La concentration de méthane dans l'atmosphère explose. Ce gaz, 28 fois plus "réchauffant" que le CO2, contribue pour quelque 20% au réchauffement climatique en cours.

Un autre danger environnemental pèse sur la planète. Celui-ci plus diffus, moins difficile à cerner car provenant de sources naturelles : des zones humides, des formations géologiques...

 

Deuxième grand gaz à effet de serre lié aux activités humaines, après le dioxyde de carbone (CO2), le méthane contribue pour quelque 20% au réchauffement climatique en cours . Il est aussi 28 fois plus "réchauffant" que le CO2 - bien que persistant moins longtemps dans l'air (environ 10 ans).

Et comme c'est souvent le cas lorsque l'on parle de réchauffement climatique, l'activité de l'homme n'est pas exempte de reproche. Selon une étude parue dans le journal Earth System Science Data , c'est 60 % de ses émissions qui seraient liée aux besognes de notre espèce. 36 % en effet, viennent de l'agriculture. Parce qu'elle semble farfelue, la plus célèbre émission reste évidemment celle des éructations et flatulences des vaches. Mais elles ne sont pas les seules responsables : le traitement des déchets ainsi que l'activité dans les rizières représentent une grande part des émissions de méthane .

Mais ce que les chercheurs observent surtout, c'est une flambée depuis dix ans des émissions. Les experts qui rappellent que ce gaz à effet de serre est plus nocif pour le climat que le CO2 mettent donc en garde : "Il faut de toute urgence s'attacher à quantifier et réduire les émissions de méthane", plaident-ils dans un éditorial, après avoir coordonné un bilan mondial mené par plus de 80 scientifiques de 15 pays. Après un léger ralentissement entre 2000 et 2006, la concentration de méthane dans l'atmosphère a crû dix fois plus rapidement la décennie suivante.

"Contenir le réchauffement sous 2°C est déjà un défi considérable", soulignent alors les chercheurs dans le bulletin Environmental Research Letters, à propos de l'objectif que la communauté internationale s'est fixé fin 2015 dans l'accord de Paris  : "Un tel objectif deviendra de plus en plus difficile à tenir si l'on ne réduit pas les émissions de méthane fortement et rapidement".

Les énergies fossiles également en cause

Le constat est posé, mais comment analyser cette flambée ? Plus de vaches ? Plus de rizières ? Les chercheurs privilégient une hypothèse : selon la FAO (l'organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), le nombre de têtes de bétail est passé d'1,3 milliard en 1994 à 1,5 milliard 20 ans plus tard).

Mais ils n'excluent pas non plus le rôle des énergies fossiles dans ce boom. Quelque 21% des émanations de méthane sont de fait dues à l'exploitation du charbon, du pétrole et du gaz : de l'extraction jusqu'aux réseaux de distribution, les fuites de méthane sont très fréquentes.

"A partir des années 2000, il y a eu une grosse exploitation du charbon en Chine, et l'exploitation du gaz aux Etats-Unis a aussi augmenté", rappelle une chercheuse. Concernant le permafrost, ces sols gelés des hautes latitudes, ils peuvent aussi dégager du méthane en dégelant, une grande crainte des climatologues. Mais à ce stade, "on ne voit pas d'augmentation anormale des concentrations", dit le chercheur et co-auteur Philippe Bousquet, pour qui ces "émissions risquent d'augmenter dans le temps mais sur des décennies".

Quant au boom particulièrement spectaculaire des deux dernières années, les scientifiques ont encore plus de mal à l'expliquer. "Cela peut être d'origine naturelle (...) Mais s'il se prolongeait au-delà de trois ou quatre ans, cela signifierait forcément un lien avec l'homme". Il est en tout cas possible d'agir d'ores et déjà et très concrètement pour réduire ou capter le méthane, soulignent les scientifiques: méthaniseurs dans les fermes, modification des protocoles d'irrigation des rizières, chasse aux fuites...

"On peut réduire ces émissions plus facilement, de manière moins coercitive, que celles de CO2, en encourageant aussi l'innovation et les emplois. Alors il ne faut pas s'en priver! ", disent les chercheurs de l'étude.

Source AFP

-Voici une réflexion analogueavec "cause toujours ", du Financial Times et du gardian sur un tout autre  sujet celui étonnant,de la finitude du condominium  démocratique sur le terrain mondial:

Le Financial Times l'admet : les gardiens de l'ordre mondialiste libéral se dirigent vers le même destin que Marie-Antoinette

Le Guardian : L'Union Soviétique s'est effondrée en une nuit.  "N'imaginez pas que les démocraties occidentales vont durer pour toujours."

Attentat démocratique - YouTube

 

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Le 24 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg

Le Giec s’apprête à publier une synthèse du second tome de son 5e rapport d’évaluation. Une semaine avant sa sortie officielle, le JDLE vous en livre les principaux enseignements.

 

On ne pourra décidément plus dire qu’on ne savait pas. Depuis quelques semaines, une version quasi définitive du résumé pour les décideurs du second tome du 5e rapport d’évaluation du Giec[1] circule sur internet et dans la presse anglo-saxonne. Rien d’étonnant à cela. Depuis l’automne, le texte est consulté et annoté par des centaines d’experts, de relecteurs, de diplomates, etc. Rédigée par un groupe d’auteurs de l’organisation onusienne, cette synthèse (29 pages, alors que le rapport en fera près d’un millier) doit être validée par les gouvernements avant d’être publiée le 31 mars. D’où de nombreux échanges. La version qu’a consultée le JDLE a été établie le 28 octobre dernier. Les corrections finales devraient être minimes.

Sur quoi porte le second tome du 5e rapport?

Comme son titre l’indique, cette seconde partie du 5e rapport d’évaluation traite des conséquences des changements climatiques, de l’adaptation et de la vulnérabilité de nos sociétés aux colères du climat, tout au long du XXIe siècle. Il est publié 6 mois après le premier tome, qui présentait l’état de la science climatique. Il sera suivi, le 13 avril, par la publication du résumé du rapport du troisième groupe de travail du Giec, dédié aux politiques et mesures pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (l’atténuation).

Quels sont les risques avérés à terre?

Il y a deux façons de lire le rapport du groupe 2: par risque et par région du monde. Côté risques, le gros des préoccupations des politiques devra porter sur l’eau. Selon le niveau de réchauffement[2], le nombre de terriens susceptibles de subir de fortes inondations variera du simple au triple. Voilà pour les régions tempérées. Dans les zones les plus sèches, c’est la fréquence des périodes de sécheresse qui augmentera. «Chaque degré supplémentaire devrait réduire de 20% les ressources en eau», estiment les auteurs. Pas rassurant si l’on garde à l’esprit que la population mondiale pourrait croître de moitié d’ici la fin du siècle.

Moins d’eau et plus d’habitants sont les deux premières variables de l’équation de l’insécurité alimentaire. Les climatologues estiment que les rendements des grandes cultures (riz, blé, maïs) pourraient diminuer de 2% par décennie. Parallèlement, la demande mondiale devrait progresser de 14% par décennie jusqu’à la moitié du siècle. Difficile à gérer.

Quels sont les risques pour l’environnement marin?

Sous les effets conjugués du réchauffement, de l’acidification, des pollutions et de la surpêche, l’écologie marine va au-devant d’un grand bouleversement. Nombre d’espèces tropicales vont quitter leurs eaux surchauffées pour gagner des latitudes plus fraîches. D’ici la fin du siècle, le potentiel de capture de poissons pourrait baisser de moitié dans les eaux de la bande équatoriale ainsi que dans l’océan Antarctique. Les écosystèmes polaires et coralliens devraient particulièrement souffrir de l’acidification croissante des eaux marines.

Bon pour la santé, les changements climatiques?

Pas vraiment. Le réchauffement accroîtra la prévalence des maux que nous connaissons déjà: les affres de la pollution atmosphérique urbaine, par exemple. Selon les régions, les populations subiront les effets sanitaires de vagues de chaleur, plus fréquentes et plus intenses, des incendies de forêt (on l’a vu en Russie, lors de l’été 2010) ou de la malnutrition. Dans d’autres régions, les travaux en plein air (agriculture, pêche, BTP) deviendront difficiles, voire impossibles, en raison des températures trop élevées.

Risques et stratégies d’adaptation

En Afrique, la première des conséquences des changements climatiques est la réduction de la pluviométrie. Pour y faire face, les auteurs du Giec recommandent la plantation de cultures sobres, le développement de l’irrigation raisonnée, le renforcement de l’alimentation en eau potable et de l’assainissement.

Les mêmes causes ne produiront pas forcément les mêmes effets partout. En Europe, l’eau aura plutôt une fâcheuse tendance à inonder. La faute à un changement de régime des précipitations, à la montée du niveau de la mer, ainsi qu’à l’urbanisation des zones… inondables. Les effets inverses toucheront les régions méridionales du Vieux monde. Au nord, on multipliera donc les ouvrages de défense contre l’eau. Au sud, on mettra en œuvre des technologies sobres en eau, notamment pour l’irrigation et la production d’énergie. On améliorera aussi la résilience des villes.

Eau et chaleur frapperont aussi l’Asie. La fonte des glaciers, le changement de régime des moussons et, toujours, la montée du niveau de l’océan augmenteront sensiblement le risque d’inondation dans les zones urbaines et sur les côtes. Les scientifiques alertent par ailleurs sur les conséquences des canicules, notamment dans les zones urbaines riches en îlots de… chaleur.

Curieusement, alors que l’Australie bat régulièrement ses records de chaleur estivale, c’est l’eau qui semble être la principale menace pour l’île-continent et les autres régions de l’Australasie. L’Australie et la Nouvelle-Zélande seront fréquemment les proies de fortes inondations. De même, les zones côtières des deux pays seront régulièrement grignotées par la montée du niveau de l’océan. Sous la surface du Pacifique et de l’océan Indien, la grande barrière de corail pâtira du réchauffement et de l’acidification de l’eau, réduisant d’autant la biodiversité marine régionale.

En Amérique du Nord, la montée du mercure du thermomètre renforcera fortement le risque d’incendie de forêt. Dans les villes, les populations les plus vulnérables subiront les affres des canicules. A moins, comme le conseillent les auteurs, d’ouvrir des cooling centers. L’augmentation du risque de fortes inondations est hautement probable, notamment le long des côtes.

Les glaciers sont l’une des principales sources d’approvisionnement en eau de nombreux pays d’Amérique centrale et du Sud. Or, avec leur recul rapide, l’accès à l’eau dans les régions les plus arides va devenir problématique, estiment les rédacteurs. Les scientifiques annoncent aussi une réduction des rendements agricoles de la région.

Invivable, la terre?

Invivable, la terre de la fin du XXIe siècle? Pas encore. Nous sommes encore à la croisée des chemins, soulignent les auteurs du Giec. A supposer que nous allégions très sensiblement notre empreinte carbone, nous pouvons espérer stabiliser le réchauffement sous la barre des 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Et réduire ses conséquences. «La réduction des émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines décennies peut substantiellement diminuer les risques liés aux changements climatiques dans la seconde moitié du siècle», confirment les chercheurs. Ils ne seront toutefois pas nuls. D’où l’importance de commencer à nous y préparer. Les plus récentes études suggèrent que les pays en développement (les plus vulnérables) doivent investir près de 100 milliards de dollars (72,4 Md€) par an pour s’adapter aux effets du réchauffement. C’est ce que les pays du Nord leur ont promis à partir de 2020. Il n’est pas certain qu’ils tiennent leurs engagements.

 

[1] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat

[2] Les auteurs ont principalement étudié deux scénarios: des réchauffements de 1,5°C et de 4,9°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère pré-industrielle .

POUR ALLER PLUS LOIN avec EurActiv

Les émissions de méthane progressent mystérieusement