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Se rencontrer le 8 octobre 2014 sur l’alerte éthique: cycle des séminaires ,législation sur les lanceurs d’alerte et le système d’expertise

L’association Adéquations, en partenariat avec la revue Les Périphériques vous parlent et Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation, poursuivent le cycle de séminaires « Lancement d’alertes, enseignements et perspectives » à Paris, Palais du Luxembourg.

La prochaine et quatrième rencontre a lieu le 8 octobre          2014 : « Déjouer la contre-offensive des lobbies industriels en inscrivant l’alerte dans la durée et en élargissant la mobilisation citoyenne ». Il s’agira, en compagnie de nombreux intervenant-es dont Riccardo Petrella, précurseur de la mondialisation des alertes, de réfléchir aux façons d’élargir les actions citoyennes et de fédérer les victimes, les associations ou les réseaux, et, par l’étude de cas concrets, d’évoquer la nécessité, face à la mondialisation des risques, de mondialiser également les alertes.

→ Pour plus d’information et pour s’inscrire : 
http://www.adequations.org/spip.php?article2163

→ Informations sur l’ensemble du cycle, compte-rendus des précédents séminaires : 
http://www.adequations.org/spip.php?rubrique115 
→ Documentation sur le lancement d’alerte : 
http://www.adequations.org/spip.php?article2143

Autres nouvelles d’Adéquations...

- Le gouvernement a engagé le 5 septembre la « procédure accélérée » pour l’examen du projet de loi « relatif à la transition énergétique pour la croissance verte ». Adéquations poursuit sa chronique régulière de la transition écologique et propose son analyse de ce projet de loi : « A quand la transition énergétique en France ? » : 
→ http://www.adequations.org/spip.php?article2156

- Les actualités, et nos revues de presse : 
→ http://www.adequations.org/spip.php?article1999

Bien cordialement,

L’équipe Adéquations


Adéquations 
Association loi 1901. Développement humain durable - diversité culturelle - solidarité internationale - égalité femmes hommes 
C/o Maison des associations, 206 Quai de Valmy 75010 Paris 
01 46 07 04 94 // 06 68 88 42 05 // contact@adequations.org  // http://www.adequations.org

Protéger le lancement d’alerte en France

http://www.adequations.org/spip.php?article2143

Mardi 10 juin 2014, par Yveline Nicolas



 

 Qu’est-ce que le lancement d’alerte ?

Le lancement d’alerte reste une notion encore peu appropriée en France, contrairement aux Etats-Unis, où dès les années 70, des lois ont été votées pour protéger les whistleblower (qu’on peut traduire par « celui qui donne un coup de sifflet »), et qualifiés de « dénonciateurs » au Québec.

Le lancement d’alerte est un processus essentiel pour la démocratie. Il comporte plusieurs dimensions : révélation au public de faits illicites ou dangereux pour autrui, intention désintéressée visant l’intérêt général face à des intérêts particuliers lucratifs, prise de risques au niveau personnel, professionnel, familial (réputation, emploi, situation financière), exposition à des « poursuites-baîllons », ces actions juridiques qui visent à harceler et neutraliser le lanceur d’alerte, dénigrement dans la presse, etc.

On fait parfois une différence entre celui ou celle qui révèle une dérive, un abus de pouvoir qui existe déjà (comme des pratiques de corruption) – ce serait l’acception américaine de whistleblower - tandis que le lanceur ou la lanceuse d’alerte anticipe un risque à venir et doit parfois mener de longues enquêtes ou recherches pour l’établir (par exemple dans le cas d’un produit qu’on suspecte d’avoir des effets toxiques). En France, où l’on tend à assimiler le « lancement d’alerte » à de la « délation », et donc à y affecter une connotation négative, les premières mesures qui ont été prises pour la protection de celui ou celle qui se met en danger par une alerte sont récentes et restent partielles. Mais les scandales financiers et sanitaires à répétition, la multiplication des conflits d’intérêts et des cas de corruption ou d’abus de biens sociaux, ont favorisé la mise en place de dispositions juridiques, notamment pour étendre la protection existant déjà pour les salariés du privé à ceux du secteur public.

En dehors des définitions plus précises prévues par la législation pour les entreprises, la notion de lancement d’alerte – parfois appelée « alerte éthique » reste en discussion et l’étendue de son champ interprétée de différentes façons. Les définitions et législations actuelles concernent essentiellement les lanceurs d’alerte dans leur relation au monde du travail, que ce soit le secteur public ou l’entreprise privée. Les associations ont généralement une vision plus large du lancement d’alerte.

On pourrait considérer que, ce qui différencie le lancement d’alerte du plaidoyer ou du militantisme, c’est que la personne qui alerte se met potentiellement en danger en révélant des informations qu’une personne ou une structure détentrices d’autorité et / ou de puissants moyens de rétorsion maintiennent sciemment cachées. Le lancement d’alerte gagne à devenir un processus collectif et associatif, même s’il est au départ le fait d’une personne isolée. Les lanceurs d’alerte peuvent être un collectif, une association, comme le Réseau environnement santé, dont les alertes ont mené en juin 2010 à l’interdiction des biberons contenant du bisphénol A, Générations Futures sur les pesticides, des réseaux effectuant une veille et des actions en matière de nucléaire (sécurité des centrales, transports de déchets radioactifs), ou en matière d’OGM, etc. De telles associations font souvent face à des poursuites judiciaires.

Une recommandation du Comité des Ministres aux Etats membres du Conseil de l’Europe sur la protection des lanceurs d’alerte, adoptée le 30 avril 2014 donne les définitions suivantes : 
a. « lanceur d’alerte » désigne toute personne qui fait des signalements ou révèle des informations concernant des menaces ou un préjudice pour l’intérêt général dans le contexte de sa relation de travail, qu’elle soit dans le secteur public ou dans le secteur privé ; 
b. « signalement ou révélation d’informations d’intérêt général » désigne tout signalement d’actions ou d’omissions constituant une menace ou un préjudice pour l’intérêt général, ou de révélation d’informations sur de tels faits ; 
c. « signalement » désigne tout signalement, soit en interne au sein d’une organisation ou d’une entreprise, soit auprès d’une autorité extérieure ; 
d. « révélation d’informations » désigne toute révélation publique d’informations.

Par ailleurs, on parle de « porteurs d’alerte » pour désigner par exemple les associations qui relayent et soutiennent les lanceurs d’alerte, ou qui alertent sur des enjeux environnementaux, sociaux ou économiques spécialisés qui restent des points aveugles des medias dominants, devenus trop dépendants de recettes publicitaires et des actionnaires industriels et financiers. En plus des questions environnementales et sanitaires, des enjeux économiques sont aussi concernés, comme les alertes sur les traités de libre échange, l’action du Collectif pour un audit citoyen de la dette publique, etc. Le rôle des medias et notamment d’Internet comme relais de l’alerte, ainsi que le journalisme d’investigation, constituent des enjeux importants, avec la question de la protection des sources d’information.

 Des pionniers et pionnières lanceurs d’alerte

L’un des premiers a été le toxicologue Henri Pézerat, qui a alerté sur les dangers de l’amiante, menant à son interdiction en 1997.

Anne-Marie Casteret a révélé, dès 1987, l’affaire du sang contaminé.

André Cicolella a fait connaître le lancement d’alerte en France, suite à son licenciement de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) pour avoir dénoncé les effets nocifs des éthers de glycol - solvants utilisés dans les peintures et les détergents. Le caractère abusif de son licenciement a été reconnu en cour de cassation en 2000, mentionnant l’indépendance des chercheurs.

Pierre Meneton, chercheur à l’Inserm a dénoncé les lobbies des producteurs de sel et du secteur agroalimentaire industriel qui l’ont attaqué en justice en 2008 et ont perdu leur procès.

Irène Frachon, médecin, est connue pour avoir tiré la sonnette d’alarme à propos du médicament Mediator.

Roger Lenglet philosophe et journaliste d’investigation et Jean-Luc Touly ont fait face à plusieurs procès pour avoir révélé des pratiques des multinationales de l’eau en matière de marchés publics.

Plus récemment, Edward Snowden s’est mis en danger et a été inculpé d’espionnage après avoir révélé dans la presse les méthodes antidémocratiques de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA).

Autre américain : Bradley Manning a été condamné à 35 ans de prison par un tribunal militaire pour avoir diffusé des câbles diplomatiques et rapports militaires classés secret défense.

La protection des lanceurs d’alerte aux Etats-Unis

En 1989, le Congrès américain promulgue le Whistleblower Protection Act pour défendre toute personne « apportant la preuve d’une infraction à une loi, à une règle ou à un règlement » ou « d’une mauvaise gestion évidente, d’un flagrant gaspillage de fonds, d’un abus de pouvoir ou d’un danger significatif et spécifique en ce qui a trait à la santé et à la sécurité du public ». Cela fait suite à de nombreuses affaires, comme la révélation des « papiers du Pentagone » sur l’engagement militaire au Vietnam, l’affaire du Watergate, etc. Cette disposition est complétée en 2000 par le No-FEAR Act, et le Whistleblower Protection Enhancement Act en 20912. Depuis 1988 une association à but non lucratif, National Whistleblowers Center a pour objectif d’aider les employé-es d’entreprises privées qui dénoncent des fraudes et des abus.

 Les principales dispositions en France

- Lors du Grenelle de l’environnement en 2007, des associations et des élu-es avaient abordé la question du statut juridique des lanceurs d’alerte. 
→ Voir notamment : Propositions de l’Alliance pour la planète en faveur de l’expertise citoyenne ; Les dispositions de la Loi Grenelle pour l’expertise citoyenne ; Gouvernance écologique : propositions de la commission Lepage.

- La loi du 13 novembre 2007 relative à la lutte contre la corruption comporte un article sur la protection des salariés lanceurs d’alerte en rendant « nul de plein droit tout licenciement, sanction ou mesure discriminatoire, directe ou indirecte, dont ils pourraient faire l’objet pour avoir témoigné de bonne foi de faits de corruption dont ils auraient eu connaissance dans l’exercice de leurs fonctions ». Mais cela ne concernait que le secteur privé. 
→ Le texte de loi en ligne

- La loi du 6 décembre 2013 relative à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière, stipule que les personnes qui témoigneront de faits constitutifs d’un crime ou d’un délit seront protégés, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Ainsi un salarié du secteur privé ou public (fonctionnaire et agent non titulaire de droit public) ne pourra pas être sanctionné « pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, de faits constitutifs d’un délit ou d’un crime dont il aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions », y compris si ce témoignage a été adressé à la presse. 
→ L’article de loi concerné ; le dossier législatif complet

- Dans le domaine santé environnement, la loi du 16 avril 2013 relative à l’indépendance de l’expertise en matière de santé et d’environnement et à la protection des lanceurs d’alerte met en place une protection spécifique des lanceurs d’alerte en matière sanitaire et environnementale. Elle donne une définition – très générale - du lancement d’alerte : « toute personne physique ou morale a le droit de rendre publique ou de diffuser de bonne foi une information concernant un fait, une donnée ou une action, dès lors que la méconnaissance de ce fait, de cette donnée ou de cette action lui paraît faire peser un risque grave sur la santé publique ou sur l’environnement ». 
La loi institue une Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d’environnement chargée de veiller aux règles déontologiques s’appliquant à l’expertise scientifique et technique et aux procédures d’enregistrement des alertes en matière de santé publique et d’environnement. Cette commission peut être saisie par des associations de défense des consommateurs agréées en application de l’article L. 411-1 du code de la consommation ; des associations de protection de l’environnement agréées en application de l’article L. 141-1 du code de l’environnement ; des associations ayant une activité dans le domaine de la qualité de la santé et de la prise en charge des malades agréées en application de l’article L. 1114-1 du code de la santé publique ; des organisations syndicales de salariés représentatives au niveau national ou une organisation interprofessionnelle d’employeurs ; l’organe national de l’ordre d’une profession relevant des secteurs de la santé ou de l’environnement ; un établissement ou un organisme public ayant une activité d’expertise ou de recherche dans le domaine de la santé ou de l’environnement. 
→ La loi en lecture en ligne 
→ Sur Légifrance : Nouvelles dispositions relatives au lanceur d’alerte : articles L 1132-3-3 du code du travail, pour les salariés, article 6 ter A de la loi N°83-634, pour les agents publics.

- La Loi organique et la loi ordinaire du 11 octobre 2013 n°2013-907 relative à la transparence de la vie publique permettent d’alerter sur des conflits d’intérêts de membres du gouvernement et personnes chargées d’une mission de service public. Les associations agréées luttant contre la corruption sont maintenant habilitées à être saisies. 
→ Sur Légifrance

 Le lancement d’alerte au niveau européen

- Un rapport de Transparency international sur « L’alerte éthique  » paru en novembre 2013 compare les législations des vingt-huit pays membres de l’Union européenne. Quatre pays seulement « ont adopté et mis en œuvre une législation complète en matière de protection des lanceurs d’alerte » : Royaume-Uni, Luxembourg, Roumanie et Slovénie. Sur les 23 autres pays, 16 ont une législation partielle et 7 n’ont soit aucune législation, soit une législation totalement inadéquate. Transparency définit l’alerte éthique comme « le geste accompli par un individu, témoin, notamment dans son activité professionnelle, d’actes illicites ou dangereux pour autrui, touchant à l’intérêt général, et qui décide d’alerter les autorités ayant le pouvoir d’y mettre fin ».

- A noter l’adoption en 2010 par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe d’une résolution et d’une recommandation sur la protection des « donneurs d’alerte », reconnaissant leur importance pour la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion et invitant ses membres à compléter leur législation.

 Ressources
Un cycle de séminaires à Paris sur le lancement d’alerte

La revue Les Périphériques vous parlent, Adéquations et Roger Lenglet animent un cycle de cinq séminaires de formation interactive à Paris au Sénat : « Lancement d’alerte, enseignements et perspectives ». L’objectif est de faire le pont entre l’expérience des personnes ayant lancé des alertes et l’ensemble des citoyens qui, avec la nouvelle législation, sont appelés à exercer plus largement leur devoir d’alerte. Le cycle étudie les différentes phases, modalités, conséquences etc. de l’alerte, illustrées par des thèmes comme le tabac, le mercure, les produits toxiques sur le lieu du travail, les nanoparticules, les prêts bancaires « toxiques » etc. Des compte-rendus figurent sur le site d’Adéquations. Les deux prochaines séances ont lieu le 8 octobre et le 3 décembre 2014. 
→ Renseignements et inscriptions : www.adequations.org/spip.php ?article2094

Documents pratiques

- Réponses à 14 questions, une réalisation audio pédagogique sur le lancement d’alerte par Les Périphériques vous parlent et Roger Lenglet http://blog.lesperipheriques.org/2014/02/07/lanceurs-alerte

- Guide pratique à l’usage du lanceurs d’alerte français, Transparency International France ; Télécharger (pdf, 20 p.)

- Whistleblowing, a practical guide, Brian Martin ; Irene Publishing Sweden 2013. Télécharger (en anglais, pdf 262 p.)

Sites web

- http://reseau-environnement-sante.fr 
- http://sciencescitoyennes.org 
- http://www.audit-citoyen.org 
- [http://www.transparency-france.org/...
- [http://www.asso-sherpa.org]

Associations et réseaux au niveau international

- http://whistleblowingnetwork.org 
- http://www.whistleblower.org 
- Public Concern at Work, The whisteleblowing Charity 
- http://canadians4accountability.org 
- http://www.article19.org

Livres, rapports, articles

- Petit manuel de désobéissance citoyenne, William Bourdon, Ed. JC Lattès 
- Lanceurs d’alerte, les mauvaises consciences de nos démocraties, Florence Hartmann ; Le Seuil, février 2014 
- Les Sombres précurseurs : Une Sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Francis Chateauraynaud et Didier Torny, 1999. Réédition 2013, Editions de l’EHESS 
- Les lanceurs d’alerte dans l’espace politique. Réflexions sur la trajectoire d’une cause collective : un texte de Francis Chateauraynaud écrit dans la perspective d’un colloque « Lanceurs d’alerte et système d’expertise : vers une législation exemplaire en 2008 ? » au Sénat en 2008 
- Lanceurs d’alerte : les experts militants en santé et en environnement, Roger Lenglet, dans L’Etat du monde, La Découverte, 2013. 
- L’alerte éthique en Europe, étude comparative des législations des 27 pays membres, rapport de Transparency International 
- Article du Monde : Les lanceurs d’alerte : vigies ou pirates ? par Frédéric Joignot le 6 septembre 2013 
- Les salariés lanceurs d’alerte protégés sur le site service-public.fr 
- Travaux du conseil de l’Europe : Résolution 1729 (2010). Protection des « donneurs d’alerte 
- http://gspr.ehess.free.fr/docs/FC/d... 
- http://www.participation-et-democra...

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