne fait jamais d’erreur, que j’ai tort. Parents, si vous lisez ce texte, s’il vous plait, ne dîtes pas ça à vous enfant. Même si vous êtes Chrétiens ou que vous êtes contre les trans ne dites jamais ça à quelqu’un, en particulier votre enfant. Cela ne peut que lui donner envie de se détester. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi.
Ma mère m’a amenée chez un thérapeute, mais comme elle ne pouvait m’amener que chez des thérapeutes chrétiens (qui avaient tous une vision biaisée), je n’ai donc jamais eu la thérapie dont j’avais besoin pour me guérir de ma dépression. Je me suis juste retrouvée face à d’autres chrétiens me disant que j’étais égoïste et dans l’erreur et que je devrais demander à Dieu de me venir en aide.
Quand j’ai eu 16 ans, j’ai réalisé que mes parents ne comprendraient jamais, et que je devrais attendre d’avoir 18 ans pour pouvoir commencer des traitements pour transitionner, ce qui m’a brisé le cœur. Plus tu attends, plus c’est dur de transitionner. J’ai perdu tout espoir [en me disant] que j’allais devoir être un homme habillé en [femme] pour le restant de mes jours. Le jour de mon 16ème anniversaire, quand je n’ai pas obtenu le consentement de mes parents pour commencer une transition, j’ai pleuré jusqu’à ce que je m’endorme.
J’ai développé une attitude en mode « rien à foutre » face à mes parents, et je me suis outé comme gay à l’école, en pensant que cela faciliterait peut-être de me déclarer trans ensuite. Même si la réaction de mes amis étaient positives, mes parents étaient en colère. Ils considéraient que je ternissais leur image et que j’étais embarrassant pour eux. Ils voulaient que je sois leur parfait petit fils chrétien hétéro, et ce n’était clairement pas ce que je voulais.
Alors ils m’ont retirée de l’école public, ont confisqué mon ordinateur et mon téléphone, et m’ont interdit de me connecter sur les réseaux sociaux, m’isolant ainsi de tous mes amis. C’était sûrement la période la plus déprimante de ma vie, et c’est surprenant que je ne me sois pas suicidée [à ce moment-là]. J’étais complètement seule pendant 5 mois. Pas d’amis, aucun soutien, ni amour. Rien que la déception de mes parents et la cruauté de la solitude.
A la fin de l’année scolaire, mes parents ont fini par me rendre mon téléphone et m’ont permis à nouveau d’aller sur les réseaux sociaux. J’étais excitée, j’allais enfin retrouver mes amis. Ils étaient très excités de me voir et de me parler à nouveau, mais seulement au début. Finalement ils ont réalisé qu’ils n’en avaient rien à faire de moi, et je me suis sentie encore plus seule qu’avant. Les seuls amis que je pensais avoir ne m’aimaient bien que lorsqu’on se voyait 5 fois par semaine.
Après un été où je n’avais quasiment aucun ami, où j’avais la pression de devoir penser à l’université, économiser de l’argent pour quitter chez mes parents, ne pas avoir de mauvaises notes, aller à l’église chaque semaine et me sentir comme une merde parce que tout le monde là-bas est contre tout ce que je suis, j’ai décidé que c’était trop j’en avais assez. Je ne vais jamais pouvoir transitionner, même si je déménage. Je ne serai jamais satisfaite de ce à quoi je ressemble ou de comment je parle. Je n’aurais jamais assez d’amis satisfaisants. Je ne connaîtrai jamais d’amour satisfaisant. Je ne trouverai jamais un homme qui m’aimera. Je ne serai jamais heureuse. Soit je vis le reste de ma vie comme un homme qui [au fond de lui] rêverait d’être une femme, ou alors je vis ma vie comme une femme solitaire qui se déteste. Dans tous les cas je perds. Il n’y a pas de solution. Je suis déjà assez triste, et je n’ai pas besoin que ça empire. Les gens disent « ça va aller mieux », mais ce n’est pas vrai dans mon cas. Je vais mal de jour en jour.
L’essentiel a été dit, voilà pourquoi je veux me suicider. Désolée si ce ne sont pas des raisons suffisantes pour vous, pour moi c’est suffisant. Pour ce qui est de mon testament, je veux que 100% des choses que j’ai obtenu légalement soit vendu et que l’argent (plus ce que j’ai à la banque) soit donné aux mouvements pour les droits des trans et les groupes de soutien, peu importe lesquels. Je ne reposerai en paix que le jour où les trans ne seront plus traité.e.s comme je l’ai été moi, [je veux qu’ils/elles soient] traité.e.s comme des êtres humains, dont les sentiments et les droits comptent. Le genre doit être enseigné à l’école, et le plus tôt possible. Ma mort doit avoir un impact. Ma mort doit compter parmi tou.te.s les autres trans qui se sont suicidé.e.s cette année. Je veux que quelqu’un regarde le nombre de trans qui se sont suicidé.e.s et dise « c’est la merde » et qu’il/elle [décide d’être du côté de ceux/celles qui vont] lutter contre ça. Réparez cette société. S’il vous plait.
Adieux,
(Leelah) Josh Alcorn
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Justice for Leelah Alcorn : page FB
Leelah Alcorn suicide : a call to end conversion therapy
Leelah disait vouloir que ça mort ne soit pas vaine. C’est chose faite avec sa lettre, on parle d’elle à la télé
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Je profite de cette triste nouvelle pour rappeler la vulnérabilité spécifique des queers et trans migrant.e.s, noir.e.s, latinos, arabes, natifs.ves, en particulier les femmes trans de ces groupes, pour ce qui des meurtres comme je l’expliquais dans cet article. Je le rappelle car je sais qu’elles et eux, lorsqu’il s’agit des meurtres ou des suicides, ont encore moins de chance de voir leur histoire racontée…(même s’il faut reconnaître que le nom de Leelah sera connu grâce à cette lettre qu’elle nous livre, elle qui veut que sa mort puisse lancer un message). Quoi qu’il en soit : Plein de love et de courage pour nous.
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Leelah Alcorn, 17 ans, morte parce que transgenre
2 janvier 2015
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Selfie de Leelah, publié sur son blog.
RÉCIT
Aux Etats-Unis, le suicide d'une adolescente suscite une vive émotion et révèle encore les discriminations subies par les transsexuels.
Dimanche, Leelah Alcorn, une adolescente de 17 ans originaire de Kings Mills, une banlieue résidentielle de Cincinnati (Ohio), s’est jetée sous les roues d’un camion. Repoussée par ses parents parce que transgenre, la jeune fille, née Joshua, a raconté sa courte existence dans une lettre d’adieu, programmée pour être publiée après sa mort et largement médiatisée depuis.
«Pour dire les choses très simplement, je me sens comme une fille enfermée dans un corps de garçon, et je me sens ainsi depuis que j’ai 4 ans, raconte Leelah. Je ne savais pas qu’il y avait un mot pour décrire ce que je ressentais; je savais encore moins qu’il était possible pour un homme de devenir une femme, alors je n’ai rien dit à personne, et j’ai continué à faire des choses de garçon pour essayer de rentrer dans le moule.» Ce récit douloureux contraste singulièrement avec une autre histoire, apprise quelques jours auparavant: l’un des enfants du couple Angelina Jolie- Brad Pitt, une petite fille nommée Shiloh, désire désormais se faire appeler John, s’habille et se coiffe comme un garçon. Contrairement aux parents de Leelah, ses parents ont vite accédé à sa demande et les journaux du monde entier se sont lancé dans la publication d’articles pédagogiques autour du genre et de l’enfance .
Rien de tout cela dans la famille de Leelah. Sur son blog, l’adolescente raconte son coming-out, qui fut très difficile. «Quand j’ai eu 14 ans, j’ai appris ce que c’était être transgenre, et j’ai pleuré de joie. Après dix ans de confusion, j’ai enfin compris qui j’étais. J’en ai tout de suite parlé à ma maman, qui a réagi de façon très négative, en me disant que c’était une phase, que je ne serai jamais vraiment une fille, que Dieu ne se trompe jamais mais que moi, si.» Pensant calmer les choses avec ses parents, Leelah décide de faire son coming-out au lycée en tant que garçon homosexuel, et non pas en tant que transgenre. «La réaction de mes amis fut positive, mais mes parents étaient ennuyés. Ils avaient l’impression que je mettais à mal leur image, que je les embarrassais. Ils voulaient faire de moi leur petit garçon chrétien bien comme il faut […].» Pour la punir, ses parents lui coupent tout accès aux médias sociaux pendant plusieurs mois, lui confisquent ordinateur et téléphone portable, et la changent d’école. «J’ai été absolument seule pendant cinq mois. Pas d’amis, pas de soutien, pas d’amour. Juste la déception de mes parents et la cruauté de la solitude.»
Ses parents lui font effectuer une «thérapie de conversion» qui a pour mission de remettre «dans le droit chemin» des homosexuels ou des personnes transgenres via des entretiens avec des «psychologues», le plus souvent chrétiens (le journaliste américain Gabriel Arana, qui en a subi une à l’adolescence, raconte longuement son expérience dans un article édifiant). Ce phénomène est en effet très lié à la droite chrétienne américaine (l’ex-candidate aux primaires républicaines en 2012, Michele Bachmann, a fait financer par les pouvoirs publics une clinique de ce genre à Minneapolis, dirigée par son époux). Les thérapies de conversion ont beau être jugées dangereuses par l’American Psychological Association, elles continuent d’être utilisées par des parents inconscients des dégâts qu’elles peuvent causer. Depuis la mort de Leelah, une pétition lancée sur le site Change.org exige l'interdiction de ces thérapies et a d’ores et déjà été signée par près de 200 000 personnes. Un chiffre très élevé, selon la plateforme citoyenne.
Insultes ou discrimination
En effet, depuis le suicide de Leelah, les réactions se sont multipliées, aux Etats-Unis comme en Europe. Un conseiller municipal de Cincinatti, Chris Seelbach, a publié sur sa page Facebook un long message, reconnaissant qu’il est «toujours très difficile d’être une jeune personne transgenre dans ce pays». Sur Twitter, le hashtag #Translivesmatter rassemble témoignages indignés et encouragements émus d’internautes.
C’est un fait : les personnes transgenres sont régulièrement rejetées, discriminées, insultées ou brutalisées. En France, un rapport de la Haute Autorité de santé, en 2010, montrait le flou médical et juridique qui entoure le transsexualisme. Pour se faire une idée concrète du problème, rien de mieux que de consulter la notice Wikipédia de l’ancienne analyste militaire Chelsea Manning, ex-Bradley Manning: bien que son changement d’identité ait eu lieu en avril 2014, sa notice française, contrairement à sa notice américaine, la présente encore comme «Bradley». Les personnes transgenres sont aussi régulièrement visées par des insultes, menaces ou attaques. Dans un rapport publié en novembre par le comité de lutte contre l'homophobie et la transphobie (Idaho) et le think tank République et Diversité, 85% des personnes interrogées avaient déjà subi un ou plusieurs actes transphobes. Ce sont majoritairement des insultes ou des actes de discrimination, mais aussi des coups : ce même rapport évalue à 12% le nombre de personnes interrogées déclarant avoir subi une interruption totale de travail de plus de quatre jours à la suite de ces actes. En 2013, un rapport d’Amnesty International portant sur l’ensemble de l’Europe concluait : «Actuellement, la législation de nombreux pays de l’Union européenne présente des lacunes, et les enquêtes et poursuites relatives à des crimes motivés par la haine laissent souvent à désirer.»
Interrogée par CNN, la mère de Leelah persiste à parler de son enfant comme d’un petit garçon. «C’était un bon petit garçon et les gens doivent savoir que nous l’aimions», a-t-elle déclaré. Dans le même entretien, elle a expliqué avoir coupé l’accès aux médias sociaux à son enfant parce qu’elle voulait l’empêcher de lire des choses «inappropriées», sans préciser de quelle nature elles étaient.
Au petit matin du dimanche 28 décembre, avant d’aller chercher la mort sur une bretelle d’autoroute de l’Ohio, Leelah concluait ainsi sa lettre d’adieu : «Ma mort doit être comptée parmi celles des personnes transgenres qui se seront suicidées cette année. Je veux que quelqu’un regarde ce chiffre et se dise "C’est vraiment nul", et décide alors de changer tout cela. Changez la société. S’il vous plaît.»
Leelah [Josh] Alcorn, transgenre: «Ma mort doit signifier quelque chose»
Il y a les lanceurs d'alerte traqués qui parviennent à survivre. Et il y a ceux dont le cri parvient alors qu'ils ont renoncé à vivre. Voici la parole bouleversante d'une jeune transgenre américaine de 17 ans, Leelah Alcon. Elle vivait près de Cincinnati dans l'Ohio. Elle a posté ces lignes sur son blog avant de se suicider sur une autoroute, le 28 décembre. Au-delà du pathétique, ce texte pose avec une lucidité implacable la nécessité pour les altérités humaines, aussi dérangeantes soient-elles a priori, d'être reçues, et entourées de toute la considération et protection juridique nécessaires. La moindre des choses est d'entendre ce qui nous est demandé ici : des actes politiques précis plutôt qu'un commode appitoiement.
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Si vous lisez ceci, c’est que je me suis suicidé, et qu'évidemment j’ai renoncé à supprimer ce post de mon blog.
Je vous en prie, ne soyez pas triste, c’est pour le mieux. La vie que j’aurais eue ne vaut pas d’être vécue… car je suis transgenre. Je pourrais rentrer dans le détail en expliquant pourquoi je ressens les choses ainsi, mais probablement cette note sera-t-elle déjà assez longue. Pour résumer, je me sens comme une fille piégée dans un corps de garçon, et je ressens cela depuis l’âge de 4 ans. Je n’ai jamais appris qu’il existait un mot pour ce sentiment, ni qu’il était possible à un garçon de devenir une fille, aussi je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit, et j’ai juste continué à faire les choses censées être « garçon » pour essayer d’aller dans cette direction.
Quand j’eus quatorze ans, j’appris ce que signifiait le mot transgenre, et j’en pleurai de joie. Après dix années de confusion, je comprenais enfin qui j’étais. J’en parlai aussitôt à ma mère, mais elle réagit de manière extrêmement négative, en me disant que ce n’était qu’un épisode passager, que jamais je ne serais véritablement une fille, que Dieu ne faisait pas d’erreurs. Parents, si vous lisez cela, je vous en prie, ne dites jamais cela à vos enfants. Même si vous êtes chrétiens ou contre les transgenres, ne dites jamais cela à personne, surtout à vos enfants. Cela n’aboutirait à rien qu’à les porter à se haïr eux-mêmes. C’est exactement ce qui m’est arrivé.
Ma maman a commencé à m’emmener chez un thérapeute, mais elle ne me faisait rencontrer que des thérapeutes chrétiens (qui étaient tous très tendancieux), aussi je n’ai jamais rencontré le thérapeute dont j’aurais eu besoin pour soigner ma dépression. J’ai seulement rencontré davantage de chrétiens disant que j’étais égoïste et dans mon tort, et que je devrais me tourner vers Dieu pour implorer son aide.
Quand j’ai eu 16 ans j’ai réalisé que mes parents ne changeraient jamais d’avis, et que je devrais attendre mes 18 ans pour commencer un éventuel traitement de transition. Ce qui m’a totalement brisé le cœur. Plus on attend, plus la transition est compliquée. J’étais désespéré, je me voyais comme un homme mort pour le reste de sa vie. A mon 16ème anniversaire, quand je compris que mes parents ne m’autoriseraient jamais à commencer une transition, j’ai pensé me tuer.
Je commençai à développer une sorte d’attitude « allez vous faire foutre » (fuck off attitude) envers mes parents. Je compris qu’ils ne me voyaient que comme une gêne pour leur propre image, que je ne les satisferais jamais, je n’étais qu’un embarras pour eux.
A l’école, je pensai à m’afficher comme gay, dans l'idée que ce coming out serait mieux accepté, et préparerait mon affichage à venir comme transgenre. La réaction de mes amis fut plutôt très positive, mais mes parents me privèrent de portable, d’ordinateur, et de tout accès aux réseaux sociaux. Cela dura 5 mois, sans aucune relation avec mes amis. C’était l’été. Ma dépression grandit. Je ne connus plus que la solitude.
Après, j’eus l’autorisation de mes parents de retrouver mes amis sur les réseaux sociaux. Ils en furent heureux, pourtant je réalisai que je n’étais plus rien pour eux, je crois qu’ils ne pensaient plus à moi dès lors qu’ils ne me voyaient plus cinq fois par semaine.
Je pense que je ne trouverai jamais un ami qui puisse me satisfaire, ni une amie qui me comprenne, ni un homme qui m’aime. Je serai, soit un homme qui se hait lui-même, soit une femme seule et sans amour. Ma dépression est toujours plus grande. Chaque jour est pire que le précédent.
Ma dernière volonté est que le produit de la vente de 100% de ce que je possède légalement (plus l’argent de mon compte en banque) soit donné à un collectif de transgenres en lutte pour leurs droits civiques et à des groupes de soutien. La seule condition qui permettrait que je repose en paix serait qu’un jour, les transgenres ne soient pas traités comme je l’ai été, mais qu’ils soient considérés comme des êtres humains, avec des sentiments légitimes et des droits humains. Il est nécessaire que le genre soit appris à l’école, le plus tôt est le mieux. Ma mort doit signifier quelque chose. Ma mort doit être comptée parmi celles des transgenres qui se sont suicidés cette année.
Adieu,
Leelah [Josh] Alcon
PS : Leelah, dans son post sur Tumblr. com, a barré Josh, son nom de baptème. J'ai trouvé et traduit son texte ce 1er janvier, sur un lien indiqué par Carine Fouteau dans son dernier article sur les cargos de migrants en Méditerranée :http://news.yahoo.com/human-trafficking-7-bln-business-along-main-routes-152120057.html
Depuis deux jours, le lien de Leelah sur Tumblr.com s'ouvre sur les centaines de messages de nombreux adolescents bouleversés, avec un débat parfois houleux envers la famille. Cette dernière, je crois, a fermé la page où figurait la "Suicide note" de Leelah, cependant reprise sur certains sites : https://www.tumblr.com/search/leelah+alcon