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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 08:47

Piratage

Quand Bill Gates finance des « super bananes » OGM

par Sophie Chapelle 12 mars 2015

http://www.bastamag.net/Bananes-OGM-un-nouveau-cas-de-piraterie-des-varietes-traditionnelles

 

 

Fin de la success story pour la banane génétiquement modifiée riche en vitamine A ? Depuis 2005, une équipe de scientifiques australiens de la Queensland University of Technology s’attelle à développer des bananes OGM à forte teneur en vitamine A. La recherche est financée à hauteur de 15 millions d’euros par la fondation Bill Gates, l’homme le plus riche du monde en 2014. « Nous cherchons à augmenter le niveau de pro-vitamine A (...) afin d’améliorer significativement l’état de santé des consommateurs de bananes africains », explique en juin 2014 le professeur James Dale [1].

Cette carence entraîne chaque année la mort de plus de deux millions de personnes, principalement des enfants [2]. L’objectif annoncé est de promouvoir les bénéfices nutritionnels de cette banane dans les pays tropicaux en commençant par l’Ouganda, l’Inde, le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda. Les deux premiers pays visés étant aussi les plus gros producteurs de bananes au monde, l’affaire pourrait se révéler juteuse.

Une variété de banane biopiratée

Si les bananes ougandaises sont pauvres en bêta-carotène, des variétés en Papouasie Nouvelle Guinée, à 13 000 kilomètres, en contiennent beaucoup. C’est notamment le cas de l’Asupina, une variété contenant 25 fois plus de provitamines A que la banane Cavendish, variété la plus commercialisée au monde. Pour créer la banane OGM, l’équipe de chercheurs australiens a donc inséré un gène d’Asupina dans le génome des bananes des hauts plateaux ougandais [3]. La banane génétiquement modifiée riche en vitamine A ne relève t-elle pas, dès lors, d’un cas clair de biopiraterie ? (lire tous nos articles)

« L’Asupina originale, collectée il y a 25 ans en Papouasie Nouvelle-Guinée, et détenue depuis par le Département de l’Agriculture de l’État du Queensland, est en fait propriété légitime d’une nation et des communautés qui l’ont développée », estime la revue britannique The Ecologist. Dans le cadre d’un programme dénommé « consommons local », l’ONG Island Food Community of Pohnpei a publié un poster montrant des photographies de 15 variétés de bananes à chair jaune riches en carotène et rappelant les bénéfices nutritionnels liés à leur consommation. L’une des variétés, la « Karat », est si populaire qu’elle est devenue l’emblème national des États Fédérés de Micronésie et figure sur les timbres postaux. Si la fondation Gates veut véritablement pallier aux carences en vitamine A de l’Ouganda, ne pourrait-elle pas promouvoir la culture des variétés de bananes rouges déjà existantes ?

Des « super bananes » testées sur des volontaires

Fin 2014, l’équipe de recherche sur la banane OGM annonce l’autorisation de tests pour l’alimentation humaine. Récoltées en Australie, les « super bananes » doivent être transportées aux États-Unis, afin d’être testées par douze patientes volontaires américaines, payées 900 dollars chacune. En décembre, plus de 120 organisations membres de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique s’opposent à ces tests, dans une lettre ouverte à la Fondation Gates [4]. « La promotion d’un aliment de base génétiquement modifié riche en vitamine A risque de perpétuer des régimes alimentaires monolithiques, la cause même des carence en vitamine A, souligne Mariam Mayet, membre de l’Alliance. Ce dont nous avons besoin c’est de la diversité de nos plantes et les connaissances associées. »

Si la réponse à cette lettre se fait toujours attendre, James Dale a annoncé début janvier que les tests étaient repoussés, le matériau n’étant pas conforme aux normes de qualité. « C’est un défi d’expédier des bananes depuis l’Australie jusqu’aux États-Unis et qu’elles arrivent en bon état », explique t-il. Un argument qui intrigue Mariam Mayet, alors même que des bananes sont régulièrement expédiées chaque jour sur de longues distances. Ce n’est pas la première fois que les scientifiques se tournent vers les OGM pour résoudre des problèmes de carence alimentaire. En 1999, une équipe a présenté une variété de « riz doré » également enrichie en pro-vitamine A grâce à une modification génétique. Dix ans plus tard, un groupe de scientifiques et d’universitaires dénoncent des expériences sur le riz doré effectuées sur des enfants. A ce jour, le riz doré n’est pas commercialisé. Pour de nombreux opposants, la solution à la carence en vitamine A réside dans la diversification génétique des aliments, libres de tout droit de propriété intellectuelle.

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 08:45

N'oubliez de la partager et la diffuser largement vers vos reseaux et connaissances en diffusant le lien ci-dessous:

http://menusbioherault.wesign.it/fr

we sign it - Pour des Menus Bio en « RESTAURATION COLLECTIVE » dans l'Hérault

Pour des Menus Bio en « RESTAURATION COLLECTIVE » dans l'Hérault

En application de la charte des chefs de collectivités et l’article 53, nous demandons à ce que les marchés publics de la restauration des collectivités (dont les écoles) soient ouverts aux agriculteurs bio et locaux.

Dans le respect de la liberté individuelle de chacun, nous appuyons également la demande que soient proposés dans les cantines scolaires des menus végétariens et végétaliens. De nombreuses municipalités et non des moindres ont déjà franchit la pas : Paris 2e, Lyon, Marseille, Strasbourg ou encore Saint-Étienne.

Notre mouvement a pour but de faire vous faire réagir en tant élus en vous faisant prendre conscience des problèmes de santé grandissants liés à l’alimentation. Il s'agit aussi de respecter la volonté d'une très large majorité de nos concitoyens.

A l’attention de :

M. Vézinhet, Président du Conseil Général

Mr Henri Cabanel Sénateur

Mr Philippe Papa Responsable des achats

En application de la charte des chefs de collectivités et l’article 53, nous demandons à ce que les marchés publics de la restauration des collectivités (dont les écoles) soient ouverts aux agriculteurs bio et locaux.

Dans le respect de la liberté individuelle de chacun, nous appuyons également la demande que soient proposés dans les cantines scolaires des menus végétariens et végétaliens. De nombreuses municipalités et non des moindres ont déjà franchit la pas : Paris 2e, Lyon, Marseille, Strasbourg ou encore Saint-Étienne.

Notre mouvement a pour but de faire vous faire réagir en tant élus en vous faisant prendre conscience des problèmes de santé grandissants liés à l’alimentation. Il s'agit aussi de respecter la volonté d'une très large majorité de nos concitoyens.

La consommation de produits bio et locaux dans les cantines présente de très nombreux avantages :

Elle développe un modèle agricole respectueux de l'environnement permettant un air ambiant plus sain et donc une réduction des problèmes de santé nombreux et croissant dans la population générale (voir étude du Professeur Sultan au CHU de Montpellier).

Son coût est égal ou inférieur si l’approvisionnement est à proximité (récupération des caisses, économie de carburant, etc…).

Elle stimule l'activité régionale puisque les deux tiers de la valeur des produits bénéficient à l'économie locale.

Elle contribue au processus de réhabilitation des sols dont une grande partie est appauvrie voire inerte, conséquence de l'usage de produits chimiques pour la viticulture ou bien du tassement de ces sols par des outils inappropriés. 80% de la vie de notre planète se trouve dans la terre, les plantes sont cultivées dans notre région sur une surface n’absorbant plus d’eau et favorisant les inondations dans les zones urbaines.

D'un point de vue économique et social, elle généré de nombreux emplois puisque chaque jour de 20 000 élèves mangent dans les cantines de l’Hérault.

Enfin, elle permet de faire vivre et de soutenir la création d'exploitations agricoles bio.

Pour l'intérêt général, ce changement de cap est vivement souhaitable car il apportera des réponses concrètes à des problèmes particulièrement graves :

C'est un choix qui intéresse la santé publique : en France mais aussi dans notre département, de nombreuses statistiques officielles révèlent une augmentation préoccupantes des problèmes de comportement et de santé de toute nature à tous les âges. La responsabilité majeure de l'alimentation souvent appauvrie et dénaturée est une évidence alors que des produits frais et biologiques conviennent le mieux aux besoins physiques et intellectuels de chacun.

Par ailleurs, un tel virage viendrait au secours d'une agriculture locale profondément en crise.

Dans l'attente de votre réponse, nous sommes à votre disposition pour venir en discuter avec vous et vous remercions de l’attention que vous pourrez porter à notre courrier.

Nous vous prions d’agréer nos meilleures salutations,

M.N.C.A.B                                                                  VEG NATURE

MOUVEMENT NATIONAL CITOYEN

POUR UNE ALIMENTATION

BIO ET LOCALE DANS LES CANTINE

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 09:59

Sur la 5 ,le documentaire-enquète du DIMANCHE 11 JANVIER 2015,avec Hervé Corbière et Valérie Durier sur les huîtres triploïdes est visible là:
https://www.youtube.com/watch?v=y9-9GLIVyhA

 

  IL Y A TOUJOURS L'INCONTOURNABLE/InfOGM.....

http://www.infogm.org/Huitre-triploide-une-manipulation

....Et la délimitation des zones vulnérables aux nitrates est dans sa dernière ligne droite...

Enfin voici le sujet ô combien sensible pour l'environnement et l'écosystème de l'étang,celui de la délimitation de la carte des zones vulnérables aux nitrates qui doit être finalisée pour le 15 mars par le gouvernement.

Au final,ne faudrait-il  pas classer l'ensemble de  l'etang de Thau et de son bassin versant,embouchure  du Pallas comprise , en  zone Natura 2000?


 

Gestion de l'eau : elle est "opaque" pour François Liberti

Gestion de l'eau : elle est "opaque" pour François Liberti François Liberti estime que l’absence de schéma directeur ne permet d’avoir "aucune visibilité sur le réseau, ce qui profite à Véolia".
 
 

D ernier volet de notre série sur la gestion de l'eau autour du Bassin de Thau. François Liberti estime que gérer la ressource en régie publique relève de l'évidence démocratique

Etes-vous favorable à un transfert de la compétence à Thau Agglo ?
Le transfert à Thau agglo ne me pose pas de problème. Pour moi, la question essentielle est simple : savoir si on reste en gestion privée ou si on retourne à une gestion publique de l'eau. Aujourd'hui, sur l'agglo, on ne dénombre que des DSP, avec des régimes différents, des prestataires différents. Et Commeinhes essaie de nous faire croire qu'une régie serait incompatible avec une gestion intercommunale (1). C'est faux.
Vous êtes donc clairement favorable à un retour à la régie publique...
Totalement favorable. Le retour à une régie publique me semble évident pour une question de transparence démocratique. Depuis 31 ans et la signature d'un contrat de délégation de service public (DSP) avec la Générale des Eaux (Veolia), nous n'avons aucune visibilité sur l'entretien du réseau.
Qu'est-ce qui vous dérange le plus dans la gestion privée ?
Le manque évident de transparence pour les usagers. Aujourd'hui, sur la facture, une partie du montant est perçue par la société privée. Or la rémunération des actionnaires n'apparaît pas. L'autre problème, considérable, est celui de l'entretien du réseau. L'entreprise privée doit gérer l'entretien et les réparations mais tout est laissé à son appréciation. Sauf que si l'entretien est défaillant 10 ans durant, ça devient ensuite de l'investissement lourd qui, en DSP, doit être financé par la Ville, et donc le citoyen.


Mais le réseau sétois ne semble pas si défaillant. Il présente un rendement de plus de 80% (c'est le pourcentage d'eau qui arrive effectivement jusqu'aux robinets des Sétois)... 

Si c'est le cas, c'est que le groupe d'opposition a tapé sur la table, il y a déjà quelques années, pour que la municipalité impose des efforts à Veolia.Or, si on estime la durée de vie moyenne d'une conduite à 60 ans, 100 ans étant le maximum, à Sète, le remplacement d'une canalisation se fait en moyenne à...297ans. C'est dire les dérives et l'opacité qui entourent la gestion de l'eau. Il faut que la commune maîtrise la technicité et ne paie que l'eau, uniquement l'eau. Or cela n'est possible que dans le cadre d'un retour à la régie.

La crainte des communes est souvent d'avoir à gérer une très haute technicité.
La technicité, ce sont les techniciens qui la font. Et penser qu'on n'y arriverait pas est une erreur : avec une régie publique, on peut récupérer les salariés du délégataire privé et donc continuer à avoir des techniciens spécialisés.
Que faudrait-il décider dans l'immédiat afin de faire avancer le débat ?
Il faudrait tout d'abord réaliser un audit sur l'état du réseau sétois. Les résultats en main, on pourrait alors établir rapidement, sur la lancée, un schéma directeur pour avoir un prévisionnel des travaux à effectuer et monter un comité de pilotage. D'ailleurs, suite au débat citoyen sur l'eau nous avons créé un comité des usagers du bassin de Thau, qui compte déjà 84 personnes. Il est important de démocratiser la démarche. Nous allons lancer des réunions publiques identiques dans toutes les communes de l'agglo. Il faut que l'eau publique devienne une question citoyenne. Je considère que la bataille des idées est déjà gagnée. Il n'y a plus un jour à perdre.

François Liberti, ancien maire de Sète est aujourd'hui conseiller municipal d'opposition, délégué communautaire et vice-président du conseil général de l'Hérault.

(1) François Commeinhes s'est dit «ouvert quant au mode de gestion», dans ces mêmes colonnes hier.

 

Note de l'administration du blog sur la présentation de "HUITRES, BIENTOT LA FIN?"

3Documentaire de 52' réalisé par Hervé Corbière, et produit par Grand Angle Productions avec la participation de France Télévisions et du CNC. 2015.

Avalée vivante avec un rien de citron, l'huître est un concentré d'océan de la gastronomie française. Comme pour le vin, on parle de crus d'huîtres, de goûts et de terroir... Il y a autant d'huîtres, dit-on, que de producteurs. Cette diversité plaît aux Français, champions du monde de la consommation d'huîtres crues. Mais les amateurs de ces mollusques savent-ils vraiment ce qu'ils ont dans leur assiette ? L'huître "triploïde" ou plus poétiquement "l'huître des quatre saisons" a subi des manipulations chromosomiques importantes qui la rende stérile... et donc consommable toute l'année. Autrefois 100 % naturelle, elle est devenue un produit de laboratoire depuis les années 2000.

Ce film mène l'enquête sur l'huître triploïde et les différentes façons de la consommer... )

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 09:22

Quelles sont les missions de l’observatoire sur les services publics d’eau et d’assainissement?

Publié le 04/02/2015 • Mis à jour le 10/02/2015 • Par • dans : Réponses ministérielles,

 http://www.lagazettedescommunes.com/314771/quelles-sont-les-missions-de-lobservatoire-sur-les-services-publics-deau-et-dassainissement/

 

© matteo NATALE - Fotolia

 
 

L’observatoire sur les services publics d’eau et d’assainissement géré par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) et créé en 2009, est un outil destiné aux collectivités locales, maires et présidents d’intercommunalité, pour piloter leurs services, suivre leurs évolutions d’une année sur l’autre, et comparer leurs performances avec d’autres services.

Il est ainsi un outil de gestion de la performance des services et représente une aide dans l’élaboration des rapports sur le prix et la qualité des services que les collectivités doivent effectuer chaque année. Il s’agit également d’un site d’information consultable par le grand public à l’adresse www. services. eaufrance. fr. Il répond ainsi aux exigences des usagers et des citoyens soucieux d’avoir une information transparente sur le prix de l’eau et sur la qualité du service. Base nationale de données des prix de l’eau et des performances des services publics d’eau et d’assainissement alimentée par les collectivités locales après contrôle de cohérence par les services de l’État, l’observatoire a vocation à être le dispositif de référence dans son domaine. Il permet au plan national d’avoir un panorama de la situation française et alimente la réflexion et la connaissance des acteurs de l’eau. Le rapport sur les données 2010 a été publié début juillet 2014 sur le site référencé ci-dessus et la publication du rapport sur les données 2011 est intervenue courant octobre 2014.

Dans l’objectif de renforcer l’observatoire et favoriser l’accès à l’information du plus grand nombre de citoyens sur leurs services publics d’eau et d’assainissement, le projet de loi relatif à la biodiversité prévoit d’introduire une obligation de saisie des données pour les collectivités de plus de 3 500 habitants.

Haut de page

 

Les agences de l'eau dans la lessiveuse de la Cour des comptes

Surreprésentation de l'agriculture et de l'industrie au sein des instances de gouvernance, recul du principe pollueur-payeur, insuffisance de la sélectivité des aides… C'est un véritable réquisitoire que dresse la juridiction financière.

Les importantes ressources financières dont disposent les agences de l'eau (2,2 Md€ en 2013) ne sont pas employées de manière optimale au regard des objectifs de la politique de l'eau. C'est ce qui ressort du rapport annuel que la Cour des comptes a présenté ce mercredi 11 février, à la suite de contrôles effectués sur les six agences de l'eau entre 2007 et 2013.

En cause ? La prédominance d'intérêts catégoriels dans les bassins, un éloignement du principe pollueur-payeur dans la fixation des redevances, et une sélectivité insuffisante dans l'attribution des aides.

Une gouvernance à revoir

"Alors que l'Etat seul assume la responsabilité de la politique de l'eau, les modalités d'attribution des aides versées par les agences ainsi que le taux de la plupart des redevances qu'elles perçoivent sont définis par des instances dans lesquelles il est minoritaire", pointe la Cour des comptes, faisant allusion à la composition des comités de bassin, des conseils d'administration des agences de l'eau et des commissions des aides.

La réforme intervenue en juin dernier n'a que faiblement amélioré la représentativité du collège des usagers, caractérisée par une surreprésentation des usagers agricoles et industriels, relèvent les magistrats. Ainsi, dans les bassins où la pollution agricole est forte (Adour-Garonne, Loire-Bretagne), les représentants du secteur agricole constituent plus du tiers du collège, avec un quasi-monopole de la FNSEA. Dans le bassin Seine-Normandie, les entreprises représentent même 64% des usagers au sein du conseil d'administration.

En ce qui concerne le montant des redevances, la Cour relève que les taux les plus bas sont paradoxalement fixés dans les bassins où les pressions exercées sur l'eau sont les plus fortes. Ainsi, dans le bassin Rhône-Méditerranée, le montant de la redevance "prélèvement" liée à l'irrigation ne représente que 3% du montant total de cette redevance, alors que l'irrigation est à l'origine de 70% des prélèvements en eaux de surface. Autre exemple emblématique : la redevance pour pollution non domestique acquittée par l'entreprise "Rio Tinto" de Gardanne, qui rejette des boues rouges au large de Cassis, devrait passer de 13 à 2,5 millions d'euros au titre de 2014. La solution proposée par la Cour ? Fixer des taux plancher pour les redevances afin d'"éviter que certains prélèvements ou pollutions soient pratiquement exonérés de toute redevance".

87% des redevances supportées par les usagers domestiques

Les redevances perçues par les agences se sont en effet "éloignées du principe pollueur-payeur depuis 2007", estime la Cour. Tant et si bien qu'en 2013, 87% des redevances perçues étaient supportées par les usagers domestiques et assimilés (et même 92% en Seine-Normandie), 6% par les agriculteurs et 7% par l'industrie. Si ce déséquilibre pouvait encore se justifier dans le passé en raison de la mise aux normes des stations d'épuration urbaines bénéficiant surtout aux usagers domestiques, la contribution de ces derniers devrait maintenant baisser au profit de celle des agriculteurs et des industriels. "Or, les efforts de rééquilibrage dans le 10e programme d'intervention des agences sont restés de faible ampleur", constatent les auteurs du rapport.

Ceux-ci estiment même que la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema) a constitué "un recul" en la matière. Ainsi, dans le bassin Loire-Bretagne, le plus concerné par la pollution aux nitrates, les redevances versées par les agriculteurs ne représentent que 10% du montant total des redevances en 2013, dont 0,6% seulement au titre de l'élevage. Entre 2007 et 2013, le montant de la redevance acquittée par les éleveurs a même diminué de 84% dans les bassins Rhône-Méditerranée et Corse. Les préconisations de la Cour ? Majorer le taux de cette redevance dans les zones vulnérables aux nitrates, en particulier pour les élevages ayant fait l'objet d'une sanction administrative.

Quant à la création de la redevance pour pollution diffuse, la Cour estime qu'il s'agit d'un progrès mais tempère immédiatement cette appréciation en soulignant qu'elle ne représente que 5 à 6% du prix de vente des produits phytosanitaires et qu'elle oublie de taxer les engrais azotés. Ce qui réduit de beaucoup son caractère incitatif.

Par un communiqué publié le 10 février, par lequel elle indique soutenir les recommandations de la Cour, Ségolène Royal précise qu'elle a demandé "un état des lieux par grands types d'acteurs (industriels, agriculteurs et particuliers) pour s'assurer du respect du principe pollueur-payeur".

La pollution masquée des petits sites industriels

"Les redevances acquittées par l'industrie ont diminué en moyenne de 15% entre 2007 et 2013", révèle également la Cour. La raison ? La réforme de la redevance pour pollution d'origine industrielle par la Lema, explique-t-elle, a eu pour effet de "masquer la pollution réelle des petits sites industriels" et de soustraire certaines activités saisonnières à la redevance pollution. Cerise sur le gâteau, de nombreux sites industriels ne respectent pas l'obligation de mise en place d'un suivi régulier des rejets. Sont ainsi pointées du doigt, dans le bassin Rhin-Meuse, les centrales nucléaires de Chooz et de Fessenheim, la centrale thermique de Blénod, de même que Rhodia Opérations.

Mais les apports de la Lema en matière de redevance "prélèvement" ne trouvent pas davantage grâce aux yeux de la Cour, qui pointe plusieurs dysfonctionnements : des exemptions non pertinentes comme celle bénéficiant à l'aquaculture, l'estimation forfaitaire de l'irrigation gravitaire, l'exonération de majoration dans les zones de répartition des eaux pour les irrigants regroupés au sein d'organismes uniques de gestion collective de la ressource en eau (OUGC), ou encore le calcul approximatif de l'assiette des redevances.

Une attribution des aides peu transparente

Les sages de la rue Cambon pointent également "l'insuffisante transparence des décisions d'aide financière". D'autant qu'ils constatent une grande hétérogénéité entre agences, qu'il s'agisse du type d'aide (subventions ou avances) accordé ou des taux pratiqués. L'agence Seine-Normandie fait ainsi figure de mauvais élève pour les prêts qu'elle a accordés à Eurodisney (13,5 M€), au Forum mondial de l'eau de Marseille (2,5 M€), ainsi qu'à l'Institution interdépartementale des barrages-réservoirs de la Seine (2,8 M€).

C'est pourquoi la Cour recommande-t-elle de généraliser la publication des décisions d'attribution des aides et la liste de leurs bénéficiaires. Mais aussi de mettre en place un dispositif de prévention des conflits d'intérêt, les membres des instances de gouvernance pouvant être également les bénéficiaires des subventions. Ségolène Royal indique avoir demandé la publication sur internet des aides attribuées depuis le 1er janvier 2013 "avant la fin du mois". "La prévention des conflits d'intérêt sera par ailleurs renforcée par de nouvelles règles qui seront édictées avant l'été par décret", ajoute la ministre de l'Ecologie.

Le rapport déplore également la trop faible réorientation des aides vers le "grand cycle de l'eau" (milieux aquatiques, protection des aires de captages, etc.), la collecte et le traitement des eaux usées gardant un poids prépondérant. Il estime également "discutables" les modalités d'attribution des aides : rareté des analyses économiques préalables, non-respect des règles d'attribution pourtant définies par les agences elles-mêmes, qui a conduit, par exemple, au versement indu de 447.000 euros à la communautés d'agglomération belfortaine.

D'où la recommandation de la Cour de doter les agences d'outils communs pour analyser les dossiers de demandes d'aides. Mais aussi d'améliorer la sélectivité des aides en les recentrant sur les opérations figurant dans les plans d'action opérationnels territorialisés (PAOT), en excluant les projets en retard sur la réglementation, ceux ne relevant pas des objectifs prioritaires de la politique de l'eau, ou encore les aides accordées à des industriels sans demande de garantie.

Comme le résume la Cour par un euphémisme, "un important effort doit être accompli sur la collecte des redevances et sur les modalités d'attribution des aides, pour rendre les unes plus équitables et les autres plus sélectives". Cet effort passe par le renforcement du rôle de l'Etat pour encadrer les pratiques des agences, précise-t-elle. Une conclusion… qui figurait déjà dans son rapport de 2010.

       
 
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 09:17

Chaud devant: La Via Campesina et ses alliés contre le capitalisme climatique

lvc-lima_march_20142.jpg"Il n'y a vraiment rien d'intelligent là-dedans," a commenté Jean-Baptiste Chavannes, le leader haïtien de La Via Campesina chargé de la coordination du travail de l'organisation paysanne dans le domaine du changement climatique, à l'occasion d'une conférence à Lima sur l'agriculture intelligente face au climat. "Les problèmes climatiques sont intimement liés au capitalisme, qui est lui-même en crise en tant que système économique," a-t-il ajouté. "Les entrepreneurs essayent de se sortir de cette crise, et pour cela, ils sont en train de créer un "capitalisme vert', dont l'agriculture intelligente face au climat est un parfait exemple."

Le nouveau rapport de la NASA et de l'Agence nationale pour l'étude de l'océan et de l'atmosphère (National Oceanic and Atmospheric Administration – NOAA, Etats-Unis) confirme sans équivoque ce que beaucoup de scientifiques avaient prédit: 2014 est officiellement l'année la plus chaude recensée jusqu'ici et ce n'est en rien une anomalie; les 10 années les plus chaudes dont il est question dans ce rapport ont toutes eu lieu depuis 1998.

Cette annonce ne fait qu'accroître l'urgence exprimée le mois dernier à Lima, où dirigeants politiques et grands patrons d'entreprises du monde entier se sont réunis pour la 20e session annuelle de la Conférence des parties (Conference of the Parties – COP20) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UN Framework Convention on Climate Change – UNFCCC). Ce rassemblement péruvien est historique car c'était la dernière réunion du corps décisionnel avant le COP21 qui aura lieu à Paris en décembre prochain et où seront signés des accords internationaux et légalement contraignants sur le climat.

Cependant, de plus en plus de mouvements agissant contre le changement climatique sont d'avis que les décisions politiques de haut niveau comme celles mises en avant lors d'évènements tels la COP ne sont rien d'autre que de fausses promesses sourdes à des voix marginalisées. La Via Campesina est sans doute le mouvement le plus proéminent, comptant parmi ses membres plus de 250 millions de paysans et paysannes, éleveurs et peuples autochtones du monde entier. En collaboration avec divers autres mouvements environnementaux et de travailleurs, La Via Campesina a organisé le Sommet des peuples (Cumbre de los Pueblos), sa propre version de la COP20 de Lima, pour proposer des solutions à la crise climatique proposées par les mouvements de base et dénoncer la nature éliste des négociations officielles menées par les grandes entreprises.

Deux volets ont particulièrement retenu l'attention lors de la COP20: la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation – REDD) et l'agriculture intelligente face au climat, dont l'objectif commun est une baisse mondiale des températures grâce au commerce des droits d'émission de carbone. A première vue, REDD et l'Agriculture intelligente face au climat ont l'air d'initiatives parfaitement louables, d'autant plus qu'elles portent des noms qui sonnent "climate-friendly". Mais sous les apparences, ces programmes sèment en réalité le chaos au sein d'écosystèmes déjà bien instables et sabotent les humbles moyens de subsistance des paysans et des paysannes.

Prenons l'exemple du REDD. En deux mots, ce programme permet à de riches entreprises et pays industrialisés de continuer à polluer en achetant des forêts dans l'hémisphère sud pour compenser les émissions de carbones dues à leurs activités dans d'autres endroits. Ces forêts, entretenues avec soin par des générations de peuples autochtones, se retrouvent donc sur les marchés et cette situation se solde très souvent par l'expulsion pure et simple des communautés qui y vivaient. Pire encore, REDD ne fait aucune distinction entre les forêts naturelles et les plantations d'arbres à usage industriel; ainsi la mise en oeuvre de ce programme engendre souvent une énorme perte de biodiversité.

"Rien ne pourra jamais justifier que l'on traite la nature comme une marchandise," s'insurge Tom Goldtooth, directeur du Réseau des peuples autochtones et de l'environnement (Indigenous Environmental Network) dont le siège se trouve aux Etats-Unis et au Canada et qui est un proche collaborateur de La Via Campesina. Les deux organisations sont fermement opposées au REDD et travaillent ensemble sur des plateformes telles que Non au REDD en Afrique (No REDD in Africa Network). Goldtooth a abordé le sujet avec véhémence lors du Sommet des peuples, à Lima, et a mis en garde contre les liens existants entre l'impérialisme, la militarisation et les stratégies basées sur le  marché. "Nous nous opposons à une OMC du ciel", a-t-il conclu, faisant allusion à l'UNFCCC qui permet l'échange du carbone au niveau global.

L'agriculture intelligente face au climat, qui est une autre pièce maîtresse de la stratégie de la COP, reprend en gros les principes du REDD et les applique aux terres agricoles. Entre 44 et 57 % des émissions de gaz à effet de serre sont dûs à la production de denrées alimentaires, et une écrasante majorité de ces rejets sont imputables à la production industrielle d'aliments qui seront gaspillés. Ce type d'agriculture s'est construite sur les acquis de la Révolution verte (qui a mis en circulation des semences modifiées, des pesticides chimiques et de l'engrais de synthèse au nom de l'intensification de la production) pour imposer de nouvelles biotechnologies aux paysans à travers le monde.

L'agriculture devient donc dépendante des  marchés. Tout comme c'est le cas avec le REDD, les investisseurs de l'hémisphère nord recevront des 'crédits carbone' pour leur contribution à des initiatives d'agriculture intelligente face au climat dans le Sud, ce qui augmentera la spéculation au sein du système alimentaire en grossissant ses possibilités de profit.

"Il n'y a vraiment rien de respectueux là-dedans," a commenté Jean-Baptiste Chavannes, le leader haitien de Via Campesina chargé de la coordination du travail de l'organisation dans le domaine du changement climatique, à l'occasion d'une conférence à Lima sur l'agriculture intelligente face au climat. "Les problèmes climatiques sont intimement liés au capitalisme, qui est lui-même en crise en tant que système économique," a-t-il ajouté. "Les entrepreneurs essayent de se sortir de cette crise, et pour cela, ils sont en train de créer un 'capitalisme vert', dont l'agriculture intelligente face au climat est un parfait exemple."

Le slogan du Sommet des peuples à Lima – "il faut changer le système, pas le climat" – restera dans les esprits tout au long de l'année et jusqu'en décembre prochain qui verra l'édition 21 de la COP à Paris, où un Sommet des peuples parallèle suivra de nouveau les négociations officielles. La Via Campesina et son réseau de proches alliés tiennent fort à coeur leurs visions alternatives, comme la souveraineté alimentaire et l'agroécologie.

La souveraineté alimentaire repose sur le principe fondamental qu'est le contrôle du système alimentaire mondial par les travailleurs et travailleuses ruraux et  urbains, et non par les marchés et les entreprises. L'agroécologie est un élément fondamental pour atteindre la souveraineté alimentaire et mettre sur pied des marchés locaux grâce à des méthodes écologiques tirées d'un savoir ancestral qui n'est plus à prouver. Ce faisant, le carbone est capturé par le sol et contribue alors à renverser la tendance au réchauffement climatique tout en assurant le respect des droits territoriaux des paysans et des paysannes. "Dix ans suffiraient pour que l'agroécologie fasse doubler la production alimentaire de régions entières tout en atténuant le changement climatique et en réduisant la pauvreté rurale," écrit Olivier de Schutter, l'ex-rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, dans son rapport de mars 2011 pour le Haut-Commissariat aux droits de l'homme.

REDD et l'agriculture intelligente face au climat sont des programmes expérimentaux dont les conséquences sur l'environnement sont irréversibles, alors que la souveraineté alimentaire et l'agroécologie sont fondées sur le respect du rythme naturel des ecosystèmes. "La souveraineté alimentaire représente notre combat contre le capitalisme et la façon dont celui-ci déforme notre terre," déclare Nivia Regina da Silva, représentante du Mouvement des travailleurs sans terre (MST – Landless Workers Movement) au Brésil. MST est un mouvement membre fondateur de La Via Campesina qui, entre autres initiatives, organise des formations politiques et gère des écoles d'agroécologie dans tout le pays. De concert avec d'autres membres et alliés de La Via Campesina, MST a donné une conférence animée sur la souveraineté alimentaire sur laquelle est longuement revenu le Sommet des peupes à Lima.

"L'agriculture paysanne peut nourrir le monde entier et refroidir la planète," affirme Jean-Baptiste Chavannes.

Le combat de La Via Campesina pour le climat est essentiel à son objectif de représenter ceux qui se voient le plus durement affectés par une injustice généralisée. Et cette année, alors que les hautes-sphères parlementent, le mouvement paysan et ses alliés seront au rendez-vous pour faire monter la température des négociations à chacune de leurs étapes.

Par Selena Tramel (version originale en anglais)

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 08:49
Note de l'administration du blog :A la Tremblade ,l'IFREMER étudie aussi la polyploïdie chez la moule    voir

BLUE-SEED, le projet de recherche européen à ce sujet:

:
-Des "moules des quatre saisons" en France ? L'idée n'est pas sans danger
 
Sénat - Un site au service des citoyens

Crise du secteur ostréicole et exploitation des huîtres triploïdes

14e législature

Question orale avec débat n° 0010A de M. Joël Labbé (Morbihan - ECOLO)

publiée dans le JO Sénat du 05/02/2015 - page 223

M. Joël Labbé attire l'attention de Mme la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie sur l'exploitation de l'huître triploïde, variété développée et brevetée par l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER).

Deux types d'huîtres creuses sont, en effet, produites et commercialisés aujourd'hui, sans distinction : les huîtres diploïdes, nées en mer, et les huîtres d'écloserie. Parmi ces dernières, les huîtres triploïdes, parfois appelées « huîtres des quatre saisons » et issues d'une manipulation biologique, prennent de plus en plus d'importance sur le marché, représentant au moins 30 % à 40 % de la production française. Présentées avec beaucoup d'avantages (notamment une durée de production moindre), ces huîtres contribuent cependant à l'affaiblissement du patrimoine génétique, du fait des sélections intensives réalisées. Leur production rend, en outre, la profession fortement dépendante des écloseries, à l'image des agriculteurs par rapport aux semenciers. Les professionnels ayant choisi de poursuivre la culture de l'huître traditionnelle dénoncent, d'une part, la concurrence déloyale qu'ils subissent en raison de la commercialisation plus rapide des huîtres triploïdes et, d'autre part, le risque de contamination du milieu naturel en quelques générations. Leur combat pour un étiquetage différencié se heurte à la réglementation européenne en vigueur : l'huître triploïde échappant à la réglementation des organismes génétiquement modifiés (OGM) et n'étant pas non plus considérée comme un « nouveau produit alimentaire » par l'Europe, aucun étiquetage spécifique n'est imposé.

Sur fond de crise majeure du secteur ostréicole, confronté à de fortes surmortalités ces dernières années, la mise en place d'un moratoire concernant les triploïdes a souvent été avancée mais est restée sans effet jusqu'ici. Cette exploitation d'huîtres triploïdes soulève, aujourd'hui, plusieurs interrogations : privatisation du vivant, impacts environnementaux et conséquences sur la biodiversité, traçabilité sur l'origine et le mode de production des huîtres, transparence pour le consommateur.

Il souhaite connaître les mesures mises en place par le Gouvernement pour éviter une contamination des variétés sauvages et préserver la diversité génétique des huîtres nées en mer, ainsi que les mesures envisagées afin de garantir la transparence sur les étalages pour le consommateur.

 



En attente de réponse du Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:35

« Il n'y a pas de consensus scientifique sur l'innocuité des OGM » annoncent 300 scientifiques

Vendredi 30 Janvier 2015

 

 

/user/image/dossierPicture_553140.pngCommuniqué de presse du Réseau Européen des Scientifiques pour une responsabilité sociale et environnementale (ENSSER), le 29 janvier 2015.


http://www.ensser.org/media/

Plus de 300 scientifiques et experts ont publié une déclaration commune afin de rappeler qu' « il n'y a pas de consensus » sur l'innocuité des cultures génétiquement modifiées (OGM) ainsi que sur la nourriture produite à partir de ces plantes. Cette déclaration a été publiée le 29 janvier 2015 dans le journal scientifique à comité de relecture Environmental Sciences Europe. Le texte de l'ENSSER appartient désormais au corpus littéraire scientifique en libre accès et pourra donc être cité par d'autres publications.


Pour le Dr Angelika Hilbeck, l'une des auteurs de la déclaration et présidente de l'ENSSER : « En plus d'avoir reçu l'approbation de pairs ayant relu l'article avant sa publication dans le journal, ce papier a aussi été revu et validé par plus de 300 scientifiques et experts venant de champs de recherche pertinents, telles la biologie moléculaire et la biotechnologie. »


Cette déclaration a été rendue publique pour la première fois en 2013 en réponse à l'affirmation par l'industrie des OGM, ainsi qu'une poignée de scientifiques et commentateurs politiques, qu'il existait un « consensus scientifique » sur l’innocuité pour la santé humaine et animale, ainsi que l'environnement, des cultures OGM et de l'alimentation qui en est issue. Selon nous, cette affirmation est « trompeuse », nous rétorquons au contraire « que le soit-disant consensus sur la innocuité des OGM n'existe pas ».


Pour Nicolas Defarge, également co-auteur de la déclaration, membre du bureau de l'ENSSER et du CRIIGEN : « La science progresse grâce à des débats et controverses exigeant des arguments scientifiques. Notre déclaration fait désormais partie de ces arguments puisqu'elle a été revue par les pairs et publiée dans la littérature scientifique en libre-accès. Ce débat sur les effets sanitaires d'une consommation d'OGM, ainsi que des résidus de pesticides qu'ils contiennent, poursuit donc son chemin. Seules de nouvelles études, usant de protocoles adéquats permettant une véritable recherche sur le long terme, pourraient permettre d'avancer vers une conclusion. Bien entendu, les résultats de ces études, ainsi que leurs données brutes, devraient être publiés dans des journaux en accès-libre au lieu d'être gardés secrets. Il faut savoir que les études réalisées par l'industrie, pour appuyer les autorisations de mises sur le marché d'un OGM, n'ont généralement pas été révisées par les pairs au moment où ces OGM sont commercialisés. »


Autre signataire de la déclaration, le Dr Belinda Martineau, ancienne membre du Michelmore Lab du UC Davis Genome Center, Université de Californie, qui a participé à la commercialisation du tout premier OGM à destination alimentaire, la tomate Flavr Savr, explique : « Je soutiens de tout cœur cette déclaration rigoureuse, réfléchie et professionnelle décrivant le manque de consensus scientifique sur la sécurité des plantes et organismes génétiquement modifiés. Le débat sociétal sur la meilleure façon d'utiliser cette puissante technologie de l'ingénierie génétique n'est certainement pas refermé. Ceux qui voudraient abandonner ce débat prennent tout simplement leurs rêves pour la réalité. »


Selon Jack Heinemann, professeur de génétique et de biologie moléculaire au Center for Integrated Research in Biosafety, à l'Université de Canterbury en Nouvelle Zélande : « La confiance du public dans les OGM ne s'améliora pas tant que des scientifiques essaieront d'empêcher les citoyens et d'autres scientifiques de poser des questions légitimes, par exemple en ce qui concerne la sécurité, l'efficacité et l'utilité des OGM. Même si toutes les questions concernant les plantes GM existantes devaient trouver une réponse demain, cela ne signifierait pas pour autant que les nouveaux produits devraient être exemptés de critiques ou de tests consciencieux. « Ne regardez pas ici, nous avons déjà un consensus ! » Cette attitude ne permet en aucun cas de répondre aux causes de la méfiance du public. Pour cela, il faut se saisir de ces discussions sur les OGM venant de différents points de vue, qu'il faut à la fois reconnaître et inclure comme faisant partie d'une véritable diversité d'opinions scientifiques. »


Cette déclaration reste ouverte à de nouvelles signatures sur : www.ensser.org


Autres citations de signataires


Co-auteur de la déclaration, E. Ann Clark, professeure associée retraitée à l'Université de Guelph au Canada a déclaré : « la pensée de groupe (« groupthink ») ! C'est probablement la meilleure façon de définir l'affirmation d'un consensus scientifique sur la sécurité des OGM. Ce phénomène, développé par le chercheur en psychologie Irving Janis, fait référence aux résultats irrationnels qui émergent lorsqu'un groupe met l'individu sous pression pour qu'il adhère à une opinion dominante, entraînant ainsi une dégradation de l'efficacité intellectuelle, une perte de liens avec la réalité et un recul du jugement moral. Ceux qui revendiquent ce faux consensus semblent tout à fait correspondre aux symptômes décrits par Janis sur la « pensée de groupe », incluant également l'illusion de l'invulnérabilité, la rationalisation collective et la suppression des opinions dissidentes. La réalité est en fait qu'il n'y a aucun consensus sur la sécurité des OGM. Les déclarations véhémentes et répétées sur l'existence d'un tel consensus ne doivent en aucun cas l'emporter sur l'urgente nécessité qu'il y a de conduire des recherches raisonnées sur la sécurité de ces plantes GM. »


Selon Elena Alvarez-Buylla, professeur de génétique moléculaire à l'Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) : « Bien plus que la simple contestation d'un faux consensus, cette déclaration pleinement référencée démontre que la preuve scientifique vient étayer les observations sur les risques environnementaux et sanitaires liés à la culture et la consommation d'OGM. Certains de ces risques impliquent des conséquences inquiétantes liées à des dynamiques irréversibles. Par exemple, la dissémination des OGM peut supprimer un certain nombre d'options quant au développement d'une alimentation saine et durable basée sur l'agroécologie, tout en mettant en péril les centres d'origine et de diversification des semences, ce qui menaceraient la sécurité alimentaire mondiale. Les multinationales de l'agrobusiness, avec leur dépendance aux OGM et aux pesticides, comme le glyphosate (dans le Roundup), menacent la souveraineté alimentaire et la santé publique. Il faut adopter d'urgence un principe de précaution. Nous devrions éviter d'autoriser la mise en circulation de nouveaux OGM et leurs pesticides associés dans l'environnement et la chaîne alimentaire. »

 

 

 

Les documents associés

ENSSER NO CONSENSUS statement in EnScEu 2015.pdf

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 10:47
communiqué de presse Mardi 27 Janvier 2015  
Destinataires: 791 journalistes
 
Viandes OGM : Le Maire de Fleury-Mérogis demande l’interdiction des importations au nom de l’urgence sanitaire
 
 
Depuis de nombreuses années, le Maire de Fleury-Mérogis, David Derrouet, dénonce l’opacité profonde qui règne sur les importations de viandes en France. Si la France ne produit pas d’OGM, elle en importe massivement. 90% des viandes consommées proviennent d’animaux nourris avec du soja transgénique d’Amérique latine. Le Maire et député suppléant de Malek Boutih demande au gouvernement de prendre des mesures fermes en la matière.
 

 

Auteur d’un ouvrage consacré notamment à la transition énergétique et à une agriculture saine, David Derrouet dénonce depuis deux ans une aberration française. Si les gouvernements successifs ont légiféré pour interdire la production d’OGM en France, les importations de viandes "gavées" au Soja transgénique demeurent.

Alors que nous consommons massivement différentes viandes "transgéniques" dans les restaurants mais aussi dans les cantines scolaires, rien n’est fait de la part des pouvoirs publics pour endiguer ce phénomène malgré l’intervention répétée d’agriculteurs et de chercheurs.

Plusieurs rapports remis à la Chambre d’Agriculture et à différents ministres ont dénoncé ce scandale sanitaire mais n’ont délibérément pas été évoqués sur la place publique.

Fleury-Mérogis, qui souhaite, dans le cadre de la géographie prioritaire, être  "ville pilote" sur des projets contribuant à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité, demande que le Gouvernement se saisisse urgemment de ce sujet et s’attache à proposer un arsenal de lois prohibant l’importation d’aliments fabriqués à partir de matières transgéniques.

Pour David Derrouet, il s’agit d’une urgence sanitaire, qui va bien au-delà du principe de précaution. Alors que la France s’apprête à organiser la "Conférence climat" à la fin de l’année, ces questions doivent être traitées prioritairement, si elle souhaite demeurer crédible aux yeux du monde.

 



 

David DERROUET
Maire de Fleury Mérogis
Vice-Président de l'agglomération du Val d'Orge

Député suppléant

 

 

Aliments pour animaux : la DGCCRF pointe une hausse des étiquetages OGM non-conformes

 
Le 22 janvier 2015, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a indiqué avoir constaté en 2013 une hausse du taux de non-conformité en matière d'étiquetage des organisme génétiquement modifiés (OGM) dans les aliments pour animaux. Le taux de non conformité a atteint 13% en 2013, contre 10% un an auparavant. En revanche, aucune trace d'un OGM non autorisé n'a été décelée.


"Cette hausse est la conséquence de l'augmentation des cas de non-conformité dans les aliments composés", explique la DGCCRF, estimant qu'"elle doit être relativisée par le petit nombre d'échantillons prélevés et les modalités des contrôles, orientés vers les opérateurs à risque". Les contrôles de la DGCCRF ont porté sur 129 établissements, dont 78 fabriques d'aliments pour animaux et 51 établissements de commerce, d'importation ou de transformation de matières premières.

Une injonction administrative

La DGCCRF souligne que la généralisation des chaînes mixtes de production d'aliments pour animaux combinée à de mauvaises pratiques pose problème et conduit certains opérateurs à chercher de nouvelles filières d'approvisionnement en matières premières "sans OGM", c'est-à-dire en produits contenant moins de 0,9% d'OGM.

En réponse à ces infractions, la DGCCRF annonce avoir délivré une injonction administrative, cinq procès-verbaux et 20 avertissements.

"Des suites administratives ont sanctionné une non-conformité récurrente ou un refus de l'opérateur de procéder aux améliorations nécessaires", explique la DGCCRF. Les cinq procès-verbaux ont quant à eux sanctionné la transformation dissimulée d'un soja génétiquement modifié, à partir de coques, de tourteau ou d'huile.

Enfin, "trois prélèvements atteignent ou dépassent une teneur de 10%, par fraude délibérée ou négligence", rapporte la DGCCRF, ajoutant qu'"à ces exceptions près, le taux moyen de contamination des aliments (2,8%) est en diminution".

   

Dernières actualités

Une sociologie des normes diététiques est-elle possible ?

par Claude Grignon , le 27 janvier

Les normes de diététique et d’hygiène sont une cible de choix pour la critique sociologique, qui s’emploie à les relativiser et à en dénoncer l’arbitraire. Elle peut aussi étudier les conditions de leur production et de leur réception, estimer leurs chances de succès auprès des différents groupes sociaux, en prenant appui sur l’étude sociologique des pathologies que ces normes combattent, surpoids et obésité.

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J’ai été confronté aux risques épistémologiques du métier de sociologue dès mes premiers travaux, sur l’enseignement technique. Plus je poussais la critique sociologique, plus j’essayais de réduire des savoirs et des normes relatifs à l’action sur les choses à leurs aspects arbitraires et à leurs fonctions sociales, et plus je risquais de manquer ce qui fait la spécificité de cet enseignement par rapport à l’enseignement dominant (général, supérieur et littéraire), à propos duquel avaient été conçus les notions et les schèmes explicatifs que je m’efforçais de lui appliquer. C’est ainsi que j’ai commencé à prendre conscience des déficits descriptifs et explicatifs auxquels se condamne la sociologie la plus exigeante, la plus ambitieuse, la plus soucieuse d’étendre sa capacité et son pouvoir d’explication, bref la plus sociologisante, quand elle cède à un sociologisme qui ignore par principe les composantes extra-sociales (techniques, biologiques, physiques, etc.) des faits sociaux. Les recherches que j’ai menées ensuite, avec Christiane Grignon, sur l’alimentation m’ont posé le même problème. Élaboré par et pour l’étude de la culture savante (sociologie de l’éducation, sociologie de l’art), l’appareil théorique dont nous disposions ne permettait pas de rendre compte de la diversité des modes de vie, des savoirs faire et des savoirs vivre populaires [1]. Le constat des inégalités devant la culture peut conduire à ne voir dans les cultures populaires que des cultures dominées, qu’on ne peut décrire que par référence aux cultures dominantes, c’est-à-dire par défaut, comme des manques. J’ai été ainsi amené à décrire et à caractériser, avec Jean-Claude Passeron, la dérive légitimiste dont la critique sociologique de l’ordre social est menacée [2].

Ma fonction à l’Observatoire de la Vie Étudiante (président du Conseil scientifique) m’a permis de faire l’expérience d’une expertise directement confrontée aux demandes de l’administration et des politiques. J’y ai fait réaliser une enquête triennale sur les conditions de vie des étudiants (l’analogie avec l’astronomie s’imposait, un observatoire ne peut se passer d’instruments d’observation). L’indépendance de cette expertise était garantie par l’existence de cette enquête, par la possibilité de donner à ces demandes des réponses objectives et neutres, fondées sur des données de fait. Je me suis efforcé de la conforter socialement, en obtenant pour l’OVE le statut institutionnel d’une fondation ; je suis parti quand j’ai constaté que nos tutelles, administratives et politiques, ne pourraient jamais y consentir.

Mes recherches sur l’alimentation m’ont confronté à d’autres dérives de l’expertise. L’alimentation est un sujet courant, familier, pittoresque, capable d’attirer l’attention du grand public et des media, propice à ce que Hermann Hesse appelait les « variétés culturelles » ; l’expertise se trouve ainsi soumise à l’influence de l’opinion, qui la porte à reprendre à son compte des idées reçues et des lieux communs en vogue, comme par exemple « l’américanisation », la standardisation et l’uniformisation de l’alimentation. La reprise de ces stéréotypes peut aller de pair avec des partis pris interprétatifs liés à une « vision » d’ensemble de la société, elle-même liée à des prises de position idéologiques et politiques, l’uniformisation de l’alimentation étant alors vue à la fois comme l’indice et comme la conséquence de l’uniformisation sociale, de l’extension de la classe moyenne, de la disparition des différences entre les classes et donc des classes elles-mêmes. La dérive de l’expertise est alors du même ordre, idéologique, que celle de la critique. Le thème de la standardisation de l’alimentation, par généralisation du fast-food et du grignotage, dépérissement et disparition du repas traditionnel, peut correspondre aussi aux attentes et aux intérêts de certains secteurs de l’industrie et du commerce agro-alimentaire. L’expertise s’apparente alors à une prophétie auto-réalisatrice. S’agissant de l’alimentation, cette prophétie ne s’est pas réalisée [3] ; il ne restait plus aux « experts » qu’à virer de bord à 180° et à s’aligner (sans les nommer) sur les positions de ceux qu’ils avaient jusque-là combattus.

La norme et le normal

« Norme » et « normal » sont des termes équivoques [4]. Il faut distinguer entre la norme impérative et la norme indicative. La norme impérative énonce, dicte ce que l’on doit et ce que l’on ne doit pas faire pour faire le bien, pour être bon, pour bien penser, pour bien dire. Le normal auquel elle correspond, auquel elle se réfère, est une appréciation, un jugement de valeur ; il est de l’ordre du possible, du souhaitable jamais complètement réalisé, de l’idéal. Au même titre que la loi ou que la règle, la norme impérative participe de la morale et du droit ; même si elle n’a pas le même niveau d’obligation (on obéit à la loi, on respecte la règle, on se conforme aux normes), elle repose comme elles sur la distinction du Bien et du Mal. La norme indicative définit le normal comme ce qui est de fait, comme une réalité, observable et mesurable. Elle se borne à fournir des indicateurs objectifs, comme par exemple les grandeurs étalons (température, rythme cardiaque, tension artérielle, etc.) par rapport auxquelles on évalue l’état de santé d’un patient, on pose un diagnostic. De même on peut entendre par normal ce qui est usuel, courant, conforme à l’ordre habituel des choses ; dans ce cas aussi, le normal est de l’ordre du réel. S’agissant de la santé, le statut de la norme demeure ambigu. Les normes diététiques disent ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas manger pour « bien » manger. L’état normal est à la fois l’état ordinaire, celui qui correspond à la réalité du corps, à son organisation et à son fonctionnement existants et durables (reproductibles à l’identique), et l’état souhaitable, l’idéal de la santé parfaite ; la réalité du corps (son anatomie et sa physiologie, du moins la connaissance que l’on en a) est alors érigée en modèle, en canon, i.e. en une perfection par référence à laquelle tout écart est une anomalie.

La définition réaliste du normal est au principe de la sociologie durkheimienne. « Pour que la sociologie soit vraiment une science de choses, il faut que la généralité des phénomènes soit prise comme critère de leur normalité » [5]. Durkheim se donne ainsi le moyen de faire de la sociologie une science objective, affranchie des jugements de valeur, aussi peu morale que possible ; au risque de scandaliser l’opinion commune lorsqu’il appelle normales des pratiques généralement détestées, comme c’est le cas, limite, du crime [6]. Mais il rejoint le sens commun lorsqu’il assimile par ailleurs ce qui est général, et donc normal, à ce qui est ordinaire, faisant ainsi de la fréquence un autre critère de la normalité [7]. C’est ce que l’on fait communément, par exemple dans la perception du temps qu’il fait (« de saison » ou trop chaud, trop froid pour la saison) et aussi bien en météorologie et en climatologie, où l’on compare la température actuelle aux « normales saisonnières », c’est-à-dire à la moyenne des températures observées dans le passé au même endroit. L’assimilation du normal à la moyenne se rencontre aussi dans la perception et le classement spontanés des corps ; la taille en dessous de laquelle on est jugé petit, trop, anormalement petit est sans doute plus basse dans les pays méditerranéens que dans les pays scandinaves. C’est par référence à la taille la plus souvent rencontrée (ordinaire, habituelle), qui tient lieu de taille moyenne, variable selon les lieux, que l’on définit le gigantisme et le nanisme ; les individus à qui l’on attribue l’état de géant sont sans doute plus grands en Suède qu’au Portugal. On passe ainsi de l’opposition du normal et de l’anormal à l’opposition du normal et du pathologique, et c’est ce qui fait problème dans le cas qui nous occupe : si l’on applique ce principe au poids, on sera conduit à élever le seuil à partir duquel commence le surpoids ou l’obésité à mesure que le poids moyen de la population augmente.

La critique sociologique

La détermination et l’existence même de ces seuils sont parmi les éléments qui donnent le plus de prise à la traque sociologique de l’arbitraire. Pourquoi retenir le poids plutôt que le tour de taille ? Pourquoi, surtout, décider que l’obésité commence quand l’indice de masse corporelle [8] est de 30 plutôt que de 29 ou de 31 ? La prise et la perte de poids sont graduelles ; fixer un seuil à partir duquel on devient ou plutôt on est obèse introduit une discontinuité radicale dans la continuité ; on passe du quantitatif au qualitatif, et on confère à l’obésité le statut d’un état, d’une entité pathologique. On assimile du même coup l’obésité à une infirmité, voire à une maladie (on parle souvent à son propos d’épidémie) [9]. L’étude de l’alimentation offre au sociologue, et aussi à l’historien et à l’ethnologue, l’opportunité de montrer que des usages, des pratiques, des goûts et des prescriptions qui répondent à une nécessité biologique sont aussi, et peut-être surtout, des faits sociaux et des traits de culture, de faire voir leur caractère conventionnel et arbitraire, bref de les « déconstruire » en démontant les mécanismes dont ils sont le produit. À une nécessité biologique universelle et intemporelle devraient correspondre des invariants ; mais la définition, fondamentale, du mangeable et de l’immangeable (type de la norme implicite qui va de soi et à laquelle on se conforme sans y penser) varie selon les cultures et selon les époques (impossible, impensable de faire manger du chien à un européen). Les interdits les plus répandus, ceux dont la transgression paraît la plus inacceptable, la plus monstrueuse, comme l’anthropophagie, souffrent des exceptions, ne sont pas universels. L’alimentation est, au même titre que la sexualité, l’objet d’interdits religieux particulièrement sévères. Ce qui est interdit à tel moment (les « jours maigres »), en tel lieu peut être autorisé à d’autres ; on retrouve cette répartition dans le domaine profane, dans la vie quotidienne, avec les usages qui font normes, qui déterminent le regroupement des prises alimentaires en repas, leur répartition dans le temps, les combinaisons de l’ostentation et de la pudeur alimentaire, la possibilité de manger en dehors de chez soi ou des lieux spécialisés. Les normes diététiques les plus indicatives, les plus neutres, les mieux fondées sur la connaissance scientifique des contraintes naturelles et des pathologies, comportent elles aussi des interdits, sous la forme atténuée et « douce » du conseil et de la « recommandation » (elles invitent sinon à ne pas consommer certains aliments, du moins à en consommer moins, « avec modération »), ce qui incite le sociologue à les assimiler aux règles religieuses. Autre exemple de conventions, les manières de table. Avec la gastronomie (un artisanat d’art paré d’un nom de science), l’alimentation présente le cas limite d’un luxe qui vient se greffer sur un besoin vital. Les normes de la « grande cuisine » sont des modes, au même titre que celles de la « haute couture » ; « bien manger », c’est manger « supérieurement ».

Autre raison de soupçonner l’arbitraire des normes qui régissent les prises alimentaires : en même temps qu’elle est combattue pour des raisons d’hygiène, parce qu’on la sait mauvaise pour la santé, l’obésité est réprouvée pour des raisons esthétiques, parce qu’elle paraît laide selon les critères de beauté du corps dominants dans les sociétés où s’édictent ces normes. Santé et apparence physique sont étroitement liées, comme en témoigne entre autre l’ambivalence de l’expression courante « être en forme ». Mauvaise pour la santé, l’obésité est aussi moralement mauvaise. On soupçonne implicitement les obèses d’être responsables de « leur » obésité : s’ils sont tels c’est leur faute, c’est qu’ils ont trop et mal mangé. Comme toutes les normes impératives, les normes alimentaires culpabilisent ceux qui ne s’y conforment pas ; on reproche couramment aux campagnes d’information sur les dangers de l’obésité de « stigmatiser » les obèses. C’est à juste titre que le sociologue s’efforce de reconstituer les conditions sociales de production de ces normes et de montrer ce qu’elles doivent aux particularités du contexte dans lequel elles ont été élaborées, aux caractéristiques et aux intérêts des groupes et des milieux qui les conçoivent et qui les imposent. Proprement sociologique, cette relativisation fait voir comment des modes diététiques non moins arbitraires que les modes vestimentaires ou cosmétiques peuvent passer pour des normes, mais elle aide aussi à distinguer les normes fondées sur les savoirs scientifiques des modes imaginées à la faveur de l’ignorance. Le sociologue demeure dans son rôle, dans le cadre de son métier et de la vocation de sa discipline lorsqu’il veut connaître les fonctions sociales de la diffusion et de l’imposition des normes alimentaires, lorsqu’il cherche en quoi des normes en provenance de cette espèce particulière de culture savante qu’est la culture scientifique font partie de la culture dominante et contribuent à sa domination, en quoi elles s’opposent aux savoir-faire, aux savoir-vivre, aux modes de vie propres aux classes et aux cultures populaires et les contrarient.

De la relativisation au relativisme

Mais à vouloir tout expliquer par les déterminismes sociaux, on en arrive à ne voir que des constructions arbitraires dans les normes fondées sur la connaissance scientifique des contraintes biologiques, et dans ces contraintes elles-mêmes. La relativisation sociologique rejoint alors le relativisme idéologique qui imprègne l’esprit du temps et domine l’opinion intellectuelle. En érigeant en dogme l’impossibilité de distinguer le vrai du faux, le scepticisme absolu qui est au principe de ce relativisme discrédite la science, réduite à ses fonctions sociales, réelles ou supposées. Le relativisme radical s’inscrit dans un courant d’idées qui remonte à la réaction romantique contre le rationalisme des Lumières, en Allemagne au Sturm und Drang, en France au culte rousseauiste de la bonne nature (incarnée par l’enfant, le sauvage ou le peuple) [10]. Le culte de la nature va de pair avec le rejet de tout ce qui semble artificiel, avec des formes plus ou moins fortes de technophobie, et, en pratique, avec un goût pour le « naturel » dont les manifestations sont particulièrement nombreuses en ce qui concerne l’alimentation (végétalisme, crudivorisme, instinctonutrition, etc.). Le sociologue se doit de relativiser aussi ce relativisme, de faire voir l’arbitraire de ces options et de ces croyances en mettant au jour les caractéristiques sociales de ceux qui les adoptent et les conditions de leur production et de leur diffusion. On peut supposer qu’elles sont particulièrement répandues dans les fractions diplômées des classes dominantes et des classes moyennes, où la prévalence de l’obésité est faible et qui sont sans doute les plus à même de se conformer aux normes alimentaires.

Le sociologue doit donc admettre que les normes alimentaires ne sont pas entièrement réductibles à des modes, qu’elles ne sont pas, dans leur principe, arbitraires, qu’elles ne le sont que par défaut, en l’absence de connaissances scientifiques suffisamment établies. Les restrictions, les interdits particuliers qu’elles imposent ne sont pas d’ordre moral ; ils résultent non d’une orthodoxie, du pouvoir et de la légitimité d’une institution, des croyances et de l’autorité d’un groupe, mais d’une réalité objective, indépendante des volontés humaines et des déterminismes sociaux, et c’est ce qui fait leur spécificité. S’il est bon de savoir, c’est parce que, conformément à l’idéal positiviste [11], il faut savoir pour agir, en l’occurrence, dans ce cas particulier d’application de la biologie à la médecine, pour prévenir plus que pour guérir. Mais, si éclairée et si rationalisée que soit l’action, si réalistes et si objectives que soient les connaissances sur lesquelles elle se fonde, ses motifs et le choix du but qu’elle poursuit demeurent d’ordre humain et moral. En choisissant de prévenir l’obésité, on valorise implicitement la santé, on admet implicitement que la santé est un bien et la maladie, son contraire, un mal, et, du même coup que la vie est le souverain bien et la mort le mal absolu ; prévenir l’obésité pour préserver la santé paraît aller de soi, on voit mal comment on pourrait faire le choix contraire (préserver l’obésité pour prévenir la santé). En fait la valorisation de la santé et de la vie est loin d’être universelle, comme en témoignent les guerres, les suicides, le culte, pas seulement religieux, du sacrifice, etc. Dès lors qu’on valorise la vie, et qu’on souhaite en profiter le plus longtemps possible en restant en bonne santé, on a semble-t-il tout intérêt à suivre les normes alimentaires. Mais l’intérêt que l’on a à se restreindre, à se priver du plaisir procuré par les aliments déconseillés pour vivre plus longtemps dépend de l’espérance de vie que l’on a et de l’évaluation que l’on en fait, de l’exposition à d’autres facteurs d’abrègement de la vie (antécédents médicaux, conditions de travail, etc.). Plus l’espérance de vie est réduite, comme c’est le cas dans les classes populaires, et plus on a intérêt à profiter du présent, quitte à la réduire encore, et à adopter des comportements déraisonnables, et pourtant rationnels [12].

Au risque de l’expertise : ce que peut la sociologie

L’étude de l’obésité et des normes diététiques intéresse le sociologue parce qu’elle lui pose des questions difficiles et excitantes ; elle l’amène à s’interroger sur la portée et les limites des explications que la sociologie, et plus généralement les sciences de l’homme collectif sont en mesure de donner, sur les relations que ces explications entretiennent avec celles des sciences de la nature, sur les conditions sociales d’une expertise suffisamment objective pour être vraiment utile, pour être, dans le prolongement de l’idéal positiviste de Claude Bernard, l’avant-garde d’une sociologie scientifique qui serait à la politique ce que la biologie est à la médecine. À la critique de principe des normes diététiques, à leur relativisation radicale a priori, il faut substituer ce qu’elles découragent par avance d’entreprendre, l’étude empirique des conditions sociales dans lesquelles ces normes sont conçues, diffusées et reçues. C’est en examinant les propriétés des milieux qui les produisent, leurs positions respectives, leurs appartenances professionnelles (biologie, médecine, communication), leur composition, leur organisation, leur fonctionnement, leur hiérarchie interne, les relations qu’ils entretiennent entre eux, que la sociologie permettra de distinguer, dans toute la mesure du possible, entre l’arbitraire et la nécessité, entre les savoirs et les croyances, entre les normes et les modes. Il faut pour cela revenir au principe d’une sociologie des sciences qui s’intéresse exclusivement à leur contexte social sans se croire pour autant habilitée à juger de leur contenu [13].

Les enquêtes statistiques font apparaître des différences sociales significatives dans la prévalence de l’obésité ; elle augmente à mesure qu’on descend dans la hiérarchie des classes, que le niveau d’instruction et le niveau de revenu baissent, elle varie aussi selon le sexe, selon l’âge, selon les régions [14]. Elles montrent ainsi qu’il existe des déterminants sociaux de l’obésité, à tout le moins des conditions sociales favorables à son apparition et à son développement. À partir des données statistiques, la sociologie explique en établissant des régularités qui sont l’équivalent, le substitut des lois des sciences physiques. Mais cette explication pose problème. Elle est insuffisante ; les régularités statistiques sont des « boîtes noires », qui recouvrent des processus dont on ignore le déroulement ; elles établissent une relation dont on admet implicitement qu’elle est de cause à effet entre des variables trieuses, explicatives, et des variables triées, à expliquer, mais elles ne permettent pas de connaître la succession des enchaînements causals, la réunion des conditions qui aboutissent aux variations qu’elles mesurent. L’analyse des données statistiques ne fait pas apparaître des déterminismes sociaux, du moins dans la pleine acception et au sens strict du terme. Elle identifie les caractéristiques sociales (communément appelées les « facteurs ») qui augmentent les probabilités de devenir obèse, et définit ainsi des catégories, des groupes à risque. Les individus qui présentent ces caractéristiques sont plus souvent obèses que ceux qui ne les présentent pas, et que l’ensemble de la population, mais ils ont plus de chances de ne pas être obèses que de l’être : un ouvrier a plus de chances d’être obèse qu’un cadre, mais la grande majorité des ouvriers (83%) ne sont pas obèses. Inversement ceux qui ne présentent pas ces caractéristiques et qui ont le moins de chances de devenir obèses peuvent le devenir ; c’est le cas d’une minorité de cadres supérieurs et de membres des professions libérales (8,7%), de titulaires d’un diplôme d’enseignement supérieur de troisième cycle (7,3%), de titulaires d’un revenu mensuel du ménage supérieur à 5 301 € par mois (7%).

Que la règle statistique soit l’exception et l’exception la règle pose au sociologue un problème embarrassant, mais particulièrement intéressant. Probabiliste dans ses résultats et dans son principe même, l’étude statistique l’invite à rompre avec le déterminisme strict, à s’interroger sur le rôle du hasard et à admettre qu’il n’est pas, ou pas seulement la mesure de notre ignorance ; c’est la position de Cournot, pour qui l’idée du hasard « est la clé de la statistique » [15]. Les régularités statistiques demandent elles-mêmes à être expliquées. On peut sans doute essayer d’aller toujours plus loin dans l’analyse statistique, d’entrer toujours plus avant dans le détail en multipliant les variables explicatives et en utilisant des catégories de plus en plus fines [16]. On essaiera par exemple de montrer que les cadres supérieurs obèses sont porteurs de handicaps sociaux particuliers, liés à leur origine, à leur résidence, à leur âge, à leur statut matrimonial, etc. On s’appuie ainsi sur la pluralité des causes, sur ce que Claude Bernard appelait le « déterminisme complexe », pour ramener l’exception à la règle, réduire la part du hasard et revenir au déterminisme strict. Mais on continuera d’ignorer ce que recouvrent ces régularités supplémentaires, elles-mêmes probabilistes et porteuses d’exceptions. Pour le savoir, il faut passer aux études de cas fondées sur l’observation directe, l’interview et la reconstitution des biographies. On s’intéressera en particulier aux cas atypiques, les plus improbables, comme celui de cette patiente, agrégée de Lettres classiques, fille de médecin, devenue obèse, alors que personne ne l’est dans sa famille ni parmi ses antécédents. À partir de ces cas individuels, en les comparant entre eux, on pourra constituer des familles de cas, distinguer par exemple entre les ouvriers qui ne sont pas devenus obèses parce qu’ils ont été protégés par des propriétés biologiques, par un métabolisme déficient, qui devient bénéfique quand la nourriture devient surabondante et ceux qui ont perdu, ou n’ont pas contracté les habitudes génératrices d’obésité liées à leur milieu et à leur origine sociale. C’est en associant et en combinant entre elles les méthodes quantitatives qui permettent de définir et de cibler des groupes à risque, et les méthodes qualitatives, qui permettent de reconstituer l’enchaînement des causes, que la sociologie pourra aider à prévenir l’obésité, voire à y remédier.

Plus la sociologie est scientifique, plus ses méthodes sont rigoureuses, et plus ses enseignements devraient attirer et retenir l’attention des professionnels de la santé. Mais sa crédibilité et son audience se heurtent à des obstacles sociaux ; la culture professionnelle des médecins, la formation qu’ils ont reçue ne les incitent guère à s’intéresser aux aspects sociaux des pathologies et à les prendre en compte. J’en ai fait l’expérience en participant à un groupe de réflexion sur le diabète et le surpoids. Ma participation à ce groupe était sociologiquement improbable ; elle est due à l’intervention d’un médecin sociologue, exceptionnellement doté de propriétés sociales généralement incompatibles entre elles, en l’occurrence (sur le modèle de Canguilhem, médecin et philosophe) d’une double formation que la dichotomie du système d’enseignement français, divisé entre les lettres et les sciences, rend le plus souvent impossible. Garantie, s’il en eût été besoin, par l’exotisme de ma discipline, mon indépendance par rapport à d’éventuelles demandes des commanditaires du groupe était totale. Mes interventions ne laissaient pas les médecins indifférents ; l’un d’entre eux m’a demandé un article pour une revue spécialisée (Diabète et obésité). Je pouvais les sensibiliser au point de vue sociologique, mais je ne pouvais pas les amener à se l’approprier, à l’intégrer dans leur culture, dans leur vision du malade et de la maladie.

La connaissance des caractéristiques sociales des patients n’est sans doute pas dépourvue d’intérêt pratique ; elle permet de mieux adapter à chaque cas les prescriptions médicales relatives à l’hygiène de vie et au régime alimentaire, de les rendre plus réalistes et plus acceptables, plus faciles à observer et à suivre durablement. Mais les prescriptions du sociologue ne sont pas toujours aisées à suivre pour un médecin. Il est difficile, par exemple, de doubler l’interrogatoire médical par un interrogatoire sociologique ; les conventions sociales propres à la situation de consultation définissent en effet ce qu’il est d’usage et donc normal de demander (on peut demander au patient sa profession ; il est déjà plus délicat de l’interroger sur ses revenus, sur ses diplômes, sur la profession de son père). Par ailleurs, les médecins n’ont pas plus que les sociologues le pouvoir de « changer la société ». Plus les déterminismes que la sociologie met en évidence sont puissants, plus l’explication sociologique est pertinente, et plus les possibilités d’action offertes par l’expertise sociologique sont limitées. Dans la présentation de ses prescriptions, dans sa relation avec le patient, le médecin peut tenir compte des dispositions liées à l’origine et à la position de celui-ci ; il peut essayer de les infléchir, de les tourner, mais il ne peut pas agir sur les causes profondes qui sont à l’origine de ces dispositions et qui les entretiennent. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les obstacles sociologiques à l’acceptation et à l’observation des prescriptions et des normes relatives à l’alimentation soient souvent perçus comme des obstacles psychologiques.

Expertise critique et critique de l’expertise

La critique proprement sociologique des normes diététiques vise à distinguer ce qui, dans ces normes, est le produit de l’arbitraire des goûts, des opinions et des croyances et les apparente à des modes vestimentaires, cosmétiques ou intellectuelles, de ce qui est nécessaire, i.e. de ce qui correspond aux exigences et aux sanctions de la réalité biologique et qui permet de prévenir et de guérir des pathologies objectivement définies comme telles par leurs effets nocifs. Pour que cette critique se développe et s’aiguise, il faut concevoir et réaliser les recherches empiriques capables de démêler les relations de l’arbitraire et de la nécessité, de montrer comment l’arbitraire se greffe sur la nécessité ; il faut la protéger contre la tentation et les facilités d’une critique expéditive, fondée sur l’idéologie du relativisme absolu et sur ses raccourcis pseudo-théoriques. Pour éviter que la sociologie sociologisante tourne au sociologisme, et la relativisation sociologique au relativisme, il faut que la sociologie critique fasse sa propre critique en s’appliquant à elle-même les méthodes d’investigation empiriques caractéristiques de l’expertise. L’expertise de son côté doit se soumettre à la critique sociologique des conditions dans lesquelles elle est conduite et produit ses rapports. Ses procédures empiriques, ses choix de méthode, l’outillage dont elle se sert, les techniques qu’elle met en œuvre doivent aussi faire en permanence l’objet d’un examen critique visant à contrôler leur objectivité, leur neutralité interprétative, à reconnaître leur portée, c’est à dire leurs limites, à savoir ce qu’ils permettent ou non de savoir, ce qu’ils donnent à penser et ce qu’ils portent à croire ; c’est le principe de la vigilance bachelardienne. Sous ce rapport la sociologie engagée ne diffère pas de la sociologie appliquée. Le sociologue qui se met au service d’une cause doit lui aussi veiller à préserver son indépendance et sa neutralité professionnelles, activer sa capacité critique et la mobiliser pour se soustraire à l’influence des modes intellectuelles et des orthodoxies [17].

par Claude Grignon , le 27 janvier


 


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Pour citer cet article :

Claude Grignon, « Une sociologie des normes diététiques est-elle possible ? », La Vie des idées, 27 janvier 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Une-sociologie-des-normes-dietetiques-est-elle-possible.html

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Notes

[1Claude Grignon, Christiane Grignon, « Styles d’alimentation et goûts populaires », Revue française de sociologie, vol. 21, n° 4, 1980, p. 531-569.

[2Claude Grignon, Jean-Claude Passeron, Le savant et le populaire, misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Gallimard-Le Seuil, coll. Hautes Études, 1989.

[3Sur la différenciation sociale des pratiques alimentaires, cf. Claude Grignon, "La règle, la mode et le travail : la genèse sociale du modèle des repas français contemporain", in Maurice Aymard, Claude Grignon, Françoise Sabban (dir.), Le temps de manger : alimentation, emploidu temps et rythmes sociaux, Paris, Éditions de la MSH et INRA-éditions, 1993, p. 275-321. Claude Grignon, Christiane Grignon, "Long-Term Trends in Food Consumption : a French Portrait", Food & Foodways, vol. 8, n° 3, p. 151-174. Claude Grignon, Christiane Grignon, « French Meals », in Herbert L. Meiselman (dir.), Meals in Science and Practice, Cambridge, Woodheadpublishing, 2009, p. 343-358.

[4André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1960 [Alcan, 1936].

[5Émile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, 1894, p. 50.

[6« Il pourrait arriver qu’on nous accusât d’avoir voulu absoudre le crime, sous prétexte que nous en faisons un phénomène de sociologie normale. (...) partant de ce fait que le crime est détesté et détestable, le sens commun en conclut à tort qu’il ne saurait disparaître trop complètement. Avec son simplisme ordinaire, il ne conçoit pas qu’une chose qui répugne puisse avoir quelque raison d’être utile, et cependant il n’y a à cela aucune contradiction. N’y a-t-il pas dans l’organisme des fonctions répugnantes dont le jeu régulier est nécessaire à la santé individuelle ? ». Ibid, p. 7.

[7« Si l’on convient de nommer type moyen l’être schématique que l’on constituerait en rassemblant en un même tout, en une sorte d’individualité abstraite, les caractères les plus fréquents dans l’espèce avec leurs formes les plus fréquentes, on pourra dire que le type normal se confond avec le type moyen, et que tout écart par rapport à cet étalon de la santé est un phénomène morbide ». Ibid., p. 42.

[8L’indice de masse corporelle, IMC (ou Body Mass Index, BMI) est égal au poids, en kilogrammes, divisé par le carré de la taille, en mètres.

[9Sur l’opposition entre le dualisme manichéen de la médecine traditionnelle, qui fait de la Santé et de la Maladie deux entités qui « se disputent l’Homme comme le Bien et le Mal le Monde », et le continuisme de la médecine expérimentale, qui voudrait que « l’état pathologique ne soit rien d’autre, au fond, que l’état normal », cf. Georges Canguilhem, Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique, Paris, Les Belles Lettres, 1950, p . 64. « Substituer à un contraste qualitatif une progression quantitative ce n’est pas pour autant annuler cette opposition. Elle se maintient toujours à l’arrière-plan de la conscience qui a choisi d’adopter le point de vue théorique et métrique ».

[10Cf. Henri Brunschwig, Société et romantisme en Prusse, crise de l’état prussien et genèse de l’esprit romantique, Paris, Flammarion, 1973.

[11Cf. Georges Canguilhem, op. cit., p. 55.

[12Claude Grignon, « Les déterminants sociaux de l’obésité », Diabète et Obésité, vol. 6, n° 4, 2011.

[13« Because the constructivist-relativists deny that there is any conceptual difference between science and other human endeavours, they feel entitled to pass judgment on the content of science, not only on its social context ». Mario Bunge, « In Praise of Intolerance to Charlatanism in Academia », in Paul R. Gross, Norman Levitt, Martin W. Lewis (dir,), The Flight from Science and Reason, New York, The New York Academy of Science, 1996, p. 96-115. (« Parce que les constructivistes-relativistes nient qu’il y ait la moindre différence conceptuelle entre les sciences et les autres tentatives humaines, ils se croient habilités à porter un jugement sur le contenu de la science, et pas seulement sur son contexte social »).

Sur le scepticisme radical qui est au principe du relativisme et sur les deniers (négateurs) pour qui la science « ne peut espérer atteindre son objectif parce que la vérité est une chose qui n’existe tout simplement pas », cf. Jacques Bouveresse, « Le besoin de croyance et le besoin de vérité », Agone, n° 38-39, 2008, p. 281-306. 

[14Les cadres supérieurs et les membres des professions libérales sont presque deux fois moins nombreux que les ouvriers à être obèses (8,7% contre 16,7%) ; l’obésité est un peu moins fréquente chez les employés (16,2%) que chez les ouvriers, et nettement plus fréquente que chez les cadres moyens (11,8%). Enquête Obépi-Roche 2012. Ces écarts ont tendance à s’accroître, notamment selon le niveau de revenu et le niveau de diplôme.

[15« Le fait naturel ainsi établi ou constaté consiste dans l’indépendance mutuelle de plusieurs séries de causes et d’effets qui concourent accidentellement à produire tel ou tel phénomène, à amener telle

ou telle rencontre, à déterminer tel événement, lequel, pour cette raison est qualifié de fortuit ». Antoine-Augustin Cournot, Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes, Paris, Vrin, 1973 [1872].

[16Cf. Claude. Grignon, Sociologie et Idéologie, Genève, Droz, 2008 (n° spécial, 142, de la Revue européenne des sciences sociales).

[17Claude Grignon, « L’enquête sociologique, la critique sociale et l’expertise politique », Revue européenne des sciences sociales, Tome XXXVIII, n° 118, 2000, p. 101-113.


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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 09:58
Voici le lien vers le programme des débat (Sénat ,assemblée  nationale ,experts,)et une vidéo des auditions du 22 janvier 2015 qu'organisa  l ’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques sur la fillière semence:

 http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-oecst/programme_AP_filiere_semenciere.pdf

Vous avez possibilité de télécharger cette vidéo qui dure quand même un peu plus de 4 heures sur http://t.co/KYOjnjurBL mais permettra à ceux qui veulent avoir un aperçu assez complet sur la question des semences de se faire une idée assez équilibrée en écoutant les différents acteurs en présence,et d'après les "observateurs ,la ssurprise vient de la très faible présence des parlementaires.
Pour écouter les interventions unes par unes et choisir celles qui nous intéressent:
il suffit de cliquer sur les lignes du sommaire présenté sur la droite de la page et qui donne accès à chaque séquence.
-celles  des "associatifs"sont à 2h11, 2h39 (Guy Kastler) et 2h59 (Jean-François Berthelot); à 3h36 intervention de Kokopelli.
-Notons aussi que les questions de Marie-Christine Blandin , Sénatrice EELV du Nord semblent vraiment pertinentes à 1h54.

Comment des OGM cachés arrivent sur le marché

De nouvelles semences issues des dernières techniques de manipulation génétique échappent à la législation.

 

LE MONDE | 22.01.2015 à 14h56 •  Par Pierre Le Hir

image: http://s1.lemde.fr/image/2015/01/22/534x0/4561679_3_1765_culture-de-mais-ogm-a-chappes-puy-de-dome_5abbf1bdaf9ca0b8775d10b6c7fe39f9.jpg

Culture de maïs OGM à Chappes (Puy de Dôme) par l'entreprise Biogemma, en mai 2014.

 

 

Elles ne sont pas encore dans nos assiettes. Mais, dans les laboratoires des sociétés de biotechnologies, elles poussent à vive allure. Et elles ne tarderont pas à arriver sur le marché. Ce sont de nouvelles variétés de plantes, céréales, fruits et légumes issues des techniques de manipulation génétique les plus avancées. Il s’agit bien, au sens propre, d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Pourtant, elles n’ont pas encore de statut. Tandis qu’aux Etats-Unis des variétés de colza et de pomme de terre ont été exemptées de procédure d’autorisation par le ministère de l’agriculture, en Europe, ces cultures en germe échappent pour l’instant à toute réglemen-...

 

« Bioconfiner » les micro-organismes

L’agroalimentaire, l’industrie, la pharmacie et le secteur de l’énergie
font de plus en plus appel à des micro-organismes génétiquement
modifiés pour produire des molécules. Deux études américaines,
publiées jeudi 22 janvier dans Nature, proposent des
pistes pour leur interdire de survivre hors des laboratoires et
éviter qu’ils n’envahissent l’environnement. L’idée des équipes de
George Church (Harvard) et Farren Isaacs (Yale) a été d’introduire
dans le génome de la bactérie E. coli des fragments d’ADN qui la
rendent dépendante de la présence d’acides aminés qui ne sont
pas disponibles dans la nature. Le généticien français Philippe
Marlière, pionnier du « bioconfinement », salue ces avancées,
mais note que « l’irréversibilité du confinement est loin d’être encore
établie, aussi bien théoriquement qu’expérimentalement ».

 

... tation. Et ce, alors que l’Union européenne (UE) vient d’adopter une nouvelle législation réformant le processus d’autorisation des OGM, après des années de blocage sur le sujet.

 

Les OGM classiques sont obtenus par la méthode de la transgénèse : un gène étranger provenant d’un autre organisme – un transgène – est introduit dans le génome d’une espèce végétale ,pour lui conférer une ou plusieurs propriétés. Par exemple  le pouvoir de sécréter un insecticide qui le protège des ravageurs − c’est le cas du seul OGM cultivé en Europe  le maïs MON 810 de Monsanto actif contre la pyrale − ,ou une tolérance aux herbicides qui lui permet de survivre à l’épandage de désherbants tels que le Roundup  de la même firme américaine Monsanto. A côté de la transgénèse existe pourtant une autre voie : la mutagénèse. Des mutations aléatoires sont provoquées dans le génome...

 

(L’industrie des,biotechnologies explore de nouvelles pistes, plus rapides' moins coûteuses, comme l’« édition de gènes ».)

 

...d’une plante en l’exposant à des agents chimiques ou à des radiations (rayons gamma ou rayons,X) puis, parmi tous les mutant obtenus, sont sélectionnés ceux, qui possèdent les propriétés recherchées,  meilleur rendement, résistance aux parasites  tolérance à la sécheresse…

Ce procédé est utilisé depuis plus d’un demi-siècle – quelque 3 000 variétés végétales mutées sont répertoriées dans le monde – et ses promoteurs font valoir qu’ils ne font qu’accélérer le processus de mutation qui  ,dans la nature , se produit de façon spontanée .Si bien que, selon eux, il n’existe pas de différence entre les mutants naturels et artificiels

 

 Paysage incontrôlable.

 

La commercialisation récente de colza et de tournesol rendus tolérants aux herbicides par mutagénèse,n’en a pas moins suscité une vive contestation. Notamment en France, de la part de la Confédération paysanne, des Faucheurs,volontaires et de plusieurs ONG, qui y voient des « OGM cachés » encourageant un usage intensif de produits herbicides nocifs pour l’environnement et la biodiversité.

C’est que l’Union européenne, tout en attribuant à ces plantes mutées la qualification d’OGM, les a exclues du champ d’application de sa directive de 2001 sur les organismes génétiquement modifiés – ceux, précise pourtant ce texte, « dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison,naturelle ». Ce qui est le cas avec la mutagénèse.

 

D’ici peu, le paysage va devenir encore plus complexe, sinon,incontrôlable. Car l’industrie des biotechnologies explore aujourd’hui de nouvelles pistes, plus rapides, moins coûteuses et moins aléatoires, comme « l’édition,de gènes ». Ces procédés s’apparentent à une chirurgie de précision. Grâce à des « ciseaux à,ADN » – des nucléases –  il est possible d’opérer une coupure sur un site ciblé du génome soit pour y insérer un gène étranger, soit pour modifier ponctuellement un gène, soit encore pour inactiver un gène.

 

L’objectif est toujours d’améliorer les performances agronomiques des végétaux, ou de les rendre résistants aux pathogènes et tolérants aux stress (chaud, froid,,salinité, manque d’eau…), ainsi qu’aux herbicides. Mais il est atteint, vantent les industriels, avec beaucoup plus de fiabilité. Cela, même si le risque existe que les ciseaux coupent l’ADN ailleurs qu’à l’endroit prévu, ce qui pourrait,déclencher des mutations non désirées.

 

Tous les géants du secteur, Monsanto, Syngenta, Pioneer, Bayer,ou BASF, sont sur les rangs. Mais ces technologies sont aussi à la portée de start-up, comme la société française Cellectis qui, spécialisée dans le traitement des cancers, s’est lancée dans l’ingénierie du végétal  avec sa filiale Cellectis Plant Sciences, implantée aux Etats-Unis.

 

Brouillard réglementaire.

 

Or, ces nouvelles variétés germent dans le brouillard réglementaire le plus épais. Alors qu’aux Etats-Unis l’administration tranche au cas par cas, au sein de l’UE, rien n’a encore été décidé. Ces semences entreront-elles dans le périmètre de la directive sur les OGM ? Passeront-elles entre les mailles du filet ? Interrogée, la Direction de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission de Bruxelles répond que la question « est complexe et nécessite une analyse juridique approfondie, qui est en cours et dont....

 

(« Ce qui pose,problème, c’est la frénésie, et la rapidité avec laquelle on modifie le monde du vivant »

FRÉDÉRIC JACQUEMART,France Nature Environnement.)

 

LE CHIFFRE
4 %des terres

C’est la part des terres agricoles
cultivées dans le monde avec
des plantes génétiquement
modifiées, en 2013. Soit 170 millions
d’hectares, dont 70 millions
aux Etats-Unis, 40 millions au
Brésil et 24 millions en Argentine.
En Europe, seul le maïs
MON810 est cultivé, pour l’essentiel
en Espagne (132 000 ha)
et au Portugal (8 500 ha). Les
principales plantes transgéniques
commercialisées sont le
soja, le maïs, le coton et le colza,
en majorité pour l’alimentation
animale et la production de biocarburants

 

...les conclusions seront rendues dans les prochains mois ». Pour les industriels, l’enjeu est majeur. Si leurs produits ne sont pas catalogués comme OGM, « ils seront dispensés des procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage et de suivi des impacts potentiels sur l’environnement », explique Eric Meunier, de l’association d’« information critique et indépendante » Inf’OGM. Ils éviteront également l’image souvent négative associée aux cultures génétiquement modifiées. Mais les entreprises veulent aussi être fixées pour ne plus investir dans ce domaine en aveugle.

 

« Depuis des années, la profession et les chercheurs attendent que la question soit tranchée par la Commission européenne, qui a peur d’ouvrir une boîte de Pandore », commente Peter Rogowsky, généticien moléculaire à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce chercheur coordonne le projet Genius, qui regroupe quinze partenaires publics et privés français et qui vise à « l’amélioration et l’innovation,technologiques pour les plantes  d’une agriculture durable ». Il porte  notamment sur différentes variétés de maïs, riz, pomme,de terre, blé, tomate ou colza.

 

 « Les nouvelles technologies d’ingénierie,du génome sont avant tout de formidables outils de recherche », défend M. Rogowsky. L’objectif est de « générer des,connaissances pour mieux répondre aux défis d’une agriculture productive et durable». Olivier Le Gall, directeur général délégué de l’INRA  ajoute : « Il est indispensable, tant pour les partenaires privés que pour la puissance publique, de disposer en France et en Europe d’une très bonne maîtrise de ces techniques émergentes. »

 

Tel n’est pas l’avis de Frédéric Jacquemart, chargé des biotechnologies à France Nature Environnement et ancien vice-président du comité économique, éthique,et social du Haut Conseil des biotechnologies (HCB). « Ce qui pose problème, dit-il, ce n’est pas tel ou tel OGM. C’est la frénésie et la rapidité avec laquelle on modifie le monde du vivant en y introduisant, de façon massive, des plantes qui n’ont pas l’historicité de ce système et qui n’ont pas évolué en cohérence avec lui. »

 

Bénédicte Bonzi, qui représente,les Amis de la Terre au HCB, abonde dans ce sens. « Ces nouvelles variétés répondent à la définition des organismes génétiquement modifiés, estime-t-elle. Les exclure du champ réglementaire,les rendrait invisibles et priverait les citoyens de toute possibilité de savoir si elles sont dangereuses ou non pour l’environnement et la santé.

Le principe de précaution n’est pas optionnel. Notre responsabilité pour les générations futures est engagée. »

 

 Pierre Le Hir

 

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 09:20

OGM : le droit de dire NON enfin reconnu

Communiqué de presse de la délégation socialiste française – Gilles Pargneaux

OGM : LE DROIT DE DIRE NON ENFIN RECONNU

La directive que le Parlement européen vient de voter sur les OGMs (480 voix pour, 159 contre et 58 abstentions) est une belle première victoire. Elle marque une première étape après des semaines de travail et de négociations auxquelles j’ai participé comme Rapporteur socialiste.

Faute de position commune du Conseil sur les OGMs, la Commission autorisait auparavant les cultures génétiquement modifiées et les États qui souhaitaient, comme la France, défendre leurs consommateurs et leur agriculture étaient systématiquement condamnés par la Cour de Justice de l’Union européenne. Après une négociation longue et difficile face à un Conseil peu flexible, nous sommes parvenus, avec Frédérique Ries, Rapporteur belge du texte, à renforcer la protection des consommateurs, des agriculteurs et des États membres.

D’ici le printemps 2015, les États membres pourront restreindre ou interdire la culture d’OGM sur leur territoire en invoquant des motifs environnementaux, agricoles et socio-économiques. D’ici deux ans, les États membres prendront des mesures pour empêcher les contaminations de cultures traditionnelles par des cultures OGM dans les zones transfrontalières. La Commission européenne s’est engagée à réviser et à renforcer les règles de l’évaluation des risques menée par l’Autorité de sécurité des aliments (EFSA) d’ici deux ans.

Cette directive, qui donne plus de sécurité pour les États membres opposés aux OGMs, plus de sécurité pour les agriculteurs favorables aux cultures traditionnelles ou biologiques et plus de sécurité pour les consommateurs européens, est un très bon début.

Même si nous ne sommes pas parvenus à persuader les 28 États membres de l’Union européenne que cette directive devait être adoptée sous le prisme « environnement » plutôt que sous l’angle « marché intérieur », nous avons réellement réussi à « verdir » cette proposition législative. Elle devra naturellement être renforcée au cours des prochaines années à la lumière des futures études sur les dangers environnementaux et sanitaires des OGM

OGM: nouvelle procédure d'autorisation dans l'UE

 
"EU Corporate": La puissance publique européenne abdique. Aux multinationales d'ouvrir le bal.
 
Le groupe des Verts-ALE a voté contre le rapport de la libérale Frédérique Ries sur la nouvelle  procédure d'autorisation des organismes génétiquement modifiés dans l'UE. Suite à l'adoption du rapport par le parlement européen, José Bové,  membre de la Commission agriculture-développement rural et de la délégation UE-USA, a déclaré:
 
"Avec  cette procédure de renationalisation des autorisations des OGM, l'Union européenne jette l'éponge pour laisser aux Etats la possibilité théorique de négocier directement avec les compagnies leur opposition à l'introduction d'OGMs sur leur territoire.  La Commission européenne  renonce par-là  à ses fonctions de défense de l'intérêt général et lui préfère une Europe des OGMs à la carte. 
 
Plus grave encore, en donnant l'impression de redorer le blason de la subsidiarité et de la souveraineté nationale, cette nouvelle procédure institutionnalise le rôle des multinationales. 
Chaque Etat devra donc leur signifier son intention d'interdire les ogms qu'elles veulent lui vendre et obtenir leur accord pour être légitimé à ne pas suivre la décision d'autorisation qui sera donnée par la Commission. L'intérêt général,  les règles pour la cohabitation des cultures, l'évaluation des risques et la santé publique, autant de questions reléguées au second plan.  
 
Enfin, aucune garantie juridique n'est donnée aux Etats "récalcitrants" dont la décision "souveraine" déplairait aux compagnies qui entameraient alors une procédure devant un tribunal arbitral ou devant l'OMC. La décision d'aujourd'hui colle donc à l'esprit du temps. Celui de puissances publiques qui non seulement ne cherchent plus à réguler mais se lient également  les mains au profit des intérêts privés. Une démission politique qui résonne avec  ce que nous rencontrons actuellement dans le cadre des négociations transatlantiques. En particulier sur les Cours privées d'arbitrage entre Etats et compagnies qui court-circuitent les  tribunaux et minent toujours plus les Etats dans leurs fonctions régaliennes.
Beaucoup pensent que l'Europe est impuissante. Force est de reconnaître qu'en tout cas l'UE dans son ensemble et les Etats individuellement y travaillent méthodiquement."

Le Parlement européen entérine l’accord sur les OGM

Reuters le 13/01/2015 à 13:23
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LE PARLEMENT EUROPÉEN ENTÉRINE L'ACCORD SUR LES OGM
LE PARLEMENT EUROPÉEN ENTÉRINE L'ACCORD SUR LES OGM

STRASBOURG (Reuters) - Le Parlement européen a adopté mardi un texte de compromis entre les gouvernements de l'UE qui autorise la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM) au niveau communautaire tout en permettant à chaque Etat de les interdire sur son sol.

Le projet de directive a été approuvé par 480 voix contre 159 et 58 abstentions.

La France fait partie des Etats qui ont bataillé pour cette solution à un problème qui divise de longue date les gouvernements et les citoyens de l'UE.

Le groupe écologiste du Parlement européen s’y est opposé en qualifiant la nouvelle réglementation de "cheval de Troie" ouvrant la voie à la culture d'OGM à travers le continent.

La Commission européenne conservera le pouvoir d'interdire ou d'autoriser la culture de chaque variété d'OGM à travers l'UE en se fondant sur un avis scientifique.

Dans le cas où l'exécutif européen donnerait son feu vert, un Etat pourra ensuite demander à ne pas appliquer cette décision sur tout ou partie de son territoire.

Il pourra aussi passer par la Commission européenne pour que celle-ci demande aux fabricants de semences génétiquement modifiées de les exclure des demandes d'autorisation formulées à Bruxelles.

Pour l'instant, le maïs MON810 de Monsanto est la seule semence génétiquement modifiée autorisée à la culture en Europe, et ce depuis’98. Il est cultivé depuis une décennie en Espagne et au Portugal.

(Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse)

 
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