(Les soldats israéliens ont assassiné des prisonniers de guerre lors d’une guerre passée, l’affaire a été étouffée)
Aluf Benn – Ha’aretz – 17 septembre 2016
Selon des témoignages obtenus par Haaretz, les prisonniers ont reçu l’ordre de se mettre en file et de se retourner, avant d’être abattus dans le dos. L’officier qui a donné cet ordre a été libéré après avoir passé sept mois en prison, et son supérieur a été promu à de hautes fonctions.
Les soldats israéliens ont assassiné des dizaines de prisonniers lors de l’une des guerres où combattaient les FDI, durant les premières décennies de l’existence d’Israël. L’officier qui a donné cet ordre de tuer les prisonniers a été jugé, mais il s’en est tiré avec une peine ridiculement légère. Son commandant a été promu à de hautes fonctions et toute l’affaire a été étouffée.
Ces dizaines de prisonniers étaient des soldats de l’une des armées ennemies. Ils s’étaient rendus après avoir combattu et posé leurs armes. Certains d’entre eux étaient grièvement blessés.
Les soldats israéliens, qui avaient auparavant pris le contrôle de l’endroit où ils se sont rendus, les ont rassemblés dans une cour intérieure entourée d’un mur, ils leur ont donné de la nourriture et ont parlé avec eux de leur vie et de leur service militaire.
Quelques heures plus tard, ces soldats ont été affectés à une autre mission, et une autre force israélienne a été envoyée pour les remplacer sur le site où les prisonniers étaient détenus. Ce changement de gardiens a soulevé des questions chez les officiers du site quant à ce qu’il convenait de faire des soldats ennemis captifs, parce que la force arrivante refusait d’en prendre la responsabilité, et que la force partante n’avait pas les moyens de transporter les prisonniers.
Le commandant de compagnie, qui était l’officier en charge du site, a alors ordonné à ses soldats de tuer les prisonniers. Selon un témoignage obtenu par Haaretz, les prisonniers ont reçu l’ordre de se mettre en file et de se retourner, avant d’être abattus dans le dos. Un officier ennemi qui avait servi de traducteur a voulu fuir, mais il a été abattu par les soldats de la force arrivante qui était en jeep. Après l’assassinat, un bulldozer de l’armée a empilé les corps dans une fosse improvisée.
Deux témoignages oculaires de l’assassinat des prisonniers ont été remis à un journaliste de Haaretz, il y a de nombreuses années. Selon l’un de ces témoignages, par un homme qui dit avoir refusé d’obéir à l’ordre, le commandant lui a ordonné de descendre de jeep et de tuer les prisonniers blessés. Il a refusé parce que peu avant, les prisonniers lui avaient demandé s’ils allaient être tués, et qu’il leur avait répondu non.
Le commandant l’a menacé alors de passer en cour martiale pour désobéissance à un ordre, mais il a maintenu son refus. Puis un autre homme – le deuxième témoin – s’est levé et s’est porté volontaire pour exécuter l’ordre.
La déposition du deuxième témoin, qui a avoué avoir participé à l’assassinat des prisonniers avec trois de ses camarades, concorde plus ou moins avec celle du premier témoin, bien qu’ils n’aient pas été mis en contact l’un avec l’autre et qu’aucun d’eux ne savait que l’affaire était discutée avec l’autre. Une différence est que le deuxième homme affirme qu’il a, lui aussi, d’abord refusé d’obéir à l’ordre, mais quand son commandant a insisté, il a accepté de l’exécuter. Il ajoute qu’après avoir tiré sur les prisonniers, il s’est approché d’eux et a tiré à nouveau sur eux à une distance de seulement cinq mètres pour s’assurer qu’ils étaient tous morts.
Les forces de défense israéliennes (FDI) ont lancé une enquête de la police militaire sur l’incident, et l’enquête a pris fin avec le passage en jugement du commandant de compagnie pour assassinat. Il a été condamné à trois années de prison, et il a été libéré après seulement sept mois.
Le commandant de compagnie a affirmé avoir reçu l’ordre de tuer les prisonniers par son supérieur, lequel supérieur a atteint par la suite un poste très élevé au sein des FDI. On ne sait pas si ce supérieur a fait l’objet d’une enquête, mais ce qui est certain, c’est qu’il n’a jamais été jugé. Le commandant de compagnie a travaillé comme guide touristique après avoir quitté l’armée, et quand il a été questionné sur le sujet par un journaliste de Haaretz, un an plus tard, il a répondu que « l’affaire était classée » et il lui a dit d’adresser ses questions aux « services de sécurité ».
Cet assassinat de dizaines de prisonniers est l’un des plus sérieux crimes de guerre de l’histoire des FDI, mais l’armée a été blanchie et elle s’est tue. En rendre public les détails reste important, même aujourd’hui, afin de comprendre l’histoire de l’éthique de combat des FDI, et d’en tirer les leçons sur son pouvoir, son enseignement et son commandement pour l’avenir.
http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.742365
Traduction : JPP pour le Collectif Solidarité Palestine de la Région nazairienne
Comité Solidarité Palestine de la Région nazairienne
Agora, maison des associations
2 Rue Albert de Mun
44600 Saint-Nazaire
— 17 août 1995
Les forces israéliennes auraient liquidé des centaines de soldats
égyptiens qui s'étaient rendus durant la guerre de juin 1967: c'est l'accusation lancée hier par un chercheur militaire israélien, Aryeh Yitzhaki, qui avait été chargé par l'armée, à l'époque, d'étudier le comportement des troupes durant les hostilités. Selon cet historien de l'université religieuse de Bar Ilan, à Tel-Aviv, près de 900 Égyptiens ont été tués, alors que la plupart avaient jeté leurs armes. «Le massacre le plus important s'est déroulé dans la région d'El-Arish (Sinaï) où quelque 300 soldats égyptiens ou palestiniens de l'Armée de libération de la Palestine ont été liquidés par une unité d'élite», a-t-il affirmé à la radio. Cette unité d'élite, appelée le commando Shaked, était sous les ordres de l'actuel ministre de l'Habitat, Binyamin Ben Eliezer. «Pour se justifier, les soldats ont prétendu que des prisonniers avaient lancé des grenades après leur capture», a-t-il ajouté, précisant que six massacres de prisonniers se seraient produits «dans le feu de l'action», notamment au col de Mitla et à Khan Younes, dans la bande de Gaza.
Le chercheur affirme que le rapport qu'il avait remis en 1968 aux autorités n'avait eu aucune suite et que «l'affaire a été étouffée». Ses révélations interviennent après celles d'un colonel à la retraite, Arié Biro, qui avait reconnu début août avoir «personnellement ouvert le feu sur 40 à 49 soldats égyptiens» prisonniers de guerre en octobre 1956, car il n'avait pas assez d'hommes pour les garder. Biro était à la tête d'une unité de parachutistes commandé par Raphaël Eytan, lui-même dépendant d'Ariel Sharon, deux ténors de la droite aujourd'hui en Israël. (AFP)
commentaire :"L'information de Haaretz (...), n'a fait l'objet que de très peu de commentaires sur le site du journal, 12 au total, 10 fois moins que la moyenne habituelle. Dont 4 pour dire qu'ils n'y croyaient pas ou qu'ils n'y croiraient pas tant que les circonstances exactes seraient publiées. Pourtant même s'il y a des éléments nouveaux, des faits qui ont de très fortes chances d'être ceux évoqués dans l'article sont connus: Le 21 août 1994, le New York Times publiait un article citant Ariel Biroh, ex Brigadier Général. Celui-ci, parlant des prisonniers égyptiens lors de la guerre franco-anglo-israélienne de 1956, déclarait : «Nous ne savions pas ce qu'il fallait faire d'eux [les prisonniers de guerre égyptiens en 1956]. Il n'y avait pas d'autre choix que de les tuer. Ce n'était pas une telle affaire si vous prenez en considération que je dormais bien après avoir échappé aux fours crématoires d'Auschwitz.» La source originelle est : http://www.nytimes.com/1995/08/21/world/after-a-general-tells-of-killing-pow-s-in-1956-israelis-argue-over-ethics-of-war.html?pagewanted=all Dans cet article où figure la citation, la description des assassinats est précise. Son commentaire sur Auschwitz peut aussi être cité en réponse aux commentaires fréquents (absurdes car il s'agissait rarement des mêmes personnes) disant "comment peuvent-ils faire ça après ce qu'on leur a fait subir?" : Même des personnes qui ont subi peuvent faire ça. Notez que la répétition de meurtres de prisonniers est aussi probable en 1967: http://www.nytimes.com/1995/09/21/world/egypt-says-israelis-killed-pow-s-in-67-war.html Jean-Pierre"