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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 05:48

Dernières nouvelles avant le procès d'Antoine Deltour, lanceur d'alerte LuxLeaks

Message collectif aux ami-e-s et connaissances,

Ces derniers mois ou tout récemment, dans le cadre d'un message collectif ou d'un contact personnel, je vous ai informé de la situation du lanceur d'alerte Antoine Deltour, jeune auditeur français, ex-salarié d'un cabinet comptable international installé au Luxembourg, qui a dévoilé le système d'évasion fiscale à l'échelle industrielle mis en place au profit de multinationales dans le cadre de dispositions définies par le gouvernement luxembourgeois ; il s'agit de l'affaire LuxLeaks (voirWikipedia).

Le lanceur d'alerte est poursuivi comme un criminel par la justice luxembourgeoise ; il risque une lourde peine. Son procès se tiendra au Luxembourg du 26 avril (mardi prochain) au 4 mai.

Le Comité de soutien vient de publier sa cinquième lettre d'information. Vous ne l'avez peut-être pas reçu même si vous avez signé la pétition de soutien sur Change (il était nécessaire de cocher la case dédiée au suivi du contact *).

Cette newsletter, est disponible sur le site de soutien ou en fichier joint qu'il vous est possible de diffuser.

Que faire pour soutenir Antoine ?

Nous avons dépassé les 100 000 signataires de la pétition ! Mais, il faut encore faire mieux ! Signez la pétition, si ce n'est pas déjà fait (signature toujours possible sur : https://support-antoine.org/) ; faites signer la pétition par vos proches (famille et ami-e-s), par vos collègues de travail, dans vos réseaux associatifs et militants.

Suivez et relayez l'actualité du soutien à Antoine via la page Facebook [Support Antoine] ; nous allons essayer d’assurer régulièrement des informations sur le déroulement du procès.

Dans la lettre d'information, vous trouverez également des précisions sur le besoin de financer la défense d'Antoine : une collecte de fonds a été lancée.

Bonne lecture de la Lettre d'information n°5 !

A votre disposition pour toute précision et n'hésitez pas à me faire parvenir personnellement vos commentaires et vos suggestions de soutien.
Je serai au Luxembourg tout au long du procès !

Merci pour toutes vos contributions au soutien du lanceur d'alerte LuxLeaks !
Vous pouvez faire suivre
ce message

Bien amicalement

Pierre.

Combattre le secret des affaires et les paradis fiscaux

14 avril 2016 | Par La rédaction de Mediapart

Avec Pascal Durand, eurodéputé EELV, Martin Pigeon, militant de l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO), Sophie Binet (UGICT-CGT) et Lucie Watrinet du CCFD-Terre Solidaire. Débat animé par Fabrice Arfi et Martine Orange. Le Parlement européen a adopté jeudi 14 avril le projet de directive européenne sur « la protection des secrets d’affaires ». Ce texte est dénoncé par de nombreux journalistes, lanceurs d’alerte, défenseurs des Droits de l’Homme, scientifiques, associations, ONG et syndicats. Constitué il y a quelques jours, un collectif appelait les eurodéputés à rejeter ce projet (lire ici).

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 03:48

15 avril 2016

Le CRS, la jeune femme, le coup de pied et la viralité

De nouvelles manifestations contre la réforme du code du travail ont eu lieu le 14 avril à Paris, à Nantes ou à Montpellier. Dans la capitale, une manifestation non autorisée, essentiellement composée de lycéens, est partie de la place de la République pour aller place de Stalingrad, dans le 19e arrondissement, et ensuite repartir vers Bastille, lourdement encadrée par la police tout du long.

Un parcours chaotique pour un cortège de 1 700 personnes où beaucoup d'incidents ont éclaté : jets de projectiles contre les très nombreux CRS, charges et tirs de gaz lacrymogènes en retour, dégradations de matériel. Quatre manifestants et sept policiers ont été blessés.

Le photojournaliste Jan Schmidt-Whitley a immortalisé et résumé la situation tendue en une image. Il était dans le 19e arrondissement lorsque le cortège a été bloqué par les policiers et que des personnes extérieures à la manifestation, assises en terrasse notamment, se sont retrouvées au milieu de la panique.

Une jeune femme s'avance vers un groupe de CRS. Un des hommes sort du groupe et lui donne un coup de pied, assez gratuitement. La scène est aussi filmée.

La jeune femme en question, Tamara, n'était pas une manifestante. Elle a expliqué ce qu'il s'était passé à Buzzfeed :

« J’étais au café Le Conservatoire, avenue Jaurès. Les lycéens avaient fini par charger après avoir été bloqués pendant quarante minutes par les CRS. Forcément, les policiers ont chargé en retour, et toutes les personnes qui se trouvaient en terrasse et d’autres personnes pas du tout impliquées dans la manif, se sont retrouvées au milieu de tout ça.

Ils ont lancé leurs lacrymogènes sans réfléchir sur les personnes en terrasse vu que les lycéens ont vite reculé. Alors j’ai gueulé sur eux en disant aux CRS qu’ils s’en prenaient à n’importe qui, sans réfléchir. Là, je me suis pris un coup violent et non justifié. »

Elle se dit « encore choquée » et prévoit de porter plainte. Le photojournaliste Jan Schmidt-Whitley lui a donné « le PDF avec [ses] photos pour soutenir sa plainte ».

« Oui, elle a insulté les CRS, mais elle n’a rien fait de dangereux et surtout ce n’est pas une manifestante. »

Le 24 mars, un policier avait été filmé en train de frapper un lycéen lors d'incidents en marge d'une manifestation lycéenne à Paris. Il sera jugé pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une ITT inférieure à huit jours. L'IGPN annonçait, quelques jours plus tard, la création « d'un outil recensant, par convention, les blessures sérieuses, les blessures graves et les décès de particuliers survenus à l’occasion ou à la suite de l’exercice des missions de la police nationale », afin « de combattre l’idée trop généralement reçue que les blessures sérieuses ou graves, voire les décès, sont synonymes d’illégitimité de l’usage de la force ou des armes ».

Mèmes partout, justice nulle part

La pose du CRS du 19e arrondissement est très précise, son corps est parfaitement découpé au premier plan. Elle est facile à détourer avec Photoshop. Comme nous sommes en 2016, l'image est devenue un mème dès qu'elle est apparue sur les réseaux. Sa viralité est extrême, comme si c'était une façon de se défouler numériquement.

Certains détournements sont drôles, d'autres pas vraiment, vous pouvez les voir en recherchant #PoseTonCRS.

La photo de Jan Schmidt-Whitley rejoint la lignée d'autres clichés de policiers à la main trop lourde devant des manifestants, clichés qui deviennent, à force de partages, des symboles antiautoritaires. Elle nous a fait penser à deux récentes, en particulier.

Au printemps 2013, la jeunesse de Turquie manifestait, d'abord contre la rénovation du parc Gezi, à Istanbul, puis contre l'ensemble de la politique du gouvernement. Lors d'une manifestation à Istanbul, Ceyda Sungur, une jeune chercheuse, reçoit un jet de lacrymogène à quelques centimètres de son visage, alors qu'elle ne fait rien. La photographie, surréaliste, sera rapidement dupliquée en mèmes numériques, posters, stickers et même en un panneau géant avec un trou à la place de la tête, pour que chacun puisse s'immortaliser sous les lacrymogènes, comme Ceyda Sungur.

En 2011, un groupe d'étudiants manifeste dans l'université de Davis, en Californie, dans le cadre du mouvement #Occupy. La police leur demande de quitter les lieux. Face à leur refus, un des policiers se balade devant le groupe assis par terre, et les arrose nonchalamment de gaz lacrymogène orange.

Là encore, une scène surréaliste, photographiée sous plusieurs angles. Elle donna lieu à son lot de copies virales et d'actes de vengeance. Des hackeurs ont réussi à identifier le policier et ont diffusé ses coordonnées électroniques et téléphoniques, ce qui lui a valu des dizaines de milliers de mails et d'appels d'insulte (le policier en question a reçu un chèque de 38 000 dollars pour « les blessures psychiques subies », plus que les 30 000 dollars reçus par chaque personne qu'il avait nonchalamment gazée). L'université, elle, a dépensé 175 000 dollars depuis 2011 pour « tenter d'effacer du Web toute mention de son nom en lien avec du gaz lacrymogène », selon le Sacramento Bee. En vain, parce que Internet n'oublie jamais.

Luc Vinogradoff

appel : http://stoprepression.unblog.fr/

Un article sur l'annonce de la volonté de prolonger l'état d'urgence http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/04/20/le-gouvernement-veut-prolonger-l-etat-d-urgence-de-deux-mois_4905227_3224.html
Un article qui s'inquiète de l'impunité des forces de l'ordre et sur la force disproportionnée parfois utilisée (flash-ball notamment) http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html

Les pétitions :
Pour exiger la transparence sur les violences policières : https://www.acatfrance.fr/action/violences-policieres---exigeons-la-transparence
Pour que le gouvernement reconnaisse et condamne les violences policières :
https://www.change.org/p/pour-que-le-gouvernement-reconnaisse-les-violences-polici%C3%A8res
Pour la fin des violences des CRS sur les jeunes :
https://www.change.org/p/manuel-valls-premier-ministre-jeune-manifestant-pass%C3%A9-%C3%A0-tabac-par-des-crs-stop-aux-violences-polici%C3%A8res

L'appel (à signer aussi) paru dans le journal Libération le lundi 18 avril 2016 : "Un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable"
http://www.liberation.fr/debats/2016/04/18/un-pouvoir-qui-matraque-la-jeunesse-est-faible-et-meprisable_1446973

Rejoindre le mouvement Nuit Debout : www.nuitdebout.fr

Rejoindre le petit groupe qu'on est en train de former pour mettre en oeuvre des comités locaux d'expression :
Les articles de mon blog pour comprendre la dynamique :
Sur l'opinion publique et l'intérêt des comités locaux d'expression https://eduquemoipartout.wordpress.com/lopinion-du-jeudi/les-gens-lopinion-les-politiques/
Une analyse intitulée "l'heure de foutre le boxon!" https://eduquemoipartout.wordpress.com/lopinion-du-jeudi/lheure-de-foutre-le-boxon/
Un rêve d'une élection présidentielle sans candidat https://eduquemoipartout.wordpress.com/lopinion-du-jeudi/pour-une-election-presidentielle-sans-candidat/
Et le questionnaire pour s'engager dans les comités : https://docs.google.com/forms/d/1jjzNPWK0gFDB67X3ErYKBwpJSFHedvhzifpxXl_zfWI/viewform

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 04:56

Retirer la nationalité sous Vichy

Entretien avec Claire Zalc

par Nicolas Delalande , le 19 avril

Télécharger l'article

Le régime de Vichy procéda à la dénaturalisation de plus de 15 000 personnes qui avaient acquis la nationalité française pendant l’entre-deux-guerres. Portée par une soif de revanche contre la République, cette politique fut mise en œuvre pour exclure de la communauté nationale les individus que le régime désignait comme ses ennemis.

Claire Zalc est historienne, chargée de recherches au CNRS (IHMC). Elle s’intéresse à l’histoire sociale de l’immigration et des entrepreneurs étrangers, ainsi qu’à l’histoire des populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a notamment publié Melting Shops. Une histoire des commerçants étrangers en France (Perrin, 2010), et, avec Nicolas Mariot, Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre (Odile Jacob, 2010). Elle a soutenu en décembre 2015 une habilitation à diriger des recherches, dont le volume inédit s’intitule « Des relations de pouvoir ordinaires. Les dénaturalisations sous Vichy » (à paraître au Seuil, en septembre 2016, sous le titre Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy).

Dénaturaliser pour « redresser la nation »

La Vie des Idées : Vous avez consacré vos dernières recherches à l’étude des mesures de dénaturalisation sous Vichy, prévues par une loi adoptée dès le 22 juillet 1940. Quels étaient les objectifs poursuivis à l’époque par l’État français, et pourquoi fit-il preuve d’un tel empressement à légiférer en ce domaine ?

Claire Zalc : Les dénaturalisations sont lancées dès les premiers jours de son existence par le régime de Vichy. La loi du 22 juillet 1940 qui les institue fait en effet partie du premier train de mesures de l’État français, qui ne date que d’une dizaine de jours. Cet empressement a plusieurs causes. D’une part, il s’agit de marquer la rupture avec le régime précédent puisque la loi s’attaque à un texte phare de la IIIe République, promulgué dans l’entre-deux-guerres, la loi sur la nationalité du 10 août 1927, loi qualifiée par l’historien Patrick Weil de « l’une des plus ouvertes, des plus libérales » de l’histoire de la nationalité française, puisqu’elle restreint à trois années le délai de présence en France, fixé à dix ans par la loi de 1889, pour pouvoir demander la naturalisation [1]. Ainsi la loi du 22 juillet 1940 permet de revenir, rétroactivement, sur les mesures engagées par la IIIe République dans les douze années précédentes, de réviser le travail accompli pour en évaluer la pertinence, de remettre en cause les décrets passés sous la IIIe République et, ce faisant, de contester une par une les décisions prises par l’organe alors décisionnaire en matière de nationalité, le bureau du Sceau qui dépend du ministère de la Justice. Bref, pour l’État français en place depuis le 10 juillet 1940, il s’agit d’abord de régler ses comptes avec la République.

D’autre part, cette loi illustre combien le maréchal Pétain et son gouvernement entendent faire de la politique de la nationalité un pilier de leur politique de « redressement national ». Les dénaturalisations font figure de fleuron de la politique du tout nouvel État français. Dans une allocation radiodiffusée prononcée le 10 octobre 1940 au soir, le chef de l’État français la cite au premier rang dans l’énumération des chantiers lancés dans le cadre de la Révolution nationale [2]. Le texte correspond à une volonté de « purification de la société » qui puise dans le registre de la construction d’une France nouvelle, nettoyée de ses éléments douteux. Sa présentation rhétorique par Vichy est faite comme un retour aux traditions, qui auraient été dévoyées par la République : il s’agit « d’éliminer de la communauté française les éléments douteux qui s’y sont glissés à la faveur de certaines complaisances administratives ou politiques dont le gouvernement entend faire table rase » [3]. Le 25 juillet 1940, Le Temps commente le texte en titrant d’une expression appelée à faire florès : « La France aux Français ».

Enfin, le gouvernement de Vichy prend modèle, avec cette loi, sur le voisin allemand, désormais devenu occupant. Outre-Rhin, les nazis ont engagé une politique de dénaturalisation dès leur arrivée au pouvoir : le 14 juillet 1933, une loi permet d’annuler rétroactivement les naturalisations jugées « non désirables » et prises par la République de Weimar, soit sur la période qui s’étend du 8 novembre 1918 au 30 janvier 1933. Patrick Weil défend, de manière convaincante, la thèse d’une influence directe de la loi nazie sur la la loi française du 22 juillet 1940 [4]. Il s’agit, dans les deux cas, de mettre en cause symboliquement et pratiquement les décisions prises par les régimes qui les précèdent pour mieux s’en distinguer, mais plus encore de revenir sur l’une des prérogatives essentielles de ces États, autrement dit la définition des principes d’inclusion de ses membres, en s’attaquant aux naturalisations.

La Vie des Idées : La révision des naturalisations donna lieu à un gigantesque travail administratif, menée par une commission spécialement nommée à cet effet, impliquant les services de police, de justice, les autorités préfectorales et municipales. Y a-t-il, du point de vue bureaucratique, une forme de continuité entre ces pratiques administratives et celles qui existaient sous la République ?

Claire Zalc : Pour répondre à votre question, il convient de prendre en compte l’évolution chronologique des pratiques administratives et de rompre avec l’idée que ces deux périodes forment des blocs homogènes. Certes, une Commission de révision des naturalisations est mise en place, par l’article 3 de la loi du 22 juillet 1940, pour mettre en œuvre la politique de dénaturalisation. Il s’agit d’une institution nouvelle, créée par gouvernement de Vichy. Le choix d’une forme organisationnelle ad hoc correspond au souhait des autorités de se démarquer des anciennes structures administratives républicaines. Pour autant, très rapidement, débordés par l’ampleur de la tâche à accomplir, réalisant la nécessité de s’appuyer sur des compétences bureaucratiques concernant les questions de nationalité, les membres de la Commission nouvellement nommés font appel pour les seconder aux hommes qui, sous la IIIe République, dans les années 1930, avaient fait partie des services administratifs chargés de procéder à l’examen des naturalisations. La rupture en matière de personnel reste cantonnée à des questions d’affichage. Et elle n’aura duré que quelques semaines. La nécessité de pouvoir compter sur des compétences acquises dans la pratique des dossiers explique que l’on fasse appel pour dénaturaliser, dès octobre 1940, à des hommes qui étaient chargés auparavant d’instruire les dossiers lors des procédures de naturalisation.

Il serait hâtif d’en conclure de manière univoque à la continuité : la Commission comprend des représentants des nouveau ministères du gouvernement de Vichy, et notamment, à partir de mars 1941, un représentant du Commissariat général aux questions juives. Ensuite, faire le constat que les membres de cette Commission ont fait carrière sous la IIIe République ne doit pas occulter le fait que d’autres fonctionnaires républicains n’y sont pas, parfois parce qu’ils ont refusé d’y siéger. Surtout, si l’on étudie les rouages administratifs des procédures des dénaturalisations en privilégiant une analyse à plusieurs échelles, le schéma rupture/continuité apparait quelque peu dépassé. La démarche qui consiste à multiplier les terrains d’études locaux pour les comparer montre que, en matière de nationalité, le projet politique de la Révolution nationale ne rencontre ni adhésion ni compréhension immédiates. On observe des décalages entre les intentions idéologiques de Vichy et ses applications sur le terrain, qui dépendent de contextes micro-locaux, comme des hommes chargés de mettre en œuvre la politique. Il serait erroné de parler d’administration au singulier pour décrire la mise en place des dénaturalisations sous Vichy : y interviennent, aux côtés des membres de la Commission de révision des naturalisations, des agents des préfectures, des commissaires de police, des maires, des voisins ou encore des employeurs. Ainsi, au-delà du débat rupture/continuité, l’histoire des dénaturalisations donne à voir la diversité de l’application du droit sous Vichy.

Dénaturalisation et discrimination

La Vie des Idées : Est-il possible, à partir de l’échantillon que vous avez étudié, de repérer les groupes qui ont été le plus exposés aux mesures de dénaturalisation pendant la guerre ? En particulier, les dénaturalisations furent-elles un instrument de la politique antisémite du régime de Vichy ?

Claire Zalc : La politique de dénaturalisation apparaît comme l’un des moyens de définir les contours du « bon » citoyen et d’exclure les opposants. L’étude des critères mobilisés, dès septembre 1940, pour désigner les victimes de cette politique confirme l’hypothèse selon laquelle les Juifs en sont les premières cibles même si pas un mot dans la loi ne les désigne comme tels. Le silence à leur propos s’explique par la chronologie de l’été 1940, mais également par le fait qu’il est, en pratique, impossible de les désigner comme tels puisque les appartenances religieuse et raciale ne figurent pas dans les papiers de la République, et donc dans les dossiers qui sont « révisés ». En pratique, ce silence élargit les marges de manœuvre des agents en leur donnant la liberté de choisir les individus à exclure, et de désigner tel ou tel comme « juif ». L’imprécision permet de ratisser large et de promouvoir des critères d’assignation identitaire non objectivables dont, au premier chef, l’onomastique.

À la Commission de révision des naturalisations, les discriminations antisémites se déploient dans l’univers confiné des bureaux, utilisant des moyens issus du sens commun, comme le nom mais aussi l’origine nationale ou la profession, afin de faire le tri parmi les naturalisés. Il apparaît ainsi erroné d’interpréter le refus du maréchal Pétain, en août 1943, de signer le projet de loi dicté par les autorités allemandes d’une dénaturalisation collective des Juifs comme le signe d’une volonté de protéger les Juifs naturalisés. En 1943, l’opinion publique a évolué ; l’Église de France exprime ses réticences sur cette loi par la voie de Mgr Chappoulie [5]. Mais le refus de Pétain s’explique surtout par la volonté de promouvoir le système d’une dénaturalisation au cas par cas qui laisse à son administration la mainmise sur les questions de nationalité. Vichy entend surtout affirmer sa maîtrise sur les procédures et sur la sélection et les rythmes des dénaturalisations. Pendant près de cinq années, la politique de retrait de nationalité a ainsi identifié, repéré, désigné les Juifs naturalisés puis les a exposés au regard des autorités, a multiplié les enquêtes à leur sujet et les a rendus, ensuite, particulièrement vulnérables en les dépossédant de la relative protection statutaire de la nationalité français. Ce faisant, les dénaturalisations ont sans conteste participé à la mise en œuvre sur le territoire français de la Solution finale.

Pourtant, elles ne s’y réduisent pas. Selon les cas, les lieux voire même les individus chargés de mener la politique, la figure de l’ennemi se pare de différents attributs : juifs, déviants sexuels, ennemis politiques… Les critères de mise à l’écart de la communauté nationale qui émergent en pratique sont multiples, et instituent les dénaturalisations comme l’un des terrains privilégiés d’expérimentation de la Révolution nationale.

La Vie des Idées : Vous écrivez, à l’issue de votre enquête, que les « caractéristiques complexes de la “qualité” de Français n’apparaissent finalement qu’à la lumière de sa perte ». Quels furent les principaux critères mis en avant, aussi bien dans le travail des bureaucrates que dans les lettres de protestation adressées par les victimes, pour tenter de définir les contours de la « bonne » nationalité ?

Claire Zalc : Les dénaturalisations sont l’occasion d’une caractérisation des normes vichystes du « bon Français ». Outre la mise à l’écart des Juifs naturalisés, elles participent pleinement à la répression politique, traquant les personnes soupçonnées de sympathie pour les partis de gauche, socialistes et communistes. Toute condamnation est signalée à la Commission de révision des naturalisations et j’ai trouvé des cas de retraits de nationalité pour un vol de pommes de terres, de montre, de boîtes de conserve ou encore pour punir ce jeune homme qui a déserté, une nuit sans prévenir, un chantier de jeunesse... La politique de dénaturalisation devient également un instrument du contrôle des mœurs et des sexualités. Elle permet donc d’appliquer le projet politique de la Révolution nationale, même si, en pratique, celui-ci fait l’objet d’interprétations différentes selon les lieux, les institutions, les contextes et parfois même les fonctionnaires en charge de l’appliquer. Le pouvoir discrétionnaire de l’administration est très important.

À partir de mars 1941, il devient possible de contester les décrets de retraits de la nationalité : il convient de former une requête écrite, adressée au ministère de la Justice et examinée par un rapporteur de la Commission de révision des naturalisations. Au sein de ces suppliques, les dénaturalisés développent des argumentaires qui dessinent également ce que recouvre, à hauteurs d’hommes et de femmes, la perte de la nationalité française. Une véritable grammaire de la francité s’y développe, dont les registres sont passionnants à étudier [6]. L’attachement au pays est décrit comme un devoir par Szmul Szantal, ouvrier peintre à Villemomble, qui affirme avoir « fait tout [son] devoir envers [sa] patrie d’adoption et élevé [ses] enfants dans l’amour de la France et en dehors de toute idée politique » [7]. Les lettres sollicitent les registres sémantiques de la moralité (honneur, dignité, fierté, mérite, honnêteté), de la justice (« haut esprit de justice », « équité », « mesure que rien ne justifie ») mais également de la violence subie lors du retrait (cruauté, désespoir, atteintes, condamner). En creux, les qualités présumées du « bon Français » sont dessinées : « père de famille, bon citoyen et bon soldat » [8]. Le désintérêt de la politique est clamé à de nombreuses reprises, illustrant comment les dénaturalisés ont intériorisé les risques auxquels les exposent tout acte militant. Précisons que ces recours se heurtent, dans plus de 93 % des cas, à des fins de non-recevoir.

À la Libération

La Vie des Idées : La perte de la nationalité eut des conséquences juridiques et sociales extrêmement lourdes, en particulier pour les personnes juives qui perdirent la protection que leur offrait le fait d’être Français face au risque de la déportation. Quelle fut l’attitude des autorités à la Libération, face à ces environ 15 000 décisions de dénaturalisation appliquées entre 1940 et 1944 ?

Claire Zalc : C’est à l’aune des griefs et des blessures endurés par les dénaturalisés qu’on réalise la portée des préjudices occasionnés par la perte du statut national. Il ne s’agit pas uniquement d’être soumis à de nouvelles et pesantes tracasseries administratives. La perte de la nationalité française engendre la perte d’un ensemble de droits, l’exclusion de la communauté politique mais également, pour certains, la perte d’un emploi. Il conviendrait presque d’inventer un néologisme pour qualifier cette déqualification statutaire, qui emprunte nettement, dans ses logiques, au processus de déclassement, mais suit des formes particulièrement brusques, violentes, non prévisibles. Elle touche un ensemble d’attributs non restreints à la sphère sociale ou économique puisqu’il s’agit également d’une exclusion juridique et politique et, sous Vichy, accentue nettement les risques de perdre la vie. C’est en ce sens que je parle de logique de statut.

Si l’on privilégie une analyse d’un point de vue législatif, l’histoire des dénaturalisations prend fin le 24 mai 1944. C’est alors que l’ordonnance du Comité français de libération nationale abroge la loi du 22 juillet 1940 et met un terme juridique aux retraits de nationalité. Néanmoins, comme l’a montré Patrick Weil, l’opportunité d’annuler les mesures de dénaturalisations a fait débat dans les rangs de la France libre. En septembre 1943, François de Menthon, commissaire à la Justice du Comité français de libération nationale, envisage d’abord le « maintien de cette institution nouvelle » puis cède après l’intervention énergique du Comité juridique de la France libre [9]. Tous les décrets de retraits de nationalité pris par Vichy sont donc annulés. Est-ce à dire que les dénaturalisés sont alors automatiquement réintégrés dans la nationalité française ? Les choses ne sont pas si simples. L’ordre juridique n’est pas automatiquement suivi d’actes matériels. Si les dénaturalisés avaient été convoqués pour être notifiés des décrets de retrait de nationalité et remettre leurs papiers d’identité aux autorités, on ne leur notifie pas systématiquement, en retour, le fait qu’ils sont redevenus français. De nombreuses cartes d’identité restent ainsi échouées dans les dossiers d’archives, jamais récupérées par leurs propriétaires, oubliés, morts ou disparus.

Du point de vue administratif, ensuite, l’affaire n’est pas close : dès le 8 septembre 1944, une note du bureau du Sceau, service du ministère de la Justice alors en charge des questions de nationalité, juge « qu’il serait indispensable d’examiner de nouveau certains dossiers notamment ceux dont les titulaires se sont vus retirer la nationalité française, en raison des condamnations de droit commun dont ils ont été l’objet » [10]. Il est alors décidé de réexaminer chaque dossier qui a fait l’objet d’un retrait de nationalité afin de décider si l’administration du ministère de la Justice déclenche, ou non, une procédure en déchéance. En pratique, les cas sont extrêmement rares. Cependant, par une ordonnance du 15 juin 1945, le garde des Sceaux Pierre-Henri Teitgen ordonne qu’on porte une attention particulière aux étrangers naturalisés qui sont partis travailler en Allemagne et requiert des autorités préfectorales qu’elles initient, en cas de besoin, des procédures de déchéances de la nationalité…

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 05:09

Appel de la coordination nationale étudiante des étudiant.e.s mobilisé.e.s

Le 3 avril

Nous, étudiant-e-s mobilisé-e-s contre la loi travail, réuni-e-s en coordination nationale étudiante, mandaté-e de 70 universités et établissement d’enseignement supérieur, appelons au retrait total et sans négociation du projet de loi travail. La journée du 31 mars a été une grande réussite dans toute la France : près de 1,2 millions de personnes ont manifesté leur colère et leur refus de cette loi antisociale. Depuis maintenant trois semaines, ce sont des centaines de milliers d’étudiant-e-s, lycéen-ne-s, salarié-e-s et chômeur-se-s qui se mobilisent malgré les vaines tentatives de l’Etat de diviser et réprimer le mouvement. Aujourd’hui, alors que Manuel Valls joue la carte de la négociation avec certaines organisations syndicales, nous réaffirmons que ce mouvement s’auto-organise en Assemblées Générales et en Coordination : seul le mouvement saurait se représenter lui-même.

Cette loi s’inscrit dans une continuité de politiques pro-patronales mises en place par les gouvernements successifs. Elle vise à faciliter les licenciements économiques, la hausse du temps de travail, la baisse des droits des travailleur-se-s. Seul le retrait total est une issue acceptable face à la précarisation généralisée prévue dans ce projet de loi.

Le gouvernement a peur de ce mouvement qui s’amplifie et tente par tous les moyens de le faire taire. La répression policière et les sanctions administratives sont inacceptables : ne serait-ce que le 31 mars, il y a eu plus de 100 arrestations et des dizaines de blessé-e-s. Nous mènerons une campagne contre ces violences policières : nous ne cèderons pas, nous ne nous arrêterons pas.

Dès le 5 avril nous serons de nouveau dans la rue. Nous appelons dès cette date tou-te-s les salarié-e-s et leurs organisations syndicales à construire avec nous la grève générale reconductible. Pour faire reculer le gouvernement, un mouvement d’ensemble des étudiant-e-s, lycéen-ne-s, privé-e d’emploi et travailleur-se-s sera indispensable. Afin de construire cette convergence des luttes, nous appelons à intensifier les rythmes de mobilisation : le 9 avril, nous serons dans la rue partout en France aux côtés des salarié-e-s. Et dès les semaines suivantes, nous poursuivrons le mouvement le 12, le 14, et le 20 avril. Ces différentes dates doivent être un point d’appui pour avancer vers la grève reconductible. Pour faire de cette perspective une réalité, nous appelons l’ensemble des étudiant-e-s à tisser des liens avec les travailleur-se-s et à se regrouper dans des assemblées interprofessionnelles.

Le gouvernement compte sur les vacances pour affaiblir la mobilisation étudiante : au contraire, nous profiterons de cette période pour renforcer la mobilisation et la diversifier par exemple en intervenant dans l’occupation des places à l’instar de la démarche Nuit Debout. Les examens approchant, nous exigeons que les universités n’entravent pas la poursuite de la mobilisation, notamment en reportant les examens.

Nous sommes déterminés et nous nous battrons jusqu’au bout pour obtenir :

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 05:38

Le sang, la colère et le printemps

Le gouvernement Valls veut-il un nouveau Rémi Fraisse ? La répression policière qui s’est abattue cette semaine sur la jeunesse de France met à nu un pouvoir qui a fait le choix de l’intimidation et de la radicalisation, aux seules fins de discréditer la contestation de la loi « Travail ». La responsabilité des présidents d’université est aussi lourdement engagée.

Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?

Victor Hugo, Les Châtiments

Le sang a coulé dans les amphis et sur les parvis des facultés, à Strasbourg et Paris, dans les rues de Marseille, et de Nantes aussi. Et à Caen, Rouen, Metz, Lyon, d’autres villes encore. Quelques gouttes, parfois des taches, qu’on peine à effacer. Le sang du 17 mars, les hématomes et les os brisés resteront longtemps dans la chair et la mémoire des lycéens et des étudiants matraqués. Pourtant, les grands médias, les télévisions, la presse nationale en parlent à peine. En ce jour de printemps, Salah Abdeslam continue de faire les unes. Le terrorisme est un peu plus chaque jour le voile médiatique dont on recouvre l’état d’urgence et l’action de l’Etat.

Mais la mémoire numérique ne s’efface pas. Du moins pas encore. Des témoignages sont diffusés sur les réseaux sociaux. Photos, textes et vidéos circulent. Voir ici et pour l’évacuation de Tolbiac, et encore pour un compte-rendu de la comparution immédiate de quatre jeunes arrêtes le 17 mars. Voir ici la charge violente des CRS sur le campus de l’université de Strasbourg (5 blessés dont une lycéenne). Le site On vaut mieux que ça propose une synthèse, Mediapart rend compte des circonstances de l’évacuation du site de Paris 1 et le SNESUP-FSU dénonce des « répressions policières inadmissibles », en mentionnant l’arrestation d’un étudiant dans les locaux de Lyon 2. Il a été remis à la police par des agents employés par l’université, sur ordre du président. Le seul délit de cet étudiant : quelques graffiti dans les toilettes…

Tolbiac fut un guet-apens. Strasbourg une décision irresponsable. Et Lyon 2 une collaboration inique. Partout la même répression, l’arbitraire et la violence pure d’un Etat qui sait ce qu’il fait en le faisant.

Trois constats s’imposent :

1. La violence délibérée et disproportionnée des forces de l’ordre : des dizaines de blessés en une seule journée, déploiement de moyens considérables (200 CRS et 50 membres de la BAC à Tolbiac pour une trentaine d’étudiants dans un amphi).

2. La participation active de plusieurs présidences et directions d’université, en dépit des franchises universitaires qui encadrent strictement l’intervention des forces de l’ordre sur les campus : seul le président peut l’autoriser.

3. La systématicité et la coordination des actions de répression à l’occasion d’une même journée de mobilisation nationale des organisations de jeunesse contre la loi « Travail ».

Une question découle naturellement de ces constats : un ordre politique de ferme répression a-t-il été donné ? Tout porte à le croire. Si oui, qui a donné cet ordre ? La question vise le sommet de l’Etat.

Mais la faute n’est pas que politique. Elle est aussi académique et éthique. Par leur décision de fermeture systématique des bâtiments et l’empêchement de la tenue des AG, les présidents d’université portent une responsabilité directe dans la répression de la jeunesse et les blessures qu’elle a subies. A supposer qu’ils aient agi sous la pression d’un ministère ou d’une préfecture, ceci ne les dédouane en rien de leur entière responsabilité : eux seuls sont habilités, en vertu des franchises universitaires, à autoriser ou demander l’intervention des forces de l’ordre. Que l’on réfléchisse bien à cela : ce sont des universitaires qui ont décidé, in fine, de réprimer les étudiants de leur propre université, alors même que leur rôle est d’en assurer la sécurité et de les protéger. Qu’il s’agisse de Paris 1, Lyon 2 ou Strasbourg, c’est une entité politique unique qui a agi, une sorte de monstre à deux têtes. Les présidents portent sur leur main gauche le sang des étudiants alors que la main droite du pouvoir politique en est maculée. Cette collusion laissera de traces ineffaçables dans la mémoire des étudiants et dans les annales de l’université française.

Prenons un peu de recul. On le sait, il est dans l’essence du néo-libéralisme de Valls de promouvoir toutes les formes de gouvernementalité autoritaire. Les élites administratives, et bien sûr les présidents d’université, s’y sont massivement convertis depuis l’instauration de la loi LRU qui leur confère des pouvoirs considérables. La gouvernementalité autoritaire de Manuel Valls veut faire passer l’état d’urgence permanent pour une conséquence naturelle du terrorisme, alors qu’il est une pure création de l’Etat qui l’institue en coup d’Etat permanent contre les libertés fondamentales. Elle instrumentalise quotidiennement les médias en vue de produire une intériorisation de la peur et de la violence, une aseptisation des consciences, une annihilation de toute forme d’intelligence critique, et en définitive un affaiblissement des esprits et une déshumanisation qui provoquent leurs ravages du petit chef de bureau jusqu’au sommet de l’Etat, en passant même par une partie des corps intermédiaires.

Du monde de l’entreprise aux services publics, la gouvernementalité autoritaire s’insinue partout, modèle nos vies, nos manières d’agir et de penser. Mais elle n’apporte que concurrence, individualisme et souffrance. Elle est une machine à faire plier les échines et à tuer toute forme d’espoir. C’est le chômeur qui cherche désespérément un emploi et qu’on humilie. C’est le jeune qui aspire à une formation et qu’on sélectionne administrativement ou financièrement dans son parcours universitaire. C’est le précaire qui lutte et auquel une nouvelle loi « Travail » promet une exploitation sans fin. La vie précaire et nue d’une jeunesse sans-emplois crie aujourd’hui sa révolte devant les portes cadenassées du pouvoir et des universités. La mécanique froide de l’Etat lui répond par la matraque et le sang.

L’état d’urgence a légalisé la violence de l’Etat. Aucun mouvement social, ni aucune contestation où il ne produise ses effets : intimidations, arrestations, condamnations et répression ouverte. Que veut donc ce pouvoir? Instrumentaliser le maintien de l’ordre pour provoquer la haine et la radicalisation, qui conduiront à des désordres plus grand, et dans lesquels il trouvera la caution politique à de nouvelles répressions ?

Que vaut donc un Etat qui réprime sa jeunesse dans la violence ? Que vaut un président d’université qui demande une intervention des forces l’ordre en ayant conscience qu’il fait courir des risques aux étudiants dont il a la responsabilité ? Un président qui protège les biens avant les personnes ? Ou plutôt qui prend prétexte de « dégradations matérielles » possibles pour faire le choix de la très probable « dégradation physique » de jeunes personnes ? Comment peut-on mettre en proportion l’état d’une chaise et une vie humaine ? Comment peut-on accepter qu’on matraque la tête et les mains d’une jeunesse qui veut étudier ? Ce pouvoir n’est pas aveugle. Il est simplement cynique et abject. Froid et calculateur. Mortifère.

La vie est ailleurs. La vie vaut mieux que ça ! Elle est dans cette jeunesse pleine d’espoir et de révolte. Elle est dans l’intelligence collective et critique qui déconstruit la loi « Travail ». Elle est dans la création, l’invention libre de soi, dans la culture, les arts et les sciences. Une matraque qui s’abat sur la tête d’un étudiant, d’une lycéenne, dans l’enceinte d’une université, c’est la négation même des valeurs de l’université, la négation de l’humanité et de l’intelligence. La négation de la vie.

Quand un pouvoir cherche sa survie dans le cercle sans fin de la provocation-répression, il n’est pas loin de sa propre fin. Aucun pouvoir ne peut arrêter la force d’un printemps qui naît. Ce ne sont pas quelques entailles qui empêchent la sève de monter dans un arbre. La jeunesse est une force qui va. La goutte de sang qui tombe est une colère qui monte. Ceux qui entendent la briser parce qu’ils n’entendent pas, ne savent pas ce qu’ils font.

Ils veulent criminaliser les étudiants et la jeunesse ? Criminalisons leur répression ! Saisissons les tribunaux, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le Défenseur des droits. Déposons des recours au TA contre les décisions des présidents de faire appel aux forces de l’ordre ! Et surtout que les victimes des violences portent plainte contre la police !

Ils ferment les bâtiments des universités pour nous empêcher de tenir nos réunions et nos AG ? Tenons nos réunions et nos AG sur les parvis et les places, dans les parcs et les rues, sur l’herbe et les pavés!

Ils nous expulsent de nos lieux d’étude et de travail ? Rendons-nous dans les entreprises, les usines et les administrations pour expliquer aux salariés la vraie nature de la loi « Travail » !

Ils manipulent les médias et distillent des mensonges à longueur de journée? Témoignons sur les réseaux sociaux, mettons en ligne films et photos, montrons les faits, apportons des preuves, rétablissons la vérité !

Ils cherchent la provocation et la violence pour nous discréditer aux yeux de l’opinion? Répondons par le calme, la non violence, l’organisation et la détermination !

Pascal Maillard

PS : Mes remerciements au photographe Bob Ramsey pour l'autorisation de reproduire ses photos.

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Je dédie ce texte à Sylvie. La vie l’a quittée en ce jour de printemps. Le monde du travail ne lui a pas rendu tout ce qu’elle lui a donné. Je pense à ses filles et je leur dis :

Sylvie est une fleur de feu qui pousse entre les pavés.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 05:24

Terrorisme : la frénésie sécuritaire française à côté de la plaque

Libération‎ -

Par Jean Quatremer, Correspondant à Bruxelles — 30 mars 2016

Le «portrait-robot» et les méthodes des tueurs de Paris et Bruxelles contredisent totalement la pertinence des mesures adoptées par l'Etat.

  • Terrorisme : la frénésie sécuritaire française à côté de la plaque

Édito

Les quelques dizaines de fanatiques radicalisés qui ont commis des attentats sanglants en France et en Belgique sont désormais quasiment toutes identifiées, ce qui permet d’en dresser le «portrait-robot» : pour la quasi-totalité d’entre eux, des ressortissants d’un Etat membre de l’Union européenne (ou titulaire d’une carte de résident), souvent issus des mêmes quartiers voire des mêmes familles, identifiés par les services de police comme islamistes radicalisés et, souvent, comme petits ou grands délinquants de droit commun. Les hommes qui ont frappé Paris soit résidaient sur place, soit ont emprunté la route. L’équipe de Bruxelles a juste eu à prendre un taxi ou le métro. Rien d’étonnant en fait : depuis 2012 et les attentats de Toulouse, tous les terroristes répondaient à ce «portrait-robot».

L’enquête, qui est loin d’être terminée, a déjà mis au jour d’incroyables dysfonctionnements des services de sécurité et ce, en France comme en Belgique : des suspects dont la dangerosité a été gravement sous-estimée ; des renseignements non transmis entre services de police (à l’intérieur du pays et entre pays) ; des combattants européens expulsés de Turquie, que les Etats ont laissés s’évaporer dans la nature ; des renseignements transmis par Ankara non exploités faute de moyens humains, et on en passe.

Le mirage «high-tech»

En réalité, c’est parce que la gravité de la menace représentée par les returnees (les combattants rentrant de Syrie ou d’Irak) a été ignorée par les Etats, que les attentats ont pu être commis. Face à cet échec, autant politique que policier et judiciaire, la réaction des autorités, notamment en France, a été de se lancer dans une frénésie législative sécuritaire sans précédent. Ainsi, au lendemain du 22 mars, Manuel Valls n’a rien trouvé de mieux que d’exiger que le Parlement européen adopte, séance tenante, le fichier PNR qui doit recueillir les données de tous les passagers aériens, alors qu’aucun de ces radicalisés n’a emprunté l’avion pour commettre son forfait.

Le Premier ministre n’en est pas à son coup d’essai en matière de réponse inadaptée : la loi sur le renseignement intérieur de juillet 2015, votée après les attentats de janvier, a placé sous surveillance tout le trafic internet au nom de la lutte antiterroriste. Mais, outre qu’il n’y a personne en bout de chaîne pour exploiter les renseignements obtenus, le terrorisme actuel n’est nullement «high-tech», mais au contraire, «low-tech» : pas d’utilisation du Net, on se parle en direct, on achète des téléphones jetables, on loue des voitures ou des taxis, on fabrique des bombes avec du matériel acheté dans des magasins de bricolage.

Risque historique

Et que dire de l’état d’urgence qui ne s’est traduit par l’arrestation d’aucun terroriste, pas plus que le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen. C’est le travail des policiers, placés sous la surveillance de juges indépendants qui, en appliquant la loi actuelle, a permis de remonter les filières. Mais cela n’empêche pas le gouvernement de persévérer : la future loi sur la procédure pénale va faire entrer dans le droit interne les dispositions les plus liberticides de l’état d’urgence alors même qu’il a échoué.

En réalité, ce sont de moyens humains et matériels dont la police et la justice ont besoin, pas de nouvelles lois confiant des pouvoirs exorbitants et sans contrôle à l’exécutif. La gauche française prend un risque historique en empruntant cette fausse route sécuritaire : avec ces lois d’exception, «la France peut basculer dans la dictature en une semaine», a mis en garde Frédéric Sicard, bâtonnier de Paris, à l’unisson de nombreux juges. Le prix à payer pour combattre et contrôler quelques centaines de returnees connus de la police doit-il être l’abandon de libertés publiques si durement acquises ?

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 03:38

Etat d'urgence, déchéance de nationalité : François Hollande renonce à la réforme constitutionnelle

France Bleu‎ -

Hollande renonce à la déchéance de nationalité

L'Humanité‎ -

François Hollande renonce à la déchéance de nationalité et au Congrès

Le Monde‎ -

Revue de presse européene du 31/03/2016 abordant le débat :

Hollande échoue à réformer la Constitution

François Hollande a renoncé à son projet de loi sur la déchéance de la nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme. Il avait annoncé la réforme constitutionnelle, controversée également dans les rangs socialistes, trois jours après les attentats de Paris en novembre. Que signifie ce revers pour le président et la politique française ?

Hollande n'est plus maître de la situation

L’échec de la réforme constitutionnelle signifie la fin politique de François Hollande, affirme le quotidien de centre-gauche Der Standard :

«Cette perte d’autorité renforce l’impression que le président n’est plus maître de la situation. Son actuelle tentative de libéraliser le droit du travail français génère une contestation grandissante. Ce jeudi, les syndicats appellent à un nouveau mouvement de protestation. Sur ce point, Hollande procède de la même façon que pour la réforme antiterroriste : il s’attire les foudres de la gauche sans pour autant obtenir le soutien de la droite. La une du journal Le Monde daté de ce jeudi a pour titre : 'Rejet massif de François Hollande par la gauche'. Même ses collègues lui déconseillent de se présenter aux présidentielles de 2017. Il faut commencer à se demander s’il arrivera à tenir jusque-là.»

Hollande peine à unir la France

A travers sa réforme constitutionnelle, le gouvernement français voulait montrer sa capacité à réagir au terrorisme, mais cette tentative a échoué, estime le quotidien conservateur Die Welt :

«La véritable raison de l’échec n’est pas l’opposition, mais l’immaturité de l’ensemble du projet de loi, sans parler de la résistance dans les rangs socialistes. ... Les ennemis de la France viennent plus souvent de l’intérieur que de l’extérieur. Leur retirer le passeport ne mène à rien ; ils restent toujours présents. Après les attentats, Hollande avait fait bonne figure pendant un court instant. Un président digne qui trouvait les mots justes. Mais il n’a pas su tenir la promesse faite aux survivants aux Invalides, à savoir unir la France dans la lutte contre le terrorisme.»

Parler moins, agir davantage !

Le gouvernement a gaspillé un temps précieux, critique le quotidien catholique La Croix :

«Ces quatre mois de ratiocinations sur la nationalité n’auraient-ils pas été mieux employés à débattre soigneusement et posément de la refonte du code du travail ? Au lieu de cela, le projet de loi El Khomri a été présenté dans un climat de débat public profondément dégradé. Et le retrait de la réforme constitutionnelle suscitée par les attentats du 13 novembre intervient au moment même où le drame de Bruxelles montre que la menace terroriste reste à un très haut niveau. Cinglant paradoxe. Chacun des acteurs en porte une part de responsabilité. Il est plus que temps maintenant de passer à autre chose. Parler un peu moins, agir concrètement un peu plus.»

Toute l'élite politique a échoué

L’échec de la réforme constitutionnelle française n’a pas seulement nui au président Hollande, mais aussi à ses adversaires, estime le quotidien libéral-conservateur Neue Zürcher Zeitung :

«Pratiquement personne n’a posé la question essentielle : est-ce que retirer la nationalité aux terroristes et les expulser permet réellement d’augmenter la sécurité ? Mais la manière dont la réforme constitutionnelle a été gérée puis arrêtée signifie également l'échec de la soi-disant élite politique parisienne. Un compromis ou le sauvetage de certaines parties du projet n’ont pas été empêchés par des divergences sur le fond, mais plutôt par des manœuvres politiciennes. Un an avant les élections, les critiques et concurrents de Hollande cherchaient à lui gâcher la fête. Si les politiques se renvoient maintenant la balle, ils livrent néanmoins un spectacle pitoyable, qui ne fait que contribuer à saper leur image.»

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 08:32

Présidentielle NON – Constituante OUI

France, Propos du moment

L’élection présidentielle va mobiliser, une fois de plus, avec plus ou moins de bonheur. Or, cette élection est de plus en plus un instrument contre la démocratie. Il est grand temps de sortir de ce piège. La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème.

Le texte ci-dessous propose une solution en posant un principe pour la reconstruction de la démocratie, de la souveraineté populaire. Il est signé par 55 citoyens originaires de nombreux départements français et dont la liste est ci-dessous.

Voter, pour quoi ?

Est-il vraiment raisonnable de consacrer autant d’énergie et d’attention au spectacle de la compétition présidentielle ? Est-ce vraiment cela la démocratie à laquelle nous tenons passionnément ? Au mieux, nous avons, au terme d’une farce médiatique, la possibilité de refuser un des candidats en lice. Une fois élu, celui-ci dispose de pouvoirs exorbitants, notamment le privilège de pouvoir oublier ses promesses ou même de bafouer la volonté populaire exprimée par référendum comme ce fut le cas après 2005.

Après des décennies de violences sociales et de mépris politique, nous citoyennes et citoyens de France, estimons qu’il n’y a pas de solutions à la crise qui frappe la démocratie dans le cadre du système qui régit notre vie publique.

Alors que se profile l’élection de 2017, nombreux sont les appels et initiatives qui veulent utiliser la présidentielle pour rebâtir la démocratie. Ces tentatives, malgré la sincérité de ceux qui les portent, ne peuvent sortir du piège infernal tissé par le système tant national qu’européen. On ne transforme pas un jeu en un autre et on ne peut lier notre combat au résultat, à cette élection, d’une personne, quelles que soient ses qualités. La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème.

Le véritable enjeu est la reconstitution du peuple, souverainement dépositaire du pouvoir en démocratie. Ce pouvoir, par essence collectif, n’attend personne en particulier et n’appartient qu’aux citoyens assemblés.

Refonder la démocratie impose donc, sans tarder, l’élection d’une assemblée constituante en France. Souveraine sous le contrôle de tous les citoyens, elle sera maitresse de la redéfinition de notre vie publique. Sur le plan local, dans les assemblées communales, les citoyens se rassembleront pour décider ensemble de leur représentation et du mandat qu’ils souhaitent donner à la Constituante.

Citoyennes et citoyens de ce pays, nous sommes le peuple et, en tant que tels, souverains de notre propre destin. Nous appelons donc à remplacer en 2017 l’élection présidentielle par l’élection d’une assemblée constituante.
Non à la présidentielle, oui à la Constituante !

Remy Barbier (Maine et Loire) ; André Bellon (Paris) ; Christian Berthier (Paris) ; Michel Blay (Paris) ; Didier Brisebourg (Var) ; René Burle (Cantal) ; Françoise Castex (Gers) ; René Chaboy (Tarn et Garonne) ; Bernard Conte (Gironde) ; Daniel Cordiez (Nord) ; Jean-Pierre Crémoux (Haute-Garonne) ; Antonin Delaever (Paris) ; Michel Ezran (Paris) ; Michèle Frayze (Cher) ; Jean-Michel Freguin (Hérault) ; Florence Gauthier (Paris) ; Pascal Geiger (Paris) ; Loïck Gourdon (Loire Atlantique) ; John Groleau (Creuse) ; Bernard Guibert (Calvados) ; Antoine Guilleux (Ardennes) ; Charles Guittard (Paris) ; Stephane Guyot (Val de Marne) ; Raoul Marc Jennar (Pyrénées Orientales) ; Elisabeth Kergoat (Drome) ; Jeannine Lacroix (Hérault) ; Jacques Lafouge (Gironde) ; Michel Laloux (Vaucluse) ; Michel Lambalieu (Vaucluse) ; Gilbert Legay (Oise) ; Guy Léger (Cher) ; Francis Lenne (Gironde) ; Alain Lepage (Seine Saint Denis) ; Gérard Machline (Meuse) ; Marc Mangenot (Paris) ; Georges Martel (Corrèze) ; Jean-Claude Martin (Haute-Garonne) ; Serge Marquis (Val de Marne) ; Christian Maurel (Bouches du Rhône) ; Loïc Monod (Paris) ; Albert-Jean Morrazani (Bouches du Rhône) ; Jérome Pannetier (Bouches du Rhône) ; Pierrette Pasquini (Gard) ; François Paumier (Ariège) ; Louis Peretz (Alpes de Haute Provence) ; Jack Proult (Maine et Loire) ; Sylvie Rabatel (Drome) ; José Ruiz (Vaucluse) ; Vincent Sizaire (Paris) ; Jean Souyris (Hérault) ; Marie-Elisabeth Thomas (Aude) ; Samuel Tomei (Paris) ; Béatrice Turpin (Seine Saint Denis) ; Juan Ramon Vera (Haute Garonne) ; Frédéric Viale (Paris)

Pour signer : https://www.change.org/p/citoyennes-et-citoyens-de-france-pr%C3%A9sidentielle-non-constituante-oui? recruiter=510308717&utm_source=share_for_starters&utm_medium=copyLink

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 02:12
La démocratie est la préhistoire de l'anarchie

- Entretien avec Yannis Youlountas

Après Ne vivons plus comme des esclaves en 2013, Yannis Youlountas vient de sortir un nouveau film : Je lutte donc je suis. Une ode à la résistance et à l’insoumission...

La démocratie est la préhistoire de l'anarchie
Entretien avec Yannis Youlountas


Après Ne vivons plus comme des esclaves en 2013, Yannis Youlountas vient de sortir un nouveau film : Je lutte donc je suis.
Une ode à la résistance et à l’insoumission qui se déroule à nouveau en Grèce, mais aussi, cette fois, en Espagne. Un voyage en musique dans les alternatives concrètes, autogestionnaires et libertaires qui rappelle que l’utopie est déjà là, à portée de main. Une invitation à rompre avec la routine et l’obéissance, les idées reçues et une existence dépossédée d’elle-même : comme le dit l’un des personnages de son nouveau film, « Je lutte parce que je pense que l’humanité est capable d’autre chose. »

Le Monde Libertaire : Tu as commencé à tourner ton film avant l’élection de Tsipras, puis pendant son revirement. Qu’a révélé, selon toi, la trahison de Tsipras ?

Yannis Youlountas : Ce n’est malheureusement pas nouveau. La malédiction du pouvoir frappe la gauche depuis 150 ans. Les militants et sympathisants de ces partis se sentent trahis à chaque fois. A peine arrivés au sommet, à l’instar de Sisyphe avec son rocher, le pouvoir leur échappe aussitôt. C’est pourquoi je les surnomme souvent du nom de ce personnage mythique. Pire encore : ce sortilège les frappe sans que la plupart n’essaie vraiment de l’élucider, croyant à chaque fois qu’il s’agit d’un problème de casting. Durant le vingtième siècle, cette confiscation du pouvoir s’est manifestée sous deux formes principales : la dérive totalitaire et la trahison bourgeoise. Tsipras vient d’ajouter un exemple de plus à la deuxième catégorie, 24 ans après le programme commun de la gauche en France. Le 13 juillet 2015 restera à jamais comme l’une des trahisons les plus spectaculaires de l’histoire de la gauche en Europe, l’une des pires expériences de cette répétition, de ce piège, de cette impuissance.

ML : Tu es souvent invité par des associations ou des organisations de gauche avec ton nouveau film. Que répondent-elles à ta critique ?

YY : Ma métaphore de Sisyphe à leur égard est irréfutable. Les exemples sont flagrants, nombreux et le dernier en date leur fait encore mal au ventre. C’est donc le moment de poser les bonnes questions, dans le respect et la franchise. En l’occurrence, la priorité n’est pas seulement d’établir un "plan B", très à la mode ces temps-ci, mais beaucoup plus de repenser l’organisation, le dispositif, les moyens réels de changer de politique. Sans remettre en question le pouvoir lui-même, la malédiction continuera. Parfois, certains de mes amis de gauche dite "radicale" tentent de me contredire en évoquant les congés payés et la sécurité sociale. Lourde erreur : les congés payés n’ont pas été donnés par Blum, mais arrachés par la puissante grève générale de juin 1936. De même, si le programme social du Conseil National de la Résistance a pu être mis en place à la fin de la guerre, c’est d’abord parce que des ouvriers avaient encore les armes de la Résistance dans les mains, alors qu’une grande partie du patronat avait collaboré. Bref, il s’agit de conquêtes sociales, pas d’autre chose. Le problème n’est donc pas seulement de concevoir des alternatives, quelles qu’elles soient, mais aussi et surtout de se donner les moyens de les mettre en œuvre.

ML : Dans un tel contexte, pourquoi les anarchistes n’arrivent-ils pas plus à se faire entendre ?

YY : Les procédés utilisés dans nos réseaux ne sont probablement pas toujours les meilleurs. Ce n’est pas parce qu’on détient la solution à un problème et qu’on est expérimenté dans ce domaine, qu’on arrive pour autant à se faire entendre. Prenons l’exemple de l’école : le prof le plus savant et intelligent n’est pas toujours le meilleur passeur de savoir, le plus fin pédagogue, à l’écoute et patient. Il n’y a rien de pire que d’humilier ceux qui échouent. C’est dommage, parce qu’à mon avis, il n’y a pas de meilleurs spécialistes du sujet que mes compagnons anarchistes. Mais ils sont, eux aussi, frappés par une autre forme de malédiction : celle de Cassandre qui n’arrive pas à se faire entendre. Le pouvoir se régale de nous voir nous marginaliser au lieu de diffuser nos solutions plus largement et plus efficacement. Il se gausse de nos vieilles querelles, de nos clans, de nos mauvaises habitudes. Il s’amuse de voir les Sisyphe impuissants, les Cassandre inaudibles et les jardiniers isolés. Les jardiniers sont la troisième composante du mouvement social et révolutionnaire. Ils essaient d’appliquer la devise de Gandhi : « sois le changement que tu désires dans le monde », mais ils oublient que se transformer soi-même ne suffit pas à transformer globalement et radicalement ledit monde. Certes, ces jardiniers cultivent avec application leur espace expérimental, mais délaissent les autres formes de résistance sans lesquelles toute création est condamnée à être piétinée tôt ou tard. Que nous le voulions ou pas, nos luttes sont liées, il n’y a pas d’exil possible, pas d’autre monde qui serait totalement à part de celui-là. Nous sommes tous sur le même bateau face à la bourgeoisie mondiale et à ses serviteurs dévoués, face au capitalisme et à sa foule de larbins, face au pouvoir et à sa police. Pour riposter, nous n’avons pas d’autre choix que de multiplier les assemblées et d’occuper la rue, la vie, le monde. Il n’y a pas d’autre cap vers l’utopie que la résistance, l’agora, l’éducation populaire et la création artistique sous toutes ses formes, c’est-à-dire l’action radicale sur l’imaginaire social que nous devons absolument décoloniser. C’est la première condition de notre émancipation, de notre riposte, de notre réinvention du monde : reprendre le contrôle de nos savoirs, de nos pensées, pour reprendre le contrôle de nos vies. La dimension symbolique de la lutte est aussi importante que son impact immédiat, même le plus vital. Car c’est d’abord elle qui trouble notre entourage et l’incite à nous rejoindre, notamment dans les chansons, les films, les livres, les rencontres, les débats qui suscitent, accompagnent ou interprètent les événements. Nous ne sommes pas que le produit de la nécessité, tête baissée dans le sillon d’un destin tout tracé. Nous sommes également capables de repenser et de réinventer ce monde injuste et illusoire, bâti sur du vent. Le temps critique est aussi le temps de la critique. Le temps de la remise en question. Le temps de la remise en mouvement. Nous ne sommes pas condamnés à rester dans la préhistoire politique de l’humanité.


ML : C’est ainsi que tu qualifies le système politique actuel ?

YY : Oui, la démocratie est la préhistoire de l’anarchie. La démocratie sous toutes ses formes, variantes et déclinaisons. C’est un balbutiement, un germe, un mythe. Mais on est encore loin du compte. La démocratie annonce un objectif d’égalité qu’elle est incapable d’atteindre. Depuis 2500 ans, elle ne parvient pas à lâcher la branche qui la sépare de la plaine où l’être humain se redressera politiquement pour vivre et penser la société debout, à l’égal d’autrui. La démocratie reste à l’orée du bois, au rai de lumière, au chaud dans le décorum à peine modifié de l’Ancien Régime. On est encore loin de la liberté véritable, de l’égalité réelle et de la fraternité universelle. Et ce, parce qu’il reste une chaîne à briser, un cordon ombilical à couper, une branche à lâcher pour marcher ensemble debout. C’est le pouvoir. Tant que le système politique ne sera pas débarrassé de ce fléau, il continuera à singer les mêmes grimaces au-dessus des foules infantilisées et instrumentalisées. Nous sommes encore à l’âge de pierre de la politique, mais rien n’est terminé.

ML : Et la démocratie sous d’autres formes, en particulier la démocratie directe ? Penses-tu qu’il faille abandonner définitivement le mot démocratie ?

YY : C’est délicat. Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer la question sémantique de la question stratégique. Le problème du mot démocratie réside dans l’opposition entre les notions qu’il contient. Accoler demos et kratos, peuple et pouvoir, c’est présupposer la possibilité d’une égalité absolue de tous devant le pouvoir sans prendre en compte la complexité dudit pouvoir dans la société, en l’occurrence son omniprésence dans tous les rapports de domination qui traversent nos relations et dont nous nous n’avons pas toujours conscience. C’est également occulter la fascination humaine pour le pouvoir et sa capacité à corrompre, à détourner, à retourner n’importe qui. Un problème qui connaît son paroxysme avec les hyperstructures, notamment la toute puissance de l’État. Bref, depuis l’antiquité, la démocratie est une belle idée, mais elle occulte la réalité humaine, ses affres, son passif et la nécessité d’en tenir compte. La démocratie est certes une idée simple, du moins en apparence, mais également simpliste à l’instar du procédé de Rousseau qui, dans Le contrat social, croit réussir à articuler la volonté générale et la liberté de chacun, alors que la relation entre une majorité et une minorité reste un rapport de pouvoir comme tant d’autres, de même que toutes les formes de délégations, quels que soient les éléments modérateurs inclus dans le dispositif. Le cœur du problème réside donc dans le pouvoir et nulle part ailleurs. Le pouvoir a deux sens bien distincts qui s’opposent précisément ici : le pouvoir en tant que capacité et le pouvoir en tant que rapport de domination. Des Athéniens à Rousseau, tous les concepteurs de la démocratie, même les plus sympathiques à nos yeux, ont cru une telle articulation possible. Pour ma part, il me semble que c’est une erreur : le pouvoir n’est pas à réorganiser autrement, il est à détruire. Il en va de notre capacité à penser et à choisir la vie. Car le pouvoir en tant que capacité s’oppose fondamentalement au pouvoir en tant que rapport de domination. La liberté ne se donne pas, elle se prend et ne s’échange pas contre une quelconque volonté générale. Cela dit, concernant l’aspect stratégique, je reconnais que la démocratie directe propose déjà un grand pas hors de la jungle des rapports de domination, une étape essentielle vers l’utopie. C’est pourquoi je soutiens cette voie. Elle contient également l’avantage de conserver ce mot le temps nécessaire à sa désacralisation. Mais quand la démocratie ne sera plus confondue avec la liberté, il sera temps d’oser l’Anarchie, comme nous le faisons déjà dans de nombreuses expériences qui fonctionnent parfaitement et qui prouvent notre capacité à vivre ensemble autrement.

ML : Dans ton nouveau film, Je lutte donc je suis, on peut voir des personnes qui luttent, qui expérimentent d’autres formes d’organisation. Peut-on parler d’expérimentations démocratiques ou bien anarchistes ?


article paru dans le Monde Libertaire hors-série n°63
Sommaire

DOSSIER : Démocratie Lacrymogène
Démocratie, une idée morte ? - Louis Janover
Démocratie ou dictature ? - Léon de Mattis
Théorie et réalité des régimes représentatifs - Paul Boino
La démocratie est la préhistoire de l'anarchie - Yannis Youlountas
Démocratie directe ou anarchie - Hervé Trinquier
Aux frontières de la démocratie - No Border
Femmes et démocratie - Hélène Hernandez
Marseille : la guerre de Troie a bien eu lieu - Patrick Schindler
Démocratie familiale - Jean le Gal

PORFOLIO
Henri Winter, Paroles de réfugiés

PLUS
Dans la bibliothèque noire

INTERNATIONAL
Podemos et la démocratie - Élan noir
Confédéralisme démocratique au Kurdistan - Zaher Baher
Libertaires au Pérou - Franz Garcia
Turquie : la vengeance du Président - Tom Nisse

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 07:33

La réforme du Code du travail ne fera pas loi
Rendez- vous à 11H à Saint Pons de Thomières le 9 mars au rond point de Castre

A Béziers : Rassemblement à 9h30 dépôt de Béziers – départ en manifestation vers la sous-préfecture (11h30) pour une convergence interpro
À Montpellier : Rassemblement devant la gare avec les cheminots en grève à 11h00. Puis départ en manifestation vers la Préfecture pour un large rassemblement unitaire à 12h00 et départ de manif jusqu’ à 14H dans le centre de Montpellier. Organisation d'une AG en fin de manif pour décider de la suite.
La pétition : https://www.change.org/p/loi-travail-non-merci-myriamelkhomri-loitravailnonmerci
les rendez-vous en Région :

- Toulouse : place Jeanne d’Arc à 11 h30

- Nîmes : 12 h préfecture

- Alès : 16h 30 devant permanence député PS rue Edgar Quinet

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JEUDI, 3 MARS, 2016 L'HUMANITÉ


Photo : CGT

Le projet El Khomri doit être retiré. Non pas reporté, retiré. Son article premier suffit à le disqualifier, lui qui subordonne les droits et libertés des salariés au « bon fonctionnement de l’entreprise ». Il scelle la remise en cause historique, théorique, juridique d’un siècle entier de Code du travail.

Qu’est-ce que ce Code ? Qu’est-ce que la politique, sinon la mémoire qui informe l’action ? Ne jamais oublier. Et à gauche, se souvenir des désastres et des crimes, des vies brisées au nom du profit insatiable, pour cette « apothéose du coffre-fort » qu’évoque Balzac. Ne pas oublier, par exemple, que le Code du travail naît en 1910 après l’horreur de Courrières, dans le Pas-de-Calais. Après qu’en 1906, 1 099 mineurs avaient perdu la vie au fond des puits. Le patron exige alors que le travail reprenne immédiatement. Il stoppe la recherche des victimes. Cachez ces misères qui entravent l’entreprise. Et puis, douze jours plus tard, 14 survivants enfouis réapparaissent. Après des nuits de terreur et d’efforts. Miraculés. Enterrés vivants. Ouvriers morts avant d’être morts.

L’émotion est immense. Elle force à créer le ministère du Travail. Pourquoi ? Pour que ce ministère échappe aux diktats des employeurs et au ministère de l’Économie. Avec quel point d’appui, quelle barricade juridique pour résister ? Le Code du travail.

L’inverse est à l’œuvre : le ministère de l’Économie règle de nouveau la politique du ministère du Travail, réduit à n’être que son DRH.

Notre choix de civilisation fut depuis Courrières d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail. Quand F. Hollande veut « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », il écrit l’histoire à l’envers.

Cela boostera l’embauche ? Par ordonnance, de 2004 à 2008, la mission Combrexelle a passé le Code du travail à l’acide, supprimant 500 lois, le réduisant de 10 %, en prétendant le simplifier. Cela n’a pas créé d’emploi.

Dans le contrat de travail, il y a inégalité. Le salarié subit un « lien de subordination juridique permanent ». C’est pourquoi il existe une « contrepartie » : un code spécifique. Les lois du travail sont, et doivent rester, universelles, car elles sont attachées aux droits humains, quelles que soient la taille de l’entreprise, sa spécificité, sa branche. Elles doivent l’emporter sur les contrats d’entreprise particuliers, les accords d’entreprise particuliers, les dérogations. C’est ce que garantissent la Déclaration des droits de l’homme de 1948, la charte européenne des droits fondamentaux de 1999, les conventions de l’OIT en leurs nos 81 ou 158.

Le droit du travail doit être un garde-fou par rapport au droit de la concurrence et non pas piétiné suivant le libre cours de la concurrence.

En ne voulant plus de durée légale pour tous, en actant le règne des dérogations, les projets El Khomri, Badinter, Macron, cassent les relations de travail au détriment du corps humain, de sa santé, de la vie de famille et de l’emploi pour tous.

La notion de durée légale est de facto supprimée, les patrons en décideront, au cas par cas, le pistolet sur la tempe de leurs salariés. Les syndicats majoritaires (élus avec un quorum !) pourront même être court-circuités par les syndicats minoritaires qui auront le droit d’en appeler au patron pour qu’il monte un référendum à ses ordres. C’est le come-back de l’employeur-maître !

La commission Badinter en finit d’ailleurs avec un Code du travail spécifique et le remplace par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex-contrat de travail. Dans ce texte, la « personne » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Et demain quoi ? L’ubérisation généralisée ? Pas d’horaires ? Pas de Smic ?

On comprend que les jeunes s’indignent. Que leur promet-on ? La précarité en début, au milieu et en fin de vie active. L’avenir bouché, interdit. Des jeunes méprisés au travail.

Que permettra la loi El Khomri, avec un simple accord d’entreprise, facile à arracher grâce au chantage à l’emploi ? Fini les 35 heures, les heures supplémentaires seront compensées et non plus majorées : on travaillera plus pour gagner moins. Il sera possible de travailler 12 heures par jour par « simple accord ». Le repos quotidien de 11 heures pourra être fractionné. La forfaitisation par accord individuel pourra aller au-delà de toute durée maximale, y compris 48 heures et 60 heures. L’annualisation du calcul des horaires se fera sur trois ans ! Les congés payés ne sont plus obligatoires, le salarié aura « le droit » d’y renoncer pour de l’argent. Un apprenti pourra travailler 40 heures. Il n’y a même plus d’âge plancher pour le travail des enfants, lesquels dès 14 ans sont moins protégés contre les chutes ou les machines dangereuses. Trois CDD de suite sont autorisés au lieu de deux. Payer à la tâche sans référence au Smic ne sera plus interdit. Il n’y aura plus de plancher de 24 heures pour les temps partiels. Le patron décidera quand commence la semaine, de sorte qu’il évitera la majoration du dimanche. Les femmes seront les plus pénalisées.

Le Medef a coécrit ce projet de loi. Il lance d’ailleurs une pétition pour le soutenir.

Si ses profits et dividendes baissent, l’employeur pourra modifier les horaires à la hausse et sur une année les rémunérations à la baisse. La loi Warzmann l’autorisait pour un an, la loi Sapin plus encore, la loi El Khomri abaisse les possibilités pour les salariés de le contester.

La médecine du travail, les prud’hommes, l’indépendance de l’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel sont laminés. Les licencieurs abusifs verront leurs condamnations baisser.

À quoi sert de faciliter les licenciements ? À faciliter les licenciements ! Pas à faire de l’embauche. Ce projet de loi vaut déclaration de guerre à 18 millions de salariés.

Le gouvernement entend repousser la présentation de cette loi, ce recul doit déboucher sur le retrait. Ensemble, nous appelons les salariés, les jeunes, les retraités, les privés d’emploi, les précaires, les féministes, à rejoindre ce mouvement qui monte et qui exige le retrait de la loi El Khomri. La réforme du Code du travail ne fera pas loi.

Cent ans durant ce Code a été construit pour que les salarié-e-s échappent à la dictature de la rentabilité à courte vue. C’est un Code exceptionnel, une œuvre juridique rare, faite des luttes, des sueurs, des larmes, des grèves, des manifestations, bref de toute notre histoire sociale. Certes, on peut le modifier, le fortifier, renforcer les droits des salarié-e-s, rien n’est intangible. Nous allons d’ailleurs faire ensemble des propositions. Mais nul comité de technocrates ne peut, entre soi, hors du monde, le réécrire seul, tant il est le fruit, dans ses mille détails, des rapports de forces sociaux. En cela, le Code du travail est l’indice de mesure de la qualité d’une civilisation.

Texte collectif

Premiers signataires : Fabrice Angei, membre du bureau confédéral de la CGT, Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble !, Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, Éric Beynel, porte-parole de Solidaires, Noël Daucé, secrétariat national de la FSU, Gérard Filoche, membre du BN du PS, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, William Martinet, président de l’Unef, Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic, Danielle Simonnet, coordinatrice nationale du PG

La nouvelle grande peur

mardi 1er mars 2016

Par Jack Dion

Aujourd’hui, les enfants, nous allons parler des grandes peurs. L’histoire de l’humanité regorge de ces moments d’angoisse générale. Certains d’entre vous ont dû entendre parler de la peur de l’an mil, époque à laquelle on redoutait la fin du monde. À d’autres moments il y a eu la peur du diable, des sorcières, des étrangers ou des extra-terrestres. Mais de nos jours, en France, la grande épouvante s’appelle la peur d’embaucher, qui frappe une catégorie précise de la population : les employeurs.

C’est d’ailleurs pour ça que le gouvernement, non sans courage, a entrepris de réviser le Droit du travail. En effet, les patrons vivent une forme de crainte collective qui les empêche de recruter des salariés, tant ils sont tétanisés à l’idée de ne pouvoir s’en séparer à leur guise, comme cela se passe dans des pays très développés, tels la Chine ou le Bangladesh. En France, c’est beaucoup plus difficile. Il en résulte un vrai traumatisme pour les patrons. Croyez-moi, ce sont de gens fragiles. Ils sont sujets à des formes de paranoïa et ils peuvent facilement sombrer dans des phénomènes de dépression.

Certains d’entre eux sont parfois obligés d’avoir recours à une aide psychologique pour tenir le coup. Pardon ? Oui ? Tu as un père au chômage et tu le vois souvent déprimé ? Je comprends. Mais le chômeur, s’il le veut, peut se recaser, alors que le patron, lui, vit un vrai drame dès lors qu’il n’est pas libre de licencier. J’ai sous les yeux une formule d’un éditorialiste du journal Les Échos, Étienne Lefebvre, fin connaisseur de la psychologie patronale et qui lance cet aspect pathétique au gouvernement : « Il doit envoyer un message clair aux employeurs, en leur garantissant à l’avenir qu’ils pourront, si c’est nécessaire, se séparer sans trop de dommages des salariés qu’ils envisagent d’embaucher. » Embaucher pour pouvoir licencier, c’est une belle idée, non ?

Il fut une époque où l’on voulait sécuriser l’emploi. Aujourd’hui, il faut sécuriser le licenciement afin de permettre aux licencieurs de surmonter leur épouvante. Ce sera tout pour aujourd’hui, les enfants. N’hésitez pas à conseiller à vos parents de parrainer un patron fragilisé s’ils en connaissent un, car en ces temps difficiles pour la République il est important de faire preuve de solidarité et de compassion.

Marianne N° 985 du 26 février 2016

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