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4 ans après Fukushima,quelle peut-être la contribution du Japon à la COP21?Et celle de Hollande ?

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COP21 : quelle peut-être la contribution du Japon, 4 ans après Fukushima ?

Evelyne Dourille-Feer

Docteur en économie, Economiste au CEPII spécialiste Japon

Si les chocs pétroliers des années 1970 ont frappé de plein fouet l’économie japonaise, ils ont eu le mérite de stimuler la mise en place de vigoureuses politiques énergétiques. Outre la diversification des sources d’énergies fossiles et de leur provenance ainsi que l’accroissement des stocks stratégiques de pétrole, ces politiques ont surtout permis au Japon d’améliorer son intensité énergétique(1) de 40% entre 1973 et 2009 pour devenir le pays au plus bas niveau de consommation d’énergie primaire par unité de PIB(2).

Les politiques énergétiques japonaises ont commencé à intégrer la dimension du réchauffement climatique à partir des années 1990. Leur volontarisme sur le dossier climat s’est concrétisé par la signature du Protocole de Kyoto en 1997 selon lequel le Japon s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 6% entre 1990 et 2012. Toutefois, son désengagement du Protocole pour la deuxième période 2013-2020, annoncé en 2010 lors de la COP16 de Cancun, a ébranlé la conviction que le Japon pouvait jouer un rôle de leader en matière climatique.

Fin avril 2015, la proposition du gouvernement japonais de réduire de seulement 25,4% les émissions de CO2 entre 2005 et 2030, a provoqué une immense déception en Europe.

Alors que les efforts d’économies d’énergies, dopés par la diffusion des TIC (technologies de l'information et de la communication), montaient en puissance depuis le début des années 2000, l’accident nucléaire de Fukushima est venu rebattre les cartes économique et énergétique tout en fragilisant les efforts de lutte contre le réchauffement climatique.

Fin avril 2015, la proposition du gouvernement japonais de réduire de seulement 25,4% les émissions de CO2 entre 2005 et 2030, a provoqué une immense déception en Europe. Cet objectif pourra-t-il être révisé à la hausse compte tenu de la nouvelle politique énergétique de Shinzo Abe et des contraintes post-Fukushima ?

Le choc « Fukushima »

En 2010, le Japon avait enregistré le taux de croissance du PIB réel le plus élevé du G7 (+4,7%), loin devant l’Allemagne (+3,9%) qui avait pourtant subi une contraction similaire de son économie en 2009. Après ce rebond exceptionnel, les perspectives de croissance en 2011 étaient moins dynamiques (+1,8% à 2%), mais la triple catastrophe du 11 mars 2011 dans la région du Tohoku – tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire – a plongé le Japon dans « la crise la plus grave depuis la seconde guerre mondiale »(3).

Or, après un recul de 0,5% seulement du PIB réel en 2011, l’économie japonaise a rebondi en 2012 et 2013 à un rythme annuel supérieur à 1,5% pour se contracter très légèrement en 2014 à cause de l’augmentation de la TVA. Néanmoins, une reprise soutenue de la demande domestique se profile pour l’année 2015. Le choc Fukushima a-t-il pour autant été absorbé ?

La part du nucléaire dans la production électrique totale est passée de 29% à 11% entre 2010 et 2011 pour devenir nulle à partir de mi-septembre 2013.

En 2011, le Japon a résolu remarquablement vite les problèmes de rupture des chaînes d’approvisionnement des secteurs automobiles et électroniques liés aux destructions d’usines dans les régions dévastées ainsi que les problèmes de transport et d’approvisionnement en essence. Il a également réussi le tour de force de gérer la pénurie d’électricité liée à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, puis au non-redémarrage de centrales nucléaires en inspection, sans « black out » moyennant des économies d’énergies. La part du nucléaire dans la production électrique totale est passée de 29% à 11% entre 2010 et 2011 pour devenir nulle à partir de mi-septembre 2013. Ce bouleversement du mix énergétique a eu d’importantes retombées économiques tant au niveau de la balance commerciale que des politique énergétiques.

Quatre années de balance commerciale déficitaire

Alors que les centrales nucléaires fermaient les unes après les autres, les centrales thermiques à énergie fossile sont montées en puissance. Les importations de pétrole et, surtout, de gaz naturel liquéfié ont augmenté mais celles de charbon sont restées relativement stables. Ainsi, la part du pétrole dans les importations totales en valeur est passée de 15,5% à 17,5% entre 2010 et 2013 pour retomber à 16,1% en 2014.

Entre 2010 et 2014, la facture énergétique japonaise est passée de l'équivalent de 129 à 206 milliards d’euros.

Dans le même temps, celle du GNL bondissait de 5,7% à 9,1%. Ce poids élevé du pétrole dans les importations s’explique par la diversité de ses usages car les centrales thermiques nippones n’en consomment qu’environ 15%. Après Fukushima, la part du gaz destinée à la production électrique a encore augmenté (72% en 2012 contre 65% en 2010).

Mais l’alourdissement de la facture énergétique japonaise entre 2010 et 2014, de 17,4 à 27,7 trillions de yen (soit respectivement 129 et 206 milliards d’euros), provient davantage de la hausse des prix des énergies fossiles que du gonflement des quantités importées. En effet, une étude de Bernard Laponche(4) montre que la modification du mix énergétique sur la facture énergétique japonaise (substitution au nucléaire) n’a représenté que 5% de la hausse de cette dernière en 2011 et 21% en 2012.

Il n’en demeure pas moins que les importations d’énergie ont contribué à faire basculer la balance commerciale dans le déficit à partir de 2011(5). En mars 2015, elle a enregistré son premier excédent mensuel depuis juin 2012 grâce à la progression des exportations et à la contraction des importations. Cette contraction provient en majeure partie de la baisse des prix du pétrole et du GNL en Asie.

La catastrophe du 11 mars 2011, outre la baisse de la bourse, a provoqué des mouvements spéculatifs sur le yen conduisant à son appréciation par rapport au dollar et à l’euro. Par la suite, le yen est resté fort jusqu’à la mise en place de la politique monétaire ultra expansive de Shinzo Abe en 2013. Si la facture des importations a été soulagée par le yen fort, la compétitivité des exportations en a été affaiblie. Inversement, la baisse du yen d’environ 30% par rapport au dollar et à l’euro, entre fin 2012 et fin 2014, a contribué au renchérissement du coût des importations d’énergie.

Suite à l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, le gouvernement a fait volte-face et annoncé en 2012 son objectif de sortie du nucléaire avant 2040.

Le changement du cap énergétique post-Fukushima

En juin 2010, le gouvernement du Parti Démocrate du Japon avait adopté un « Plan stratégique énergie » visant à augmenter la part des énergies à faible émissions carbone et à abaisser la dépendance énergétique alors que la production d’électricité était dépendante à 61% des énergies fossiles importées. Dans la consommation totale d’énergie, les énergies fossiles importées représentaient même 82%. L’objectif du Plan était de faire passer, entre 2010 et 2030, la part du nucléaire dans le mix électrique de 29% à 50% et celle des énergies renouvelables de 10% à 20%.

Suite à l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, le gouvernement a fait volte-face et annoncé en 2012 son objectif de sortie du nucléaire avant 2040. Les projets de construction de centrales nucléaires ont été gelés et leurs plans d’exportations revus à la baisse. Les normes de sécurité ont été durcies et gérées par la nouvelle Autorité de Régulation Nucléaire (ARN)(6). Ces mesures ont allongé les délais de redémarrage des centrales ou conduit à envisager leur démantèlement.

Afin de compenser le déficit de production électrique, il a été décidé de développer les énergies renouvelables. Un soutien particulier a été accordé au solaire en obligeant les dix grandes compagnies d’électricité régionales, détentrices des réseaux électriques, à racheter l’énergie solaire à un tarif très avantageux pour les producteurs (40-42 yen/kWh). Toutefois, pour résoudre rapidement les pénuries d’électricité pénalisantes pour l’industrie, certaines normes environnementales de production des centrales thermiques ont été allégées. La production électrique de ces centrales est très vite montée en puissance ainsi que leur consommation d’énergies fossiles.

Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation des citoyens et des industries à la sobriété énergétique ont été lancées parallèlement à des programmes de soutien aux technologies d’optimisation de l’efficacité énergétique. Entre 2010 et 2013, l’équivalent de près de la moitié des capacités nucléaires a été comblée par des économies d’énergie (efficacité et sobriété énergétique)(7). De leur côté, les collectivités territoriales ont multiplié les initiatives en direction des économies d’énergie, notamment les projets de villes économes en énergie grâce aux « smart grids » et au développement de technologies vertes.

Le retour du nucléaire avec Shinzo Abe

Lorsque Shinzo Abe est arrivé au pouvoir fin 2012, la production électrique dépendait à 88% des énergies fossiles, soit bien plus encore que lors du premier choc pétrolier (76%). Cette dépendance était préoccupante non seulement pour l’équilibre de la balance commerciale mais aussi pour la sécurité énergétique menacée par l’instabilité géopolitique des régions ou des routes d’approvisionnement du pétrole et du gaz naturel (Moyen-Orient(8), détroit d’Ormuz et de Malacca, etc.).

De surcroît, le prix de l’électricité(9) avait augmenté de 20 % et les émissions de GES avaient progressé de 16% dans le secteur de l’électricité entre 2010 et 2012. Toutefois, le niveau des émissions totales de GES en 2012 était proche de celui atteint en 2007, après une augmentation continue des GES depuis 1990.

Dès sa campagne électorale, Shinzo Abe n’avait pas caché sa volonté de réactiver le nucléaire qui avait le mérite de permettre l’accroissement de l’indépendance énergétique, la réduction de la facture énergétique, la baisse des prix de l’électricité et la réduction des émissions de GES. Le « Nouveau Plan stratégique énergie 2014 »(10) a réaffirmé les objectifs de sécurité des approvisionnements et d’efficacité énergétique, de préservation de l’environnement et de sûreté de l’énergie. Toutefois, le chiffrage des objectifs à vingt ans du mix énergétique a été repoussé à 2015 face aux incertitudes sur l’avenir du nucléaire.

Selon les calculs du METI, alors que le nucléaire reviendrait à 10,1 yen /kWh à l’horizon 2030, l’hydroélectricité atteindrait 11,0 yen, le solaire 12,5-16,4 yen...

Le METI(11), à la suite d’une série de consultations d’experts sur la politique énergétique, a laissé filtrer une première ébauche de chiffrage de l’autosuffisance énergétique et du mix électrique souhaités pour 2030 : l’’objectif est de porter l’autosuffisance énergétique de 6,3% en 2012 à 24,3% à l’horizon 2030. Outre la poursuite des politiques d’efficacité énergétique, le mix électrique évolue. La solution du retour au nucléaire est privilégiée. Bien que la part des énergies renouvelables double, les énergies fossiles devraient avoir encore un poids prépondérant même s’il est prévu de diminuer la dépendance aux centrales électriques à charbon.

En 2030, la part du nucléaire dans le mix énergétique électrique pourrait ainsi atteindre 20 à 22%. Cette volonté gouvernementale d’accroître autant le nucléaire répond non seulement aux contraintes d’autosuffisance énergétique et d’émission de GES mais aussi à l’impératif de baisse des coûts de l’électricité. Selon les calculs du METI, alors que le nucléaire reviendrait à 10,1 yen /kWh à l’horizon 2030, l’hydroélectricité atteindrait 11,0 yen, le solaire 12,5-16,4 yen, les éoliennes(12) 13,9-21,9 yen et la géothermie 19,2 yen(13). Comme le développement de l’hydroélectricité semble atteindre des limites, le nucléaire apparaît comme très compétitif car les coûts de démantèlement des centrales ou des retombées d’un accident possible ne sont pas intégrés.

La volonté gouvernementale de redonner une place importante au nucléaire risque de casser la dynamique des énergies renouvelables.

Néanmoins, l’objectif de la part du nucléaire fixée pour 2030 dépasse les capacités potentielles existantes(14). La construction de nouveaux réacteurs nucléaires et/ou la prolongation de la durée de vie des centrales au-delà des 40 ans règlementaires pourraient s’avérer nécessaires(15). Fin mai 2015, aucun réacteur n’était actif. Trois centrales avaient obtenu le feu vert de la NRA, mais leur redémarrage était freiné par les oppositions locales. La centrale Sendai 1 de la Kyushu Electric pourrait être la première à redémarrer avant la fin juillet 2015.

La volonté gouvernementale de redonner une place importante au nucléaire risque de casser la dynamique des énergies renouvelables. Avant Fukushima, les plans de développement des énergies renouvelables étaient embryonnaires. Alors que l’hydroélectricité représentait 3% de la consommation d’énergie et 8,5% de la production d’électricité en 2010 ; les autres énergies renouvelables y contribuaient respectivement pour 1% et 1,1%. Le gouvernement envisage de porter la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité à 24% environ en 2030 contre 11% enregistrés en moyenne de 2000 à 2010(16).

L'État japonais a abaissé à 27 yen/kWh le prix de rachat du solaire.

En 2013, le Japon était devenu le deuxième investisseur mondial en énergies renouvelables derrière la Chine. Ses efforts se sont focalisés sur l’énergie solaire dont la capacité installée est passée de 2,5 GW à 23 GW entre 2010 et fin 2014. Néanmoins, vers la fin 2014, l’Etat a réduit les volumes d’achat obligatoires d’énergie solaire par les compagnies électriques et abaissé à 27 yen/kWh le prix de rachat du solaire.

A ce prix, les investissements dans le solaire deviennent peu rentables alors que, de surcroît, des compagnies électriques commencent à refuser des contrats d’achat de solaire. Ce revirement politique risque de faire dérailler l’essor du solaire japonais, parvenu au troisième rang de la production mondiale, et techniquement très avancé. De façon plus générale, c’est le développement des énergies renouvelables qui pourrait être remis en cause.

Comme les chances de révision à la hausse de son premier objectif de réduction des émissions de GES sont faibles, le Japon ne sera pas un leader dans ce domaine.

Le Japon a rempli son engagement de réduction des GES de 6% entre 1990 et 2012 grâce à des rachats de crédit carbone et à la plantation de forêts. Comme les chances de révision à la hausse de son premier objectif de réduction des émissions de GES de 25,3% entre 2005 et 2030 sont faibles, il ne sera pas un leader dans ce domaine alors que l’UE annonce -40% pendant la même période et les Etats-Unis -26% à -28% entre 2005 et 2025.

Toutefois, le Japon peut apporter une importante contribution à la COP 21 tant au niveau de ses technologies d’efficacité énergétique ou de ses pratiques de sobriété énergétique qu’à celui de ses technologies solaires (fermes flottantes par exemple) et de ses avancées dans le secteur de l’hydrogène (véhicules à hydrogène, technologies de stockage). Les expériences décentralisées d’économies d’énergie originales tels le recours aux smart grids dans plusieurs villes ou le plan à 10 ans pour décarboner la ville de Tokyo(17) fournissent également des pistes intéressantes.

Autres Sources ,cette fois sur le financement de la COP21:

Climat : des ONG dénoncent le financement de la COP21 par des « champions de la pollution »
http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/05/27/climat-des-ong-denoncent-le-financement-de-la-cop21-par-des-champions-de-la-pollution_4641937_1652612.html

Hollande pollue la COP21 et le climat des négociations

vendredi 29 mai 2015
popularité : 77%

Par Maxime Combes

En confiant une partie du financement de la conférence de l’ONU sur le changement climatique à des champions de la pollution, François Hollande et Laurent Fabius polluent les préparatifs de la COP21 et sabotent sa crédibilité. Une décision absurde pour qui annonce vouloir une conférence « historique » !

Au lendemain du festival de Cannes, François Hollande et le gouvernement ont déroulé un tapis rouge pour les champions de la pollution que sont les énergéticiens Engie (ex-GDF Suez) et EDF, le constructeur automobile Renault-Nissan et l’avionneur Air France, ou encore pour la banque d’un monde qui pollue davantage BNP-Paribas, le faux-nez du lobby français favorable aux gaz des schiste Suez Environnement, le fabriquant de pneus Michelin, la filiale de Veolia qu’est le Syndicat des eaux d’Ile-de-France, etc. Une décision vivement contestée par Attac France, les Amis de la Terre, Corporate Europe Observatory, 350.org, le WECF dans ce communiqué. En proposant à des champions de la pollution de financer la conférence de l’ONU sur le changement climatique, le gouvernement offre sur un plateau, et à très bon prix, la possibilité à ces multinationales climaticides d’opérer de véritables opérations de greenwashing : aucune entreprise ne débloque des financements sans obtenir un retour sur investissement, notamment en termes d’image. Contre quelques euros, et avec l’onction de François Hollande et du gouvernement, voilà quelques champions de la pollution en mesure de faire croire qu’ils agissent pour le climat alors que tout montre le contraire. Pourtant, cela ne viendrait à l’idée de personne de sensé de faire financer une conférence internationale sur le tabagisme à des cigarettiers, pas plus que de confier le respect du Code de la route à des chauffards.

Le gouvernement justifie ce choix en affirmant qu’il fallait « réduire le plus possible l’addition pour le contribuable ». Les données montrent le contraire : l’organisation de la COP21 doit coûter 170 millions d’euros. Le gouvernement veut que 20 % de ce budget, soit 34 millions d’euros proviennent d’entreprises privées. À titre de comparaison, le budget du prochain Euro2016 de football en France est de 1,7 milliard d’euros, dont environ 700 millions d’euros – 40 % du budget – proviennent de fonds publics. Pour l’Euro2016, le contribuable paiera donc 4 fois le budget de la COP21, et près de 20 fois le montant que le gouvernement voudrait récupérer pour la COP21 via les champions de la pollution. Avoir décidé de confier 20 % du financement de la COP21 à des multinationales privées est donc un choix politique, fondamentalement idéologique, qui ne répond aucunement au besoin de réduire les dépenses publiques. Si François Hollande et le gouvernement français voulaient réellement organiser une COP21 « historique » à Paris, ils auraient pu aisément trouver les 34 millions d’euros manquant dans le budget public dédié à l’Euro2016 ou, mieux encore, en luttant efficacement contre l’évasion fiscale mise en œuvre par les grands groupes désormais sponsors de la COP21 (IKEA, LVMH, BNP-Paribas notamment).

Autre argument avancé par le gouvernement : ces financements privés permettent d’impliquer des multinationales dans la préparation de la COP21 et de les conduire à modifier leurs systèmes de production de façon à ce qu’ils émettent moins de gaz à effet de serre. Ainsi, pour le secrétaire général de la COP21, Pierre-Henri Guignard, la question n’est pas de savoir combien d’entreprises polluantes financent la COP21, mais combien d’entre elles auront réduit leurs émissions après la COP21 (cité par France Info – Mercredi 27 mai - 15h15). Autrement dit, le gouvernement offre une campagne de greenwashing aux champions de la pollution et espère que ces derniers réduiront d’eux-mêmes leurs propres émissions. Sans exiger aucun engagement ferme de leur part. L’État, pourtant actionnaire majoritaire d’EDF et très significatif d’Engie, aurait pu exiger de ces entreprises qu’elles s’engagent, a minima, et avant de financer la COP21, à se retirer de tous les projets de centrales à charbon dans lesquelles elles sont impliqués aux quatre coins de la planète. Il n’en est rien : le gouvernement fait donc sponsoriser la COP21 par des entreprises dont il cautionne la construction de centrales à charbon, les plus polluantes de la planète. C’est absurde et révélateur des inepties inconséquentes du gouvernement en matière de climat.

Dès mars 2014, le RAC, le CRID et Attac-France envoyaient une lettre ouverte au gouvernement l’invitant à tirer les leçons des conférences passées – notamment celle de Varsovie en 2013 où le sponsoring des entreprises privées avaient pollué la COP19 – et à « dépolluer les négociations climatiques ». Alertes inlassablement répétées à chacune des rencontres entre le gouvernement et les ONG. En réponse, le gouvernement et le secrétaire général de la COP21 avaient promis qu’ils se limiteraient à des entreprises « climato-compatibles » (voir ici). Manifestement, nous n’avons pas la même définition de ce qui est compatible avec le climat. Outre les charbonniers Engie et EDF, le gouvernement a sollicité le sponsoring de Suez-Environnement qui milite activement (tout comme Engie) pour l’exploitation des hydrocarbures de schiste en France via le Centre pour les hydrocarbures conventionnels créé il y a peu : si le gouvernement était intègre, tant en matière de comptabilité climatique que d’hydrocarbures de schiste, pourquoi n’a-t-il pas a minima exigé que Suez-environnement quitte ce lobby pro-gaz de schiste qui promeut une énergie climaticide ?

Plus grave que le greenwashing des multinationales ou l’incohérence du gouvernement en matière de climat : par ses choix de sponsoring, François Hollande et Laurent Fabius viennent de prendre la décision de polluer les six mois de préparation qu’il reste avant la COP21. Et ce au détriment de la qualité et de la sérénité des débats et des négociations. Ennuyeux alors qu’ils annoncent partout qu’ils veulent faire de la COP21 une « conférence historique ». Laurent Fabius, qui va présider la COP21, et François Hollande qui se présente comme le meilleur ambassadeur du climat (voir ici), vont porter ces décisions comme un boulet d’ici à la COP21. Plus un seul article, plus un seul commentaire ou analyse des négociations ne pourra omettre que la COP21 est financée par des entreprises qui ne sont pas nettes sur le plan du climat. Pour quelques millions d’euros, François Hollande et Laurent Fabius viennent donc de polluer l’intérêt général de la lutte contre les dérèglements climatiques par les intérêts privés et le greenwashing de quelques entreprises problématiques.

C’est extrêmement grave. Au moment où les voix sont nombreuses à appeler à une mobilisation générale des forces citoyennes, sociales, économiques et politiques pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique, les choix de sponsoring du gouvernement sabotent la crédibilité de la COP21 et l’adhésion du plus grand nombre : si des entreprises qui sont des pollueurs notoires peuvent se payer des opérations de greenwashing sur le dos de la COP21, quel message délivre le gouvernement envers des citoyens préoccupés par le chômage, la précarité et leur avenir ? Que cette conférence est une nouvelle mascarade dont il faut se désintéresser ? C’est le risque majeur que viennent de prendre François Hollande et Laurent Fabius. Ce n’est en tout cas pas ainsi qu’ils vont susciter l’adhésion du plus grand nombre. Qu’aurait fait un gouvernement réticent à s’engager dans la lutte contre les dérèglements climatiques si ce n’est décrédibiliser la COP21 en la faisant financer par des entreprises dont les business plan les rendent incompatibles avec le climat ? Le gouvernement français vient de s’engouffrer dans la même voie que celle prise par le gouvernement polonais lors de la COP19, en 2013, de très sinistre mémoire. Une conférence qui avait vu les ONG, associations, mouvements sociaux et syndicats quitter les négociations avec fracas (voir ce texte) pour dénoncer la mainmise des intérêts privés et des lobbies sur la conférence. Bis repetita à Paris ?

Face à l’inconsistance de François Hollande et du gouvernement, il n’y a pas beaucoup d’autres choix que d’opposer la détermination des mobilisations citoyennes. À l’appel de la Coalition climat 21, qui regroupe l’ensemble des ONG, associations, mouvements sociaux et écologistes, syndicats engagés dans la lutte contre les dérèglements climatiques, 1 000 initiatives pour le climat vont être organisées le week-end des 30 et 31 mai. Occasion de dire avec fermeté qu’il est grand temps de dépolluer le climat et la lutte contre les dérèglements climatiques : bloquons les entreprises climaticides et les gouvernements qui leur offre des opérations de greenwashing à bon prix !

blogs.mediapart.fr

Non ! Les sponsors privés de la COP21 ne sont pas climato-compatibles !

mercredi 27 mai 2015, par 350.org, Attac France, Corporate Europe Observatory, Les Amis de la Terre, WECF

Énergéticiens fossiles et fissiles, compagnie aérienne, constructeurs automobiles : la liste des mécènes de la 21e Conférence de l’ONU sur le climat (COP21), rendue publique aujourd’hui, comprend des multinationales françaises qui ne sont pas compatibles avec le climat. Les Amis de la Terre, Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et 350.org dénoncent l’incohérence du gouvernement et redoutent que les négociations se retrouvent aux mains des pollueurs.

Alors que la France s’apprête à accueillir la COP21 supposée résoudre la crise climatique, le gouvernement donne la mesure de la sincérité de son engagement en dévoilant aujourd’hui son choix de mécènes. « La majorité des entreprises choisies émettent massivement des gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, comme EDF ou Engie dont les émissions provoquées par leurs centrales à charbon équivalent à elles seules à près de la moitié des émissions de la France [1]. Alors que le gouvernement avait assuré rechercher des entreprises à la réputation sans faille, bon nombre d’entre elles sont impliquées dans des projets nocifs pour les populations, leurs conditions de vie et de travail. Mettre la conférence climat la plus importante de notre décennie sous le patronage d’entreprises climato-incompatibles n’est pas de bon augure » condamne Malika Peyraut, des Amis de la Terre. Parmi la vingtaine d’entreprises qui composent la première liste de « sponsors », on retrouve notamment Air France, entreprise aéronautique opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation, l Renault-Nissan, fabricants d’automobiles extrêmement polluants, Suez Environnement connue pour sa participation au lobby pro-gazdeschiste français [2].

Les entreprises mécènes de la COP apporteront des contributions financières et en nature alors que la grande majorité de leurs activités sont extrêmement polluantes et que certaines de leurs propositions sont en fait de fausses solutions aux conséquences environnementales et sociales désastreuses. Ainsi en est-il de BNP-Paribas, qui en plus d’être la première banque française en termes de soutien au charbon entre 2005 et avril 2014, refuse obstinément de quitter les paradis fiscaux et mettre fin à ses pratiques d’évasion fiscale. « Le gouvernement offre sur un plateau et à très bon prix la possibilité à des multinationales climaticides de verdir leur image alors que l’intérêt général nécessite de ne pas polluer les négociations sur le changement climatique avec les intérêts particuliers que ces entreprises représentent » dénonce Maxime Combes, d’Attac France. « Confierait-on la lutte contre le tabagisme aux cigarettiers ? Pourquoi le fait-on alors pour le climat ? », demande-t-il.

Le gouvernement a fixé l’objectif de la part du financement privé de la COP21 à 20 % du budget global. « 20 % de financement privé, c’est plus que ce qui s’était fait à la COP19 à Varsovie en 2013. Or, à Varsovie, les associations, mouvements sociaux et syndicats avaient quitté les négociations pour dénoncer la mainmise des négociations par les intérêts privés et les lobbies. On ne peut pas négocier un accord sur le climat avec ceux qui sont responsables du changement climatique : les États doivent écouter les intérêts des citoyens, et non les intérêts privés des lobbies et des multinationales. » observe Pascoe Sabido, du Corporate Europe Observatory. En proposant cette liste noire de sponsors, le gouvernement s’éloigne du signal qui devrait être donné lors de la COP21 : pour résoudre la crise climatique, il s’agit de mettre fin à l’ère des énergies fossiles, en rejetant les fausses solutions comme le nucléaire et en repensant nos modes de consommation et de production.

P.-S.

Photo : JuergenGER, licence Creative Commons CC0 / Domaine public.

Note de l’administration du blogue : Nicolas Hulot,l'envoyé de Hollande ,réclame une Organisation mondiale de l'environnement
http://www.rtl.be/info/magazine/science-nature/climat-l-envoye-de-hollande-reclame-une-organisation-mondiale-de-l-environnement-727017.aspx

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