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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 06:21

 

Mes amis,

je m’exprime ici en mon nom seul. Vous le savez peut-être, j’appartiens à un collectif, les Désobéissants, qui se veut un outil d’appui aux luttes progressistes. Nous formons aux techniques de résistance non violentes, et nous accompagnons ceux qui le souhaitent dans l’élaboration de stratégie de confrontation et d’action contre l’injustice qu’ils subissent. Nous n’avons pas vocation, avec ce collectif, à participer aux élections quelles qu’elles soient et de quelque façon que ce soit. Nous n’avons rien contre les élus. Il en existe de sincères, d’honnêtes, de courageux. Il nous arrive de travailler ponctuellement avec certains élus lorsqu’ils portent des causes qui nous semblent justes. C’est précisément ce qui nous caractérise : une approche au cas par cas, pragmatique, qui considère que ce qui importe c’est la lutte et les valeurs et objectifs qu’elle porte. Peu importe les écuries, les drapeaux, les étiquettes. Notre affaire, c’est d’appuyer tous ceux qui se mobilisent contre l’injustice là où nous la reconnaissons comme telle. Les désobéissants sont d’ailleurs une diversité : il y a parmi nous des gens qui votent et d’autres qui ne votent pas, des gens qui appartiennent à des partis politiques, et d’autres, bien plus nombreux, qui ont refusé tout engagement classique. Ce qui nous unit, c’est cette approche pragmatique au service de la lutte contre toutes les injustices, d’une part, et bien sûr, l’outil désobéissance civile, c’est-à-dire à la fois l’action directe légale ou pas, peu importe, contre l’injustice, et son caractère strictement non violent, qui nous semble essentiel à la fois d’un point de vue moral et d’un point de vue tactique.

Je n’ai jamais été membre d’aucun parti politique, et n’ai donc jamais été candidat à une quelconque élection. Je n’ai même jamais appelé à voter pour un quelconque candidat aux élections. Pourtant, aujourd’hui, des circonstances exceptionnelles me font considérer qu’il est de mon devoir de prendre position publiquement. Si une seule personne parmi vous se trouve convaincue par mes arguments et décide de voter pour le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon dès le premier tour, alors je n’aurai pas perdu mon temps. Si vous partagez cette vidéo, ce sera une victoire supplémentaire. Car chaque voix va vraiment compter, cette fois. La qualification au second tour se jouera dans un mouchoir de poche. Et nous ne sommes pas prêts de retrouver des circonstances aussi favorables…

Dans une précédente vidéo, publiée sur l’alterJT, j’ai expliqué pourquoi je pensais que la néofasciste Marine Le Pen et sa bande risquaient d’arriver au pouvoir, sauf événement imprévisible. Marine Le Pen est en effet parvenue à tromper des millions de gens qui souffrent et sont en colère, et cherchent dans le tunnel une issue radicale au désastre des politiques néolibérales. Tous ces gens se trompent de colère. Parce qu’on les a trompés. Parce que le FN les trompe. Mais aussi parce qu’une classe politique aux ordres de l’oligarchie financière a désigné jour après jour des boucs émissaires faciles, les pauvres supposés fraudeurs, les chômeurs, supposés fainéants, les immigrés supposés coûteux, voire dangereux, les musulmans, supposés fanatiques, menaçants, etc. Aussi ces électeurs dégoûtés par la classe politique mais néanmoins sensibles à ses sornettes se sont tournés, chaque fois plus nombreux, vers les candidats néofascistes prêcheurs de haine. L’issue était évidente, et aucun candidat aux ordres de la finance ne pourra empêcher, tout au plus retarder d’encore 5 ans, la victoire forcément catastrophique, des fascistes.

J’avais pris la précaution de dire que mon analyse se basait sur les faits connus, mais que l’histoire n’est jamais jouée d’avance. Il arrive que l’imprévisible survienne pour tout bouleverser. Un tel événement imprévisible s’est produit : un candidat de rupture, mais progressiste celui-là, est en passe de se qualifier au second tour de l’élection la plus importante qui soit. Avec dès lors, des chances raisonnables de devenir le prochain président de la République. Seulement, ça va se jouer à quelques voix. La vôtre, peut-être. La mienne, en tous cas, lui est acquise et je veux vous dire pourquoi.

J’entends déjà les critiques de mes amis révolutionnaires. L’élection est un piège à cons, le présidentialisme en est un autre, Mélenchon n’est pas un saint et rien ne garantit qu’une fois élu, il tiendra ses promesses. Après tout, nous sommes dans la saison des promesses, chaque candidat s’employant à dire ce qu’il pense que son électorat de prédilection a envie d’entendre. Autre registre de critique : même avec la meilleure volonté du monde, Mélenchon président n’arrivera pas à rompre avec les forces néolibérales qui ont déjà fait plier Tsipras, le premier ministre grec.

Je sais tout ça. Mais justement, pour la première fois depuis très très longtemps, un candidat doté de vraies chances de succès, annonce qu’il transformera en profondeur les institutions pour les rendre beaucoup plus démocratiques et en finir avec la monarchie présidentielle. Un seul s’engage aussi radicalement, et aussi précisément, en matière de transition écologique, avec un programme de reconversion de l’outil industriel, de formation à grande échelle des travailleurs concernés, et d’investissement public massif dans tout ce qui permettra de faire reculer la menace la plus urgente sur l’humanité tout entière, le réchauffement climatique. Un seul promet encore de consacrer toutes ses forces à des relations internationales plus justes et surtout porteuses de paix plutôt que de guerre. Un seul enfin promet de rompre vraiment avec les logiques du marché à outrance qui ont fait tant de mal à des millions de travailleurs, et en particulier de femmes, précarisés, de retraités pauvres, de jeunes des quartiers populaires, de descendants de l’immigration, etc.

Tiendra-t-il ses promesses ? Je n’en sais rien. Mais c’est la même chose pour les autres ! Je dis ça à ceux qui voudraient voter pour un autre candidat, ou qui ne voudraient pas voter et donc laisseraient à ceux qui vont aller voter, et notamment les électeurs du PS, du centre, de la droite et de l’extrême droite, le choix de décider de qui aura le pouvoir sur nos vies. Je sais seulement que l’activiste que je suis continuera de lutter quelque soit le pouvoir, probablement. Mais je sais aussi qu’il me sera plus facile de lutter, comme à nous tous, avec un gouvernement progressiste et de rupture comme celui d’un Mélenchon au pouvoir, qu’avec tout autre de ses concurrents. Voter, ce n’est pas abdiquer notre capacité de résistance. Je désobéis avant l’élection, je désobéirai certainement encore après l’élection, mais le jour de l’élection, est-il meilleure façon d’agir que de voter ? Voter, c’est choisir son adversaire, au pire, et parfois, envoyer des alliés au sein des institutions : tous ceux qui luttent vraiment, pas seulement devant leur ordinateur et sur les réseaux sociaux, savent qu’il est toujours préférable d’avoir des élus proches de nous dans les institutions, plutôt que des néofascistes ou des élus de l’oligarchie. Que la police ne se comporte pas de la même façon, que les juges ne se comportent pas de la même façon, que les journalistes ne relaient pas les mêmes discours selon qui se trouve au pouvoir… Qu’au sein des institutions comme des contre-pouvoirs, le contexte gouvernemental joue considérablement sur les marges de manœuvres des uns et des autres : avec un gouvernement progressiste, les fonctionnaires soucieux de bien public relèveront la tête pour défendre le service public et ses usagers. Les travailleurs du privés témoins de pratiques odieuses se feront davantage lanceurs d’alerte. Les juges sortiront les dossiers des placards. Les policiers républicains n’auront plus peur de s’opposer à ceux de leurs collègues qui déshonorent la police. Les travailleurs en général hésiteront moins à se syndiquer et à bousculer les appareils pour résister aux pratiques les plus scandaleuses de leurs employeurs.

Et s’il tenait ses promesses, le Mélenchon ? Après tout, Mitterrand en a tenu pas mal d’assez radicales entre 1981 et 1983, et il n’est pas certain que les Français laisseraient faire aujourd’hui un revirement comme celui du même Mitterrand en 1983. Et Mélenchon n’est pas Mitterrand. Certes, le personnage a ses défauts. Il a été au PS, oui, et reste encore un peu trop Mitterrandolâtre, en oubliant que l’homme fut le véritable assassin de la gauche qu’incarne aujourd’hui Mélenchon : c’est bien Mitterrand qui a soumis notre pays au capitalisme financier, avec le tournant de la désinflation compétitive, du franc fort et l’alignement sur l’Europe libérale de 1983. C’est aussi Mitterrand qui s’est rendu complice du plus abominable des crimes, celui de génocide, en soutenant militairement les génocidaires du Rwanda, et en les exfiltrant même, ensuite, avec la complicité du gouvernement de cohabitation de Balladur Sarkozy et consors. Mais Mélenchon, à sa décharge, n’a pas été associé à ces aspects-là, et a toujours tiré le PS vers la gauche, au point de le quitter faute d’y être suffisamment parvenu. On lui doit une grosse erreur, celle d’avoir soutenu l’accord de Maastricht, mais il a très vite regretté ce choix et s’est depuis systématiquement opposé à tout ce qui allait dans le sens de l’austérité.

Allez, imaginons qu’il ne tienne qu’une partie de ses promesses, en matière d’écologie, de paix, de relance du service public et de l’investissement public, de revalorisation des bas salaires, de démocratisation des institutions, de lutte contre la corruption et la fraude fiscales… On a le choix, son programme est vaste et ambitieux. Si quelques-unes seulement de ces promesses étaient tenues : notre situation à tous n’en serait-elle pas quand même bien meilleure ? Pensons aux travailleurs menacés par les délocalisations boursières, pensons aux précaires privés de droits par des institutions qui traquent la fraude supposée plutôt que d’aider ceux qui en ont le plus besoin. Pensons aux travailleurs sans-papiers qui rasent les murs en craignant en permanence l’arrestation et la déportation. Pensons aux policiers envoyés contre les pauvres, les faibles, les travailleurs en grève, les activistes plutôt que contre la criminalité en col blanc, la délinquance patronale, le crime organisé, la fraude fiscale, qui font des dégâts considérables sur notre vivre-ensemble… Pensons à ces cathédrales du productivisme et du profit, ces grands projets inutiles et imposés qui sont érigés partout sur nos dernières terres agricoles, sur nos dernières zones humides et qui reçoivent aujourd’hui le soutien systématique de l’État, nous entraînant chaque jour davantage dans le désastre écologique.

Oui mais, le laissera-t-on tenir ses promesses, et notamment la plus importante sans doute, celle de la rupture avec le néolibéralisme ? Rappelons d’abord que Mélenchon, à la différence des autres grands candidats, est un homme libre : il a rompu il y a longtemps déjà avec son parti, le PS, et s’est même éloigné du parti qu’il avait contribué à faire naître, le Parti de Gauche. Il a pris tous les risques, en se lançant seul dans la course aux présidentielles, et a su laisser ses partisans prendre leur autonomie. Y compris ses centaines de milliers de partisans anonymes qui ont pu peser sur sa campagne en développant des thématiques et des outils originaux et en dehors de tout contrôle du sommet du mouvement. J’ajoute que Mélenchon n’a pas de compte à rendre à d’éventuels dictateurs qui auraient financé sa campagne, pas davantage à des banques russes qui lui auraient fait des prêts sur ordre du Kremlin, encore moins à la Françafrique et aux pétromonarchies de l’Est ou du Moyen-Orient où il serait aller chercher quelques costumes, quelques valises et quelques conférences grassement rémunérées. Il n’a pas fait sa carrière dans la banque ou dans une quelconque relation de dépendance vis-à-vis des firmes multinationales. Il a un caractère difficile ? Ca lui servira peut-être à résister aux pressions de toutes sortes qui s’exerceront sur lui au moment des grandes confrontations, et notamment avec la Troïka. Instruit de l’expérience tragique de Tsipras en Grèce, qui choisit de se plier au diktat de la Commission européenne, de la banque centrale européenne et du FMI, Mélenchon préparera sans doute effectivement le fameux plan B, celui de la sortie de l’Euro, si jamais il s’y trouvait contraint. Il est vrai que la situation est toute autre : la France n’est pas la Grèce, elle pèse 18 % du PIB européen, et non pas seulement 2 % comme la Grèce, et ses caisses ne sont pas vides, loin de là. L’UE est de son côté fragilisée par le rejet croissant des opinions publiques et le départ des Britanniques. Les chances de négocier un changement de politique en Europe n’ont jamais été aussi bonnes, si seulement le gouvernement d’un seul Etat-membre puissant décidait d’y consacrer ses forces.

Mes amis, je sais que les institutions ne sont pas neutres, que la soupe est bonne, là haut. Je sais qu’il est facile d’y corrompre les volontés les plus intransigeantes. Je sais que les élections sont biaisées par l’argent d’abord, et surtout par la construction jour après jour et longtemps avant l’élection, de la notoriété des candidats. Cette notoriété sans laquelle il n’y a pas de victoire possible à une élection. Pour la gagner, il faut passer régulièrement dans les médias dominants. Et ceux qui possèdent les médias, les grands groupes industriels et financiers, ne veulent surtout pas d’une politique de rupture d’avec le capitalisme. Ils n’ont donc aucune raison de favoriser en les invitant régulièrement sur les plateaux les candidats de la rupture, ceux qui prônent une plus juste redistribution des richesses, une transition écologique réelle et non pas « market compatible ». Seulement, pour la première fois depuis longtemps, un candidat de rupture a acquis la notoriété nécessaire pour espérer l’emporter aux élections. Il n’a pas cessé de prendre des risques, pourtant. Il s’est engagé frontalement contre le FN, en portant le fer là où le parti de la haine faisait ses meilleurs scores. Il est le seul à dénoncer les logiques de guerre, de haine, de peur aussi, savamment entretenues par les autres candidats qui chassent sur les terres du FN et focalisent sur l’étranger, l’islam, le terrorisme, la crispation identitaire, et qui prétendent résoudre les problèmes du monde à grands coups de bombardements de populations civiles, aux quatre coins du monde, en tous cas partout là où il y a du pétrole à pomper au passage… Avouons que les discours de Mélenchon ont fait beaucoup pour renverser le vent mauvais qui soufflait dans ce pays, et dans toute l’Europe d’ailleurs. Il a remis au coeur des débats les vrais sujets, le social, le chômage, l’urgence à sauver le bien commun, la paix et l’environnement. Il a même parlé du sort cruel fait aux animaux ou de la nécessité de rompre avec la nourriture carnée, c’était quand même courageux, en France, pour un candidat, de dire ça ! C’est la raison pour laquelle Marine Le Pen voit ses chances s’amenuiser, aussi, même si elle est encore très haute dans les sondages : ses thématiques qui étaient pourtant dominantes dans les discours publics, au point qu’elle n’avait même plus à faire campagne, qu’elle pouvait même se permettre de recentrer son image pour paraître plus modérée que ses rivaux, plus « apaisée » vous savez, avec ce slogan qu’elle a fait poser sur tous les murs de France et qui lui fut suggéré par ses amis néo nazis les anciens du GUD Frédéric Chatillon, Axel Lousteau, Philippe Péninque et toute la clique de ceux qui ont trempé dans ses magouilles financières et la conseillent encore sur sa stratégie de campagne. Pour ces discours, qui ont su porter loin, je vous dis merci M. Mélenchon. Vous avez fait de la pédagogie de gauche, ce qui avait littéralement disparu des ondes depuis longtemps et qu’on ne trouvait plus guère que chez certains youtubeurs et autres bloggueurs sur Internet. Dans le même temps, la fausse gauche, elle, faisait au contraire la pédagogie de la résignation, de l’austérité punitive, du marché, de la compétitivité, de la dette, de la liquidation du service public, et des logiques de guerre, à l’international…

Une autre raison de voter Mélenchon. La conjoncture est unique : pour la première fois depuis très très longtemps, l’horizon est dégagé à gauche ! Les électeurs de gauche n’ont pas de raison de se disperser entre de nombreux candidats. Le candidat socialiste est en chute libre et son parti ne se relèvera pas de ces élections. Les Verts ont disparu du paysage. Le PCF s’est rallié à Mélenchon. Les trotskistes n’ont pas su incarner l’alternative et gaspillent leurs rares ressources à fonds perdu. Et les escrocs de l’alternative, Asselineau et Cheminade, le paquaïen réac qui surfe sur le complotisme et le sectaire extrémiste, n’ont pas réussi à détourner les électeurs de gauche que leurs bailleurs de fonds espéraient les voir détourner. Le vote utile à gauche est pour la première fois depuis des décennies un vote de rupture radicale avec les logiques mortifères du capitalisme financier. Les marchés financiers et l’oligarchie ne s’y trompent pas, d’ailleurs, et commencent à prendre peur et à concentrer leurs tirs…

Pas de concurrence à gauche, donc, et la logique du vote utile en notre faveur. Et en plus, la possibilité d’en finir avec le PS, le parti des premières politiques néolibérales, celui de la Françafrique et du nucléaire civil et militaire, le parti qui a toujours promis le vote aux étrangers et continue de le faire sans jamais tenir parole, celui qui récemment encore chassait les Roms et les sans-papiers, enfermait comme jamais dans les prisons, abandonnait aux policiers racistes le contrôle des classes dangereuses dans les quartiers populaires, et qui par sa trahison en 1983 a littéralement poussé dans les bras de l’abstention d’abord, de Le Pen ensuite les électeurs populaires qui l’avaient porté au pouvoir. Amis qui ne voulez pas voter, voulez-vous vraiment passer à côté de cette chance historique d’en finir avec le PS ?

D’ailleurs, ce parti, le PS, n’a plus de raison d’être : il a toujours été tiraillé entre sa gauche et sa droite. Cela est particulièrement saillant aujourd’hui, avec les désertions de la droite du PS au profit de Macron. Le PS ne parvient plus à faire la synthèse, il doit donc disparaître : ses électeurs et ses militants sont devant l’obligation de choisir entre la possibilité d’une politique anti-libérale, qu’incarne Mélenchon, et le maintien d’une politique libérale, avec Macron. Benoît Hamon, en vous maintenant au premier tour alors que vous n’avez aucune chance de vous qualifier, et aucune même de sauver votre parti, vous prenez une responsabilité très lourde devant l’Histoire : celle de faire échouer la qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour, seule chance pour le moment de voir une vraie politique de gauche sortir des urnes en mai prochain…

Avec une victoire de Mélenchon au premier tour, on aurait aussi la possibilité d’en finir avec le risque fasciste. Oui. A l’heure actuelle, Marine Le Pen a toujours des chances d’arriver au pouvoir en cas de qualification au second tour car une partie des électeurs de gauche n’iront jamais voter pour un Fillon ou un Macron, candidats de la finance, même pour faire barrage. Certes, les sondages la donnent perdante dans tous les cas de figure, contre Fillon, contre Macron, contre Mélenchon. Mais ils se sont déjà trompés par le passé ! Et encore récemment, avec Trump et avec le Brexit, ce qui doit nous rappeler que l’impossible peut encore se produire. D’autant qu’une partie des électeurs de droite radicalisés voterait aussi Le Pen si celle-ci avait une chance d’arriver au pouvoir, et pour éviter, par exemple, un Macron encore associé dans leur imaginaire, au PS. Mélenchon, lui, peut arrêter Le Pen : il fera nettement plus voter la gauche de la gauche, et comme il sera opposé à Le Pen, il fera aussi le plein des voix du PS et du centre. Une partie de la droite se réfugiera dans l’abstention et une autre, radicalisée, rejoindra Le Pen mais ça ne suffira pas. Surtout aussi parce que Mélenchon parle à la colère des gens, comme Marine Le Pen, mais en proposant des solutions radicalement opposées, qui peuvent séduire, et séduisent déjà, une partie de l’électorat du FN. Il peut donc assécher quelque peu Marine Le Pen, dont les casseroles judiciaires fragilisent la crédibilité, qui plus est. Et s’il arrivait au pouvoir, sa politique de rupture avec les logiques actuelles pourrait seule convaincre les classes populaires séduites par le vote FN de s’en détourner durablement : en créant les conditions d’un vivre-ensemble bien plus satisfaisant, une politique résolument égalitariste saperait les fondations du racisme et du repli sur soi qui sont le terreau du néofascisme. A-t-on le droit de laisser passer cette chance historique d’éviter le fascisme, et d’en finir avec lui ?

Alors oui, désobéir, ça veut parfois dire voter. Ca veut dire avoir une approche pragmatique de la lutte. Il ne s’agit pas de renoncer à l’idéal d’un changement de société en profondeur, c’est-à-dire d’une sortie du capitalisme au profit d’une société fondée sur le bien commun, l’humain et le vivant d’abord. Il s’agit seulement de prendre tout ce qu’on peut prendre, de gagner tout ce qui peut l’être dès à présent, sans attendre d’hypothétiques, et néanmoins souhaitables, lendemains qui chantent. On ne dira pas comme le mouvement ouvrier jadis, aux femmes, « laissez de côté vos revendications féministes, la priorité c’est de renverser le capitalisme, car avec lui tombera l’injustice faite aux femmes ». Les femmes ont bien fait de se battre pour leurs droits sans attendre, car elles ont ainsi pu améliorer très nettement leur condition, gagner de nombreux droits sinon l’égalité réelle, alors que le capitalisme, lui, est toujours là… Heureux ceux qui peuvent se permettre le tout ou rien, parce qu’ils ont déjà assez. Au quotidien le devoir d’un révolutionnaire ce n’est pas de sacrifier le présent à l’avenir. C’est de construire ici et maintenant, avec les gens, des rapports de force qui forgent des présents différents, parce que c’est maintenant que nous vivons, pas demain, et que ceux qui souffrent le plus n’ont pas le temps d’attendre. Sans compter que le fascisme guette aussi pour récupérer la colère que nous n’aurons pas su organiser, parce que nous étions dans nos rêves au lieu d’être dans la réalité aux côtés de ceux que la misère ou l’oppression quotidienne mettent en danger tout de suite.

Ne perdons pas nos suffrages dans des attitudes nihilistes qui ne construisent rien et laissent le pire se déployer. Le vote blanc, ou l’abstention militante, sont des aberrations. Mieux vaut la plus infime part de liberté que rien du tout, mieux vaut le moins pire que le pire, et si par exception on a une petite chance d’avoir le mieux, le beaucoup mieux, pourquoi y renoncer par principe ? Gardons-nous de ceux qui espèrent le pire au nom du meilleur, ceux qui pensent que l’arrivée au pouvoir de Le Pen réveillerait le peuple endormi et rendrait possible un changement révolutionnaire. La réalité est bien différente de leurs fantasmes de révolutionnaires en chambre : non, nous ne saurons pas nous relever d’une victoire du néofascisme, qui sait aussi se faire réélire, dans les villes qu’il a conquises, qui sait diviser pour mieux régner, corrompre ceux qu’ils peuvent être corrompus, et surtout s’imposer par le vide, en nous privant rapidement de nos ressources militantes : les salles où nous réunir, les médias libres, les bibliothèques et autres lieux de culture, l’école où s’enseigne encore l’esprit critique, les projets sociaux exigeants qui aident encore à se parler et à imaginer d’autres possibles… Une fois dotés de tous les pouvoirs, les fascistes se comporteront en fascistes, évidemment, que croyez-vous ? Ils imposeront la peur, le repli sur la sphère privée, le clientélisme généralisé, et finalement nous réprimerons avec la plus grande férocité quand ils nous auront suffisamment affaiblis. Tout ne se vaut pas et la victoire d’un Mélenchon sera toujours ô combien préférable à celle de tout autre candidat. Mélenchon ne sera peut-être qu’un Mitterrand de 1981, et alors ? Qui pense que la situation est telle que l’on peut cracher sur des réformes sociales et démocratiques comparables à celles qui furent introduites par Mitterrand cette année-là ? La retraite à 60 ans pour les gens usés par le travail, la cinquième semaine de congés payés, l’abolition de la peine de mort, la régularisation massive de travailleurs sans papiers et de leurs familles, la nationalisation des grandes banques et d’autres sociétés, un vrai impôt pour les plus riches…

Et puis, rêvons un peu, nous en avons bien le droit, nous qui nous battons sans cesse depuis des décennies, dos au mur, avec un espoir qui se réduisait comme une peau de chagrin, face au rouleau compresseur néolibéral qui écrase tout sur son passage, et avec les fascistes en embuscade. Si le changement s’impose par les urnes en France, qu’est-ce qui empêchera d’autres peuples d’Europe et d’ailleurs de donner leurs bulletins à des forces progressistes et écologistes radicales, ou de relancer des mouvements sociaux de grande ampleur pour bousculer les urnes et en finir avec les 1 % des plus riches qui concentrent encore aujourd’hui la totalité des pouvoirs sur la planète, en nous emmenant vers le gouffre ?

Il n’a jamais été aussi important de voter qu’aujourd’hui, depuis des décennies. Alors sans gaieté de coeur, peut-être, sans illusion d’accord, mais parce que c’est une façon de lutter encore, de limiter les dégâts, de choisir ses alliés et ses adversaires, aussi, unissons-nous pour que la France insoumise et Mélenchon l’emportent aux présidentielles. Et si ça doit se jouer à une voix, que cela soit la vôtre qui lui permette de l’emporter.

Bonsoir Marie, Bonsoir Marianne,

Quand un incompétent (in-con-pétant) ignorant les bases du droit international m’emmerde sur des raisonnements juridiques auxquels visiblement il ne comprend rien, ça me gave. Mais quand je m’aventure sur le terrain politique, je suis un parmi les autres, et j’accepte pleinement qu’on me dise que je me suis trompé ou que je ne sais pas. J’essaye juste d’assumer mon rôle de citoyen, en étant cohérent, logique et de bonne foi.

En attendant les législatives...

Je vous dirais d’abord que cette présidentielle est insaisissable, et qu’en réalité tout se jouera aux législatives. C’est la seule chose dont je suis sûr. Nous allons élire le Prince de l'Elysée. Si Fillon gagne, ce qui est toujours possible, il aura une majorité écrasante, mais il ne dirigera pas les législatives, ce sera l'affaire de Sarko et Wauquiez. Si c'est Macron, nous allons provisoirement passer à un régime d’Assemblée. Macron est un dérivatif parfumé de Davos, rien de plus. En l’état actuel, les deux grands partis (Les Rep et le PS) laissent des candidats qu’ils ne maîtrisent pas jouer leur vie, car ils savent que la reprise en main se fera à l’occasion des législatives. Ce sont les législatives qui donnent le pouvoir, les réseaux et l’argent, un truc un peu plus sérieux que cette présidentielle qui est devenu un show.

Il ne se ressortira rien de solide de cette présidentielle, et ne perdez pas votre temps à me foutre la trouille avec une victoire Le Pen, un truc hors sujet. Mélenchon aurait pu surprendre, mais il préfère une défaite honorable, c'est son problème. La vie politique reprendra son cours. Le PS va récupérer les points un à un, en vue des municipales de 2020, sa vraie base. On tournera la page du feuilleton « Macron, Mélenchon, Hamon et leurs amours », pour revenir aux choses sérieuses. La vie politique est structurée, c’est comme ça.  

Je n’ai pas soutenu Hamon…

Oui, et c’est pas demain la veille, mais j’ai essayé d’être logique. Une dizaine de jours après la primaire PS, j’exprimais l’idée que Hamon avait vraiment une carte à jouer .

Je n’ai jamais soutenu Hamon, ni la « Gauche du PS ». Ça avait de la gueule quand c’était Jean Poperen, mais depuis c’est usurpé par des Mélenchon, Hamon, Montebourg et autre Dray, de l’enfumage. Une gauche du discours, comptant cyniquement sur les déceptions que va mécaniquement créer le courant majoritaire du PS, pour garder une zone d’influence qui permet d’avoir son lot de permanents et  d'investitures. No future...

Retour à 2017

Littéralement, il y avait des choses intéressantes dans les textes de Hamon. Oki. Mais il ne faut pas inverser le jeu politique. La responsabilité de la campagne dépend du candidat, et pas des soutiens. Or qu’a fait Hamon ?

Alors qu'il était député PS, il avait soutenu une motion de censure contre le gouvernement PS, il y a un an. Ce n’est pas rien. Il avait sans doute raison, mais quand un an plus tard, il voulait être le leader de ce parti, il fallait quand même faire des gestes politiques,... surtout quand il n’a jamais fait plus de 10 % aux congrès du PS. Vouloir être Président de la République, ce n’est pas animer un club d’amis philosophiques. Il devait abandonner son confort de minoritaire, et assumer l’étiquette PS qu’il avait sollicitée.

Candidat PS, faut assumer

Au premier tour de la primaire, Hamon a fait le score inespéré de 36 %. Or il sait très bien qu’il ne pèse pas 36 %, mais que nombre d’amis ont voté pour lui pour bloquer El Blanco.

Hamon sait qu’il ne représente, au mieux 20 % du PS, et je suis généreux. Aussi, parce qu’il ne se présentait pas en free-lance mais comme institutionnel du Parti, il devait dès le lendemain partir à l’assaut des élus, fédérer les réseaux internes, composer avec tous dans le respect des influences, jouer la fibre historique du PS, et dealer avec l’arme-clé, les investitures pour les législatives.

Or, il est allé se perdre dans des configurations insensées avec les Verts, et pour quel résultat ? Il a fini de se marginaliser pour laisser une circonscription indue à Paris à Duflot, qui n’a aucun programme à part emmerder le PS.

Tout le monde aurait accepté que Hamon modère son programme, tourne la page des frondeurs, aille rameuter les sections PS du territoire, restées fidèles à 95 %, et basta. Mais Hamon a oublié les sections pour ses petits jeux parisiens. Et puis pour quelle politique européenne ? Quelle politique internationale ? Quelle politique sur la Syrie ? Incapable d’assumer une posture PS crédible, donc c’était cuit pour lui. Mélenchon a beaucoup défauts, mais il est seul et il assume. Si vous êtes élu en interne du PS, il faut savoir respecter les codes.

Hamon a choisi une autre voie et il s’est isolé. C’est sa responsabilité, pas la mienne. Mais vous verrez qu’Hamon est décevant. Je donne rendez-vous au prochain congrès du PS, où on le verra batailler pour récupérer son pourcentage, avec ses permanents et ses investitures. Il se retrouvera heureux et minoritaire, et pourra nous livrer son « discours de gauche ».

Je ne crois pas être négatif, mais seulement réaliste.

-Santé et  Présidentielle

Dans notre société 10 millions de personnes  tabouisées sont des électrices-teurs potentiels:

 

-convergence présidentielle:nous votons,et eux ?ils s'évitent?

Torreton, Guédiguian et Ascaride appellent Hamon et Mélenchon à s'allier 

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 12:04

A CEUX QUI ASPIRENT A NOUS GOUVERNER – Confrontations

 

 par · Publication ·  11, Rue de la Chaise 75007 Paris
contact@confrontations.fr
01 53 70 83 49

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 10:44

Semaine Anti-Apartheid : Montpellier résiste et fait échec aux pressions d'Israel!

 « La reconnaissance à contre-coeur de son échec par votre ennemi est presque aussi douce que votre propre réussite.

Finalement, après avoir juré leurs grands dieux qu’ils avaient « vaincu » ou « enterré » le mouvement BDS, le gouvernement d’extrême droite d’Israël et ses lobbies en occident admettent maintenant qu’ils n’ont pas réussi à arrêter l’avancée impressionnante de l’impact du mouvement sur le régime d’oppression israélien. » Voilà comment Omar Barghouti caractérise la situation de la Campagne internationale BDS aujourd’hui.

Jamais Israël n’a dépensé autant de dizaines de millions de dollars et mobilisé autant de spécialistes dans tous les domaines pour combattre le mouvement international BDS que le président d’Israël a désigné comme une « menace stratégique pour l’existence d’Israël » et jamais Israël n’a été aussi isolé dans l’opinion publique alors même qu’il accroît ses atteinte à la liberté d’expression avec la complicité des gouvernements occidentaux.

Chaque offensive israélienne, même quand elle parvient à mettre en marche la répression contre les militants et le mouvement BDS, subit les revers d’un retour de l’opinion quand celle-ci  découvre les atteintes à la liberté d’expression de BDS d’Israël.

Ainsi dès le vendredi 3 mars, l’ambassadrice d’Israël en France, s’adressait aux maires des 9 villes et universités engagées dans la semaine anti-apartheid pour exiger l’interdiction de ces événements. Obéissant aux ordres, l’UEJF (Union des Étudiants Juifs de France) a adressé un courrier au cinéma Diagonal où était annoncé le film : »Roadmap to apartheid », demandant la « déprogrammation du film » et  éventuellement une projection ultérieure du film « avec l’intervention de personnes aptes à apporter une contradiction aux intervenants éventuels » (sic). 

Quand au CRIF, se prévalant des propos tenus par M. Hollande au dîner du CRIF tout récent, il s’est directement adressé au ministre de l’intérieur pour exiger, comme toujours, en toute modestie, l’interdiction pure et simple du mouvement BDS en France « vecteur de haine raciste dans notre pays » qu’il qualifie carrément de « nouvel antisémitisme ».

 

Un courrier similaire a été envoyé au président de l’université Paul Valéry demandant  l’annulation de la Conférence du 10 mars avec Hazem Jamjoum  à 18h à l’amphi H .

Le président de l’université rencontré lors de la distribution de tracts nous a confirmé avoir reçu des pressions mais qu’il maintenait le prêt de l’amphithéâtre. Il faut dire qu’il s’est rendu à l’université de Birzeit dans le cadre d’une Convention activée en 2003 entre les deux universités…et quand on a vu l’apartheid de ses propres yeux…

Avant la conférence le comité BDS France34 avec des membres de l’Association des palestiniens du Languedoc-Roussillon ont montré à Hazem la place de la Comédie où  se déroule la bataille pour l’expression publique du BDS et la liberté d’expression et d’opinion pour tous.

Procès BDS de Montpellier : heurs et malheurs d'une plainte | Le Club ...

https
 
https://blogs.mediapart.fr/francois-munier/blog/070317/proces-bds-de-montpellier-heurs-et-malheurs-dune-plainte

    7 mars 2017 Par François MUNIER Blog : Impressions et coups de gueule 

C'est un peu facile de faire porter au Parquet le chapeau pour une faute de procédure, qui ne fait que souligner les faiblesses du dossier.

  

Près d'un mois après le prononcé du jugement, le MRAP commente l'arrêt du 6 mars 2017 par lequel la Cour d'appel de Montpellier a annulé les poursuites contre deux militants BDS de cette ville.

Cet arrêt a été rendu conformément aux réquisitions de l'avocat général, rendues le 6 décembre 2016. Ce n'était donc pas une surprise.

Le cas est classique : une plainte pour diffamation ou injure doit préciser sur quels articles ou alinéas d'articles elle s'appuie et préciser en outre quels sont les textes précis ou fragments de texte visés.

Par exemple, l'apologie de crimes contre l'humanité est sanctionnée par un alinéa de l'article 24 de la loi du 29 juillet 1981 et la négation de ces mêmes crimes par l'article 24 bis.

L'erreur dans l'article cité est une erreur substantielle qui rend nulle la plainte. Et il est difficile de plaider qu'il y a à la foi négation et apologie, question de logique.

Et il faut bien sûr citer le texte précis. Il ne suffit pas de dire « l'article de M. Z. est raciste », il faut dire pourquoi.

Tout juriste sait cela, ou devrait le savoir.

Alors, à qui la faute pour cette déroute judiciaire ?

Pour le MRAP, c'est la faute au Parquet, au procureur de la République. Je ne suis pas sûr que cette explication soit appréciée par tous les Parquets de France, qui seront désormais très circonspects lorsqu'une association antiraciste portera plainte.

Cela mérite des explications :

Il y a trois sortes de plaintes :

La plainte simple, parfois appelée « signalement », déposée par tout un chacun auprès du procureur de la République, qui lui donne suite ou pas. S'il lui donne suite, c'est lui qui rédige la plainte du Parquet, en s'inspirant plus ou moins de la plainte initiale. Le plaignant peut ensuite se constituer partie civile jusqu'à l'audience, ce qui suppose qu'il a connaissance du texte de la plainte déposée par le parquet.

La plainte avec constitution de partie civile, déposée auprès du doyen des juges d'instruction, qui est tenu de lui donner suite. Pour parler familièrement, il faut être « sûr de son coup », et la plupart des associations antiracistes préfèrent en général la première solution, sauf si elles veulent être sûres qu'une suite sera donnée. Mais le juge d'instruction peut également rendre une ordonnance de non-lieu.

La citation directe : il faut encore plus être sûr de son bon droit et maîtriser parfaitement la procédure. Le recours à un huissier est indispensable.

L'affaire de Montpellier correspond au premier cas, ce qui permet au MRAP de se défausser sur le Parquet. Mais j'ai du mal à croire qu'il n'a pas été tenu au courant des intentions de ce dernier avant le procès en première instance, ce qui aurait dû permettre à ses avocats (et ceux des autres parties civiles) de faire rectifier le texte de la plainte.

En particulier, la LDH a eu accès à des documents de l'enquête policière et a mis en ligne sa version des faits.

Donc, ce plantage judiciaire reste incompréhensible, compte tenu de la qualité et de l'expérience des intervenants. Mais il ne s'agit pas seulement d'une simple question de procédure, jugée souvent accessoire et encombrante par ceux qui se plaignent des décisions de justice.

Les droits de la défense sont garantis par le respect des règles de procédure (même si l'inverse n'est pas forcément vrai).

Dans l'affaire de Montpellier, le strict respect des règles de procédure aurait obligé les plaignants à expliciter ce qu'ils reprochaient aux deux inculpés, et certains pans de l'accusation seraient tombés.

Il faut en effet bien décrire les faits, connaître les personnes en cause, analyser l'ensemble pour ne pas confondre dénonciation politique et jugement de personnes.

En août 2014, deux militants de Montpellier reçoivent sur leur mur Facebook un post d'un certaine Farah AZ1, avec, dans cet ordre, un texte de huit lignes et un montage de deux affiches.

L'affiche est très contestable, puisqu'il apparaît que si l'authenticité de la partie droite (une affiche de propagande nazie pour les auberges et foyers de jeunesse) n'est pas contestée, la partie gauche résulte d'un montage et est un faux inventé2 pour les besoins de la cause : uniforme, symétrie, jeune fille avec des nattes. J'en ai trouvé une trace sur la toile datant de 20123.

Ce faux a notamment été diffusé en 2014 par la Dieudosphère, qui n'a à ma connaissance pas fait l'objet de poursuite pour cela.

Il faut une certaine dose de mauvaise foi pour affirmer que la partie gauche vise l'ensemble des Juifs. Je rappelle l'image : uniforme militaire, mention « Give support to the troops4 », inscription Ts-H-L5 (TSAHAL) (de droite à gauche sur la chemise de la jeune fille), l'étoile de David bleue qui est celle du drapeau israélien, pas celle que les nazis et leurs alliés imposèrent de porter au Juifs, tout cela fait référence à l'armée israélienne, pas au judaïsme en général.

L'assimilation de la politique israélienne à la politique nazie est très contestable, mais ce n'est pas de l'antisémitisme. Pas plus que ne le serait celle de la politique de Poutine ou des Bush.

Mais amalgamer la mémoire des victimes du génocide nazi à la défense de la politique israélienne, en prétendant que toute critique, excessive ou pas, fondée ou pas, de cette politique équivaut à une « injure grave à une histoire faite de la mort de millions d'êtres humains qui portaient cette étoile. » est en soi une offense à cette mémoire.

Ce que je viens de dire concerne le photomontage, qui ne peut donc en lui-même faire l'objet de poursuites.

« Les nazis et les sionistes sont deux revers de la même médaille, ce que fait le sionisme l'a déjà fait le Nazisme au millimètre prêt : c'est la même école.

La photo de droite est celle de la propagande nazi, celle de gauche est celle des sionistes en Palestine,

Ils racontent qu'Hitler avait exterminé 6 millions de juifs, c'est pour cette raison qu'ils ont demandé de trouver un pays pour les pauvres juif..

Afficher la suite »

Il est parfaitement possible de partager le texte sur sa propre page Facebook sans cliquer sur « Afficher la suite ».

C'est donc un mensonge d'écrire que :

« Le contenu antisémite ne pouvait être ignoré des auteurs de la publication. Pour la « partager » et l'intégrer sur leur compte Facebook, ils devaient obligatoirement prendre connaissance de l'extrait avant de cliquer sur l'option « partager ». »

en citant comme « extrait » un texte différent et beaucoup plus long.

Pourquoi les deux militants de Montpellier ont-ils eu accès à cette page ? L'avaient-ils « liké », était-ce une « publication suggérée »? Je ne sais pas.

Personnellement, j'évite de m'abonner à des pages FB dont je ne partage pas l'orientation, mais je comprends que d'autres le fassent pour chercher des informations. Il m'est aussi arrivé de « ne plus aimer », car j'avais constaté que l'orientation avait changé, ou se révélait avec le temps contestable.

A certaines périodes, le compte de cette Farah AZ ne contient rien de répréhensible : dénonciation des jihadistes, de la politique saoudienne, des turpitudes du pouvoir algérien, et cela peut faire illusion.

Il est évident que pour ma part, je n'aurais pas partagé un tel message sans le lire jusqu'au bout. Je ne le fais que pour ceux d'auteurs dont je suis sûr à 100 %, et ils sont rares.

Même s'il est évident que la création d'un État juif en Palestine a été en partie motivée par le souvenir du génocide nazi, que la mémoire de ce dernier est souvent instrumentalisée par la propagande israélienne, je me serais méfié avant de partager ce message.

Mais je sais aussi que de nombreux partages sur Facebook, de nombreux retweets sont faits dans la précipitation et de manière irréfléchie.

Pour la défense des deux militants poursuivis, j'ajouterai simplement trois choses :

    ils ont agi dans la précipitation, bien excusable vu le contexte de l'époque : la guerre israélienne contre Gaza, avec la complicité de la « communauté internationale »

    dès qu'ils se sont rendus compte de leur c..., ils l'ont corrigée et se sont publiquement désolidarisés du contenu de ce message.

    Cette c.. méritait une sévère engueulade entre militants, mais pas plus.

Si la plainte avait été mieux rédigée, le tribunal aurait dû notamment se prononcer sur la responsabilité de celui qui partage un contenu Facebook éventuellement condamnable sans l'avoir forcément lu. Et s'il y avait responsabilité, il fallait en plus déterminer si les délires complotistes mis en ligne par Farah AZ relevaient de l'incitation à la haine raciale ou de la négation de crimes contre l'humanité.

Les défenseurs du principe de cette plainte, interpellés sur leur convergence de fait avec les très controversés BNVCA et Gilles-William Goldnadel répondent parfois qu'avec ce genre d'argument, on pourrait également leur reprocher d'avoir été parties civiles au procès Papon.

Cette réponse est fallacieuse, car il y avait beaucoup de parties civiles à ce procès : familles de victimes, associations d'anciens déportés, associations communautaires juives, mais ni Sammy Ghozlan, ni Gilles-William Goldnadel.

Parties civiles au procès Papon.

1 Je précise que j'ai consulté cette page Facebook de Farah AZ le 31 juillet 2015, et que j'ai fait des copies d'écran.

2 http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/tsahalothon

3 http://nicokubel.blogspot.fr/2012/09/propagande.html

4 Apportez (votre) soutien aux troupes.

5 https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_de_d%C3%A9fense_d'Isra%C3%ABl

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 12:22

Quelques différences entre débat public (DP) et convention de citoyens(CdC)

 
  • e DP est la seule procédure « participative » régie par la loi (2002) et donc assez bien codifiée. Sa gestion dépend de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) qui crée des commissions particulières (CPDP) pour chaque thème mis en débat. Nous avons réalisé un travail d’élaboration pour qu’il en soit de même des CdC (projet de loi ) et dépasser la confusion actuelle dans les pratiques internationales, confusion propice autant à l’incompréhension de la procédure par le public qu’à sa négligence par les élus
  • Les thèmes soumis au DP sont très nombreux ( des dizaines chaque année ) car ils portent sur des projets essentiellement locaux (surtout urbanisation). Au contraire la CdC est surtout destinée à traiter des problèmes globaux concernant l’humanité (PGM, nanos, nucléaire, bioéthique,…). Mais récemment le DP prétend aussi traiter de thèmes qui concernent –l’ensemble de l’espèce (par exemple le diffusion des nanoproduits)
  • Le DP est alimenté par des cahiers d’acteurs (produits par des « institutionnels représentatifs »), des cahiers d’experts (produits à l’invitation de la CNDP ou des CPDP), des contributions écrites + des « questions/réponses »+ des « avis » de personnes ou associations, le tout consultable en ligne, et finalement des réunions publiques . La CDC comprend aussi des cahiers d’acteurs et l’intervention d’experts mais ces éléments d’information sont dosés par le comité de pilotage de telle façon qu’une option particulière ne soit pas favorisée et que les diverses positions connues trouvent place auprès du panel de citoyens . Ce résultat est recherché par le consensus sur le programme d’information proposé aux citoyens, consensus obtenu malgré la pluralité délibérée du comité de pilotage.
  • Le DP cherche à mobiliser toute la population concernée alors que la CdC s’adresse à un petit groupe de citoyens tirés au sort et non spécifiquement concernés par l’objet du débat. En réalité la proportion de personnes intervenant aux divers niveaux du DP reste infime par rapport à la population concernée (voir les bilans des DP sur le site CNDP qui annoncent le plus souvent environ 1000 « participants » dont beaucoup ne font que demander l’heure de la réunion ou s’étonnent de n’avoir pas reçu la doc…)
  • Un bilan du DP est dressé par un rédacteur nommé par la CNDP. Dans la CdC ce sont les citoyens eux-mêmes qui rédigent ce bilan. La nuance est importante car bien des positions exprimées lors du DP n’apparaissent pas dans le rapport.
  • Le bilan du DP se veut neutre et n’est donc pas un avis. Au contraire les citoyens des CdC expriment des avis, y compris leurs dissensus.
  • Le déroulement du DP est l’occasion d’actions multiples de lobbying , ce qui n’est pas possible dans la CdC où l’anonymat des « jurés » est préservé
  • Le DP est un lieu de confrontation entre des partisans de solutions différentes et souvent opposées alors que la CdC permet des échanges et la concertation entre des personnes de bonne volonté qui n’ont pas d’intérêt propre pour le choix d’une solution particulière parmi celles proposées par les experts et porteurs d’intérêts
  • Les résultats de toute procédure « participative » (DP ou CdC) sont disponibles pour une aide à la décision des élus. Il est évidemment facile pour les décideurs d’ « oublier » les points qui ne leur conviennent pas dans un rapport lui même déjà subjectif puisque rédigé par un rédacteur qui s’efforce de « ne pas prendre position »; dans la CdC, tous les avis, lesquels sont clairement émis par les citoyens, devraient être débattues par les élus selon notre proposition
  • Les avis issus d’une CdC constituent une référence unique pour permettre / orienter les choix de l’ensemble de la population (tous ceux qui n’ont pas participé à la procédure) car ils émanent de citoyens dûment éclairés et sans conflits d’intérêts . Le bilan peu explicite (pas de propositions claires) et non rationnel (quel poids pour chaque option exprimée ?) du DP résulte d’un rapport de force surtout entre des parties prenantes et n’a que peu de valeur pédagogique parce que sa crédibilité n’est pas évidente pour les personnes extérieures.

Quel choix entre DP ou CdC ?

La vocation de la FSC est de mettre la technoscience en démocratie, ce qui nous amène à privilégier les procédures qui réduisent le poids décisionnel des experts autant que les pressions de lobbies, et se concluent par des propositions claires, rédigées et portées par les citoyens eux-mêmes

La participation ne se réduit pas à l’information sauf à continuer de considérer le citoyen comme un spectateur: il ne suffit pas que le public participe à la procédure pour prétendre qu’il choisit son avenir alors qu’il n’a pas réellement participé à la décision. L’argument d’une mobilisation du public grâce au DP ne tient pas davantage puisque seulement quelques % (en comptant très large…) contribuent aux DP. Même pour les DP exceptionnels concernant des thématiques globales comme celui sur les déchets nucléaires, la CPDP n’aurait mobilisé que 3000 participants (pour un coût de 2,5 millions soit plus de 10 fois celui d’une CdC..). De plus ces participants sont d’abord des porteurs d’intérêts car contrairement aux citoyens « ordinaires » qui garantissent l’impartialité de la CdC, les acteurs du DP sont surtout des groupes identifiables (industriels, associations, gestionnaires), et des « personnes concernées » tels les riverains . Ces personnes concernées sont exclues du panel de la CdC par souci d’approcher l’intérêt commun (mais les groupes identifiables peuvent y intervenir comme experts, ce qui est légitime et nécessaire). En effet l’intérêt commun n’est pas la moyenne des intérêts particuliers capables de se faire entendre.

Alors que choisir ? Bien sûr ces procédures ne s’opposent pas mais elles ont des vocations différentes (il existe d’ailleurs bien d’autres procédures possibles : jury citoyen, sondage délibératif, atelier scénario,…voir Y Sintomer : Le pouvoir au peuple, La Découverte, 2007) L’intérêt principal du DP est la possibilité d’expression offerte à tous (mais c’est déjà ce que permet le processus électoral, lequel est justement surtout efficace pour les enjeux locaux que traite le DP...). L’intérêt de la CdC est dans sa capacité à proposer les solutions qui conviennent le mieux au bien commun (sur des enjeux plus anthropologiques que locaux) et elle constitue la procédure la plus propice pour cela. Cette dernière affirmation n’est pas gratuite : il n’y a pas équivalence de toute les propositions qui prétendent assurer la « participation » et le DP, pour lequel il faut saluer les efforts de définition procédurale par la CNDP, ne peut pas être amélioré dans sa qualité démocratique(seul le respect de son bilan par les élus pourrait l’être comme cela devrait arriver pour d’autres procédures dont la CdC). Par exemple l’auteur de l’initiative ne devrait pas être aussi son organisateur et en plus son pilote, toutes fonctions cumulés par la CNDP mais séparées dans la CdC qui recherche l’objectivité par une cascade de responsabilités (organisateur/ comité d’organisation/ comité de pilotage/ panel de citoyens).

Il n’est pas question d’organiser des CdC pour savoir où faire passer l’autoroute ou si on construit un pont sur la rivière ...Là le DP a certainement sa place pourvu qu’il ne soit pas l’occasion de manipulations, ce qui paraît difficile à éviter quand les enjeux sont importants. Mais les CdC sont incomparables quand il s’agit de décider de choix de société car le tirage au sort est un retour aux sources de la démocratie, laquelle est renforcée par l’exigence de pluralité des « expertises » délivrées et discutées.

La FSC défend le tiers secteur de la recherche parce que nous croyons aux capacités de jugement , de proposition, et d’équité des citoyens de base organisés en associations d’intérêt public. La CdC propose un 4° partenaire pour l’élaboration de la norme : outre les experts, les politiques et la société civile organisée (associations) elle donne toute sa place aux citoyens « ordinaires » (mais acceptant cette tâche d’intérêt collectif).

C’est pourquoi la convention de citoyens, telle que définie dans son protocole et ses prérogatives par la FSC, est un outil privilégié pour défendre l’utopie qui nous anime et vise à ce que la population intervienne dans les priorités de recherche et se saisisse du meilleur seulement des productions de la technoscienc

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 09:38

Saint-Pons-de-Thomières: les insurgés permanents de la Cigale

 

Dans une commune de l’Hérault en voie de désertification, des contestataires sexagénaires se sont retrouvés dans le collimateur du pouvoir, jusqu’à subir une descente de police.

A quatre mois de l’élection présidentielle, Libération est parti visiter des villages, qui tous racontent une histoire française.

D’ordinaire, on ne s’arrête pas ici. A moins d’être un pèlerin sur la route de Compostelle, un chercheur de champignons ou un fidèle de la fête de la châtaigne. Saint-Pons-de-Thomières, à la frontière du Tarn et de l’Hérault, au pied de la montagne Noire, recèle pourtant deux curiosités qui valent le détour : sa cathédrale au chœur inversé et… son bureau de tabac. Derrière cette banale devanture verte - dans une rue où les camions défilent à vive allure - se cache un véritable capharnaüm : des ouvrages régionalistes, communistes et anarchistes, une étagère de produits palestiniens, des malabars, des bibelots en pagaille, des bonbons, des jeux à gratter, quelques journaux et des cigarettes (parce qu’il faut bien justifier l’enseigne).

Au comptoir, juste à côté du drapeau «Non à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes», le maître des lieux : Pierre Blondeau, 63 ans, buraliste révolté. Après dix-neuf ans dans l’armée à Strasbourg et des prolongations en tant que cadre dans la sécurité, il s’est installé dans ce village d’environ 2 000 âmes en 1999. «Je voulais changer de vie et je me suis mis dans la tête d’ouvrir une épicerie de campagne», raconte-t-il. Ce sera finalement un tabac, dans les Hauts cantons, non loin de sa fille et de ses petits enfants. L’affaire se conclut un 1er avril. «Le début de la farce», plaisante-t-il. Si Pierre Blondeau a gardé le nom historique du commerce - la Cigale - il lui a donné quelques nouvelles attributions : ici, c’est aussi la section locale d’Attac, du Secours populaire, de Boycott Désinvestissement Sanction [BDS, un mouvement qui lutte contre la colonisation israélienne, ndlr], de la Ligue des droits de l’Homme, de Nuit debout… Bref, la caverne de toutes les causes.

«Commando poubelle»

Ce jour pluvieux de décembre, dans l’arrière-boutique tapissée d’affiches du Che, toute la bande - des sexagénaires pour les plus jeunes - est là : Hervé, Guy, Jean dit «le Suisse», Maxime dit «Maax», Marcel et Augustin dit «Tintin». Tandis que ce dernier mitonne une daube de sanglier, les autres boivent les premiers canons. La tablée s’anime. Souvenirs d’anciens combattants, fausses engueulades et calembours.

Leur amitié est née en 2002, lors de manifestations contre l’implantation d’une décharge de Sita-Suez aux portes de Saint-Pons. «Le Suisse», toque de fourrure à la Davy Crockett sur sa longue crinière grise, sort les photos du rassemblement. Puis, il montre en riant celle du «commando poubelle»«Pierrot cagoulé» et lui, «déguisé en Madame Sarfati», vident nuitamment une benne à ordures. Action coup-de-poing en faveur du tri ! Il y aura ensuite les manifestations contre le gaz de schiste, les éoliennes industrielles, la cyperméthrine [substance active de produit phytosanitaire, ndlr], la privatisation de la Poste, la loi travail, etc. Ensemble, ils accrocheront des casseroles et une pancarte «Plumes et goudron pour les cons» sur une permanence socialiste, planteront des salades dans les plates-bandes de la mairie (en guise d’incitation à créer un jardin partagé) et déploieront à maintes reprises l’étendard «Grève générale» sur le rond-point de Saint-Pons. «Toutes les galères, on y est», résume «le Suisse».

 

Photo David Richard

Casinos de France

A la Cigale, on n’attend pas le grand soir. Eté comme hiver, souffle une bise libertaire. Tous sont des «néoruraux», arrivés dans le village par le hasard de la vie. Marcel, proviseur retraité, est originaire de Dunkerque ; Tintin vient d’Espagne et a travaillé dans le bâtiment ; Jean, ancien chauffeur de bus, a quitté Genève sur un coup de gueule ; Maax, amoureux de Brassens, Brel et Ferré, compose la bande originale de leurs luttes depuis qu’il est arrivé des Bouches-du-Rhône. Certains ont vu les filatures et bonneteries qui faisaient l’attrait du village disparaître peu à peu au début des années 80. Le maréchal-ferrant, les menuisiers et autres artisans ont aussi plié boutique. Aujourd’hui, la plupart des devantures de la rue principale sont fermées. On ne va plus acheter sa viande chez le boucher - qui n’est plus qu’un souvenir - mais à l’Intermarché. Les plus jeunes, peu enclins à se frotter à un taux de chômage de 23 %, quittent le village. «La forêt gagne du terrain et la vallée tombe en friche parce qu’il n’y a plus d’agriculteurs», déplore Marcel.

Les irréductibles villageois de Saint-Pons, eux, n’abandonnent pas. En 2004, Pierre a pris sa carte au parti communiste et créé la «cellule Jacques Roux», du nom de ce «curé rouge» durant la Révolution. Avec une faucille et un marteau comme logo, quelques devises de Mai 68 en exergue, il lance la Commune, «feuillet d’opinion du piémont héraultais prolétarien». Les 500 exemplaires bimestriels sont mis en page par Marcel, le proviseur qui ne laisse pas passer «les phrases mal bâties», et distribués par l’infatigable Tintin. Le buraliste y dénonce les «turpitudes des élus» et autres «cagades qui compromettent l’avenir de [son] païs». Sa cible préférée reste Kléber Mesquida, maire socialiste de Saint-Pons de 1995 à 2012. Mais les élus nationaux ne sont pas épargnés qu’il s’agisse du «programme réactionnaire de François Fillon», de «Valls, le nervi» ou de «Hollande l’incompétent».

Néanmoins, Pierre Blondeau a toujours la politesse de leur envoyer une copie quand ils sont cités. Derrière le comptoir, «le Suisse» - qui a troqué son chapeau contre un bandeau d’Indien - profite de quelques minutes d’absence du patron pour gratter méthodiquement tous les «Solitaires» de la vitrine. «C’est diabolique», dit-il, selon son expression fétiche. Ça lui rappelle les années 80, quand il écumait tous les casinos de France, et cette fameuse nuit où il a emporté le pactole trois fois d’affilée. Aujourd’hui, 6 euros, pas de quoi flamber. Quelques habitués viennent acheter une bière, des cigarettes ou repartent déçus parce qu’il n’y a plus de mots fléchés.

Lorsqu’on parle de la «bande de la Cigale» à Georges Cèbe, le maire DVG de Saint-Pons, il sourit : «Ils représentent ce petit aiguillon qui permet de prendre conscience des choses. Aujourd’hui la politique est menée par des bureaucrates et on oublie d’écouter les anciens.» Il nuance tout de même : «Bon, des fois, il ne faut pas juste mettre le casque et foncer.» Pierre Blondeau reconnaît lui-même qu’il est un «écorché vif», allergique à l’injustice sans doute à cause «de son enfance, quand [il] était bègue». Alors, sa vie, c’est un peu «marche ou crève». Et sa devise pourrait tenir en ces mots de Georges Séguy, résistant et syndicaliste, qu’il cite dans le prochain numéro de la Commune : «Il ne suffit pas de s’indigner, il faut s’engager.»

Les ennuis sont arrivés en 2009 lorsque le président Nicolas Sarkozy et d’autres élus UMP ont reçu des lettres de menaces accompagnées de balles. A l’époque, le mystérieux corbeau signe «cellule 34» et poste ses missives depuis l’Hérault. On devine aisément la suite… D’autant qu’un an plus tôt, le «groupe de Tarnac», présenté comme proche de l’ultragauche, a été arrêté en Corrèze. Il se réunissait dans une épicerie générale… Alors la Cigale, «foyer de subversion» ? La police antiterroriste prend l’affaire au sérieux. Le 3 septembre 2009, aux aurores, quelque 150 policiers débarquent dans le village. «J’étais à poil, je n’ai même pas eu le temps d’enfiler un slip qu’ils avaient défoncé la porte», se souvient «le Suisse». Il repart menottes aux poignets, tout comme le reste de la bande, jusqu’à Montpellier pour être interrogé. «Mon voisin de cellule m’a dit : ils ont raflé la maison de retraite !», ironise Pierre Blondeau. Pourtant, impossible de faire entendre aux enquêteurs qu’ils se trompent de «cellule». «Ils cherchaient à le faire plonger», renchérit Marcel. Faute de preuve, les policiers tentent de pincer le corbeau par la plume et demandent à Pierre Blondeau de recopier la fable «Le Corbeau et le Renard». Un expert trouve même que ça colle. Il restera plusieurs jours en garde à vue avant d’être relâché. Il faudra attendre qu’un habitant d’un village voisin, invalide et malade, avoue être l’auteur des lettres, pour que tous les suspects soient définitivement blanchis.

 

 

Pas rancuniers

Depuis, les insurgés de la Cigale, pas rancuniers, célèbrent chaque 3 septembre, la «fête du poulet». Si l’épisode n’a pas entamé leurs rires ou leur détermination, il a tout de même causé des dégâts. Les deux filles du «Suisse» ne lui parlent plus. Et après trente-cinq ans de mariage, l’épouse de Pierre est partie «même s’il y avait déjà de l’eau dans le gaz». Alors le combat, c’est toute sa vie. Pour la campagne présidentielle, il a rejoint La France insoumise, pas «tant pour Mélenchon que pour ses idées». D’ailleurs, il se présentera comme candidat aux législatives dans la 5e circonscription de l’Hérault. Jusqu’à présent, les urnes ne lui ont pas été favorables. En 2014, lors des municipales, sa liste «L’humain d’abord», n’a remporté aucun siège.

«J’en ai rien à foutre de devenir député, je veux juste qu’il n’y ait pas de désistement au second tour», dit-il lors d’un déjeuner dans la cabane de Chantal et Jean-Michel, eux aussi engagés au sein de La France insoumise. Dans ce paradis perdu dans la montagne - construit par Chantal en quatre-vingts jours, tout en sapin et châtaignier - le poêle fume et le chat ronronne. Pierre Blondeau contemple la vallée recouverte d’un liseré de brouillard et refuse d’imaginer des éoliennes industrielles : «Il faut défendre ce pays des spéculateurs, ils se permettraient tout si une bande de furieux n’était pas là.» En attendant leur prochaine action, les «furieux» de Saint-Pons seront les vedettes du documentaire la Cigale, le Corbeau et les Poulets (réalisé par Olivier Azam), en salle le 18 janvier.

Julie Brafman

 

Note de l'administration du blog sur un autre Héraultais en chemin  de Vagabondage(d'un faucheur volontaire -)Jean Baptiste Libouban
    Initiateur du mouvement des Faucheurs Volontaires, qui organise la lutte de la société civile contre la dissémination incontrôlée et irréversible des OGM. 
     
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    28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 14:35

    La vidéosurveillance ne protège pas les citoyens, n'en déplaise aux politiciens

     

    L'empire de la surveillance Ignacio Ramonet

      "Les spectaculaires révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden ont permis au plus grand nombre de découvrir que la protection de notre vie privée est désormais menacée..."

      -Secundo :

      La CNCDH réclame la suspension du fichier TES

       

      La Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) s’inquiète de l’absence de discussion préalable d’un tel décret avec les autorités et administrations consultatives compétentes compte tenu de la sensibilité du dossier, et alors que la CNIL avait précisément jugé cette consultation nécessaire dans son avis du 29 septembre 2016.
      La CNCDH regrette l’absence de garanties suffisantes relativement à la protection des données contre les détournements et les attaques, à l’heure où les grandes entreprises de services technologiques et numériques sont victimes d’attaques informatiques graves, et alors que le choix de la centralisation du fichier expose un ensemble important et précieux de données personnelles au risque de cyberattaques massives, dont les évolutions majeures, et encore largement incontrôlées, en matière de « big data » aggravent la dangerosité.

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      8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 10:03

       

      La Cour de cassation placée "sous le contrôle direct du gouvernement ...

       

      Le président de l'institution et le procureur général ont adressé un courrier au Premier ministre Bernard Cazeneuve pour exprimer leur inquiétude.

      Publié le | Le Point.fr
       
       

      La Cour de cassation s'est inquiétée publiquement mercredi d'une réforme judiciaire qui, selon elle, place la plus haute juridiction française « sous le contrôle direct » du gouvernement, « en rupture avec la tradition républicaine ». Le premier président de la Cour Bertrand Louvel et le procureur général Jean-Claude Marin ont publié un courrier réclamant des « explications » au Premier ministre Bernard Cazeneuve. « Nous vous serions obligés de bien vouloir nous recevoir », écrivent les deux plus hauts magistrats de France.

      -Revue de presse sur Valls:

      Gérard Filoche réagit à la candidature de Manuel Valls : "c'est à gerber"

      Desintoxication de la langue de bois - Scop le Contrepied

      www.lecontrepied.org/desintoxication-de-la-langue-de-bois

      HYPOTHESE GENERALE ...En 1968, un philosophe aujourd'hui oublié, Herbert Marcuse, nous mettait en garde : nous ne pourrions bientôt plus (...)

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      21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 15:45

      A Montreuil, Juppé ou Sarkozy, c'est «la peste ou le choléra 

      Mais pour rappel:celui qui vient par le  vote d'etre tout juste désigné au premier tour de la primaire de la droite et du centre ,c'est François Fillon
      Il est l'ancien premier ministre du premier ministère de l’Identité nationale, du plan quinquennal d’expulsions entre 2007 et 2012, et de la xénophobie d’Etat au cours de ces mêmes années où, en tant que “collaborateur”,il a docilement servi son “maître”d’alors,aujourd'hui exclu du jeu politique pour les présidentielles  .

      De la fin des 35 heures au «récit national» : ce que propose François Fillon- Libération

       
      Par Marie Piquemal et Frantz Durupt

      Spoiler : c'est un programme de droite.

      Le programme de François Fillon, c’est notamment une potion libérale dans laquelle les aides aux entreprises sont compensées par des économies massives sur la fonction publique et une hausse de la TVA ; un conservatisme appuyé sur les questions sociales (famille, immigration, éducation) ; et la volonté de faire de l’histoire de France un grand «récit national» sans la moindre «repentance». Retour sur les grands engagements de campagne du candidat arrivé en tête.

      À lire aussi Programme de la droite : la grande régression

      Travail

      François Fillon veut «la libération de l’économie» : c’est la «première priorité» de son programme, dont les grandes lignes sont résumées sur son site. Et pour libérer l’économie, rien de tel, par exemple, que de supprimer les 35 heures, une «utopie». Dans la fonction publique, cela consisterait à faire passer le temps de travail à 39 heures hebdomadaires, pour «réduire le nombre de postes de fonctionnaires jusqu’à 500 000» au cours du mandat. Avec 5,4 millions de personnes comptabilisées dans l’ensemble de la fonction publique au 31 décembre 2013, cela signifierait une baisse d’environ 10% des effectifs actuels. Au total, Fillon escompte, rien qu’avec ça, réaliser jusqu’à 15 milliards d’euros d’économie.

      Dans le privé, Fillon veut que des accords puissent être négociés entreprise par entreprise (et, pour les TPE, que les accords de branche prévalent). Il serait ainsi possible d’instaurer une semaine allant jusqu’à 48 heures de travail, la limite légale fixée au niveau européen. Evidemment, pour que ça marche, mieux vaut avoir des syndicats plus conciliants que la CGT, nommément visée : «la faible représentation syndicale favorise le syndicalisme politique alors que l’économie a besoin d’un syndicalisme d’adhésion constructif et force de proposition», lit-on dans son programme. Fillon veut donc instaurer le référendum en entreprise et relever les seuils sociaux, qui imposent d’avoir au moins un délégué du personnel, de 10 à 50 et de 50 à 100 salariés. Autre antienne libérale reprise par Fillon : il faudrait licencier plus facilement. Pour cela, il veut que les entreprises puissent invoquer un «motif de réorganisation» dans les procédures de licenciement collectif. Il veut aussi reporter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

      Fiscalité

      L’autre mesure phare de cette «libération», c’est bien sûr une bonne vieille «rupture fiscale»  consistant en 40 milliards d’euros d’allégements de cotisations pour les entreprises, qui permettront selon Fillon de baisser le taux de chômage «de 10% à 7%», avec notamment une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés à 25% (contre 33,5% actuellement). Fillon veut aussi supprimer l’impôt sur la fortune et mettre en place «un taux unique d’imposition des produits du capital proche de 30%».

      En résulte un «cercle vertueux» typiquement libéral représenté comme ceci dans le programme de François Fillon. Il n’y est fait aucune mention du salaire, Fillon estimant visiblement que l’embauche entraîne automatiquement la consommation, indépendamment de la façon dont les gens sont rémunérés. Concernant le Smic, tout juste est-il écrit dans son programme qu’il «veut revoir le mécanisme de revalorisation du Smic en prenant en compte les comparaisons européennes pertinentes et la performance économique de la France».

       

      Du côté des ménages, Fillon promet 10 milliards d’euros de baisses d’impôts, notamment avec le «rétablissement de l’universalité des allocations familiales» et la «suppression de la cotisation salariale maladie». Mais pour compenser la perte de ces recettes fiscales, les ménages paieront autrement : le candidat veut augmenter de deux points les deux taux supérieurs de TVA, déjà fixés à 20% et 10% sous François Hollande.

      Dette

      Avec ce qui a été cité plus haut et l’ambition de faire 110 milliards d’euros d’économie en cinq ans, François Fillon compte ramener le déficit public à 0% en 2022, comme l’indique un graphique sur son site. On relèvera que le candidat prévoit en revanche de laisser filer le déficit à 4,7% du PIB en 2017, tandis que le gouvernement, lui, a prévu 2,7%.

      Solidarité et immigration

      François Fillon prône un «revenu de solidarité active» qui consisterait en un regroupement de plusieurs allocations : le RSA, l’allocation de solidarité spécifique (versée sous conditions à l’épuisement des droits au chômage), la prime d’activité et les aides au logement. «Le montant maximal alloué sera strictement plafonné», dit le programme, sans préciser le montant du plafond. S’il estime que «tous les Français doivent pouvoir se soigner», François Fillon pense que ce n’est pas le cas des étrangers : il veut supprimer l’Aide médicale d’Etat (AME) en la remplaçant par une «dispense de frais de santé» valable uniquement pour les urgences et les maladies graves ou contagieuses. Pour y accéder, il faudrait aussi accepter «un examen de la situation du séjour», ce qui devrait décourager de nombreuses personnes désirant se faire soigner.

      Autre mesure visant les immigrés : «Subordonner l’accès aux principales prestations sociales à deux ans de résidence régulière en France.» Une mesure dont on se demande ce qu’elle changerait à la situation actuelle puisque, à titre d’exemple, le RSA n’est accessible à un étranger extracommunautaire qu’après cinq années de titre de séjour avec autorisation de travailler. Fillon veut aussi limiter la part légale de l’immigration en inscrivant «dans la Constitution le principe selon lequel l’immigration dépend de la capacité d’accueil et d’intégration de la France». Comment serait déterminée cette capacité ? Mystère, mais Fillon veut que le Parlement fixe chaque année des quotas en fonction des origines des immigrés.

      Droits des femmes et des homosexuels

      Soutenu par le mouvement Sens commun, issu de la Manif pour tous, Fillon ne promet pas l’abrogation de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Mais il veut revoir «les règles concernant la filiation». «Il ne me paraît pas légitime que la loi permette de considérer qu’un enfant est fils ou fille, de manière exclusive, de deux parents du même sexe. Sa filiation au sens biologique du terme à l’égard d’un père et d’une mère ne doit donc plus pouvoir être effacée par une adoption plénière», a-t-il expliqué dans une interview à la Croix, en juin, sans vouloir supprimer les adoptions simples par des parents de même sexe.

      A lire aussi Fillon à fond la famille… hétéro

      Sur l’avortement, il a été critiqué à l’extrême droite pour avoir voté, en 2014, en faveur d’une résolution parlementaire reconnaissant l’IVG comme un droit fondamental, puis pour avoir confirmé ce choix dans son livre Faire, paru en 2015. Il a depuis tenté de rassurer la frange réactionnaire en expliquant, lors d’un meeting : «J’ai écrit que l’avortement était un droit fondamental. Ce n’est pas ce que je voulais écrire. Je voulais dire que l’avortement, personne ne reviendrait dessus. Mais philosophiquement et compte tenu de ma foi, je ne peux l’approuver.» (cité par le Figaro Magazine du 1er juillet 2016).

      Sécurité et libertés

      Avec ou sans état d’urgence, François Fillon annonce qu’il veut limiter le droit de manifester : seuls seraient autorisés «les rassemblements publics que les forces de l’ordre sont capables de protéger». Il propose également des policiers municipaux armés «après formation». Faisant le lien entre immigration et insécurité, il veut aussi «un nouveau traité de Schengen» avec plus de contrôles aux frontières de l’Europe, et plus de possibilités de contrôle pour les Etats.

      Education

      Ancien ministre de l’Education en 2004-2005, François Fillon a concocté un programme aux petits oignons en la matière, «parce que tout commence par là», écrit-il en en-tête sur sa feuille de route. Il avait donné le ton dès son discours dans la Sarthe en août dernier, parlant de «désastre» de l’Éducation nationale. Il fustigeait alors «la démission de l’Etat devant les syndicats, la dictature des pédagogistes et des réseaux de pouvoirs au sein de l’Education nationale qui est responsable». Ses propositions s’inscrivent dans cette logique, avec le retour symbolique de l’uniforme, laissé à la discrétion des conseils d’administration, dans chaque établissement. Cette mesure fait partie d’un long chapitre consacré au «respect de l’autorité» et au «sens de l’effort».

      Il existe beaucoup d’autres mesures, aux conséquences très importantes. Fillon est ainsi favorable à une plus grande autonomie des établissements, «pour mettre fin à un système hyper centralisé», fait valoir Annie Genevard, porte-parole du candidat : dans les collèges et lycées, les principaux et proviseurs pourraient choisir «tous les personnels», et donc recruter les profs qu’ils souhaitent. Une telle mesure serait une révolution dans le système éducatif actuel. «Il est bien évident que cela se fera progressivement, cela prendra du temps mais le principe est posé», précise Annie Genevard. Fillon souhaite aussi «moduler» le temps de présence des enseignants dans l'établissement en fonction de l’ancienneté (les jeunes feraient moins d’heures). Et développer une part de la rémunération au mérite. Sur fond de suppressions de poste… Sur les 500 000 postes de fonctionnaires qu’il compte supprimer, il n’a pas donné de chiffrage précis sur le nombre de postes d’enseignants concernés.

      Concernant l’enseignement supérieur, grand absent du débat jusqu’ici, Fillon ne revendique pas clairement la mise en place d’une «sélection» à l’entrée de la fac, mais dans les filières sous tension (où les places manquent), il propose de «retenir» les candidats en fonction de leur «prérequis» et leur «talent».

      International

      François Fillon est un grand défenseur du dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine, notamment dans le conflit syrien. Dans un texte publié en avril par Marianne, il affirme : «Pour endiguer la progression de l’EI en Syrie, Poutine a fait preuve d’un pragmatisme froid mais efficace. Il a sauvé le régime alaouite d’un effondrement probable et lui a donné les moyens de reconquérir le terrain perdu.»

      Sur l’Europe, sa vision est celle d’une «France souveraine au sein d’une Europe qui partage des valeurs communes et un objectif commun : celui de notre souveraineté vis-à-vis de nos autres partenaires». Et pour gouverner le continent, il prône un gouvernement de la zone euro réunissant les chefs de gouvernement, présidé par l’un d’entre eux.

      Histoire

      «Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord» : ainsi a parlé François Fillon dans un discours à Sablé-sur-Sarthe le 28 août.

      Pour l’ancien Premier ministre, pas question donc de céder à la moindre «repentance» : il a assumé sa position devant le leader syndical guadeloupéen Elie Domota sur France 2, quelques semaines plus tard.

      Dans une telle perspective, hors de question que les écoliers français grandissent avec un regard trop critique sur l’histoire française : «Si je suis élu président de la République, je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national», a aussi annoncé Fillon à Sablé-sur-Sarthe.

      À lire aussi La droite en manque de roman national

      Marie Piquemal , Frantz Durupt

      Et comparez:

      Comparez les programmes de François Fillon et Alain Juppé 

      Ce qui différencie les programmes de Fillon et Juppé - Le Monde

       Maintenant lançons un grand :Merci à tous ces amis de Gauche qui ont voté Juppé

      .....et puis  non ,puisqu'Ils ont de  toute  façon    , Fillon et Juppé, deux programmes anti-écologie

      - Coté sécuritaire ,le prochain chef de gouvernement  n'aura pas à reconduire l' état d’urgence puisque ce dernier  est bien parti pour être renouvelé ad vitam aeternam par le gouvernement. le bilan liberticide d'un  quinquennat  courant vers sa fin est éloquent

      L'Observatoire de l'état d'urgence fait ses adieux (avec retard)

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      18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 09:38
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      3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 10:36

       

      Pour commencer :

      Pétition en ligne

       

      Au Journal officiel, un fichier biométrique de 60 millions de « gens honnetes" 

      www.nextinpact.com

      Hier, au Journal officiel, le gouvernement a publié un décret instituant un fichier monstre commun aux passeports et aux cartes nationales d'identité. Destiné à faciliter établissement et renouvellement de ces titres, en plus de prévenir les fraudes, il va ingurgiter des centaines de millions de données puisées dans toute la population française.

      En 2012, lorsqu’ils avaient attaqué devant le Conseil constitutionnel la proposition de loi relative à la protection de l'identité, une cohorte de sénateurs et députés socialistes, dont Jean-Jacques Urvoas, avait dénoncé le super fichier voulu par la majorité d’alors. Une mégabase regroupant l’ensemble des informations du passeport français et de la carte nationale d'identité qui représentait selon eux « une ingérence dans l'exercice du droit de toute personne au respect de sa vie privée ».

      Ce texte avait été âprement débattu dans l’hémicycle : « la France n’a créé qu’une seule fois un fichier général de la population, c’était en 1940. Il fut d’ailleurs détruit à la Libération » s’était souvenu le député Serge Blisko (PS). Réponse de Christian Vanneste (UMP) : « Ce n’est pas parce qu’il y a eu hier une dictature à Vichy qu’il ne faut pas protéger aujourd’hui les honnêtes gens ».

      Quantités de données glanées, centralisées, exploitées 

      Quatre ans plus tard, le changement. Le gouvernement a donné naissance ce week-end au fichier des « Titres électroniques sécurisés » (TES). Moins ambitieux que les dispositions censurées, il regroupe bien des informations similaires en procédant à la même logique.

      Une fois les arrêtés publiés, il conduira à la suppression du Fichier national de gestion (FNG) relatif aux cartes nationales d'identité et du système TES lié à la délivrance du passeport, et une belle unification dans un seul et même fichier.

      Dans son cœur, évidemment l’état civil, mais aussi la couleur des yeux, la taille, l’adresse, la filiation des parents, l'image numérisée du visage et en principe des empreintes digitales de tous les Français. S’y ajouteront l'image numérisée de la signature du demandeur, l’adresse email et les coordonnées téléphoniques du demandeur qui passe par une procédure à distance, le code de connexion délivré par l'administration, etc.

      D’autres données concerneront cette fois le titre : numéro, tarif du timbre, les traces d’une perte, d’un vol, d’une interdiction de sortie de territoire, la mention des justificatifs présentés pour la demande, outre les « Informations à caractère technique relatives à l'établissement du titre » ou encore « l'image numérisée des pièces du dossier de demande de titre ».

      Identification, authentification

      Sans doute pour s’échapper des ombres de 1940, le texte ne permettra pas d’exploiter un outil de recherche « permettant l'identification à partir de l'image numérisée du visage ou de l'image numérisée des empreintes digitales enregistrées dans ce traitement. »

      En l'état de cette réglementation, susceptible d'évolution, il sera pour le moment possible de comparer automatiquement des empreintes digitales de chaque demandeur avec celles précédemment enregistrées sous la même identité pour déceler les indices d’une possible fraude.

      En clair, selon le gouvernement il n'y aura pas d'identification administrative, mais une authentification automatisée et élargie et ce, alors même que le taux de fiabilité d’une comparaison d’empreintes digitales est d'environ 97 %. 

      Seulement, nous sommes ici dans un cadre purement administratif. Or, n'oublions pas que « l'ensemble des données contenues dans TES, y compris des données biométriques, pourront, comme l'ensemble des données contenues dans des fichiers administratifs, faire l'objet de réquisitions judiciaires ». Il pourra donc y avoir une part d'identification via TES, sur demande d'un juge. Un rappel signé de la CNIL qui a fait publier sa délibération sur ce texte

      De plus, rien ne permet de préjuger d’une modification future des règles, surtout avec les progrès de la reconnaissance faciale ou sous le coup de l'émotion d'un futur attentat. Sur ce point, la CNIL ajoute que « les données biométriques présentent la particularité de permettre à tout moment l'identification de la personne concernée sur la base d'une réalité biologique qui lui est propre, qui est permanente dans le temps et dont elle ne peut s'affranchir. Ces données sont susceptibles d'être rapprochées de traces physiques laissées involontairement par la personne ou collectées à son insu et sont donc particulièrement sensibles ».

      Un vaste pouvoir d’accès, des échanges avec Interpol et Schengen

      Sur le terrain administratif, qui peut accéder à ces traitements ? Évidemment, les services centraux du ministère de l’Intérieur chargés de l’application de la réglementation aux titres. Pourront également le consulter les préfectures, mais aussi les services du renseignement.

      Il s’agit de ceux de la police nationale et de la gendarmerie nationale et des agents des nombreux services spécialisés du renseignement, dès lors qu’il s’agira de prévenir ou réprimer les « atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation » et les actes de terrorisme » (L222-1 du Code de la sécurité intérieure).

      La direction centrale de la police judiciaire, en lien avec Interpol ou le système d’information Schengen, profitera du même sésame « à l'exclusion de l'image numérisée des empreintes digitales ».

      Le décret prévoit d’ailleurs que « dans le cadre de ces échanges, des données à caractère personnel [pourront] être transmises aux autorités » étrangères, mais « aux seules fins de confirmer l'exactitude et la pertinence du signalement d'un titre perdu, volé ou invalidé » (article 4). Un article 6 autorise cependant la France à transmettre à Interpol et au SI Schengen plusieurs informations comme celles relatives aux numéros des titres perdus, volés ou invalidés. Pour Schengen, ce flux pourra d’ailleurs être complété par les nom, prénoms, date de naissance, date de délivrance du titre.

      Les policiers, gendarmes et douaniers, lorsqu’ils contrôleront l’identité d’une personne accéderont, s'ils le souhaitent, aux données inscrites sur la puce injectée dans le passeport.

      Des données conservées 20 ans, 15 ans pour les mineurs

      Ces données seront conservées pendant quinze ans s'il s'agit d'un passeport et vingt ans s'il s'agit d'une carte nationale d'identité. « Ces durées sont respectivement de dix ans et de quinze ans lorsque le titulaire du titre est un mineur » prévient le décret. Et tout le monde devra donc y passer, exception faite des mineurs de 12 ans.

      Le texte profite de cette réforme pour revenir d’ailleurs sur les conditions de délivrance de la carte nationale d’identité. Alors que le régime antérieur prévoyait le relevé « d'une empreinte digitale », désormais c’est chacun des index du demandeur qui passeront sous des yeux électroniques (voire l’image du majeur ou de l'annulaire en cas d’impossibilité). Les enfants de moins de douze ans peuvent souffler : leurs empreintes ne seront pas recueillies.

      Les réserves de la CNIL, le Parlement oublié

      La CNIL a émis plusieurs réserves sur ce traitement. Si elle juge justifiées les finalités, elle se glace à l’idée de voir « réunir au sein d'un même fichier des données biométriques, en particulier les images numérisées des empreintes digitales et de la photographie de l'ensemble des demandeurs de cartes nationales d'identité et de passeports ».

      Et pour cause : alors que TES ne comportait « que » 15 millions de jeux de données issues des passeports, TES 2.0 va ficher 60 millions de personnes. Soit « la quasi-totalité de la population française », « un changement d'ampleur et, par suite, de nature, considérable ».

      Du coup, la Commission aurait aimé que le gouvernement saisisse le Parlement de cette question, même si « d'un strict point de vue juridique, aucun obstacle ne s'oppose au recours au décret », suggestion qu’a ignorée l'exécutif : en publiant cet arrêté au J.O., il évite les députés et sénateurs et la publication en amont d’une véritable étude d’impact. Il a au contraire utilisé la procédure issue de l'article 27-l-2° de la loi du 6 janvier 1978, qui indique que les traitements mis en œuvre pour le compte de l'Etat qui portent sur des données biométriques sont autorisés par décret en Conseil d'Etat pris après avis motivé et publié de la Commission..

      Retour du fichier des « gens honnêtes »

      L’autorité a surtout un peu de mal à comprendre la logique du gouvernement. Retour une nouvelle fois à mars 2012. Le Conseil constitutionnel avait censuré plusieurs articles de la proposition de loi, spécialement le fichier centralisant CNI et passeport, dont l'exploitation était jugée beaucoup trop ouverte et d’autre part l’introduction d’une puce de e-commerce, optionnelle (voir la décision). 

      Seulement, l’introduction obligatoire d’un composant électronique dans la carte nationale d'identité était passée entre les mailles de sa décision. Seul hic : les décrets n’ont jamais été publiés. La CNIL le déplore car cette puce « serait de nature à faciliter la lutte contre la fraude documentaire, tout en présentant moins de risques de détournement et d'atteintes au droit au respect de la vie privée ».

      Pourquoi ? Car « elle permettrait de conserver les données biométriques sur un support individuel exclusivement détenu par la personne concernée, qui conserverait donc la maîtrise de ses données, réduisant les risques d'une utilisation à son insu ». Plutôt que de laisser les individus maîtres de leurs données, le gouvernement Valls a donc préféré instaurer une base unique, centralisée, « présentant davantage de risques au regard de la protection des droits et libertés ».

      Publiée le 31/10/2016 

      Journaliste, rédacteur en chef Droit, LCEN, copie privée, terrorisme, données personnelles, surveillance, vie privée, et toutes ces choses...

      Lire aussi :

      Vie privée. 60 millions de Français fichés dans une base de données ?

      Ouest-France
       
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