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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:04

Analyses Luttes paysannes

[Zurich] Perturbation du congrès EUCARPIA

01.09.2016 | Maj le 3 septembre Zürich

Ce ne sont pas les groupes agro-industriels et leurs monocultures, mais les modèles d’agriculture diversifiés et à petite échelle, qui offrent des solutions.

Syngenta, un des sponsors du congrès scientifique sur la sélection végétale EUCARPIA, est un des leaders mondiaux des semences et de la chimie. Comparable à Monsanto, cependant avec un concept publicitaire essentiellement plus efficace nommé « capitalisme vert » et « bonne croissance ». Ces concepts de marketing sont repris aussi par certains scientifiques travaillant dans la recherche publique.
Syngenta et ces scientifiques se vendent eux-mêmes comme les « sauveurs de l’humanité », comme des promoteurs « de l’écologie et de la durabilité » et même comme « intéressés par le bien de tous », avant tout par le bien de la paysannerie.

Cependant, la réalité est tout autre :

Syngenta et les autres multinationales de l’agrobusiness soutiennent des groupes paramilitaires qui assassinent des paysan·ne·s et des militant·e·s qui s’opposent aux machinations des dites multinationales pour ne pas se faire voler leurs terres et leur autonomie.
Plus précisément, cette agro-industrie défend le brevetage des semences et les OGM qui sont toujours associés à une inflation de poisons pour éradiquer les plantes, champignons et animaux indésirés. Des poisons comme le glyphosate, le Paraquat, le Clomazone et bien d’autres contaminent les eaux souterraines et les cultures depuis des années et se retrouvent aussi dans les corps des animaux et des humains. Les recherches sur les conséquences et les dégâts causés par ces traitements sont systématiquement entravées et sabotées. Les interdictions de produits sont rapidement levées ou contournées grâce à des pressions sur les politiques et un travail efficace de lobbying.
La politique semencière de l’agro-industrie, qu’elle soit conventionnelle ou bio, n’est pour nous rien moins qu’un prolongement de l’accaparement mondial des terres, tel qu’il se pratique dans le Sud Global depuis de nombreuses années. La petite paysannerie y est forcée, par les lois des multinationales, à acheter des semences car la multiplication, l’échange et le don de semences qui sont d’usage depuis des millénaires deviennent interdits alors que ce sont exclusivement les semences brevetées des multinationales qui sont autorisées.
Les paysan·ne·s, qui n’étaient auparavant jamais dépendant·e·s de l’achat, se voient forcé·e·s de participer au marché capitaliste. La conséquence en est la compétition capitaliste et l’on sait que ce sont toujours les plus pauvres, les petit·e·s paysan·ne·s, qui y perdent et doivent dès lors abandonner leurs terres et peupler les bidonvilles des grandes villes en tant que force de travail bon marché. De l’autonomie paysanne, il ne reste rien, que la misère de se vendre et de dépendre du capitalisme. Les terres libérées vont à d’autres multinationales. Syngenta est partie prenante de cette logique destructrice et mène une guerre économique contre toutes celles et ceux qui veulent un monde juste. L’agro-industrie détruit des millions de vies avec cette politique.

L’agro-industrie et ses scientifiques utilisent le mot « innovation » pour faire le lien entre « progrès » et prospérité de l’Occident. Ce genre d’innovations sert cependant en premier lieu les intérêts particuliers des grandes entreprises et l’innovation réelle consiste simplement en la maximisation de leurs propres profits et de leur compétitivité sur le marché. Le sens pour la société humaine ne leur importe en vérité pas du tout. Chacun de leurs dons fait partie d’une propagande d’entreprise et de l’idéologie du profit, pour l’expansion de leur puissance sur le marché.
Le congrès EUCARPIA, organisé par Agroscope, est sponsorisé par Syngenta. Ceci nous montre que de telles institutions publiques travaillent main dans la main avec ces multinationales qui méprisent la vie.

En revanche, posons-nous la question :

Que signifie pour nous l’innovation ?

Pour nous, l’innovation pourrait vouloir dire utiliser les expériences des générations précédentes et poursuivre leur travail pour mettre en place une agriculture écologiquement soutenable, promouvoir l’autonomie paysanne, être non-commercial – c’est-à-dire faire usage de manière non-marchande des biens gratuits comme la terre, les semences, l’eau et l’air qui appartiennent à tout le monde, partager les produits de notre créativité, se soutenir et s’entraider au lieu de se tirer dans les pattes.

Au modèle de concurrence de Syngenta et consorts nous opposons la coopération, la solidarité et l’humanité, l’innovation paysanne et un progrès qui serve à toutes et tous !

« The Art of bringing Science to Life » c’est d’un cynisme absolu. Car la science à laquelle des groupes comme Syngenta s’intéressent est une science orientée vers le profit, comme on peut le voir avec des titres de conférences comme « refining the green gold of genetic resources ». Celui qui fait le lien entre l’ADN des plantes et une raffinerie de pétrole n’a rien d’autre à l’esprit que le profit. Cette vision d’une science qui se développe à grand renfort de génomique et d’informatique signifie en réalité un contrôle total des experts sur les paysan·ne·s et sur le vivant en général. On le saisit parfaitement au champ d’essai d’Agroscope à Reckenholz au nord de Zurich, avec ses caméras, ses barbelés et son service de sécurité. Seulement, « orienté vers le profit » et « contrôle total » ça ne se vend pas très bien. Ce n’est alors pas la réalité qui sera présentée, mais des mirages. Les agences de communication engagées utilisent des concepts comme bonne croissance, durabilité, sécurité alimentaire, augmentation de la production, Progrès pour tous etc, bien qu’il s’agit de mensonges grossiers se basant sur des explications simplistes.
Si l’agro-industrie était honnête, elle figurerait dans les poubelles de l’histoire depuis longtemps.
Ils traitent toute critique comme de « l’idéologie », comme si ce genre de scientisme n’était pas lui-même idéologique.

La science est censée principalement créer des connaissances, qui pourraient être bonnes si elles étaient utiles à tout le monde, si elles créaient un avenir habitable pour toutes et tous. Étrangement, cette science qui tente de créer un avenir vraiment habitable se développe en dehors des institutions scientifiques. Cette science naît dans les fermes, sous le contrôle des gens qui sont dans la pratique et qui sont concerné·e·s. Celui ou celle qui développe une science qui sert Syngenta et consorts s’est vendu·e, et a trahi son engagement envers l’humanité. Les scientifiques qui travaillent pour, ou se font sponsoriser par les groupes capitalistes ne créent pas de connaissances, ils créent avant tout la souffrance et l’exploitation. Ce sont simplement des capitalistes, qui soutiennent le progrès et les prétentions de puissance des ennemis de l’humain et de la nature.

Il ne nous reste donc comme réponse paysanne au congrès « The art of bringing science to life » que :

Kicking their Science out of our Lives !

Des paysan-ne-s contre les technosciences.

http://eucarpia2016.org/
http://www4.syngenta.com/
https://en.wikipedia.org/wiki/Paraquat#Toxicity
http://www.bund-mecklenburg-vorpommern.de/nc/presse/pressemitteilungen/detail/artikel/clomazone-muss-verboten-bleiben/
https://de.wikipedia.org/wiki/Glyphosat
http://www.multiwatch.ch/de/p97002169.html
https://infokiosques.net/IMG/pdf/das_feld_der_kontrolle-48p-A5-fil.pdf

-Article complémentaire ajouté par l'administration du blog:

Bayer-Monsanto : le « mariage des affreux ».

Le groupe allemand Bayer n’a, depuis quelques mois, qu’une idée en tête : acheter Monsanto. Après avoir avancé plusieurs offres infructueuses, dont la dernière valorise Monsanto au chiffre astronomique de 64 milliards de dollars, Bayer se résoudrait à lancer une OPA hostile contre le fabricant du Roundup. Questions sur un bras de fer de géants.

Le combat auquel se livrent les deux géants de l’agrochimie, l’américain Monsanto et l’allemand Bayer se situe dans un contexte de grandes manœuvres d’un secteur qui concerne l’activité de centaines de millions d’agriculteurs dans le monde. Dans un contexte international hyperconcurrentiel, les six mastodontes du secteur – les américains Monsanto, DuPont et Dow Chemical ; les allemands Bayer et BASF ; le suisse Syngenta – se rapprochent et cherchent à fusionner. Le pire cauchemar des défenseurs de l’environnement.

Au cœur de ce champ de bataille, un combat sans merci se livre entre le groupe Bayer, connu pour fabriquer les très décriés pesticides « tueurs d’abeilles » au néonicotinoïdes, d’une part et Monsanto, la firme de Saint Louis dans le Missouri, spécialiste des semences OGM, fabricant de l’herbicide Roundup et bête noire des écologistes. Une bataille à coups de milliards de dollars, Bayer proposant avec une offre à 64 milliards de dollars la plus grosse acquisition jamais réalisée par l’industrie allemande, dépassant le précédent record établi lors du rachat de Chrysler par Daimler pour « seulement » 36 milliards de dollars à la fin des années 90.

Une histoire qui sent le soufre

L’histoire des deux groupes protagonistes de ce combat de poids lourds sent le soufre.

Monsanto, dont la seule évocation du nom donne de l’urticaire au plus sage des écologistes, a une histoire chargée qui remonte à 1901. Parmi les faits d’armes controversés de ce géant de l’agrochimie, on note qu’il a « été le fabricant de l’« agent orange », ce défoliant terrifiant largement utilisé pendant la guerre du Viêt-Nam entre 1961 et 1971. Le produit était répandu sur les cultures lors de raids aériens pour affamer la population ; au passage, le produit contenait de la dioxine, agent contaminant des millions de civils. Selon les estimations d’une étude publiée en 2003 dans la revue Nature, c’est entre 2,1 et 4,8 millions de Vietnamiens qui ont été directement exposés aux herbicides entre 1961 et 1971, auxquels il faut rajouter un nombre inconnu de cambodgiens, de laotiens, de civils et militaires américains, et de leurs divers alliés australiens, canadiens, néo-zélandais, sud-coréens.

Malgré ces chiffres éloquents, Monsanto a soutenu pendant des décennies que son agent orange était sans danger. Même discours pour une autre famille de produits de la firme, les PCB (polychlorobiphényles ou pyralènes) utilisés abondamment dans notamment les transformateurs et dont on admit, seulement en 1979 aux États-Unis et en 1987 en France que ce produit était hautement toxique. Ce composant se retrouve encore aujourd’hui dans notre environnement et des particules subsistent dans nos corps.

Autre produit controversé, le Roundup n’en finit pas de faire parler de lui. Ses détracteurs sont déchaînés et organisent marches et actions en justice pour l’interdire. Soupçonné d’être cancérogène, l’ingrédient principal de ce produit, le glyphosate, divise l’Union européenne : elle vient de reporter sa décision sur le renouvellement de l’autorisation de cette substance.

LIRE DANS UP : Bataille des pesticides : coups bas à gogo

Ces pesticides ne sont que l’arbre qui cache la forêt ; en effet, 70 % du chiffre d’affaires de Monsanto ne provient pas des produits chimiques mais de ses semences et de son activité dans la manipulation génétique du vivant. Le seul mot d’OGM suffit pour actionner l’association avec les activités troubles de ce géant qui ambitionne de mettre l’agriculture mondiale sous sa coupe.

Le groupe allemand n’a pas une réputation aussi sulfureuse. Il doit son image plutôt positive à ses produits pharmaceutiques au premier rang desquels figure l’aspirine que l’allemand inventa en 1899. Pourtant, Bayer n’est pas une blanche colombe. Le groupe est l’héritier avec l’autre allemand BASF du consortium IG Farben, le fournisseur du Zyclon B, ce gaz facteur de mort des camps nazis. Sur les 46 milliards d’euros de son chiffre d’affaires, 22 % sont produits par les semences et les pesticides. Il est le fabricant des marques Gaucho et Proteus, substances aux néonicotinoïdes dont on connait les effets meurtriers sur les abeilles en particulier et la faune en général.

LIRE DANS UP : Bataille des néonicotinoïdes : les abeilles devront encore attendre

L’agriculture mondiale en ligne de mire

L’enjeu de cette bataille de géants entre Monsanto et Bayer est la mainmise sur le marché de l’agriculture. Selon l’ONG Greenpeace, un mariage entre l’américain et l’allemand ferait naître un numéro un mondial des semences transgéniques et des pesticides, avec respectivement 30 % et 24 % de parts de marché. Une telle domination ne manquerait pas d’entraîner une hausse des prix pour les agriculteurs et par conséquent, pour les consommateurs. Les parlementaires américains qui envisageraient d’opposer un veto à une telle fusion, craignent en effet une augmentation des prix du lait de soja qui est fabriqué à plus de 90 % par des semences transgéniques. Pour les organisations écologistes mondiales, le danger vient de l’inondation du marché européen, jusque-là relativement protégé, par des produits OGM.

LIRE DANS UP : Ces OGM cachés que les industriels veulent nous faire passer en douce…

Plus globalement, c’est un asservissement des agriculteurs aux produits de ces deux géants que l’on craint. La stratégie du rapprochement est à cet égard limpide : proposer une offre complète aux agriculteurs incluant les semences, les engrais, le conseil, les équipements et les « services climatiques ».

En 2013 déjà, la firme de Saint Louis a racheté The Climate Corporation, une startup fondée par des anciens de Google, spécialisée dans l’analyse ultra localisée du risque agricole et la vente de polices d’assurance associées.

Guy Kastler de la Confédération paysanne s’inquiète auprès de Libération : « Avec un tel "paquet complet", l’agriculteur sera totalement sous la dépendance d’une seule entreprise. Et ces multinationales, de plus en plus grosses, auront encore plus de poids sur les gouvernements pour faire passer des réglementations qui obligeront les agriculteurs à utiliser leurs produits. Regardez la guerre qu’elles font déjà aux semences paysannes, désormais encore plus menacées d’appropriation par les brevets sur les "new breeding techniques", ces nouveaux OGM que les firmes rêvent de pouvoir vendre sans étiquetage. J’y vois une menace pour l’ensemble des citoyens, car nous risquons de perdre notre souveraineté politique et notre indépendance alimentaire. » Arnaud Apoteker, ancien de Greenpeace et expert en OGM affirme : « Si ces fusions dans l’agrochimie se font, tout le système agricole mondial se trouvera entre les mains de trois conglomérats en mesure d’imposer des politiques agricoles basées sur les semences OGM et leurs pesticides associés ».

Une stratégie périlleuse

Le PDG de Bayer se dit conscient que Monsanto est une entreprise controversée. Il se déclare prêt à rencontrer des ONG pour répondre aux préoccupations concernant la crainte d’une augmentation des prix et une réduction des choix des consommateurs. Il promet aux défenseurs de l’environnement le respect strict des normes éthiques si Bayer parvient à acquérir Monsanto. Ces belles paroles se suffisent pas à calmer les esprits. Le comité de gestion d’un important fonds d’investissement, La Financière Responsable, s’est ainsi séparé des actifs Bayer de son portefeuille au motif d’une « incompréhension stratégique », affirmant dans un communiqué : « La société Monsanto est très controversée dans le domaine de la Responsabilité Sociétale des Entreprises, et fait face à de nombreuses polémiques tant environnementales, comme l’affaire du Roundup, que sociales et sociétales (exemple : le coton transgénique Bt en Inde). La Financière Responsable estime donc qu’il n’est pas acceptable d’avoir une société comme Monsanto dans les portefeuilles de fonds ISR et ne réinvestira pas dans la société Bayer AG tant qu’elle maintiendra cette orientation stratégique. »

Selon certains experts, le rapprochement entre les deux groupes, s’il se fait, ne sera pas une sinécure. C’est ce que pense Michel Nakhla du Centre de Gestion Scientifique de Mines ParisTech : « Nous sommes ici face à un cas où l’énergie qui sera déployée pour rendre compatibles deux cultures d’entreprises se traduira inévitablement par une érosion commerciale source d’échec d’une majorité des rapprochements. En plus, les autorités de la concurrence américaine et européenne peuvent cependant se réveiller pour empêcher la naissance d’un groupe qui contrôlerait près 37 % du marché mondial de l’agrochimie. Elles peuvent également donner un feu vert conditionné à la cession d’actifs ou à un désinvestissement de certains marchés pour éviter une position dominante. »

Les deux groupes Bayer et Monsanto fusionnés pourraient se voir obligés de céder une partie de leurs actifs. Par exemple, Bayer pourrait craindre une demande de cession de son portefeuille santé. Et ceci malgré les propos rassurants de Werner Baumann, le président de Bayer, qui répète qu’il ne se séparerait pas des activités pharmaceutiques historiques du groupe comme l’aspirine. Dans ce cas, Bayer devra dresser une frontière étanche entre la vente de l’aspirine et la vente des phytosanitaires, une question de confiance pour les consommateurs.

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