De la cohérence de se battre à la fois contre le Linky...et contre le nucléaire !
Autant le dire tout de suite, la problématique du compteur électrique communicant Linky ne relève pas précisément de la lutte anti-nucléaire. Cependant, il existe entre les deux sujets des points communs et des similitudes qui font qu’il est parfaitement logique et cohérent pour les antinucléaires de se mobiliser contre le déploiement de ces compteurs, sans oublier les compteurs communicants de gaz (appelés Gazpar) et d’eau.
Avant tout, il convient de tordre le cou à des prétextes avancés par les industriels pour « justifier » les compteurs communicants, prétextes qui abusent d’ailleurs certains écologistes : les compteurs communicants permettraient de « faire des économies d’énergie » et « aideraient au développement des énergies renouvelables » : voilà bien de quoi appâter un antinucléaire !
En réalité, le système des compteurs communicants va être lui-même consommateur d’une quantité non négligeable d’énergie : il ne s’agit pas seulement des compteurs mais d’innombrables appareils déployés dans les communes pour capter les informations collectées par les compteurs, les transporter, les concentrer, les réexpédier par téléphonie mobile, etc.
Par ailleurs, comme l’ont montré des études menées dans des pays où ils ont déjà été déployés, par exemple une étude australienne mentionnée par l’Ademe, les compteurs communicants n’entrainent pas d’économie d’énergie : une diminution de la consommation d’environ 10% est certes notée dans les deux premiers mois, mais elle se réduit à 5% deux mois plus tard puis à 0% au bout de six mois : ce sont en réalité les usagers qui, placés en situation expérimentale, ont modifié leur comportement (ils ont « fait attention » à leur consommation), avant que la vie ne reprenne peu à peu son cours normal.
Les économies d’énergies peuvent être obtenues de façon pérenne par la formation et l’information des citoyens, mais certainement pas par le recours aux compteurs communicants. Notons d’ailleurs que ceux-ci sont installés en France par la société Enedis (ex-ErDF), filiale à 100% d’EDF… dont le financement provient principalement de nos factures d’électricité : il faudrait être bien naïf pour croire que les dirigeants d’EDF, qui nous mentent et nous spolient depuis des décennies, se seraient subitement décidés à nous faire faire des économies… et donc à réduire leurs revenus !
Autre prétexte avancé : les compteurs communicants seraient utiles, voire même « indispensables », pour intégrer les énergies renouvelables dans le système électrique français. Qu’il faille moderniser le réseau électrique, c’est possible, mais en quoi est-il nécessaire, pour intégrer des parcs éoliens ou solaires, d’installer des compteurs communicants dans nos logements ? D’ailleurs, un contre-exemple parfait existe : l’Allemagne, qui développe les énergies renouvelables immensément plus que la France, a renoncé à la généralisation des compteurs communicants : seuls les gros consommateurs (usines, entreprises, etc) en seront doté, et la quasi-totalité des logements en seront dispensés, CQFD.
Venons-en maintenant à la gestion des pics de consommation d’électricité qui, depuis des décennies mais de façon plus criante au fil du temps, mettent à mal le système électrique français en particulier en hiver : dès qu’il fait froid, et en particulier en début de soirée (18h/20h), des millions de chauffages électriques sont allumés et entrainent une consommation dépassant largement les capacités du parc nucléaire, pourtant surdimensionné. La France importe alors d’immenses quantités d’électricité, en particulier depuis l’Allemagne : il est de bon ton de dénoncer les centrales électriques au charbon de ce pays, mais le fait est que ce sont elles qui chauffent la France tous les hivers.
Les compteurs communicants n’ont pas été imaginés spécialement pour aider l’industrie nucléaire à passer ces délicats pics de consommation, d’ailleurs de tels compteurs sont installés dans des pays non nucléarisés comme l’Italie. Toutefois, en France, il est avéré que le clan EDF (EDF SA, RTE, Enedis) attend avec impatience la mise en service des compteurs Linky pour réduire les pics en question : dans un premier temps sur la base du volontariat, les habitants pourront se signaler pour que, par le biais des compteurs Linky, les opérateurs prennent la main sur la consommation en déconnectant certains appareils. Nul besoin d’être devin pour comprendre que, par la suite, chaque logement doté d’un compteur Linky pourra être soumis de force à cette prise de pouvoir.
Par ailleurs, les industriels de l’électricité et de l’automobile (bien aidés par les dirigeants politiques qui leur sont en majorité soumis) entendent relancer leurs activités (en berne) en imposant la mise en place de millions de voitures électriques. Mais ce projet absurde (*) risque lui aussi de se heurter au problème des pics de consommation hivernaux car, en majorité, les automobilistes mettraient leurs batteries à recharger le soir en rentrant du travail, exactement au moment où démarrent les chauffages électriques.
Les compteurs Linky vont permettre aux industriels de repousser ces recharges à plus tard dans la nuit... quitte à ce que votre batterie soit incomplètement chargée le lendemain matin ! Mieux (ou plutôt pire), avant d’être rechargées, les batteries serviront de réserves d’électricité : par l’intermédiaire des Linky, le réseau électrique puisera l’électricité restante dans les batteries des voitures électriques avant de (peut-être) les recharger. Etre doté d’un compteur Linky, qui plus est d’une voiture électrique, reviendra donc à donner un coup de pouce au lobby nucléaire.
L’objet du présent article n’est pas d’expliciter toutes les bonnes raisons de refuser les compteurs communicants, que l’on peut toutefois rappeler sommairement :
désastre environnemental et financier : se débarrasser de 81 millions (35 d’électricité, 35 d’eau, 11 de gaz) de compteurs ordinaires en parfait état de marche pour les remplacer, à grands coups de milliards (nos milliards !) par des compteurs d’une durée de vie beaucoup plus courte et qu’il faudra donc remplacer à nouveau quelques années plus tard, etc
captations d’innombrables informations sur nos vies : les compteurs communicants sont de véritables bigs brothers qui vont être installés dans nos logements et vont épier nos comportements, à commencer par la présence ou l’absence d’habitants (toutes les 10 minutes, voire de façon encore plus précise).
mise en danger de notre santé : des ondes électromagnétiques nocives sont émises par les compteurs communicants, mais aussi par les nombreux appareils qui vont être installés dans les rues de nos communes.
En conclusion, il n’est certes pas nécessaire d’être opposé à l’atome pour refuser les compteurs communicants mais il serait très incohérent de la part d’un antinucléaire (et de façon générale d’un écologiste) de ne pas s’engager contre l’installation des Linky, Gazpar et cie…
Stéphane Lhomme
Article rédigé pour Atomes crochus, la revue d’ "Arrêt du nucléaire" ( http://coordination-adn.fr )
(*) La voiture électrique est une calamité environnementale au même titre que la voiture thermique. Par exemple, la seule fabrication des batteries émet en co2 l’équivalent de l’usage d’une voiture à essence pendant… 10 à 15 ans ( !). Ces batteries sont aussi bourrées de lithium et de graphite dont l’exploitation a des conséquences environnementales et sociales dramatiques (mais il est vrai que cela se passe à des milliers de kilomètres de l’urbain occidental qui se donne bonne conscience en roulant électrique…). Cf http://www.observatoire-du-nucleair...
Du même auteur (et d'autres aussi) :
-Revue de presse sur le nucléaire et la justice :
Maintenant refaisons notre petit saut de l'électrique au rayonnement ionisant avec :
28 novembre 2016 / Yves Heuillard (Reporterre)
Dans un magistral petit ouvrage de 128 pages, Carl de Miranda, polytechnicien et ingénieur en électricité, explique l’impact des ondes sur la santé et propose des stratégies pour s’en protéger.
Oui, les champs électromagnétiques ont un effet sur l’organisme. Au-delà de certains niveaux d’exposition, on constate des effets biologiques immédiats et flagrants. Oui, de nombreuses études établissent des liens entre les ondes électromagnétiques et certaines pathologies, parfois graves. Oui, les fœtus, les nouveau-nés, les jeunes enfants sont potentiellement plus affectés par les ondes. Oui, certaines personnes, dites électrosensibles, déclarent souffrir quand elles sont exposées aux ondes. Mais que nous ressentions ou non les symptômes, nous sommes tous potentiellement affectés et pouvons un jour développer des pathologies.
Ce constat, Carl de Miranda le fait dans un opuscule titré Réduire les ondes électromagnétiques, c’est parti. Son ouvrage est le résultat d’une infatigable analyse de la quasi-totalité des études disponibles sur le sujet. Et qui de mieux placé qu’un diplômé de l’École polytechnique et de l’École supérieure d’électricité pouvait le rédiger ?
Une première partie de l’ouvrage est consacrée à la compréhension de ce que sont les ondes, à leur omniprésence dans notre environnement, à ce que sait la science de la microélectricité biologique. C’est expliqué dans une approche très didactique, courte et compréhensible par tous.
L’auteur, qui est un esprit libre, nous explique ensuite les mécanismes de la controverse sur l’effet des ondes. Il nous invite notamment à repenser à d’autres controverses, comme celles qui ont eu lieu autour du tabac, du réchauffement climatique, des pesticides, de l’amiante…
Vient ensuite l’essentiel de l’ouvrage : comment nous protéger de tout ce bazar électromagnétique ? L’auteur ne se cantonne pas aux ondes de hautes fréquences (la téléphonie mobile, le wifi, les téléphones sans fil d’appartement, les appareils Bluetooth…) mais également aux champs électriques émis par des objets courants, par exemple l’éclairage sur votre table de chevet, l’ordinateur sur vos genoux, la télévision devant laquelle s’allongent vos enfants.
La crédibilité du polytechnicien, la connaissance intime qu’a l’ingénieur des phénomènes électriques permettent la concision et un propos accessible à tous. Voilà un magistral marchepied à tous ceux qui s’intéressent au sujet. Il instille à son lecteur les bons réflexes, et les moyens de naviguer dans l’information (ou la désinformation) à sa disposition par ailleurs.
Réduire les ondes électromagnétiques, c’est parti, par Carl de Miranda, Jouvence éditions, 128 p., 6,90 €.
Source : Yves Heuillard pour Reporterre
-Rendez-vous Vendredi 2 décembre,Pour la projection du film « Les Sentinelles » de Pierre Pezerat.qui sera suivie d'un débat avec Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l'INSERM.(Institut National de Santé et de recherche Médicale).
L'EDATET s'est crée pour dénoncer la présence de produits toxiques dans l'infrastructure des télécommunications et notamment la présence de parasurtenseurs radioactifs. Elle veille à l'application du plan de leur élimination. La ville de Béziers a connu la présence du produit Temik qui à fait des milliers de morts à Bhopal, elle héberge des entreprises classées SEVESO, et il est envisagé d'installer un incinérateur. Nous avons matière à nous inspirer de l'expérience d'Henri Pezerat qui a passé sa vie à lutter pour l'interdiction de l'amiante . Le film : Josette Roudaire et Jean-Marie Birbès étaient ouvriers, en contact avec l'amiante. Paul François est agriculteur, il a été intoxiqué par un pesticide de Monsanto, le Lasso. Ils ont rencontré Henri Pezerat, chercheur au CNRS, qui les a aidé à se battre pour que ces empoisonnements ne restent pas impunis. Les ouvriers agricoles de la coopérative de Nutréa Triskalia, intoxiqués par des insecticides, n'ont pas connu Henri, mais ils sont le vivant symbole de ceux qu'il a défendus toute sa vie, des sentinelles. Chacun d'eux raconte, des années 1970 à 2015, les combats menés, l'interdiction de l'amiante, l'attaque de Paul contre Monsanto, avec à chaque fois le rôle décisif joué par Henri.
En avant première, à 19h00, à La Cimade, 14 rue de la Rotonde, à Béziers.