L'association Phyto-Victimes, créée par Paul François, porte-parole d'une génération d'agriculteurs intoxiqués, a lancé une campagne de financement participatif.
Elle compte sur la solidarité citoyenne pour aider les professionnels victimes des pesticides à engager des procédures en justice contre les firmes.
Le premier cap des 10 000 euros de dons a été franchi. Un vrai soulagement pour Paul François, premier agriculteur à avoir fait condamner le géant Monsanto. Qui espère atteindre d'autres paliers. Et ce, pour soutenir les nombreuses victimes à qui il manque parfois seulement quelques centaines d'euros pour engager des procédures.
Infos sur citizencase.org.
Télécharger ce communiqué en format PDF. En France, avec l'étalement urbain et le grignotage des terres agricoles et "naturelles", de plus en plus de personnes habitent dans des lotissements qui jouxtent des champs, qui sont, la plupart du temps, traités avec des pesticides. Or, les pesticides ne sont pas anodins pour la santé. Quel est la réglementation sur l'épandage de pesticides près des habitations ? Sommes-nous protégés par la loi ? Explications sur un vide juridique.
La France est le premier pays d'Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l'utilisation de pesticides. Ce triste palmarès expose particulièrement la population aux épandages massifs de produits dits phytosanitaires.
Dorénavant, de nombreuses études ont fait le lien entre les pesticides, le risque pour la santé et la contamination généralisée des milieux (notamment aquatiques). Si la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation (fruits et légumes non biologiques), de plus en plus de logements jouxtent des zones agricoles traitées régulièrement avec des pesticides. C'est un risque important notamment lorsque les jardins comportent des potagers qui peuvent être pollués et/ou des enfants qui jouent et qui peuvent être exposés aux pesticides sans aucune protection.
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près des lieux de vie ?
Pour l'instant, plus rien. Malheureusement, aujourd'hui, en France, il n'existe actuellement aucune loi qui définisse une zone tampon entre les lieux de vie et des zones de culture où est pratiqué l'épandage de pesticides.
Il existait bien l'arrêté du 12 septembre 2006 qui fixait les règles en matière d'utilisation de pesticides : "Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort", ce qui correspond à 19 km/h. Ceci afin que les pesticides ne soient pas trop dispersés en touchant les riverains, mais aussi les milieux environnants.
Or, le 6 juillet 2016, l'Association Nationale Pommes Poires (ANPP) a obtenu l'abrogation de cet arrêté, pour une question de forme (non notification à l'UE). Ce qui en dit long sur leurs véritables intérêts.
Depuis, aucun texte juridique ne protège les riverains contre l'épandage de pesticides près de leurs logements. Seuls les bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes situés dans les centres hospitaliers, maisons de santé, établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées, handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave sont protégés par une zone tampon de 50 mètres.
Au gouvernement français de promulguer un nouvel arrêté avant le 7 janvier 2017. Mais le lobby agricole reste puissant et les associations de défense de l'environnement et de la santé craignent que le nouveau texte juridique soit encore moins contraignant pour les agriculteurs.
A ce titre, l'association Générations Futures dénonce "l'opacité la plus totale" qui entoure la rédaction de cet arrêté alors que se joue "l'avenir de l'utilisation des pesticides et donc le sort de notre environnement et des milliers de personnes exposées régulièrement à ces produits toxiques. Loin, très loin de la société civile !".
Les premières fuites sur le futur document sont inquiétantes
Selon les informations communiquées par Generations Futures, la crainte l'emporte sur l'espoir concernant la portée du nouvel arrêté en cours de rédaction :
la limite de vent de 19 km/h serait maintenue mais il faudrait que cela soit mesuré pendant au moins 10 minutes et à 2 mètres de haut. Compliqué à mesurer pour un riverain...
La possibilité pour un employeur de renvoyer ses salariés agricoles moins de 8 h après un épandage de pesticides sur un champs, contre 24 ou 48 h selon la nature des produits, auparavant.
La mise en place de zones tampons, les Zones non Traitées (ou ZNT), entre les champs et les limites de propriété ont suscité une levée de boucliers de la part de la FNSEA, un syndicat d'agriculteurs qui s'oppose violemment aux défenseurs de l'environnement.
Et pourtant, les associations de défense de l'environnement comme la LPO et France Nature Environnement (FNE) réclament la mise en place de ZNT, de 5 à 50 mètres en fonction des traitements. Pour FNE, c'est "une distance minimale de 50 mètres pour protéger les habitations" proches des vergers alors qu'il est "prouvé que la dispersion des pesticides se produit jusqu’à 50 mètres du pulvérisateur.".
Des réunions sont planifiées d'ici fin octobre au sein de la Commission des produits phytopharmaceutique, des matières fertilisantes et des supports de cultures (CPPMFSC) pour avancer sur ce texte très attendu.
Exposition des riverains aux pesticides : le risque existe bien
Si l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) se veut rassurante en précisant que "l'encadrement européen des produits phytos est parmi les plus stricts au monde, notamment en termes de protection de la santé des agriculteurs, des riverains, des promeneurs mais aussi de l'environnement", le risque est avéré comme en témoigne l'intoxication d'une vingtaine d'enfants et d'une enseignante d'une école primaire à Villeneuve de Blaye (Gironde), début mai 2014, après l‘épandage de fongicides sur des parcelles de vignes adjacentes à l'école. Si les produits utilisés étaient autorisés, l'enquête conduite par les services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Aquitaine (DRAAF) a révélé que les conditions de traitement étaient inappropriées, pointant une vitesse du vent excessive.
Déjà, pour la première fois, suite à une plainte des riverains, trois pomiculteurs de Corrèze avaient été convoqués devant le tribunal correctionnel de Brive pour avoir épandu des pesticides sur leurs pommiers par vent trop fort : la vitesse moyenne du vent constatée ces deux jours était respectivement de 35 km/h et 33 km/h. En vain, le magistrat a finalement relaxé les accusés « au bénéfice du doute ».
De nombreux témoignages existent sur les personnes qui sont victimes d'épandage de pesticides près de leur logement.
France Nature Environnement évoque des "centaines de témoignages reçus quotidiennement en période d’épandage" des pommiers qui subissent 35 traitements à l'hectare.
Sur notre forum de discussions, plusieurs personnes se plaignent :
"Devant chez moi il y a un champs, je ne sais pas ce qui y pousse (ça ressemble à de l'herbe) mais en 1 mois, un tracteur est venu 2 fois épandre des pesticides. Ca pue, j'ai peur que les pesticides se fixent sur mes tomates et en plus je redoute pour ma santé.”, s'inquiète Hamster.
"j'habite dans un lotissement et "collé" à un champ et dans ce fameux champ je vois l'agriculteur épandre ces produits chimiques à 1 mètre de ma propriété (le fermier qui est dans son tracteur porte lui un masque) que peut on faire ????????????", ajoute Faby29.
"Bonjour, je suis dans le même cas j'habite en bordure de champs ( à 10 m ) et l'agriculteur est du genre rendement avant tout et va parfois épandre ses cochonneries jusqu'a 2 fois dans la même journée , et moi a coté de ça j'essaye de faire pousser des légumes le plus naturellement possible.
Mon chat et mon chien ont été malade ( empoisonnement mais on sait pas quel produit) à 2 jours d'intervalle ... on se pose la question si c'est pas ce qu'il balance dans son champs qui en est la cause :(
De plus on est en bordure de rivière et toutes ces cochonneries finissent dans la rivière par ruissellement de l'eau ...
Qu'est ce que je peux faire ... Je me sens complètement désarmée, j'ai l'impression que j'ai juste le droit de subir …" s'indigne Valocéan…
Et la liste est longue comme l'illustre le site http://victimes-pesticides.fr qui recense des témoignages édifiants sur ce risque sanitaire ignoré des pouvoirs publics.
Pour connaître un peu plus le risque que nous courrons face à l'épandage de pesticides, France Télévision a dressé une carte de France des départements qui utilisent le plus de pesticides dangereux.
Comment se protéger contre les épandages de pesticides ?
En l'absence de règlementation contraignante, le citoyen doit organiser lui-même la protection de son lieu de vie.
Voici quelques conseils :
de protéger votre jardin avec une haie dense ou une clôture pleine d'au moins 2 m de haut qui pourront stopper une grande partie des pesticides.
Si votre terrain est en pente et en aval du champs, vérifier que le bas de votre haie ou clôture ne laisse pas passer chez vous d'éventuels écoulements.
Lorsque l'agriculteur effectue un traitement, il faut se calfeutrer chez soien fermant bien les fenêtres et les portes. Ensuite, il faut patienter quelques jours ou après une bonne pluie pour profiter de nouveau du jardin.
Enfin, rappelons que la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation et qu'il est donc essentiel de préférer des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique, notamment pour les enfants, particulièrement vulnérables comme en témoigne l'enquête Menus toxiques qui montrait en 2010, qu'un enfant est susceptible d'être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d'être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, en une seule journée !
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4534-epandage-pesticides-riverains-maisons |