l'émission du mardi 29 mars 2016
Le bénéfice des cultures « Roundup ready » en question
Le Monde | 26.10.2015 Par Stéphane Foucart
Moins de pesticides, moins de risques. Au milieu des années 1990, c’était l’une des promesses de l’industrie des biotechnologies pour appuyer le développement des cultures transgéniques rendues tolérantes au glyphosate – le principe actif du célèbre Roundup, l’herbicide phare de Monsanto. Mais deux décennies plus tard, le résultat est mitigé. C’est la conclusion majeure d’une étude conduite par Sylvie Bonny, chercheuse à l’INRA, et publiée dans la dernière édition de la revue Environmental Management. Un résultat plus mitigé encore après que l’OMS a classé le glyphosate, en mars, comme cancérogène probable.
« Durant les toutes premières années de leur introduction [en 1996], les cultures tolérantes à un herbicide ont pu induire une réduction des désherbants, écrit Sylvie Bonny. Cependant, la répétition de ces cultures et des épandages de glyphosate sans alternance ni diversité suffisantes a contribué, depuis plus de dix ans, à l’apparition de mauvaises herbes résistantes à cette molécule. D’où une augmentation de l’usage du glyphosate mais aussi d’autres herbicides. »
En 1996, aucune espèce d’adventice – « mauvaise herbe », en agronomie – résistante au glyphosate n’était répertoriée sur le territoire américain. Dix ans plus tard, les agronomes en relevaient huit. Et début 2015, quatorze espèces étaient recensées, et trente-huit Etats touchés.
Sans surprise, la quantité totale de désherbants utilisée a suivi l’expansion des adventices résistantes. Pour le soja, la dose moyenne totale d’herbicides est passée de 1,35 kg par hectare (kg/ha) en 1996 à 1,1 kg/ha en 2001. En 2012, elle était légèrement supérieure à 2 kg/ha sur le soja (dont les surfaces sont cultivées à plus de 90 % en variétés tolérantes au glyphosate depuis 2007). « Pour le maïs, l’effet est moins marqué, car l’adoption des variétés tolérantes à un herbicide a été plus lente », précise Sylvie Bonny.
Mais l’impact environnemental et sanitaire des herbicides ne se réduit pas aux quantités épandues. L’Association française des biotechnologies végétales estime que le Roundup garde « un meilleur profil toxicologique et écotoxicologique que la plupart des herbicides qu’il remplace », qu’il est bon marché, et qu’il « facilite les techniques d’implantation des cultures sans labour ».
Comment, aux Etats-Unis, les acteurs impliqués font-ils face à cette propagation d’adventices résistantes ? « Les firmes agrochimiques répondent en “empilant” des caractères de résistance à d’autres herbicides, explique Yves Dessaux, chercheur (CNRS) à l’Institut de biologie intégrative de la cellule, qui a codirigé en 2012 l’expertise du CNRS et de l’INRA sur le bénéfices et les risques des variétés tolérantes aux herbicides. Mais si ces nouvelles variétés et les herbicides associés sont utilisés comme les variétés tolérantes au glyphosate, c’est-à-dire sans rotation, sans modération et sans réflexion agronomique, on va créer les conditions d’émergence de nouvelles résistances et on ira dans le mur. »
Stéphane Foucart
Journaliste au Monde
Le Monde | 28.03.2016 à 13h38 • Mis à jour le 28.03.2016 à 17h25 | Par Stéphane Foucart
La Commission et les Etats-membres doivent décider, dans les prochaines semaines, si le glysophate sera, ou non, réautorisé
Et si la controverse actuelle est si forte, c’est que l’autorisation du glyphosate expire fin juin en Europe. La Commission et les Etats-membres doivent décider, dans les prochaines semaines, s’il y sera, ou non, réautorisé. La décision aura des répercussions considérables sur l’agriculture européenne, l’environnement et la santé publique.
Rappel des épisodes précédents : en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’OMS chargée d’inventorier les substances cancérogènes, a classé le glyphosate « cancérogène probable » pour l’homme. A la fin de la même année, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a, au contraire, jugé « improbable » qu’il soit cancérogène. Comment des experts peuvent-ils parvenir à des conclusions si diamétralement opposées ? Vous le saurez si vous parvenez au bout des trois parties de ce (long) billet.
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émissio de france inter sur les pesticides viticoles :