L'affaire s'était corsée en seulement quelques heures. Le 2 juillet au matin, Delphine Batho brisait la solidarité gouvernementale en estimant sur RTL que le budget 2014, pour son ministère de l'Ecologie, était "mauvais". Le soir-même, sur "proposition du Premier ministre", François Hollande mettait fin à ses fonctions.

Que s'est-il passé entre temps ? En 4 mois, des informations ont déjà filtré dans la presse. Notamment que le président de la République avait demandé à Delphine Batho de "retirer ses propos" critiques à l'égard du budget, ce qu'elle avait refusé.

"Tes déclarations sont inadmissibles"

Insoumise, le livre que vient tout juste de sortir l'ex-ministre, nous en dit un peu plus, nous apprend mercredi Le Lab. La socialiste a en effet décidé d'y publier l'intégralité de l'échange de SMS et de coups de téléphone qu'elle a eus avec le Premier ministre de l'époque, Jean-Marc Ayrault, et le président de la République.

9h18, soit trente minutes après ses propos sur RTL, Delphine Batho reçoit un SMS de Jean-Marc Ayrault : "Depuis que je suis ministre, c'est la première fois que le Premier ministre m'envoie un SMS", écrit-telle. Résultat ? "Tes déclarations sont inadmissibles sur ton budget, je te demande de rectifier". 9h45, la ministre de l'époque se décide à y répondre : "Cher Jean-Marc, ce n'est pas une déclaration d'humeur, discutons-en. Bien à toi". Réponse cinglante de l'ancien maire de Nantes : "Trop tard le mal est fait".

2 textos en quelques secondes

11h06, Jean-Marc Ayrault revient à la charge, avec 2 textos en l'espace de quelques secondes. "Je te demande un communiqué officiel de rectification avant la fin de matinée". Suivi de : "J'ai informé le PR (président de la République) de ce problème politique.

Quelques minutes plus tard, c'est au tour de François Hollande de prendre son "clavier". "Tu dois répondre à la demande du Premier ministre, je ne comprends pas ce que tu as fait ce matin. Je t'ai écoutée". Au même moment, Delphine Batho échange avec Jean-Marc Ayrault. Celle-ci lui écrit : "C'est par nos décisions que l'on résoudra ce problème politique". Réponse : "Alors tu choisis soit un communiqué ou tu pars". La socialiste - "sonnée" et dont "les mains tremblent " écrit-elle, lui répond : "Je suis disponible à n'importe quel moment pour en discuter de vive voix".

Le Premier ministre décide alors de l'appeler. Mais chacun, au téléphone, reste campé sur ses positions. Pour clore la conversation, le locataire de Matignon lui déclare : "J'ai compris", avant de raccrocher. "Il veut ma tête", comprend à ce moment-là Delphine Batho.

"C'est moi qui ait été élu le 6 mai"

En milieu d'après-midi, François Hollande demande à la voir. Ce dernier lui reproche de ne pas être venu lui parler plus tôt. "S'il y a un problème, c'est à moi qu'il fallait en parler. C'est moi qui ait été élu le 6 mai". Il la presse alors d'aller trouver Jean-Marc Ayrault. "Si vous ne vous mettez pas d'accord, tu sais ce qui se passera. Tu redeviendras députée. Bon, tu seras une députée parmi d'autres... Tu sais, il y en a beaucoup qui sont prêts à prendre ta place au gouvernement. Y compris parmi ceux qui disent te soutenir", menace-t-il.

L'entretien qui s'en suivra, avec le Premier ministre de l'époque, ne changera pas la donne. Delphine Batho comprend qu'elle est virée. Elle envoie alors un texto à Manuel Valls pour l'en informer. "Merde, c'est n'importe quoi, je suis désolé",  lui répond-il. 18h08 : la dépêche de son limogeage tombe à l'AFP. Comme le rappelle Le Lab, moins de 10 heures seulement après sa déclaration sur RTL.