Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 10:23

 

L'or de Guyane, un test politique pour Macron

Le chef de l’Etat et Nicolas Hulot ont pris, dans le passé, des positions opposées sur l’ouverture de la mine.
                        
LE MONDE ECONOMIE |    30.06.2017   Par  Denis Cosnard    
 
Le dossier a valeur de test. La France va-t-elle ouvrir de nouvelles mines ? L’Etat va-t-il accepter qu’un groupe étranger creuse le sol national, en extraie des richesses et crée des emplois au prix d’un impact significatif sur la faune et la flore ? C’est cet arbitrage entre l’économie et l’environnement qui se joue dans le projet de la Montagne d’or en Guyane, bientôt soumis à la décision du gouvernement. Un projet sur lequel Emmanuel Macron et son ministre Nicolas Hulot ont pris dans le passé des positions radicalement opposées…
L’heure des choix approche. Après des mois de travail, la compagnie Nordgold, cheville ouvrière du chantier, a bouclé l’étude de faisabilité détaillée. Elle est présentée sur place le 30 juin. Sa conclusion ? L’ouverture de la première mine d’or industrielle en Guyane devrait coûter un peu plus cher que prévu, 780 millions d’euros sur toute sa durée de vie, dont 500 millions au démarrage. Mais l’affaire demeure rentable. « Le taux de retour sur investissement devrait atteindre 18,7 %, et les banques françaises qui pourraient nous prêter de l’argent se montrent très intéressées », affirme Igor Klimanov, le directeur du développement de Nordgold.
 
Alexeï Mordachov, le milliardaire russe propriétaire de Nordgold, reste donc plus que jamais décidé à lancer le projet. L’entreprise a saisi le 26 juin la Commission nationale du débat public, chargée d’organiser l’information et la consultation de la population sur les grands projets d’aménagement de ce type. Le débat pourrait débuter en octobre, afin que la demande de permis soit déposée en fin d’année. Compte tenu des délais d’instruction et d’enquête publique, l’autorisation d’exploiter la mine pourrait être accordée en 2020, et la production débuter en janvier 2022, espèrent les promoteurs du projet.
 
 

Les défenseurs de l’environnement sont en colère

 
Nordgold, qui détiendrait 55 % de la mine aux côtés de la compagnie canadienne Columbus Gold (45 %), fait miroiter les retombées positives d’une telle opération. « Notre projet devrait entraîner la création de 3 750 emplois, soit 750 emplois directs et environ 3 000 indirects et induits, avance M. Klimanov dans un français parfait. Dans une région, l’Ouest guyanais, où le chômage touche plus d’un jeune sur deux et où il y a très peu d’investissements, cela paraît assez opportun, non ? » 
 
Pour former le personnel nécessaire, Nordgold prévoit déjà de créer sur place une école technique des mines. Quant au retour fiscal, il atteindrait au total 345 millions d’euros, une manne dont les collectivités pourraient bénéficier. De quoi redonner espoir en Guyane, où la crise économique et le sentiment d’être abandonné par la République ont donné lieu au printemps à une grève longue et dure. Les deux députés élus en juin, Gabriel Serville (divers gauche) et Lenaïck Adam (La République en marche), ont d’ailleurs pris durant la campagne des positions plutôt favorables au projet.
 
Celui-ci est cependant loin de faire l’unanimité. « Le mouvement contre cette mine ne cesse de prendre de l’ampleur », assure même à Cayenne l’écologiste Harry Hodebourg, porte-parole du collectif Or de question, qui regroupe des dizaines d’associations, dont Les Amis de la Terre et la Ligue des droits de l’homme. Toutes demandent l’arrêt immédiat du projet. L’idée d’ouvrir au cœur de la jungle guyanaise « la plus grande mine d’or jamais exploitée sur le territoire français » fait hurler les défenseurs de l’environnement. « On ne peut accepter de détruire une partie de l’exceptionnelle biodiversité guyanaise et prendre le risque d’accidents majeurs pour l’extraction d’une substance dont l’utilité est secondaire aujourd’hui », argumente Or de question.
 
Le projet s’annonce en effet gigantesque, sans commune mesure avec les petites exploitations souvent clandestines de la plupart des orpailleurs guyanais. Pour accéder à la mine, la piste de 125 kilomètres qui existe déjà doit d’abord être refaite. Elle serait doublée d’une ligne électrique destinée à alimenter le chantier à partir d’une centrale à construire.
Les quantités d’or présentes dans la roche étant limitées (environ 1,6 gramme par tonne), il serait surtout nécessaire de creuser une énorme fosse. Pas moins de 2,5 kilomètres de long, 400 mètres de large et 120 mètres de profondeur en moyenne. Des millions et des millions de mètres cubes devraient être charriés et traités au cyanure pour extraire les 85 précieuses tonnes d’or que Nordgold pense possible de récupérer en quinze ans. A la clé, d’importants résidus miniers. « Le risque industriel le plus fort repose sur le stockage de millions de tonnes de boues cyanurées », s’alarment les associations, inquiètes du risque de rupture des digues, comme lors de la catastrophe de Baia Mare (Roumanie) en 2000. Tout cela à deux pas de la plus grande réserve biologique intégrale de France.
 
 

Une « mine responsable »

 
« Les gens ont en tête des mines anciennes, mais les technologies ont beaucoup changé, rétorque M. Klimanov. Nous voulons ouvrir la meilleure mine jamais vue en France. » Le site sera très compact, ce qui limitera la déforestation, assure-t-il. Quant au cyanure, il sera utilisé en circuit fermé et ne se retrouvera pas dans les résidus. « L’eau sortira plus pure que dans la nature », promettent les responsables de Nordgold, tenants d’une « mine responsable ».
 
Aux Guyanais de s’exprimer et à l’Etat de trancher. En août 2015, M. Macron, alors ministre de l’économie, avait visité le site avec enthousiasme. Ce projet « participe pleinement au renouveau minier de la France », avait-il alors déclaré aux Echos : « Il y a une richesse sous le territoire français, notamment de l’or. (…) Nous ferions une erreur profonde en ne l’exploitant pas. » Ces propos « n’engagent que lui », avait répliqué sa collègue Ségolène Royal, beaucoup plus réservée.
 
Aujourd’hui à l’Elysée, M. Macron risque de se heurter de nouveau à l’opposition structurelle du ministre chargé de l’écologie. En l’occurrence, Nicolas Hulot, dont la fondation a rejoint en début d’année le collectif Or de question, et milite pour un abandon du projet Montagne d’or. Le 23 juin, le nouveau ministre s’est engagé à présenter d’ici à l’automne une loi visant à empêcher tout nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures. Il n’a rien dit concernant l’or et les autres métaux.
 
L’issue du débat n’est pas écrite d’avance. En 2008, c’est la mobilisation locale qui avait finalement incité Nicolas Sarkozy à suspendre un projet aurifère similaire dans une autre zone de la Guyane.

-En forme de note ,l'administration du blog rappelle que :"Dans son dernier ouvrage, le philosophe soutient que l'élection d'Emmanuel Macron a été orchestrée par un "système" mis en place par la finance mondialisée. Au risque de réécrire l’histoire."

Michel Onfray : "Tout a été fait pour que Macron gagne, et il a gagné "

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

  • : Le blog des empêcheurs de tourner en rond
  • Contact

                                                           
Vous êtes ici dans une 
ZONE HORS AGCS et SANS OGM


Petit mémo : L’AGCS, Accord Général sur le Commerce des Services est un accord signé lors de la création de  l’OMC (organisation mondiale du commerce) en 1994. Il vise à libéraliser progressivement tous les services des états membres : éducation, santé, culture, recherche…ainsi que l’énergie et l’environnement. Tous les aspects de nos vies sont mis à la vente. Les besoins de l’être humain et toutes formes d’activité humaines sont redéfinis comme des services commercialisables.

Rechercher

contact