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La Machine-Lrem: ce pouvoir politique qui cherche à transhumaniser l'éducation et l 'économie

 
Les think tanks s’installent au cœur de l’État

Roland Gori et Dostena Anguelova analysent comment des réseaux d'experts s'efforcent de neutraliser toute résistance au dogme néolibéral.

Roland Gori, psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie clinique à Aix-Marseille Université, président de l’Association Appel des appels. Derniers ouvrages parus : La Dignité de penser, Paris, LLL, 2011 ; La Fabrique des imposteurs, Paris, LLL, 2013, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? Paris, LLL, 2014 ; L’Individu ingouvernable, Paris, LLL, 2015 ; Un monde sans esprit. La Fabrique des terrorismes, Paris, LLL, 2017.

Dostena Anguelova, chargée de cours en anthropologie politique à l’Université de Strasbourg. Derniers ouvrages : Les Experts de la tradition, 2010, Iztok Zapad ; Think tanks : imposteurs de la démocratie, CS éditions Paris, coll. Exote, 2018 (à paraître).

« La technique est désormais notre destin, au sens où Napoléon le disait, il y a cent cinquante ans, de la politique, et Marx, il y a un siècle, de l’économie [1]. »

L’installation d’un Conseil scientifique de l’Éducation nationale par le ministre Jean-Michel Blanquer a provoqué quelques légitimes inquiétudes dont la presse s’est fait l’écho. Voilà un ministre qui met parfaitement en œuvre les décrets d’application de l’expression présidentielle « en même temps [2] ».

 

Tout en chantant les louanges de l’humanisme, et en se référant à la méthode Montessori qui préconise l’« auto-éducation » de l’élève, « en même temps » le ministre Blanquer installe un conseil scientifique à la tête duquel il nomme Stanislas Dehaene, éminent professeur de psychologie cognitive et expérimentale au Collège de France, entouré d’une « brochette » de positivistes assumés.

 

Ces « experts » piloteront et corrigeront au mieux par IRM et protocoles « randomisés » la pratique pédagogique du « million d’employés [3] », comme les nomme Stanislas Dehaene, chargés de les encadrer. Rien ne sera laissé au hasard, à la contingence et à l’imprévu. Ce sera le règne de « la mesure [4] » et de l’« efficacité » qui guideront les pas des « écoliers-machine », et des « employés » en charge de leurs « apprentissages ».

Les métiers de l’éducation enfin, après bien d’autres, seront efficaces et mesurés, leurs actes rationalisés, décomposés, organisés et prescrits par des décideurs, bref, taylorisés [5]. Les « experts » fourniront les guides pratiques nécessaires. Le sacre de l’élève, parfaite machinerie cognitive et neuronale prompte à épeler et à calculer, pourra advenir. Les tests internationaux et autres rankings pourront l’attester. Cela n’empêchera pas les rhétoriques de propagande humaniste et l’appel mystique à la Nation.

Une nation start up qui, là comme ailleurs [6], impose des pratiques sociales férocement aliénantes, enserrées aux deux extrêmes par l’économisme et le scientisme. Mais, ces nouveaux dispositifs d’encadrement de nos manières de vivre ne sont pas des phénomènes isolés. Ils constituent un fait de notre civilisation européenne normalisée toujours davantage par les standards américains.

C’est dans la niche écologique de cette culture qu’émergent les think tanks : centres d’expertise privés qui accueillent des universitaires d’élite et prétendent représenter la société civile face à l’État. Dans cette révolution symbolique (Pierre Bourdieu) les « experts », favorables au néolibéralisme, fournissent des recettes de bonne « gouvernance », apte à éclairer l’opinion publique des démocraties, libérales ou en voie de le devenir [7].

Au cours de cette « transition démocratique », ces thinks tank, « indépendants » et « objectifs », ont pour charge politique d’éviter aux peuples de ces démocraties libérales, ou en cours de « libéralisation », la nostalgie d’idées socialistes ou souverainistes. Il faut une fois pour toutes dire, et répéter ad nauseam, qu’il n’y a pas d’autre alternative que celle d’un néolibéralisme auquel même les « partis de gauche » de la social-démocratie se sont ralliés. La preuve par l’exemple !

Ces « clans » de « l’extrême centre », formés dans les réseaux du soft power américain, ont réussi à incarner leur rêve dans le parti du président Macron. Le programme présidentiel avait en effet pour « grand ordonnateur » Jean Pisani-Ferry – fondateur et ancien directeur du très influent think tank européen Bruegel. Claude Bébéar, le fondateur d’un think tank libéral de droite – l'institut Montaigne – rend public pour la première fois son choix de vote dans Les Échos : Emmanuel Macron est la solution pour la France ! Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, travaille également sur le programme du futur président, notamment dans le domaine de l’éducation, d’où est issu le ministre Jean-Michel Blanquer, vieux compagnon de route de l’Institut Montaigne.

Au cœur de l’État, des dispositifs de contrôle et de normalisation

Ces nouveaux lobbies que sont les thinks tank vident de leur sens le cadre institutionnel traditionnel de la démocratie républicaine. Ils installent au cœur de l’État les dispositifs de contrôle et de normalisation aptes à répondre aux exigences de l’économie et de l’opinion du néolibéralisme.

Cette révolution symbolique, accomplie au nom de l’humanisme, des droits de l’homme, de la modernisation, de la transition démocratique (dans les pays de l’Est), ou encore de la « nouvelle économie de la connaissance », aiderait le peuple à survivre dans la féroce compétition du marché mondial.

C’est ainsi que la réforme de l’éducation et des universités en Europe (stratégie de Bologne) a été initiée dans les coulisses par des experts de think tanks et des Centres d’études avancés, créés en Europe à partir du modèle du fameux Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences (CASBS). Fondé en 1954 par la fondation du grand industriel Ford, ce centre incarne l’idée de son sponsor que les sciences sociales devraient contribuer au contrôle de la société devenant « plus proches des sciences naturelles, plus expérimentales dans leur orientation empirique et plus formelles dans leur orientation théorique ».

Les réseaux de ces experts devaient surtout lutter contre la tradition philosophique et historique européenne en favorisant leur dépolitisation et assurant la neutralité axiomatique du discours scientifique en le réduisant à une simple technique. Neutralité dont le grand historien polonais Johan Droysen disait qu’elle était une « neutralité d’eunuque ».

Les grands commis de l’État cèdent leur place à une élite d’experts, réformiste et « progressiste », au service du système déshumanisant du capitalisme industriel, puis financier. Cette hybridation du public et du privé confisque les conditions d’une libération du politique. Et ce jusqu’à l’assistance économique et sociale aux plus pauvres qui, sous l’influence des contrats à impact social [8], transforme l’esprit de solidarité nationale en investissement lucratif.

Reste à savoir si la société aura encore la capacité de réagir ou si « l’élite d’ombre » des experts des think tanks a déjà réussi à neutraliser toute forme de résistance intellectuelle ? Aujourd’hui, l’opposition droite/gauche tend à se redoubler d’un conflit sourd entre deux visions du monde. Une métaphysique transhumaniste d’un cyberfutur (l’homme-robot gouverné par des experts) et un désir, encore mal défini politiquement, de liberté et de fraternité pour qui « la pluralité des humains est la loi de la terre » (Hannah Arendt).


[1] Günther Anders, Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle [1956], Paris, Ivrea, 2001, p. 22.

[2] Roland Gori, « « En même temps », ou le grand écart du nouveau président », Libération, le 23 juillet 2017 ; « De quoi « « En même temps » est-il le symptôme », Le Media, 30 janvier, 2018.

[3] Stanislas Dehaene, L’invité-actu par Caroline Broué, France Culture, le 13 janvier 2018.

[4] Stanislas Dehaene, France Culture, ibid.

[5] Roland Gori, « Dans le monde du travail, le spectre de Taylor rôde encore », Libération, le 10 mai 2016.

[6] On se référera par exemple à la transformation du travail social et éducatif sous l’effet des impact social bond.

[7] Dostena Anguelova, Les Experts de la tradition, 2010, Iztok Zapad, Sofia ; Dostena Anguelova, Think tanks : imposteurs de la démocratie, CS éditions Paris, coll. Exote, 2018.

[8] Jean-Sébastien Alix, Michel Autès, Nathalie Coutinet et Gabrielle Garrigue, « Les contrats à impact social : une menace pour la solidarité ? », le 16 janvier 2018, La vie des idées.fr

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-Autre sur l’hypocrisie du gouvernement d'Emmanuel Macron:

  Que reste-t-il  des engagements pour rendre les accords de libre-échange plus transparents et respectueux de l’environnement, de notre alimentation et de notre santé?. Lire ce rapport

 

Afin de résister à la « Startup Nation » dont Emmanuel Macron s’est fait le défenseur dans un récent discours, le collectif « Opposition à la Startupisation de l’Economie française » (OSEF) a lancé ce 27 janvier un mouvement pour dénoncer un modèle de « domination, d’exploitation, de logiques sécuritaires » sur fond de libéralisme économique et d’injustices sociales croissantes. Avec une sélection de médias indépendants, Mr Mondialisation est signataire du manifeste publié à cette occasion.

OSEF, collectif informel composé d’organisations d’horizons divers dont les sensibilités touchent aussi bien à l’écologie, la défense des libertés numériques et la lutte pour la justice sociale, a décidé de pointer la politique économique du gouvernement français en place et les dérives sociales qu’elle accompagne. Le manifeste dont le mouvement s’est doté met en lumière la réappropriation par le capitalisme des alternatives sociales à des fins économiques et s’inquiète de la remise en cause systématique des droits des individus, ce qui met en danger le tissu social.

Un phénomène de société

De manière générale, « on assiste à une énième mutation du dogme productiviste et capitaliste » commente Gaël Trouvé, qui a participé à la rédaction du manifeste. Le membre de l’association Scolopendre qui fait partie des premiers signataires, pointe un phénomène qui ne touche pas seulement certains secteurs (celui des taxis ou celui des coursiers, qui sont en aujourd’hui en première ligne), mais qui se répand progressivement à tous les secteurs de l’économie. C’est ce même « dogme » qui justifie aujourd’hui « la casse du secteur associatif qui est en cours », « la baisse des dotations des collectivités » ou encore « la contractualisation systématique dans l’enseignement supérieur ».

Le corolaire, c’est l’utilisation systématique de cette « novlangue pour déguiser de « cool » une fuite en avant technologique qui permet de ne pas penser les questions que posent la crise écologique, mais aussi les crises sociales et les crises de la représentation politique qui sont à l’œuvre ». Dans le même temps, s’inquiète Gaël Trouvé, le capitalisme est en train de « récupérer tout ce que le mouvement des hackers et du libre a pu produire, dans le seul objectif d’efficacité économique », se réappropriant leurs outils et dénaturant les raisons qui avaient pousser à leur développement : la construction d’une société plus transversale, plus égalitaire et dont l’économie serait plus humaine.

Les travailleurs en première ligne

Dans une société dans laquelle chacun est prié de devenir un entrepreneur autonome, y compris dans des domaines dans lesquels on ne s’y attendait pas du tout, c’est la précarité des travailleurs qui inquiète en premier lieu. Pourtant, comme l’expriment ceux qui travaillent dans les domaines touchés de plein fouet par le phénomène, la généralisation de l’auto-entreprenariat à toutes les sphères de la société est l’une des pires régressions sociales de l’histoire récente et une mise en danger immédiate des acquis sociaux conquis pendant le 21ème siècle, reposant sur la fraternité et l’entraide institutionnalisée. D’ailleurs, les mouvements de résistance qui apparaissent partout où le modèle « Uber » est appliqué, aussi bien en France qu’en Allemagne, en Belgique ou encore en Italie ne trompent pas : quel que soit le lieu, les travailleurs ubérisés sont conscients que les conditions de travail qui leur sont proposées leurs sont de plus en plus défavorables.

Selon le communiqué de presse du collectif, derrière la politique libérale d’Emanuel Macron et sa volonté d’étendre le modèle de la Startup le plus largement possible à la société française, « se cache en réalité un programme politique qui conduit tout droit à une remise en cause tous azimuts des droits politiques, économiques et sociaux. » Pour construire une opposition, « StartuffeNation.fail se veut […] un espace « ressource », où pourront être mises en commun des analyses du phénomène de startupisation et des contributions graphiques ou poétiques visant à sensibiliser la « Startup Nation » à ses dangers, mais aussi à moquer ses promoteurs ».

Le collectif a vocation a rassembler autour du manifeste (à lire ici) une diversité d’associations et de structures engagées dans une réflexion sociétale afin de « montrer qu’un autre monde est possible, qu’il est là, et qu’il ne demande qu’à être développé ». Tout organisme sensible au message peut se joindre au manifeste.

Manifeste du collectif OSEF — Opposition à la Startupisation de l’Économie Française

Partout, dans les discours des dirigeants et des éditocrates, le vocabulaire des startups s’impose. Dans les administrations, dans les services publics, dans les universités, dans les entreprises et jusque dans le monde associatif, l’« open innovation disruptive » et les « méthodes agiles » de la Silicon Valley tiennent lieu de nouveau paradigme gestionnaire. On nous jure que, grâce aux « corporate hackers » et autres transfuges du « digital », il serait désormais possible de « changer le système de l’intérieur », de « libérer les énergies ».

Derrière cette énième incarnation de vieilles rengaines technocratiques, c’est en fait l’intensification des funestes logiques néo-libérales qui est à l’œuvre. Les promoteurs de la « Startup Nation » entendent légitimer un ordre social injuste, poussant à une précarisation toujours plus grande du travail, à la marchandisation des sciences et des savoirs. Ils ravalent la notion d’intérêt général à la seule efficacité économique, œuvrant à la mise en compétition de tous contre tous pour faire entrer le calcul dans les moindres recoins de nos vies quotidiennes.

Afin d’attirer les flux financiers internationaux sur le territoire, le projet de « Startup Nation » conforte le rôle des grandes multinationales des technologies au cœur de l’économie, et légitime leurs modèles économiques fondés sur la surveillance. Peu à peu, se construit un horizon ultratechnologique où l’asservissement des femmes et des hommes par le biais des machines – à force d’ubérisation, de robotisation, de gouvernance algorithmique, de contrôle – doit permettre d’endiguer l’effondrement d’un modèle de société à bout de souffle, sur fond de crise environnementale sans précédent.

Pour parvenir à leurs fins, les « technocrates 3.0 » nous dépossèdent de notre vocabulaire, s’approprient nos aspirations communes et, ce faisant, parviennent à recruter de nouveaux adeptes qui le plus souvent ne pensent pas à mal. Mais nous ne sommes pas dupes : renommer l’infamie pour la déguiser de « cool » ne change en rien sa nature, faite de domination, d’exploitation, de logiques sécuritaires.

Contre la marchandisation et la technologisation de tout, nous continuerons de faire proliférer les espaces de simplicité, d’autonomie, de don et de partage. Contre l’artificialisation des relations, nous démultiplierons les solidarités sincères. Contre l’anéantissement de la politique, nous userons de nos libertés pour faire foisonner les alternatives. Nous ne serons pas les bouffons de ces « startufferies ».

-Sur la privatisation de la justice  et celle des Radars embarqués :soupçons de favoritisme dans l'attribution de marchés publics

 Anticor, par l’intérmédiaire de son avocat, voit elle aussi dans ce mouvement « une dérive vers une privatisation de la justice qui verrait l’Etat transférer peu à peu sa souveraineté sur ses missions régaliennes à des personnes privées ».

-La Note "perfidie "par l'administration du blog ,à propos d' une petite phrase absurde du président  Macron qui représente un grave danger politique :

 
30 janvier 2018 - Dominique Vidal, Orient XXI

Le 16 juillet dernier, le président de la République française commémore le 75e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Pour la première fois, il a invité le premier ministre israélien. Après avoir démontré la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs, il conclut : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Étrange amalgame, puisqu’il confond, dans une même réprobation, un délit : le racisme antijuif, et une opinion qui conteste la nécessité d’un État pour tous les juifs.

La naissance du sionisme

L’antijudaïsme, puis l’antisémitisme traversent l’histoire de l’Europe bien plus que celle du monde arabe. Ils s’y sont traduits, des siècles durant, par des discriminations, des expulsions et des massacres — ainsi lors des Croisades, mais aussi, au XIXe siècle, avec les pogromes de l’empire tsariste. À l’époque, des intellectuels en déduisent que les juifs, inassimilables, doivent disposer de leur État. Theodor Herzl, témoin à Paris de l’affaire Dreyfus, écrit L’État des Juifs (1896), puis réunit le premier Congrès sioniste mondial (1897). « Le sionisme, précise son programme, s’efforce d’obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement. »

Après le génocide nazi

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, malgré le soutien de Londres, les héritiers de Herzl ne rencontrent guère d’écho parmi les juifs : communistes, bundistes, libéraux et orthodoxes s’opposent à leur projet. Et l’immense majorité des juifs quittant la Russie se rendent aux États-Unis. En 1939, la Palestine sous mandat britannique ne compte que 450 000 juifs, soit 2,5 % de la population juive mondiale.

Le génocide nazi bouleverse tout. Six millions de juifs ont été exterminés et des centaines de milliers de survivants ne peuvent pas retourner chez eux. Or, Washington leur refuse tout visa. Bon nombre émigrent alors vers la Palestine, puis vers Israël, d’où la guerre de 1947-1949 a chassé 800 000 Arabes.

Des juifs antisémites ?

Soixante-dix ans et plusieurs vagues d’immigrations plus tard, Israël compte 6,5 millions de juifs et, avec les territoires occupés, le même nombre de Palestiniens. C’est dire que la majorité des juifs vit encore ailleurs. De surcroît, en Occident, leur assimilation s’accompagne d’une majorité de mariages avec des non-juifs. Et des centaines de milliers d’Israéliens ne vivent plus en Israël. Même parmi les juifs français qui, ces dernières années, ont effectué leur alya, une forte proportion repart.

Faut-il considérer tous ces juifs qui, de génération en génération, ont résisté aux sirènes du sionisme comme des antisémites ? Ou bien, tout simplement, comme des citoyens ayant préféré poursuivre leur vie dans leur patrie de longue date ou d’adoption ? Historiquement, la petite phrase du président de la République est donc absurde. Politiquement, elle représente un grave danger.

L’antisionisme comme délit d’opinion

La manœuvre des dirigeants israéliens et de leurs inconditionnels soutiens français est cousue de fil blanc : comme ils se savent isolés, ils tentent de criminaliser toute critique.

Premier objectif de l’opération : la condamnation de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS), que la Cour européenne des droits de l’homme peut néanmoins encore modifier. D’où un second objectif, auquel le propos d’Emmanuel Macron risque d’ouvrir la voie : l’interdiction de l’antisionisme. En novembre dernier, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demandait au premier ministre que la « définition, qui prend en compte l’antisionisme comme forme nouvelle de l’antisémitisme, soit transposée dans l’arsenal législatif français ». Si ce projet prenait corps, le Conseil constitutionnel le bloquerait sans doute en route. Sinon, ce serait la première fois, depuis la guerre d’Algérie, que la France réinstaurerait le délit d’opinion. Emmanuel Macron acceptera-t-il d’être instrumentalisé par une offensive liberticide ?

Dominique Vidal

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-perfidie ,encore :L'hiver s'est abattu sur la France comme ce colloque sur ses valeurs ...

 

Nous publions ici le billet de Véronique Servat, sur le site Aggiornamento Histoire-géo à propos de l’annonce d’un très inquiétant colloque sur les "valeurs de la France" et qui s’ouvrira par une allocution du Ministre de l’Éducation nationale...

L’hiver s’est abattu sur la France comme ce colloque sur ses valeurs

Si demain se prépare aujourd’hui, l’avenir est sombre.

Une partie de la communauté des historien-nes a donc choisi de se compromettre au sens le moins noble du terme avec le pouvoir pour assurer la promotion de « valeurs » dont on peut raisonnablement discuter de l’opportunité de les associer à la France. Après avoir œuvré dans les arrière-cours du ministère de la culture pour commémorer la naissance du directeur antisémite de l’Action française, revoilà donc Jean-Noël Jeanneney, grand témoin d’une sympathique table-ronde partagée avec Eric Mestrallet, fondateur de l’officine Espérance Banlieues, proche de la « Manif pour tous » (et, par extension, de toute la nébuleuse de l’extrême-droite et de la droite extrême) qui se cherche un avenir du côté de l’Éducation nationale. Cela tombe assez bien car pour l’occasion le Ministre lui-même ouvrira d’une allocution solennelle ce colloque placé sous le signe de l’ordre, de la tirelire et de l’uniforme grâce à un attelage d’intervenants, de prime abord disparate, mais qui dessine un projet politique et éducatif Explorons plus avant ce casting toxique pour lequel le tapis rouge sera déployé sous les ors de La Sorbonne. Il est constitué exclusivement d’hommes car – en ce jour où l’on commémore le droit de vote des femmes anglaises obtenu de haute lutte par les Suffragettes – il apparaît, de l’autre côté du Channel que seul le sexe fort est habilité à produire de la « réflexion » sur les valeurs de la France. Par un heureux caprice du ciel, leur teint s’accorde parfaitement avec les conditions météorologiques du moment. Un académicien et un recteur, historien par ailleurs, côtoient celui déjà mentionné, pour la légitimation intellectuelle. Le MEDEF représenté par son vice-président, et le monde de l’entreprise, façon start-up nation, incarné par le cofondateur du site de vente en ligne Showroomprivé se joignent à ce premier cercle d’esprits aiguisés et ouverts. Au cas où on resterait un peu sur sa faim quant à la représentation de la mouvance « droite libérale versée dans le culte de l’économie de marché, de la déréglementation et de la destruction accélérée du service public d’éducation », la présence d’un représentant du Think Tank Synopia, un autre du Figaro Magazine et le co-directeur d’HEC, nous rassure pleinement. L’ordre et l’uniforme ne sont pas en reste puisque ce colloque réunit également le nouveau chef du SMA (Service Militaire Adapté), l’ancien chef d’état-major des armées, l’actuel également qui a remplacé au pied levé le précédent, démissionné cet été, et un représentant de l’école d’infanterie.

Ne soyons pas chafouins, les cartes de visites des invités, hormis celle du monsieur proche des homophobes de service, ne constituent pas en l’état un argument disqualifiant pour participer à un colloque. C’est surtout l’objet, ou le sujet, de leur réunion qui effraie. Mais de quoi vont-ils donc parler ? La journée est consacrée au thème suivant « Société civile et communauté militaire : défendre ensemble les valeurs de la France ». Quatre axes de réflexion précisent les valeurs qu’il faut défendre en joignant les efforts de la société civile (quel choix clairvoyant que celui de Bernard Lapasset, ancien président de la Fédération française de rugby, du temps où ce sport encore très préservé de la marchandisation et du sponsoring fut bradé à la Société Générale et aux équipementiers sportifs) et de l’armée.

La Patrie d’abord – avec une majuscule – la morale ensuite, le travail pour poursuivre autour de la notion de risque au sens entrepreneurial et militaire du terme, celui qui permet de gagner, car le mâle blanc joue toujours pour la victoire. La dernière table-ronde ouvre opportunément le champ des possibles avec une réflexion sur la transmission et le partage de ce bel avenir que l’on nous prépare.

Nul doute que les programmes d’EMC et que le nouvel enseignement du lycée appelé à suppléer l’ECJS et une partie de l’histoire-géographie sauront prochainement bénéficier des retombées fécondes de cette journée de colloque, car personne n’est dupe ici, il s’agit bien de préparer l’avenir. Un avenir sous la férule de l’ordre, de la norme, du culte de l’entreprise et de la réussite, aux antipodes des valeurs de liberté, de solidarité et d’égalité inscrites dans la Constitution.

_Note "pour élever le débat",  l'administration du blog invite à réfléchir :« TRANSNUM » :Penser le numérique comme transformation

Colloque final du programme TRANSNUM,(Sorbonne Universités),les jeudi 21 et vendredi 22 juin au CELSA

« TRANSNUM » :
Penser le numérique comme transformation

Colloque final du programme TRANSNUM
(Sorbonne Universités)

les jeudi 21 et vendredi 22 juin au CELSA

« Révolution numérique », « digitalisation du social », « plateformisation de l’économie », avènement des « humanités numériques »…  Nombreuses sont les désignations d’un phénomène perçu comme une rupture : l’introduction du « numérique » dans le quotidien de nos sociétés, qu’il s’agisse de travail, de loisir, du lien au passé ou au présent, du public ou du privé.

Dans le cadre d’une initiative soutenue par Sorbonne Universités, le colloque « TRANSNUM » organisé par le GRIPIC (Sorbonne Université) et le COSTECH (UTC) propose d’interroger ces transformations liées au numérique, en orchestrant la rencontre entre chercheurs relevant de différentes disciplines, dans la variété et la diversité : des sciences humaines aux mathématiques en passant par l’informatique, les sciences de la vie, de la nature, de l’environnement ou de l’ingénieur. Tous ces champs scientifiques rencontrent en effet, chacun à leur façon, ces mutations, tant dans les objets de la recherche et la façon de les modéliser ou de les constituer que dans l’appareil scientifique et méthodologique utilisé.

Il s’agit donc de prendre la mesure de ces transformations et d’en saisir les enjeux. S’agit-il simplement d’une étape supplémentaire de l’histoire des technologies intellectuelles, son importance découlant du fait que c’est celle que nous vivons ? S’agit-il plutôt d’une mutation profonde de nos savoirs, inscrivant le numérique à la suite des mutations liées à l’écriture ou l’imprimerie ? Ou encore, comme on peut le voir discuter et envisager, une mutation de la cognition humaine et de ses conditions de possibilités ?

Les propositions pourront s’inscrire dans les quatre axes suivants :

 

Axe 1.            QU’EST-CE QUE LE NUMÉRIQUE ?

La question de la définition de « ce qu’est le numérique » n’est pas résolue.. Si l’on peut s’accorder sur l’idée d’une « conversion numérique » (M. Doueihi) dont les effets sont comparables, en termes culturels, à ceux de la Renaissance européenne, il importe de se donner les moyens de penser avec un recul critique les incidences générales des transformations liées à la digitalisation, transformations dont l’ampleur peut être conçue comme anthropologique.

Qu’est-ce qui fait le « propre » du numérique ? Peut-il être réduit au calcul et à ses propriétés (formalisation, discrétisation…) ? Ou bien encore au code et à la programmation ? Quelle importance des algorithmes dans notre compréhension du numérique ? Et que nomme-t-on au juste par « numérique » ? Plusieurs termes se sont succédé ou cohabitent (« cyber », électronique, digital, voire computer science) selon les univers linguistiques ou les champs de pratique.

Il convient donc d’interroger les conditions historiques et épistémologiques du numérique pour cerner ce qui a conduit à faire émerger les concepts théoriques et les réalités technologiques qu’on associe à ce terme ou à ses voisins. Comprendre de quoi le numérique est le nom reste donc un enjeu pour envisager ce que nous fait le numérique, et ce qu’il fait à nos objets, qu’ils soient épistémiques, cognitifs, techniques ou sociaux.

PISTES DE COMMUNICATIONS

- Histoire de l’informatique et du numérique.

- Le numérique et le calcul : histoire des machines à calculer, conception de ces machines, théories du calcul, etc.

- Histoire et théorie de la programmation, des langages de programmation..

- Les infrastructures du numérique : réseaux, interfaces, données, signaux, capteurs ; comment ces objets construisent-ils (ou non) un ensemble socio-technique cohérent et global ?

- Les noms du numérique : digital / médias informatisés / cyber / électronique…

- Les imaginaires du numérique : récits de science-fiction, fantasme de l’universalité du codage, imaginaires de l’automate ou de la machine…

- Marges, ombres et impensés du numérique : le numérique comme ce qu’on ne connaît pas, ce qui nous échappe dans le numérique.

Axe 2.            UNE TRANSFORMATION DES SAVOIRS ?

Si les savoirs en milieu numérique se voient ouvrir des modes de circulation spectaculairement démultipliés – les énigmes du quotidien paraissent toutes trouver leurs réponses dans nos smartphones -  savons-nous vraiment comment ces informations nous parviennent ? Le régime numérique est bien souvent celui de la boîte noire : nous n’accédons pas au cœur des calculs qui répondent pour nous aux questions que nous nous posons, ni aux machinations qui sélectionnent et acheminent les informations qui nous sont offertes.

 

Un autre volet concerne les transformations de la formation. Envisagées comme espaces de transmission des savoirs, elles demandent à être pensées en relation avec les mutations liées au numérique. On peut penser à l’enseignement primaire et secondaire, où cherche à s’imposer l’apprentissage de la « littératie numérique », à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle. Il s’agit en particulier d’étudier les logiques d’industrialisation et de marchandisation (distinctes mais souvent liées) qui prennent des formes nouvelles à travers les plateformes et autres dispositifs pédagogiques numériques.

Entre promesse de démocratisation du savoir, extension du domaine du calcul et diversification des formes de l’archive et développement d’offres de formation inédites, c’est l’ensemble des modalités de la connaissance qui sont soumises à transformation. Au-delà de ces faits relevant de l’accès au savoir, la nature même des savoirs est remise en perspective : la science par et des données constitue-t-elle un nouveau paradigme ? Ce que veut dire savoir et comprendre évolue-t-il ?

PISTES DE COMMUNICATION

- Littératie numérique.

- Humanités numériques, appareillage technique offert aux humanités.

- Mutations du savoir médical et de la relation médecins / patients ; « dataification » de la médecine et des sciences du vivant.

- les archives et leur numérisation: anticiper les recherches, préserver les documents, démocratiser les ressources.

- Savoirs ordinaires et savoirs savants.

- Big data, pratiques des données dans différentes disciplines

- Les technologies numériques comme technologies cognitives, entre « raison graphique » et « raison computationnelle ».

- La place de la modélisation et/ou de la visualisation des données dans la production de savoirs (importance du design).

Axe 3.            MÉDIAS, DONNÉES, CITOYENNETÉ

Après une première phase de développement riche en promesses politiques, allant de «l’âge de l’accès » (J. Rifkin) à la « démocratie internet » (D. Cardon), les transformations du/par le numérique suscitent désormais des inquiétudes croissantes : « ré-information », « désinformation », fake news, « post-vérité », cyber surveillance ou cybercriminalité…

Tous ces termes valent comme symptôme d’une incertitude quant au lien existant entre dispositifs médiatiques, journalisme, et exercice de la citoyenneté. Comment penser la transformation des rapports de pouvoir dans un espace public « numérique », où la question des « données » s’accompagne de nouvelles compétences, dans un système de valeurs recomposé autour de l’accumulation de traces, entre transparence et opacité ?

 

PISTES DE COMMUNICATION

- Mutations du journalisme : nouvelles coopérations entre informaticiens et  médias d’information, data journalisme, rôle et influence des réseaux sociaux sur le travail journalistique.

- Questions éthiques liées à la collecte et à l’utilisation de données, massives ou non.

- Communication politique et ouverture des données.

- Action publique et consultation en ligne.

Axe 4.            ACHETER, VENDRE, TRAVAILLER EN DIGITAL

Les transformations du/par le numérique concernent l’organisation du travail, de l’économie, et plus largement toutes les formes de coopération sociale. Toujours articulée à une dimension éditoriale, l’économie numérique organise la porosité entre espaces marchands et non marchands, à travers notamment le phénomène dit de « plateformisation ».

Comment analyser le fonctionnement d’un « capitalisme médiatique » ou d’un « capitalisme cognitif » lié au milieu numérique, associant domination des industries de la culture et de la communication et mutation profonde de la définition même du travail ? Mais aussi, comment interroger les situations concrètes où ce travail « au digital » se joue ? Comment le pouvoir des industries du numérique est-il négocié, contré, voire déjoué ? Comment se construit la confiance dans de tels dispositifs ?

PISTES DE COMMUNICATION

- Sociologie du travail en milieu numérique.

- Théories du capitalisme en milieu numérique.

- Numérique et industrialisation.

- Plateformes numériques et construction de la confiance.

- Hégémonie des industries de la télécommunication, analyse des industries de la culture et de la communication.

- Créativité numérique et régime des communs.

- Étude empirique des pratiques de travail en milieu numérique, dans des domaines variés : tourisme, transport, musées, mode, journalisme…

 

Modalités de soumission

Adresser à transnumcolloque@gmail.com un résumé de 500 mots (ou 3000 signes espaces compris) avant le 30 mars 2018 avec indication de l’axe dans lequel la communication propose de s’inscrire.

Calendrier

Soumission (résumé) de la proposition pour le 30 mars 2018.

Réponse du comité scientifique autour du 15 avril 2018.

Colloque organisé les 21 & 22 juin 2018 au petit amphitéâtre du CELSA Sorbonne-Université, 77 rue de Villiers, 92200 Neuilly-sur-Seine

Comité Scientifique

 

Bruno Bachimont (Sorbonne Université, Faculté des Sciences)

Karine Berthelot-Guiet (GRIPIC Sorbonne Université)

Serge Bouchardon (COSTECH Sorbonne-Universités)

Isabelle Cailleau (COSTECH Sorbonne-Universités)

Juliette Charbonneaux (GRIPIC Sorbonne-Université)

Pauline Escande-Gauquié (GRIPIC Sorbonne-Universités)

David Flacher (COSTECH Sorbonne-Universités)

Olivia Foli (GRIPIC Sorbonne-Université)

Xavier Guchet (COSTECH Sorbonne-Universités)

Frédéric Huet (COSTECH Sorbonne-Universités)

 

 

Yves Jeanneret (GRIPIC Sorbonne-Université)

Valérie Jeanne-Perrier (GRIPIC Sorbonne-Université)

Pascal Jollivet (COSTECH Sorbonne-Universités)

Joëlle Le Marec (GRIPIC Sorbonne-Université)

Clément Mabi (COSTECH Sorbonne-Universités)

Caroline Marti (GRIPIC Sorbonne-Université)

Laurent Petit (GRIPIC Sorbonne-Université)

Denis Ruellan (GRIPIC Sorbonne-Université)

Hécate Vergopoulos (GRIPIC Sorbonne-Université)

Adeline Wrona (GRIPIC Sorbonne-Université)

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