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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 11:15
// Initiative Citoyenne Européenne : Interdire le glyphosate
Précision : L’initiative citoyenne européenne permet à un million de citoyens de l’UE de participer directement à l’élaboration des politiques européennes, en invitant la Commission Européenne à présenter une proposition législative. D'où l'obligation de prouver son identité de membre de l'Union Européenne.
 
Selon l’Agence européenne des produits chimiques, le pesticide n’est pas cancérogène. Dans le même temps, aux Etats-Unis, la justice met en cause l’indépendance des travaux conduits par l’Agence américaine de protection de l’environnement.

LE MONDE | 16.03.2017  Par Stéphane Foucart

Eclaircies en Europe, inquiétudes aux Etats-Unis. La saga mouvementée du glyphosate s’enrichit de deux nouveaux épisodes aux conséquences potentiellement contradictoires pour l’industrie agrochimique. Mercredi 15 mars, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé qu’elle ne considérait pas le glyphosate comme cancérogène ou mutagène, ouvrant la voie à sa réautorisation sur le Vieux Continent.

Mais, la veille, la justice américaine rendait publics des documents internes de la société Monsanto, montrant que la firme a bénéficié de connivences au sein de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) des Etats-Unis, où elle cherche à éviter un classement comme cancérogène du glyphosate. Ce dernier, principe actif du célèbre désherbant Roundup, est la pierre angulaire de son modèle économique, de même que le pesticide le plus utilisé au monde. Très attendue, la décision de l’ECHA, intervient après deux années d’âpres controverses entre experts, dont l’issue pourrait avoir des conséquences économiques considérables pour le secteur.

Divergences

En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancer – classe le glyphosate mutagène, cancérogène pour l’animal et cancérogène probable pour l’homme. Mais quelques mois plus tard, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) conclut à l’inverse.

L’avis rendu par l’ECHA vient appuyer cette position, alors que le glyphosate n’a été réautorisé que provisoirement, en juin 2016, dans l’attente de la décision de l’agence. Pourquoi un tel hiatus entre, d’une part le CIRC, et d’autre part l’EFSA et l’ECHA ? « Des données différentes ont été examinées », a expliqué Ari Karjalainen, chargé des questions scientifiques à l’ECHA.

De fait, le CIRC a essentiellement pris en compte les études publiées dans la littérature scientifique, tandis que l’EFSA et l’ECHA considèrent surtout des études confidentielles conduites par les industriels. L’ECHA reconnaît que plusieurs études indiquent une augmentation d’incidence de certains cancers sur les animaux de laboratoire exposés, mais ajoute que d’autres ne mettent pas en évidence de tels effets. Pour l’ECHA, le niveau de preuve n’est pas suffisant.

En outre, a ajouté M. Karjalainen pour expliquer les divergences d’expertise, « l’ECHA a évalué le glyphosate pur, tandis que le CIRC a également pris en compte les produits commerciaux ». Cette différence est essentielle. Isolée, la substance est en effet très peu active, tandis que les pesticides à base de glyphosate contiennent également des substances qui potentialisent la molécule et lui permettent notamment de pénétrer les cellules.

Conflits d’intérêts

Selon le CIRC, l’étude de l’effet mutagène ou cancérogène des produits commerciaux est « pertinente d’un point de vue de santé publique », puisque ce sont à ces mélanges que les populations sont in fine exposées. Au contraire, la réglementation impose à l’ECHA de n’évaluer que les substances isolées.

Certains aspects des deux expertises demeurent toutefois irréconciliables. Le CIRC et l’ECHA reconnaissent l’existence de plusieurs études épidémiologiques dites « cas témoins » suggérant un lien entre exposition au glyphosate et lymphome non hodgkinien (un cancer du sang). Mais l’agence européenne argue qu’une grande étude prospective américaine (l’American Health Study) ne retrouve pas une telle association : pour l’ECHA, la preuve n’est donc pas suffisante.

Au contraire, l’analyse conduite par le CIRC estime notamment que la durée médiane de suivi des individus de cette cohorte – moins de 7 ans – est trop faible pour que des cancers puissent avoir eu le temps d’apparaître. Selon le CIRC, il est donc incorrect d’utiliser les résultats de cette étude pour faire pièce à celles qui suggèrent un lien entre exposition au produit et risque accru de lymphome.

Les organisations non gouvernementales ont vivement réagi à l’avis de l’ECHA. Deux jours plus tôt, elles dénonçaient notamment des conflits d’intérêts au sein du comité d’évaluation des risques de l’agence. L’ECHA a démenti leur existence. L’avis rendu par l’ECHA devrait débloquer le processus de réautorisation européen, à l’arrêt depuis deux ans. Mais il n’éteindra pas la polémique.

Et pour l’industrie agrochimique, les nuages les plus menaçants pourraient désormais venir d’outre Atlantique. Le 14 mars, une cour fédérale californienne a ordonné la levée des scellés sur plusieurs centaines de pages de documents internes de Monsanto – obtenus dans le cadre d’une action collective intentée contre l’entreprise par plusieurs centaines de travailleurs agricoles (ou leurs ayants droit) qui ont travaillé au contact du glyphosate et qui ont développé un lymphome non-hodgkinien.

La lecture de ces documents révèle des surprises. Les avocats des plaignants ont obtenu leur divulgation après avoir déniché un courriel adressé par une toxicologue de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) à son supérieur, Jessie Rowland, chargé de la réévaluation du glyphosate. L’intéressée y accuse son chef de « connivence » avec les fabricants de pesticide et lui reproche d’« intimider » les experts de l’EPA pour minimiser les risques présentés par le glyphosate.

Selon un mémo confidentiel de l’EPA obtenu par Le Monde indépendamment de la procédure judiciaire en cours, l’expertise préliminaire co-pilotée par M. Rowland a subi de fortes critiques, au sein même de l’agence. Son département de recherche et développement estime même qu’elle s’affranchit du cadre de travail habituel de l’agence, s’agissant de l’évaluation de la cancérogénicité des pesticides.

Les correspondances de Monsanto confirment les soupçons formulés contre M. Rowland, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Dans un message interne, l’un des employés de la firme dit avoir reçu un appel téléphonique de M. Rowland. Il rapporte que ce dernier lui a déclaré qu’il essaierait de « tuer », une étude en cours sur le glyphosate. Et que s’il y parvenait, il « mériterai [t] une médaille ». L’auteur du courriel précise à son destinataire qu’il ne faut pas se réjouir trop vite : « N’espérez pas trop : je doute que l’EPA et Jess [Rowland] puissent avoir la peau de cette étude. »

« Ghost-writing »

L’activisme de M. Rowland a-t-il été déterminant ? L’étude, qui devait être menée par une autre institution américaine, n’a en tout cas pas vu le jour. Un autre courriel interne suggère que M. Rowland a informé Monsanto de son départ en retraite imminent ; l’un des cadres de la société explique qu’en attendant, l’intéressé « pourrait nous être utile dans la défense du glyphosate que nous organisons actuellement ».

Dans une autre correspondance, un cadre de Monsanto écrit à ses collègues que, pour faire pièce à l’expertise défavorable du CIRC, il est possible d’écrire un article scientifique favorable au glyphosate et de rémunérer des scientifiques pour qu’ils le signent et en endossent le contenu.

« On maintiendrait un coût faible en écrivant le texte et ils ne feraient pour ainsi dire que l’éditer et le signer », écrit l’intéressé. Ce dernier rappelle à ses interlocuteurs que la même manœuvre – les scientifiques parlent de ghost-writing – avait conduit à la publication, en 2000, dans la revue Regulatory Toxicology & Pharmacology, d’une longue étude signée de trois chercheurs académiques, concluant que le glyphosate ne posait « aucun risque potentiel pour les humains ».

Dans un communiqué publié sur son site, Monsanto dément recourir ou avoir recouru à de telles pratiques, assimilées à de la fraude scientifique. La société assure que ses scientifiques n’ont apporté qu’une contribution mineure à l’article de 2000.

Nul doute que les décideurs européens auront, dans les prochains mois, un œil sur l’issue des procès en cours aux Etats-Unis, et le potentiel explosif de leurs révélations.

La Commission européenne a de son côté expliqué dans un communiqué qu’une fois le rapport de l’ECHA formellement adopté, « une décision devra être prise dans les six mois, fin 2017 au plus tard ».

 

Monsanto: un juge révèle des documents explosifs - La Libre.be

 

Jacques Besnard Publié le - Mis à jour le

 

Sciences - Santé Le Roundup (marque de l'herbicide produit par la compagnie Monsanto) et le glyphosate (herbicide) font beaucoup parler en Europe. Aux Etats-Unis aussi.

 

Ce mardi, Vince Chhabria, un juge fédéral de San Francisco, a décidé de publier des documents plutôt stupéfiants relatifs au désherbant.

Des fausses recherches signées par des universitaires ?

Selon le New York Times, les documents de la cour dévoilent, tout d'abord, des emails échangés en interne par des employés de Monsanto mais également des courriels échangés par des employés de l'entreprise et ceux d'organismes fédéraux.

Ces écrits montreraient, tout d'abord, que Monsanto aurait pensé à commanditer des recherches sur la non-dangerosité du Roundup qui auraient été attribuées plus tard à des universitaires.

Dans un mail révélé ce mardi, William F. Heydens, un dirigeant de Monsanto, explique ainsi à d'autres membres de l'entreprise qu'il pourrait préparer une recherche sur le glyphosate en s'attachant les services d'universitaires qui signeraient des documents écrits par Monsanto. M.Heydens a même cité un précédent cas au cours duquel l'entreprise avait réalisé le même procédé.

Des pressions pour faire annuler une étude ?

En outre, un haut fonctionnaire de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), Jess Rowland, aurait tout fait pour faire annuler une étude sur le glyphosate qui a été menée par le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Un mail d'un dirigeant de Monsanto datant de 2015 cite Jesse Roland qui lui aurait affirmé: "Si je peux tuer cela (Ndlr: cette étude) je devrais recevoir une médaille".

Le juge Vince Chhabria est chargé de juger un litige entre des plaignants affirmant avoir développé des lymphomes non hodgkiniens (cancer du système lymphatyque) suite à une exposition au glyphosate et Monsanto.

"Le glyphosate n'est pas cancérigène"

Cette affaire avait été déclenchée suite à la publication par le Centre international de recherche sur le cancer, une branche de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), d'une enquête qui concluait que le glyphosate était probablement cancérigène. Plusieurs agences, dont l'EPA, contredisaient cette étude. Ce mardi, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a décidé de ne pas considérer le Roundup comme cancérigène. Monsanto a toujours vigoureusement défendu le glyphosate.

L'EPA n'a pas fait de commentaires suite à l'article du New York Times. Monsanto a réaffirmé dans une déclaration que "le glyphosate n'est pas cancérigène". Le mastodonte de la chimie a également rejeté les accusations concernant d'éventuelles études écrites par l'entreprise et signées par des universitaires.

A ce sujet, David Kirkland, un des scientifiques cités dans le mail, s'est également défendu dans une interview. "Je ne publierais pas sous mon nom un document écrit par quelqu'un d'autre."

  Le casse-tête du glyphosate: une bataille scientifique, économique et idéologique

 

 

J'interdirai les pesticides et les perturbateurs endocriniens

https

En amont du premier tour de l'élection présidentielle, Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste précise pour Actu-environnement ses propositions en matière de mix énergétique, d'agriculture ou encore de santé environnementale.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet
 
Benoît Hamon
Candidat à la Présidentielle 2017 pour le Parti socialiste
   

Actu-Environnement : Comment vous inscrivez-vous par rapport à la transition énergétique lancée par le précédent quinquennat ?

Benoît Hamon : Le précédent quinquennat a été marqué par plusieurs avancées pour la transition écologique et dans la lutte contre le dérèglement climatique. La loi de transition énergétique a été une étape nécessaire et a engagé la France dans une dynamique vertueuse (développement des énergies renouvelables, lutte contre le gaspillage et l'obsolescence programmée, rénovation énergétique du bâtiment, etc). La COP21, qui a débouché sur l'Accord de Paris, est également une réussite à souligner, avec un engagement des pays et d'acteurs non-étatiques (villes, entreprises). Le travail engagé est donc à féliciter.

Nous sommes encore malheureusement trop éloignés d'une trajectoire visant à limiter le réchauffement à 2 degrés d'ici 2100. Par ailleurs, la plupart des plans présentés par les pays en développement sont conditionnés à un soutien financier des pays riches bien supérieur à son niveau actuel. J'entends donc m'inscrire dans la continuité de l'engagement pris par le gouvernement précédent, tout en l'accélérant.

AE : La santé est une préoccupation majeure des Français. Que prévoyez-vous en matière de santé environnementale ?

BH : Notre santé est de plus en plus affectée par des maladies chroniques (cancers, maladies cardio-vasculaires, affections respiratoires, diabète, obésité, etc). Plus de quinze millions de nos concitoyens vivent chaque jour avec elles. Une alimentation déséquilibrée, la sédentarité, ainsi qu'un environnement pollué et toxique (diesel, pesticides, perturbateurs endocriniens, etc) en sont la cause. Face à cette transition épidémiologique, la prévention doit être au cœur de nos politiques publiques et notre système de santé doit être conforté pour l'adapter. Politique de soins pour soigner les pathologies. Politique de prévention pour chercher et combattre les causes des maladies.

J'interdirai les pesticides et les perturbateurs endocriniens pour prévenir les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyen(ne)s. J'appliquerai le principe de précaution : je retirerai les autorisations de tous les pesticides dangereux et j'interdirai l'importation des denrées alimentaires utilisant une substance interdite en France. Au niveau européen, nous labelliserons les pesticides pour conditionner les subventions de la politique agricole commune (PAC) au respect de hautes exigences en la matière.

Je ferai sortir la France du diesel à l'horizon 2025 pour lutter contre la pollution de l'air, responsable de la mort de 49.000 Français(e)s chaque année. Je mettrai fin à l'avantage fiscal accordé au diesel, je ferai installer des bornes de recharge électrique sur tout le territoire et je financerai la recherche pour l'autonomie des batteries pour voiture électrique.

AE : Comment envisagez-vous l'évolution du modèle agricole français ?

BH : Notre modèle agricole doit être repensé pour se tourner davantage vers l'agroécologie et des productions biologiques, paysannes et locales. Je soutiendrai l'agriculture biologique à prix accessibles, pour protéger la santé des consommateurs et des agriculteurs, et j'interdirai progressivement les pesticides et les perturbateurs endocriniens.

Je négocierai au niveau européen pour qu'une partie de la PAC soit consacrée au financement des agriculteurs prêts à adopter le modèle agroécologique. Ce modèle réduit l'usage des engrais et autres intrants, préserve les ressources naturelles et respecte l'animal.

Nous aiderons à la structuration des filières bio et équitables, pour une juste rémunération des agriculteurs. Je lancerai un programme d'investissements agricoles pour soutenir les projets durables, en circuits courts et coopératifs.

AE : L'arrivée du phénomène de ZAD complique l'aménagement du territoire. Comment concilier développement économique local avec le respect des milieux ?

BH : Lorsque l'existence d'un lourd impact écologique est établie dans le cadre d'un grand projet d'investissement local ou national, une Conférence de Consensus, réunissant experts, citoyens, élus, associations, sera organisée pour faire émerger des solutions alternatives, alliant le réalisme économique, le progrès social et la préservation de l'environnement.

AE : De quelle manière entendez-vous mettre en œuvre votre politique environnementale au sein de votre gouvernement ? Quel budget prévoyez-vous pour vos mesures et comment les financer ?

BH : Pour réussir la transition écologique, tout en favorisant la justice sociale, il est nécessaire de remettre la politique au volant. Pour être écologique et sociale, la fiscalité verte doit être intégrée à une refonte plus globale du système fiscal. Je mettrai la finance au service de la transition écologique pour trouver les 60 milliards d'euros nécessaires sans attendre le bon vouloir du marché. J'instaurerai une TVA différenciée pour les produits à faible empreinte carbone afin de les rendre plus attractifs. Je rendrai la fiscalité incitative pour guider l'épargne des Français vers des investissements verts.

Je redonnerai une vision stratégique à l'Etat en faisant d'EDF un pilier de la transition énergétique. EDF sera ainsi incité à renforcer ses recherches sur la production et le stockage d'énergies renouvelables, plutôt que de privilégier le nucléaire. L'entreprise accompagnera également la décentralisation de la production d'énergies vertes.

Je construirai et proposerai un plan européen d'investissement de 1.000 milliards centré sur la transition écologique. Il nous appartient de reconstruire la légitimité de l'Union européenne sur cette thématique fondamentale à travers une contribution ambitieuse des Etats, le fléchage des financements privés vers les investissements verts grâce à des mécanismes incitatifs et la suppression de toutes les subventions aux énergies fossiles.

L'Anses veut pouvoir embaucher plus - Journal de l'environnement

Le 20 mars 2017 par Romain Loury

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Nouvelles missions sur les pesticides, néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens… les dossiers de poids ne manquent pas à l’Anses. Et la question des moyens financiers, mais surtout humains, se pose. Le point avec Roger Genet, son directeur général depuis mai 2016.

 

 

Biologiste de formation, Roger Genet, 58 ans, n’en est pas à son premier organisme de recherche: nommé en 2007 à la tête du centre de recherche du CEA[i]de Fontenay-aux-Roses, il assure successivement, à partir de 2009, la direction ou la présidence du Cemagref (devenu l’Irstea en 2012), de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi), du conseil scientifique de l’Ademe, avant de devenir en 2012 directeur général pour la recherche et l’innovation (DCRI) au ministère de la recherche. Fin mai 2016, il succède à Marc Mortureux à la direction de l’Anses. Dix mois plus tard, il dévoile ses impressions et quelques perspectives de travail au JDLE.

JDLE: Comment qualifieriez-vous la place de l’Anses dans le paysage français?

Roger Genet: C’est l’une des principales agences de sécurité sanitaire, en France et en Europe, une agence dont les avis sont peu remis en cause, et qui jouit d’une grande confiance aussi bien des pouvoirs publics et des professionnels que des associations. Je crois que tout ceci est largement dû à sa gouvernance et à son mode de dialogue très ouvert. L’agence fonctionne de manière très intégrée, avec ses laboratoires de recherche et de référence, ses directions d’évaluation des risques, ses missions de vigilance et jusqu’à celles sur la délivrance des AMM [médicaments vétérinaires, pesticides depuis juillet 2015, biocides depuis juillet 2016, ndlr]. Je crois qu’on peut dire que la fusion entre les anciennes Afssa et Afsset[agences françaises de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail], pour une approche transversale des risques pour la santé, est un vrai succès.

Chaque année, l’Anses reçoit entre 200 et 250 grandes saisines, de plus en plus longues et complexes. Par exemple, notre rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, publié en juillet 2016, fait plus de 1.000 pages! Et il y a bien sûr nos nouvelles missions: après la gestion des AMM des produits phytosanitaires et des produits biocides, la phytopharmacovigilance, nous avons pris en charge cette année les déclarations des produits du tabac et du vapotage, ainsi que leur toxicovigilance. Notre champ est donc très vaste.

JDLE: Promulguée en août 2016, la loi biodiversité prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes dès septembre 2018, avec des dérogations possibles jusqu’à septembre 2020 pour les usages où les alternatives manquent. L’Anses a été chargée de l’évaluation de ces alternatives. Où en êtes-vous, quel est votre programme de travail?

Roger Genet: Il existe cinq substances néonicotinoïdes actuellement sur le marché, dont trois font l’objet d’un moratoire européen pour plusieurs usages. A partir de ces produits, nous avons identifié 3.610 cas, à savoir des usages et des productions différents. Pour chacun de ces cas, on analyse jusqu’à une quinzaine d’alternatives, qu’elles soient chimiques, physiques, biologiques ou agroécologiques.

Nous prévoyons, en mars, un premier avis décrivant notre méthode, appliquée au cas des traitements de la vigne. Au troisième trimestre, nous devrions publier un avis complet. Puis, dans un troisième temps, un rapport complémentaire sur les cas spécifiques. Dans un grand nombre de cas, les alternatives sont connues, il nous faut évaluer leur efficacité, ainsi que leur facilité d’application et leur disponibilité, mais aussi mener une évaluation de l’impact socio-économique. Ce qui devrait déboucher, en juillet ou août 2018, sur l’arrêté ministériel fixant les dérogations pour les usages pour lesquels il n’existe pas d’alternatives.

Dans sa mission de phytopharmacovigilance, l’Anses s’est vu confier la tâche de surveiller les effets liés à l’utilisation des pesticides. Elle va notamment travailler sur la présence de résidus de pesticides dans l’air, une préoccupation émergente. Afin de mieux étudier le sujet, l’agence a mis en place un groupe de travail pour «mettre au point des stratégies d’échantillonnage et des méthodologies d’analyse adaptées». Ces travaux devraient être finalisés cette année, prévoit-elle.

JDLE: Le processus européen sur les critères de définition des perturbateurs endocriniens a pris un retard très marqué, et fait encore l’objet de blocages à Bruxelles. Cela a-t-il des impacts sur le travail de l’Anses?

Roger Genet: Pas vraiment. En l’attente des critères définitifs, nous disposons des critères intérimaires, donc cela n’engendre pas d’embolie au niveau de l’agence. Lors de notre avis publié sur le sujet [en juillet 2016], nous avons demandé la mise en place de trois classes de risques pour les perturbateurs endocriniens: présumés, suspectés et avérés [une option pour l’instant écartée par la Commission européenne], ainsi que la mise en place d’une instance unique dans l’Union européenne qui serait chargée de statuer si une substance est un perturbateur endocrinien ou non. Nous voulons éviter des différences d’appréciation des risques entre les Etats membres.

JDLE: Le programme de travail 2017 de l’Anses prévoit l’étude des plantes VrTH, considérées par plusieurs associations comme des crypto-OGM. Est-ce pour l’agence l’amorce d’une nouvelle mission, jusque-là confiée à une instance, le Haut conseil des biotechnologies (HCB), en délicatesse avec les associations?

Roger Genet: Nous sommes saisispar la DGCCRF [direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] sur les OGM lorsqu’il s’agit de leur consommation. Le HCB s’intéresse quant à lui à leur mise en culture et aux risques liés à la dissémination. Ce sont donc des champs distincts. Sur les VrTH, notre travail portenotamment sur les techniques de dépistage de ces végétaux, et nous avons entrepris un travail de collecte de données, en particulier auprès des industriels.

JDLE: Face à ces nombreuses saisines et ces missions de plus en plus étendues, l’agence ne risque-t-elle pas le surmenage? Les moyens financiers et humains qui vous sont alloués sont-ils à la hauteur?

Roger Genet: Avec un budget 2017 de 139,5 millions d’euros, qui provient principalement de dotations de l’Etat et en partie de taxes [notamment sur les pesticides], le principal problème n’est pas le financement, mais l’emploi. Nous  sommes autour de 1.350 ETPT [équivalent temps plein travaillé], avec un plafond en baisse de sept ETPT cette année. Nous avons déjà du mal à répondre dans les délais, alors qu’il nous faudrait embaucher, notamment dans le cadre des activités de délivrance des AMM. Or on ne le peut pas, et les demandes vont encore s’accroître. En particulier du fait du Brexit, car la France va automatiquement récupérer des dossiers jusqu’alors traités par le Royaume-Uni.

Il nous faut avoir la capacité d’adapter le niveau d’emplois à l’activité. Pour cela, je défends la possibilité que notre plafond d’emploi soit indexé sur les taxes que nous percevons [elles-mêmes liées au nombre de dossiers traités]. Le ministère du budget n’y est pas fermé, les parlementaires comprennent la situation. Sans un changement, la France pourrait perdre des opportunités. Pour autant, nos équipes sont engagées à 120% dans leur travail, et le climat social de l’Anses est excellent. Nous sommes très conscients des attentes à notre égard, et nous ne devons pas décevoir la confiance qui nous est faite.

 

 

[i] CEA: Commissariat à l’énergie atomique. Cemagref: Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts. Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture. Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

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