Message de Jon Palais, militant non-violent investi dans Alternatiba et ANV COP21, à propos de l’arrestation de Txetx Etcheverry.
Txetx Etcheverry, co-fondateur de Bizi, d’Alternatiba et d’ANV-COP21, a été arrêté par la police hier à Louhossoa (Pays Basque) avec 4 autres personnes, alors qu’ils menaient une action de neutralisation d’armes d’ETA.
Il s’agit d’une action non-violente menée indépendamment de Bizi, d’Alternatiba et d’ANV-COP21, pour faire avancer le processus de paix au Pays Basque qui est actuellement bloqué.
La communication du ministère de l’intérieur, qui se félicite de cette arrestation, présente une version pour le moins surprenante des faits.
Cette action a été menée non pas par ETA, mais par des militants non-violents du Pays Basque.
Txetx, avec Michel Berhocoirigoin (co-fondateur et ancien président de Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la chambre d’agriculture alternative du Pays Basque) et Michel Tubiana (président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme), avaient rédigé une lettre pour expliquer leur démarche noir sur blanc, dans laquelle ils précisaient n’avoir aucun lien avec ETA. Ils avaient également transmis à des journalistes des courriers qu’ils avaient ensuite échangés avec ETA, pour leur proposer de « transférer à la société civile la responsabilité politique de la destruction de son arsenal militaire », en se présentant « en intermédiaires entre une organisation armée avec laquelle nous n’avons aucun lien ni subordination, et un Etat que nous voulons amener à réfléchir ». Ces lettres peuvent être lues notamment sur le site internet de Mediabask, et permettent de comprendre la dimension complètement non-violente, pacifiste et transparente de leur démarche. Une des personnes arrêtée est d’ailleurs un professionnel de l’audiovisuel en charge de filmer l’action.
Pour info, le communiqué de presse de Bizi.
Pétition pour demander la libération la plus rapide possible de ces « faiseurs de paix ».
Les gouvernements français et espagnols ont décidé de ne pas entendre la décision de l’ETA de procéder à son désarmement. Alors qu’une partie des armes de cette organisation allaient être neutralisées pour être remises aux autorités sous l’égide de plusieurs membres de la société civile, dont Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, une intervention policière a eu lieu.
En agissant ainsi, les autorités françaises et espagnoles signifient leur volonté d’ignorer le processus initié par les sociétés civiles des deux côtés des Pyrénées pour réconcilier toutes les composantes du Pays basque.
La Ligue des droits de l’Homme a appuyé et continuera d’appuyer ce processus.
Elle appelle les gouvernements français et espagnols à renoncer à toute idée de vengeance pour construire la paix.
Paris, le 17 décembre 2016
Pour en savoir plus :
-revue de presse:
ETA : où en est la question du désarmement ?Le Monde
Dimanche 18 décembre. Les cinq militants du processus de paix, interpellés à Louhossoa (Pays Basque) ont été transférés à Paris et présentés à un juge anti-terroriste. Et mardi 20 décembre... après avoir été entendu par un juge, Michel Berhocoirigoin, Michel Bergouignan, Jean-Noël Etcheverry, Béatrice Molle-Haran et Stéphane Etchegaray sont rentrées chez eux ! Selon le site Médiabask : " la qualification d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste a été abandonnée. Sont retenues les charges de port et transport d'armes de catégories A et B, détention sans autorisation d'armes et munitions de catégorie A et B, détention et transport de substances ou produits explosifs. ". Tout cela s'est déroulé à Louhossoa au Pays Basque... Ou comment « une opération de destruction des armes scellées de l'ETA est, mensongèrement, présentée comme une arrestation d'association de malfaiteurs » selon la Ligue des Droits de l'Homme. En arrêtant trois partisans officiels et connus de la résolution nonviolente des conflits, ainsi que deux journalistes de Mediabask : Paris et Madrid veulent-ils, torpiller le processus de paix en cours au Pays Basque ? Et ce, alors que l’ETA a renoncé à la lutte armée depuis 5 ans ? Pourquoi les gouvernements français et espagnols n’ont-ils pas répondu aux propositions tres concrêtes, écrites et renouvelées, des « faiseurs de paix » oeuvrant pour la destruction des armes de l’ETA ? Ou est le " biais cognitif " qui cache la vérité? Que dire du silence assourdissant des médias dominants de Paris qui n'ont jamais relayé ce processus de paix bien réel en Pays Basque ? Les technocrates sont-ils largués face aux extraordinaires avancées de la société civile, clairement orientée vers la nonviolence ? Quel projet politique et/ou sécuritaire aurait orienté la réflexion et les investigations des pouvoirs publics dans le cadre de l'état d'urgence ? Les fonctionnaires de police français et espagnols sont-ils incapables de réagir avec bienveillance et d'accompagner un processus de désarmement de l'ETA, inspiré de la philosophie de la nonviolence ? L'immense levée de boucliers de toute la classe politique basque (de la droite à la gauche incluant les partis régionalistes) confirme que la réaction anti-système a été globale et immédiate. Les cinq personnes interpellées dans la nuit du16 au 17 décembre à Louhossoa près de Bayonne intervenaient précisément (ou étaient chargées de filmer) une procédure de désarmement et démantèlement des infrastructures de l’ETA. Michel Tubiana le Président d'Honneur de la LDH n'est pas venu à cette réunion. Le lendemain matin (samedi 17 décembre) à Bayonne et avec tracteurs en tête de cortège : une énorme manifestation a fait suite à la mobilisation instantanée et tous azimuts des élu-es basques et de la société basque en soutien aux militants nonviolents. Mobilisation à laquelle s’est associé Gilles Simeoni Président du Conseil Exécutif de Corse. En tête de cette manifestation
J’apporte bien évidemment mon soutien total au processus initié par la société civile du Pays basque, en vue de la réconciliation, de la paix, et d’une véritable solution politique. » Selon Médiabask et le quotidien Berria : « ce premier stock d'armes se trouverait dans dix caisses. Les personnes présentes dans la bâtisse ancienne de Louhossoa vendredi soir comptaient détruire 15% de l’arsenal d’ETA. D’après le quotidien Berria, ces armes seraient réparties dans dix caisses. Neuf d’entre elles se trouveraient à Louhossoa. La dernière aurait été envoyée à la Commission internationale de vérification, chargée du désarmement d’ETA, afin qu’elle atteste de ce premier pas. » Le Comité pour la Défense des Droits de l'Homme en Pays Basque a dénoncé les propos du ministre de l'intérieur français. "Ce qui devait être une opération de destruction des armes scellées de l'ETA, par la société civile, est mensongèrement présentée comme une arrestation d'association de malfaiteurs".