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Frites transgéniques:seront-elles bientot proposées par Simplot,l’un des principaux fournisseurs de McDonald’s en Amérique?

Les partisans des OGM marquent des points aux Etats-Unis

Le Monde.fr | 10.11.2014 à 11h20 • Mis à jour le 10.11.2014 à 11h58 | Par Stéphane Lauer (New York, correspondant)

 
Des pommes de terre françaises (non génétiquement modifiées).

A quelques jours d’intervalle, les partisans des organismes génétiquement modifiés (OGM) viennent de remporter plusieurs victoires aux Etats-Unis. Alors que leur utilisation sert de repoussoir aux Européens dans les négociations en cours du traité de libre-échange entre les deux continents (TTIP), les OGM s’ancrent un peu plus chaque jour dans le paysage américain, malgré les protestations d’un certain nombre d’associations.

Ainsi, mardi 4 novembre, lors des élections de mi-mandat, les habitants de deux Etats – l’Oregon et le Colorado – votaient également sur une mesure visant à obliger les groupes agroalimentaires à indiquer sur l’emballage de leurs produits si ceux-ci contiennent ou non des OGM. Dans les deux cas, la proposition a été rejetée. Trois jours plus tard, le département de l’agriculture a donné son feu vert, vendredi, pour la culture d’une variété de pomme de terre génétiquement modifiée, appelée Innate et fabriquée par le groupe J.R. Simplot, dont le siège social est basé dans l’Idaho.

Cette autorisation pourrait ouvrir la voie à une large et rapide commercialisation, dans la mesure où Simplot est l’un des principaux fournisseurs de McDonald’s en pommes de terre surgelées. Le tubercule vient s’ajouter à une longue liste d’aliments pour lesquels les OGM sont déjà autorisés. Aux Etats-Unis, l’ADN du maïs, du soja, de la luzerne, du colza, de la betterave à sucre et des courgettes peut être également modifié. Pour le maïs et le soja, les OGM concernent aujourd’hui près de 90 % des surfaces de production.

L’adhésion des consommateurs en question

Dans le cas de la pomme de terre Innate, la transformation de son ADN présente un double avantage, selon Simplot. Elle permet tout d’abord d’éliminer l’acrylamide, une substance réputée cancérogène lorsque la pomme de terre est cuite à très haute température comme dans le cas des frites. Deuxième avantage : ce nouvel ADN empêche que la pomme de terre ne s’abîme à cause des frottements ou des coups qu’elle peut subir au cours de son transport et de son stockage.

Comment va être accueillie cette nouvelle pomme de terre par les consommateurs ? C’est toute la question. Des associations ont déjà appelé McDonald’s à la rejeter. Monsanto, qui avait également lancé dans les années 1990 une pomme de terre génétiquement modifiée, résistante au doryphore – insecte coléoptère nuisible –, avait échoué à l’imposer. Face aux réticences des associations de consommateurs, certains géants de l’agroalimentaire avaient demandé aux agriculteurs de ne pas se lancer dans la culture de cette variété.

Simplot espère cette fois-ci remporter l’adhésion des consommateurs grâce aux bénéfices supposés de sa nouvelle pomme de terre. La firme met en avant le fait que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé à multiplier les études sur les effets de l’acrylamide. En attendant les résultats, l’OMS préconise de réduire au maximum la présence de cette substance dans les aliments. Toutefois, le National Cancer Institute affirme qu’aujourd’hui il n’y a aucune certitude sur sa dangerosité.

Etiquetage obligatoire repoussé

Les Américains entretiennent des sentiments ambivalents par rapport aux OGM. En juillet 2013, un sondage réalisé à la demande du New York Times indiquait que les trois-quarts des personnes interrogées exprimaient des inquiétudes sur la présence d’OGM dans leur alimentation. Une grande majorité d’entre eux (93 %) estimant qu’il était impératif d’en identifier la présence. Mais, paradoxalement, à chaque fois que les Américains ont été amenés à se prononcer sur l’obligation d’un étiquetage indiquant la présence d’OGM, la mesure a été, la plupart du temps, repoussée. Ce fut le cas en 2013 en Californie et dans l’Etat de Washington.

Le Colorado et l’Oregon viennent également de se prononcer de la même manière. Si dans ce dernier Etat la mesure a été rejetée d’extrême justesse (à 50,5 %), l’écart dans le Colorado a été plus grand (66 % de voix contre). Il est vrai que les moyens déployés pendant la campagne étaient disproportionnés. Les opposants à l’étiquetage ont dépensé 20,5 millions de dollars (16,5 millions d’euros) dans l’Oregon et 16,7 millions (13,4 millions d’euros) dans le Colorado contre respectivement 8,2 millions et 1 million pour les partisans d’une information plus précise.

Centaine de millions de dollars dépensés par le lobby pro-OGM

A ce jour, seul le Vermont a voté en faveur de l’identification des OGM dans l’alimentation. Mais cette mesure, adoptée en mai et qui doit entrer en vigueur en 2016, fait déjà l’objet de contestations devant les tribunaux de la part de l’Association des fabricants de produits d’épicerie et de divers industriels. Toutefois, pour Michael Gruber, vice-président des affaires gouvernementales de l’Association des fabricants de produits d’épicerie, ces confrontations démocratiques, même si elles sont gagnées, n’ont pas que des avantages, car « elles attirent la critique, sans parler de leur coût énorme », a-t-il confié au Wall Street Journal.

Sur l’ensemble des cinq scrutins, le lobby pro-OGM a déjà dépensé une centaine de millions de dollars. « Les élections américaines ne devraient pas pouvoir être achetées ainsi par les grosses sociétés, déplore George Kimbrell, l’un des responsables du Center for Food Safety, une association à but non lucratif à l’origine de ces consultations. Il est absolument stupéfiant de constater les efforts qu’elles ont déployés pour refuser à des familles un droit élémentaire à l’information. »

L’association vient toutefois de remporter un autre scrutin dans le comté de Maui, dans l’Etat d’Hawaï. Une majorité d’électeurs s’est prononcée pour l’interdiction de cultiver des OGM jusqu’à ce qu’une enquête de santé publique soit menée pour démontrer qu’ils ne représentent aucun danger. Mais l’initiative a été tout de suite contestée par Monsanto. « Cette mesure aurait des conséquences négatives pour l’économie locale, l’agriculture d’Hawaï et le climat des affaires sur l’île », affirme un porte-parole de la firme, qui emploie sur place un millier de salariés. Le groupe Dow Chemical a quant à lui qualifié cette mesure d’« illégale » et s’est dit résolu à faire valoir ses droits.

Aux Etats-Unis, on devrait avoir bientôt droit à une pomme de terre transgénique potentiellement anti-cancérigène
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potatoes sethoscope via Flickr CC License by

Le ministère de l'agriculture américain vient d'approuver la culture d'une pomme de terre transgénique dont l'ADN a été modifié pour réduire sa teneur en acrylamide, une substance potentiellement cancérigène.

L'acrylamide est généré dans la patate lorsque celle-ci est frite, mais l'ADN de cette nouvelle pomme de terre –baptisée pomme de terre «innée»– a été modifié pour réduire la production de certaines enzymes. Cet OGM a une autre propriété: il s'abîme moins facilement quand on le transporte.

Le ministère de l'agriculture a établi que ce produit ne menacerait pas d'autres plantes, et l'agence américaine chargée de la régulation des aliments et des médicaments (la FDA) est en train d'examiner si cette «patate innée» est aussi sans danger pour les consommateurs.

Une autre pomme de terre transgénique, créée par Monsanto, avait été commercialisée il y a plus de dix ans, mais ensuite retirée de la vente suite au manque d'intérêt des agriculteurs et des consommateurs. Cette fois-ci, c'est la compagnie agro-alimentaire J.R. Simplot, un des principaux fournisseurs de McDonald's, qui est à l'origine du produit.

Selon le Wall Street Journal, il s'agit d'un des premiers aliments OGM qui prétend avoir des propriétés bénéfiques pour la santé. Ceci dit, ce bénéfice n'est pas évident, car les scientifiques ne savent pas encore si les taux d'acrylamide présents dans les aliments sont dangereux pour les humains. L'effet cancérigène de cette substance n'a pour l'instant été observé que sur des rongeurs.

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