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Encore des États généraux ,ceux de deux maux,"bio-éthique",qui vont très bien ensemble .

 Jacques Testart : « Transhumanisme et climat : les deux faces de la catastrophe à venir "

 

PMA, GPA, intelligence artificielle, consentement des malades, fin de vie, traitement des maladies neuro-dégénératives… Le 18 janvier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) ouvre les États généraux de la bioéthique. Les espaces éthiques régionaux, qui dépendent des Agences régionales de santé (ARS), entendent consulter le grand public sur différentes questions ......

A parte de la droite extrême ,(et de l'extrême-droite), sur le transhumanisme  vu sur le web:

-Bouquin de Frida Oum Papa  ,(oum mama,oumanifpourtous) Femme 2.0 Féminisme et transhumanisme : quel avenir pour la femme

Et sa Vidéo:Zoom - Laetitia Pouliquen : Féminisme et transhumanisme - YouTube

rappel sur  les autres aspects de l'EXTRÊME DROITE,Un spectre hante l’Europe : l’extrême droite par Jean-Paul Gautier (EgalementFront national, le congrès de l’après Le Pen,),Enzo TraversoLa fabrique de la haine

-Après ça détendez-vous avec une  chanson  :

-Point de vue philo Humain, transhumain - La Vie des idées
 
 
À propos de : Gilbert Hottois, Philosophie et idéologies trans/posthumanistes, Vrin
par Stanislas Deprez [25-01-2018]

Qu'est-ce que le transhumanisme, et pourquoi l'homme ne serait-il pas un cyborg au naturel 

? Loin des réflexes technophobes et des rêveries de l'intelligence artificielle, un nouvel

ouvrage livre une analyse philosophique d'une idée à la mode.

-Dans un deuxième temps ,

 
 
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on peut ouvrir ce document Vent debout contre le mal français Version prête à circuler 31.9 k

et lire ce texte de Miguel Amoros

Lire aussi :
Le désert de la critique - Déconstruction et politique, par Renaud Garcia (L’Echappée, 2015)

-Retour "pédagogico-génétique ",par l'administration du Blog ,parce que :

"Si tu lis ça"Tu mourras moins bête: Mardi, génétique
 

-Et si,sur les "bienfaits et dangers de la révolution génétique" tu lisais ça aussi ?

Nous sommes tous des mutants, par Bernard Dujon (Le Monde diplo)

 

Faut-il modifier le vivant en changeant l’information que les organismes se transmettent d’une génération à l’autre : leur patrimoine génétique ? On dispose désormais d’outils permettant d’intervenir sur les génomes d’une manière dirigée et précise, ce que la nature fait de manière aléatoire. Plutôt que l’extase ou l’effroi, cette perspective appelle une réflexion rationnelle : pour qui et pour quoi faire ?

 

-Le point de vue des cul-bénis:

 

« Toutes les religions veulent faire entendre leurs voix dans les débats » à l’occasion des états généraux de la bioéthique lancés jeudi dernier (cf. Révision de la loi de bioéthique : Emmanuel Macronimplique les autorités religieuses; Lancement des Etats généraux de la bioéthique : des thèmes nombreux pour aborder "le monde que nous voulons pour demain").

 

La conférence des évêques de France, après avoir formé une commission de travail composée de six évêques et deux prêtres (cf. La Conférence des évêques de France prépare la révision de la loi de bioéthique), a organisé une journée de formation le 20 janvier dernier à Paris. Environ 50 diocèses étaient représentés par une ou deux personnes mandatées, qui ont reçu l’éclairage d’experts[1]. Ils ont désormais « pour mission de solliciter des rencontres dans leur diocèse, ou de participer à celles qui s’y tiennent ». De son côté la commission « devrait rencontrer dans les prochaines semaines des hommes politiques, des scientifiques ou encore des juristes ». La prochaine assemblée des évêques à Lourdes, qui se tiendra fin mars, représentera une autre occasion de discussions sur ces sujets, avant la publication d’un texte qui exprimera la position de l’Eglise sur ces sujets, « au troisième trimestre 2018 ».

 

« Notre souhait est surtout de repartir des fondamentaux : qu’est-ce que l’homme dans sa globalité ? Et que voulons-nous pour lui demain ? Nous ne voulons pas traiter les sujets les uns après les autres –procréation, euthanasie, intelligence artificielle…- mais ensemble, car tous touchent à la question de l’homme » a déclaré Monseigneur Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, ancien médecin et membre de la commission. Il aspire à une réflexion éthique mais aussi philosophique. « Je me réjouis de voir que de plus en plus de nos contemporains se demandent quelle planète nous souhaitons laisser à nos enfants. Mais nous devons aussi nous interroger sur les enfants que nous voulons laisser à la planète ! réagit-il. On ne peut pas traiter l’homme sans son environnement et réciproquement, et donc traiter les questions de bioéthique en faisant l’économie d’une réflexion sur l’écologie ».

 

De leurs côté, les évangéliques, « particulièrement engagés sur les questions sociétales », ont rencontré les parlementaires : « Beaucoup reconnaissent ne pas encore avoir eu le temps d’approfondir les sujets bioéthiques » rapportent Thierry Le Gall, directeur du Conseil national des évangéliques de France, « mais ils sont aussi conscients du défi que représente leur mission de légiférer sur ces enjeux fondamentaux ». Par ailleurs des formations seront proposées en région, s’appuyant notamment sur des « fiches repères » élaborées pour que « les états généraux de la bioéthique ne tournent pas au débat d’initiés ». Enfin, la commission éthique de la Fédération protestante de France devrait publier un texte dès le mois de mars, qui prendra la forme « d’interpellations ».

 

Le Conseil français du culte musulman a également prévu de publier un texte, sur lequel travaillent deux commissions, « l’une sur la bioéthique, l’autre sur la fin de vie ». Le grand rabbin de France constitue pour sa part une équipe de médecins et de juristes « pour l’aider à poursuivre sa réflexion sur les sujets débattus ». La fin de vie représente pour lui « la question fondamentale pour refuser une société utilitariste » : « certains tentent le holdup avec une forme de conjonction de coordination entre mort et dignité. Notre travail à tous, dans la société, sera de mettre cette conjonction entre vie et dignité ». Les bouddhistes de France, qui n’ont « pas de position définitive » sur les questions bioéthique, s’opposeront toutefois à l’euthanasie.

 

[1] Anne-Marie Pelletier, théologienne, Marie Balmary, psychiatre, Bruno Saintôt, jésuite et Aude Mirkovic, juriste

 
Sources: 

La Croix, Gauthier Vaillant - Anne-Bénédicte Hoffner (23/01/2018); AFP (24/01/2018)

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Les états généraux de la bioéthique s’ouvrent ce 18 janvier. Emmanuel Hirsch, directeur de l’espace de réflexion éthique de la région île de France et professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine Paris Sud publie à cette occasion une tribune dans laquelle il explique les enjeux de ce « temps fort de notre vie démocratique ».

 

Pour cette nouvelle édition, la concertation portera sur la « démédicalisation des finalités de certaines possibilités scientifiques, dans le champ notamment de la procréatique et de la génomique »[1]. Mais elle s’ouvre aussi aux « nouveaux territoires de la bioéthique » : neurosciences, intelligence artificielle, usage des données de masse, robotisation, qui soulèvent des questions renouvelées : « Est-il envisageable en 2018, de poser un cadre à des innovations disruptives qui bouleversent de manière irréversible nos conceptions de l'environnement, du vivant, de l'humain, de notre rapport à l'autre et au monde? Est-on capable de concevoir un humanisme pour tant d'artificialisation, de numérisation ou de vitrification de notre humanité? Quelles valeurs et quels critères opposer à l'enchantement d'une promesse d'invulnérabilité et de dépassement d'une condition humaine, considérée par certains indigne, voire révocable? »

 

Ces prochains mois représentent à la fois « un enjeu, un défi et un risque ». « Une certaine bioéthique d’hier est révolue » estime Emmanuel Hirsch et « il nous faut inventer, nous approprier et implémenter une bioéthique pour demain ». Ces états généraux sont l’occasion de « s’impliquer dans le débat », de « mieux nous approprier la compréhension d’innovations scientifiques complexes », car « c’est aujourd’hui que nous devons déterminer ensemble les conditions de notre devenir ». Le défi « est de créer les conditions d’une transition entre l’ancien et le renouveau de nos principes, à l’épreuve des évolutions biomédicales et technologiques ». « Il est encore temps d’agir sur le destin de notre humanité » affirme Emmanuel Hirsch.

 

Jean-René Binet, professeur à la faculté de droit de Rennes et membre honoraire de l’Institut universitaire de France, invite pour sa part le législateur à se « préoccuper de l’intérêt de ceux qui ne s’exprime pas », avant de réviser la loi de bioéthique. Il est « particulièrement difficile de saisir les aspirations des citoyens » explique-t-il. Et il s’inquiète du manque de temps et de moyens consacrés à cette tâche alors que s’ouvrent les états généraux. De façon plus générale, il constate que les « revendications individuelles exprimées par le recours à la fameuse formule ‘droit à’ » ne concernent pas que les questions de bioéthique. « Le véritable problème réside en réalité dans la manière dont le législateur traite ce type de revendication et sait concilier les revendications contradictoires. (…)C'est justement à lui qu'il revient de faire exister, dans le débat, l'intérêt de ceux qui ne s'expriment pas: les enfants ou les générations futures par exemple».

 
 

[1] Assistance médicale à la procréation pour un couple de femmes, gestation pour autrui, critères de sélection dans le contexte d’un diagnostic préimplantatoire, suicide médicalement assisté ; utilisation de l’outil moléculaire CRISPR Cas9.

 
Sources: 

Huffington Post, Emmanuel Hirsch (17/01/2018); Le Figaro, Agnès Leclair (17/01/2018); Le Figaro, Eugénie Bastié (17/01/2018)

 

-  Curée sur la révolution génétique à  Davos : lancement de la Banque du Vivant. Vers un accaparement de la vie par l’économie ?

-Note " pour savoir comment des espèces synthétiques pourraient être utilisées pour concurrencer les espèces indésirables" lire Comment empêcher les OGM de se répandre dans la nature ?

-Note "money ,money ,money":

Quel Or-Bioé-t -il , demande le monsignor- mercantile? :Les données génétiques, une mine d'or pour les laboratoires

 

 
Pour l’industrie pharmaceutique et les start-up du secteur de la santé, l’accès aux informations des patients est un enjeu de plusieurs milliards de dollars.

LE MONDE | 17.01.2018 à 11h19 |Par Chloé Hecketsweiler

Identifier le meilleur cocktail de molécules pour traiter un cancer, retrouver ses ancêtres, identifier le gène prédisposant à une maladie rare ou sélectionner le patrimoine génétique de son futur enfant. Tout cela fait déjà partie de notre quotidien et représente des enjeux financiers gigantesques. Le marché des tests génétiques pourrait dépasser 5,8 milliards de dollars en 2022, contre 4,6 milliards en 2017.

Et ce n’est que le sommet de l’iceberg : les bases de données génétiques sont de véritables mines d’or pour les laboratoires pharmaceutiques et start-up qui misent sur une médecine de plus en plus personnalisée. Croisées avec des données cliniques issues des dossiers médicaux des patients et interprétées par des algorithmes, ces informations représentent une ressource stratégique. Le cadre dans lequel celle-ci peut être exploitée sera l’un des thèmes abordés lors des Etats généraux de la bioéthique, qui s’ouvrent jeudi 18 janvier.

Les tests génétiques grand public sont emblématiques de la bataille qui s’annonce. Pour moins de 100 dollars (81 euros), n’importe qui peut acheter en ligne un kit, avec la promesse de recevoir des indications sur ses origines géographiques, voire de trouver sa place dans un vaste arbre généalogique. Le géant américain Ancestry assure que 6 millions de personnes lui ont déjà confié leurs échantillons de salive. Et son concurrent californien 23andMe – qui commercialise aussi des tests de prédisposition à des maladies comme Parkinson et Alzheimer – totalise plus de 2 millions de clients.

Un marché évalué à 100 milliards de dollars en 2017

Mais ce business n’est qu’une facette de leur activité : pour ces start-up valorisées respectivement 3 et 1,75 milliards de dollars, le futur est dans l’exploitation de leurs bases de données. En signant le formulaire de consentement qui accompagne leurs échantillons, la majorité des clients acceptent que leur profil génétique soit utilisé à des fins de recherche. C’est ce que monnayent ces start-up : 23andMe a signé des accords avec deux laboratoires américains, Pfizer et Genentech, et Ancestry a pour partenaire Calico, une filiale d’Alphabet (maison mère de Google) qui s’intéresse aux maladies liées au vieillissement.

Pour les laboratoires, l’accès à ces données est devenu prioritaire. Dans le traitement du cancer, le profilage génétique des tumeurs permet de repérer certains marqueurs à la surface des cellules et de sélectionner le médicament le plus approprié. Ces thérapies dites « ciblées » représentent une part de plus en plus grande d’un marché évalué à près de 100 milliards de dollars en 2017, qui devrait bondir à 200 milliards en 2022. Le suisse Roche fait partie des pionniers, avec son partenaire américain FoundationMedicine, une société spécialisée dans l’analyse génétique des cellules tumorales. « Nous souhaitons intégrer de plus en plus d’informations pour avoir une vision plus exhaustive de la maladie et modéliser la stratégie thérapeutique la plus adaptée », indique Mouna Champain, directrice médicale de Roche en France, qui plaide pour un accès plus large aux données de santé.

« C’est le modèle Google »

Propriétaire des informations issues de son test, la société américaine s’en sert pour perfectionner son algorithme et affiner ses recommandations. L’analyse de l’ADN des patients pourra aussi être utilisée pour identifier des marqueurs prédictifs de la maladie. « Cela a une valeur inestimable, insiste Christophe Le Tourneau, oncologue à l’Institut Curie, en rappelant que le séquençage lui-même ne coûte plus très cher. C’est le modèle Google : le moteur de recherche est gratuit pour tout le monde, mais les données récoltées génèrent beaucoup d’argent ». Comme d’autres scientifiques, il plaide pour la création d’un data-center français avec un accès ouvert à tous. C’est l’un des enjeux du plan France génomique 2025, avec la création de plusieurs plateformes de séquençage génétique.

A cet enjeu de souveraineté s’ajoute celui du domaine de l’édition du génome. La possibilité de corriger des gènes défectueux avec des ciseaux à ADN soulève des questions éthiques. Aux États-Unis ou en Chine, une foule de start-up travaillent déjà sur des thérapies géniques et des tests ont eu lieu sur des embryons afin de corriger à la source notre « mode d’emploi ». « Il faut s’attendre à des avancées spectaculaires, estime André Choulika, fondateur de Cellectis, biotech spécialisée dans la reprogrammation génétique de certaines cellules immunitaires. Et on subira, c’est certain, le diktat des grosses sociétés chinoises et américaines. »Selon lui, le risque est de voir émerger deux catégories d’humains : ceux dont le « logiciel » sera mis à jour régulièrement, et les autres, qui n’auront pas accès à cette possibilité. « Rien ne pourra arrêter la science, mais il faut se poser la question : où la société souhaite-t-elle aller ? »

-Faut-il rendre grâce au téléthon pour ses promesses de bienfaits ?Quels sont au juste les risques encourus?Quid  de l'amélioration de la "race humaine" ?(Rappel;De l'Espagne du 13e siècle à la colonisation du Nouveau Monde, de l'obsession du lignage à la biologie de l'hérédité, l'historien J.-F. Schaub retrace les étapes de la construction de l'idée de race. Il montre que c'est la généalogie, plus que le phénotype, qui fournit le prétexte à cette naturalisation de la différence qu'est la racisation.Races sans couleur )

 

Bienfaits ?États-Unis : des premiers patients traités contre le cancer avec CRISPR

Les premiers résultats d’une thérapie génique pour des enfants atteints de myopathie myotubulaire sont très encourageants. Un succès à mettre notamment sur le compte d’une équipe de l’AFM-Téléthon.

Les premiers essais de thérapie génique portent leurs fruits dans une maladie rare, la myopathie myotubulaire. Cette maladie génétique touche le chromosome sexuel X chez un garçon sur 50.000 en France et 50% des enfants atteints décèdent avant leurs 18 mois. Cette altération touche plus exactement le gène qui code la protéine responsable du bon fonctionnement musculaire. De ce fait, les personnes atteintes souffrent d’une insuffisance respiratoire sévère et d’extrêmes faiblesses musculaires.

Ces premiers essais ont porté sur 4 garçons âgés de moins de 4 ans. Trois d’entre eux ont déjà reçu le traitement sous forme d’injection unique, tandis que le quatrième le recevra plus tard. «Dans le cas du premier, seulement 12 semaines après l’injection, des progrès au niveau de la mobilité, de la force et de la capacité respiratoire ont été constatés, annonce Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM-Téléthon. Désormais il peut s’asseoir et maintenir sa tête, ce qui n’était pas le cas avant. Chez les deux autres enfants, qui ont reçu une injection il y a respectivement 8 et 4 semaines, on constate également des progrès rapides» poursuit-il. Huit autres enfants doivent recevoir le traitement dans les prochaines semaines.

Thérapie génique grâce à un virus génétiquement modifié

Le traitement repose sur la réparation du gène endommagé, qui peut être réalisée grâce à l’injection d’un «gène-médicament». Ce dernier est amené au cœur des cellules musculaires des petits patients, au plus près du gène défaillant, à l’aide d’un virus. «Ce virus appartient à une famille qui n’engendre aucune maladie connue, indique Serge Braun. Il est modifié génétiquement, de sorte qu’il acquiert la capacité d’entrer dans les cellules, mais pas de proliférer». Une fois le gène médicament injecté, il va permettre la fabrication de la protéine manquante et le retour d’une fonction musculaire quasiment normale.

«C’est une première mondiale, indique Serge Braun. Le principal critère est donc évidemment la sécurité. En effet, le produit administré est constitué d’une grande quantité de virus génétiquement modifiés. Mais cette injection produit chez ces enfants une sorte de réponse vaccinale contre ce virus ce qui empêchera toute réadministration» indique-t-il. De ce fait, ils ont pour l’instant reçus la dose minimale mais tout de même suffisante pour obtenir des résultats thérapeutiques. Les doses seront augmentées petit à petit dans les deux prochaines cohortes.

Guéris à vie?

«Dans le cas de cette maladie, on sait que lorsque le virus pénètre le muscle, il y reste pour très longtemps, voire à vie» explique le directeur scientifique de l’AFM-Téléthon. Mais dans ce cas, il s’agit d’enfants. Avec la croissance, leurs muscles vont grandir et il risque d’y avoir une dilution: davantage de muscles pour un nombre de virus constant. «Mais normalement, la quantité de virus injectée au départ doit suffire et devrait continuer à être efficace à vie», poursuit Serge Braun, tout en précisant que l’apparition d’effets secondaires n’est pas exclue. «Des inflammations du foie peuvent éventuellement être constatées, mais elles sont réversibles par une prise transitoire de cortisone».

Grâce au téléthon

Avant ces essais, il a fallu trouver le gène responsable de la maladie, ce qui a été possible grâce à une équipe de chercheurs de Strasbourg. Il a ensuite fallu comprendre comment elle fonctionnait et imaginer le traitement. «Là aussi il s’agit du fruit d’une recherche française, menée par Ana Buj Bello au sein de notre laboratoire Généthon. Le tout a été financé grâce au Téléthon. L’essai est aujourd’hui international, en collaboration avec une biotech américaine et des enfants européens sont prévus dans les prochaines étapes de l’étude» indique Serge Braun.

Si les résultats se révèlent vraiment encourageants, une étude impliquant plus de malades pourrait être réalisée afin de confirmer la réalité statistique de l’effet thérapeutique. «Si les résultats restent aussi spectaculaires, on peut espérer gagner du temps sur les démarches pour qu’un maximum de patients accèdent au traitement plus rapidement. Et en tout état de cause, ils seront tous suivis à vie» précise Serge Braun. «Nous avons rarement assisté à la concrétisation d’espoirs aussi importants. Il faut rester prudent mais nous sommes très enthousiastes» conclut-il.

 
 

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 outrepassement scientifique CRISPR : des essais cliniques « prématurés » en Chine ?

23 Janvier 2018

Alors que le premier essai clinique de thérapie génique chez l’homme utilisant CRISPR-Cas9 est sur le point de démarrer aux Etats-Unis[1], le Wall Street Journal rapporte qu’en Chine, « au moins 86 personnes » auraient déjà été soumises à des expériences d’édition de leurs gènes. Onze essais cliniques utilisant CRISPR seraient en cours, dont le premier aurait débuté en 2015. Les scientifiques occidentaux dénoncent ces essais qui seraient « prématurés » et « irresponsables ». Tandis que l’essai américain cherche principalement à vérifier l’innocuité de CRISPR, les essais chinois visent à traiter des patients atteints de cancers, ou encore du VIH, mais sans certitudes sur les répercussions de tels injections à l’avenir.

 

Pour aller plus loin :

 

 

[1] CRISPR-Cas9 : Autorisation du premier essai clinique chez l'homme aux Etats-Unis

 
Sources: 

Gizmodo, Kristen V Brown (22/01/2018)

 

-Que  peut-t-il arriver aux gens quand un  système de soin dérape ?Peut -on parler d'un Génocide par prescriptions médicales  avec cette "histoire du déclin de la classe active blanche aux États-Unis"?


Par James Petras et Robin Eastman-Abaya – Le 7 janvier 2018 – Source DefendDemocracy

Introduction : Aux États-Unis, la classe ouvrière blanche a été décimée par une épidémie de « décès prématurés » – un terme neutre pour masquer la baisse de l’espérance de vie dans ce segment démographique historiquement important. Il y a eu des études et des rapports peu diffusés décrivant cette tendance de manière générale – mais leurs conclusions ne sont pas encore entrées dans la conscience nationale pour des raisons que nous tenterons d’explorer dans cet essai.

 

En effet, c’est la première fois dans l’histoire du pays en temps de paix que sa population active traditionnelle a connu un déclin démographique aussi dramatique – et l’épicentre de ce phénomène se situe dans les petites villes et les communautés rurales des États-Unis.

Les causes de ces « décès prématurés » (avant l’espérance de vie normale, généralement à cause d’affections évitables) sont l’augmentation brutale des suicides, les complications non traitées du diabète et de l’obésité et, surtout, l’« empoisonnement accidentel » – un euphémisme utilisé pour décrire ce qui constitue le plus souvent des surdoses de médicaments sous ordonnance et illicites et des mélanges médicamenteux toxiques.

Personne ne connaît le nombre total de décès de citoyens américains dus aux surdoses et aux mélanges médicamenteux mortels au cours des 20 dernières années, tout comme aucun organisme central ne tient les comptes du nombre de pauvres tués par la police à l’échelle nationale. Mais commençons par un chiffre conservateur, 500 000 victimes, pour la plupart des travailleurs blancs de la classe ouvrière, et mettons au défi les autorités de produire des statistiques réelles avec de vraies critères. En effet, ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé s’il incluait les « erreurs de médication » survenant en milieu hospitalier et dans les foyers de soins.

Au cours des dernières années, des dizaines de milliers d’Américains sont morts prématurément à cause de surdoses médicamenteuses ou de mélanges toxiques, la plupart du temps liées à des analgésiques narcotiques prescrits par des médecins et d’autres fournisseurs. Parmi ceux qui meurent de plus en plus souvent des suites d’une surdose d’opioïdes illégaux, surtout d’héroïne, de fentanyl et de méthadone, la grande majorité sont d’abord devenus dépendants aux puissants opioïdes synthétiques prescrits par la communauté médicale, fournis par les grandes chaînes de pharmacies et fabriqués avec des marges de profit incroyables. Dans le fond, cette épidémie a été encouragée, subventionnée et protégée par le gouvernement à tous les niveaux et reflète la protection d’un marché médico-pharmaceutique privé maximisant les profits et devenu sans limite.

On ne voit cela nulle part ailleurs dans le monde à un tel niveau. Par exemple, en dépit de son penchant pour l’alcool, l’obésité et le tabac – la population de patients britanniques a été essentiellement épargnée par cette épidémie parce que leur système national de santé est réglementé et fonctionne avec une éthique différente : le bien-être des patients est valorisé par rapport au profit brut. On peut penser que cela aurait été le cas aux États-Unis si un système national de santé à payeur unique avait été mis en place.

Face à l’augmentation des décès d’anciens combattants irakiens et afghans par overdose ou par suicide aux opioïdes sous ordonnance et aux mélanges médicamenteux, le général des forces armées et le corps médical ont demandé une audience en urgence au Sénat américain, en mars 2010, au cours de laquelle les témoignages ont montré que les médecins militaires avaient rédigé 4 millions d’ordonnances de stupéfiants puissants en 2009, soit quatre fois plus qu’en 2001. Les sénateurs, dirigés par Jim Webb de Virginie, ont mis en garde contre l’idée de jeter un éclairage négatif sur la Big Pharma alors qu’elle compte parmi les principaux donateurs pour les campagnes politiques.

L’image publique datant des années 1960 du soldat revenant du Vietnam, accoutumé à l’héroïne, image qui avait choqué la nation, s’est transformée en vétéran du nouveau millénaire dépendant à l’Oxycontin / Xanax, grâce aux contrats gigantesques de Big Pharma avec les forces armées américaines, les médias regardant de l’autre coté.

Aucune autre population pacifique, depuis la Guerre de l’opium de 1839, n’a été aussi dévastée par une épidémie de drogue encouragée par un gouvernement. Dans cette guerre, l’Empire britannique et son bras commercial, The East India Company, cherchaient un marché pour leurs énormes récoltes d’opium venant d’Asie du Sud et ont utilisé l’armée et des alliés mercenaires chinois pour imposer une distribution massive d’opium au peuple chinois, s’emparant de Hong Kong pour en faire une plaque tournante de leur commerce d’opium impérialiste. Alarmé par les effets destructeurs de la toxicomanie sur sa population productive, le gouvernement chinois a tenté d’interdire ou de réglementer la consommation de stupéfiants. Sa défaite aux mains des Britanniques marque le déclin de la Chine dans un statut semi-colonial pour le siècle prochain ; telle est l’une des conséquences d’avoir une population dépendante.

Cet article identifiera (1) la nature, sur le long terme, des décès provoqués par les drogues, (2) la dynamique de la « transition démographique due aux surdoses » et (3) l’économie politique de la dépendance aux opioïdes. Le présent document ne cite pas de chiffres ou de rapports – ils sont largement disponibles. Cependant, ils sont éparpillés, incomplets et généralement dépourvus de tout cadre théorique permettant de comprendre, et encore moins de faire face au phénomène.

Nous conclurons en discutant la question de savoir si chaque « mort par prescription médicale » doit être considérée comme une tragédie individuelle, un deuil privé ou un crime d’entreprise alimenté par la cupidité ou même un modèle de « grand roman de social-darwinisme » mené par un organe de décision élitiste.

Depuis l’avènement des grands changements politico-économiques induits par le néolibéralisme, la classe oligarchique américaine est confrontée au problème d’une population importante et potentiellement réactive, composée de millions de travailleurs marginalisés, de membres de la classe moyenne dont le niveau de vie diminue, rendus inutiles par la « globalisation » et d’une classe rurale armée, qui sombrent de plus en plus profondément dans la misère. En d’autres termes, lorsque le capital financier et les instances dirigeantes élitistes voient dans ce contexte une population « inutile » de travailleurs blancs, d’employés et de pauvres, quelles mesures « pacifiques » peuvent-elles être prises pour faciliter et encourager leur « déclin naturel » ?

Une tendance similaire était apparue au début de la crise du sida, quand l’administration Reagan a délibérément ignoré les morts soudaines parmi les jeunes Américains, en particulier les minorités, en adoptant l’approche moraliste consistant à « blâmer la victime », jusqu’ à ce que l’influente communauté gay s’organise et exige une action du gouvernement.

L’échelle et l’étendue des décès liés aux médicaments

Au cours des deux dernières décennies, des centaines de milliers d’Américains en âge de travailler sont morts des suites de la consommation de médicaments. Le manque de données solides est en lui-même un scandale. Ce manque est dû à un système fragmenté, incompétent et délibérément incomplet de dossiers médicaux et de certificats de décès, en particulier dans les zones rurales pauvres et les petites villes où il n’y a pratiquement aucun soutien pour la production et la tenue de registres de qualité. Ce grand vide de données est multiforme et entravé par des problèmes de régionalisme et d’absence de directives gouvernementales claires en matière de santé publique.

Au début de la crise, les professionnels de la santé étaient en grande partie dans le « déni » et mis sous pression pour certifier que les décès « soudains » étaient « naturels et dus à des conditions préexistantes ». Cela malgré la preuve accablante de prescriptions excessivement imprudentes de la part de la communauté médicale locale. Il y a quinze à vingt ans, les familles des victimes, isolées dans leurs petites villes, ont peut-être trouvé un certain réconfort à court terme en voyant le terme « naturel » associé à la mort prématurée de leur proche. Il est compréhensible qu’un diagnostic de « décès par overdose » puisse provoquer une honte sociale et personnelle énorme dans les familles ouvrières blanches des régions rurales et des petites villes qui associaient traditionnellement les narcotiques aux minorités urbaines criminelles. Elles se croyaient immunisés contre ce problème de « grande ville ». Ils faisaient confiance à « leurs » médecins qui, à leur tour, faisaient confiance aux affirmations de Big Pharma disant que les nouveaux opioïdes synthétiques n’étaient pas addictifs et pouvaient être prescrits en grandes quantités.

Malgré la lente prise de conscience de ce problème par la communauté médicale locale, il y a eu peu de tentatives publiques d’éduquer cette population à risque et encore moins de tentatives d’endiguer la sur-prescription des médecins et des cliniques privés. Ni eux, ni les infirmières et les assistantes médicales n’ont informé les patients sur les immenses dangers de combiner opioïdes et alcool ou tranquillisants. En fait, beaucoup de médecins ne savaient même pas ce que d’autres prestataires avaient prescrit à leurs patients. Il n’était pas inhabituel de voir des jeunes adultes en bonne santé avec différentes ordonnances prescrites par plusieurs prestataires.

Au cours des dernières décennies, sous la pression du régime néolibéral, les budgets des services de santé des comtés ruraux ont été supprimés par le biais de programmes d’austérité promus par les entreprises. À la place, le gouvernement fédéral a ordonné qu’ils mettent en œuvre des plans coûteux et absurdes pour lutter contre le « bioterrorisme ». Souvent, les services de santé n’avaient pas le budget nécessaire pour payer les coûteux tests de toxicologie médico-légale requis pour documenter les niveaux de drogue dans les cas suspects de surdose au sein de leur propre population.

Tous les regards officiels se sont concentrés sur la « guerre contre la drogue »  celle menée contre la population pauvre et minoritaire urbaine. Les petites villes, où les médecins prescripteurs abusifs forment les piliers des églises locales ou des country clubs, souffraient en silence. Le grand public a été bercé par la mauvaise éducation des médias qui l’a poussé à croire que la toxicomanie et les décès qui y sont liés étaient un problème de « centre-ville » un problème qui nécessitait la réaction raciste habituelle consistant à remplir les prisons de jeunes Noirs et d’Hispaniques pour des délits mineurs ou la possession de drogue.

Pendant ce temps, les enfants blancs de la classe ouvrière commencèrent à composer le 911… parce que « Maman ne se réveillait pas… ». Maman, avec ses patchs de fentanyl sous ordonnance, a pris un Xanax de trop et cela a dévasté toute une famille. C’est un cas parmi une épidémie qui fait rage. Partout dans le pays, ces cas alarmants se multiplient. Certains comtés ruraux ont vu la proportion de nourrissons dépendants, nés de mères toxicomanes, submerger leurs systèmes hospitaliers non préparés. Et les pages nécrologiques locales publiaient un nombre croissant de jeunes noms et de visages au côté de personnes très âgées – sans jamais imprimer aucune explication sur leur disparition prématurée alors qu’ils pouvaient consacrer des paragraphes entiers à un octogénaire disparu.

Les tendances récentes montrent que les décès dus à la drogue (surdose d’opiacés et mélanges mortels avec d’autres drogues et l’alcool) ont eu un impact majeur sur la composition de la main-d’œuvre locale, les familles, les communautés et les quartiers. Cela se reflète dans la vie des travailleurs, dont la vie personnelle et l’emploi ont été gravement affectés par les délocalisations d’usines, la réduction des effectifs, les réductions salariales et les réductions des prestations de santé. Les systèmes de soutien traditionnels, qui fournissaient une aide aux travailleurs victimes de ces tendances, tels que les syndicats, les travailleurs sociaux publics et les professionnels de la santé mentale, étaient soit incapables, soit réticents à intervenir avant ou après l’apparition du fléau de la toxicomanie.

La dynamique démographique des décès dus à la drogue

Presque tous les rapports publiés ignorent la démographie et l’impact sur les différentes classes sociales des décès liés aux médicaments sur ordonnance. La majorité des personnes tuées par les drogues illégales étaient d’abord dépendantes des stupéfiants légaux prescrits par leurs fournisseurs. Seules les morts par overdose de célébrités font la une des journaux.

La plupart des victimes sont des travailleurs à bas salaire, sans emploi ou sous-employés de la classe ouvrière blanche. Leurs perspectives d’avenir sont sombres. N’importe quel rêve d’établir une vie familiale saine avec un seul salaire dans le « cœur de l’Amérique » serait accueilli par des rires. Il s’agit d’une part énorme de la population nationale qui a connu une forte baisse de son niveau de vie en raison de la désindustrialisation. La majorité des victimes de surdose mortelle sont des hommes blancs en âge de travailler, mais avec une forte proportion de femmes de la classe ouvrière, souvent des mères ayant des enfants. Il y a peu de discussions sur l’impact d’un décès par surdose d’un membre en âge de travailler sur la famille élargie. Cela inclut les grands-mères dans la cinquantaine. Dans ce contexte démographique, les femmes assurent souvent une cohésion et une stabilité essentielles sur plusieurs générations en âge critique.

Il semble que les minorités américaines ait échappé jusqu’à présent à cette épidémie. Les Noirs et les Hispano-Américains sont déjà déprimés et marginalisés au niveau économique depuis bien plus longtemps et le taux moins élevé de décès liés aux médicaments prescrits au sein de leur population pourrait refléter une plus grande résilience. Cela reflète certainement leur accès limité à la communauté médicale du secteur privé qui a tendance à sur-prescrire – un sombre paradoxe quand la « négligence » médicale devient « inoffensive ».

Bien qu’il y ait peu d’études basées sur des critères de classe examinant les tendances des « décès par surdose » chez les minorités urbaines et les Blancs des régions rurales / petites villes dans les départements universitaires de sociologie, de santé publique ou d’études sur les minorités, des données partielles et des observations personnelles suggèrent que les populations urbaines minoritaires sont plus susceptibles d’aider un voisin ou un ami en surdose que dans la communauté blanche où les toxicomanes sont plus susceptibles d’être isolés et abandonnés par les membres de la famille, par honte. Même la pratique consistant à « balancer » un ami en surdose à l’entrée d’un service des urgences et à s’enfuir a sauvé de nombreuses vies. Les minorités urbaines ont un meilleur accès aux salles d’urgence chaotiques des grandes villes, où le personnel médical sait reconnaître et traiter les cas de surdose. Après des décennies de luttes pour les droits civils, les minorités sont peut-être plus habiles à faire valoir leurs droits en ce qui concerne l’utilisation des ressources publiques. Il peut même y avoir une culture de solidarité relativement plus forte parmi les minorités marginalisées dans la fourniture d’assistance ou une prise de conscience des conséquences de ne pas amener son voisin aux urgences. Ces mécanismes de survie urbaine sont largement absents dans les zones rurales blanches.

À l’échelle nationale, les médecins américains ont longtemps été dissuadés de prescrire des opioïdes synthétiques puissants à des patients minoritaires, même à ceux qui souffraient de douleurs importantes. Il y a plusieurs facteurs ici, mais la communauté médicale n’est pas à l’abri du stéréotype de l’hispanique ou du noir accro ou dealer. Peut-être que ce « racisme » médical répandu dans le contexte de l’épidémie d’opioïdes sur ordonnance a eu un effet paradoxal.

Quelle qu’en soit la raison, les toxicomanes des minorités urbaines, alors qu’ils font des overdoses en grand nombre, sont plus susceptibles d’y survivre que dans les petits villages ou les Blancs des zones rurales, peu familiers avec les narcotiques et leurs effets.

Dans les régions rurales et les petites villes (désindustrialisées) du cœur des États-Unis, la solidarité entre les communautés et les familles s’est effondrée. Cela a fait suite à la destruction d’une base d’emploi stable vieille d’un siècle, en particulier dans les secteurs manufacturier, minier et agricole. Seule la Russie post-soviétique a connu une tendance similaire à la baisse de l’espérance de vie due à l’« empoisonnement » (alcool et drogues), à la suite de la destruction de son système socialisé de plein emploi et de l’effondrement de tous les services sociaux. En outre, la perte de l’appareil policier soviétique répressif et la montée en puissance d’une classe d’oligarques mafieux avaient provoqué un énorme approvisionnement d’héroïne en provenance d’Afghanistan.

La croissance de la dépendance aux opioïdes n’est pas fondée sur un « choix personnel » et n’est pas non plus le résultat de changements dans les styles de vie. Alors que toutes les classes et tous les niveaux d’éducation figurent parmi les victimes, l’écrasante majorité sont des travailleurs blancs jeunes et des pauvres. Cela touche tous les groupes d’âge, y compris des adolescents qui se remettent d’une blessure sportive et les personnes âgées souffrant de douleurs articulaires et dorsales. La poussée de la toxicomanie est le résultat de changements majeurs dans l’économie et la structure sociale. Les régions les plus touchées par les décès dus aux surdoses sont celles qui connaissent un déclin profond, prolongé et permanent, comme les régions de la Rust belt, les petites villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre, le nord de l’État de New York, la Pennsylvanie et le sud rural, ainsi que les régions agricoles, minières et forestières de l’ouest.

C’est le résultat de décisions prises par des dirigeants privés (1) de délocaliser des entreprises américaines productives à l’étranger ou dans des régions lointaines et non syndiquées du pays, (2) de forcer des employés autrefois bien payés à occuper des emplois moins bien rémunérés, (3) de remplacer les travailleurs américains par des immigrants étrangers qualifiés et non qualifiés ou des « intérimaires » mal payés, (4) de couper les prestations de retraite et de santé et (5) d’introduire de nouvelles technologies – y compris des robots – qui réduisent la main-d’œuvre. Ces changements dans la relation entre le capital et le travail ont créé d’énormes profits pour les cadres supérieurs et les investisseurs, tout en produisant une main-d’œuvre excédentaire, ce qui exerce une pression encore plus grande sur les jeunes travailleurs débutants et les travailleurs avec de l’ancienneté. Pendant des décennies, il n’y a pas eu de programme efficace de protection de l’emploi et de création d’emplois durables pour contrer le déclin de l’emploi bien rémunéré. Les bons emplois ont été remplacés par le salaire minimum, le secteur des services ou des emplois temporaires mal rémunérés dans le secteur manufacturier, sans avantages sociaux ni protections. Partout dans le cœur de ce pays dévasté, des programmes très coûteux, tel que « Start-Up New York » n’ont pas réussi à créer des emplois décents tout en gaspillant des centaines de millions de dollars d’argent public en relations publiques gratuites pour les politiciens de l’État.

L’épidémie de toxicomanie a été particulièrement meurtrière dans les régions où les pertes d’emplois industriels et la baisse des salaires du travail ont été les plus meurtrières, ainsi que dans les secteurs agricoles et agroalimentaires, qui, autrefois protégés, sont maintenant déprimés et où les emplois syndiqués ont été remplacés par des immigrants au salaire minimum. La perte d’emplois stables s’est accompagnée d’une réduction des services sociaux et de réductions considérables des prestations, alors même que ces services auraient dû être renforcés.

Précisément parce que ce soi-disant « problème médicamenteux » est lié à des changements démographiques majeurs résultant de mutations capitalistiques dynamiques, il n’a jamais été au centre de la recherche subventionnée par le gouvernement et les fondations d’entreprises dirigées par l’élite – contrairement à leur fixation sur la « radicalisation des musulmans » ou les « tendances de la criminalité urbaine ». La recherche avait tendance à se concentrer sur les « minorités » ou tout simplement à graviter à la périphérie du phénomène actuel. De bonnes études et données auraient fourni la justification et la base de programmes publics majeurs visant à protéger la vie des travailleurs blancs marginalisés et à renverser ces tendances fatidiques. L’absence de recherche et de données sur ce phénomène, qui dure depuis dix ans et qui touche l’ensemble du pays, justifie aussi l’absence flagrante de réponse gouvernementale efficace. Ici, la « négligence » n’a pas été « inoffensive ».

Parallèlement à l’augmentation de la dépendance aux opioïdes, on assiste à une augmentation astronomique de la prescription de psychotropes et d’antidépresseurs à la même population, phénomène également très rentable pour Big Pharma. Le fait de prescrire des médicaments aussi puissants et potentiellement dangereux, modifiant l’humeur, à des Américains en chute sociale pour « traiter » ou diminuer des angoisses et des réactions normales face à la détérioration de leur condition matérielle, a des conséquences profondes. On peut s’attendre à ce que ces personnes, souvent bénéficiaires d’une aide au chômage ou de MEDICAID, suivent un régime quotidien complexe comprenant jusqu’à neuf médicaments – en plus de leurs analgésiques narcotiques – tout en essayant de faire face à leur monde qui s’écroule.

Alors qu’un emploi digne et bien rémunéré permettrait de traiter efficacement le désespoir d’un travailleur marginalisé sans effet secondaire désagréable ou dangereux, la communauté médicale et de santé mentale a constamment envoyé ses patients à Big Pharma. Par conséquent, les analyses toxicologiques post-mortem montrent que des médicaments psychotropes et des antidépresseurs prescrits à plusieurs reprises, en plus des narcotiques, sont utilisés dans les cas de décès par surdose d’opioïdes. Bien que cela puisse constituer une abdication de la responsabilité du fournisseur de soins médicaux envers les patients, cela reflète aussi l’impuissance totale de la communauté médicale face à l’effondrement social systémique, celui qui se produit dans les communautés marginalisées où les décès par surdose de drogue se concentrent.

Les études démographiques, au mieux, identifient les victimes de la toxicomanie. Mais leur choix de considérer leur désespoir comme un « problème individuel »  survenant dans un « contexte spécifique, actuel » ne tient pas compte des grandes structures politiques et économiques qui ont ouvert la voie à ces morts prématurés.

L’économie politique des décès par surdose

Lorsque le corps d’une jeune victime de surdose de la classe ouvrière est enfermé dans une morgue, son décès prématuré est qualifié d’« auto-infligé » ou de surdose « accidentelle » d’opioïde et une grande machine de camouflage est mise en route : la séquence qui mène à la mort est entourée de mystère, aucune compréhension plus profonde des facteurs socioculturels et économiques n’est recherchée. Au lieu de cela, la victime ou sa culture est blâmée pour le résultat final d’une chaîne complexe de décisions économiques et de manœuvres politiques capitalistes élitistes dans laquelle la mort prématurée d’un travailleur est un simple événement collatéral. La communauté médiane a simplement fonctionné comme la courroie de transmission dans ce processus, plutôt que comme un agent au service du public.

La grande majorité des décès par surdose sont en réalité victimes de décisions et de coups du sort qui échappent à leur contrôle. Leurs dépendances raccourcissent leur vie, obscurcissent leur compréhension des événements et minent leur capacité à s’engager dans une lutte de classe pour renverser cette tendance. C’est une solution parfaite aux problèmes démographiques prévisibles dus au néolibéralisme brutal en Amérique.

Wall Street et Washington ont conçu un plan macro-économique qui élimine des emplois décents, réduit les salaires et réduit les prestations. Par conséquent, des millions de travailleurs marginalisés et de chômeurs sont soumis à une tension énorme et ont recours à des solutions pharmacologiques pour endurer leur douleur parce qu’ils ne sont pas organisés. Le rôle de chef de file historique des syndicats et des organisations communautaires a été éliminé. Au lieu de cela, les travailleurs licenciés sont « chargés par Big Pharma » de creuser leurs propres tombes alors que les dirigeants de classe sont introuvables.

Deuxièmement, le lieu de travail est devenu beaucoup plus dangereux sous ce « nouvel ordre économique ». Les patrons ne craignent plus les syndicats et la réglementation en matière de sécurité : de nombreux travailleurs sont blessés par l’accélération du rythme de travail, la prolongation des heures de travail, la formation professionnelle déficiente et l’absence de surveillance fédérale des conditions de travail. Les travailleurs blessés qui ne bénéficient d’aucune protection judiciaire, syndicale ou d’un organisme public craignent à juste titre des représailles pour avoir signalé un accident du travail et recourent de plus en plus aux stupéfiants sur ordonnance pour faire face à la douleur aiguë et chronique tout en continuant de travailler.

Lorsque les employeurs permettent aux travailleurs de signaler leurs blessures, la faible couverture et les traitements limités disponibles, ils encouragent les fournisseurs de soins à prescrire des narcotiques en plus d’autres médicaments avec des interactions potentiellement dangereuses. De nombreuses cliniques de traitement de la douleur, sous contrat avec les employeurs, ont hâte de tirer profit des clients blessés, tandis que les sociétés pharmaceutiques promeuvent activement les narcotiques synthétiques puissants.

Une chaîne vicieuse se forme : la production en masse de narcotiques par l’industrie pharmaceutique compte parmi ses produits les plus rentables. Les chaînes de pharmacies privées fournissent les ordonnances rédigées par des dizaines de milliers de « revendeurs » (médecins, dentistes, infirmières et assistants médicaux) qui n’ont qu’un temps limité pour examiner un travailleur blessé. La détérioration des conditions de travail est à l’origine de la blessure et les travailleurs deviennent des consommateurs du remède miracle de Big Pharma – Oxycontin ou ses cousins – qu’une décennie de vendeurs de médicaments avait qualifié de « non addictifs ». Une longue lignée de professionnels hautement qualifiés, y compris des médecins et d’autres prestataires de soins, des pathologistes, des médecins légistes et des coroners documentent soigneusement la véritable cause, les patrons d’entreprises, afin de se protéger contre les représailles de l’entreprise si elles « lâchaient le morceau ». Derrière cette façade scientifique se cache aussi un darwinisme social que peu de gens sont prêts à affronter.

Ce n’est que récemment que le gouvernement fédéral a commencé à débloquer des fonds pour la recherche face au nombre incroyable d’hospitalisations et de décès attribuables à des surdoses de stupéfiants. Les chercheurs universitaires et médicaux ont commencé à recueillir et à diffuser des données sur l’épidémie croissante de décès par opiacés ; ils fournissent des cartes choquantes des comtés et régions les plus touchés. Ils se joignent au chœur pour exhorter les agences fédérales et étatiques à s’impliquer plus activement dans la technique habituelle : « éducation et prévention ». Cette poussée d’activité arrive deux décennies trop tard pour l’épidémie et empeste le cynisme.

Le financement de la recherche sur ce phénomène n’aboutira pas à des programmes efficaces à long terme pour faire face à ces petites « crises de capitalisme » communautaires. Il n’y a pas d’institution prête à s’attaquer à la cause fondamentale : la dévastation des relations de travail due au capitalisme de l’Amérique post-millénaire, la nature corrompue des liens entre l’État et les entreprises pharmaceutiques et le caractère chaotique et axé sur le profit de notre système médical privé. Très peu d’auteurs explorent comment un système de santé national public et à payeur unique aurait clairement empêché l’épidémie, dès le début.

Conclusion

Pourquoi l’État capitaliste et l’élite pharmaceutique entretiennent-ils un processus socio-économique qui a entraîné la mort à grande échelle et sur le long terme des travailleurs et des membres de leur famille dans les zones rurales et les petites villes d’Amérique ?

Une hypothèse toute faite et convaincante est que l’élite dynamique des entreprises modernes profite des résultats de « l’évolution démographique due aux surdoses ».

Les entreprises tirent des milliards de dollars de profits du « déclin naturel » des travailleurs licenciés : elles réduisent les prestations sociales et liées à l’emploi, comme les régimes de soins de santé, les pensions, les vacances, les programmes de formation professionnelle, ce qui permet aux employeurs d’augmenter les taux de profits, les gains en capital, les primes aux cadres et les augmentations. Les services publics sont éliminés, les impôts sont réduits et les travailleurs peuvent, en cas de besoin, être importés – entièrement formés – de l’étranger pour un emploi temporaire sur un « marché du travail libre ».

Les capitalistes profitent encore plus des gains technologiques – robots, informatisation, etc. – en veillant à ce que les travailleurs ne profitent pas d’horaires réduits ou de congés plus longs en raison de leur productivité accrue. Pourquoi partager les résultats des gains de productivité avec les travailleurs, alors que les travailleurs peuvent tout simplement être éliminés ? Les travailleurs insatisfaits peuvent se retourner contre eux-mêmes ou « prendre une pilule » mais sans jamais s’organiser pour reprendre le contrôle de leur vie et de leur avenir.

Les experts électoraux et les experts politiques peuvent prétendre que les travailleurs blancs américains rejettent les grands partis parce qu’ils sont « irrités » et « racistes ». Ce sont ces ouvriers qui se sont tourné vers un « Donald Trump ». Mais une analyse plus approfondie révélerait leur rejet rationnel de dirigeants politiques qui refusent de condamner l’exploitation capitaliste et de faire face à l’épidémie de mort par surdose.

Il y a une explication de classe pour ce véritable génocide par narcotiques qui fait rage parmi les travailleurs blancs et les chômeurs des petites villes et zones rurales d’Amérique : c’est la solution corporative « parfaite » face à une main-d’œuvre excédentaire. Il est temps pour les travailleurs américains et leurs dirigeants de se réveiller sur ce fait cruel et de résister à cette guerre des classes unilatérale ou de continuer à pleurer plus de morts prématurées en silence.

Et il est temps pour la communauté médicale d’exiger un système de santé national « centré sur le patient » qui récompense le service au détriment du profit et la responsabilité au détriment de la complicité silencieuse.

James Petras et Robin Eastman-Abaya

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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La vie de CRISPR Cas9 n'est pas un long fleuve tranquille

 

P 

CRISPR-Cas9, cette technologie révolutionnaire de la thérapie génique a beaucoup fait parler d’elle en Novembre dernier avec l’expérience de biohacking de Josiah Zayner qui l’a utilisé sans encadrement clinique ou scientifique pour augmenter la taille des muscles de son bras. J.Zayner n’est pas le seul intéressé par le biohacking, de nombreuses structures comme BosLab à Boston ou La Paillasse à Paris ont ouvert leurs portes ces dernières années pour permettre à tous les citoyens de découvrir les biotechnologies et de réaliser entre autres des manipulations génétiques plus ou moins complexe sur des microorganismes ce qui n’est pas sans poser questions.

Pour rappel, le système CRISPR-Cas9 initialement étudié chez les microorganismes, a été utilisé à partir de 2012 pour développer une technique simple et précise d’édition des gènes à l’aide de « ciseaux moléculaires » permettant d’ajouter ou de supprimer des mutations dans une cellule. Cette technique est le fruit de la collaboration entre une chercheuse américaine, Jennifer Doudna qui travaille actuellement à l’UC Berkeley, et une chercheuse française, Emmanuelle Charpentier aujourd’hui directrice du Max Planck Institute for Infection Biology à Berlin [1] . Elle a fait l’objet de brevets déposés par le Broad Institute de MIT et Harvard, l’Université de Californie, Berkeley, et l’Université de Vienne.

Les expériences de biohacking mises à part, la technologie CRISPR-Cas9 fait l’objet de recherches très sérieuses pour le développement de nouveaux traitements. Ex vivo, CRISPR-Cas9 peut être utilisée pour corriger une mutation présente dans certaines cellules, ces dernières étant réimplantées après modification. C’est l’approche retenue par une équipe de l’Université de Pékin pour le développement d’un vaccin génétique permettant de rendre des souris résistantes au VIH. L’utilisation de la technologie CRISPR Cas9 pour corriger in toto des mutations est également en cours d’étude. Bien que concurrentes, trois startup pionnières de cette technologie, Editas Medicine, Intellia Therapeutics, et CRISPR Therapeutics sont situées à Cambridge (Etats-Unis) tout près du Broad institute, l’un des épicentres académiques d’étude de CRISPR-Cas9.

Les premiers signaux d’alerte concernant les risques associés au développement de nouveaux traitements utilisant CRISPR-Cas9 sont apparus en mai dernier avec la publication d’une étude de cas chez la souris. Dans cette étude, des médecins de l’Université de Columbia, l’Université de Stanford et l’Université de l’Iowa ont observé de nombreuses mutations non souhaitées et potentiellement induites par l’introduction de CRISPR-Cas9 chez cette souris quelques mois plus tôt. Ces observations, préliminaires, ont donné lieu à une vive polémique dans le monde scientifique.

Fin 2017 relance cette polémique, avec la publication de nombreux articles scientifiques montrant les limites potentielles de l’utilisation de CRISPR-Cas9, ce qui semble repousser d’autant plus l’horizon d’une utilisation thérapeutique à grande échelle chez l’être humain.

En novembre dernier, une équipe de l’université de Cambridge au Royaume-Uni a mis en évidence l’incapacité pour la technologie CRISPR-Cas9 d’accéder aux mitochondries, à l’inverse d’autres technologies concurrentes de modification des gènes comme les TALENs. Or, les mitochondries sont des cibles thérapeutiques pour de nombreuses maladies et leur imperméabilité à CRISPR représente un véritable challenge pour le développement de cette technologie dans le domaine de la santé humaine.

Un deuxième article, publié en décembre dans la revue PNAS par Stuart H. Orkin , et Matthew C. Canver chercheurs au Harvard Stem Cell Institute, met en évidence la très forte sensibilité de la technologie CRISPR-Cas9 aux variations naturelles des gènes. Cette découverte est importante pour le développement de nouveaux traitements qui risquent de ne pas être efficaces voire d’avoir des effets secondaires indésirables en affectant d’autres gènes que celui qui était ciblé. Les futurs traitements basés sur la technologie CRISPR-Cas9 risquent donc de devoir être adaptés individuellement, ce qui risque d’entraîner un coût d’utilisation élevé.

De façon plus préoccupante, un troisième article publié le 5 janvier par une équipe de chercheurs de Stanford sur la plateforme BioRxiv montre la résistance naturelle de certains individus à un élément essentiel à la technologie CRISPR-Cas9, le composé Cas9. Cas9 n’est pas naturellement produit par le corps humain. Les chercheurs ont identifié une réponse immunitaire positive contre les deux variants de Cas9 les plus utilisées, SaCas9 (dérivée du Staphylocoque doré) et SpCas9 (dérivée du Streptocoque pyogène) chez 46% des personnes étudiées. Ces réponses immunitaires peuvent inactiver Cas9 et rendre la technologie inefficace. Dans les cas les plus graves, la présence de Cas9 pourrait entraîner une réaction immunitaire dangereuse nécessitant une hospitalisation.

La route au développement de nouveaux traitements à base de CRISPR-Cas9 ne fait cependant que commencer. Preuve de l’intérêt toujours aussi fort que suscite cette technologie, l’américain Editas et les français de Genomic Vision ont signé en octobre dernier un accord de partenariat en vue du lancement d’un essai clinique en 2020. Le rôle de Genomic vision dans cette collaboration est cruciale puisque qu’il est responsable, grâce à une technologie particulière de peignage moléculaire de valider la qualité des molécules d’édition du génome produites par Editas.

La concurrence reste toutefois rude entre les différents outils de thérapie génique, d’autres technologies d’édition des gènes comme les TALENS ou les Nucléases à doigts de Zinc commencent elles aussi à faire leurs premiers pas dans le monde du développement clinique.


Rédacteur
 Damien COLIN, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston, deputy2-inno@ambascience-usa.org

-Note "Croissez et multipliez  ...quand même" (ce n'est pas si mal,puisque c'est dans le Livre)par l'administration du blog :

Jésus ayant montré la voie en  multipliant des  miches ,la science croit-elle pouvoir faire autant de "pains "inconséquemment ?!En effet ,ne pourrait -on pas tirer expérience de la technique de transfert nucléaire de cellules somatiques  utilisée expérimentalement chez nos proches cousins  ,pour nous  l'appliquer et produire des clones humains?Chiche!

 

Par Paul Benkimoun

Une équipe chinoise a réussi à engendrer deux macaques identiques en utilisant le transfert de noyau mis en œuvre en 1996 pour créer la célèbre brebis.

LE MONDE | 24.01.2018 à 20h09 • Mis à jour le 25.01.2018 à 10h07 |

Ce pourrait être une information banale dans le carnet rose : « Qiang Sun et Muming Poo sont heureux de vous faire part de la naissance, à Shanghaï, des jumeaux Zhong Zhong et Hua Hua. » Mais, ce que ces deux chercheurs seniors développent dans un article publié jeudi 24 janvier dans la revue Cell n’est ni plus ni moins que le premier clonage réussi de deux primates, en utilisant la même méthode que celle qui avait permis la naissance, le 5 juillet 1996 à Edimbourg (Royaume-Uni), de la brebis Dolly. Les scientifiques chinois espèrent pouvoir produire des lignées d’animaux génétiquement identiques utilisables à des fins de recherche.

La naissance de Dolly, morte le 14 février 2003, avait produit l’effet d’un séisme, tant sur le plan de la percée scientifique que sur celui des débats éthiques qu’elle suscitait. Pour la première fois, des chercheurs étaient parvenus à faire naître un animal en bonne santé, réplique génétique à l’identique de sa mère, sans passer par la reproduction sexuée. Depuis, vingt-trois espèces de mammifères différentes ont fait l’objet d’un clonage de ce type, de la souris au chameau en passant par le cheval et le cochon.

Pour faire naître Dolly, l’équipe écossaise de Ian Wilmut avait transféré un noyau prélevé sur une cellule différenciée adulte dans un ovocyte de brebis préalablement débarrassé de son propre noyau. Contrairement à une cellule adulte, qui contient une paire de chaque chromosome, l’ovocyte n’en compte qu’un jeu. Ce n’est qu’après la fécondation par un spermatozoïde que l’œuf se retrouve pourvu d’un patrimoine génétique complet. C’est aussi à ce résultat qu’aboutit le transfert nucléaire.

Reprogrammation

Cependant, les différentes tentatives d’appliquer ce procédé à des primates non humains n’avaient pas donné lieu à une descendance viable. En octobre 1999, des chercheurs de l’Oregon (Etats-Unis) avaient bien fait naître une femelle singe rhésus, nommée Tetra, mais en recourant à une technique différente : provoquer la division d’un embryon comme elle se produit spontanément pour des vrais jumeaux (homozygotes). Des données scientifiques indiquaient que la raison de l’échec des tentatives chez le primate tenait à une reprogrammation défectueuse du noyau transféré.

En effet, le procédé employé depuis Dolly implique un noyau de cellule différenciée, généralement une cellule du tissu conjonctif appelée fibroblaste. Le noyau de ces cellules n’exprime plus qu’une partie de ses gènes correspondant aux fonctions qu’elles remplissent. Lors du clonage, le noyau subit une reprogrammation. Après administration d’une impulsion électrique, les éléments du milieu intérieur de la cellule receveuse agissent sur le noyau transféré. Celui-ci récupère ainsi les multiples potentialités des cellules embryonnaires, capables de se différencier ultérieurement dans tous les types cellulaires de l’organisme.

Grâce à des substances modulant l’expression de certains gènes qui inhibent le développement de l’embryon, l’équipe de Qiang Sun, de l’Institut de neurosciences de l’Académie des sciences chinoise à Shanghaï, et Muming Poo, directeur de cet institut, a optimisé la technique. Elle a ainsi surmonté les obstacles qui avaient conduit à l’échec les précédentes tentatives de clonage d’un primate.

Faible rendement du clonage animal

L’équipe a eu recours à des cellules fœtales déjà différenciées, contrairement à celles d’un embryon. Les noyaux de fibroblastes d’un même fœtus de macaque servant de donneur ont été transférés dans des ovocytes privés de leur noyau. Après quelques jours de développement, les embryons ont été implantés dans l’utérus de femelles macaques servant de mères porteuses.

Sur vingt et une femelles porteuses, les chercheurs de Shanghaï ont constaté six grossesses. Deux bébés macaques sont nés en bonne santé. Ils ont été baptisés Zhong Zhong et Hua Hua, l’expression Zhong Hua signifiant « Nation chinoise ».

Les chercheurs se sont assurés que l’ADN du noyau de leurs cellules provenait bien du donneur et que l’ADN des mitochondries – les usines énergétiques de la cellule – était bien issu de celles présentes dans la cellule receveuse.

« La nouveauté de ce travail est l’utilisation par les chercheurs de drogues épigénétiques qui optimisent la reprogrammation du noyau. Si celui-ci n’est pas complètement remis à zéro, le développement de l’embryon s’interrompt »,commente Corinne Cotinot, directrice de l’unité biologie du développement et reproduction à l’INRA (campus de Jouy-en-Josas). Les difficultés de la reprogrammation expliquent le faible rendement du clonage animal. Ce n’est ainsi qu’après l’échec de 434 tentatives que l’équipe de Ian Wilmut avait obtenu un animal viable. « Le rendement dans différentes espèces n’est que de 1 % à 2 % et, au mieux, lorsque la technique est perfectionnée, de l’ordre de 10 % à 15 % »,souligne Corinne Cotinot.

« Questions éthiques »

Les chercheurs chinois font valoir que l’intérêt principal de leurs recherches est le premier pas vers l’obtention de lignées de primates génétiquement identiques, qui pourront avoir subi une modification de leur génome par exemple pour étudier les effets de l’inactivation d’un gène, et servir de modèles pour des maladies humaines. « Vu le faible rendement, nous n’en sommes pas encore là », tempère Corinne Cotinot. De plus, l’équipe chinoise précise que ses tentatives d’utiliser des cellules adultes n’ont pas abouti.

Ces travaux scientifiques ont fait l’objet d’un feu vert des autorités universitaires chinoises et sont conformes aux recommandations internationales sur la recherche chez l’animal formulées par les Instituts nationaux de la santé des Etats-Unis, précise la revue Cell. Cependant, « ils risquent de soulever des réticences pour deux motifs : celles relatives aux questions éthiques posées par le clonage et celles concernant le bien-être animal, ne serait-ce qu’en raison des fausses couches à un stade tardif chez les primates », met en garde Mme Cotinot.

  • Vingt-trois espèces de mammifères clonés

5 juillet 1996 : naissance à Edimbourg de la brebis Dolly.

1998 : premier clonage de souris et de veaux.

2000 : premier clonage d’un cochon.

2002 : premier clonage d’un chat.

2003 : premier clonage d’un cheval.

2002-2010 : tentatives infructueuses de clonage de primates par transfert nucléaire.

2003 : premier clonage d’un rat.

2005 : premier clonage d’un chien.

2017 : naissance des premiers primates par transfert du noyau d’une cellule somatique.

Qui est le propriétaire des données de ma santé ? - The Conversation

 7 février 2018

Chacun d’entre nous produit une grande quantité de données sur sa santé, parfois même sans le savoir. Ce peut être un taux de cholestérol, après s’être rendu pour une prise de sang dans un laboratoire d’analyses ; un diagnostic de trouble du rythme cardiaque, suite à un bilan réalisé par le cardiologue ; un nombre de pas faits durant la journée, enregistré automatiquement par le smartphone.

La plupart de ces informations restent sur le papier, dans un dossier à notre nom à l’hôpital, ou dans une chemise cartonnée à la maison. Mais elles se présentent, de plus en plus, sous forme numérique. Elles peuvent être stockées sur notre ordinateur personnel ou notre smartphone mais aussi… ailleurs.

Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me déplacer au laboratoire d’analyses ou d’attendre le courrier pour connaître mes résultats. Il me suffit d’aller sur son site et de les télécharger. Pratique ! Seulement, mon taux de cholestérol ou de fer reste stocké sur le serveur du laboratoire. Quand je consulte un médecin dans son cabinet, le remboursement de la Sécurité sociale tombe automatiquement sur mon compte en banque, grâce à la carte Vitale. Pratique, là aussi. Mais des informations comme le nom du médecin que j’ai vu ou sa spécialité sont conservées par l’Assurance-maladie.

Ainsi, le citoyen produit des données lorsqu’il se soigne, demande un remboursement à l’Assurance-maladie ou à sa mutuelle, s’inscrit sur un groupe Facebook de patients ou se confie sur les réseaux sociaux, utilise un bracelet tracker d’activité ou un autre objet connecté pour sa santé.

Certains d’entre nous expriment une crainte, légitime, celle d’être fichés voire dépossédés de leurs données de santé. Comment partager ces informations très personnelles pour bénéficier de services profitables à notre bien-être ou encore faire avancer la recherche médicale, tout en évitant qu’elles nous échappent ? C’est l’un des sujets dont les citoyens débattent actuellement à travers les États généraux de la bioéthique.

Un « déluge » de données

Les moindres actes de notre existence s’accompagnent aujourd’hui d’une captation automatique des données, provoquant un « déluge » de données liées à notre personne. Grâce aux nouvelles technologies de l’information, combinées avec les sciences cognitives et l’intelligence artificielle, ces big data peuvent être organisées de manière à nous être utiles.

En ce qui concerne notre santé, les médecins et les établissements de soins ne sont plus seuls à récolter nos données. Les nouveaux acteurs, désignés comme des « collecteurs » de données, comptent notamment les géants du web comme Google, Apple, Facebook, Amazon – surnommés les Gafa. Dans la chaîne de traitement des données viennent ensuite les « hébergeurs », c’est-à-dire les entreprises détenant des parcs de serveurs informatiques pour les stocker. Enfin interviennent les data scientists, ou scientifiques de données, qui identifient dans la masse de données celles qui présentent un intérêt et dessinent des modèles ou algorithmes prédictifs.

Améliorer sa santé par le traitement de mégadonnées : les promesses sont immenses. Le PDG de Facebook les avait d’ailleurs évoquées en 2017, alors qu’il faisait face à des critiques sur l’aspect trop commercial de son réseau social. Dans un discours prononcé à l’université de Harvard, Marc Zuckerberg suggérait : « Pourquoi ne pas guérir toutes les maladies et demander aux bénévoles de collecter leurs informations médicales et de partager leurs génomes ? » L’idée peut paraître séduisante… mais aussi terrifiante.

Notre santé, des données personnelles « sensibles »

Au regard du droit français, les données de santé constituent des données personnelles dites « sensibles ». C’est-à-dire qu’elles méritent une protection accrue eut égard à leur nature, touchant au plus intime de l’individu. Elles sont ainsi régies par le droit commun des données personnelles, assorti d’un surplus de protections spécifiques.

Nous ne sommes pas « propriétaires » de nos données personnelles. Ce principe a été juridiquement exclu, et ce à plusieurs reprises. Ainsi, leur indisponibilité de principe a été consacrée par la loi informatique et liberté de 1978. Autrement dit, la personne ne peut en aucun cas disposer librement de ses données ni les vendre. Elle ne peut en être qu’usufruitière. En effet, la propriété est constituée de l’usus (droit d’user librement de l’objet du droit de propriété), le fructus (le droit de récolter les fruits générés par l’objet du droit de propriété) et l’abusus (le droit d’abuser de l’objet du droit de propriété, c’est-à-dire le droit de le vendre).

Plusieurs arguments juridiques sous-tendent cette position. D’abord, reconnaître à la personne « fichée » la propriété de ses données donnerait à ce droit une composante patrimoniale. Elle aurait alors la possibilité de monnayer l’accès d’un tiers à cet élément de sa personnalité. Or les données de santé, produits du corps humain, ne peuvent pas être commercialisées par la personne. Par contre, un « collecteur » peut, lui, commercialiser un fichier de données, à condition que celles-ci soient anonymes.

Ensuite, donner un droit de la propriété à la personne fichée reviendrait à la reconnaître comme acteur principal de sa protection. Dans cette logique, elle serait la plus à même d’opérer des choix rationnels et de veiller à son propre intérêt. Ce postulat libéral est celui de la législation américaine. Mais cette position n’est pas partagée par le droit français, ni par celui de l’Union européenne.

L’un comme l’autre considèrent que la personne fichée ne peut opérer des choix pleinement éclairés. Car bien souvent elle n’est pas informée de la manière dont sera traitée l’information, ou alors de manière incomplète. Le risque est grand qu’elle sacrifie la protection de ses données personnelles pour pouvoir accéder à un service désirable. À titre d’exemple, si je veux mieux surveiller ma ligne en utilisant l’application liée à ma balance connectée, je vais entrer des données relatives à mon âge, mon poids, ma taille et bien d’autres paramètres. Et tant pis si je ne sais pas grand-chose de la manière dont celles-ci seront utilisées…

Le respect de la vie privée, mais aussi le lancement de services utiles

Les législations européenne et française ont cherché à ménager le respect des droits et libertés fondamentaux des individus, sans bloquer le flux des données à caractère personnel et les services utiles qui pourraient découler de son traitement. Elles ont institué pour cela une liberté de traitement de principe, assortie d’une police administrative spéciale.

Il s’agit à la fois de protéger les intérêts privés, autrement dit de respecter la vie privée, et de poursuivre un objectif d’intérêt général. Ce dernier consiste à pouvoir développer de nouveaux services, basés par exemple sur l’analyse de nos navigations sur le web. Des chercheurs ont ainsi proposé, dans une étude publiée en 2017 dans la revue EPJ data science, de diagnostiquer la dépression à partir des photos postées par la personne sur le réseau social Instagram.

Afin de défendre cette liberté de prestation de services, la communauté internationale a consacré la notion de « société d’information ». Celle-ci est issue du principe de libre circulation de l’information adopté aussi bien par l’Organisation des Nations unies (ONU), le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UIT (Organisation internationale des télécommunications), l’Union européenne, que par le Conseil de l’Europe.

Le consentement, un droit fondamental

Toutefois, le traitement des données personnelles est conditionné à l’obtention du consentement de la personne concernée. Ce point figure dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, adoptée en 2000, ainsi que dans une directive européenne de 1995.

Au sein de l’Union, le règlement général sur la protection des données (RGPD), signé en 2016, poursuit cet objectif d’équilibre. Il entrera en vigueur en France le 25 mai 2018. Il renforce les droits des personnes fichées en leur offrant un certain empowerment, mot que l’on peut traduire par la capacité à agir sur son propre destin.

L’empowerment passe par la libre disposition des données personnelles pour les individus, dans l’idée que chacun devienne véritablement acteur de la protection de ses droits. Aussi, les partisans du principe de libre disposition le présentent comme un rempart face à la consécration d’un droit de propriété d’acteurs extérieurs sur les données personnelles.

En France, l’adoption en 2016 de la loi pour une république numérique a anticipé sur l’entrée en vigueur du RGPD. Cette loi consacre le principe de la libre disposition. Cette dernière s’est traduite concrètement par l’assurance, par exemple, de la confidentialité des correspondances électroniques – sauf si l’usager a donné son consentement pour leur traitement automatisé.

Dans cet esprit, les individus disposent aussi d’un droit à la « portabilité » de leurs données personnelles. Celui-ci permet aux individus de récupérer celles qui sont récoltées par un prestataire de services. Ils peuvent aussi décider de les transférer à d’autres prestataires. Le but de la portabilité est de redonner aux personnes à l’origine des données un certain pouvoir sur l’usage qui en est fait. Sans pour autant qu’elles puissent les vendre.

Qui est, aujourd’hui, le propriétaire des données de ma santé ? Ni tout à fait moi-même, ni tout à fait l’organisme ou l’entreprise qui les collecte. Le législateur s’efforce de maintenir, dans la durée, un subtil équilibre entre les deux

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