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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 08:56

#EGAlim : l'industrie aux avant-postes - Inf'OGM 

-avant l'article d'inf'OGM qui suit sur l'agrobusines,avec moulte détails ,  l'administration du blog  se préoccupant d'informer au maximum le lecteur sur une alimentation pouvant comporter des risques pour sa santé l'oriente et donne à savoir sur

-les méfaits du cartel des empoisonneurs

POISON CARTEL – TOXIC CAPITAL - Seed Freedom

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-La machination générale d'un empoisonnement

Etats-Unis: Monsanto aurait manipulé les médias et la recherche

-Et des risques pour la santé  quand des OGM sont contenus sans le dire dans les compléments alimentaires pour adultes

UE - Des compléments alimentaires fabriqués à l'aide d'un OGM

-article d'inf'OGM

Le ministère de l’Agriculture a rendu public [1], le jeudi 3 août, le nom des président-e-s des ateliers des États généraux de l’alimentation (#EGAlim). A l’évidence, l’industrie a réussi à se tailler la part du lion. Sur les 20 présidents, huit sont issus de l’industrie agro-alimentaire, six sont des élus, deux représentent la recherche publique et deux autres l’intérêt général d’un point de vue associatif [2].

Le ministère de l’Agriculture a rendu public le jeudi 3 août 2017, les noms des Président-e-s des ateliers des Etats Généraux de l’Alimentation qui sont, d’après le site du ministère, « des personnalités dont la compétence et la connaissance reconnue sur ces différentes thématiques favoriser l’émergence de propositions et d’initiatives concrètes et innovantes ».

Les associations environnementalistes, les partisans d’une agriculture paysanne, les organisations de solidarité internationale sont les grands perdants de cette distribution à l’inverse de l’industrie qui présidera huit ateliers sur 20.

Les deux seules structures issues du monde associatif dont un des membres s’est vu proposé un poste de président d’un atelier sont la CLCV, une des deux grosses associations de défense des consommateurs, et le réseau Alerte, une fédération d’associations de lutte contre l’exclusion (dont la Cimade, Emmaüs, ATD Quart Monde, Médecin du Monde). Jean-Yves Mano, président de la CLCV, co-présidera l’atelier 1 sur les attente des consommateurs avec Dominique Verneau, directeur de production des laiteries Triballat, à Rians dans le Cher, une laiterie familiale [3].
François Soulage, président d’Alerte, économiste de formation, et qui a été pendant six ans responsable du Secours Catholique, présidera l’atelier 12 consacré à la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Une forte présence de l’agro-industrie

Le monde de l’agro-industrie présidera entre autres l’atelier 3, consacré au concept flou de « bioéconomie ». À sa tête, on trouvera Rémi Haquin et Karen Serre, respectivement Président(e) d’Adivalor et du réseau Trame. Ces deux structures sont impliquées dans la valorisation des déchets. Adivalor « valorise » les déchets plastiques, recycle les produits phytosanitaires [4] et Trame promeut la méthanisation et le compostage industrielle. À aucun moment, dans le rapport d’activité 2016 d’Adivalor n’est évoqué une quelconque stratégie pour réduire les déchets. Il ne s’agit que de les valoriser. Or, la présence de InVivo – l’un des plus importants producteurs et vendeurs de pesticides au monde - comme actionnaire partenaire d’Adivalor indique que l’objectif n’est pas la réduction de l’usage des pesticides mais la valorisation des bidons. On est loin de la problématique de l’alimentation. La question est donc encore une fois avant tout économique : oui, les déchets peuvent créer de la valeur, mais est-ce cette valorisation que les « mangeurs » attendent ?
Remi Haquin, Président d’Adivalor est aussi administrateur de Limagrain, le 4° semencier mondial, d’Unigrains Développement et Unigrains Diversification, de la Société pour l’expansion de l’agriculture céréalières [5], une société anonyme doté d’un capital de 1,7 millions d’euros…

Axereal est « la première coopérative céréalière française, collectant cinq millions de tonnes de grains », et a réalisé un chiffre d’affaires de 3,3 milliards d’euros en 2016. Son président, Jean-François Loiseau, présidera l’atelier 4 qui réfléchira, entre autre, à comment « conquérir de nouvelles parts de marché sur les marchés européens et internationaux ». Axereal est une pieuvre aux mille ramifications présente dans de nombreux pays européens (Royaume Uni, Irlande, Belgique, Roumanie, Serbie, Hongrie, Croatie) et en Algérie. Elle est investie dans le domaine des semences et dans la gestion des données météorologiques. Ce groupe entend utiliser le Big Data pour « guider l’exploitant dans son choix de variétés, l’aider à maximiser le rendement et la qualité de ses récoltes, et minimiser l’impact de conditions défavorables » [6].
Axereal joue sur tous les tableaux : « Sur l’ensemble des usines, nous réceptionnons trois catégories de matières premières : bio sur deux sites dédiés, sans OGM ou avec OGM » [7]. Mais la coopérative défend une agriculture intégrée dans un marché international. Sur leur site, à la page « stratégie », on peut en effet lire que « la compétitivité n’est pas une option, c’est une nécessité » ou encore que « l’international répond à la stratégie de conquête de valeur ajoutée » [8].
Quant à l’engagement en matière de développement durable, la stratégie du groupe se résume à une phrase : « Pleinement conscients de notre empreinte sociétale, nous sommes engagés dans une démarche de progrès volontaire et citoyenne ». « Le groupe Axereal a choisi de manager la Responsabilité Sociétale par une approche pragmatique et réaliste »… très pragmatique, car Axereal précise d’une part que « la démarche RSE est, pour nous, une possibilité de nous différencier et de fidéliser nos clients. Mais attention, il faut rester compétitif, le facteur prix reste le premier critère de sélection » et, d’autre part que « les contraintes environnementales de notre pays et l’insuffisance de progrès génétique des variétés se traduisent par une stagnation du taux de protéine indispensable à une bonne transformation ».

Autre acteur de la valorisation non alimentaire de l’agriculture, le groupe Avril qui défend contre vent et marée les agrocarburants (et notamment la filière Diester). Yves Delaine, son directeur général délégué, s’est vu confier la présidence de l’atelier 6 qui cherchera à « adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs ». On retrouve aussi le groupe Avril avec la présidence de l’atelier 13 consacré à « renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et des filières alimentaires ». Son président, Sébastien Windsor, présenté comme le Président de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime, est aussi vice-Président d’Avril, administrateur de Sofiprotéol, deux mandats passés sous silence par le ministère.

Après l’industrie et les big coopératives, le troisième pilier de l’agro-alimentaire, à savoir la grande distribution. François Eyraud, directeur général de « Produits frais Danone », et Serge Papin, président directeur général de Système U - présideront l’atelier 5 dont l’objectif est de « Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs ». Deux co-présidents pourraient se justifier si l’un d’entre eux représentait le monde agricole. Cet atelier sera donc placé uniquement sous la tutelle des seuls acheteurs en gros.

L’industrie n’a pas toutes les présidences. Ainsi, La recherche publique a également récupéré deux présidences. Philippe Mauguin, président général de l’Inra, présidera l’atelier « préparer l’avenir » et Marion Guillou, ex- de l’Inra et désormais présidente d’Agreenium, présidera l’atelier 8 « assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation française dans une économie agroalimentaire mondialisée et dans un contexte de changement climatique tout en prévenant les contaminations chimiques ».

Les autres présidents sont des élu-e-s. L’équilibre semble un peu mieux respecté. On trouve des anciens ministres écologistes (Dominique Voynet) ou socialistes (Guillaume Garot), des députés / sénateurs Les Républicains (Sophie Primas), de la Nouvelle Gauche (Dominique Potier), etc.

Guillaume Garot a été ministre délégué à l’Agroalimentaire dans le gouvernement de Jean-Marc Ayraut. En tant que député socialiste, il a posé de nombreuses questions parlementaires qui témoignent d’un réel intérêt pour l’écologie [9], la défense de l’agriculture bio [10], le soutien aux associations [11] et exprimé ses craintes de certains pesticides comme le Cruser [12]. Il est actuellement président du Conseil national de l’alimentation et l’auteur du rapport parlementaire « Lutte contre le gaspillage alimentaire : propositions pour une politique publique » qui a abouti à la loi contre le gaspillage alimentaire votée à l’unanimité du Parlement en février 2016.

Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle du groupe « nouvelle gauche », est aussi agriculteur bio et président du comité consultatif de gouvernance Ecophyto sur la réduction des pesticides. Il a entre autre soutenu la loi contre l’accaparement des terres.

Sophie Primas, sénatrice Les Républicains des Yvelines, est une personne aux positions ambigües. En 2012, elle est chargée d’une mission commune d’information sur les pesticides et leurs impacts sur la santé. Le rapport final conclut à une sous-évaluation des risques des pesticides pour la santé. En 2016, elle a voté la loi « biodiversité » mais elle a contribué à amender le texte, se prononçant notamment contre les « zones prioritaires de biodiversité », contre l’interdiction totale des néonicotinoïdes mais en faveur de leur remplacement par des produits et méthodes de substitution sous l’égide de l’Anses. Elle s’est opposée aussi en mars 2016 à l’introduction d’un seuil de 20 % de bio en restauration collective publique d’ici 2020/21, et à l’engagement de la circulaire du 2 mai 2008 relative à l’exemplarité de l’État en matière d’utilisation de produits bio dans la restauration collective. En 2017, elle a soutenu François Fillon comme candidat à la présidentielle [13] qui défendait alors les OGM et les nouvelles techniques de modification génétique. À ce titre,dans le journal en ligne pro-ogm, pro-pesticide Agriculture et environnement » [14], elle affirme que « le pavillon tricolore qui orne la Ferme France doit retrouver sa grandeur dans une temporalité qui impose au politique de prendre en considération les réalités économiques et de ne pas sombrer dans un écologisme militant dogmatique. L’agro-écologie ne peut être imposée en opposition à notre économie agricole contemporaine ». Elle conclut sa tribune ainsi : « Confiance. Liberté. Innovation : oui, renouons avec une agriculture forte et conquérante ».

Certes, les présidents ne feront pas la pluie et le beau temps de ces EGAlim, d’autres acteurs comme les associations et syndicats pourront s’exprimer au cours des ateliers. Cependant, en nommant de telles personnalités, le gouvernement envoie un signal clair. La question sera avant tout économique et ces États généraux ne devraient pas mettre en péril la filière des pesticides ni celle des circuits de production et de distribution actuels.

[2Les deux autres présidents sont Dominique Voynet, ex-ministre et actuellement inspectrice générale des Affaires sociales et Guy Canivet, ancien premier président de la Cour de cassation, ancien membre du Conseil constitutionnel

[3A ne pas confondre, comme nous l’avons fait dans une version précédente de cet article, avec les fromageries Triballat à Noyal sur Vilaine. Comme nous l’a précisé M. Verneau, « les deux sociétés sont indépendantes et n’ont au lien entre elles si ce n’est que les deux PDG sont de la même famille ». Les fromagerie Triballat de Noyal sur Vilaine gèrent de nombreuses marques : SojaSun, NutriSun, Vrai !, Sojade, Petit Billy, Petit Breton, etc.

[4Extrait du Rapport d’Activité 2016 « Nous démontrons ensemble que nous pouvons utiliser de façon responsable et durable, produits phytopharmaceutiques, engrais, plastiques, semences et produits d’hygiène, jusqu’à la fin de vie de ces produits »

[5La SEAC a parmi ses autres administrateurs l’Association générale des producteurs de maïs, l’Association générale des producteurs de blé, le Crédit agricole

-articles similaires;

#EGAlim : la FNAB dénonce une « mascarade »

 

Le lancement officiel des États généraux de l’alimentation (#EGalim) a eu lieu le 20 juillet 2017, en grande pompe, à Bercy... Une semaine plus tard, le ministre de l’Agriculture décide de ne prévoir aucun budget pour les aides à l’agriculture biologique dans les trois prochaines années. La FNAB qui défend les agriculteurs bio, estime que « tout porte désormais à croire que les EGalim ne seront qu’une mascarade ».

Le Président Macron et son gouvernement se sont lancés à corps perdu dans l’organisation des États généraux de l’alimentation (#EGalim) qui, selon les mots du ministère de l’Agriculture, « visent à relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition, permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes, accompagner la transformation des modèles de production (...), et enfin promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable ». Il existe une forme d’agriculture, en France, qui répond à ces objectifs : l’agriculture biologique.

Pourtant, il semble que le soutien à l’agriculture biologique ne soit pas une réelle priorité du gouvernement. La Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) dénonce, dans un communiqué de presse intitulé «  Jeudi noir pour l’agriculture bio » [1], « un premier renoncement majeur [du gouvernement] en refusant de soutenir l’agriculture biologique ». En effet, la FNAB précise que « le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, [a décidé] de ne prévoir aucun budget pour les aides à l’agriculture biologique dans les trois prochaines années. Aucune nouvelle conversion biologique ne sera possible ».

La FNAB considère que le ministre de l’Agriculture préfère écouter « ceux qui n’ont cessé de conduire l’agriculture française dans l’impasse actuelle », en choisissant « de préserver les déséquilibres en place depuis 1992 faisant passer les intérêts des plus puissants, FNSEA et AGPB [2] en tête, devant l’intérêt général ». Stéphanie Pageot, Présidente de la FNAB, s’insurge : « Cela témoigne d’un manque criant de courage politique face à l’agro-industrie et l’agro-chimie ».

Selon l’association Agir pour l’environnement (APE) [3], « l’enveloppe budgétaire consacrée à l’aide à la conversion et au maintien est pourtant notoirement insuffisante. La raison en est simple : elle a été fixée à 90 millions d’euros en 2012 (portée progressivement à 160 millions d’euros) et n’a pas suivi la dynamique de conversion. Résultat : les caisses sont vides et les paysans qui ont pris le risque de se convertir à la bio attendent les aides promises… en 2015 !!! Ces 160 millions d’euros ne représentent qu’à peine 2 % des aides européennes versées par l’Europe à l’agriculture française (7,44 milliards d’euros), alors que la bio représente 5,7 % de la surface agricole utile ».

Emmanuel Macron n’avait-il pas annoncé au cours de sa campagne présidentielle qu’il souhaitait « que d’ici 2022, l’ensemble de la restauration collective [propose] au moins 50% de produits biologiques, labels de qualité ou local [4] » ? Comment pourra-t-il atteindre cet objectif sans soutien clair à l’agriculture bio ?

Et l’agriculture bio, n’est-elle pas aussi le modèle économique le plus dynamique actuellement sur le territoire ? N’est-elle pas celle qui permet aux agricultrices et agriculteurs de dégager des revenus décents ?

En toute logique, la FNAB conclut son communiqué en affirmant que « tout porte désormais à croire que les EGalim ne seront qu’une mascarade » .

[2Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (syndicat majoritaire), et Association générale des producteurs de blé et autres céréales

 

-En marche « arrière » ?

 

#EGalim : une organisation verticale d'un autre âge - Inf'OGM -

Le gouvernement organise les États généraux de l’alimentation (#EGalim). Noble sujet, qui concerne tous les mangeurs. Mais quelle est la manière dont les associations ont été impliquées dans la construction de ce projet ? Initiateurs, acteurs, figurants : quel va être leur rôle ?

La tenue des États généraux de l’alimentation (#EGalim) est une vraie bonne idée. Le besoin de s’entendre sur les enjeux liés à l’alimentation est indéniable, la crise du secteur agricole et le difficile accès à une alimentation saine, de qualité et respectueuse de l’environnement en sont deux indices. Mais pour que ce débat ait lieu, il est important de mettre préalablement sur la table ce qui, selon les uns et les autres, est à l’origine de cette situation.

L’objectif affiché par le gouvernement est de « …relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition, permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes, accompagner la transformation des modèles de production afin de répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs, et enfin promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable » [1]. Cet objectif est-il partagé par l’ensemble de la société civile ? Est-il issu d’un diagnostic élaboré collectivement ?

Initier un tel chantier nécessite, comme point de départ, une consultation large et équilibrée afin d’établir un diagnostic partagé. Or force est de constater que la société civile (syndicats, associations, ONG, entreprises, etc.) ne partage pas un diagnostic commun. Le choix a pourtant été fait par le gouvernement de convoquer certains acteurs de la société civile à des entretiens individuels avec le ministère, puis de débuter directement par des ateliers où chacun exprimera ses doléances. Ainsi, certains acteurs ont été reçus très en amont par le ministère (le 7 juillet, La France Agricole relatait le positionnement et l’enthousiasme de Michel-Edouard Leclerc [2] pour ces États généraux) tandis que d’autres ont dû mendier pour être auditionnés, et que d’autres encore attendent toujours. En effet, lors de la première réunion de la plate-forme des ONG qui s’est tenue le 10 juillet [3], nombreuses étaient les structures qui n’avaient reçu ni documentation officielle, ni invitation des responsables des ministères à présenter les questions qu’elles aimeraient traiter collectivement.

Cette inégalité de traitement crée un véritable flou sur le diagnostic de départ et donc sur la manière dont les questions ont été choisies. En termes de « co-construction » avec la société civile, le gouvernement a « tout faux ».

Le timing même montre qu’une participation intelligente n’a pas du tout été favorisée : l’urgence d’un démarrage imminent se confronte à un moment où tout le monde part en vacances !

Un débat sur le débat : une nécessité pour Inf’OGM

Au début des OGM, dans les années 90 / 2000, de nombreux débats sur les OGM ont été organisés, entre autres par des entités publiques, comme la première Conférence de citoyens sur les OGM en 1998 organisée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST).

Mais participer à des débats dont les modalités sont prédéfinies, les questions et les experts déjà choisis, et les modes d’exploitation des conclusions déjà calés, a rapidement frustré les opposants aux OGM et conduit Inf’OGM à se questionner sur la manière dont se construisent des réflexions. « Oui à une participation, disions-nous alors, mais pas dans n’importe quelles conditions ». Nous voulions être partie prenante de la définition même du débat, ce qui nous a conduits à demander systématiquement un « débat sur le débat » pour se mettre d’accord sur le thème (la question posée), mais aussi sur la forme : qui participe ? Comment ? Comment rédige-t-on les conclusions et surtout, qu’en fait-on ? 

Pour bien comprendre, quelques exemples.
En 2002, l’Inra a organisé une concertation locale avec de nombreuses associations environnementales [4] sur l’intérêt ou non d’expérimenter en champ des porte-greffes transgéniques à Colmar. Au niveau national, cette concertation a été dénoncée par un collectif d’associations [5] via la rédaction d’une brochure largement diffusée [6] [7], à laquelle Inf’OGM a apporté son expertise technique. Cette dénonciation visait essentiellement la procédure de « co-construction » (choix non représentatif des personnes) et la question initiale posée, dont une partie était : « Dans l’ensemble des besoins de recherche sur les maladies de la vigne, comment définir les priorités et choisir les types d’arbitrage pour mettre en terre les plants transgéniques de Colmar ? ». Question typique qui enfermait les participants sur la solution transgénique dès le départ [8].

Autre débat biaisé, celui du Cirad, en lien avec le ministère de la Recherche, en septembre-octobre 2003. Deux chercheurs de l’institut avaient été chargés « d’identifier, par une approche de recherche participative appliquée au cas français, les intérêts d’une démarche de dialogue et de concertation entre les parties prenantes pour construire une stratégie collective de gestion des OGM » [9]. Dans une lettre rendue publique, Attac et la Confédération paysanne ont expliqué pourquoi ils ne participeraient pas aux tables rondes auxquelles ils étaient invités : « Concernant la question posée, nous nous devons de constater en premier lieu la différence entre la demande qui est faite par le ministère de la Recherche : «  quelle recherche vis-à-vis des OGM en France ?  » et le document du Cirad où est affichée dès l’introduction la volonté de faire apparaître « les intérêts d’une démarche de dialogue et de concertation entre les parties prenantes pour construire une stratégie collective de gestion des OGM ». La première question est ouverte et correspond aux interrogations de la société sur les OGM, la deuxième affirmation présuppose avant tout débat une réponse favorable puisqu’il s’agit de gérer leur acceptation sociale. Comment et pourquoi débattre dans ces conditions ? ». Ils critiquaient également la surreprésentation institutionnelle, mais concluaient en réaffirmant leur volonté de débattre selon d’autres procédures.

Après négociations avec les organisateurs, et intervention de FNE, les deux organisations ont finalement accepté de se joindre à une table-ronde… que les industriels semenciers avaient entre temps en partie désertée, n’acceptant pas à leur tour de voir s’ouvrir la question initiale en « amont de l’opportunité de faire des OGM ou d’orienter la recherche vers cette finalité » [10] et de voir s’étoffer la représentation des organisations de la société civile… Dure réalité pour les organisateurs de débats, qui, même sincères, ne perçoivent pas toujours les biais qu’ils introduisent parfois eux-mêmes ! D’où la nécessité réitérée de procédures claires négociées avant tout débat [11].

L’Inra a depuis renouvelé les appels au dialogue, à la concertation, et avait même accédé à une demande d’Inf’OGM : rémunérer les participations des salariés associatifs dans ces processus de discussion avec les chercheurs et/ou industriels, qui eux, de toute façon, étaient payés par leur institution.

Une absence totale de co-construction, en marche vers la cogestion ?

Pour l’organisation de ces États généraux de l’alimentation, Inf’OGM ne peut que constater une régression totale des modalités de co-construction du débat, puisque aucune étape ni aucune question n’ont été co-élaborées avec les associations. Pire, on ne sait ce que le gouvernement fera des conclusions de ces #EGalim. S’engage-t-il à les reprendre pour, une à une, les adopter ou les refuser en expliquant le pourquoi de chaque décision ? Car s’il appartient bien au politique de prendre des décisions, il n’a pas le droit en revanche de « balader » les associations avec des simulacres de débat dans lesquels elles n’auraient pas de prise réelle.

En l’absence d’un tel « débat sur le débat » et d’un accord sur le cadre de celui-ci, le risque est pris par les participants de cautionner les conclusions qui sortiront d’un débat tronqué ; et de perdre un temps précieux à œuvrer pour un intérêt loin d’être général. Et surtout, de n’avoir comme marge de manœuvre que le pouvoir de négocier la longueur de la chaîne qui nous lie à nos maîtres...

L’autre avantage d’une négociation en amont, en plus de fixer un cadre accepté par tous, était de fixer clairement les lignes rouges qui déclenchent un arrêt de la participation en dénonçant haut et fort toute violation des conditions négociées préalablement qui pourraient avoir lieu durant la tenue des États généraux.

Et maintenant ?

Une conclusion logique s’impose pour Inf’OGM. La forme donnée aux EGalim devrait pouvoir être redessinée, dans un temps plus long qui permet de poser les questions ensemble et d’en fournir les réponses, au-delà du contexte des négociations tripartites de fin d’année [12] qui semblent dicter l’agenda et auxquelles les autres parties n’ont pas accès.

revue de presse:

«Le gouvernement Macron fait le choix de l'agro-business» - Libération

Etats généraux de l'alimentation : la dernière chance pour le maintien de l'agriculture biologique

 

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