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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:38

Le surcoût du capital : la rente contre l'activitéLe surcoût du capital : la rente contre l'activité
Laurent Cordonnier, Thomas Dallery, Vincent Duwicquet, Jordan Melmiès, Franck Van de Velde

Septention Presses Universitaire



 L'économie retrouvée

 

Le concept de financiarisation fait référence au rôle croissant des intermédiaires et des marchés financiers dans la transformation des institutions, des comportements et des objectifs des acteurs économiques (ménages, entreprises, institutions financières, État). Dans cet ouvrage, nous montrons que la financiarisation, en promouvant une norme de rentabilité accrue, a élevé significativement le coût du capital pour les entreprises. L'emprise croissante de la finance sur l'entreprise est appréhendée ici à travers la définition de la notion de "surcoût du capital", notion à laquelle nous associons une mesure dont nous suivons l'évolution des années 60 à nos jours. C'est au niveau du comportement d'investissement et de marge des firmes que se situe le point d'application directe du renforcement des exigences de rentabilité financière. Les effets sur la croissance et l'emploi sont quant à eux de deux ordres. L'augmentation du poids de la rente financière se traduit d'abord par une augmentation de la part des revenus financiers a priori défavorable à la consommation. Le principal effet dommageable de l'emprise accrue de la finance sur l'entreprise est cependant constitué par le ralentissement de l'accumulation du capital. Ce second "dégât collatéral" est lui-même double: moins d'investissement c'est d'abord moins de compétitivité et de croissance du pouvoir d'achat (effet-production), mais c'est aussi moins d'emploi (effet-demande). La période dite des "Trente piteuses" peut ainsi s'interpréter comme un nouvel épisode de la lutte entre la propriété et l'activité qui a animé toute l'histoire du capitalisme jusqu'à nos jours.

 

 

 

 
Édition Première édition
Support Livre broché
Nb de pages 208 p.
ISBN-10 2757409085
ISBN-13 978-2-7574-0908-4
GTIN13 (EAN13) 9782757409084

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 09:56

A PROPOS

«Le Monde» a obtenu les données subtilisées par Hervé Falciani, en 2008, à HSBC. Le quotidien français les a ensuite partagées avec le réseau du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Pour la première fois dans l’histoire du secret bancaire, plus de 140 journalistes de 55 médias du monde entier se sont penchés sur les entrailles de l'une des plus grandes banques privées genevoises.

Leurs enquêtes sont publiées dès le 9 février dans le cadre de l’opération #Swissleaks. En Suisse, «L’Hebdo», «Le Temps», le «Tages-Anzeiger», «Le Matin Dimanche» et la «SonntagsZeitung» y ont participé.

   

 

 

 

http://www.jennar.fr/wp-content/themes/Rose/images/main-bg.jpgPendant combien de temps encore allons-nous supporter cela ?

 

 


"180 milliards de fraude fiscale par la banque HSBC. Pendant ce temps-là, les représentants PS du MEDEF et des banquiers au gouvernement nous infligent l’austérité. Ils feignent la surprise, mais ils sont complices. Ils savaient ; ils savent. Les pratiques sont connues. On sait ce que font les multinationales de la finance ; on sait ce qui se passe dans les paradis fiscaux. On connaît la complaisance du monde des affaires et de la finance pour l’argent du crime. Le scandale d’aujourd’hui ne révèle que des noms. Les voyous qui nous gouvernent parlent après chaque scandale, mais ensuite ils écoutent les amis banquiers. N’est-ce pas le PS Pierre Moscovite, sur ordre des banquiers, qui a fait en sorte que la loi de séparation bancaire ne sépare pratiquement rien ? 

D’où venait Pompidou ? D’où vient Macron ? Tous pareils. 

La fraude fiscale totale, c’est 1.600 milliards de dollars US par an. Et ils ne font rien. Sarkozy n’a rien fait; Hollande ne fait rien. Ils se moquent de nous avec leurs discours, leur communication pleine de fiel et de miel.

Mais quand donc allons-nous nous révolter ? Quand donc allons nous chasser ces Hollande, ces Valls, ces Macron et leurs jumeaux de droite qui sont leurs semblables ?

Combien de temps allons-nous encore nous laisser berner par des niaiseries comme le « front républicain » ?

Mais quand donc les millions de victime du système capitaliste vont-elles enfin se lever et hurler « ça suffit ! » ?

On ne chasse pas le FN en votant PS; on chasse le PS, le FN et l’UMP en se révoltant. C’est dans la rue, dans les usines et les bureaux occupés, dans la grève générale que l’Histoire nous attend.

Raoul Marc Jennar
9 février 2015."

 


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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 05:15

 

 

 

"Loin des articles habituels bien lissés des journaux français, et à des années lumière des propos enchanteurs de l'agence ITER-France - pur produit du CEA - l'hebdomadaire américain "The New Yorker" a publié un reportage sur le chantier ITER. L'auteur est allé sur la plate-forme ITER à Cadarache en 2013, a rencontré des scientifiques qui y travaillent quotidiennement, a recueilli leurs avis, fait aussi un tour sur le chantier en construction et ce qui en ressortest vraiment édifiant ! La Coordination antinucléaire du sud-est révèle le contenu principal de ce texte jamais traduit en français. Un projet à la dérive et uneffrayant gaspillage de milliards d'euros d'argent public…"

 

-Article de "The New Yorker"
March 3, 2014
A STAR IN A BOTTLE
By
Raffi Khatchadourian
http://www.newyorker.com/magazine/2014/03/03/a-star-in-a-bottle
traduction Antoine Calandra, janvier 2015 ( je n'ai traduit qu'une partie de ce long article, et
surtout ce qui concernait ITER aujourd'hui. Les passages en
gras
sont de ma propre initiative)
*
Des milliers de composants vont être fabriqués plus ou moins parfaitement et en fin
de compte, le succès du projet ITER peut reposer sur une simple question :
Est-ce qu'on parviendra à tout assembler ?
Stefano Chiocchio, chef de la division intégration-conception d'ITER - chef de puzzle - a
son bureau dans l'une des annexes temporaires près du siège. Son BlackBerry contient
généralement un calendrier de rendez-vous impossible à tenir. Son téléphone à
l'oreille il gesticule comme une
particule atomique zigzagante
. Les ingénieurs de
Chiocchio sont, en quelque sorte, la garde prétorienne du projet, m'a dit un employé.
Jusqu'à présent, la grande machine n'existe que sous forme d'informations
numériques de 1,8 téraoctets, accessibles sur un
cloud computing
sécurisé et
sauvegardées tous les soirs dans une banque à Barcelone garantissant la bonne
conservation des disques durs. Mais la principale menace est la manière de travailler
en elle-même, avec des modifications venant simultanément du siège ITER, des
agences domestiques et des divers sous-traitants à travers le monde. Théoriquement
les modifications ne sont ajoutées qu'avec l'approbation de la garde prétorienne.
Pourtant les incompatibilités arrivent en nombre. L'équipe de Chiocchio doit faire face
à toutes ces non-conformités et se trouve complètement débordée.
J'avais rendez-vous avec Chiocchio et l'ai trouvé en pleine réunion dans une salle de
conférence. Deux douzaines d'ingénieurs étaient assis autour de tables disposées en
fer à cheval dans une ambiance assez sombre. Un sentiment de crise semblait planer
sur ITER comme une
nébuleuse concentrique autour d'un soleil mourant
. Le projet est
en retard depuis le début. En 1993
1
on pensait que la machine pourrait être prête en
2010; et il y aura certainement d'autres retards. Le moral est
plus bas que le plancher
et les discussions sont remplies de cynisme, de désaccords et d'humour noir.
«
il y a beaucoup d'anxiété ici, tout ça va imploser
» m'a dit un physicien
De nombreux ingénieurs et physiciens travaillant sur ITER estiment que les retards ont
peu à voir avec l'ingénierie ou la physique mais viennent de la façon dont ITER est
organisé et géré. Des membres clé de l'équipe technique sont partis, d'autres ont pris
un «congé pour stress» afin de récupérer.
Il y a peu, le directeur général, Osamu Motojima, physicien japonais qui dirige
l'organisation depuis 2010, a fait poser par des ouvriers, à l'entrée du siège, une dalle
de granit pour marquer la présence d' ITER.
Les gens l'appellent la pierre
tombale
.
1
il voulait probablement dire 2003
1
Les ingénieurs de Chiocchio étaient réunis pour discuter du problème le plus urgent :
les retards dans la construction de l'énorme bâtiment qui abritera le tokamak.
Dès le début, afin de respecter le calendrier, la construction a démarré malgré que des
parties importantes, au niveau de la conception du tokamak, soient incomplètes. C'est
comme construire la coque d'une fusée sans avoir conçu son moteur, ou pire encore.
Comme l'a dit Chiocchio
: " l'une des difficultés avec ce bâtiment nucléaire est que,
une fois construit, on ne pourra plus percer le moindre trou. Une fois terminé, point
final. Le bâtiment dispose d'une fonction de sécurité, de confinement, et l'une des
principales exigences, c'est qu'il n'y ait pas de fissures à travers lesquelles la
radioactivité puisse migrer et s'échapper. Nous devons être sûrs de n'avoir rien oublié
- un tuyau, un câble - parce que si nous avons manqué quelque chose et que
quelqu'un dise «
OK, nous allons visser juste cela au mur
» et bien, non, ce ne sera pas
possible»
Et pourtant vu l'immense échelle et la densité de la machine ITER, il est pratiquement
impossible de savoir où tout ira
! Près de 10 000 km de câbles vont traverser la
machine pour distribuer la puissance électrique dans 250 000 points terminaux. Un
système de chauffage enverra un million de watts de rayonnement micro-ondes à
travers une ouverture constituée d'un gros diamant synthétique. Le système
nécessitera un guidage tubulaire parfaitement droit pour transporter les ondes.
Pour résoudre l'énigme du renforcement de la machine, les ingénieurs ont conçu des
portails spéciaux dans toute la structure. «
Fondamentalement, ce que nous avons à
faire maintenant est de s'assurer que nous avons bien prédéfini les emplacements,
avec des plaques d'acier encastrées dans les murs, qui pourront soutenir tous les
systèmes qui sont à l'intérieur
», a expliqué Chiocchio. «
Nous devons mettre de
nombreuses plaques d'encastrement, plus de quatre-vingt mille, mais chaque plaque
coûte très cher, et l'Agence domestique européenne, qui est responsable de la
construction, se plaint que nous en mettons trop. «
Les plaintes deviennent des
arguments, les arguments deviennent des retards, et les retards dans la construction
menacent maintenant l'ensemble du projet. Si le bâtiment n'est pas terminé, nous
aurons des composants tout le long de la route.
Un jour de retard commence à
présent à coûter cher, je ne sais pas, probablement près d'un million
d'euros
».
Dans la salle de conférence, les ingénieurs étudiaient une présentation PowerPoint
intitulée «TKM Complexe – niveau B1 semaine 34 et actions semaine 35
» Un membre
de l'équipe conception-intégration, Jean-Jacques Cordier, menait la discussion. A la fin
de la réunion, il a indiqué qu'il manquait du temps pour examiner de près les
composants qui occupent le troisième étage: les plans devaient être réunis, les
spécifications actualisées, les problèmes réglés. Il a dit «
ce n'est pas raisonnable, cela
signifie que nous devrons traiter des milliers de données en trois semaines
»
Chiocchio a demandé si tout ce qui concernait les premiers étages était fini, mais il
restait tout simplement trop de détails à retravailler avant de livrer les dessins à
l'entrepreneur. «
Si nous tardons, nous aurons un retard réel. La seule façon de l'éviter
est d'augmenter nos ressources pour y faire face
» a déclaré Cordier.
2
Les câbles devront supporter soixante mille impulsions, mais le câble japonais était
dégradé après seulement six mille. Les ingénieurs ont commencé à s'inquiéter: «
cela
va t-il être une erreur fatale pour ITER ?
»
Les employés d'Oak Ridge ont craint que le calendrier ne puisse être respecté. Ils ont
contacté un fournisseur travaillant pour ITER dans le New Jersey, Oxford
Superconducting Technology, qui produit des brins de niobium-étain pour d'autres
grands aimants de la machine. Ils ont demandé un échantillon pour le solénoïde, et en
2012, après avoir obtenu de bons résultats dans les tests, ils ont exhorté les Japonais
à acheter le matériel d'Oxford. «
Avec le fonctionnement d'ITER, c'était très difficile de
convaincre les Japonais, car c'est quelque chose qu'ils voulaient faire
» m'a dit un
ancien travailleur d'Oak Ridge. Les Japonais ont refusé, et le risque de retard a
augmenté. De nouveaux échantillons japonais ont été envoyé en Suisse, et après plus
de deux années de discussions et d'essais, le produit japonais a finalement fonctionné.
«Il y a eu un grand soulagement dans le monde entier
», a déclaré l'ancien employé.
Certains ingénieurs étaient fiers du travail d'équipe, mais ce problème n'aurait pas dû
exister et reste un sujet sensible. Lorsque la revue
sciences
a publié un article la-
dessus, Motojima a écrit pour dire qu'il était injuste de laisser entendre que les
fabricants japonais avaient échoué. «
Ce n'est pas correct
» a t-il insisté.
Les effets du retard sont encore visibles sur le terrain. Les responsables de Oak Ridge
ont sous-traité la construction du solénoïde avec General Atomics, une entreprise
familiale à San Diego. [...]
En mai 2014, les Japonais doivent livrer le conducteur à General Atomics, qui
complétera les six modules d'ici 2018. La société expédiera alors les pièces finies au
port de Galveston, avec chaque module - de 14 mètres de diamètre - sur des camions
propulsés par trente essieux, pour supporter le poids. Le voyage se fera probablement
après minuit, car les camions devront occuper deux voies d'autoroute. A Galveston,
les modules seront chargés sur un navire qui se rendra à Fos-sur-Mer, près de
Marseille. De là, ils seront transportés le long d'une route spécialement aménagée
jusqu'à la salle d'assemblage du tokamak, puis empilés, compressés, câblés et testés.
La hauteur de la salle est dictée par la hauteur du solénoïde. Suspendue au plafond,
une grue à pont roulant - avec quatre crochets et des câbles d'acier - soulèvera le
gabarit, et avec lui le solénoïde suspendu à la verticale. Chaque variable sera étudié
avec précision: la tension des câbles en tenant compte du poids énorme; la
dynamique de la grue quand elle se déplace; le degré avec lequel l'aimant va osciller;
même la météo, le vent frappant le bâtiment, et comment sa force pourrait affecter le
parcours de la grue. Lentement, le solénoïde - avec ses mille tonnes - sera transporté
jusqu'au tokamak et placé au milieu de la chambre à vide. S'il est trop grand d'à peine
quelques millimètres, il ne pourra pas rentrer dans l'espace cylindrique étanche conçu
pour lui.
Il n'y a aucune place pour l'erreur.
Que se passera t-il quand ITER sera activé? Une chose est certaine: une étoile
synthétique est une merveille cryptique. La seule façon de l'observer serait de la sortir
de la salle de contrôle
; les champs magnétiques sont invisibles, le plasma ne fait
aucun bruit. Mais allez visiter un tokamak en marche - en Corée du Sud, en Suisse ou
en Inde - et demandez ce qui se passerait si vous étiez à côté de la machine.
6
Alors, l'énorme courant électrique qui les traverse cherchera une autre sortie, comme
un fleuve endigué. Si les 18 bobines de champ toroïdal devaient faire l'expérience de
ce phénomène, 41 milliards de joules d'énergie chercheraient un nouvel endroit ou
aller.
Un scientifique a comparé cette issue à deux avions 747 se scratchant
simultanément dans la machine.
Les calculs sont complexes pour prévoir combien de neutrons viendront frapper les
aimants, mais les lacunes sont introduites plus rapidement que la vitesse d'analyse.
«
Le physicien qui en est responsable améliore constamment ses modèles
» m'a dit
Snipes. «
Chaque petit écart lui cause d'énormes maux de tête. Maintenant, ce ne
sera pas un problème – nous réduirons les performances du plasma avant d'arriver à
ce stade dangereux -
mais ça nous empêchera de savoir jusqu’où nous aurions pu
aller
» En d'autres termes, même si ITER est capable de produire des réactions
thermonucléaires record, la machine peut ne pas être capable d'y faire face - une
perspective extrêmement frustrante. Depuis l'époque de Dorland et Kotschenreuther,
il y a eu des modèles informatiques beaucoup plus encourageants; on prédit que ITER
pourrait théoriquement atteindre l'ignition. Mais, si les écarts devaient se confirmer,
les objectifs fondamentaux du projet pourraient être compromis.
«
C'est ce qui arrive quand on fonctionne avec un calendrier qui n'est pas réaliste, ou
lorsqu'on doit construire une machine avec trop peu de personnes, ou trop peu
d'argent, il faut faire alors des sacrifices
» m'a dit un scientifique affilié au projet.
«
Chaque fois que le directeur général fête une étape, il ne reconnaît pas les
raccourcis qui ont été pris pour en arriver là
» ITER est continuellement remodelé pour
répondre aux exigences de moindre coût. Le tokamak avait au départ deux
extracteurs de chaleur, appelées
divertor
.
Il y en a maintenant plus qu'un seul. «
Et
c'est risqué
» a ajouté le scientifique. «
C'est comme construire une seule navette
spatiale, et vouloir la faire fonctionner 30 ans. S'il y a un problème de divertor, cela
pourrait prendre cinq ans pour en faire un autre, et ça pourrait être la fin du projet
»
Les compromis sont une source de difficultés permanentes, dont beaucoup ne sont
pas résolues ou sont résolues cyniquement, les gens disent que c'est parce que
Motojima encourage une culture qui est contraire à la science, parce que la structure
organisationnelle d'ITER est calquée sur la société japonaise – avec une
administration lourde se préoccupant beaucoup de donner une image de progrès.
« Ce projet est censé apporter de l'espoir, mais c'est la peur qui règne en son
sein »
a déclaré le scientifique. «
Des efforts sont faits à plusieurs niveaux pour
cacher les problèmes, en partie parce que les gens pensent que la situation ne pourra
pas s
'arranger, et en partie parce que certains des décideurs seront morts au moment
où on appuiera sur le gros bouton rouge
».
Durant l'été, l'ambiance de travail au sein de la plus grande collaboration scientifique
de l'histoire devenait de plus en plus anxieuse. «
ITER a toujours été un lieu de travail
mouvementé, hein ?
» m'avait dit Chiocchio, mais les frustrations montent nettement.
L'année précédente, ITER avait à peine atteint la moitié de ses objectifs. La date de
démarrage de la machine – 2020 - a été de nouveau reporté. On parle discrètement
maintenant de 2023 ou 2024. Et si la date recule encore ? Les ingénieurs opèrent dans
un monde de charges strictement mesurées et de flux thermiques , mais les forces
politiques sont insensibles à ces mesures précises.
8
projet est réalisable. Mais tous les États membres ne fonctionnent pas ensemble
comme une seule équipe, avec un seul objectif. Nous devons remédier à ça
».
Le remaniement était inévitable. En octobre 2013, une évaluation
confidentielle de la gestion interne avait spécifié que le projet était «
en
plein malaise et pouvait dériver hors de tout contrôle
»
Elle a fait onze
recommandations sévères, parmi lesquelles remplacer Motojima le plus rapidement
possible. Le Conseil ITER a convoqué une réunion d'urgence. Les enjeux étaient
particulièrement élevés pour la délégation américaine, qui devait apaiser le Congrès.
Le ministère de l'Énergie avait présenté à Dianne Feinstein une nouvelle estimation de
la contribution américaine passant de 4 milliards de dollars à 6,5 milliards de dollars et
elle avait accepté de financer ITER (et la machine M.I.T) mais pas sans conditions.
Environ 12
% de l'argent serait retenu jusqu'à ce que les 11 recommandations soient
appliquées de manière significative. En substance, elle a dit qu' ITER devait changer,
ou la place des États-Unis serait à nouveau remise en question.
Comme les gens impliqués dans ITER ont commencé à se demander qui succéderait à
Motojima - Condoleezza Rice fut suggéré - il s'empressa de faire des changements. Il
congédia le directeur de la section des aimants, un vétéran au franc-parler, mais
respecté de par ses 26 années d’expérience, et il a fusionné le travail de la garde
prétorienne avec celui des autres divisions. « Je ne suis plus à la tête de la
conception
» m'a dit Chiocchio, mais malgré le nombre de fois ou il a essayé de
m'expliquer sa nouvelle place dans la bureaucratie, je n'ai pas réussi à comprendre. Il
avait gagné de nouvelles responsabilités, et en avait perdu d'autres.
«
Fondamentalement, je continue à faire exactement le même travail
» m'a t-il dit.
[...]
Avant de quitter la France, j'ai rejoint Chiocchio et
Günter
Janeschitz, conseiller
principal auprès du Directeur général, ainsi que d'autres membres de la garde
prétorienne, pour une visite du chantier de construction ITER. Il était midi, et le soleil
était chaud et éclatant.
Le groupe portait le lourd fardeau d'une physique
complexe et d'une politique plus complexe encore, mais c'était un bel après-
midi en Provence.
Nous nous sommes dirigés vers le bas par un chemin de terre à
travers les arbres, passant devant les câbles et les transformateurs qui amèneront
l’électricité directement depuis le réseau national français. Une douzaine de véhicules
jaunes - camions-benne, pelles rétro caveuses, bulldozers – étaient alignés
soigneusement. Au loin, les grues émergeaient dans les hauteurs, leurs silhouettes en
forme de L dans le ciel ouvert. Pour un projet qui devait désespérément rattraper son
retard, le site était étrangement calme.
«
C'est la pause déjeuner
» dit sèchement Janeschitz.
Nous sommes passés devant un bâtiment vide, aussi long que cinq piscines
olympiques. C'est ici que le système magnétique poloïdal, trop volumineux pour être
déplacé sur des grandes distances, sera assemblé. Nous sommes passés devant une
maquette de la grande dalle de béton qui devra soutenir le réacteur. La construction
de la dalle était dans l'impasse à cause d'un autre conflit : économiser de l'argent,
l'agence domestique européenne avait insisté pour que la dalle soit deux fois moins
10
épaisse que dans la conception initiale – ce changement décidé par la réglementation
française était dangereux. Pour sortir de l'impasse, les ingénieurs d'ITER ont conçu
une nouvelle structure pour répartir davantage le poids de la machine.
Chiocchio a dû trouver du temps pour ça. «
Il a fallu six mois
» dit-il «
La machine est
déjà conçu, chaque composant est déjà conçu. On ne peut pas changer quoi que ce
soit
» Janeschitz secoua la tête et dit: «
Bien sûr ensuite il y a des plaintes, en raison
du coût et des modifications tardives
».
Pour se rendre dans la fosse de construction du tokamak, nous descendîmes un
escalier métallique jusqu'à ce que nos pieds touchent terre, seize mètres plus bas. La
fosse était si vaste qu'il a fallu un temps d’adaptation mental pour apprécier sa
profondeur. Nous étions dans un canyon. La terre au fond – cuite par le soleil et
craquelée, avait été laminé à plat, et des tas d'équipements étaient stockés à la
surface. Dominant l'espace où la dalle était en construction, des murs de soutènement
renforçaient la fosse. On pouvait voir les plots – 493 en tout, chacun comme un petit
monolithe surmonté de coussinets anti-sismiques. En cas de tremblement de terre, les
roulements permettront à la dalle de se balancer de droite à gauche.
Même en tenant compte de toutes les difficultés du projet, il était difficile de ne pas
sentir la majesté de ce qui était tenté. Au centre du tapis de base, des kilomètres de
barres d'armature étaient pliées en une élégante toile d'araignée s'étendant sur 60
mètres. Un jour, tout ça sera coulé dans du béton, avec le tokamak au centre. Après
une pause au bord, tout le monde a soudainement disposé une rangée de planches
de bois vers le rayon intérieur de la toile d'araignée, lieu du centre du tokamak:
Ground Zéro
. Difficile de savoir pourquoi nous allions tous là-bas; le centre n'offrait
pas de meilleure vue de l'énorme dalle que les côtés. Il y avait peut-être l'impulsion
humaine, être juste là, où quelque chose de notable pourrait se passer. La fusion, la
source d'énergie la plus abondante dans l'univers, n'a jamais produit la moindre
énergie sur Terre. [...]
Ce soir-là, dans un café à proximité du site, j'ai pris un verre avec un physicien d'ITER
qui était abattu, craignant que la machine ne marche jamais. Pourquoi il restait dans le
projet, il ne pouvait le dire. Mais quelques semaines plus tard, après réflexion, il m'a
dit que son moral était remonté. Il était venu là jouer son rôle, à la fois petit et
sublime, semblable à un tailleur de pierre qui peine des années sur la cathédrale de
York Minster (commencé en 1220, terminé en 1472) sans avoir jamais vu le travail
achevé. « Je m'attends maintenant à consacrer toute ma carrière professionnelle
avant de voir un plasma décent dans ITER
» m'a t-il dit. «
Ça ne m'embête pas. Il y a
eu de nombreux scientifiques avant moi, travaillant pour un même objectif et n'ayant
rien vu. Martin Luther King avait un rêve il y a cinquante ans. Il n'a pas vécu assez
longtemps pour voir ce rêve réalisé. Mais, grâce à lui, nous avons fait des progrès
merveilleux pour que ce rêve s'accomplisse. Les scientifiques travaillant sur ITER ont
un rêve qui pourrait être aussi puissant que celui de Martin Luther King - pas pour
l'égalité humaine, mais pour l'indépendance énergétique. Nous ne verrons pas la
réalisation de ce rêve. Mais chaque jour je vais au travail avec un sourire caché, car je
sais que j'aide à ce qu'un jour notre rêve ITER se réalise
».
http://www.newyorker.com/magazine/2014/03/03/a-star-in-a-bottle
voir
aussi
:
http://www.newyorker.com/news/daily-comment/how-to-fix-iter

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:14

qui a dit que Noël était fini ?

Pour les fêtes, partagez le premier journal sur le revenu de base autour de vous.

 

http://us6.campaign-archive1.com/?u=d9ee198757a4e6df79cf2a39b&id=8114b28e40&e=1cd26913ae

 

 

Dans l'actualité chargée du revenu de base, ce mois de décembre est marqué par un événement historique pour le mouvement mondial qui soutient cette idée : le lancement de L'Inconditionnel, un journal francophone dédié à l'idée du revenu de base inconditionnel, qui a été réalisé en partenariat avec le réseau belge et le mouvement suisse et financé par plus de 200 citoyens.



Ce premier numéro, gratuit, est une introduction variée aux différentes réflexions liées au revenu de base. Imprimé à 60.000 exemplaires, il constitue donc un outil idéal pour faire connaitre et diffuser l'idée ! 

Rendez-vous sur le site www.linconditionnel.info pour télécharger le journal au format pdf et, encore mieux, trouvez un point-relais proche de chez vous pour récupérer un ou plusieurs exemplaire papier à partager autour de vous !

Nous vous souhaitons à tous de très belles fêtes de fin d'année !

L'équipe de coordination

 

Le revenu de base, c'est pas sorcier !

Financer le revenu de base par l'impôt sur le revenu

Comment financer le revenu de base ? L'une des propositions consiste à réformer l'impôt sur le revenu. Regarder cette vidéo de 3 minutes pour comprendre »
 

L'actualité du revenu de base

Suisse: les Socialistes n’osent pas soutenir l’initiative fédérale

Par crainte que l’idée du revenu de base soit détournée, le parti socialiste suisse préfère miser sur une réforme moins ambitieuse de l’État providence. Lire l'article »

Finlande: les centristes veulent expérimenter le revenu de base

Plusieurs parlementaires finlandais se sont récemment prononcés en faveur de la mise en place de programmes pilotes d'un revenu de baseLire la suite »

Islande: le parti pirate propose d'étudier le revenu de base

Trois parlementaires viennent de proposer une résolution parlementaire demandant la création d'un groupe de travail sur le revenu de base. Lire la suite »
 

Le revenu de base en débat

Le revenu universel, rémunération du bien commun

Dans une tribune sur LeMonde.fr, Jean-Éric Hyafil répond aux objections de Jean-Marie Harribey (ATTAC) contre le revenu universel. Lire l'article »

Comment répondre à l'exploitation grandissante de nos comportements ?

Pour le sociologue Antonio Casilli, le revenu de base est un moyen de contrecarrer l'exploitation grandissante des activités en ligne. Lire l'article »

Les 5 mythes autour du revenu de base universel

Le blog The Pieces Fit développe un argumentaire pertinent face à certaines objections fréquentes au revenu de base. Lire l'article »

La TVA réduite est anti-redistributive

Contrairement aux idées reçues, la TVA réduite sur les produits de première nécessité profite plus aux riches qu’aux pauvres. Lire l'article »

Participer au Mouvement 

Le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) est une association transpartisane et indépendante, qui cherche à rassembler toutes les forces progressistes souhaitant instaurer le revenu de base en France.

Rejoignez les 500 adhérent(e)s de l'association et participez aux actions nationales, locales et européennes pour parvenir à son instauration !
Adhérer au Mouvement

Rejoignez un groupe local

Environ 30 collectifs locaux organisent des actions de diffusion et d'information.
Trouvez un groupe près de chez vous »

Venez débattre du revenu de base

Des événements sont organisés partout en France. Voir tous les prochains événements »

Faites un don

Le MFRB vit principalement des contributions de ses membres et sympathisants. Faire un don à l'association »

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 07:28

http://publi.lemonde.fr/smart/logo4.png

Pour le rôle de la SNCF dans la Shoah, Paris va verser 100 000 euros à chaque déporté américain

Le Monde.fr avec AFP | 05.12.2014

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/12/05/etats-unis-paris-va-indemniser-les-victimes-de-la-shoah-transportees-par-la-sncf_4535530_3222.html

 
 
En 2011, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait reconnu les responsabilités de l'entreprise, qui fut « un rouage de la machine nazie d'extermination ». En 2011, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait reconnu les responsabilités de l'entreprise, qui fut « un rouage de la machine nazie d'extermination ». | AFP/BORIS HORVAT

Paris va verser 60 millions de dollars (environ 49 millions d'euros) aux victimes étrangères transportées par les trains de la SNCF vers les camps de la mort durant la seconde guerre mondiale, selon les termes d'un accord passé avec Washington dont les négociateurs ont dévoilé vendredi 5 décembre la teneur.

Les « quelques milliers » de déportés survivants américains devraient ainsi recevoir environ 100 000 dollars chacun, selon l'ambassadrice française aux droits de l'homme, Patrizianna Sparacino-Thiellay. L'accord, qui devrait formellement être signé lundi, porte en effet sur la création d'un fonds d'indemnisation doté par la France, dont le montant sera versé aux autorités américaines en faveur de « quelques milliers » de déportés non français et de leur famille, a précisé la diplomate.

 CONTREPARTIE

En contrepartie de ce fonds d'indemnisation, les Etats-Unis se sont engagés à défendre l'immunité de juridiction dont bénéficient les entreprises étrangères sur leur sol, qui les protège de toute poursuite judiciaire ou de toutes autres formes d'action. Un sénateur avait demandé en 2013 au Congrès de réformer cette loi pour pouvoir traduire la SNCF devant les tribunaux américains.

« La SNCF n'a jamais été tenue pour responsable de la déportation. Elle a été un instrument de la déportation. (…) c'est de la responsabilité des autorités françaises [d'en assumer les conséquences] », a rappelé la diplomate française. Par conséquent l'entreprise publique SNCF « n'est pas partie dans les discussions [ni] dans la mise en œuvre » de l'accord .

 

LA SNCF « INSTRUMENT DE LA DÉPORTATION »

Le rôle de la SNCF dans le génocide juif fait l'objet de débats depuis des années aux Etats-Unis. En avril dernier encore, des élus new-yorkais avaient demandé que les entreprises ayant, selon eux, profité de la Shoah – dont la société française – apportent réparation.

Cette affaire sensible a failli priver le groupe ferroviaire français SNCF de contrats aux Etats-Unis. L'Etat du Maryland voulait demander, avant de renoncer, au groupe ferroviaire français d'indemniser les victimes de la Shoah avant de postuler à un contrat.

Le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait reconnu en 2011 les responsabilités de l'entreprise, qui fut « un rouage de la machine nazie d'extermination ».

Lire aussi : Guillaume Pepy reconnait le rôle de la SNCF dans la Shoah

Réquisitionnée par l'Etat français de Vichy à la demande des autorités d'occupation allemandes, la SNCF a transporté 76 000 Juifs de France dans des wagons de marchandises à travers le pays et vers les camps d'extermination entre 1942 et 1944. 

-Note de l'administration du blog:

En ce qui concerne le role des transports publics Français sous Pétain,la RATP ne paiera  elle ,pas un  Kopec alors qu’elle  à commis exactement les mêmes ignominies que la SNCF.
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 07:21

http://www.bastamag.net/local/cache-vignettes/L150xH101/moton160-fea52.jpg?1412937395Grand marché

Pourquoi les traités commerciaux plombent les finances publiques

par Ivan du Roy, Nathalie Pédestarres 11 décembre 20 14.

L’équivalent du salaire annuel de 230 000 infirmières : c’est ce qu’a dû payer la Pologne en compensations financières à de gros investisseurs s’estimant lésés. Soit 2,2 milliards d’euros en tout. En 2010, un chèque de 219,9 millions a d’abord été signé à l’industrie pharmaceutique française. En cause : une réforme de l’autorisation de mise sur le marché de médicaments qui a entraîné l’interdiction de plusieurs molécules commercialisées, d’où une plainte de plusieurs sociétés françaises, dont les laboratoires Servier, tristement célèbres depuis l’affaire du Mediator. Le comble est que cette réforme mise en œuvre en 2001 était exigée par la Commission européenne en vue de l’adhésion de la Pologne. En 2003, c’est la compagnie d’assurance néerlandaise Eureko qui attaque la Pologne pour son refus de privatiser totalement l’ancienne compagnie d’assurance publique PZU. Varsovie a dû s’acquitter d’un chèque de 2,19 milliards d’euros à Eureko, qui souhaitait devenir l’actionnaire majoritaire de l’assureur polonais.

Ces exemples, et quelques autres en Allemagne, en République tchèque ou en Roumanie, sont détaillés dans un rapport publié le 4 décembre par les Amis de la Terre Europe, réseau indépendant qui rassemble une trentaine d’organisations écologistes. Ce rapport, intitulé « les coûts cachés des traités commerciaux européens », illustre très concrètement les effets pervers des « règlements des différends » entre investisseurs et États.

Ces dispositifs, associés à un accord commercial entre États, permettent à une multinationale ou à un fonds d’investissement d’exiger des compensations financières en cas de réformes, de nouvelles législations sociales et environnementales, ou de refus de privatiser certains secteurs. Ces « différends » sont jugés devant un tribunal d’arbitrage privé, à l’aune des traités commerciaux bilatéraux qui ont été conclus (voir notre dossier). Ce sont ces mêmes dispositifs qui sont tant décriés pour les traités commerciaux en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis en vue d’un grand marché transatlantique (Tafta/TTIP) ou avec le Canada (Ceta). En France, sénateurs et députés ont voté fin novembre des résolutions invitant le gouvernement à renoncer à ce type de mécanismes (lire ici).

Dans une affaire sur cinq, le jugement n’est même pas rendu public !

Le rapport des Amis de la Terre Europe recense, sur les 20 dernières années, 127 conflits commerciaux de ce type, concernant vingt pays, au sein de l’Union européenne. Les demandes de compensation formulées par les investisseurs dépassent les 30 milliards d’euros. L’Europe de l’Est est particulièrement touchée : les trois-quarts des demandes de compensations sont adressés aux nouveaux pays membres. Sur ces 127 affaires, 60 % concernent le secteur de l’environnement : énergies fossiles et nucléaire, recyclage des déchets, agriculture… Et représenteraient au moins 12 milliards d’euros de demande de compensation. Le dossier à suivre de près est l’action intentée en 2012 contre l’Allemagne par l’énergéticien suédois Vattenfall. L’entreprise demande 4,7 milliards d’euros de compensation à l’Allemagne pour avoir décidé de sortir du nucléaire et de fermer progressivement ses centrales, dont deux appartiennent à Vattenfall (lire notre article).

C’est l’une des 46 affaires encore en cours sur 127. Les autres ont donné lieu à un arbitrage en faveur de l’investisseur dans 18 % des cas, à un règlement à l’amiable – une compensation est cependant payée par le pays à l’investisseur – dans 16 % des affaires et à une victoire de l’État dans 17 % des dossiers. Qu’en est-il des autres ? Dans un cas sur quatre, la procédure a été interrompue. Et dans 20 % des affaires, le résultat de l’arbitrage n’a pas été rendu public ! Ce qui révèle le niveau de transparence de cette « justice » commerciale…

Ce dispositif de règlement des différends « compromet la capacité des autorités nationales et locales de réglementer dans l’intérêt général et constitue une attaque inacceptable et inutile contre la démocratie », alerte le rapport. (« Et ce sont les contribuables eux-mêmes qui devront payer la facture pour les risques pris par les investisseurs privés »). Privatisation des profits, socialisation des pertes…

- Pour télécharger le rapport (en anglais)

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 08:04
Propagande médiatique, politique, idéologique

La grande escroquerie du Téléthon Le professeur Testard dénonce une "mystification"



Olivier Bonnet
Vendredi 5 Décembre 2008


La grande escroquerie du Téléthon Le professeur Testard dénonce une "mystification"

"C’est scandaleux. Le Téléthon rapporte chaque année autant que le budget de fonctionnement de l’Inserm tout entier. Les gens croient qu’ils donnent de l’argent pour soigner. Or la thérapie génique n’est pas efficace. Si les gens savaient que leur argent va d’abord servir à financer des publications scientifiques, voire la prise de brevets par quelques entreprises, puis à éliminer des embryons présentant certains gènes déficients, ils changeraient d’avis. Le professeur Marc Peschanski, l’un des artisans de cette thérapie génique, a déclaré qu’on fait fausse route. On progresse dans le diagnostic, mais pas pour guérir. De plus, si on progresse techniquement, on ne comprend pas mieux la complexité du vivant. Faute de pouvoir guérir les vraies maladies, on va chercher à les découvrir en amont, avant qu’elles ne se manifestent. Cela permettra une mainmise absolue sur l’homme, sur une certaine définition de l’homme" : Jacques Testard, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), spécialiste en biologie de la reproduction, "père scientifique" du premier bébé éprouvette français, et auteur de plusieurs essais témoignant de son engagement pour "une science contenue dans les limites de la dignité humaine", dans une interview accordée à Médecines-Douces.com.

Testard écrit aussi sur son blog : "Les OGM sont disséminés sans nécessité puisqu’ils n’ont pas démontré leur potentiel et présentent des risques réels pour l’environnement, la santé et l’économie. Ils ne sont donc que des avatars de l’agriculture intensive qui permettent aux industriels de faire fructifier les brevets sur le vivant. Au contraire, les essais thérapeutiques sur les humains sont justifiés quand ils sont la seule chance, même minime, de sauver une vie. Mais il est contraire à l’éthique scientifique (et médicale) de faire miroiter des succès imminents des uns ou des autres. Malgré la persistance des échecs, les tenants de la thérapie génique (qui sont souvent les mêmes que ceux des OGM) affirment que « ça va finir par marcher  », et ont su créer une telle attente sociale que la « mystique du gène » s’impose partout, jusque dans l’imaginaire de chacun. Le succès constant du Téléthon démontre cet effet puisqu’à coups de promesses toujours réitérées, et grâce à la complicité de personnalités médiatiques et scientifiques, cette opération recueille des dons dont le montant avoisine celui du budget de fonctionnement de toute la recherche médicale en France. Cette manne affecte dramatiquement la recherche en biologie puisque le lobby de l’ADN dispose alors du quasi monopole des moyens financiers (crédits publics, industriels, et caritatifs) et intellectuels (focalisation des revues, congrès, contrats, accaparement des étudiants…). Alors, la plupart des autres recherches se retrouvent gravement paupérisées - une conséquence qui paraît échapper aux généreux donateurs de cette énorme opération caritative…"

 Dernière citation pour la route, extraite de l’ouvrage de Testard, Le vélo, le mur et le citoyen : "Technoscience et mystification : le téléthon. Depuis bientôt deux décennies, deux jours de programme d’une télévision publique sont exclusivement réservés chaque année à une opération remarquablement orchestrée, à laquelle contribuent tous les autres médias : le Téléthon. Ainsi, des pathologies, certes dramatiques mais qui concernent fort heureusement assez peu de personnes (deux ou trois fois moins que la seule trisomie 21 par exemple), mobilisent davantage la population et recueillent infiniment plus d’argent que des maladies tout aussi terribles et cent ou mille fois plus fréquentes. On pourrait ne voir là que le succès mérité d’un lobbying efficace, et conseiller à toutes les victimes de toutes les maladies de s’organiser pour faire aussi bien. Ce serait omettre, par exemple, que :

- le potentiel caritatif n’est pas illimité. Ce que l’on donne aujourd’hui contre les myopathies, on ne le donnera pas demain contre le paludisme (2 millions de morts chaque année, presque tous en Afrique) ;

- presque la moitié des sommes recueillies (qui sont équivalentes au budget de fonctionnement annuel de toute la recherche médicale française) alimentent d’innombrables laboratoires dont elles influencent fortement les orientations. Ainsi, contribuer à la suprématie financière de l’Association française contre les myopathies (l’AFM, qui recueille et redistribue à sa guise les fonds collectés), c’est aussi et surtout empêcher les chercheurs (statutaires pour la plupart, et donc payés par l’État, mais aussi thésards et, surtout, post-doctorants vivant sur des financements de l’AFM, forcément fléchés) de contribuer à lutter contre d’autres pathologies, ou d’ouvrir de nouvelles pistes ;

- il ne suffit pas de disposer des moyens financiers pour guérir toutes les pathologies. Laisser croire à cette toute puissance de la médecine, comme le fait le Téléthon, c’est tromper les malades et leurs familles ;

- après vingt ans de promesses, la thérapie génique, ne semble plus être une stratégie compétente pour guérir la plupart des maladies génétiques ;

- lorsque des sommes aussi importantes sont recueillies, et induisent de telles conséquences, leur usage mériterait d’être décidé par un conseil scientifique et social qui ne soit pas inféodé à l’organisme qui les collecte.

Mais comment aussi ne pas s’interroger sur le contenu magique d’une opération où des gens, allumés par la foi scientifique, courent jusqu’à l’épuisement ou font nager leur chien dans la piscine municipale... pour "vaincre la myopathie" ? Au bout de la technoscience, pointent les oracles et les sacrifices de temps qu’on croyait révolus..."

 

http://www.medecines-douces.tv/photo/background_colonne-1-0.jpg?v=1233142284http://www.medecines-douces.com/impatient/263jan00/testart.htm

 

Le 29 novembre, le Conseil d’État a remis un rapport à Lionel Jospin dans le testart.jpg (7838 octets)cadre du renouvellement des lois bioéthiques qui interviendra en 2000. Il aborde l’autorisation de la recherche sur l’embryon, le clonage, l’assistance médicale à la procréation, la médecine prédictive… Ces questions sont l’objet du dernier livre du biologiste Jacques Testart, Des hommes probables. Nous l’avons interrogé.

Jacques Testart est l’un des « pères » d’Amandine, le premier bébé éprouvette français. Directeur de recherche à l’Inserm, il est l’auteur notamment de L’Œuf transparent (Flammarion), Le Désir du gène (François Bourin), Eve ou la Répétition (Odile Jacob).

Alternative Santé - L’Impatient : le Conseil d’État propose d’autoriser la recherche sur l’embryon humain. Si elle aboutissait, celle-ci devrait permettre de corriger les anomalies génétiques, d’effectuer des greffes pour les personnes atteintes de maladies incurables, etc. Que pensez-vous de cette autorisation ?

Jacques Testart : Avant de devenir fœtus, puis hommes, nous avons tous été embryons. Cela impose qu’on regarde l’embryon d’une certaine manière.Je ne défends pas l’embryon, je défends l’humanité. Je ne le sacralise pas comme certains, mais je ne le tiens pas non plus comme simple matériel d’expérience. Je ne m’oppose pas, par principe, à la recherche sur l’embryon humain. Ce que je dénonce, c’est que l’on effectue cette recherche avant de l’avoir d’abord expérimentée sur la souris, la brebis, puis les primates, et d’en connaître la faisabilité. Les généticiens vont pouvoir travailler sur les toutes premières cellules de l’embryon, les cellules souches, mais ils ne savent pas si c’est faisable. Ils veulent qu’on leur fasse crédit sans apporter la preuve que cela est réalisable. Je suis contre cette démarche. On ne confie pas la conduite d’une Porsche à quelqu’un qui n’a pas montré qu’il sait conduire. Procéder directement à l’expérimentation sur l’embryon humain revient à en faire une chose, à le « réifier », à l’instrumentaliser.

Comment interprétez-vous cette demande des scientifiques ?

Ils agissent comme s’il leur était insupportable de voir une parcelle du vivant leur échapper. Les scientistes croient que la science est le moyen du bien de l’humanité. Ils pensent que plus le monde sera technique, plus l’homme sera heureux. De ce point de vue, je suis un anti-scientiste.

Le Conseil d’État propose que les expériences soient limitées aux cellules surnuméraires qui ne feraient plus l’objet d’un projet parental. Est-ce que ce garde-fou vous paraît suffisant ?

Les cellules disponibles ne sont pas infinies. Une femme ne produit dans sa vie que quelques dizaines d’ovules. Aujourd’hui, on limite l’expérience aux embryons disponibles. On risque d’en produire demain aux seules fins de la recherche. Raison de plus pour dégrossir le projet « thérapie cellulaire » avec des embryons d’animaux.

Le Conseil d’État se prononce contre la révélation de l’identité du donneur en cas d’insémination artificielle avec donneur. Qu’en pensez-vous?

Je suis pour qu’on laisse aux parents le choix de savoir qui est le donneur. Nul n’a pu démontrer une supériorité éthique de l’anonymat du don. Mais en revanche les séquelles psychologiques de cette pratique sont de plus en plus évidentes. Il n’est pas équivalent d’avoir été conçu par l’homme qu’on appelle papa, ou de procéder à d’autres artifices conduisant à nier définitivement la continuité des générations dans laquelle l’homme pourra s’inscrire. En ce sens, l’adoption, qui donne un foyer à un enfant, me paraît plus généreuse que l’IAD (insémination avec donneur) qui fabrique un enfant pour un foyer. Adopter un enfant abandonné est un acte d’amour, concevoir un enfant par un tiers, c’est-à-dire créer délibérément un enfant privé du droit à ses origines, est autrement problématique. Le don de sperme nie la personne du donneur en taisant son nom comme son histoire.C’est la raison pour laquelle vous êtes partisan de l’ICSI – l’injection du spermatozoïde dans l’ovule – dans le cas des hommes stériles ? Une technique très controversée…Là où la fécondation naturelle expose un ovule à 200 millions de spermatozoïdes, l’ICSI introduit un seul spermatozoïde dans chaque ovule disponible. Cette technique permet de pallier les problèmes d’infertilité des hommes qui ne donnent que quelques spermatozoïdes. Certains sont contre, au motif qu’il y aurait risque de donner naissance à des enfants handicapés. Mais des centaines d’enfants sont nés de cette technique, et ils sont parfaitement normaux. Croire comme le pensent certains que c’est le spermatozoïde le plus performant qui gagne la course sur les autres spermatozoïdes et féconde l’ovule relève du fantasme. Du même ordre que de croire que les prix Nobel ne pourraient pas donner naissance à des imbéciles ou des imbéciles faire naître des génies. La nature ne sélectionne pas le spermatozoïde le plus performant. Ce qu’on peut seulement craindre, avec l’ICSI, c’est de faire des enfants qui ressemblent à leurs parents jusque dans la stérilité.

Vous soulignez les menaces d’eugénisme que font peser les techniques de procréation. Sur quoi vous fondez-vous ?

L’eugénisme, c’est la sélection des meilleurs et l’élimination des autres. Les techniques telles que le dépistage pré-implantatoire (DPI) et le diagnostic prénatal (DPN) donnent cette possibilité. Le DPN peut conduire à un avortement en cas de grave anomalie, le DPI ne devrait être toléré que si on est capable de limiter son champ d’action aux pathologies graves.Pour la première fois dans l’humanité, le DPI va permettre de choisir les « bons » embryons. Sur quels critères ? On pourra avoir le gamin de son choix ! On va choisir selon les critères sanitaires. Tous les parents désirent éviter à leur enfant des difficultés de santé. On choisira le plus performant, le meilleur. Nous allons être dans une situation révolutionnaire, capables de répondre à la hantise ancestrale de la malformation, du handicap, comme à la hantise moderne de la non-compétitivité. Je suis pour laisser la place à l’aléatoire.

Vous employez parfois l’expression « racisme du gène ». Qu’entendez-vous par là ?

Il y a un racisme bête, celui fondé sur la couleur de la peau. Mais il y a peut-être pire, celui de la sélection du gène le plus performant, avec label scientifique.

Le Téléthon célèbre chaque année les progrès de la génétique, ses possibles performances curatives. Qu’en pensez-vous ?

C’est scandaleux. Le Téléthon rapporte chaque année autant que le budget de fonctionnement de l’Inserm tout entier. Les gens croient qu’ils donnent de l’argent pour soigner. Or la thérapie génique n’est pas efficace. Si les gens savaient que leur argent va d’abord servir à financer des publications scientifiques, voire la prise de brevets par quelques entreprises, puis à éliminer des embryons présentant certains gènes déficients, ils changeraient d’avis. Le professeur Marc Peschanski, l’un des artisans de cette thérapie génique, a déclaré qu’on fait fausse route. On progresse dans le diagnostic, mais pas pour guérir. De plus, si on progresse techniquement, on ne comprend pas mieux la complexité du vivant. Faute de pouvoir guérir les vraies maladies, on va chercher à les découvrir en amont, avant qu’elles ne se manifestent. Cela permettra une mainmise absolue sur l’homme, sur une certaine définition de l’homme.

Quel jugement portez-vous sur le siècle écoulé?

On fabrique des choses qui n’ont aucune utilité, les organismes génétiquement modifiés, dont personne ne veut… C’est une perversion de la civilisation. On mène une vie de fous pendant que d’autres sont sans travail et meurent de faim. Le vrai progrès n’est pas dans la capacité technique, mais dans l’amélioration des relations, dans l’humanité, dans la joie. Ce siècle a créé beaucoup de drames humains. Mais il y a eu la libération de la femme, la montée des Droits de l’homme. Comment vous définir ?Je suis un humaniste laïc.Propos recueillis par Pierre Dhombrel.

 

 

http://jacques.testart.free.fr/themes/defaultJT/img/page-t.pngDernière mise à jour : 25 octobre 2014

Contenu du site

Bienvenue sur le site* de J. Testart, critique de science**

 

Vous trouverez sur le site

- une analyse critique de la science, des technosciences, des OGM, ainsi que des éléments de réflexion sur le citoyen et la démocratie.

- des informations sur l'Assistance Médicale à la Procréation (AMP), en particulier la fécondation in vitro et la pré-histoire du 1er bébé éprouvette français.

 


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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 10:32

Hollande en 1980:http://romanin.over-blog.com/2014/12/la-video-que-francois-hollande-souhaite-soustraire-aux-regards-des-francais.html

http://s1.libe.com/img/logo-liberation-311x113.png

François Hollande s’est souvenu de Thiaroye

TRIBUNE

François Hollande restera dans l’Histoire comme le président qui a reconnu la responsabilité de la France dans les événements de Thiaroye, au Sénégal, mais le compte n’y est pas encore… Jusqu’au 30 novembre dernier, officiellement, Thiaroye était une mutinerie d’ex-prisonniers de guerre ayant nécessité une riposte armée des Troupes coloniales le 1er décembre 1944. Ces ex-prisonniers avaient passé quatre ans en captivité dans les frontstalags. C’était le premier contingent de tirailleurs dits «sénégalais» libérés par les Alliés ou les Forces françaises de l’intérieur (FFI) à rejoindre l’Afrique occidentale française (AOF) où ils devaient être démobilisés. Le bilan officiel de cette «mutinerie» était de 35 morts, 35 blessés et 34 condamnations.

En marge du sommet de la Francophonie, le président François Hollande a inauguré avec Macky Sall, président de la République sénégalaise, un mémorial au cimetière de Thiaroye. Comme il l’avait promis en 2012, il a remis solennellement «l’intégralité» des archives que la France possède sur Thiaroye au Sénégal. En réalité, seules les archives conservées au Service historique de la Défense (SHD) ont été numérisées. Or il est impossible de comprendre Thiaroye sans les autres documents conservés notamment aux Archives nationales de l’outre-mer (Anom) et au Dépôt central d’archives de la justice militaire.

Depuis le 30 novembre, nous ne pourrons plus dire qu’il y a eu 35 victimes mais il est impossible encore de chiffrer le nombre réel de victimes. Seule la liste nominative des ex-prisonniers de guerre présents sur le navire le Circassia - qui les ramenait dans leur pays - comparée à la liste des rapatriés survivants du massacre permettra de donner un nombre exact et un nom à chaque victime. Un recoupement des différents documents écrits avant le massacre et trouvés dans les archives y compris celles du Royaume-Uni, indique plus de 1 600 hommes embarqués alors que le chiffre officiel des tirailleurs débarquant à Dakar donné après le massacre varie entre 1 200 et 1 300. Aucun historien ne peut passer outre quand il tombe sur des sources aussi discordantes. On n’entre et on ne sort pas d’un bateau sans être compté. Il faut retrouver ces éléments de preuve et l’historien doit s’employer à donner de la réalité à l’hypothèse d’une diminution volontaire du nombre de rapatriés pour camoufler le chiffre exact des victimes.

Pour la première fois, la France a reconnu que ces rapatriés avaient, en fait, réclamé leurs justes droits et notamment les rappels de solde qu’ils devaient percevoir à la caserne de Thiaroye avant leur démobilisation. Les rapatriés n’avaient alors pas reçu aucune réponse à leurs légitimes réclamations. Trois jours après le massacre, le ministère de la Guerre avait publié une circulaire faisant croire qu’ils avaient perçu la totalité de leurs soldes avant l’embarquement afin de rendre leurs réclamations illégitimes. Il s’agissait de camoufler la spoliation. Ainsi, les tirailleurs ont été lésés par un mensonge d’Etat.

Les rapports des officiers ont été rédigés pour faire croire à une rébellion armée. Mais, un rapport qui n’est conservé ni aux archives du SHD, ni aux Anom mentionne qu’à 6 h 45, la force armée allait intervenir pour «réduire» les rebelles. La vie des forces de l’ordre n’ayant pas été menacée avant 6 h45 - ni même avant 9 h 30, heure des tirs meurtriers -, c’est donc bien la veille qu’il fut envisagé d’utiliser tous les moyens pour réduire au silence les tirailleurs. François Hollande a indiqué que ces hommes se sont rassemblés dans la cour de la caserne de Thiaroye au petit matin du 1er décembre 1944 pour à nouveau lancer un cri d’indignation. En réalité, ils ne se sont pas rassemblés de leur propre chef, ils en ont reçu l’ordre des officiers. C’est un fait concordant dans tous les documents d’archives. Les tirailleurs étaient donc sans défense face aux automitrailleuses. Le président Hollande n’a pas prononcé le terme de massacre dans son discours, mais pour la première fois la France a reconnu qu’il n’y a pas eu de rébellion armée. Il a insisté sur une réparation de l’injustice et, s’il n’y a pas eu de rébellion armée, c’est donc que des hommes ont été condamnés pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. Un procès en révision à titre posthume s’impose : «L’amnistie ne peut en aucun cas faire obstacle à une action en révision.» Quant aux morts de Thiaroye, ne méritent-ils pas la mention «Morts pour la France» ? Au-delà des associations comme Sénégal sur Seine, le Cran, la Ligue des droits de l’homme, la reconnaissance du massacre de Thiaroye a été portée par des personnes mobilisées pour restaurer la dignité de ces soldats de l’armée française. L’initiative franco-sénégalaise d’une pétition pour réclamer le procès en révision et la reconnaissance du massacre a eu un retentissement certain avant d’être remise à la garde des Sceaux. «La France n’est pas elle-même quand elle détourne son regard sur des événements qui ont pu assombrir son image», a proclamé le président de la République française. Pour les jeunes générations, françaises comme africaines, il est fondamental que les plus hautes autorités de l’Etat assument leurs responsabilités.

Armelle MABON Maître de conférences en histoire contemporaine Université de Bretagne-Sud

 

Armelle Mabon sur les vraies raisons du massacre de Thiaroye

Alors que l’on s’apprête à commémorer le soixante-dixième anniversaire du massacre de Thiaroye, Armelle Mabon, historienne française qui a travaillé durant près de 15 ans sur le sujet, conteste aujourd’hui la version officielle des faits qu’elle qualifie de « mensonge d’Etat ».

source photo Diawara.org

http://terangaweb.com/armelle-mabon-sur-les-vraies-raisons-du-massacre-de-thiaroye/

Le massacre de Thiaroye s‘est déroulé le 1er décembre 1944 dans un camp militaire à Dakar au Sénégal. Selon la version officielle, 1300 tirailleurs sénégalais qui venaient d’être libérés des Fronstalag (camps de prisonniers de l’armée allemande situés en France) transitèrent à Thiaroye avant de rentrer dans leurs pays respectifs. Ils venaient du Sénégal, Mali, Bénin, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Tchad, Gabon et Togo. À la suite d’une mutinerie dans le but d’obtenir le paiement total de leur solde de captivité, ils prirent en otage un membre de l’armée française, le général Dagnan, jusqu’à obtenir satisfaction. Se sentant humiliés, les soldats français ont décidé de faire une démonstration de force en bombardant le camp à l’aide d’automitrailleuses.

Le bilan officiel retenu à ce jour de cette mutinerie est de 35 morts, 35 blessés et 34 condamnations.

Le 12 octobre 2012, alors en déplacement à Dakar, François Hollande déclarait :

« La part d'ombre de notre histoire, c'est aussi la répression sanglante qui en 1944 au camp de Thiaroye provoqua la mort de 35 soldats africains qui s'étaient pourtant battus pour la France. J'ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu'elles puissent être exposées au musée du mémorial »

La déclaration du Président français n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde.

Toutefois, c’est en 2000, qu’Armelle Mabon, a commencé à fouiller les archives sur Thiaroye. Et la disparition de documents militaires n’a fait qu’augmenter ses doutes 

« J’ai commencé par m’interroger sur ces pièces disparues puis je me suis poser la question que je n’aurais jamais du me poser : Et si les rapports étaient mensongers ? Et si il n’y a pas eu du début jusqu’à la fin une machination ? » explique-t-elle.

Près de sept décennies plus tard, il ne fait plus aucun doute 

Je peux désormais certifier que c’est un mensonge d’Etat.

En 2003, elle est l’auteur du documentaire Oubliés et trahis. Les prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains (Grenade productions)Mais c’est en 2010, dans son ouvrage Les prisonniers de guerre "indigènes", Visages oubliés de la France occupée (Ed. La Découverte) qu’elle expose clairement ses doutes sur la version officielle du massacre de Thiaroye.

À la suite de ses recherches, elle constate que le mensonge se porte sur trois aspects : la falsification des rapports militaires, la spoliation dont les tirailleurs furent victimes et enfin le caractère prémédité du massacre. Toutes ses révélations se basent sur des pièces d’archives et des rapports militaires qui proviennent des Archives Nationales d’Outre Mer (ANOM) et du Service Historique de la Défense (SHD).

Malgré tout, Thiaroye conserve toutefois de nombreuses zones d’ombre, à commencer par le nombre de tirailleurs présents sur le camp. Là, déjà, pour Armelle Mabon un premier doute s’installe 

« Nous ne pouvons pas déterminer aujourd’hui combien ils étaient. D'après les archives, 1200 ou 1280 ou 1300 ex-prisonniers de guerre sont arrivés à Dakar. Alors qu'il existe un document officiel de la Marine en AOF avec ce chiffre de 1300 » explique-t-elle.

Au départ de Morlaix en Bretagne, 2000 tirailleurs étaient présents. Parmi eux, 300 ont refusé d’embarquer car ils n’ont pas perçu le quart des soldes de captivité, ce qui amène le chiffre à 1700. Si le chiffre officiel fait état de 1300 hommes présents à Thiaroye, où sont passés les 400 tirailleurs restants ? Pour y répondre, Armelle Mabon a une explication 

« J’ai trouvé une archive, datant 21 novembre 1944, au Sénégal, où il est écrit que 400 hommes avaient refusé de monter sur le Circassia (nom du bateau) à Casablanca, je ne sais pour quelle raison, donc cela fait 1300. ». Sauf qu’un document vient démentir cette version « Un rapport nommé Lemasson, Chef d'escadron qui était sur le Circassia avec les ex-prisonniers de guerre (ci-joint), dit que sur les 24 heures où le bateau a fait escale à Casablanca, il n’y a eu aucun problème. J’imagine bien que si 400 hommes avaient refusé de monter à Casablanca un rapport l’aurait signalé comme pour les 300 de Morlaix. Là, non ! » 

De là à dire que ces 400 hommes ont été exécutés à Thiaroye, Armelle Mabon ne va pas jusque là mais reste convaincue que des documents ont été falsifiés voire détruits.

L’historienne s’aperçoit également que les différents rapports (il y en a une vingtaine) sont incohérents sur la nature de la mutinerie 

« Une circulaire officielle (ci-jointe) émanant du Ministère de la guerre, avait indiqué que les soldes devaient être payés pour ¼ à l’embarquement et les ¾ restants au moment du débarquement. Il se trouve que si des personnes ont refusé d’embarquer à Morlaix c’est parce qu’ils n’avaient strictement rien reçu » elle poursuit, « Arrivés à Dakar, tous ces hommes connaissaient leur droit, à savoir récupérer les ¾ restants et pour certains d’entre eux, la totalité. Les officiers sur place, pour une raison que j’ignore, ont décrété qu’ils ne percevraient pas ces rappels de soldes. Ce qui a provoqué un mouvement de protestation. Le général Dagnan a parlé avec eux. On dit qu’il a été pris en otage, c’est absolument faux ! ». 

Surpris que les tirailleurs, qui véhiculaient une image de combattants obéissants et dévoués pour la patrie se révoltent, les officiers français décident d’entreprendre une démonstration de force et de maintien d’ordre prévue le 1er décembre au matin. Et c’est à la suite du massacre que se met en place la supposée falsification d’archives 

« Comme ils n’ont pas voulu les payer et ensuite il y a eu ce massacre, ils ont organisé une falsification afin de montrer que ces hommes avaient des réclamations illégitimes. »

Rendre les revendications des tirailleurs illégitimes et par la même occasion l’utilisation de la force légitime serait le but de la machination pour Armelle Mabon  

« Cette incroyable circulaire n° 6350 du 4 décembre 1944 émanant du ministère de la Guerre (direction des Troupes coloniales) indique qu’il y a eu un changement au moment du paiement des soldes de captivité. Auparavant c’était ¼ à l’embarquement puis ¾ au débarquement mais  bizarrement au 4 décembre c’est la totalité à l’embarquement. Donc officiellement ils ont pu rendre illégitime les revendications de ces ex prisonniers de guerre en faisant croire qu’ils avaient perçu la totalité des soldes avant l’embarquement ». Ce qui est plus grave à ses yeux c’est que le massacre a été prémédité, preuve à l’appui « Le rapport Lemasson du 1er décembre 1944 mentionne qu'à 6h45 il a été informé que les forces armées doivent réduire les rebelles. Cependant les forces de l'ordre n'ayant pas eu leur vie menacée avant 6h45, c’est donc la veille qu’a été décidé cette démonstration de force visant à faire taire les mutins. De plus, le rapport Leberre, qui est disponible au SHD, parle d’une réunion la veille au soir avec un ordre oral au commandant des automitrailleuses, ce qui vient corroborer mon hypothèse. Evidemment, ni ce commandant ni Lemasson n'ont été entendus durant l'instruction » déplore-t-elle.

Une ultime interrogation subsiste concernant le nombre de victimes de ce massacre. Elle se veut plus prudente mais ne se fait pas d’illusions 

« Je crois qu’on n’arrivera jamais à quantifier le nombre de morts. Je ne vais pas dire qu’il y a eu 400 morts à Thiaroye. Je dis juste que vraisemblablement, il y a eu beaucoup plus que 35 morts où même 70. Nous avons la certitude que le chiffre officiel de 35 morts n'est pas exact car j’ai retrouvé grâce au Ministère de la Défense, 5 dossiers de victimes. Parmi elles, un dossier concerne un mort à l'hôpital de Dakar des suites de ses blessures mais il n'est pas recensé sur la liste des 11 décédés à l'hôpital. Donc 35 plus un ca fait 36. Mais on est loin du compte, c’est évident. A l’époque, ils ont voulu camoufler une hécatombe ».

Si elle parle de 400 morts, ce n’est pas anodin : c’est le nombre exact de soldats qui auraient refuser d’embarquer à Casablanca.

Malgré tout, si on ne peut pas refaire l’histoire, et ça Armelle Mabon en est bien consciente, on peut la réparer. C’est pour cette raison qu’elle réclame un procès en révision, 70 ans après ! 

« Il faut voir les choses en face. Il y a eu un procès avec des condamnations lourdes donc il faut faire œuvre de justice, reconnaître les faits. C’est la première chose à faire ». 

Elle ose même une comparaison avec une affaire qui a secoué la France au début du 19e siècle 

« Thiaroye n’est pas sans rappeler l’affaire Dreyfus. Ce n’est pas une histoire de bordereau, c’est encore pire. On a inventé des pièces à conviction pour le procès afin de faire croire que ces hommes travaillaient pour les allemands alors que la plupart étaient résistants !» concède-t-elle avec émotion.

Armelle Mabon est tout de même optimiste pour une issue favorable de sa demande de procès en révision et, malgré les critiques d’historiens dont elle est l’objet, elle attend un signe fort de la Garde des Sceaux Christiane Taubira.

Propos d'Armelle Mabon recueillis Kalidou S
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 11:15

 L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

C’était une promesse de campagne : le Premier ministre islandais, Sigmundur Davíd Gunnlaugsson, élu en 2013, a confirmé que le pays allait annuler une partie de la dette des ménages islandais qui avaient contracté des emprunts immobiliers avant la crise de 2008 .

La mesure, appelée « Leidréttingin » (‘correction’), permettra aux foyers qui avaient souscrit des emprunts hypothécaires indexés sur l’inflation avant 2008 de bénéficier d’une annulation d’une partie de leur dette, à concurrence de 4 millions de couronnes islandaises (25 800 euros). Depuis le mois de juillet, 69 000 familles islandaises ont sollicité de pouvoir profiter de cette mesure. Celle-ci leur permettra de réduire leurs mensualités de 13 à 14% en moyenne, soit une réduction individuelle de 95 à 130 euros.

Le gouvernement a prévu de financer cette mesure, qui devrait lui coûter l’équivalent de 4,3% du PIB du pays, par une augmentation des taxes sur les actifs des banques mises en liquidation en 2008.

 
 

En février 2012, le gouvernement islandais avait déjà annulé l’équivalent de 13% du PIB en prêts hypothécaires. Plus d’un quart des ménages islandais avainent été concernés par cette mesure. A l’époque, il avait signé un accord avec les banques partiellement nationalisées, pour annuler la part de l’endettement des ménages qui dépassait 110% de la valeur de leur propriété. De plus, en  Juin 2010, un jugement rendu par la Cour Suprême islandaise avait statué que les prêts indexés sur des devises étrangères étaient illégaux et que les familles n'étaient plus tenues de rembourser la part qui correspondait aux pertes de change de la couronne islandaise.

En 2013, il avait également incité les citoyens à accélérer le remboursement de leur prêt immobilier en réduisant la taxation des cotisations versées à leur fonds de pension, lorsque celles-ci étaient utilisées pour anticiper le remboursement de leur emprunt.

Ainsi, l’endettement des Islandais devrait se réduire, pour ne plus représenter que 94% du PIB, contre 105% aujourd’hui. Le gouvernement compte également sur cette mesure pour stimuler la consommation et la croissance.

Par ailleurs, on a également appris hier qu’un tribunal islandais avait décidé de condamner l’ancien CEO de la banque Landsbanki à 12 mois de prison, dont 9 avec sursis, pour manipulation de marché. Il rejoint ainsi Larus Welding ex-CEO de la banque Glitnir, ainsi qu’Hreidar Mar Sigurdsson, l'ancien CEO de la banque Kaupthing, et Sigurdur Einarsson, l’ex-président de son conseil, qui ont aussi été condamnés à des peines de prison.

Landsbanki, Glitnir, et Kaupthing étaient les 3 plus grosses banques de l’Islande. Elles s’étaient lancées dans une frénésie d’acquisitions, orchestrées par des hommes d’affaires islandais basés à l’étranger. En automne 2008, elles avaient accumulé l’équivalent du décuple du PIB du pays, lorsqu’elles se sont effondrées, ruinant le pays.

Ces condamnations illustrent l’approche différente adoptée par l’Islande par rapport au reste de la zone euro pour faire face à la crise financière. Contrairement à celle-ci, le pays n’a pas porté secours à ses banques en difficulté, mais il les a laissées faire faillite. Ce sont donc les créanciers de ces banques, et non les contribuables, qui ont subi les pertes correspondantes.

L'Islande est quasiment le seul pays du monde occidental à avoir lancé des poursuites au pénal contre les dirigeants de banques pour leur rôle dans la crise financière.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 08:18

Sarkozy-Kadhafi : la vérité qu’ils veulent étouffer

 

|  Par Edwy Plenel

La confirmation judiciaire des soupçons de financement de l’ancien président de la République française Nicolas Sarkozy par la dictature libyenne du défunt Mouammar Kadhafi est une nouvelle d’importance. Révélée par Mediapart il y a trois jours, elle est pourtant absente des fils d’agence et de toutes les chaînes d’information en continu. Afin de secouer cette injustifiable indifférence, nous publions l’intégralité du document ignoré par la plupart des médias.

 

C’est sans doute l’enquête la plus emblématique de Mediapart. Par son enjeu, par sa durée, par sa difficulté. Et c’est pourtant la moins relayée dans l’espace public, que ce soit par les journalistes ou par les politiques. Les uns et les autres auraient-ils peur d’affronter la vérité qu’elle recèle, tant elle est explosive, redoutable et accablante ?

Car quand l’affaire Bettencourt documentait l’illégalisme oligarchique et l’affaire Cahuzac l’imposture politicienne, dans les deux cas la fraude et l’évasion fiscales, le dossier libyen nous met en présence d’une réalité autrement spectaculaire et ravageuse : la corruption d’un clan politique français par l’argent d’un pays étranger, alors sous un régime dictatorial.

Une corruption qui, de plus, a accompagné la mainmise de ce clan sur l’appareil d’État, jusqu’en son sommet, par le financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Une corruption, enfin, dont on ne peut pas exclure que ses secrets inavouables aient joué un rôle en 2011 dans l’interventionnisme militaire français en Libye, précipitant la chute et la mort d’un dictateur qui avait été reçu en grande pompe à Paris.

Depuis l’été 2011, donc plus de trois ans, Fabrice Arfi et Karl Laske mènent cette enquête au long cours avec cette exigence propre à Mediapart : chercher de notre propre initiative, sans dépendre d’agendas politiques ou judiciaires, sans se faire le relais d’intérêts partisans, en dévoilant des faits ignorés afin d’imposer la réalité qu’ils révèlent dans le débat public. Des dizaines de documents et des témoignages recoupés font la matière de cette enquête libyenne qui conclut au financement de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi (lire ici notre dossier : L’argent libyen de Sarkozy).

Ayant le souvenir de leur proximité affichée lors de la spectaculaire réception, fin 2007, du second par le premier, nos deux enquêteurs ont patiemment remonté le fil secret qui permet d’en comprendre la raison occulte : des liens financiers tissés à partir de 2005, quand Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur, en marge de voyages et de contrats dont les principaux protagonistes furent Ziad Takieddine, Claude Guéant et Brice Hortefeux.

Le 10 décembre 2007, à Paris. Le 10 décembre 2007, à Paris. © Reuters

Obtenues par Mediapart avant que la justice ne les exploite, les archives de l’intermédiaire Takieddine, déjà protagoniste du dossier Karachi, en témoignent abondamment (les retrouver ici). Leur contenu est corroboré par plusieurs témoignages d’anciens et de nouveaux officiels libyens recueillis par Fabrice Arfi et Karl Laske. En franchissant bien des obstacles, dans le climat de règlements de comptes de la chute du dictateur, où nombre de témoins disparaissent, assassinés ou mis au secret, nos deux journalistes ont fini par trouver une trace officielle de cette corruption franco-libyenne scellée au plus haut niveau.

Révélé par Mediapart le 28 avril 2012, ce document provient de ces archives qui font la longue mémoire des régimes autoritaires (voir ici notre article). Daté du 10 décembre 2006, signé par Moussa Koussa, l’un des plus proches collaborateurs de Kadhafi, chef de ses services secrets extérieurs, il acte « l’accord de principe » conclu afin « d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles Nicolas Sarkozy pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros ».

Nous n’avons publié ce document qu’avec la certitude de son authenticité, liée au contexte de son obtention, à sa forme et à son style, à son contenu enfin que confirmaient d’autres informations déjà révélées par Mediapart (notamment ici). Or c’est la contestation de son authenticité qui, depuis, est au cœur de la contre-attaque de Nicolas Sarkozy et de son entourage afin d’étouffer ce scandale franco-libyen alors même que la justice prenait le relais de nos révélations en les jugeant suffisamment crédibles pour ouvrir, au printemps 2013, une information judiciaire pour « corruption » confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman.

Nicolas Sarkozy ne nous a jamais poursuivis en diffamation dans cette affaire, ce qui aurait été sinon de bonne guerre, du moins de guerre loyale sur le terrain du droit de la presse. Il a préféré construire un écran de fumée en nous accusant d’avoir publié un faux, d’abord auprès du parquet, déclenchant une enquête préliminaire qui ne lui a évidemment pas donné raison, puis, face à cet échec, déposant à l’été 2013 une plainte avec constitution de partie civile visant explicitement Mediapart, son directeur et les deux journalistes concernés.

Témoins assistés dans ce dossier, seul statut juridique dans lequel nous pouvons être légalement entendus, nous avons contesté cette procédure de diversion qui, en contournant le droit de la presse qui protège le droit de savoir des citoyens, prenait le risque de porter atteinte à un principe fondamental, le secret des sources des journalistes (lire ici, , là aussi et encore là les épisodes précédents). Mais, loin de conforter le soupçon calomnieux répandu par M. Sarkozy et son clan, l’instruction confiée aux juges René Cros et Emmanuelle Legrand a tout au contraire recueilli des témoignages abondant dans le sens de notre enquête et, notamment, accréditant la véracité du contenu du document en cause (lire ici notre article).

Hélas, pendant tout ce temps – et parfois avec les mêmes relais que dans l’affaire Cahuzac –, la contre-attaque sarkozyste fonctionnait médiatiquement, reléguant au second plan l’affaire libyenne avec des remarques suspicieuses sinon désobligeantes de la plupart des confrères sur notre travail. Du Monde à Vanity Fair, sans compter les indifférents qui préféraient s’abstenir, au premier rang desquels l’Agence France-Presse, le bruit dominant était donc au doute sur l’authenticité du document publié en avril 2012. Et il y a fort à parier que si la justice avait, contre toute vraisemblance, pris cette direction, les médias dominants se seraient empressés de le crier haut et fort.

Or c’est l’inverse qui vient de se produire, et c’est cette nouvelle qu’ils ont choisi de taire.

Partage

Mediapart est à l’origine des révélations sur les soupçons d’un financement occulte libyen sous le règne de Mouammar Kadhafi à l’occasion de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007, lesquels soupçons sont aujourd’hui au centre des investigations judiciaires visant le premier cercle de l’ancien président de la République (lire notre dossier).

Après plusieurs mois d’une enquête commencée à l’été 2011 et ayant donné lieu à de nombreux articles sur les relations entre les proches entourages de Nicolas Sarkozy et de Mouammar Kadhafi, Mediapart a ainsi publié, le 28 avril 2012, un document officiel libyen évoquant ce soutien financier du régime de Tripoli au candidat Sarkozy au moment de l’élection présidentielle de 2007.

L’ancien chef de l’État français, qui n’a pas poursuivi une seule fois Mediapart en diffamation, a contourné le droit de la presse en nous attaquant pour « faux et usage de faux » au printemps 2012, tandis que nous ripostions en l’accusant de « dénonciation calomnieuse » (lire ici). L’enquête préliminaire menée par la police judiciaire ne lui ayant évidemment pas donné raison, Nicolas Sarkozy a déposé plainte avec constitution de partie civile à l’été 2013, procédure qui donne automatiquement lieu à l’ouverture d’une information judiciaire pour « faux et usage de faux ».

Mediapart, à travers son directeur de la publication Edwy Plenel et les deux auteurs de cette enquête, Fabrice Arfi et Karl Laske, a été placé fin 2013 sous le statut de témoin assisté dans ce dossier. Nous n’avons pas manqué de contester une procédure attentatoire au droit de la presse et de faire valoir le sérieux, la consistance et la bonne foi de notre enquête (lire ici et ).

De fait, nos révélations sont au cœur de l’information judiciaire ouverte un an plus tard, en avril 2013, pour « corruption » sur le fond des faits de cette affaire franco-libyenne qui inquiète grandement Nicolas Sarkozy et ses proches. L'instruction a été confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman.

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