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L'état brouille-t-il les pistes dans le traitement pénal des policiers face à leurs victimes?

Sivens : la gestion des forces de l'ordre et les violences policières

http://www.dailymotion.com/video/x29h3fh_sivens-la-gestion-des-forces-de-l-ordre-et-les-violences-policieres_news

 

Les violences policières augmentent-elles en France ?

 

http://bourgoinblog.wordpress.com/2014/10/31/les-violences-policieres-augmentent-elles-en-france/

 

 

Nicolas Bourgoin, né à Paris, est démographe, docteur de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales et enseignant-chercheur. Il est l’auteur de trois ouvrages : La révolution sécuritaire (1976-2012) aux Éditions Champ Social (2013), Le suicide en prison (Paris, L’Harmattan, 1994) et Les chiffres du crime. Statistiques criminelles et contrôle social (Paris, L’Harmattan, 2008).

Le décès de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive, l’usage abusif et en forte augmentation des « armes non-létales » (pistolet Taser ou Flash-ball) dénoncé par le Défenseur des droits dans son rapport, ont ramené sur le devant de la scène médiatique cette question politiquement sensible. Il est vrai que la justice semble ne plus fonctionner quand les forces de l’ordre sont en cause : réticence à poursuivre les responsables, circonstances du « drame » maintenues opaques, procédure lente et souvent à charge contre les victimes qui aboutit généralement à une ordonnance de non-lieu, à un classement sans suite ou à une relaxe (pour la plupart des affaires), à une peine de prison avec sursis ou, fait rarissime, à une peine de prison ferme. Seules 5 % des affaires recensées ont conduit à cette dernière option. Le déséquilibre est frappant : rappelons que le meurtre d’une personne dépositaire de l’autorité publique est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Si le traitement pénal semble invariablement favoriser les policiers face à leurs victimes, quel que soit le gouvernement en place, en revanche leurs « passages à l’acte » redoublent d’intensité sous les législatures de droite.

 
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Les décès liés aux « bavures policières », sont particulièrement nombreux depuis 2002 : 206 entre 2002 et 2013 inclus, soit près d’une vingtaine par an, tandis que le nombre de policiers tués en service ne cesse de diminuer – exactement 67 pour la même période d’après le comptage de Stéphane Lemercier - dont la majorité pour des raisons accidentelles. Dans les rangs des « forces de l’ordre », les années 2000 ont été les moins meurtrières des 30 dernières.  Selon un rapport d’Amnesty International d’avril 2009, cette progression s’explique par l’impunité de fait dont bénéficient les policiers, étant couverts par leur hiérarchie, et par l’obligation de résultats à laquelle ils sont soumis qui favorise une multiplication des contrôles et donc des chances de dérapage. La « présomption d’innocence renforcée » que voulait instaurer le candidat Sarkozy entre les deux tours des élections présidentielles, à la demande de plusieurs syndicats de police, est un signe parmi d’autres de la complaisance de la droite. Inversement, le nouveau code de déontologie des forces de l’ordre mis en place par l’actuel gouvernement ou la création en 2000 de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (que Sarkozy a bien pris le soin de supprimer) montre une volonté de mieux encadrer les pratiques policières. De fait, les bavures policières mortelles sont généralement plus fréquentes sous les gouvernements de droite, le sentiment d’impunité éprouvé par les policiers étant sans doute conforté par l’idéologie sécuritaire favorable aux forces de l’ordre : sur la période 1979-2013, on en compte 271 pendant les 17,5 années de législature de droite et 95 pendant les 17,5 années restantes, soit un rapport de 1 à 3. De fait, le nombre de plaintes dont s’est saisie la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité  a nettement progressé : de 140 en 2006, l’effectif annuel monte à 228 en 2009, soit une augmentation de plus de 60 %. Chez les gendarmes, le sentiment d’impunité est encouragé par la « présomption de légitime défense » dont ils bénéficient.

La police ne frappe pas au hasard : ce sont généralement les populations les plus démunies en capital social et en ressources juridiques (jeunes, étrangers ou issus de l’immigration et appartenant aux classes populaires) qui sont les cibles des violences policières. Le profil-type de la victime est un homme noir ou d’origine arabe, habitant un quartier populaire de l’agglomération francilienne ou lyonnaise, âgé de 25 à 30 ans. Les « handicaps » sociaux diminuent fortement la validité des témoignages et la recevabilité de la plainte éventuelle. Dans son rapport de 2010, Amnesty International estimait en outre que les enquêtes sur les violences policières semblent « souvent manquer d’indépendance et d’impartialité », la quasi-inexistence de sanctions émises à l’encontre de policiers s’expliquant par plusieurs facteurs : « la difficulté à déposer plainte contre un officier de police ; les manœuvres d’intimidation de la part de certains policiers ; le non-respect fréquent des droits des détenus en garde à vue ; une conception dévoyée de la solidarité policière qui conduit certains fonctionnaires à couvrir les atteintes commises ; l’absence de poursuites ; les retards déraisonnables dans les enquêtes judiciaires ; des sanctions souvent trop légères pour les actes commis ; et l’insuffisance d’une autorité indépendante d’accès direct pour traiter les plaintes contre la police». Les circonstances du drame sont à l’avenant : course-poursuite en voiture, garde-à-vue ou placement en cellule de dégrisement, contrôle d’identité ou interpellation qui tourne mal, tentative de fuite… Dans une majorité des cas, policiers et gendarmes concernés ont fait usage de leur arme à feu. La majorité des tirs touche des régions du corps peu propices à une neutralisation tentant d’éviter la mort. Sur un échantillon de 200 personnes tuées par balles, une cinquantaine sont atteintes à la tête, 25 dans la poitrine, 25 dans le dos, une dizaine dans l’abdomen, une dizaine dans la nuque, une dizaine dans le cœur, 6 dans le cou. Une soixantaine de morts par balles n’est pas renseignée. Pourtant, dans ces cas précis, les situations où les agents se font tirer dessus, et sont donc contraints de riposter, demeurent exceptionnelles…

Les violences policières sont le fait d’une société toujours plus inégalitaire et d’une politique de classe toujours plus brutale envers les pauvres et les immigrés. Leur progression depuis 35 ans est une tendance lourde : de 6 à 8 bavures mortelles par an entre 1977 et 1997, on passe à 10 dans la période 1997-2001 puis à 18 depuis 2002. L’année 2012 ne fait pas exception avec 19 décès, dont 12 au cours des 6 premiers mois. Face à une « crise » économique qui les met en échec, les gouvernements qui se succèdent depuis 30 ans sont tentés de choisir l’autoritarisme étatique et policier en lieu et place des politiques sociales de relance keynesienne, plus difficiles à mettre en œuvre du fait de la supranationalisation des politiques économiques. Ce choix est lourd de conséquences. Il conduit à miser sur les rapports de force en criminalisant les résistances populaires, en multipliant les unités d’intervention brutales et militarisées (types BAC), en donnant de plus en plus de pouvoir à la police, en développant les technologies et les armements. Cette politique ne peut qu’entraîner toujours plus de dérapages et toujours plus de victimes.

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Encore quelques liens et les derniers articles :  

  

http://www.ladepeche.fr/article/2014/11/13/1990382-remi-fraisse-rassemblement-sur-la-place-jean-jaures.html  

http://www.letarnlibre.com/2014/11/14/1654-barrage-sivens-premiere-reunion-avec-experts-novembre-permis-etablir-calendrier-travail-pour-solution-ici-noel.html?utm_source=newsletter&utm_medium=newsletter&utm_campaign=newsletter 

http://www.letarnlibre.com/2014/11/14/1654-barrage-sivens-premiere-reunion-avec-experts-novembre-permis-etablir-calendrier-travail-pour-solution-ici-noel.html?utm_source=newsletter&utm_medium=newsletter&utm_campaign=newsletter 

http://www.letarnlibre.com/2014/09/05/1286-bataille-sivens.html 

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/11/14/mort-de-remi-fraisse-une-communication-officielle-parcellaire_4523289_4355770.html

http://www.questionsdeclasses.org/?Face-aux-brutes

http://www.questionsdeclasses.org/?Au-Testet-comme-ailleurs-la-police

http://www.mediapart.fr/journal/france/121114/mort-de-remi-fraisse-le-recit-des-gendarmes-place-linterieur-dos-au-mur?onglet=full

http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/barrage-de-sivens/sivens-bure-notre-dame-des-landes-six-foyers-de-contestation-a-vif_731321.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/11/15/remi-fraisse-le-recit-du-gendarme-qui-a-lance-la-grenade_4524145_3244.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/gcros/131114/il-faut-tirer-les-lecons-de-sivens-pour-que-tout-cela-n-arrive-plus

http://www.liberation.fr/societe/2014/11/14/jose-bove-les-zadistes-sont-les-enfants-de-grothendieck_1142874

http://www.avenir-ecolo.fr/index.php/2014/11/disparition-dalexandre-grothendieck-precurseur-de-lecologie-politique/

http://www.liberation.fr/economie/2014/11/15/sivens-laissez-nous-decider-de-l-avenir-de-nos-territoires_1143822

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/11/15/a-albi-les-pro-barrage-defilent-contre-les-zadistes-de-sivens_4524277_3244.html

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/15/sivens-le-prefet-qui-pose-question_4524110_3224.html

http://www.letarnlibre.com/2014/11/15/1663-barrage-sivens-pres-5000-personnes-venues-toute-france-ont-defile-albi-pour-retenue-eau-respect-ordre-republicain.html

http://www.letarnlibre.com/2014/11/15/1659-parti-communiste-appelle-faire-ensemble-choix-dialogue-dans-dossier-sivens.html

http://premium.ladepeche.fr/premium/article/2014/11/12/1620779-sivens-le-depute-udi-philippe-folliot-appelle-a-la-mobilisation-des-partisans-du-barrage.html

http://www.lejournaldici.com/actualite/l-info-en-continu/le-monde-rural-manifestera-le-15-novembre-à-albi#.VGckPoft2Qs

http://premium.ladepeche.fr/premium/article/2014/11/12/1620778-mort-de-remi-fraisse-l-unef-exige-toute-la-verite-et-appelle-a-manifester.html

http://www.letarnlibre.com/2014/11/10/1642-methanisation-montans-riverains-inquiets-projet-vinometha.html

http://bourgoinblog.wordpress.com/2014/10/31/les-violences-policieres-augmentent-elles-en-france/

http://www.bastamag.net/Homicides-accidents-malaises

http://www.liberation.fr/chroniques/2014/11/07/intouchables-gendarmes_1138764

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20141113.OBS4959/infographie-remi-fraisse-vital-michalon-quand-l-histoire-se-repete.html?cm_mmc=EMV-_-NO-_-20141115_NLNOACTU17H-_-remi-fraisse-vital-michalon-quand-l-histoire-se-repete#xtor=EPR-3-[Actu17h]-20141115

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141105.OBS4096/notre-dame-des-landes-valls-determine-a-voir-le-projet-realise.html

http://www.ladepeche.fr/article/2014/11/15/1991898-une-privatisation-des-autoroutes-sous-le-feu-des-critiques.html

 

 

 

 

Le dossier Sivens révèle de nouvelles lignes de partage à gauche comme à droite

Publié le 15/11/2014 à 08:23

Barrage de Sivens - Lisle-sur-Tarn (81)

 

Après les anti-barrage, les pro seront cette fois dans la rue et vont se compter. Quel que soit le résultat de la manifestation de Tarn ruralité cet après-midi à Albi, un fait est avéré. Le dossier de Sivens révèle de nouvelles lignes de partage au sein de la société française. Que ce soit parmi les agriculteurs ou les simples citoyens dans le Tarn et maintenant au delà, parfois même au sein des familles, on trouve des pour et des contres, chacun avec ses arguments. Un vrai sujet de société. Ce débat transcende aussi la gauche et la droite. Si les Verts et la gauche de la gauche sont contre, les autres grands partis ne sont pas univoques. C'est le cas au Parti socialiste, où le député et conseiller général pro-barrage Jacques Valax sera «naturellement aux côtés de manifestants». Tandis que son prédécesseur sur le siège de Jaurès à l'Assemblée, l'ancien ministre et actuel maire de Cordes Paul Quilès a annoncé qu'il ne «se rendra pas à l'invitation du président de l'Association des maires et élus du Tarn Sylvain Fernandez à manifester en faveur du barrage».

Boulze demande l'exclusion de Bouat du Parti radical

L'affaire divise aussi les centristes de l'UDI. Le député Philippe Folliot appelle «à manifester dans le calme avec Tarn ruralité». Dans le même temps, Jean-Michel Bouat, adjoint au développement durable et à l'agriculture urbaine de la maire d'Albi a signé l'appel des 180 élus qui se sont dissociés du président des maires et n'iront donc pas manifester. Une prise de position de l'élu albigeois qui fait des remous au sein du Parti radical valoisien. Son président départemental Bernard Boulze annonce avoir «demandé l'exclusion de Jean-Michel Bouat. Quand on est radical, on est républicain et donc pour l'état de droit», écrit Bernard Boulze dans un message adressé aux adhérents et aussitôt retweeté sur les réseaux sociaux. «Moi aussi, je suis parfaitement pour l'état de droit, qui ne prévoit pas de faire manifester les élus», objecte Jean-Michel Bouat. Il se sent pour sa part «tout à fait en accord avec les valeurs humanistes du Parti radical valoisien. Ce petit coup de colère du président Boulze envers moi qui suis le vice-président départemental n'est qu'un épiphénomène. L'essentiel, c'est le message d'apaisement que j'ai lancé. À un moment, il faut un appel au calme. J'en ai assez qu'on parle du Tarn en mauvais termes. Je comprends les agriculteurs qui vont manifester et en ont assez d'être brocardés, alors que, dans leur majorité, ce sont des braves gens qui veulent nourrir la population. Ni pour ni contre le barrage, j'estime que les différents acteurs doivent se reparler dans ce dossier devenu dramatique avec la mort de Rémi Fraisse et dans lequel manifestement on n'a pas assez discuté. Les élus doivent comprendre qu'il faut faire de la politique autrement. On ne vit plus dans le même monde. L'info circule très vite. Quand un projet est mal ficelé, ce qui était le cas de ce barrage, ça se voit...»

Quant à Bernard Boulze, il tempérait hier soir son message «destiné à rester en interne. Avant d'exclure Jean-Michel Bouat, il faudrait saisir les instances du parti.» Pour cet ancien maire de Salvagnac aussi, «l'important, c'est Sivens. Moi aussi, je veux l'apaisement. Je vis dans la vallée du Tescou où il faut rester calme dans une situation tendue. C'est dans cet esprit que j'irai manifester pacifiquement à Albi.»

 

Les mails de 3 000 élus dévoilés

L'appel à participer à la manifestation d'aujourd'hui pour le barrage d e Sivens par le président de l'association des maires du Tarn a des incidences insoupçonnées. Il a dévoilé les adresses électroniques des 3 000 élus du Tarn. Du pain béni pour les pros comme les anti barrages qui en ont profité pour abreuver les élus de leur position sur le sujet. Au point que certains pensent à changer d'adresse pour retrouver leur tranquillité d'esprit.

Alain-Marc Delbouys

 

 

 

16 novembre 2014

 

Sivens : le préfet qui pose question

 

Mis en cause, Thierry Gentilhomme assure n'avoir jamais donné de consignes de fermeté

Alors qu'il venait de déclarer le contraire à La Dépêche du Midi, la publication d'un procès-verbal le mettant en cause dans Le Monde et Mediapart mercredi 12  novembre ont fait du préfet du Tarn, Thierry Gentilhomme, un personnage clé dans l'enquête sur la mort de Rémi Fraisse, ce jeune militant écologiste tué par une grenade lancée par un gendarme lors d'affrontements entre des opposants au projet de barrage de Sivens et des militaires.

 

Interrogé dès 4 h 30 du matin le 26  octobre, soit moins de trois heures après le drame, un commandant du groupement de gendarmes mobiles justifie ainsi la manière d'opérer de ses troupes au cours de la nuit : " Je tiens à préciser que le préfet du Tarn (…) nous avait demandé de faire preuve d'une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toute forme de violences envers les forces de l'ordre. "

 

Jeudi soir, l'entourage du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, faisait part de son incompréhension. " Le préfet a passé des consignes d'apaisement, on a vérifié : tous nos comptes-rendus en attestent. "

 

Thierry Gentilhomme, 54 ans, a été pendant douze ans directeur des services financiers puis secrétaire général adjoint de la mairie d'Epinal, alors dirigée par Philippe Seguin. Ce Vosgien, père de quatre enfants, passe sur le tard l'ENA, promotion Averroès (1998-2000), avant d'épouser la carrière de haut fonctionnaire.

 

Après un passage à la direction des affaires territoriales et du service public de la Poste en PACA et Languedoc-Roussillon, il rejoint le ministère de la santé, de la jeunesse et des sports puis, en  2011, celui de l'intérieur, à la direction des affaires financières et immobilières. Il y est notamment chargé du développement durable.

 

" Importance de la rencontre "

 

Thierry Gentilhomme prend ses fonctions de préfet du Tarn le 1er  septembre, jour du début du déboisement à Sivens. Des affrontements ont alors lieu. Entre dépôt de gerbe au monument aux morts d'Albi le matin puis à celui de Castres l'après-midi, il reçoit la presse. Au salon Louis-XIII de la préfecture, il " casse " un peu les codes.

 

Devant des journalistes installés en demi-cercle autour d'une table basse – lui sur une banquette – il évoque son parcours, parle de celle qui l'a précédé dans la fonction, Josiane Chevalier – " une copine, on vient tous les deux des collectivités territoriales ". Il souligne " l'importance de la rencontre avec les gens ". " Si je fais ce métier, c'est pour ça ", assure-t-il. Au moment de la photo, il échange, dans le parc, des propos autour des deux-roues et cylindrées – il a découvert le département à moto à son arrivée, fin août –, ou encore sur les animaux de compagnie.

 

L'homme évoque également Sivens. " Il faut voir d'où vient la violence, quand il y a agression sur les forces de l'ordre, on ne peut pas laisser faire, d'autant moins que la situation est sans ambiguïté : le projet a franchi toutes les étapes de la procédure, la justice a considéré qu'il n'y a aucun motif pour le suspendre ". " Ma pratique, c'est qu'il faut qu'on se voie régulièrement ", conclut-il à l'adresse des journalistes. Sans suite.

 

Dans les deux mois qui suivent, Thierry Gentilhomme remplit ses obligations, de la tournée des écoles le jour de la rentrée scolaire à l'inauguration d'un centre petite enfance dans une ancienne cité minière, en passant par la pose de la première pierre d'un centre de secours et le lancement des travaux d'une station d'épuration. Mais il est happé par Sivens qui devient, de semaine en semaine, son dossier prioritaire.

 

A la mi-octobre, alors que plusieurs militants écologistes sont en grève de la faim depuis près de quarante jours pour " obtenir un débat ", l'un d'entre eux reçoit la visite d'un policier. Il est envoyé par Thierry Gentilhomme, qui dit s'inquiéter de son état de santé. Pendant la semaine qui précède le rassemblement du 25  octobre, pour lequel les opposants au projet de barrage attendent plusieurs milliers de participants, les organisateurs constatent la volonté du préfet de faire en sorte que la manifestation se déroule sans obstacle.

 

Des rencontres ont lieu pour régler le problème du stationnement, celui de la cohabitation avec un rallye automobile qui a lieu le même week-end à proximité du site, afin d'étudier la mise en place d'un poste de secours, etc.

 

Au lendemain du drame, Thierry Gentilhomme se tait. A la presse locale qui le sollicite le 28  octobre, il fait savoir que " le ministère de l'intérieur s'étant exprimé ", il ne dira rien.

Thierry Tchukriel, (avec Matthieu

Grenades, flashballs, militarisation du maintien de l’ordre, comment se protègent les « zadistes » ?

PAR PIERRE ALONSO 14 NOVEMBRE 2014 BASTA !

« On ne veut pas devenir un bataillon de martyrs », expliquent-ils, après la mort de Rémi Fraisse, le militant écologiste, tué par une grenade offensive lancée par un gendarme, alors qu’il participait à la « zone à défendre » contre le projet de barrage de Sivens. Face à la guerre psychologique, aux violences policière et à l’emploi de plus en plus courant d’armes « non létales », des « zadistes » racontent comment ils tentent de se protéger de manière non-violente. Reportage autour d’un café, dans les tranchées champêtres et derrière les barricades forestières.

 

A l’extrémité ouest de la ZAD, la « zone à défendre » contre le projet de barrage dans la forêt de Sivens (Tarn), plusieurs occupants se réveillent ce vendredi 7 novembre, en buvant du café dans des bocaux en verre. Ils sont à « Zoulou », le point le plus avancé sur ce que les Zadistes appellent la ligne de front. A une dizaine de mètres, une épaisse barricade bloque la route, un tas de branches et de troncs de presque deux mètres de haut. Au-dessus flotte une pancarte : « Hommage à Rémi », ce jeune botaniste tué par une grenade offensive dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre.

 

Beaucoup sur la ZAD se disent surpris qu’il n’y ait pas eu de mort plus tôt, tant l’arsenal déployé pour le maintien de l’ordre est sophistiqué, puissant, quasi-militaire. « Il aurait pu y en avoir dix des Rémi » juge Fred, arrivé le 20 août dernier en réponse à l’appel lancé par les occupants. Listées dans le code de sécurité intérieure, les armes utilisées pour le maintien de l’ordre comprennent des lacrymogènes, des grenades (assourdissantes, offensives, de désencerclement), des flashball ancienne génération (portée maximale de 15 mètres) et des « lanceurs de balle de défense » (portée de 50 mètres) [1]. Des armes « non-létales », étudiées pour infliger des dommages à distance, pour mutiler sans tuer [2]

Parmi les zadistes que nous avons rencontrés, certains se revendiquent pacifistes, comme Maxime qui dit l’être de moins en moins : « Il y a des véganes [3] sur la ZAD. Eux refusent de faire du mal aux animaux ou aux êtres humains. » Un peu plus loin, alors qu’un groupe d’une dizaine de personnes s’affaire à la construction – très expérimentale – d’une catapulte, Mario, longs cheveux bruns, barbes fournie et accordéon dans les bras, abonde : « On n’est pas avide de violence ! Aujourd’hui, il n’y a aucun flic et regarde, les gens construisent, ils ont envie de ça. »

 

Techniques de résistance non-violente

Il raconte aussi comment il a incité des jeunes filles de 16 ans, débarquées sur la ZAD avec des cagoules, à rejoindre la « medic team » au lieu d’affronter les forces de l’ordre. « On ne veut pas devenir un bataillon de martyrs », lâche-t-il. Comme lui, nombreux sont les zadistes à reconnaître que l’usage de la violence dépend en grande partie des circonstances, que la distinction binaire « pacifistes contre casseurs » est trop simple.

 

Les techniques traditionnelles de résistance non-violente ont été employées au Testet, y compris par des Zadistes a priori sceptiques sur ce mode d’action. Pour bloquer l’avancée des forces de l’ordre, des zadistes se sont enterrés sur le chemin en septembre, avant d’être violemment délogés. D’autres se sont harnachés les uns aux autres – une technique dite de la tortue – dans les cabanes en haut des arbres pour compliquer la tâche des gendarmes mobiles ou des grimpeurs venus les chercher. « Au moins, on peut parler avec les grimpeurs », relève un occupant d’une des dernières cabanes aériennes.

En septembre, des bouteilles de gaz vides ont été posées sur des barricades pour entraver la progression des forces de l’ordre. Selon plusieurs zadistes, les gendarmes seraient contraints de faire appel à des démineurs si la barricade brûle, pour parer à tous risques d’explosion, ce qui les ralentirait considérablement. La tentative a été vaine, les gendarmes sont passés, mais la présence de bouteilles de gaz a été relevée par les médias, alimentant craintes et fantasmes (lire ici).

 

Boucliers contre flashballs

Loin d’une milice organisée, l’équipement des zadistes souligne leur relatif amateurisme et l’asymétrie croissante entre les manifestants et les forces du maintien de l’ordre. « On est à poils ! », sourit Gwenn, une jeune femme d’une trentaine d’années membre de l’équipe médicale. Comme tous les zadistes interrogés, elle donne un prénom d’emprunt. « C’est le pot de fer contre le pot de terre », résume Maxime, à côté de la barricade de Zoulou. Mario, qui se fait aussi appeler « Fleu Bleu », détaille : « Nous, on n’a pas d’entraînement. Eux, oui. Ils ont des armures, ça fait « poc » sur leur bouclier quand ils reçoivent un caillou. Nous, on n’est pas protégés, pas préparés. »

 

Contre les flashballs, certains utilisent des boucliers. Maxime en désigne un par terre, à côté des chaises et des flammes vacillantes du feu de camp : une tôle de moins d’un mètre avec deux lanières en tissu pour le tenir. « On a fabriqué des boucliers avec des panneaux de circulation ou des morceaux de tôle. On a appris dans des films ! », dit-il en riant, avant de préciser « dans 300 » (un péplum sur la bataille des Thermopyles) et de repartir dans un éclat de rire. « Et puis, on apprend d’eux », dit-il en mimant des CRS tapant sur leur bouclier avec leur matraque.

 

Fred, barbe blonde éparse et dreads noyées dans ses cheveux bouclés, se rappelle avoir arrêté une balle de flashball avec un panneau-bouclier. « Il y a eu un grand "bong", on l’a entendu dans toute la vallée » raconte-t-il en montrant le panneau tout cabossé. Il affirme que son ancienne propriétaire en a arrêté quinze. Au « fort », juste derrière Zoulou, un grand bonhomme, tête à moitié rasée et longues dreads sur le haut de la tête, qui refuse de donner son nom ou son pseudo (hormis Anonyme), a du mal à comprendre que les gendarmes mobiles préfèrent rester à distance : « Je me suis déjà retrouvé avec un autre zadiste face à six GM [gendarmes mobiles]. On avait tous les deux des boucliers. Ils ont reculé. Ils ont des consignes. Le contact les désavantage, ils préfèrent rester à distance et utiliser des flashballs. » Intermittent du spectacle, il vit entre les ZAD de Notre-Dame-des-Landes et du Testet, qu’il a rejoint en août. De temps en temps, il repart travailler dans les grandes villes de France.

 

Comme d’autres, il décrit une crispation ces dernières semaines : « En septembre, il y avait des discussions possibles avec [les gendarmes]. On leur parlait, ils étaient toute la journée sous le soleil avec leur armure. Ils répondaient, soit en faisant des gestes, soit en parlant parfois. Ensuite, les compagnies ont changé, elles tournent régulièrement. On ne voit plus les mêmes depuis, c’est plus possible de les approcher. » Pour Maxime, l’objectif est évident : « L’intention est de mater vite le Testet pour éviter un nouveau Notre-Dame des Landes », l’autre ZAD située en Bretagne, sur le terrain d’un futur aéroport.

 

« Une guerre psychologique et d’humiliation »

Les autorités semblent en effet avoir choisi de muscler leur présence, notamment le week-end du 25 et 26 octobre au cours duquel Rémi Fraisse a été tué. Selon Mediapart, une réunion s’est tenue le samedi matin : « le lieutenant-colonel Andreani, qui commande le groupement du Tarn [décide de] créer une “zone de vie” sur le chantier de la forêt de Sivens, et “tenir le site” » [4]. Le préfet du Tarn, autorité civile responsable du maintien de l’ordre, donne quant à lui des « consignes de fermeté ». La décision est d’autant moins compréhensible qu’il ne reste aucun engin de chantier, ni rien d’important à protéger, sur le site le samedi matin. Un Algeco et un générateur, laissés sur place, ont été brûlés la veille. Des affrontements éclatent entre manifestants et forces de l’ordre, CRS et gendarmes mobiles, dans la journée du 25 octobre.

 

Sous la tente de premiers soins, Gwen a vu défiler les blessés ce week-end-là : blessure de flashball au pectoral, « là où la peau est plus sensible », blessures aux jambes et aux bras dues à une grenade de désencerclement. Ces grenades projettent dix-huit petits galets en caoutchouc qui font des trous « aussitôt cautérisés parce qu’ils sont brûlants » décrit Gwen. Pour se protéger,« il y a quelques protège-tibias, mais très peu » explique-t-elle. Presque pas de masques à gaz contre les lacrymo, mais « des morceaux de tissus imbibés de citron » qui en limitent les effets. Maxime et le grand type aux dreads parlent d’un gaz orange ou jaune qui provoquerait des vomissements, mais aucun n’y a été directement confronté. Personne ne peut dire non plus quand il aurait pu être utilisé.

 

Ces rumeurs témoignent du climat de peur qui s’est installé. Une véritable stratégie de la part des autorités, dénoncent les zadistes. Mario, l’homme à l’accordéon, évoque « une guerre d’humiliation, une guerre psychologique. Ils veulent nous faire peur et nous faire mal. » Plus que les CRS ou les gendarmes mobiles, ce sont les « PSIG », les pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie dont tout le monde cite l’acronyme, qui concentrent les peurs, les critiques et les fantasmes. Maxime les décrit comme un « commando » formé pour les terrains de guerre, passé en Afghanistan ou ailleurs…

 

À Zoulou, plusieurs zadistes ont rejoint la discussion autour de Maxime. Ils débattent des moyens à utiliser. « Leur seule faiblesse, c’est le feu », affirme l’un d’eux, aussitôt corrigé par un autre : « Ils ont des vêtements ignifugés, ils ne craignent rien. » Le premier, peu enclin à entrer dans ce genre de discussions, conclut : « On nous pousse à faire du feu notre dernière arme, parce qu’ils savent que le feu donne une très mauvaise image médiatique ». Juste après, deux avions de chasse survolent la ZAD à très basse altitude, emplissant la vallée du vacarme des réacteurs. Maxime les regarde : « D’habitude, ce sont des hélicoptères. »

Pierre Alonso

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