« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »
Illustration: la propagande en couleurs, autrement dit une manière simple de comprendre comment nos esprits sont manipulés par les médias
« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »
Ceci pourrait être la nouvelle devise de citoyens qui ont décidé de libérer leur esprit de toute forme de propagande médiatique, de ceux surtout qui veulent sortir de l’opposition entre point de vue pro-occidental (ou pro-américain) et point de vue des pays non-occidentaux. En Europe, nous sommes dans une logique occidentale, mais sans nous en rendre compte, beaucoup des points de vue de nos médias sont calqués sur les Etats-Unis. Trop de gens croient aux médias, et même ceux qui militent et pensent être indépendants dans leur esprit sont aussi influencés par la propagande médiatique occidentale. Exemple: la Palestine qui reste encore aujourd’hui un sujet problématique en Occident à cause du soutien américain à Israël, d’autres sujets aussi comme la prison de Guantanamo, les révélations Wikileaks, la cyber-surveillance, la place des lanceurs d’alerte dans nos sociétés modernes, et le 11 septembre, sont également des sujets peu débattus en Europe.
Dans le cas de la NSA, par exemple, il y a un débat sur l’espionnage américain, mais parallèlement il y a peu d’informations sur l’implication du gouvernement français dans ce partenariat américain. De la même manière, il n’y a quasiment aucun gouvernement européen (sinon aucun) qui a remis en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, alors que de nombreux américains dénoncent une enquête insuffisante. Nous avons la liberté d’expression en Europe, mais certains sujets restent malgré tout trop peu analysés dans nos pays, sans que ce soit pour autant une censure officielle.
Dans cette logique, les blogs sont parfois des moyens d’information très utiles qui peuvent soulever des questions qui n’ont pas été évoquées par les grands médias. Si vous pensez qu’il n’y a pas d’informations utiles sur un sujet que vous maîtrisez, créez un blog et prenez la parole, ce sera le meilleur moyen de rompre le silence! Vous pourrez ainsi écrire sans aucune pression politique et au rythme que vous voulez.
C’est pourquoi nous disons: « Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret », parce qu’il faut apprendre à exiger toujours plus d’informations, toujours plus de vérité. Parce qu’il ne faut pas avoir peur de critiquer. Parce qu’il faut apprendre aussi à collecter toutes ces informations qui nous bombardent à la télévision ou sur Internet, apprendre à les classer, à différencier les rumeurs par rapport aux vérités, savoir aussi se poser des questions sur d’éventuelles manipulations médiatiques qui sont là pour provoquer un débat ou détourner l’attention des citoyens face à un sujet plus préoccupant.
Finalement, le citoyen doit parfois faire comme la NSA face à l’information médiatique: il doit tout analyser, stocker dans sa tête pendant des mois, voire des années, s’il est un vrai passionné d’actualité et s’il veut arriver à une vision logique et raisonnable du monde moderne. Au bout de plusieurs années, ce citoyen qui n’aura fait confiance qu’à sa propre intelligence, qui aura parfois eu le courage d’écrire de lui-même des articles, sera sans doute plus objectif que n’importe quel journaliste qui aura seulement passé son temps à obéir à sa rédaction en rédigeant les sujets qu’on lui aura imposés.
Peu importe le sujet ou l’orientation politique: il faut comparer l’information sur beaucoup de sites internet et comparer les idées de différents mouvements politiques, pour arriver à une idée cohérente où nous pouvons discerner les intérêts d’un Etat qui produit de la propagande face à sa population. Il faut être suffisamment ouvert d’esprit pour comparer des informations très différentes et se faire sa propre version de la vérité. Il faut aussi savoir être suffisamment courageux pour avoir des idées différentes face au plus grand nombre et ne pas se laisser intimider par les réactions parfois négatives des personnes qui nous entourent. Si vous soutenez la Russie, dites-le, personne ne vous censurera en Occident, de toute manière les Américains vous auraient mis sur écoute pour moins que ça. Si vous pensez que la Corée du Nord mérite plus d’attention et de respect de la part de la communauté internationale, si vous soutenez la paix en Corée, dites-le aussi. Il n’y a pas de mal à partager ses idées, surtout quand elles sont pacifiques, et vous trouverez certainement des individus qui seront d’accord avec vous.
Il ne faut pas avoir peur de la controverse et d’aller contre les idées du plus grand nombre. De la même manière, notre blog qui soutient Wikileaks – et qui continue à soutenir sa lutte pour la transparence politique – n’a pas hésité à analyser toutes sortes d’informations pour montrer que cette organisation n’a pas forcément expliqué ses vrais liens avec les gouvernements occidentaux ou, du moins, avec certains services secrets américains, comme le FBI (avec Sabu), et d’anciens employés de la NSA ou de la CIA. Parce que le devoir d’information exige que l’on soit critique, même face aux organisations que l’on soutient et même si l’on admire ces personnes. C’est à ce prix-là qu’il y aura de plus en plus de liberté d’expression dans le monde.
Il faut aussi savoir rester critique face aux médias indépendants, qui parfois peuvent avoir été créés ou manipulés par des services secrets afin de collecter des informations sur certains sujets, dans le but de manipuler l’opinion ou pour infiltrer des réseaux militants. C’est pourquoi même l’information indépendante doit rester dans votre esprit une information susceptible de contenir autant de propagande que ce que vous voyez à la télévision.
Le mieux est qu’un citoyen compare et collecte son information comme s’il était à lui-même son propre service secret, là où sa réflexion et sa pensée seront toujours indépendantes de toute manipulation et à l’abri de toute forme de propagande, que cette propagande vienne à l’origine d’un Etat, d’un parti politique ou d’une organisation militante. C’est en développant ces capacités d’analyse que vous serez en mesure de faire les meilleurs choix dans votre engagement politique et de défendre les idées qui vous correspondent le plus.
Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret. La vérité est à portée de tout le monde. Le lavage de cerveau accompli par les médias n’est pas une fatalité. Sachez réagir!
Mardi, Nadezha Tolokonnikova et Maria Alyokhina ont rendu visite à Julian Assange à l’ambassade de l’Equateur, à Londres. Ces deux membres des Pussy Riot, collectif russe connu pour son opposition à Vladimir Poutine, ont décidé de s’investir dans la Fondation Courage, lancée par le créateur de Wikileaks. Cette organisation internationale se donne pour mission de “soutenir ceux qui risquent leur vie ou leur liberté” pour le droit à l’information et à l’expression. Elle vise tout particulièrement les lanceurs d’alerte à l’image d’Edward Snowden ou de Chelsea Manning, qui ont tous deux révélé des documents classés secrets, tout comme l’avait fait Julian Assange avec Wikileaks.
Assange soutenu par des féministes, un paradoxe ?
Les deux Pussy Riot ont fait un détour par l’ambassade de l’Equateur dans le cadre d’un voyage en Grande Bretagne où elles tentent de promouvoir leur campagne de réformes pénitentiaires en Russie, mais également leur agence de presse indépendante, Mediazona. Après deux années de prison, Nadezha et Maria poursuivent leur combat pour les droits fondamentaux, notamment pour le droit des femmes.
Leur soutien à Julian Assangea pu étonner: l’activiste est accusé d’agressions sexuelles en Suède. C’est pour échapper à ces accusations et pour éviter l’extradition vers son pays qu’il s’est réfugié à l’ambassade de l’Equateur, où il réside depuis juin 2012. Ses avocats répètent cependant que rien n’a été établi contre lui. Face à cette situation, le site Dazed rapporte que les Pussy Riot souhaitent faire la part des choses .
“Nous n’avons pas vérifié si les accusations dont [Assange] fait l’objet étaient vraies, et nous ne pensons pas qu’il y ait un lien entre ceci et ce qu’il fait maintenant.”
Les deux jeunes filles ont seulement estimé qu’elles et Assange avaient “beaucoup plus en commun que ce qu’elles pensaient“:
“[En Russie] Nous nous battons contre les mêmes choses que lui combat ici.”
La Fondation Courage, soutenue par d’autres artistes
Les Pussy Riot ne sont pas les seules à soutenir la Fondation Courage. D’autres artistes tels que l’acteur Viggo Mortensen, la chanteuse M.I.A, ou le réalisateur Alfonso Cuaron et le DJ Moby, ont apposé leur nom sous le texte de fondement de Courage, qui énonce :
“Nous nous mobilisons pour soutenir ces lanceurs d’alerte, ces éditeurs, qui, sans peur, risquent leur vie et leur carrière pour se battre pour la vérité et la justice. Grâce au courage de sources comme Daniel Ellsberg, Chelsea Manning, Jeremy Hammond, et Edward Snowden, le public a pu découvrir les crimes de guerre, la corruption, la surveillance massive, les abus de pouvoir du gouvernement américain et d’autres gouvernements à travers le monde.”
La Fondation Courage lève des fonds pour financer la défense de ces dites personnes, et notamment celle d’Edward Snowden, actuellement caché quelque part en Russie.