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A Nîmes,une femme militante anti-corrida est arretée et Gérard Charollois nous dépeint la joie des barbares des arènes .

Militante anti-corrida, la police m'a arrêtée. M. Valls, vous avez démultiplié notre force

Publié le 27-05-2015 à 16h38 - Modifié à 20h50

4 réactions | 3710 lu

Temps de lecture : 6 minutes

LE PLUS. En pleine feria de Nîmes, des militants anti-corrida ont été interpellés par la police, pour cause d'attroupement illégal. Le petit groupe, qui n'avait pas déclaré la manifestation à la préfecture, a été placé en garde à vue par la centaine de policiers présente sur les lieux. Delphine Simon, militante anti-corrida, faisait partie des manifestants. Après avoir passé 12 heures en cellule, elle témoigne.

Édité et parrainé par Anaïs Chabalier

Samedi 23 mai à 8 heures du matin, je suis partie de chez moi pour aller à un rassemblement anti-corrida devant les arènes de Nîmes.


Puisque chaque fois que nous déclarons une manifestation, nous sommes tenus à plusieurs centaines de mètres des arènes, loin de tous, invisibles, ce rassemblement pacifique et non violent était simplement un mouvement de citoyens indignés par la barbarie des arènes.


Rendez-vous était donné à des citoyens et par des citoyens devant les arènes.

17 personnes pour 30 policiers


9h45. Ma sœur et moi arrivons sur la place, nous nous asseyons sur un banc. D’autres personnes étaient autour de nous, certaines que nous reconnaissions de loin, d’autres dont nous nous demandions si "ça en était" ou pas.


10h15. Alors que nous n’avions même pas eu le temps ni de nous identifier ni même de dire quoi que ce soit, nous avons été entourés par des messieurs au visage fermé, qui tout à coup ont dégainé leur brassard orange "police". Nous voilà cernés, me dis-je… Je nous compte alors : 17 personnes, entourées par 30 policiers. Et puis un type arrive avec une écharpe tricolore et annonce d’un ton menaçant :

"Nous vous demandons de vous disperser sinon nous aurons recours à la force".

On s’est regardés, interloqués, nous demandant si c’était une plaisanterie. Ma sœur et moi, assises sur un banc, quelques passants autour, ne sachant trop quoi faire ni quoi dire…. Ne pouvant nous imaginer une seconde ce qui était en train de nous arriver.


Les policiers allaient chercher des gens sur la place, qui devaient avoir des gueules d’anti-corrida, et ils les faisaient rentrer dans le cercle, alors qu’on venait de nous dire de nous disperser. Nous n’avons pas bougé et le type continuait à nous menacer dans son mégaphone. Je me lève pour aller voir le type à l’écharpe et lui demander :

- "Excusez-moi, pourquoi devons nous nous disperser ?

- Attroupement... Vous êtes attroupés et vous n’avez pas le droit".

Les CRS nous ont demandé de les suivre

Je retourne à ma place, je regarde la place des arènes : partout des attroupements d’aficionados – ceux-là, on les reconnaît à leur déguisement grotesque. Étrange : ces attroupements, parfois composés de 10-20 personnes, ne sont pas dispersés par les forces de l’ordre. Il ne faudrait pas qu’ils manquent le spectacle de la torture et de la mise à mort de six veaux qui aura lieu dans quelques minutes.


Cinq minutes, s’étaient passées, 10 peut-être… Je dis à ma sœur d’un air hésitant : "On n’a qu’à se lever et marcher sur la place, ça fera moins attroupement". On se lève, mais un policier nous barre la route :

- "Vous retournez à votre place !

- Ah, ben faudrait savoir… Je croyais qu’il fallait se disperser

- C’est trop tard, dit-le type à l’écharpe, nous allons avoir recours à la force".


Tout à coup, des camions de gendarmerie, de CRS, cinq, six , plus peut-être arrivent en trombe ! "Tiens, me dit ma sœur, il doit y avoir quelque chose qui se passe de l’autre côté des arènes ? Une action d’anti-corrida ?". On lève la tête pour essayer de regarder autour de nous et nous voyons avec effroi deux CRS entourer chacune d’entre nous et nous demander de bien vouloir les suivre, ce que nous faisons sans protester.

Nous n’avons pas le choix : 25 citoyens en civil contre 300 détenteurs de la force de l’ordre.

J’ai pensé aux animaux qu’on conduit à l’abattoir


10h36. On nous amène près d’un camion, on prend notre identité, une fiche par personne et on nous amène dans un camion avec six petites cages, des portes en fer, avec une petite grille en haut pour l’aération. Je monte dans le camion et j’ai un mouvement de panique – je suis claustrophobe. Je demande :

- "Vous n’allez pas nous mettre là-dedans ? S’il vous plaît, je vous en supplie, je ne partirai pas, je suis claustrophobe

- Vous rentrez".

Je suis rentrée dans la cage et je me suis mise à étouffer. J’essayais de respirer de l’air par le petit trou de la grille, ma sœur dans la cage à côté me disait : "Calme toi, respire ! Le commissariat n’est pas loin, ça ne sera pas long !". Mais ceux qui sont claustrophobes me comprendront, je n’y arrivais pas. Je pleurais je criais, j’ai supplié le gendarme d’ouvrir un peu la porte pour que je respire, que je ne m’enfuirais pas. Rien que d’y repenser, j’ai du mal à prendre mon souffle.

Ma tête commençait à tourner, j’entendais les voix de ceux qu’on enfermait dans les autres cages, qui essayaient de me rassurer. Je me suis dit que j’allais tomber dans les pommes. J’entendais la voix rassurante de ma sœur : "Respire Delphine respire, ça va aller".

Alors tout d’un coup, un flash. J’ai pensé aux camions d’animaux qu’on conduit à l’abattoir ; eux aussi essayent d’approcher leur museau du grillage pour avoir un peu d’air. La bouche ouverte, les yeux fermés, les doigts à travers ce minuscule grillage, les larmes qui coulaient, j’essayais de respirer normalement pour ne pas avoir un malaise. J’ai pensé à eux et j’ai pensé aux taureaux, ce pourquoi nous étions là. Ils m’ont donné la force. Alors j'ai sorti mon portable et j'ai pris une photo de ce que je voyais par le petit grillage.

Photos et empreintes, comme dans les films


Arrivées au commissariat, on nous a enfin libérées de nos cages. Je me suis dit que le plus dur était passé. Choquées, un peu "groggy", on nous a fait remplir une autre fiche et on nous a signifié que nous étions en garde à vue. Après les formalités d’usage, on nous a conduits en cellule.


Midi, la cellule 12. Ouf, j’ai retrouvé ma sœur. Au moins, on est ensemble. Une cellule de trois, mais j’étais déjà la quatrième. Cinq, six, sept, huit... Vers 13 heures, nous étions 17 assis pour certains sur le banc de béton, pour d’autres par terre.


Là, nous avons pu parler, évacuer le stress. On cherchait à comprendre ce qui s’était passé et si tout cela était bien légal. On nous avait enlevé nos montres, mais une des nôtres était passée à travers, alors on lui demandait l’heure. D’abord toutes les heures, puis toutes les demi-heures, puis toutes les cinq minutes.


L’après-midi a été rythmée par les entrées et les sorties des camarades, nous allions un par un nous faire prendre les empreintes et nous faire photographier, comme dans les films, avec une petite ardoise avec un numéro. Face, profil droit, trois-quarts gauche. Puis chacun notre tour, nous avons été entendus par un officier de police judiciaire.


"- Êtes-vous venus ce matin à une manifestation ?
- Avez-vous entendu les appels à dispersion ?
- Allez-vous régulièrement aux manifestations de ce type ?
- Quelle était la dernière ?
- Êtes-vous anti-corrida ?".


Pour les fiches de Monsieurs Valls. Oui, monsieur le Premier ministre, je suis anti-corrida et ça n’est pas près de changer.

12 heures dans la cellule 12

Retour en cellule, sorties pipi, conversations à bâtons rompus, malaises de certains camarades… Heureusement les policiers ont été vraiment supers ! Je tiens ici à leur rendre hommage, car ils ont permis que notre détention se passe dans les meilleures conditions possibles.

Ce n’est ni le préfet, ni le Premier ministre, ni Madame la procureure de Nîmes qui devaient gérer les arrivées incessantes des citoyens dans des cellules de garde à vue en trop petit nombre et trop petites. Ce n’est pas eux qui devaient gérer le stress, les besoins, les photos, les empreintes, les auditions et tout le reste, sans effectifs supplémentaires.


Et pourtant en pleine feria, ils auraient eu autre chose à foutre, les policiers, que de s’occuper de nous.


18h. L’agitation a laissé place à la lassitude, à la fatigue, puis à l’impatience. Rien, aucune information ou des informations contradictoires que nous avions essayé de glaner auprès des OPJ qui nous auditionnaient. Sidérés toujours, par ce qui nous était arrivé. Comment était-ce possible ? Qu’avions-nous fait déjà ? On s’était assis sur un banc.


Vers 21h, on nous a dit que nous allions être libérés. Le temps de faire signer la soixantaine de militants leur notification de fin de garde à vue, ça a été long. Un policier venait chercher les camarades un par un. Ma sœur et moi sommes restées les dernières dans la cellule 12.


23h07. Enfin la liberté. Vite, les portables, rassurer la famille, les amis. Retour aux voitures, retour chacun chez soi, un peu anesthésiés par 12 heures de garde à vue. Douze heures, c’est long, très long. 12 heures dans la cellule 12.

M.Valls, vous avez démultiplié notre force


J’ai compris beaucoup de choses aujourd’hui, Monsieur Valls.

J’ai compris ce que peut ressentir un animal enfermé dans une petite cage sans pouvoir bouger, à peine respirer.


J’ai compris ce que peut ressentir quelqu’un qui est privé de sa liberté et enfermé, alors qu’il n’a rien fait.


J’ai compris que nous vivons dans un pays où l’on protège la tranquillité des tortionnaires en enfermant des citoyens pacifiques.


J’ai compris qu’à Nîmes, la liberté de circulation n’est pas en vigueur.


Mais j’ai compris aussi que quoi qu’il arrive, nous serons là, partout, plus nombreux, plus déterminés, plus soudés que jamais ! Vous ne nous aurez pas Monsieur Valls, vous avez démultiplié notre force ! Alors, à très bientôt devant d’autres arènes, car tant que la barbarie des arènes ne sera pas abolie, nous serons là.

La torture tauromachique et la faillite des clercs

lundi 25 mai 2015

Par Gérard Charollois

Si la chasse, mort loisir, recrute ses adeptes dans une ruralité vieillissante et désuète, la corrida, mort spectacle, recueille des amateurs mondains, urbains, snobinards à souhait, parfois « cultureux », parfois issus du monde politique, des importants des médias, du spectacle et même des lettrés. C’est que la tauromachie représente « une culture », « un art », une symbolique de l’homme contre la bête, du courage face à la mort donnée et tout un verbiage fumeux et imposteur.

À l’instar des jeux du cirque, où s’affrontaient des gladiateurs esclaves ou prisonniers vaincus, la scénographie sanglante des arènes ne sera jamais qu’une séance publique de torture d’un herbivore, pour faire frissonner une foule malsaine. Ici, rien d’autre qu’une agonie cruelle érigée en jouissance sadique. Les piques qui déchirent les chairs, les coups, les crochets plantés dans le corps, les épées qui perforent les poumons, le sang qui étouffe l’animal, tous ces sévices infâmes procurent à ces inquiétants spectateurs des transes hideuses. Qu’importe le lyrisme de pacotille de ces sadiques qui n’excuse pas plus leur crime que l’éventuel talent littéraire du marquis de Sade atténue l’horreur de ses assassinats.

Intellectuels qui vous exhibez sur les gradins des arènes, héritiers de ces écrivains, de ces poètes, de ces philosophes qui au siècle passé faillirent en chantant les louanges des pires totalitarismes, vous illustrez cette sombre constatation que le talent et même le génie ne prémunissent pas contre la faute et l’ignominie. Vos prédécesseurs allèrent au nazisme ou au stalinisme, en refusant le réel, comme vous allez à la corrida. Préférant l’idée abstraite à la réalité, ils sacrifiaient des vies à l’émergence d’un « homme nouveau », comme vous refusez de voir la souffrance d’un être sensible derrière le mirage de « la culture », « de l’art », de la symbolique de l’homme terrassant la bête. Vos abstractions vous empêchent de percevoir les faits, et vos mots menteurs couvrent des cris de douleur.

Ce que révèle la corrida est une constante humaine : Le préjugé, l’idée, le concept, le grégarisme peuvent brouiller la compréhension du monde tel qu’il est. D’ailleurs, sans la souffrance de l’animal, sans le sang et la mort, le spectacle ne serait pas. Combien de temps faudra-t-il pour abolir cette monstruosité ? En France, la condition « animale » peine à émerger du négationnisme imposé par les monothéismes et l’idéologie de l’animal machine, idéologie paravent pour tous les intérêts sordides impliquant la réification des animaux. La classe politique inconsistante, soucieuse de communication et nullement occupée de convictions, préfère détourner la tête et se garde bien de légiférer sur un sujet qu’elle qualifierait, dans son indigence éthique, de passionnel. Or, l’immense majorité de nos contemporains réprouve la torture d’un animal.

J’accuse de lâcheté cette classe politique pusillanime, face à cette vertigineuse horreur. Je sais que l’homme politique qui célèbre la torture et la mort pâtit d’une dépravation morale et que son « coup de menton mussolinien » trahit une psychologie franquiste. Bien sûr, les sadiques affirmeront que le taureau éprouve une indéniable douleur dont il manifeste le ressenti. Mais, pour eux, il y a douleur et non souffrance, celle-ci s’entendant de la conscience d’une situation cruelle et périlleuse. Il faut une splendide mauvaise foi ou une ignorance crasse pour penser que l’animal ne perçoit pas le stress, n’appréhende pas la déchirure et la mort. Celui qui a côtoyé un animal, chien, chat, cheval ou autre, sait parfaitement qu’outre la douleur purement physique, l’animal possède une conscience de son identité, un effroi face à un danger, à une agression, à une menace.

Aussi, il est acquis que le taureau souffre durant vingt minutes, avant de trouver une délivrance dans le néant qui absorbe tout. D’autres, dont le juriste et philosophe Anglais, Jérémy Bentham (1748-1832)

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