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Pourquoi des chercheurs créent-ils des animaux transgéniques?


Publié le 20 octobre 2014 dans

 

http://images.nationalgeographic.com/wpf/sites/common/i/presentation/NGLogo560x430-cb1343821768.png

http://www.nationalgeographic.fr/13231-agm-des-animaux-genetiquement-modifies-bientot-dans-nos-assiettes/

http://www.nationalgeographic.fr/wp-content/uploads/2014/10/UNE_edito_AGM2.jpgUne protéine fluorescente verte a été introduite dans l’ADN d’un singe via un virus.

© Anthony Chan, Emory University

Médecine, alimentation… Pourquoi des chercheurs créent des animaux transgéniques

 

Vache qui produit du lait sans lactose, saumon à croissance ultra-rapide, singe fluorescent… Aux Etats-Unis, au Canada, en Chine et en Nouvelle-Zélande, des chercheurs en biotechnologie planchent sur les AGM : des animaux génétiquement modifiés destinés à la recherche médicale, mais aussi à l’alimentation. 

Qu’est-ce qu’un AGM ? 

Un AGM est un animal génétiquement modifié. Au début des années 1990, les laboratoires de recherche ont multiplié les expérimentations sur les animaux pour servir divers domaines : la médecine, l’écologie et l’alimentation humaine. 

En médecine, les chercheurs ont par exemple injecté une protéine rendant un singe fluorescent, afin d’étudier la maladie de Huntington. Ils ont aussi créé des « porcs diabétiques » pour mieux comprendre la maladie et élaborer de nouveaux traitements. Des poules et des vaches transgéniques ont, elles, développé des anticorps contre le cancer de la peau ou des antiviraux pouvant être prélevés dans le lait ou les œufs pour le bénéfice de l’homme. 

Au Canada, des scientifiques ont fabriqué un « Enviropig », un cochon aux déjections moins nuisibles à l’environnement. 

Aujourd’hui, certains aliments issus de ces AGM, comme les oeufs de saumon transgénique, commencent à débarquer dans les rayons des supermarchés nord-américains. Et les foyers canadiens serviront bientôt du saumon transgénique à table. 

Comment les AGM sont-ils « fabriqués » ?

Aujourd’hui, les avancées en biotechnologie permettent de modifier des organismes vivants, selon deux techniques : par une recombinaison de l’ADN in vitro, dans les cellules, ou par la fusion d’organismes cellulaires n’appartenant pas à la même famille. Par exemple, le transfert d’un gène d’araignée à un mouton. Ce processus « surmonte les barrières naturelles de la reproduction ou de la recombinaison », affirme l’Organisation mondiale de la santé (OMS)*. 

Quels AGM sont destinés à la consommation ? 

> Le saumon transgénique Surnommé « Frankenfish » par les écologistes, le poisson transgénique AquAdvantage, élevé par la société américaine AquaBounty, est un saumon atlantique à croissance rapide. Il grandit 3 à 5 fois plus vite que son homologue naturel, ce qui permet d’augmenter la production.

Ce poisson bénéficie par ailleurs du gène d’hormone de croissance du saumon Chinook, un congénère des eaux glaciales du Pacifique nord. Ce gène lui permet de grandir même pendant la saison froide, contrairement au saumon atlantique naturel. 

La truite, la carpe, le poisson-chat et cinq autres espèces de poissons d’élevage ont aussi subi une transgénèse. Le but : accélérer leur croissance. Mais les scientifiques cherchent aussi à améliorer la résistance des poissons d’élevage aux maladies. Comment ? En fabriquant des saumons porteurs de séquences ADN de truite arc-en-ciel qui survit très bien dans les eaux de mauvaise qualité.

En 2013, le Canada a autorisé, pour la première fois au monde, la commercialisation d’œufs de saumon génétiquement modifiés, toujours produits par la firme américaine Aquabounty Techonologies Inc.

> Le bétail et la volaille attendent leur tour Les premiers travaux remontent à 1980. Des scientifiques américains ont essayé de stimuler la croissance de porcs via la transplantation de gènes humains et bovins.

Résultat ? Les porcs nés de ces expérimentations souffraient d’arthrose et de lésions pulmonaires. Depuis, le projet est tombé à l’eau. Mais la recherche a persévéré: des chercheurs de Pittsburgh s’affairent en ce moment à créer des cochons à la viande riche en Oméga 3, des acides gras favorisant le bon cholestérol.

Après les porcins, les bovins. Des chercheurs néo-zélandais ont inventé une vache transgénique produisant un lait plus riche en caséines, des protéines qui constituent la majorité des composants du lait.

D’autres travaux visent à réduire la teneur du lait en lactose pour élargir sa consommation aux intolérants au lactose. En Chine, des vaches de laboratoire produisent un lait presque similaire au lait maternel. L’idée ? Ce nouveau lait de vache pourrait se substituer à celui en formule, souvent critiqué.

En Chine, les chercheurs de L’institut du génome de Pékin s’attaquent aussi aux ovins. En 2012, ils ont fait naître un mouton à la chair riche en Oméga 3 et Oméga 6. Deux types d’acides gras bons pour la santé, très peu présents dans les viandes animales, et qui limitent les risques de maladies cardio-vasculaires. 

Quels sont les impacts sanitaires et environnementaux de ces « créations » ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) se préparent depuis une décennie à l’éventualité d’une production industrielle d’aliments issus d’AGM.

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) autorise ou non la commercialisation de nouvelles marchandises alimentaires et médicamenteuses. « Les conclusions de la FDA sont formelles : le saumon transgénique ne représente aucune menace pour la santé, ni pour l’environnement », relate Devin Bartley, superviseur des ressources halieutiques pour la FAO. Pourtant, à ce jour, la FDA n’a toujours pas autorisé la firme AquaBounty à commercialiser son saumon à croissance rapide.

Que craignent les organismes de veilles sanitaire et environnementale ? Les effets à long terme de la consommation de ces animaux génétiquement modifiés. Mais ils craignent surtout les conséquences écologiques, si, par exemple, un saumon transgénique s’échappait d’un élevage et se mélangeait à une population d’homologues naturels.

« Le saumon AGM contaminerait alors toute une population !, s’alarme Muriel Mambrini, généticienne à la tête du projet Défis des OGMs aquatiques, impacts et stratégies (Dogmatis). Comment saurait-on ensuite si le poisson que l’on pêche, que l’on vend, que l’on consomme est naturel ou modifié ? Les gens devraient savoir ce qu’ils ont dans l’assiette. »

Plusieurs dispositifs sécuritaires sont pourtant déjà mis en place par AquaBounty pour minimiser ce type de risque. « Les femelles sont toutes stérilisées, explique Devin Bartley. Même si l’une d’entre elles s’échappait dans la nature, elle ne pourrait pas se reproduire. Bien sûr, il est impossible de prévenir les risques à 100 %. »

AquaBounty espère recevoir l’approbation de la FDA d’ici un ou deux ans, après avoir renforcé ses dispositifs logistiques. Reste ensuite la mise en place des chaînes de productions et  de diffusion. « Leur saumon transgénique ne sera pas commercialisé aux Etats-Unis avant 2017, au mieux », prédit Devin Bartley.

En Europe, « ce n’est pas au programme », déclare Muriel Mambrini, catégorique. Depuis une dizaine d’années, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) planche, à la demande de la Commission européenne, sur un document évaluant les risques environnementaux que présente l’élevage d’animaux transgéniques. Aucun jugement définitif n’existe à ce jour.

« Les OGM, donc les AGM, sont perçus comme des monstruosités scientifiques en Europe, constate Devin Bartley. Les comités de réflexions craignent de retrouver par mégarde un saumon transgénique destiné aux Américains dans leurs assiettes, alors comment imaginer qu’ils approuvent une telle production pour leurs citoyens ? Le problème, c’est qu’il faudra bien trouver un moyen de satisfaire la demande mondiale lorsque nous serons 9 milliards d’habitants, d’ici 2050. Nos ressources naturelles ne suffiront pas ! »

Marie Dias-Alves

* Biotechnologie alimentaire moderne, santé et développement : étude à partir de cas concrets, OMS, 2005

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