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Bravo à Guy pour son action comme défenseur du TIRPA à Rome !

Le Traité sur les semences va-t-il devenir un outil de biopiraterie?

Communiqué de presse de la Via Campesina

(Rome, 5 Octobre, 2015) La Via Campesina accompagnée d'autres mouvements sociaux est venue à Rome pour alerter l'organe directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture (ITPGRFA), réuni du 5-9 octobre, sur les menaces que représentent les nouveaux brevets sur les semences natives. Le Traité est le seul accord international qui reconnaît clairement les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences. Mais si les États Membres du Traité ont la responsabilité de la réalisation de ces droits, rien à ce jour n’ a été fait en ce sens. Jusqu'à présent, le Traité n'a pas été en mesure de réaliser le partage des avantages promis. L’industrie a utilisé nos semences pour réaliser ses propres sélections mais n’a jamais rien payé. Au contraire, plus de 10 ans après son entrée en vigueur, nous avons vu un changement vers les brevets sur les gènes de nos semences natives, transformant ainsi le Traité en un outil de la biopiraterie au service de l’industrie.

C’est pourquoi LVC a décidé de partager avec l’Organe Directeur du Traité ses préoccupations via la déclaration signée par de nombreux réseaux de semences paysannes du monde entier. Vous trouverez la déclaration dans son intégralité ici.

Contact à Rome :

Ivan Mammana 0039 3407801399 (ES-EN-FR-IT)

Reportage >

« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire »

8 octobre 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre )

Au village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, des cultivateurs du monde entier se sont retrouvés fin septembre avec une idée en tête : « Semer la résistance ».

- Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques), reportage.

Sur une table, Nader Mahmoudi expose fièrement des bouquets d’épis dorés. Barbus, blonds, roux. Chez lui, en Iran, il cultive plusieurs centaines de variétés de blé. Un paysan français s’approche et lui tend un sac de graines d’épeautre : « C’est une céréale d’ici, mais elle se plaira peut-être chez vous ! » Nader ouvre de grands yeux : il n’a jamais vu cette espèce. À grand renfort de mimiques et avec l’aide d’une traductrice, les deux paysans discutent pendant plus d’une demi-heure de méthodes de culture et de conservation.

Blé contre épeautre, sorgho contre haricot, carotte contre patate. Ces échanges informels de semences et de savoir-faire fleurissent dans les allées du village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre le 24 et le 26 septembre, plus de 250 personnes du monde entier se sont retrouvées dans ce haut-lieu de la solidarité et de la convergence des luttes.

Paysans, compagnons ou citoyens, ils ont répondu à l’appel « Sème ta résistance ! » : « Les semences, base de toute production agricole, sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire », écrit dans un communiqué le Réseau semences paysannes, co-organisateur de l’événement. « Nous ne sommes pas là en tant qu’Africain, Latino ou Européen, confirme Jacques Nametougli, venu du Togo. Nous sommes ici en tant que membres de la communauté humaine, pour défendre ce qui est la base de notre alimentation. »

Neuf paysans sur dix sélectionnent, échangent et sèment chaque année une partie de leur récolte. Ils utilisent des semences diversifiées et adaptées à leur terroir. Ainsi, près de 70 % de notre nourriture dépend aujourd’hui de ces graines transmises à travers les siècles par des générations de paysans.

Les multinationales utilisent les brevets pour privatiser les semences

« Un agriculteur qui n’a pas de semences n’est pas un agriculteur, dit Omer Agoligan, cultivateur béninois. Malheureusement, ça disparaît vite, nous avons perdu la moitié de nos variétés de sorgho en moins de dix ans. » Un constat amer partagé par l’ensemble des participants : la biodiversité cultivée s’érode dramatiquement, et les paysans sont peu à peu dépossédés de leurs semences et de leurs connaissances.

Au Mali, en Syrie comme en Colombie, les conflits déplacent les populations paysannes loin de leurs terres, délitent les communautés rurales et détruisent les stocks de semences. « En Irak, après des années d’exil loin de leur village, quand les paysans ont enfin pu revenir, les semences traditionnelles s’étaient perdues et ils n’avaient plus les connaissances », rapporte Zoé Beau, de l’association Graines et Cinéma.

Petites lunettes et casquette plate, Alvaro Salgado représente la Red en defensa del maiz (le Réseau pour la défense du maïs), une organisation paysanne mexicaine. Avec d’autres, il lutte depuis plusieurs années contre la contamination des maïs traditionnels par des plants transgéniques. « Les firmes, appuyées par des scientifiques et les gouvernements, veulent contrôler le centre d’origine du maïs, en Amérique centrale, à travers la diffusion des OGM (organismes génétiquement modifiés), constate-t-il. Il s’agit d’une stratégie de contamination biologique afin de retirer aux peuples indigènes leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs savoir-faire. »

Outre les OGM, les firmes multinationales recourent aujourd’hui aux brevets pour privatiser les semences. « Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux, constatent les participants dans leur déclaration finale. Les plantes de nos champs pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. » Brevet qui interdit de fait l’échange et la réutilisation des semences par les paysans.

Pour autant, « les firmes multinationales dominent parce qu’elles sont soutenues par des politiques publiques », estime Antonio Onoratti, éleveur italien. Catalogue officiel, accord international ou norme sanitaire favorisent ainsi les variétés commerciales au détriment des variétés paysannes.

« La fierté et la dignité d’être paysan »

Pourtant, la résistance paysanne et citoyenne s’organise. Au village Emmaüs, les compagnons élèvent des poules dont la race est en voie d’extinction, et accueillent la Maison des semences paysannes du Béarn, une petite cabane inaugurée lors des Rencontres, pour conserver la diversité des variétés d’ici… et d’ailleurs. Boliviens, Sénégalais et Roumains sont venus déposer des paniers remplis de graines sur des étagères fraîchement montées.

Comme à Pau, nombre d’initiatives de gestion collective des semences se développent dans le monde. « Casa de sementes criollas » au Brésil, « banco de semillas communitario » en Colombie ou « grenier à semences » au Togo. Leur objectif : conserver les graines produites par les paysans, les protéger de la biopiraterie, les multiplier pour ensuite les redistribuer dans les fermes. « Les semences appartiennent à la communauté paysanne, c’est à nous d’en prendre soin et de les gérer », estime Yenly Angelica Mendez, membre d’une organisation colombienne, la Asociacion campesina del valle de Cimitarra (l’Association paysanne de la vallée de Cimitarra).

Ces structures permettent de préserver les variétés locales, qui peuvent disparaître à tout moment. Au Nord-Mali, la guerre ayant détruit la plupart des cultures, les paysans ont pu se tourner vers le Centre agro-écologique de production de semences tropicales, à Gao, qui produit des graines adaptées aux conditions sahéliennes depuis 2006.

Outre les plantes, ce sont bien souvent les savoir-faire qui disparaissent. Le centre de Gao enseigne ainsi comment produire des semences. Au nord du Togo, à Cinkassé, Jacques Nametougli accueille dans son école des jeunes ruraux dans la détresse. « Il nous faut des paysans pour avoir des semences, observe-t-il. Or ce métier est partout dénigré, méprisé. Les jeunes préfèrent partir en Europe plutôt que de travailler la terre. Dans notre centre, nous leur redonnons la fierté et la dignité d’être paysan. »

Mener la lutte contre les transgéniques

Bien que la recherche agronomique se fasse souvent dans des laboratoires éloignés des réalités du terrain, quelques chercheurs retroussent leurs manches pour accompagner les agriculteurs. C’est le cas de Salvatore Cecarelli, spécialiste de la sélection de l’orge. L’ingénieur développe depuis plusieurs années des programmes de recherche participative, où il travaille avec les paysans, directement dans les champs. Il y a neuf ans, il s’est ainsi rendu dans les régions montagneuses et arides de l’Iran, avec plus de 1.600 variétés d’orge et 400 de blé. « Il nous a dit d’augmenter la biodiversité, raconte Khadija Razavi, de l’ONG Cenesta. Grâce à lui, nous avons sélectionné des variétés qui résistent bien à la sécheresse, et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie. »

« Nous avons besoin d’entraide, de partages de connaissances et d’expérience », poursuit-elle. À ses côtés, Christophe Noisette, d’Inf’OGM, lui donne conseils et arguments pour mener la lutte contre les transgéniques. Car avec la levée de l’embargo, l’Iran pourrait bientôt devenir un nouvel eldorado pour les semences transgéniques. « Seuls, nous ne pouvons rien faire, mais ensemble, nous pouvons les empêcher », assure l’Iranienne.

Pour Christian Dalmasso, paysan boulanger en Rhône-Alpes, là est le sens de ces Rencontres internationales : « Nous avons besoin de ces moments d’échange, sinon on reste, chacun, isolé et débordé dans notre ferme. » Un agriculteur africain confirme, ému : « Jusqu’ici, je pensais être seul, mais maintenant, je sais que nous sommes nombreux. »

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Anaïs Cramm/Reporterre
. Chapô : variétés de pommes de terre boliviennes.

Les droits des paysans sont aux paysans et aux paysannes. Pas un de moins !

Déclaration Finale de La Via Campesina. Sixième Session de l'Organe Directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

(Rome, 9 Octobre 2015). Merci Monsieur le Président. Mesdames et Messieurs

Il y a 30 ans, dans cette même salle, la société civile avait déjà proposé à la FAO un débat sur les Droits des Agriculteurs. Trente années se sont écoulées, toute une génération… et enfin le Traité a pu être approuvé mais néanmoins nous attendons toujours sa mise en œuvre effective.

Avec de très nombreux réseaux de semences paysannes de tous les continents, La Via Campesina vous a alerté sur les risques d’atteinte à l’accès des ressources phytogénétiques et aux Droits des Agriculteurs que génère la collaboration engagée par le Secrétariat avec le projet Divseek. Nous tenons à renouveler cette alerte : il ne faudrait pas que de telles violations des principes et des règles de gouvernance du Traité en viennent à le détruire. Il semblerait que le Traité est en train de se convertir en un Traité de gigabytes ne défendant ni les Droits des Agriculteurs, ni la conservation in situ, ni les semences paysannes.

Etant donné la vitesse à laquelle se déroulent les négociations du Système mondial d’information, le Traité doit suspendre sa collaboration avec DivSeek. D’ici à quelques années, tout le matériel génétique des banques publiques de germoplasme sera séquencé et prêt pour que les multinationales puissent y avoir accès sans signer l’ATTM (Accord type de transfert de matériel), supposant donc une violation du contenu du Traité. Nous prenons note de la décision prise par l’Organe directeur de réfléchir à ce problème, pour autant nous craignons qu’une fois examiné le mal causé sera irréversible. Toutes les ressources, dans la mesure où elles seront “dématérialisées”, finiront par faire le jeu des brevets;

La Via Campesina remercie l’Organe directeur d’avoir permis à la société civile de proposer un cadre visant à améliorer sa participation. Cependant, nous sommes scandalisés de sa décision d’avoir confié la définition des Droits des Agriculteurs à la recherche agricole, à l’UPOV et à l’OMPI sans avoir prévu la participation des organisations paysannes, internationales et nationales, qui conservent et renouvellent la diversité des semences dans leurs champs.

La Vía Campesina tient à remercier les nombreux pays qui ont appuyé ses propositions, ainsi que le gouvernement indonésien de s’être proposé pour organiser un débat sur les Droits des Agriculteurs.

Néanmoins, nous dénonçons le comportement des deux pays qui ont fait obstacle à toute prise de décision positive en faveur des paysannes et paysans.

Afin d’avancer sur ce point, diverses fenêtres pourraient être ouvertes. Or, pour ce faire, les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et nous aider à les ouvrir en grand dans leurs propres pays.

Les droits des agriculteurs sont difficiles à appliquer car les multinationales ont peur, mais nous, paysans, nous n’avons pas peur. Le système agroindustriel s’épuise, il détruit notre biodiversité, nos semences locales et nos systèmes de production. De plus, il n’existe pas de “plan B”, que va-t-il se passer lorsque tout ceci s’achèvera?

Pour l’industrie, il est seulement urgent de pouvoir obtenir un maximum de bénéfices dans le moins de temps possible tandis que, pour les paysans, il est urgent de se centrer sur l’alimentation de la population mondiale et de maintenir la biodiversité qui est à la base de la production alimentaire.

Les gouvernements ont une responsabilité pour que les citoyens, habitants des villes, consommateurs et travailleurs, participent à ce débat. Au cas où ils ne l’assumeraient pas, La Vía Campesina prendra l’initiative et mènera les actions nécessaires afin de contribuer à la prise de conscience des populations.

La Via Campesina fera en sorte que, dans tous les pays, les paysannes et les paysans participent à la définition et à la mise en pratique de leurs droits, tels que stipulés dans le Traité.

Les droits des paysans sont aux paysans et aux paysannes.

Pas un de moins !

Via-info-fr@viacampesina.org
http://viacampesina.org/Via-info-fr/
https://mail.viacampesina.org/lists/listinfo/Via-info-fr
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