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Davos se tient du 21 au 25 janvier en Suisse: Explications par Oxfam et par les Economistes atterrés.

Ces 1% de riches qui vont capter autant de richesses que les 99% restant de la planète
CHRISTIAN LOSSON 19 JANVIER 2015Le quartier financier londonien de Canary Wharf, en novembre 2014.Le quartier financier londonien de Canary Wharf, en novembre 2014. (Photo Suzanne Plunkett. Reuters)
DÉCRYPTAGE

Libération

Dans un rapport à la veille du sommet de Davos, Oxfam fustige une «insatiable» quête de richesse sur fond d'explosion des inégalités.

 

En 2016, les 1% les plus riches possèderont en patrimoine cumulé plus que les 99% restant de la population mondiale. Une «insatiable» quête de richesse, sur fond d’explosion des inégalités, qu’un rapport d’Oxfam entend dénoncer à la veille duforum économique mondial de Davos, qui se tient du 21 au 25 janvier en Suisse. Explications.

L’accélération de la captation

Pour parvenir à ce chiffre, Oxfam s’est notamment basé sur les données d'une étude du Crédit Suisse. Qui rappelle que la part du patrimoine mondial détenu par les 1% les plus riches en 2009 est passée de 44% en 2009 à 48% en 2014. Et que s’il reste 52% aux 99% restants, la quasi-totalité de ces 52% sont aux mains des 20% les plus riches. Au final, 80% de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5% des richesses. «Si cette tendance de concentration des richesses pour les plus riches se poursuit, ces 1% les plus riches détiendront plus de richesses que les 99% restants d’ici seulement deux ans», note Oxfam. Car l’accaparement et la concentration des richesses s’accèlère. Et Oxfam tente d’affiner ce chiffre en s'appuyant sur l’évolution du nombre de milliardaires, basé, cette fois, sur les chiffres d'un classement actualisé de Forbes sur ces personnes qui possèdent, en revenus, autant que la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes. Ainsi, si les 85 personnes les plus riches de la planète trustaient autant que 50% des plus pauvres de la population mondiale en 2013, elles sont aujourd’hui 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes en 2014. «Une spectaculaire accélération de la concentration de la richesse», rappelle l’ONG, car il fallait 388 milliardaires en 2010. «En termes nominaux, le patrimoine des 80 personnes les plus riches du monde a doublé entre 2009 et 2014.»

Évolution de la répartition des richesses mondiales (source : Oxfam)

 

Le poids de secteurs clés et du… lobbying

La finance et la pharmacie se portent bien. Le patrimoine des milliardaires financiers a augmenté de 11% en douze mois, de mars 2013 à mars 2014 ; celui des pharmaciens a, lui, bondi de 47%. «Les multinationales les plus prospères de ces secteurs dégagent d’énormes bénéfices, écrit Oxfam. Elles gèrent d’importantes ressources qu’elles utilisent pour rétribuer leurs propriétaires et leurs investisseurs, gonflant ainsi leur fortune personnelle.» Les multinationales que possèdent les 1% les plus riches sont de plus en plus féroces dans leurs rapports de forces avec les Etats. Ainsi, le lobbying dans les deux plus grosses puissances mondiales (Europe et Etats-Unis) a à lui seul dépassé le milliard de dollars, réparti à égalité entre les deux entités. Objectif, selon l'ONG : «Etablir un environnement réglementaire qui protège et renforce leurs intérêts». Un interventionnisme de plus en plus virulent que dénoncent avec force des réseaux citoyens, tels que Corporate europe observatory, qui organise même des lobbies tours à Bruxelles pour tenter de démontrer comment, lors de négociations telles que celles en cours sur un accord transatlantique entre les Etats-Unis et l'Europe, les lobbies pèsent d'un poids capital.«La force de lobbying de ces secteurs», redoute Oxfam, peut être «un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux

La crise profite aux plus riches

On l’oublie un peu vite, mais malgré la crise économique en Europe, le patrimoine privé des Européens n’a jamais été aussi prospère. Une autre étude publiée par la banque suisse Julius Baer, publiée en octobre 2014, rappelait que le patrimoine privé des Européens n’a jamais été aussi haut, avec plus de 56 000 milliards de dollars. Pire, les inégalités sont parties pour exploser davantage, le patrimoine des Européens devant atteindre 80 000 milliards d’euros d’ici à 2019, soit une hausse de 40%. A l’arrivée, 10% des ménages détiennent plus de la moitié de la fortune globale du Vieux continent. Aux Etats-Unis, 5% détiennent 85% des richesses. Plusieurs raisons l’expliquent. D’abord, rappelait le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz dans son livre-choc Le prix de l'inégalité, «le taux d’imposition moyen en 2007 des 400 ménages les plus riches n’a été que de 16,6%, loin en dessous des 20,4% que paient les contribuables en général.» Ensuite, parce qu’ils ont accaparé les rouages de la machine politique. «Ce sont eux qui fixent les règles du jeu politique qu’ils mettent au service de leurs intérêts» ; la moitié des élus du Congrès sont ainsi millionnaires, a rappelé l'an passé une analyse du Center for responsive politics. Enfin, parce que la vague de dérégulation leur a servi. «En trente ans, les salaires de 90% des Américains n’ont augmenté que de 15%, tandis que les salaires du 1% supérieur ont bondi de 150% ! Et ceux du 0,1% supérieur de plus de 300%.» De quoi alimenter le vent de fronde qui, de New York à Londres, en passant par Madrid, a poussé les Indignés dans la rue. «Nous sommes les 99%», martelaient-ils, par opposition aux 1% qui accaparent le pouvoir et la richesse.

Christian LOSSON

Economistes atterrés : la transition écologique au cœur de leur nouveau manifeste

Quatre ans après leur premier manifeste, les Economistes atterrés reviennent à la charge. Cette fois, ils veulent dépasser le constat de l’échec des politiques libérales, pour mettre en avant leurs solutions alternatives. Au cœur de leurs propositions, la question de la transition écologique et les leviers pour la mener à bien.

Le nouveau manifeste des économistes attérés.
Novethic

"Nos sociétés sont à un carrefour, il faut reconstruire nos économies sur un nouveau socle." A ce titre, "l’écologie ne doit plus être un supplément d’âme. Elle constitue la nouvelle frontière de nos sociétés et donc de nos économies", estiment les Economistes atterrés dans leur "Nouveau manifeste" (1).

Quatre ans après leur première déclaration, le collectif de 20 économistes récidive en ce début d’année. "Notre premier manifeste avait donné l’alerte en 2010 : la poursuite et l’approfondissement des politiques néolibérales conduiraient à des régressions sans fin. Nous y sommes", écrivent-ils. Dans leur tout nouvel ouvrage collectif, l’objectif est davantage de proposer des alternatives pour sortir d’une crise qu’ils jugent économique, sociale et écologique.

 

15 chantiers pour sortir de la crise

 

Les Economistes atterrés proposent d’ouvrir 15 chantiers, guidés par 5 valeurs fortes: la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie. Si l’écologie représente leur premier chantier, le développement durable irrigue tout le manifeste. "La relance de l’activité ne peut se faire indépendamment des nouveaux objectifs environnementaux, écrivent-ils. Au contraire, elle doit les intégrer comme des priorités."

Il s’agit de favoriser l’économie verte en investissant massivement dans les transports collectifs, les énergies renouvelables (EnR) et la rénovation des bâtiments et des zones urbaines. Mais également d’assurer une transition vers des modes de consommation et de production plus soutenables, en stoppant les aides aux industries du XXe siècle.

Et, plus largement, de "repenser l’entreprise". Cela suppose de redéfinir ses buts – "produire des biens et services utiles, développer des richesses, c’est-à-dire la valeur ajoutée et non le seul profit" – ; sa structure – avec notamment "un pouvoir de surveillance accru du comité d’entreprise sur les choix stratégiques des entreprises" – ; ses critères de gestion – "en intégrant des exigences sociales et environnementales " – ; ses moyens – favoriser les emplois non délocalisables, "promouvoir des salaires élevés tout en bordant la hiérarchie des salaires", etc.

Enfin, c’est toute la mesure des économies et de la croissance qui doit être repensée. A côté du PIB, qui est un indicateur extrêmement utile, doivent se développer d’autres indicateurs, sur l’écologie, les inégalités de revenus et le bien-être social notamment.

 

Une fiscalité écologique et sociale non punitive

 

La transition écologique exige des investissements massifs: le coût de démarrage est estimé à 3% des PIB des pays membres de l’UE, soit près de 350 milliards d’euros par an pendant 10 ans.

C’est un montant considérable, mais le coût de l’inaction serait encore plus élevé, rappelle le collectif. Comment le financer ? Les Economistes atterrés écartent d’emblée les nouveaux produits financiers "verts" tels que le marché carbone, qu’ils estiment incapables de répondre aux défis écologiques. Selon eux, il faut notamment se tourner vers la fiscalité écologique et sociale. Elle ne doit pas être "punitive", prévient Philippe Légé, maître de conférences en économie à l’Université de Picardie et membre du collectif.

Par exemple, une taxe écologique devrait être mise en place sur le diesel ou pour compenser la baisse actuelle du prix du pétrole. Mais le produit de cette taxe devrait être redistribué, aux salariés notamment. Ce n’est malheureusement pas la voie qui est prise actuellement par le gouvernement, déplore-t-il. "Le discours a beau être plus ouvert sur l’écologie, il est contrebalancé par la hausse de la TVA pesant sur les transports collectifs ou la libéralisation des transports en autocar avec la loi Macron", souligne l’économiste.

 

Un "super" pôle financier public

 

Autres pistes de financement: des plans d’investissement pour la rénovation des bâtiments, le développement des EnR et des transports collectifs ou encore la mise en place de circuits de financement privilégiés pour les projets s’inscrivant dans la transition écologique et sociale. Le collectif préconise aussi d’élargir et d’étendre les moyens de la Banque publique d’investissement (BPI) ainsi que la création d’un fonds souverain à partir des actifs de l’Agence des participations d’Etat et des ressources de la Caisse des Dépôts (dont Novethic est une filiale).

Ils "constitueraient le premier noyau d’un pôle financier public qui aurait vocation à faciliter l’accès au crédit des PME et ETI, mais aussi à fournir des fonds propres et du capital-risque pour des projets innovants s’inscrivant dans la transition écologique". Une Banque européenne d’investissement (BEI) refondue et aux ressources accrues pourrait "constituer un formidable levier pour le financement d’activités d’avenir".

Que deviendront les propositions de ce manifeste?  "Nous n’avons pas vocation à devenir les conseillers du Prince", précisent les Economistes atterrés dans un seul élan. "C’est un outil destiné à ouvrir le débat, d’abord chez les citoyens." En 2010, leur premier manifeste s’était écoulé à 100 00 exemplaires.

(1) Nouveau manifeste des Economistes atterrés, "Les liens qui libèrent", janvier 2015. 

Béatrice Héraud
© 2015 Novethic - Tous droits réservés
Petite revue de presse autour des questions de règles juridiquement contraignantes pour encadrer les  activités des multinationales et prévenir les violations des droits humains et des atteintes à l’environnement!

Climat : Davos fait partie du problème pas de la solution

Ce vendredi, François Hollande est à Davos, au Forum économique mondial, pour appeler à une réponse « globale » sur le climat. Comme si la lutte contre les dérèglements climatiques pouvait être menée efficacement par celles et ceux qui en portent la responsabilité.

Il est aisé de brocarder le Forum économique mondial de Davos pour le décalage abyssal existant entre sa démesure anti-écologique et les engagements affichés. Ce sont plus de 1700 avions privés et des dizaines d'hélicoptères qui vont déplacer la majorité des 40 chefs d'Etat et des 2500 « décideurs politiques et économiques » attendus dans la station de ski suisse. Le faste des réceptions, dîners et soirées – cf cette soirée d'oligarques russes au caviar – organisées pour les riches et puissants de la planète, très majoritairement des hommes (83 %), sont peu en phase avec les exigences de sobriété, de mesure et de partage que suggère l'utilisation soutenable des ressources de la planète. Qu'importe, les « leaders » de la planète vont vivre quelques jours isolés du monde, dans un camp retranché que l'armée et la police suisses protègent du reste de la population, pour débattre de climat, d'inégalités, des risques planétaires etc.

 

Le storytelling, cet art de vous vendre une histoire sans fondements sérieux, fonctionne à plein tube. Les leaders de ce monde auraient enfin décidé de se préoccuper de climat et il faudrait les encourager dans la perspective de la conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra à Paris-Le Bourget en décembre 2015. C'est oublier qu'il en était déjà question lors des précédents Forums de =davos, notamment en 2013. C'est oublier qu'à l'occasion du G8 à Gleneagles en 2005, le gouvernement du Royaume-Uni avait demandé au Forum Economique mondial de formuler des propositions pour que le monde des affaires réduise les émissions de gaz à effet de serre (GES). Avec grand succès si l'on considère qu'un nouveau record d'émissions de GES à la hausse est battu chaque année.

On pourra rétorquer que le tonitruant discours d'Al Gore de ce mercredi 21 janvier et l'annonce d'un immense concert planétaire « Live Earth » décentralisé (en Chine, Australie, Brésil, Le Cap, New York, Paris...) touchant deux milliards de personnes (via les TV, radio et Internet) le 18 juin prochain, est bien la preuve que quelque chose est en train de changer. Il est bien-entendu utile de disposer d'initiatives ayant la capacité de sensibiliser l'opinion publique mondiale. Encore faudrait-il se rappeler que la dernière initiative analogue, le Live 8 regroupant huit concerts dans les huit pays du G8 en 2005 pour « faire de la pauvreté de l'histoire ancienne » (Make poverty history), n'a jamais eu les résultats escomptés. Dix ans plus tard, avec 2,2 milliards de personnes de pauvres ou susceptibles de le devenir, la pauvreté est loin d'avoir disparu. Saurons-nous en tirer les leçons ?

Plus important encore : Al Gore a annoncé que ce concert planétaire sera suivi d'une pétition en ligne avec l'objectif de récolter « un milliard de voix » pour demander « d'agir pour le climat maintenant ». Pharell Williams, qui sera le directeur musical de ce show, a rajouté que « l'humanité entière (sera) en harmonie » lors de ce 18 juin. Alors que les négociations climat se poursuivent depuis deux décennies sans résultats tangibles autres que l'augmentation continue des émissions de GES, il faudrait donc continuer à « appeler les décideurs à passer à l'action ». Il faudrait faire comme si il existait une communauté d’intérêt et de destin qui abolirait les catégories de responsables et de victimes. Mais de quelle « harmonie » s'agit-il lorsque 90 entreprises sont, à elles seules, responsables de 60 % des émissions de GES depuis qu'elles sont comptabilisées ? De quelle harmonie s'agit-il lorsque 20 % de la population mondiale consomme 80 % de l'énergie produite sur la planète ? De quelle harmonie s'agit-il lorsque les 3,5 milliards de personnes qui ne disposent pas plus que les 80 milliardaires les plus riches – dont nombre d'entre eux sont à Davos – seront les plus touchées par les conséquences des dérèglements climatiques ?

Dans une tribune sur Médiapart écrite avec Nicolas Haeringer et publiée en septembre dernier, nous expliquions pourquoi il fallait « accepter de sortir de l'idée que nous aurions besoin de « tout le monde » pour résoudre la crise climatique ». Diluer les responsabilités, décontextualiser et déshistoriciser la crise climatique, invoquer d'abstraits et confus passages « à l'action », laisser entendre que n'importe quelle action vaut mieux que l'inaction, n'est pas de nature à résoudre les défis climatiques, sociaux, politiques auxquels nous sommes confrontés. Ce n'est pas de nature à mobiliser les populations. Parce que tout le monde n'a pas intérêt à ce que tout change, « nous avons de fait autant besoin de l'implication de certains que d'empêcher d'autres acteurs de nuire ».

Regardons-y de plus près. François Hollande, comme il l'a fait en d'autres occasions, va évoquer les opportunités de croissance que le changement climatique représente pour les entreprises : de nouveaux produits et de nouvelles sources de revenus. Sans préciser qu'un point de croissance génère en moyenne 0,7 point de croissance d'émissions de GES. Sans énoncer clairement, comme vient de le faire magistralement une étude scientifique parue dans Nature, qu'il faudra laisser une grande majorité des énergies fossiles dans le sol pour conserver une chance raisonnable de rester en deçà des 2°C de réchauffement climatique global. Peut-être faudrait-il également noter que le rapport publié par le Forum économique mondial n'exclut pas fermement l'exploitation des sources de pétrole et de gaz non conventionnels comme les sables bitumineux et les hydrocarbures de schiste – tandis que que François Hollande en avait encouragé l'exploitation le 2 novembre dernier à l'occasion de la parution du rapport du GIEC. C'est le schisme de réalité dans lequel sont plongés les puissants de ce monde et que nous devons éviter.

Enfin, lorsqu'on regarde attentivement comment le Forum économique de Davos traite des défis climatiques, on se rend compte que c'est essentiellement sous le registre du « risque » que les dérèglements climatiques font courir aux entreprises mondiales, aux secteurs économiques et industriels. Du côté des solutions, le rapport Global Risks se limite à mettre en avant quelques « bonnes pratiques ». Il n'est pas question des transformations systémiques, des transformations extrêmement profondes des modes de production et des consommation que les défis climatiques posent clairement sur la table. Au contraire, il sera préconisé de développer de nouveaux dispositifs d'assurance et des mécanismes financiers innovants pour faire face aux risques climatiques auxquels l'économie mondiale fait face. Plus de finance donc. François Hollande lui-même, loin de son discours du Bourget de 2012, fait de la finance le secteur par lequel il faudrait abonder le Fonds Vert pour le climat, au détriment des fonds publics. Autant de propositions pour préserver le business as usual et autant d'impasses dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Attendre que les plus riches et les plus puissants de la planète, ces fameux 1% dont la majorité a combattu les propositions des Indignés, d'Occupy et du mouvement altermondialiste, soient ceux qui résolvent les défis climatiques est une impasse. Ne les appelons plus à passer à l'action, une action indéterminée qui leur permet d'imposer leurs fausses solutions. Les alternatives, les véritables solutions aux dérèglements climatiques, c'est à nous de les imposer. Ce sont celles que portent les processus Alternatiba et Blockadia. C'est moins glamour que les concerts d'Al Gore ou de Geldof, mais ce sera terriblement plus efficace.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

@MaximCombes
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Novethic, Le media expert de l'économie responsable

http://www.novethic.fr/gouvernance-dentreprise/entreprises-controversees/isr-rse/geraldine-viret-les-prix-de-la-honte-ont-contribue-a-renforcer-le-debat-sur-la-rse-143025.html

 

Publié le 23 janvier 2015  GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Géraldine Viret : les prix de la honte "ont contribué à renforcer le débat sur la RSE".

Chaque année depuis 10 ans, en marge du Forum de Davos, les ONG la Déclaration de Berne et Greenpeace remettaient des prix aux entreprises qu’elles jugeaient coupables de violation des droits humains, de l’environnement et/ou de pratiques fiscales douteuses. Cette année, les deux organisations non gouvernementales mettent fin à cette remise de prix en décernant le Public Lifetime Eye Award (l’"oscar de la honte"). Désormais, leurs efforts vont se porter sur la promotion d’une loi sur le devoir de vigilance au niveau suisse. Bilan et décryptage de cette campagne avec Géraldine Viret, porte-parole de la Déclaration de Berne.

Les Public eye awards
Fabrice Cofrini / AFP

Novethic : Depuis 2005, pendant le World Economic Forum de Davos (WEF), vous remettez les "prix de la honte" (Public Eye Awards) aux entreprises qui se rendent coupables de violations des droits humains. Quel bilan en tirez-vous?

Géraldine Viret : Nous sommes présents en marge du World Economic Forum (WEF) depuis l’an 2000. Au début, il s’agissait d’une conférence de plusieurs jours, avec des panels de discussions pour parler des conséquences négatives de la mondialisation et dénoncer le manque de légitimité et de transparence du WEF. Quand le WEF s’est ouvert à la société civile avec la création de l’open forum, nous avons changé de concept.

Depuis 2005, nous remettons des Public Eye Awards pour dénoncer des cas bien documentés de violations de droits humains, d’atteinte à l’environnement ou de pratiques fiscales illégitimes par des multinationales. Cette stratégie de "naming & shaming" ("montrer" & "dénoncer", NDLR) a été selon nous très positive. Le Public Eye est devenu une grande campagne sur Internet. En 10 ans, plus de 100 ONG originaires de 50 pays ont nominé plus de 300 entreprises: 27 "Public Eye Awards" ont été décernés à 23 entreprises (aucune d’entre elles n’a fait le déplacement pour le recevoir !). C’est aussi un succès public, puisque plus d’un demi-million de votes ont été enregistrés en ligne pour décerner les prix du public.

Ces prix ont permis d’influencer et de renforcer le débat autour de la responsabilité des entreprises. Dans certains cas, cela a même eu une influence directe sur les actions des entreprises nommées. La banque britannique Barclays avait gagné le prix du public en 2012 pour ses activités spéculatives sur les denrées alimentaires. Un an plus tard, elle renonçait à ses pratiques, notamment pour des questions de réputation ! Quand nous avons dénoncé Samsung pour l’utilisation de produits chimiques dans ses usines, cela a également permis d’amorcer un débat en Corée du Sud, où Samsung est une véritable vache sacrée de par son importance économique gigantesque pour le pays!

 

Novethic : Pourtant, vous mettez fin à ces prix cette année, avec la remise du Public Eye Lifetime Awards ("oscar de la honte"), qui va sacrer la pire entreprise sur ces 10 ans (1). Pourquoi et comment allez-vous continuer votre campagne pour une plus grande responsabilisation des multinationales?

Géraldine Viret : Pour nous, le Forum économique de Davos n’est plus le lieu adéquat pour nos revendications. Celles-ci n’ont pas changé: nous demandons des règles juridiquement contraignantes pour encadrer les  activités des multinationales et prévenir les violations des droits humains et des atteintes à l’environnement. Le contexte a  évolué: il est désormais possible d’adresser cette revendication dans l’arène politique suisse. C’est ce que nous allons faire avec le lancement d’une initiative populaire "Pour des multinationales responsables – protégeons les droits humains et l’environnement".  Celle-ci s’inspire des Principes directeurs des Nations unies pour les entreprises et les droits humains. Notre initiative vise à instaurer un devoir de diligence (ou de vigilance, NDLR) pour les multinationales, c’est-à-dire qu’elles doivent identifier les risques et prendre un certain nombre de mesures pour les prévenir. Et les rendre publics.

 

Novethic : Quelles réactions cette initiative provoque-t-elle en Suisse ?

Géraldine Viret : Nous l’avons dévoilée en début de semaine, il est donc un peu tôt pour faire un premier bilan. Ce qui est sûr, c’est qu’au niveau politique, le Conseil fédéral reconnaît le besoin de prendre des mesures. La responsabilité de la Suisse est énorme, notamment en raison d’une concentration extrêmement forte de multinationales. En particulier dans des secteurs sensibles comme le négoce de matières premières. Mais dans les faits, les autorités restent très réticentes à instaurer des mesures contraignantes. Ce sont encore les mesures volontaires qui ont leurs faveurs.

C’est pour cela que nous considérons que la voie de l’initiative populaire est certainement la meilleure pour changer les choses. Déjà en 2012, une pétition que nous avions lancée sur ce même thème avait réuni 135 000 signatures. Le Parlement suisse y avait répondu en demandant au Conseil fédéral un rapport sur le devoir de diligence en matière de droits humains pour les entreprises, un plan d’action pour la mise en place des Principes directeurs de l’ONU et un rapport, en préparation, sur l’accès des voies de recours pour les victimes. Là, nous devons récolter 100 000 signatures pour que notre initiative soit votée par la population et que nous ayons la possibilité de modifier la constitution en ce sens. Si le vote est positif, les autorités auront l’obligation de faire une loi d’application pour mettre en œuvre ce changement. Nous dévoilerons le texte de notre initiative en avril.

(1) C'est Chevron qui a été désigné par le public comme le Lauréat de ce Public Eye Lifetime Award

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