Comment "l'esprit Charlie" a été intégré aux manuels scolaires
Camille Adaoust | francetvinfo.fr | 01/09/2015
http://www.francetvinfo.fr/economie/medias/charlie-hebdo/des-la-rentree-comment-les-enfants-vont-ils-apprendre-a-etre-charlie_1058673.html
Les attentats de janvier 2015 figurent déjà dans les programmes d'enseignement moral et civil qui seront abordés par les élèves du CP à la terminale à partir de cette rentrée.
Mis à jour le 01/09/2015
De bien douloureux souvenirs font leur entrée dans les manuels scolaires. Crayons brisés, dessins de Marianne ou photos de la marche républicaine du 11 janvier 2015. Le nouveau programme 2015 d'enseignement moral et civique abordera, dès la rentrée scolaire, mardi 1er septembre, les attentats qui ont touché Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes. "On va y consacrer plusieurs heures, y revenir de manière régulière pendant les cours sans pour autant oublier de parler de choses positives, qui, elles aussi, mettent en avant le vivre-ensemble", souligne Christophe Chartreux, professeur de français et d'histoire-géographie à Longueville-sur-Scie (Seine-Maritime).
Dans les classes, le discours évoluera donc au fil des âges. Si, en CP, on ne parle que de liberté d'expression sans forcément mentionner Charlie Hebdo, les occurrences se font de plus en plus nombreuses à partir de la 5e jusqu'à faire la couverture du manuel de 2de générale. Quels mots utiliser ? Comment décrire la violence ? Francetv info a feuilleté les derniers manuels pour comprendre comment vos enfants vont apprendre à "être Charlie".
Première étape, un rappel des faits. Les enseignants avaient rencontré des difficultés à l'évocation des attentats en janvier dernier. Une centaine d'incidents avaient notamment été constatés. Certains élèves n'avaient par exemple pas respecté la minute de silence. "C'était compliqué. On était sous le choc et ce n'est jamais évident d'évoquer des choses calmement quand on est soi-même ébranlé", se souvient Didier Karkel, professeur dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Pour cette année, les nouveaux manuels tentent de mieux cadrer les discours. Pourtant, Didier Karkel va tout de même adapter son enseignement. "Dans le discours à adopter, je sais ce que j'ai à dire et quel vocabulaire utiliser, explique-t-il. Et encore plus par rapport au public que j'ai en face de moi. En fonction des établissements, on est obligé de jongler avec les mots."
Les élèves trouveront un récit factuel des attentats. "C'est rassurant pour certains établissements, cela va être un point d'appui car, pour certains enseignants, il est difficile d'en parler et d'atténuer les conflits dans leurs classes", assure Christophe Chartreux. L'ouvrage d'enseignement moral et civique de cycle 4 publié par les éditions Hachette choisit par exemple d'intégrer deux témoignages de la prise d'otages à l'Hyper Cacher : ceux de Patrick, "directeur depuis quatre jours lorsqu'Amedy Coulibaly prend le magasin en otage", et d'un policier qui a participé à l'assaut.
"Vous souhaitez vous exprimer au sujet de la liberté de presse et d'expression à laquelle l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, a porté atteinte. Pour cela, vous analyserez les dessins, puis vous réaliserez vos propres dessins en faveur de la liberté d'expression", conseille le manuel Citoyens aujourd'hui ! destiné aux élèves de 4e. Nombreux sont en effet les ouvrages qui demandent à l'élève de défendre à son tour la liberté d'expression. "Cela faisait partie du programme d'éducation civique d'avant. On parlait de liberté d'expression chaque année, mais cela a quand même été accentué dans les nouveaux programmes et c'est une très bonne chose", affirme Christophe Chartreux.
"Grâce aux débats, ils se mettent eux-mêmes en action. Cela leur permet de vraiment prendre conscience", observe Didier Karkel. Après les débats organisés par les établissements en janvier dernier, l'Education nationale souhaite prolonger la démarche. Dans le programme officiel d'enseignement moral et civique, le ministère préconise "l'organisation de débats démocratiques". Alors, pour parler de Charlie, pas question de changer la méthode. "Après avoir analysé les dessins et désigné son porte-parole, chaque groupe s'exprime sur la liberté d'expression", dicte Citoyens aujourd'hui ! aux élèves.
Chez les plus grands, les manuels traitent aussi de terrorisme, de fanatisme et de violence. "C'est une nécessité absolue, une bonne chose à condition que ce soit travaillé sous forme de réflexion, de débat", pour Christophe Chartreux. Face à un tel sujet, les quatrièmes sont par exemple invités à montrer "comment les rassemblements qui ont suivi les attentats ont dénoncé cette violence vaine", et à s'engager "contre la violence et le fanatisme" en classe.
Ces livres détaillent également les mesures de sécurité prises à la suite des événements. Missions des services de renseignements, patrouilles du plan Vigipirate, opération Sentinelle, récente loi sur le renseignement, tous ces sujets sont portés à l'attention des professeurs et de leurs classes. L'occasion pour débattre : "Avec votre professeur, vous organiserez un débat dans votre classe sur la relation entre sécurité et libertés", propose l'ouvrage Vivre ensemble, comment ?
2 septembre 2015
Parce qu’elle est née marocaine dans la région du Rif – et aussi parce qu’elle est femme – Najat Vallaud-belkacem a fait l’objet d’attaques racistes. Par exemple, lors du mouvement de la Manif pour tous, on a pu entendre à son encontre des phrases ignobles du style : « Puisque tu l'aimes tant que ça, le mariage pour tous, t'as qu'à le faire dans ton pays ! »
Je dirais que, par ses prises de position sur l’école en particulier, elle prête le flanc à de tels débordements car sa vision politique ne s’inscrit pas dans la perspective d’une France laïque et républicaine mais, au contraire dans celle d’une France communautariste, c’est-à-dire d’un pays où le religieux est la référence déterminante, le commencement et la fin de toute réflexion sur la société.
Lorsqu’elle décide de renforcer l’enseignement du fait religieux au détriment des cours de latin (à quoi sert le latin si ce n’est à mieux comprendre le français dont l’enseignement va en se réduisant depuis des années ?), la ministre de l’Éducation nationale ne fait-elle pas la part belle à une vision communautariste de notre histoire depuis 2 000 ans ? Pourquoi autorise-t-elle au cas par cas des mères voilées à accompagner les enfants dans des sorties scolaires (alors qu’elle assimile une jupe longue dans un collège des Ardennes à un signe religieux ostentatoire), ce qui réduit à néant la circulaire Chatel et permet une justice à géométrie variable ? Najat Vallaud-Belkacem s’est prononcée pour l’autorisation du voile dans les universités et ne condamne pas la non application de la loi de 2010 sur le port de la burqa. D’où la présence décomplexée, dans les rues des grandes villes, de voiles intégraux et de mains gantées.
Avec les menus de substitution, Najat Vallaud-Belkacem vient de franchir un nouveau pas dans son souhait de voir légitimé le communautarisme en France. Il n’y a pas de communautarisme religieux sans volonté politique puisqu’il est la conséquence d’une lecture prioritairement politique des grands textes religieux.
Nous apprenons que, selon la ministre de l’Éducation nationale, chaque fois que nous faisions cuire une côte de porc dans l’échine, nous nous inscrivons dans une démarche confessionnelle. Par Toutatis, mon cher Obélix ! N V-B a en effet déclaré : « Supprimer la possibilité d’avoir un menu non confessionnel, je trouve que c’est une façon, en réalité, d’interdire l’accès de la cantine à certains enfants. » Tout est bon dans le cochon, sauf qu’il s’agit d’une viande confessionnelle. Ne nous payons pas de mots : un menu “ végétarien ” est un menu pour les enfants musulmans. Ceux qui croyaient qu’en France les citoyens devaient se conformer aux lois et aux valeurs républicaines se trompaient. Il revient à la République d’accepter le droit à la différence qui débouche toujours sur la différence des droits. J’ai raconté ailleurs comment, dans les années soixante-dix, un doyen de faculté ivoirien, musulman pratiquant, n’avait pas accédé à la demande d’un étudiant adventiste du septième jour d’être dispensé de passer une épreuve d’examen un samedi. Dans ce même texte, je racontais également comment la population entière d’un village du Lot-et-Garonne (gens du cru, réfugiés politiques espagnols, immigrés économiques italiens, Français d’origine algérienne) s’approvisionnaient , dans les années soixante, chez l’unique boucher juif (non pratiquant) miraculeusement rescapé de la Deuxième Guerre mondiale. Dans la logique Najatienne, il faut s’attendre à ce que des tribunaux se prononcent sur l’acceptation de repas halal dans certains collèges et sur le refus du jambon-purée dans d’autres. Par la grâce najatienne, la France sera coupée en deux : pas la droite contre la gauche, le prolétariat contre la bourgeoisie, ni même les aoûtiens contre les juilletistes : il y aura d’un côté les chrétiens, les athées, les agnostiques et les laïcs porcinophiles (qui devront manger leurs sandwiches jambon beurre … sous le voile) et les autres, les porcinophobes.
Le rôti de porc est devenu clivant. Le vin de messe l’était depuis longtemps. Le pastis le sera.
Tant que Najat Vallaud-Belkacem – qui a commencé sa carrière politique sous l'égide du maire de Lyon, Collomb, qui se situe à la droite de l'extrême centre – et ceux qui la rejoignent chez les Solfériniens n’auront pas admis que le but de la laïcité est de cantonner la religion, les religions, dans les lieux de culte et dans la sphère privée, on peut s’attendre à des développements non seulement ubuesques mais aussi dramatiques.