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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:09

 

 
Le nucléaire civil est une retombée des recherches militaires et les points de rencontre entre les deux secteurs sont nombreux, explique l’auteur de cette tribune. Qui juge que s’affranchir du nucléaire sera impossible sans que l’armée en fasse de même.

Ben Cramer est journaliste spécialisé dans la géopolitique. Il est l’auteur de Guerre et paix… et écologie. Les risques de militarisation durable, édition Yves Michel.

 Des dizaines de cathédrales nucléaires en béton qui meublent notre paysage n’auraient pas été édifiées sans la témérité des architectes de la force de frappe. D’ailleurs, si le nucléaire civil n’était pas une retombée du militaire, nul ne soupçonnerait les Iraniens d’avoir quelques arrière-pensées en se lançant dans l’aventure. Depuis Fukushima, les Japonais ont vécu une fausse sortie du nucléaire civil, pour des motifs à la fois économiques et stratégiques.

Le candidat à la présidentielle qui fixe un calendrier et des échéances pour fermer les 58 réacteurs français serait donc bien avisé d’évaluer la non-étanchéité de ces deux filières. Pour que « sortir du nucléaire » dépasse le simple slogan, encore faut-il démanteler. Mais démonter et démanteler renvoie au casse-tête des déchets qui pourraient déborder dans la foulée de cette sortie. Pourquoi ? Parce que, civil ou militaire, le matériel subit l’usure du temps. Comme l’affirme Robert Reisse, directeur du centre (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, CEA) de Valduc. « Une arme, ça vieillit. » Pire : ça vieillit mal. Comme avec les cuves de réacteurs en sursis, soins intensifs, maintenance et vigilance s’imposent, même au seuil de la sortie.

Certains déchets de centrales sont recyclés pour en faire des munitions 

L’absence de tri (y compris à l’Andra) entre déchets civils et militaires n’arrange rien. Sortir du nucléaire a du panache, sauf que cela ne permet pas de « sortir » (sans dégâts) du dilemme des déchets, un fardeau que les tunnels de Bure n’ont fait qu’empirer. L’entreposage présumé provisoire risque de s’éterniser, que ce soit sur les sites de la Hague, Soulaines, ceux administrés par le CEA, comme à Cadarache, qui gère – tiens ! tiens ! – les déchets civils et militaires du CEA contaminés au plutonium. Le mélange des genres est tel que certains déchets de centrales sont recyclés pour en faire des munitions, comme l’uranium appauvri, ou U238, sur le polygone de Bourges.

 
« Le Redoutable », sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la marine nationale française.

Pour ne pas encombrer les issues de secours, sans se détourner de la marche à suivre, il faut souligner le rôle des centrales tout à fait civiles pour faire « carburer » des submersibles. En effet, faire fonctionner des réacteurs navals constitua la première utilisation non militaire d’uranium hautement enrichi. Un réacteur de sous-marin ou de porte-avions (ou de brise-glaces) est une petite centrale électrique, et pour la petite histoire, l’amiral états-unien Hyman Rickover a bricolé la première dans les années 1950. Cette (mini) centrale assure à la fois la propulsion, les besoins en électricité et en eau douce à bord.

DCNS, leader européen du naval de défense, un fleuron du savoir-faire français, a intégré en quatre décennies 18 chaufferies nucléaires sur les bâtiments de la Marine nationale [1]. Avis au candidat à la présidentielle : ces chaufferies seront-elles épargnées d’un plan de « sortie » alors qu’elles vont subir le même sort que leurs cousines « terrestres » dans des hangars aménagés ? Alors qu’aucune provision n’a été faite pour leur démantèlement ? Au cas où la Marine s’inspirerait des méthodes d’EDF et d’Engie pour allonger la durée de fonctionnement de ses réacteurs en faisant fi du principe de protection, ses ingénieurs (avec la Direction générale de l’armement, DGA) s’efforceront d’enrichir davantage encore le combustible, quitte à susciter de nouvelles vocations parmi les candidats à la bombe [2].

Amorcer de concert la transition énergétique et la mutation stratégique du secteur militaire 

À l’heure de la confusion des genres, certaines entreprises militaires veulent « sortir »… des sentiers battus. Ils lorgnent le filon civil pour élargir leur marge bénéficiaire. Reconversion ? Non, diversification. La DCNS (toujours elle) a mobilisé ses ingénieurs pour travailler sur un prototype de petite centrale nucléaire sous l’eau, baptisé Flexblue, en association avec Areva. Le projet Flexblue est provisoirement gelé, mais pour combien de temps ?

Bref, s’affranchir du nucléaire civil via des énergies alternatives dont l’ultime atout réside dans l’impossibilité de les recycler en armes de destruction, c’est bon signe. Reste maintenant à titiller le secteur militaire, lui enjoindre d’amorcer de concert sa transition énergétique et sa mutation stratégique. Car, enfin, ce serait une triste ironie de l’histoire si les accros au nucléaire civil misaient sur la bombe, son infrastructure, ses débouchés pour ne pas rejoindre les poubelles de l’histoire ; à cause d’un candidat qui aurait omis de raccrocher les wagons… 

 

[1Cf. les analyses du Centre d’études de sécurité internationale et de maîtrise des armements, le Cesim.

[2François Hamon, le père de Benoît, est un ancien de la Direction des constructions navales (DCN), qui a commencé sa carrière comme ouvrier et terminé comme ingénieur.

 


Lire aussi : Le démantèlement des armes et bâtiments nucléaires, lourd fardeau pour les générations futures

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : un essai de bombe nucléaire. Pixabay (CC0)
. sous-marin : Wikipedia (Guillaume Rueda/CC BY-SA 3.0)

-Idem:

Le Réseau "Sortir du nucléaire" soutient la demande d’un référendum pour l’abolition des armes nucléaires
http://www.sortirdunucleaire.org/Le-Reseau-Sortir-du-nucleaire-soutient-la-demande  
 

 

 

Un bilan explosif

A la une | LeCourrier

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Lundi 20 mars 2017
 

Les ventes d’armes françaises ont battu des records historiques durant le quinquennat de François Hollande. Au prix de contorsions avec le droit international et la morale.

Champagne! La France se hisse désormais au second rang des puissances exportatrices d’armes, juste derrière les Etats-Unis. Après une année 2015 déjà exceptionnelle, la présidence du socialiste François Hollande s’achève sur un bilan 2016 record, avec plus de 20 milliards d’euros (+15%) de nouvelles commandes de matériel de guerre.

Après un quinquennat, l’Hexagone est donc à nouveau l’un des poids lourds mondiaux de la production d’armes, en triplant ses prises de commandes. Du coup, les carnets débordent: vingt-quatre avions de combat pour le Qatar, vingt-quatre autres équipés de missiles attendus par l’Egypte, douze sous-marins pour l’Australie... Les usines de la dizaine de groupes industriels (EADS, Thalès, Safran...) et des 4000 PME (dont 500 dites stratégiques) tournent à plein régime. Selon le Ministère de la défense, 40 000 postes vont être créés dans le secteur de l’armement d’ici à l’année prochaine.

Embargos contournés

Un boom qui n’est pas sans faire de dégâts. «La France vient clairement de faire un bond au classement des Etats-voyous, acteurs majeurs de la prolifération des armes sur le globe», dénoncent de concert trois ONG, Amnesty Internationale, Survie et l’Observatoire des armements (Obsarm). Pour Patrice Bouveret, directeur de cette dernière, «les informations dont nous disposons montrent que Paris n’a pas respecté onze des vingt-quatre embargos édictés par l’ONU et l’Union européenne, et ce pour la période de 2013 à 2015». «Nous nous appuyons sur des documents déclassifiés et sur des investigations menées sur le terrain par des ONG», poursuit Julien Moisan, coordinateur à Survie.

Ainsi, malgré l’embargo européen sur les ventes d’armes à la Chine, la France ne s’est pas embarrassée pour lui refourguer entre 2010 et 2014 plus de 500 millions d’euros d’armements. Elle n’a pas été non plus très regardante sur la fourniture en juin 2016 de matériel militaire aux combattants kurdes d’Irak. Une transaction en principe interdite par l’embargo sur ce pays, décidé en 2004 par la résolution 1546 des Nations Unies, laquelle n’autorise à la rigueur que la vente de fournitures d’équipements aux forces gouvernementales.

Quant à la livraison de blindés légers Renault à l’Egypte en 2013 et 2014, soit juste au moment ou l’armée prend le pouvoir et se lance dans une répression sanglante de la population, on peut la comparer à un superbe bras d’honneur au droit international... «Si un contrat est signé avec un pays avant que ce dernier ne devienne à risque, la livraison d’armements n’est pas suspendue pour autant. Et puis il y a des embargos qui ne sont pas contraignants, c’est le cas pour la Chine ou l’Egypte» soupire le directeur d’Obsarm. Et c’est comme ça que la France échappe au radar du droit international.

«Intouchable» au Yemen

Autre exemple: alors que des armes vendues par la France comme les chars Leclerc (aux Emirats arabes unis), les Mirage 2000 (au Qatar) ou les canons d’artillerie Caesar (à l’Arabie saoudite) sont employées dans la guerre au Yémen où les populations sont massacrées, Paris est intouchable. Pourquoi? Parce que l’embargo sur le Yémen ne s’applique qu’aux forces rebelles houthies et pas aux membres de la coalition en guerre (Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Egypte...).

«Oui, la France est en faute, notamment avec l’Arabie saoudite. Et contrairement à l’embargo en vigueur, on a fourni effectivement des armements à la Chine, mais aussi à la Russie», admet Pouria Amirshahi, pourtant député socialiste des Français de l’étranger, rapporteur du projet de loi sur la violation des embargos. Pour ce frondeur, «en se positionnant comme le VRP du commerce d’armes, la France participe effectivement à la prolifération de ces dernières».

Epinglée en Côte d’Ivoire

Selon le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU sur la Côte d’Ivoire, daté d’avril 2013, «deux entrepreneurs français», un ancien légionnaire et un ex-gendarme de la cellule antiterroriste de l’Elysée, «ont été les maillons directs ou indirects d’une structure complexe de sociétés ayant leur siège en Côte d’Ivoire, Tunisie et Lettonie, dont ils se sont servis pour violer à de nombreuses reprises le régime de sanctions imposé à la Côte d’Ivoire».

Mieux, «les Nations Unies ont également réuni des documents prouvant qu’il y avait eu des ventes d’armes létales et de munitions correspondantes à partir d’août 2009. Parmi le matériel fourni figure des équipements et matériels destiné à la police: munitions lacrymogènes, dispositifs de lancement pour des munitions ‘semi-létales’ et munitions correspondantes.»

«Secret défense»

Embêtant? «La France pratique une politique d’exportation responsable qui s’exerce dans le strict respect de ses engagements internationaux, en particulier en matière de lutte contre la prolifération des armes», réplique le Ministère des affaires étrangères.

Pour Aymeric Elluin, responsable de campagne «armes et impunité» à Amnesty International, «la France joue la carte de la transparence mais elle veut avant tout préserver l’intérêt stratégique de ses clients. Et dès qu’on lui pose trop de questions, elle invoque le secret défense».

Des rapports pour la forme

Une pratique ambiguë que l’on retrouve dans le contrôle parlementaire. Chaque année, un rapport remis à l’Assemblée nationale est censé détailler les transferts d’armements du pays. Sauf qu’en l’espace de quinze ans, il est devenu, selon Julien Moisan de Survie, «une plaquette de pub, une véritable peau de chagrin» qui se gargarise des bienfaits des exportations d’armes pour l’économie française...

«C’est opaque, on n’a pas accès aux infos principales. Alors certes, on nous restitue un bilan, mais il n’y a rien sur les clauses des contrats, sur les financements des acquisitions, sur les acquis bancaires» déplore Nathalie Chabanne, députée – elle aussi – socialiste des Pyrénées-Atlantiques, membre de la commission de la défense nationale et des forces armées.

Rouage manquant

Si les autorisations et les licences délivrées par l’Etat figurent bien dans le document, les parlementaires ne disposent d’aucune garantie quant à la livraison effective du matériel. Rien non plus sur le détail des livraisons, et encore moins sur les caractéristiques du matériel ou sur les destinataires. Autant de données qui paraissent pourtant essentielles afin d’être sûr qu’un embargo international soit bien respecté.

Tony Fortin, chercheur à l’Obsarm, ne s’en étonne pas: «Peut-on raisonnablement attendre du Ministère de la défense et de son administration qu’ils exercent à la fois le rôle de promotion et celui de contrôle des exportations d’armes? Il manque évidemment un rouage essentiel à ce dispositif. Ce devrait être au parlement d’exercer ce contrôle.» Sauf qu’à ce jour, aucun dispositif ne le prévoit.

 
 

Embargo sur un projet de loi

Evoqué pour la première fois en 2001, le projet de loi n° 349 «sur la répression pénale des embargos et autres mesures restrictives» vise à doter la France d’un solide arsenal législatif pour qu’elle puisse réprimer pénalement les violations aux embargos sur les armes. Déposé au Sénat le 21 février 2006, ce texte va croupir pendant dix ans au fond d’un tiroir, avant que l’Assemblée nationale ne l’examine enfin en première lecture. C’était le 28 janvier 2016.

Il a été alors enrichi par de nombreux amendements visant à le rendre encore plus redoutable: confiscation des marchandises, avoirs saisis, peines applicables aux personnes morales (les entreprises), telles que la dissolution ou l’interdiction d’exercer une activité, l’exclusion des marchés publics et des aides publiques, peines renforcées en cas de commission des actes «en bande organisée»...

Au fond d’un tiroir...

Des amendements aussitôt farouchement combattu par le gouvernement de François Hollande. «Le texte doit maintenant repasser devant le Sénat, sauf qu’il n’est pas inscrit à l’ordre du jour et avec les élections présidentielles qui se profilent, on est reparti pour des années», se désole le député Pouria Amirshahi, rapporteur du projet de loi. En clair, le texte vient de retourner au fond d’un tiroir... EDL

 
Le Courrier

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