Mort de Rémi Fraisse : des grenades offensives, j'en ai lancées. C'est un outil de guerre
Publié le 29-10-2014 à 12h50 -
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1266911-mort-de-remi-fraisse-des-grenades-offensives-j-en-ai-lancees-c-est-un-outil-de-guerre.html
Face à face entre la police et des opposants au barrage de Sivens, près de Gaillac, le 09/09/14 (REMY GABALDA/AFP)
Au début j’ai cru avoir mal entendu. A la radio un confrère parlait de "grenades offensives lancées" contre les opposants au barrage de Sivens… J’ai pensé à une confusion, à la panne de mon oreille récemment dévorée par un virus. Je ne voyais pas, en France en 2014, des gendarmes lancer ce truc à tuer sur des êtres humains. Et j’avais quelque raison de penser cela.
Avant tout une immense expérience militaire. Né trop tôt pour échapper au service national – pendant 16 mois avant de déserter – j’ai donc été un caporal (eh oui) contraint de "faire son service". Pour être précis cet accident de ma vie s’est déroulé à Grenoble, au 6e Bataillon de Chasseurs Alpins.
Souvenirs de mes leçons militaires
Et là, dans cette école de la cruauté, de la mort et de la bêtise, qu’ai-je appris, outre que le grand danger pour la France venait d’un Est bien trop rouge ? J’ai appris la vraie nature et l’usage de la grenade offensive.
Je me souviens parfaitement les cours donnés par l’adjudant et rabâchés et répétés, avec croquis au tableau et fiche aide mémoire comme celle qui facilite la confection du beurre blanc. Le radotage de nos experts était clair : la grenade offensive – qui ne doit jamais être lancée dans un lieu fermé – est "dangereuse par son bouchon allumeur". Ah, le lamento sur le bouchon ! Il se compose d’une tête cylindrique apparente qui porte la cuiller et sa goupille : puis d’un autre cylindre, plus allongé, qui plonge à l’intérieur de la grenade : le détonateur.
Quand tout cela se met en branle, l’explosif contenu dans la grenade détonne, brisant la tôle qui sert d’enveloppe. Quant au bouchon, il s’envole comme une balle. Si, par malheur, votre corps se trouve sur sa trajectoire, vous êtes mal.
Pardon pour cette leçon militaro pyrotechnique, mais le mieux est de savoir de quoi est la vraie nature de la grenade. Dans ma pauvre tête, cet engin explosif était un outil de guerre destiné, à l’époque, à n’être lancé qu’à la gueule des Soviétiques dès qu’ils auraient franchi les Alpes.
Besoin urgent d'un audit sur le "maintien de l'ordre"
Eh bien pas du tout. Au détour d’une phrase sur une radio, et l’annonce de la mort d’un dormeur du val de 20 ans, on apprend que dans une "grande démocratie" les forces de "l’ordre" balancent de telles saloperies sur les citoyens. Pourquoi pas des mines, tant que nous y sommes ?
Ici se pose une autre question. En arrivant au pouvoir un parti politique aussi épris de liberté et de bonheur que la PS ne devait-il pas entamer une révision générale de nos libertés publiques ? C'est-à-dire faire un audit de la méthode usée pour "maintenir l’ordre". Je pense que oui.
Et alors l’outil pour faire taire le peuple, du genre flashball et grenade offensive, aurait disparu de la panoplie des gendarmes versus gauche.
Et pourquoi pas le tir à balles réelles ?
Finalement, sans aucun contrôle, depuis des années il existe donc des VRP qui arrivent à convaincre les "décideurs", ceux qui sont du bon côté de la matraque, qu’il y a toujours mieux à faire pour réprimer.
Un beau matin l’un de ces croque-morts a emporté le marché de la grenade offensive, alors bonne à être jeté à la tête des Français pas contents. La décision n’a pas été débattue : les experts et autres as de la "sécurité" ont décidé que cette arme de guerre était tout aussi bonne pour avoir la paix.
Ainsi, si d’autres VRP persuasifs continuent positivement leurs tournées, nous aurons bientôt le retour du tir à balles réelles sur les manifs tapageuses. Comme au bon vieux temps de Jules Moch, un ministre socialiste trop injustement oublié.
PLANETE De Notre-Dame-des-Landes à Sivens, le dialogue semble impossible entre les protestataires et les autorités…
Peut-on encore parler d'écologie sans en venir aux mains?
http://www.20minutes.fr/planete/1471707-20141030-peut-encore-parler-ecologie-venir-mains
Manifestation à Albi en hommage à Rémi Fraisse, le 27 octobre 2014. - FRED SCHEIBER/SIPA
- Audrey Chauvet
Ils s’opposent à un barrage, un aéroport, une ligne de TGV ou une ferme-usine. Souvent avec pacifisme, parfois avec virulence. Face à eux, des forces de l’ordre soucieuses de faire respecter des intérêts légaux mais pas toujours légitimes à leurs yeux, ceux des propriétaires de terrains, d’entreprises ou de donneurs d’ordres. Des affrontements sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes aux heurts qui ont engendré le décès de Rémi Fraisse samedi à Sivens, militants écologistes et autorités en viennent de plus en plus souvent aux mains: l’environnement deviendrait-il un sujet dont on ne peut plus parler sereinement?
«Peu importe la cause, pourvu qu’elle soit contre l’Etat et la mondialisation»
Pour Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences-Po spécialisé en écologie politique, la violence et la lutte écologiste n’ont pas grand-chose en commun: «Il faut bien distinguer les environnementalistes plutôt tranquilles et les gens plus radicaux qui se mobilisent à Sivens contre le barrage mais pourraient aussi bien se mobiliser contre autre chose. Ils sont plus proches des opposants qu’on voyait aux sommets du G7.» Anarchistes, «alter», anticapitalistes se mêlent aux écologistes traditionnels et deviennent des «zadistes» occasionnels ou permanents qui cherchent un mode de vie alternatif en s’ancrant dans la contestation du système.
«On assiste à une convergence des luttes car l’écologie est devenue la question politique centrale, estime Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre. Soit nous nous organisons pour faire face à la crise écologique et transformer l’économie, soit on continue avec les vieux mots d’ordre de productivité et de croissance». Alors que leurs parents pouvaient se rallier à des mouvements marxistes ou trotskistes, les jeunes trouvent aujourd’hui dans la contestation écolo un moyen de défier le système, estime Daniel Boy, qui rappelle que «Le mouvement politique écologiste est sur une position certes libertaire mais non violente.»
Manque de débat en amont, tensions en aval
Reste que les débats, qui pourraient éviter à des conflits comme Notre-Dame-des-Landes ou Sivens de s’enliser, sont insuffisants en France, note Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement. «La France a un énorme problème de dialogue environnemental et cela génère beaucoup de frustration», estime-t-il. Alors que la loi prévoit des réunions publiques, les associations ont toujours «le sentiment qu’on les consulte alors que tout est joué», déplore Arnaud Gossement.
«Ceux qui luttent honnêtement finissent par être démunis, renchérit Hervé Kempf. Ils font face à la volonté de pousser des projets dont des experts ont démontré l’inutilité ou qui vont à l’encontre des discours de préservation de la nature. La violence vient du mépris des pouvoirs publics et de leur refus du débat.» L’organisation d’un vrai dialogue environnemental est toutefois très compliqué à mettre en œuvre, estime Arnaud Gossement: «Il faudra notamment se poser la question de la représentativité des associations de défense de l’environnement».
L’écologie, mais pas dans un parti
Quant à représenter politiquement ces luttes, Daniel Boy estime que les militants les plus radicaux ne se retrouvent pas dans un vote écologiste: «Les Verts essayent d’avoir une attitude revendicative sur le terrain mais sont essentiellement dirigés vers le compromis politique. Ils font parfois le grand écart, comme lorsque Cécile Duflot apportait son soutien aux opposants à Notre-Dame-des-Landes alors qu’elle était ministre. Une meilleure représentation des Verts au pouvoir ne supprimerait pas ces oppositions radicales au système.» La mort de Rémi Fraisse a révélé l’existence de ces contestataires qui, sans chef de file et sans doctrine, rêvent d’une société où les renoncules à feuille d'ophioglosse ne se feraient pas écraser par des bulldozers
Les policiers s'inquiètent de la suspension de la grenade offensive
Par Marion Joseph
Publié le 29/10/2014 à 14:22
Alors que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a décidé de suspendre l'utilisation des grenades offensives après la mort d'un manifestant dimanche à Sivens (Tarn), les syndicats de police dénoncent une décision «hâtive» et «politique».
L'annonce de Bernard Cazeneuve de suspendre l'utilisation des grenades offensives ou GLI (grenade lacrymogène instantanée) par les gendarmes et par les CRS, après la mort d'un manifestant dimanche au barrage de Sivens (Tarn), crée des remous dans les syndicats policiers. Pour Patrice Ribeiro, le secrétaire général de Synergie-Officiers, la décision du ministre de l'Intérieur est «avant tout politique». «Il n'y a pas de justificatif opérationnel technique puisqu'on ne sait pas ce qu'il s'est passé. Certes, on a retrouvé des traces de TNT sur les vêtements de la victime, mais on ignore si c'est une grenade de la gendarmerie qui est en cause», explique au Figaro le responsable syndical. Alors que l'enquête judiciaire semble privilégier pour l'instant la thèse d'un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes, les résultats de l'inspection, demandée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), ne devraient être connus que d'ici quinze jours.
En attendant, l'inquiétude monte parmi les syndicats, qui rappellent que l'usage de ce type de munitions est très réglementé et qu'il n'a jamais posé problème jusque-là. «On ne les utilise pas n'importe comment, assure Patrice Ribeiro. Il y a une gradation dans l'usage des armes». «Dans le cas présent, leur utilisation était justifiée par les gens très durs qu'ont dû affronter les gendarmes. C'était des militants préparés et équipés de matériel sophistiqué comme des fusées ou des bouteilles d'acide», poursuit le syndicaliste.
Une «décision hâtive»
Éric Mildenberger, délégué général CRS du syndicat Alliance , va dans le même sens, en évoquant une utilisation des grenades GLI «dans des situations de violence extrême» et «quand les gaz lacrymogènes deviennent insuffisants». Ces armes non létales présentent un double avantage pour les policiers et les gendarmes: assurer le maintien de l'ordre et limiter le nombre de blessés, en maintenant à distance les manifestants et policiers. «Si on nous retire ces grenades, on a quoi après? Les armes létales?», s'inquiète auprès du Figaro Éric Mildenberger, qui critique une «décision hâtive».
«Cette mesure ne peut être que temporaire. Si ce n'est pas le cas, ça sera problématique», tempête à son tour le secrétaire général de l'Unsa Police, Philippe Capon, qui a déjà fait part de sa colère au ministère de l'Intérieur. «On nous a dit que la décision était prise pour quinze jours, on en prend bonne note, mais on est inquiets sur la manière dont vont se dérouler les prochains maintiens de l'ordre», insiste le responsable, craignant des blessés chez les CRS alors qu'une «grosse manifestation» est annoncée ce week end à Nantes.
Pour Synergie-Officiers aussi, il est urgent que les forces de l'ordre puissent à nouveau utiliser ces grenades. «Si les militants les plus durs savent qu'on en est privés, la violence augmentera», prédit son secrétaire général, Patrice Ribeiro. Avant de conclure: «Les politiques n'assumeront de toute façon pas que notre intégrité physique et celle de nos collègues gendarmes soit mise en danger».
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