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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 11:16

Monsanto s'empare du plus puissant outil de modification génétique ...

Thibault Deschamps

26 Sep 2016,

Les anti Monsanto ne vont certainement pas se réjouir de la nouvelle. La firme vient de mettre la main sur le CRISPR/Cas9 Gene-Editing System. Derrière ce nom scientifico-barbare, se cache en fait un outil développé par le MIT et l’Université Harvard lors de travaux associés sur la génétique.

Même si Monsanto possède déjà beaucoup d’outils similaires et s’adonne déjà depuis longtemps à la manipulation génétique, CRISPR est perçu par la communauté scientifique comme l’outil le plus précis et perfectionné en la matière. « Cet accord nous donne accès à un outil intéressant pour développer nos recherches en matière d’édition du génome », précise Tom Adams, PHD responsable du département biotechnologie de Monsanto, et interviewé par le Genetic Engineering & Biotechnology News.

« La technologie d’édition du génome complète nos recherches actuelles et procure d’incroyables ressources pour approfondir la plus grande bibliothèque de matériel génétique et génomique du monde. »

Peu de détails filtrent de cet accord. Combien Monsanto a dépensé ou s’est engagé à verser aux différents pôles de recherche du MIT et d’Harvard, nous ne le savons pas. Cependant, il faut retenir que l’entreprise ne devient pas propriétaire des brevets du CRISPR et obtient simplement par cet accord un droit d’exploitation.

Ce droit est conditionné à quelques restrictions d’utilisation, qui rassureront (ou pas) les plus insurgés d’entre vous. Par exemple, Monsanto a l’interdiction d’utiliser cet outil pour ajouter des gènes étrangers au génome des animaux ou plantes qu’elle souhaite modifier. En d’autre terme, l’entreprise n’a le droit que de modifier des gènes existants ou les supprimer, mais pas en ajouter. Qui plus est, il lui est interdit de produire des graines stériles à l’aide de cet outil. Il s’agit là d’un point sur lequel Monsanto est très régulièrement pointée du doigt, notamment dans les pays dits « du tiers monde » comme en Inde, où des producteurs de coton se fournissant auprès de Monsanto se disent dépendant de la firme puisque que leurs plants ne produisent pas de graines.

Au-delà de ces aspects écologiques et économiques potentiellement négatifs, le CRISPR pourrait servir à produire des céréales présentant un indice de gluten plus faible, moins sucrés, avec plus de goût, résistants aux maladies, etc.

Licensing CRISPR for Agriculture: Policy considerations - Broad Institute

By Issi Rosen, Chief Business Officer, September 22nd, 2016

Broad researchers and their collaborators have pioneered the development and sharing of new genome editing tools, such as CRISPR-Cas9, which are revolutionizing and accelerating nearly every aspect of disease research and drug discovery around the world.

In addition to making these genome editing tools and techniques freely available to the academic and non-profit communities, the Broad Institute has since 2013 issued more than a dozen licenses for commercial research, such as in human biomedicine.

Broad has also been approached by agriculture companies seeking to license CRISPR technology for commercial use.

There are many potential benefits of using CRISPR in agriculture that could benefit human health. Responsible use of CRISPR gene editing technology in agriculture has the potential to help reduce world hunger, reduce our reliance on pesticides, help society adapt to the effects of climate change, reduce the diversion of water from drinking supplies to farms, and increase nutrition and raise the efficiency of crop yields.

However, just as in biomedicine, the use of genome editing in agriculture raises important ethical and safety concerns.

Challenging issues include:

  • Gene drive. This is a way to rapidly spread a new gene throughout an entire species in nature. This approach might be used to block the transmission of malaria by mosquitoes, but has the potential to disrupt ecosystems. (The National Research Council recently issued a thoughtful report on gene drive.)
  • Sterile seeds. This is an approach that seed companies could use to force farmers to purchase seed each year, by preventing plants from producing fertile seeds. Although the concept was proposed more than 30 years ago, none have been commercially deployed. In 2000, the United Nations Convention on Biological Diversity recommended a global moratorium on their development, a position we support.
  • Tobacco. Smoking is extraordinarily harmful to human health. It increases risk of: lung cancer (by 25-fold) as well as almost every other kind of cancer; coronary heart disease, stroke and diabetes; rheumatoid arthritis; complications in pregnancy; and many other conditions. As health researchers, we would be concerned about efforts to use genome editing to increase tobacco usage. However, we know that tobacco plants can be used as an important model organism for basic research and can be used as a way to manufacture therapeutic proteins.

After consulting with external experts and careful internal consideration, the Broad Institute has decided to make available non-exclusive research and commercial licenses for the use of CRISPR technology in agriculture -- but with important restrictions. These include:

  • Gene drive: We prohibit the use of the licensed technology for gene drive.
  • Sterile seeds: We prohibit the use of the licensed technology to create sterile seeds (sometimes called “terminator” seeds), but do not prohibit the use in naturally sterile plants.
  • Tobacco: We prohibit the use of the licensed technology to modify tobacco for any use other than (i) in the context of a model organism for research not directed to the commercialization of tobacco, and (ii) for manufacturing purposes of non-tobacco products.

Many of these issues already fall under the oversight of federal agencies in the United States, including the USDA, FDA, and EPA.

Still, the Broad feels it is important to include explicit restrictions in the technology licenses as well. We wanted to share our thinking with others who may be considering licensing of related technologies.

Dans l'actualité

Les OGM sont morts vivent les NBT.

France Inter‎ -

L’Association française des biotechnologies végétales nous dit aujourd’hui que les OGM sont dépassés.

Vous regardez les étiquettes quand vous faites vos courses ? Vous évitez les produits OGM. Et demain. Comment ferez vous pour ne pas acheter les NBT s’ils ne sont pas étiquetés comme tels. C’est une nouvelle technique de modification des plantes et des animaux.

Les scientifiques estiment que ces variétés ne sont pas différentes de ce qui existe sur terre, de ce que les agriculteurs à force de croisement végétal ont produit. On croise les meilleurs plantes, on cumule leurs qualités et on donne naissance à des plantes qui produisent plus.C’est l’histoire de l’agriculture. Et un jour sont arrivés…

Les OGM

Organismes génétiquement modifiés.

Aujourd’hui dépassés par une technique rapide et moins coûteuse. Prenons l’exemple du maïs : Les scientifique ont trouvé dans des variétés un gène résistant à la sécheresse. Mais il est timide. On l'a modifié pour que la plante exprime ce gène plus fortement et que le maïs soit plus résistant en cas de manque d’eau.

Une centaine d’espèces végétales sont ainsi testées dans le monde.

Mais les écologistes sont déjà vent debout

Allons nous vivre à nouveau ces querelles qui ont secoué la société lors de l’apparition des OGM.

C’est le risque pour Alain Deshais, le Président de l’Association française des biotechnologies végétales

qui organise un colloque sur le sujet aujourd’hui. Et ça risque d’être houleux car les opposants se sont inscrits aux débats.

D’un côté les scientifiques veulent sortir des éprouvettes et faire des essais en plein champs.ils estiment que ces nouvelles biotechnologies ne présentent aucun risque. Donc inutile de les réglementer.

De l’autre les écologistes répondent que ces techniques sont des OGM déguisés. IL faut les encadrer. Voir les détruire.

Le débat public est inévitable. Les scientifiques savent qu’ils ne peuvent plus s’enfermer dans leur labo et dire « on sait, on a raison, laissez nous faire » ils sont obligés de partager leurs connaissances et de répondre aux critiques.

Alain Deshais fait un parallèle intéressant :

Quand le général de Gaulle a décidé de lancer le programme électronucléaire français, il l’a fait tout seul dans son coin avec les ingénieurs spécialistes du dossier. La société civile n’a pas été consultée. Aujourd’hui ce serait juste impossible.

-Voici un Extrait de la veille juridique OGM au parlement européen ,de C .

Actualité OGM des Verts au Parlement européen – 6 raisons d’interdire la culture des plantes génétiquement modifiées dans l’UE

Vendredi 14 octobre 2016, la Commission européenne soumettra probablement à un comité d’experts européens une autorisation pour la culture de 3 variétés de maïs OGM dans l’Union européenne: le sinistrement connu Mon810 de Monsanto (résistant à la pyrale du maïs), le Bt11 de Syngenta (qui produit une toxine contre la pyrale du maïs et résiste à un groupe d’herbicides) et le TC1507 de Dupont (résistant à la pyrale du maïs et à plusieurs herbicides).

Ces dernières années, aucun débat parmi les experts européens n’a rassemblé une majorité en faveur de nouvelles autorisations d’OGM pour la culture. Mais la situation a changé l’année dernière avec l’entrée en vigueur de la réglementation dite « opt-out » : elle permet aux États Membres d’interdire sur leur territoire la culture d’une plante OGM même si elle est autorisée au niveau européen ; l’industrie des biotechnologies suppose que cela pourrait amener les États Membres habituellement contre la culture d’OGM à être plus flexibles concernant les autorisations au niveau UE.

Les excellentes raisons des États Membres pour refuser la culture d’OGM sur leur territoire ne devraient pas soudainement disparaitre aux frontières de l’UE : nous attendons donc leur soutien.

Ce serait une erreur majeure de renouveler l’autorisation de ces plantes OGM. Voilà pourquoi!

1 - Les citoyens européens ne veulent pas des OGM

La dernière enquête Eurobaromètre montre clairement qu’une majorité de citoyens rejette les OGM : 54% des citoyens européens estiment que les OGM ne sont pas bons pour eux et pour leur famille. Ceci devrait suffire pour interdire les OGM dans l’UE, tant aux champs que dans les assiettes.

Les différences de points de vue selon les pays sont souvent avancées pour ne pas imposer une interdiction totale dans l’UE : « si certains pays veulent des OGM, il faut leur laisser le choix ! » Sauf qu’il n’y pas un seul pays dans l’UE où le pourcentage de citoyens considérant les OGM comme bons pour eux est supérieur à celui des citoyens méfiants. Même en Espagne, où 90% des surfaces d’OGM cultivés dans l’UE sont situés, il y a 15% de plus de citoyens refusant les OGM que de citoyens les approuvant.

C’est le rôle de l’UE de protéger l’environnement et la santé de ses citoyens; la Commission et les Etats Membres devraient s’en souvenir au moment des débats.

2 - Les biotechnologies privatisent le vivant

La transgénèse et la plupart des biotechnologies modernes permettent de déposer des brevets sur les variétés végétales. Cela signifie que les OGM cultivés dans nos champs, leurs semences et les produits alimentaires ou destinés au bétail qui en proviennent sont couverts par des brevets appartenant aux géants de l’agro-industrie tels que Monsanto, Syngenta ou Dupont.

Ceci permet le brevetage du vivant et la monopolisation de la nature par une poignée de compagnies agrochimiques, mais aussi l’accaparement de l’alimentation par des intérêts privés, une tendance qui met en danger la souveraineté alimentaire.

Ces brevets sont chers, ce qui augmente autant les prix que la concentration d’entreprises dans une filière qui l’est déjà trop. Le brevetage des semences implique également des contraintes importantes pour leur croisement, reproduction et réutilisation, ce qui désavantage tout particulièrement les petits semenciers et les agriculteurs.

3 - La coexistence entre culture OGM et non OGM est impossible

Il est essentiel que les agriculteurs puissent continuer à produire sans OGM. C’est particulièrement important pour les agriculteurs biologiques pour lesquels une contamination peut mener au retrait de la certification bio, interdisant la vente avec le label bio.

Mais le pollen ne connaît pas de frontières terrestres ! Les résultats du programme scientifique a prouvé en 2009 qu’il est impossible d’éviter les échanges génétiques d’une plante OGM vers des plantes non-OGM de la même espèce cultivée dans la même zone géographique[1]. Cela signifie que la culture de maïs OGM dans une région empêche les producteurs bio ou conventionnels de garantir que leur agriculture est sans OGM.

4 -Les OGM augmentent l’usage de pesticides

Les trois OGM proposés pour une ré-autorisation produisent tous leur propre insecticide (toxine Bt) contre la pyrale du maïs. Les industriels disent qu’il n’est donc pas nécessaire d’épandre d’insecticide contre ce ravageur, en oubliant de dire que les insectes visés peuvent y devenir résistants avec le temps et que tous les insectes qui mangent ce maïs seront exposés à la toxine Bt produite en continu par la plante, la diffusant en permanence dans l’écosystème.

Les agriculteurs biologiques utilisent la toxine Bt mais pas en permanence dans l’environnement, ce qui évite que les organismes cibles ne développent une résistance. Si les ravageurs sont constamment exposés à la toxine Bt, tout particulièrement dans des systèmes de monoculture industrielle, ils deviendront résistants à cette substance, rendant les OGM inutiles et laissant les producteurs bio sans moyen de lutte.

Deux des OGM concernés ici sont rendus résistants à des herbicides (dont le glufosinate), ce qui veut dire qu’ils sont faits pour être utilisés avec un ou plusieurs de ces produits chimiques. Or il a été prouvé que la culture de plantes résistantes à un ou plusieurs herbicides augmentait globalement l’usage d’herbicides[2].

Autoriser la culture de ces maïs GM dans les champs européens mènerait à plus de produits dangereux dans nos sols, notre air et nos eaux à large échelle et sur le long terme.

5 - Leur croisement avec les plantes sauvages crée des “super mauvaises herbes”

L’existence de « super mauvaises herbes”, créées par le croisement de plantes OGM résistantes à des herbicides et de plantes sauvages de la même famille, a déjà été prouvée. Celles-ci sont rendues résistantes aux herbicides, ce qui nécessite d’utiliser des produits chimiques plus puissants et plus dangereux pour en venir à bout.

L’un des arguments clé pour autoriser la culture de maïs OGM dans l’UE était l’absence de plantes sauvages apparentées sur ce territoire, limitant de fait le risque de “fuite” des gènes modifiés dans l’environnement.

Mais la présence de téosinte, ancêtre du maïs cultivé, en Espagne a été prouvée depuis 2009. Il y a consensus scientifique pour dire que la téosinte pourrait aisément intégrer les gènes modifiés du Mon810, qui est justement cultivé dans des zones où la téosinte a commencé à devenir un problème pour les agriculteurs locaux. Ces croisements pourraient avoir pour conséquence la production par la téosinte de la toxine Bt, ce qui confèrerait à ces hybrides une meilleure adaptabilité à leur milieu en comparaison de la teosinte non modifiée. C’est un scénario potentiellement catastrophique pour les agriculteurs et pour l’environnement.

Le gène modifié ferait de la téosinte une “super mauvaise herbe”, bien plus résistante que la version sauvage, et donc bien plus difficile à gérer pour les producteurs.

6 - Il y a des alternatives !

Ces trois plantes OGM n’apportent, fondamentalement, aucun avantage pour les consommateurs: elles ne sont pas plus saines ni moins chères. Elles sont vendues aux agriculteurs sur la promesse qu’elles leur permettront de simplifier leurs pratiques culturales, mais les OGM détruisent en réalité la fertilité des sols et la biodiversité à long terme.

Des alternatives efficaces existent pour les agriculteurs. Elles ont déjà été longuement décrites lors des débats concernant la ré-autorisation du glyphosate au niveau européen. Elles consistent en l’association de techniques mécaniques, physiques et biologiques - utilisées notamment en agriculture biologique - telles que la rotation appropriée des cultures, la couverture des sols, les faux-semis, les inter-cultures, le travail superficiel du sol, l’utilisation de la houe rotative et les traitements thermiques[3].

Afin de protéger les maïs contre la pyrale du maïs, les rotations longues restent la méthode la plus efficace[4]. Les insecticides (tels que la toxine naturelle non génétiquement modifiée de Bacillus thurigensis par exemple) ou les substances naturelles à faible risque donnent également des résultats intéressants.

____________________

[1] Genetically modified and non-genetically modified food supply chains - Co-existence and traceability, 2013, Yves Bertheau

[2] Genetically Modified Herbicide-Tolerant Crops, Weeds, and Herbicides: Overview and Impact, 2016, Sylvie Bonny

[3] Comme expliqué dans une lettre signée par 70 députés de tous les groupes politiques

[4] Bianchi et al, 2006, Sustainable pest regulation in agricultural landscapes: a review on landscape composition,

biodiversity and natural pest control, www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1634792/

also theconversation.com/as-biodiversity-declines-on-corn-farms-pest-problems-grow-45477

also www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1634792/

Monsanto achète la licence du CRISPR, le plus puissant outil de manipulations génétiques

Cela fait longtemps que l’on parle dans les colonnes de UP’ Magazine du CRISPR-Cas9, ce formidable ou terrifiant - selon les points de vue – outil de modification génétique. Une invention due à Jennifer Doudna et Emmanuelle Chapentier qui fait l’objet d’une féroce bataille de brevets. Mais Monsanto, sans s’intimider devant ces embuches juridiques, a décidé d’acheter la licence d’exploitation du CRISPR pour passer un nouveau cap dans les modifications génétiques des semences et des plantes. De quoi donner un sacré coup de ringardise aux bons vieux OGM.

Le géant Monsanto, qui a été acheté il y a quelques jours par l’allemand Bayer, vient d’annoncer la conclusion d’un accord avec le Broad Institute du MIT et d’Harvard. L’accord porte sur la licence d’exploitation du CRISPR-Cas9 pour une utilisation dans le développement de semences. Avec cette acquisition, Monsanto va pouvoir créer de nouvelles plantes résistantes à la sécheresse ou de nouvelles propriétés agréables pour le consommateur comme une huile de soja modifiée de telle sorte qu’elle soit aussi bonne que la meilleure des huiles d’olive.

Dans un sursaut éthique, les vendeurs du MIT et de Harvard ont imposé quelques restrictions d’usage. Monsanto ne pourra pas par exemple, utiliser le CRISPR pour fabriquer un gene drive, c'est-à-dire un gène capable de se reproduire sur toutes les générations d’une population. En revanche, Monsanto pourra utiliser cet outil pour accroître le rendement des plantes, pour réduire l’utilisation des pesticides chimiques (une plante modifiée pourra ainsi contrecarrer certains types d’insectes), ou pour rendre des souches de végétaux tolérantes à la sécheresse ; un marché juteux par ces temps de réchauffement climatique.

Le Broad d’Harvard et du MIT stipule aussi dans sa cession de licence que Monsanto ne pourra pas utiliser CRISPR pour créer des semences stériles, les fameuses semences Terminator. Celles-ci ne produisent plus de graines fertiles, ce qui oblige les agriculteurs à se réapprovisionner chaque saison chez Monsanto. Un marché captif de plusieurs milliards de dollars et la ruine des exploitants agricoles fragiles financièrement.

Accélération des manipulations

Malgré ces quelques restrictions, Monsanto estime que sa licence lui permettra d’améliorer dans des proportions considérables sa technique, vieille de plusieurs décennies de fabrication d’OGM. Cette technologie consistait à insérer des gènes étrangers, de façon aléatoire, sur le génome d’une plante. "La grande majorité de ces insertions ne fonctionnent pas comme prévu" déclare Tom Adams, qui dirige la biotechnologie de Monsanto. Changer les caractéristiques d’une culture prend ainsi plusieurs années. « Mais avec l’édition du génome [permise par CRISPR – ndlr] vous pouvez cibler précisément une caractéristique et la modifier sans toucher à sa voisine ». « En outre, ajoute-t-il, dans les OGM, le gène d’origine est encore présent. Alors qu’avec CRISPR, on peut modifier un gène pour qu’il apporte un caractère à la plante, mais le gène d’origine disparaît, comme une faute de frappe corrigée ». Le représentant de Monsanto s’enthousiasme alors : « Je pense que nous verrons une accélération dans l’évolution dans caractéristiques végétales à un rythme que les créations traditionnelles d’OGM ne nous permettaient pas ».

En modifiant de façon discrète les végétaux, une nouvelle dimension est apportée, qui ne réjouira certainement pas les opposants traditionnels de Monsanto. Mais le géant des manipulations génétiques voit un autre intérêt, de taille, à l’utilisation du CRISPR. En effet, le département américain de l’Agriculture a statué que les modifications apportées à une plante par CRISPR ne nécessitent pas d’approbation réglementaire, comme c’est le cas pour les OGM. L’argument avancé par l’administration américaine est que cette technique d’édition génétique n’insère pas de gène étranger dans une plante et se « contente » de supprimer ou modifier un gène existant.

Cette décision avait alarmé les ennemis des OGM traditionnels qui avaient pointé des risques similaires entre les deux technologies. D’autant plus qu’avec CRISPR, la puissance de précision est telle que cela implique des connaissances sur les processus biochimiques complexes que nous ne sommes pas sûrs de posséder. Un risque majeur pour la sécurité dont semble s’affranchir les apprentis sorciers des labos biotechs.

Foire d’empoigne

Cette annonce de la mainmise de Monsanto sur le CRISPR vient avec, en toile de fonds, une foire d’empoigne sur la propriété des brevets du CRISPR. Une bataille qui révèle une facette pas très reluisante de la science lorsqu’elle s’accompagne d’un potentiel très commercial.

D’un côté, l’université de Berkeley, en Californie, a été la première à déposer une demande de brevet. De l’autre, l’institut Broad, au Massachusetts, a demandé au Bureau américain des brevets un processus expéditif et a du coup obtenu un brevet avant Berkeley.

D’un côté, Broad allègue que la demande initiale de Berkeley ne couvre que la manipulation génétique des bactéries, pas celle des animaux. De l’autre, Berkeley réplique qu’il allait de soi que la technique pourrait être utilisée au-delà des bactéries et que des « personnes d’habiletés ordinaires » seraient en mesure d’utiliser la technique sur des souris ou des humains, comme en témoignent les équipes de Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier (université de Berkeley), George Church et Feng Zhang (institut Broad), ou Jin-Soo Kim (Corée du Sud).

Ce à quoi Broad réplique que de tels chercheurs hautement spécialisés ne correspondent pas à la définition juridique d’une « personne d’habiletés ordinaires ».

Pour compliquer les choses, CRISPR-Cas9 — « scalpel biologique » qui peut servir à manipuler les gènes avec une grande précision — existe déjà dans la nature ; ce que les chercheurs ont mis au point en 2012, c’est une façon de l’utiliser comme bon leur semble. Ce qui n’est pas peu dire : depuis 2012, des laboratoires des quatre coins du monde se sont mis à l'expérimenter sur toutes sortes de génomes et, selon la revue Nature, il y aurait actuellement 860 demandes de brevets déposées pour autant d’applications liées à CRISPR.

La dispute devant les juges du Bureau américain des brevets (USPTO) dure depuis janvier et une autre demande a été déposée devant le bureau européen des brevets. Le jeu est serré et certains des arguments entraînent les juges très loin de la science. Berkeley a par exemple soumis aux juges un courriel d’un nommé Shailiang Lin, qui était étudiant à l’institut Broad en 2011 et 2012. Il y alléguait que l’équipe de Feng Zhang se serait inspirée d’un article publié par Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, plutôt que de développer indépendamment sa propre technique. L’institut Broad réplique que l’étudiant était alors en recherche d’emploi auprès de Jennifer Doudna, donc en conflit d'intérêt. Berkeley a voulu faire témoigner l’ex-étudiant, les juges s’y sont opposés le 14 septembre, les arguments des deux parties devraient être déposés à la fin du mois.

Une telle rancœur est inhabituelle entre deux institutions universitaires, commente dans Nature Mark Summerfield, un avocat australien en droit des brevets. Mais il ajoute d’emblée que derrière ces deux universités, il y a une liste de compagnies qui paient les frais de justice. « Ce qui est vraiment derrière, ce sont les intérêts commerciaux... Ils ne vont pas arriver à s'entendre, ils vont se battre jusqu’à la fin. »

LIRE AUSSI DANS UP’ :
CRISPR : Révolution dans l’histoire humaine ou méga bombe à retardement ?
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Modifier génétiquement une plante n’est pas anodin
Un OGM n’est jamais « naturel »
Bayer rachète Monsanto : le « mariage des affreux "

-"Pour le chercheur Yves Bertheau, les plantes génétiquement éditées doivent être considérées exactement comme des OGM."

"Les OGE seront dans nos assiettes sans qu'on le sache !" - L'Obs

22 sept. 2016 - Spécialiste de la traçabilité des OGM, Yves Bertheau est directeur de recherche Inra au Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation du Muséum d’Histoire naturelle. Interview.

Blé sans gluten, vaches sans cornes... Faut-il craindre les "nouveaux OGM" ?

Pourquoi avez-vous démissionné du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies, chargé d’éclairer les pouvoirs publics sur les nouvelles techniques de modification des génomes des plantes (NPBT) ?

En raison d’un détournement de procédure et d’un manque de rigueur scientifique ! Un groupe de travail du comité scientifique avait rédigé une note, expliquant que plusieurs de ces nouvelles techniques ne devraient pas faire l’objet d’une étude systématique, calquée sur le modèle des OGM. Or cette note, de très mauvaise qualité, a été remise au gouvernement, qui s’y est référé à plusieurs reprises… Je ne pouvais pas cautionner un travail dénué de fondement scientifique, essentiellement axé sur des considérations socio-économiques. .

Comment expliquez-vous ce biais ?

Comme l’ont expliqué les membres de l’Office parlementaire d’Evaluation des Choix scientifiques et technologiques, un choix politique a été fait en faveur de ces techniques. Dès lors, ils veulent juste obtenir une onction scientifique minimale…

USA. Qui a approuvé les légumes OGM qui arrivent dans les assiettes ? Personne

Quels risques posent les plantes issues de l’édition génomique ?

La réalité de l’édition génomique est bien plus complexe que ne le disent ses promoteurs. Il est vrai que les nouveaux "ciseaux à ADN" – TALEN ou CRISPR – agissent à un endroit déterminé du génome. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’induisent pas une très grande quantité d’effets "hors cible", c’est-à-dire de mutations ou d’épimutations non désirées, aux conséquences inconnues.

Comment expliquez-vous, alors, que les Etats-Unis ne régulent pas ces plantes OGE ?

Ils recherchent à tout prix un leadership économique. Les décideurs américains ont choisi, depuis Reagan, de privilégier les intérêts de leurs champions.

Il faudrait donc réguler les OGE comme des OGM ?

Oui, quelle que soit la technique employée, pour moi ce sont des OGM. A la fois parce que ce sont des manipulations in vitro des génomes, et parce que les techniques elles-mêmes induisent de nombreux effets non intentionnels difficiles à prédire, à détecter et à éliminer.

Mais les Américains expliquent que les OGM qu’ils mangent depuis trente ans n’ont jamais rendu personne malade...

Comment le savoir, puisque les études sérieuses de suivi post-commercialisation n’existent pas ? Il est d’ailleurs particulièrement alarmant que, vingt ans après la commercialisation des premiers OGM sur le continent, l’Agence européenne de Sécurité des Aliments en soit toujours à édicter des lignes directrices de statistiques, ne serait-ce que pour la comparaison des essais agronomiques.

Bio, OGM, pesticides... Quels sont les aliments qui font du bien ?

Et comme la Commission européenne a reporté sine die son avis juridique sur les produits issus des NPBT et demandé aux Etats membres de faire de même, les OGE de pays tiers, qui ne seront pas étiquetés en tant que tels, seront dans nos assiettes sans même qu’on le sache ! Un passage au forceps facilité par nos autorités.

Vos contradicteurs vous accusent d’être anti-OGM…

Dès que l’on émet la moindre réserve, que l’on exige un minimum de rigueur scientifique, on vous colle cette étiquette ! Les ONG environnementales, elles, me reprochent au contraire de ne pas condamner les OGM. Je rappelle simplement que ces techniques ne sont ni "neutres" ni "naturelles", et qu’un bon sens précautionneux doit prévaloir concernant toute application commerciale.

Est-ce que ce principe de précaution ne conduit pas l’Europe scientifique à décrocher, se privant ainsi des industries et des emplois d’avenir ?

Mais la course à l’innovation technologique n’est pas toujours synonyme de progrès, ni surtout de bien-être. Quelle agriculture voulons-nous ? Que veut dire la compétitivité économique pour le consommateur, pour l’environnement ? Ce sont des choix de société, qui doivent être débattus démocratiquement, sur la base d’études indépendantes. Pas par le fait accompli.

Et si ces plantes "redesignées" se révélaient vraiment plus saines ?

Veillons alors à éviter tout verrou technologique et à favoriser la coexistence des modes de production. Une confiance excessive dans la technologie a souvent conduit à l’inobservance des bonnes pratiques agricoles, comme le montre la réintroduction d’herbicides dangereux après quelques années d’utilisation des OGM. Ne vaut-il pas mieux améliorer notre mode d’alimentation et changer la façon de cuire les patates, plutôt que de manipuler leur génome pour réduire leur taux d’acrylamide ?

Propos recueillis par Dominique Nora

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