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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 03:30

Communiqué LDH

Paris, le 26 août 2016

Un coup d’arrêt utile mais qui ne résout rien

La décision du Conseil d’Etat vient, heureusement, de donner un coup d’arrêt à la volonté de certains responsables politiques, de droite, d’extrême droite et de gauche, de porter atteinte à la liberté de conscience, aux libertés individuelles et de faire de la laïcité un instrument d’exclusion.

Mais cette décision ne résout rien. Des élus municipaux ont pu s’en prendre à des femmes en raison de leur pratique religieuse, on a trouvé des juges pour les approuver et du Premier ministre au Front national en passant par Nicolas Sarkozy tous sont d’accord pour faire, par idéologie et appétit de pouvoir, de nos concitoyens musulmans des Français pas comme les autres.

Outre le ridicule d’un débat qui a fait de la France la risée du monde, ce qui est en jeu ici, c’est la division de la nation selon l’origine et la religion des hommes et des femmes qui vivent en France.

Nous récusons cette vision de la France et nous appelons les femmes et les hommes de ce pays à la rejeter. La LDH appelle tous les maires qui ont cru devoir prendre cette mesure à la rapporter sans délai.

Les féministes blanches et aisées aiment un peu trop le capitalisme

Les féministes riches et blanches ont-elles laissé le capitalisme faire en permettant l’exploitation des femmes non-blanches et pauvres ? C’est la thèse de la philosophe Nancy Fraser qu’il faut relire alors que des chiffres publiés aux États-Unis montrent les inégalités croissantes entre femmes noires et femmes blanches.

Pendant que la France s'acharne contre le burkini, le fossé économique entre femmes blanches et femmes non-blanches, femmes riches et femmes pauvres, ne cesse de se creuser. Du moins aux États-Unis, selon une étude de l'Institute for Women’s Policy Research, repérée par Slate.com. De 2004 à 2014, le revenu réel des femmes a baissé de 1,6%. Mais ce sont les femmes hispaniques, noires et amérindiennes qui ont vu leur revenu le plus décliner, respectivement de 4,5%, 5% et 5,8%. Alors que celui des femmes blanches a baissé de 0.3%.

«Les femmes noires sont plus nombreuses proportionnellement dans les emplois faiblement rémunérés (comme les emplois de services à la personne, de santé, et l’éducation) et moins nombreuses dans les emplois bien rémunérés comme l'ingénierie, les nouvelles technologies et les postes de responsables», expliquait l’association l’année dernière.

Les tâches domestiques déléguées

Cette étude rappelle la thèse de la philosophe féministe américaine Nancy Fraser qui, dans une conférence donnée en juin à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), expliquait que le progressisme féministe, ces dernières années, avait beaucoup fait avancer la cause des femmes blanches et des femmes des classes moyennes et supérieures, mais avait laissé sur le bord de la route la cause des femmes noires et non-blanches, qui appartiennent plus souvent aux classes populaires.

Pire, explique Nancy Fraser, les féministes, voyant dans le travail un moyen d’émancipation, se sont alliées au capitalisme et ont accepté, pour que de nombreuses femmes puissent accéder à des postes à responsabilité et gravir les échelons, que soient déléguées à des femmes pauvres les tâches domestiques et de soin des enfants qu’elles ne pouvaient plus assumer. Elles ont largement encouragé l’ascension des femmes blanches des catégories les plus aisées, sans se préoccuper suffisamment des conséquences sur les femmes pauvres, et généralement non-blanches.

Des «sphères séparées» au «revenu familial»

La condition des femmes est étroitement liée aux évolutions du capitalisme. Pour nourrir sa démonstration, la philosophe retrace trois phases du capitalisme depuis le XIXe siècle, à travers la notion de «reproduction sociale» –définie comme «la mise au monde et l’éducation des enfants, la sollicitude envers amis et membres de la famille, la tenue des foyers et des communautés sociales, ainsi que, plus généralement, la pérennisation des liens sociaux». La reproduction sociale est une «condition de possibilité de l’accumulation du capital sur la longue durée», selon Fraser. Mais, en même temps, le capitalisme tend à scier la branche sur laquelle il repose, en exerçant toujours plus de pression sur ces conditions.

C'est l’idéologie des «sphères séparées» qui a d'abord dominé au XIXe siècle –la première phase–, où les femmes étaient confinées au foyer et où les hommes avaient accès à l’usine. La reproduction sociale était essentiellement assurée par les femmes. Cette situation les rendait dépendantes économiquement de leurs maris, et leur a parue, à la longue, intenable.

Ensuite, les mouvements féministes, tant libéraux que socialistes, ont misé sur le travail pour dynamiter ce schéma. Sous la pression de ces mouvements, le capitalisme a dû se réorganiser dans la première moitié du XXe siècle pour permettre aux femmes d’accéder à un revenu minimal, complémentaire de celui de leur conjoint masculin, et leur accordant un minimum d’autonomie. C’est le modèle présenté comme idéal et plus juste du «revenu familial», dans lequel l’État prend en charge une partie des fonctions d’éducation et de soin des enfants traditionnellement dévolues aux femmes.

Organisation duale de la reproduction sociale

C’est à partir des années 1960 –troisième phase– que s’est amorcé le délitement du «capitalisme géré par l’État». Devenu mondialiste et néolibéral, mais aussi progressiste d'une certaine manière puisqu'il célèbre la diversité, la méritocratie et l’émancipation, le nouveau régime «pousse l’État et les entreprises à se désinvestir de la protection sociale, tout en intégrant les femmes dans la main d’œuvre salariée»:

«Dans un contexte d’inégalités croissantes, il en résulte une organisation duale de la reproduction sociale: marchandisée pour ceux qui peuvent payer, “familialisée” pour ceux qui ne le peuvent pas (...) Ce régime emploie dans les pays plus riches des travailleurs migrants qu’on fait venir des pays plus pauvres. Sans surprise, ce sont les femmes racialisées et/ou issues du monde rural pauvre qui prennent en charge le travail reproductif et de soin qui était auparavant assuré par les femmes plus privilégiées.»

Les mouvements progressistes coupables?

Dans cette mutation, explique Nancy Fraser, le régime s’est allié contre les défenseurs de la protection sociale aux «nouveaux mouvements sociaux progressistes» ou «mouvements pour l’émancipation» –antiracisme, multiculturalisme, mouvements de libération LGBT, écologie– qui ont donné naissance, selon elle, à «̀des courants néolibéraux favorables au marché».

«Mais c’est la trajectoire féministe qui s’est révélée particulièrement lourde de conséquences étant donné l’imbrication historique entre genre et reproduction sociale dans le capitalisme», accuse-t-elle.

L’accusation est grave et mérite d’être discutée, vérifiée, bousculée. Mais la théorie de Nancy Fraser a ceci de stimulant qu’elle permet de rendre compte de nombreuses transformations en cours, que ce soit au sein du féminisme ou à l’extérieur. Elle permet de réfléchir à la scission de plus en plus béante entre les «afro-féministes», souvent pro-voile et alliées aux forces anticapitalistes d’extrême-gauche (que l’on qualifie parfois d’«islamo-gauchistes») et de l’autre les féministes dites «mainstream» (que leurs rivales appelle aussi les «féministes blanches») plus volontiers proches de la gauche de gouvernement.

Et surtout, elle explique la forte croissance des emplois de service à la personne, dont 90% en France sont occupés par des femmes. Un sujet qui, quoi qu’il en soit, devrait intéresser les féministes françaises, alors que la pauvreté augmente et touche d’abord les femmes.

Aude Lorriaux

Pauvre France, plongée dans l’obscurité médiatique !

Mais dans quel pays est-on ? Celui des Lumières ?

On subit une fameuse panne d’électricité !

On voit des manifestants pour le burkini et des manifestants contre le burkini. Deux formes de débilité, deux manières de tomber dans le piège d’une société dominée par l’évènementiel, par l’émotif, par le superficiel. C’est dans tous les cas tomber dans le panneau. Tomber dans le piège où les maîtres veulent que nous tombions. Car, cette question de la manière d’aller dans l’eau, vêtue un peu, beaucoup ou pas du tout, est-cela l’essentiel ? Pourquoi nourrir la ferveur médiatique autour de cette connerie ?

Cette ferveur médiatique ne sert qu’à faire oublier l’essentiel : la régression des droits, l’augmentation des inégalités, y compris l’inégalité des droits et des droits des femmes en particulier, la régression sociale, la catastrophe climatique qui arrive, la biodiversité dégradée qui affecte nos vies, les pesticides qui provoquent nos cancers, le triomphe des multinationales, la tyrannie des eurocrates.

Tout ce battage sur le burkini, c’est n’est pas une provocation. C’est une diversion. Et des esprits bien intentionnés, mais un peu courts, manifestent. Ils bêlent leurs slogans. Ils tombent dans le panneau.

Les défis majeurs de notre temps ne sont ils pas plus importants que la manière dont une femme s’habille ou se déshabille sur une plage ? Qu’elle soit nue ou toute habillée, je m’en fous. C’est SA liberté. La liberté des autres ne me gène pas. Des adversaires du mariage pour tous aux adversaires du burkini, des adversaires du nu à ceux qui s’opposent aux spectacles irrévérencieux, je ne vois que des adversaires de la liberté. Si une femme ne veut pas montrer son corps, c’est son droit. Un droit qui ne doit pas la priver du plaisir de la baignade. Si une femme aime être libérée de ses vêtements, qu’elle soit belle ou moche, c’est son droit. Un droit qui ne doit pas la priver du plaisir de la baignade. Ce n’est pas à moi de décider si cette femme choisit librement. C’est à elle et à elle seule.

Une autorité morale, religieuse ou politique qui prétend dicter la manière de s’habiller, cela s’appelle une dictature.

Apprenons à vivre avec la différence autour de nous. Refusons cette inclination à l’uniformité. La différence, quand elle ne conduit pas à l’inégalité des droits, doit être respectée. Manifester pour ou contre le burkini, c’est accorder une priorité à ceux qui veulent faire de cette question une priorité. Pourquoi leur donner tant de publicité ? Ne donnons pas une majorité à ces minoritaires immatures qui ont un problème avec le corps, qu’il soit nu ou vêtu.

Sorcières nues ou sorcières vêtues, la France est revenue aux temps obscurs où elle brûlait les sorcières. L’hystérie médiatique nous plonge dans l’obscurité et nous ramène aux pires temps de l’obscurantisme. Pas étonnant que la France ne brille plus dans le monde.

rmj

Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes

Charlotte Bienaimé

"Ne nous libérez pas, on s'en charge"

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26.08.2016

1H 48 min

Vers un féminisme post-colonial.

« Mon voile est éminemment féministe. »

Nargesse

« Etre afroféministe c'est dire que je n'ai pas à choisir entre mes différentes identités. »

Amandine

Conceptualisée en 1989 par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw, l'intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination dans les liens qui se nouent entre elles. Kimberlé Crenshaw a entamé cette réflexion dans la lignée du courant du black feminism aux Etats Unis qui définit la domination de genre sans jamais l'isoler des autres rapports de pouvoir à commencer par le racisme ou le rapport de classe. Les féministes noires, dans les années soixante-dix, contestaient déjà publiquement le féminisme du mouvement de libération des femmes comme issu des classes moyennes supérieures, basé sur des privilèges de race et de classe. Elles les accusaient de parler pour les autres, et en leur nom.

En France, aujourd'hui, cette question fait débat entre féministes universalistes et féministes post-coloniales. Les unes défendent l'unité du féminisme, les autres la nécessité de prendre en compte la diversité des expériences face au sexisme.

En effet, depuis quelques années, une forte communauté de jeunes féministes afrodescendantes, noires ou maghrébines, s'est constitué sur Tweeter et Facebook. La plupart d'entres-elles créent aussi des collectifs, sont présentes dans les manifestations, se rencontrent, s'organisent. Toutes prônent un féminisme intersectionnel, interrogent le féminisme majoritaire et réinventent une lutte à leur image.

Alors, faut-il repenser le « Nous », de « nous les femmes » ? Quel serait le visage d'un féminisme intersectionnel, post-colonial en France ?

AVEC :

-Amandine, Many et Sharone, afroféministes
-Nargesse et Hawa, féministes musulmanes
-Le collectif Féministes contre le cyberharcèlement (sur Twitter @VsCyberH)
-Maboula Soumahoro,maître de conférence à l'université de Tours. Initiatrice du Black History Month en France.
-Caroline De Haas, militante féministe
-Christine le Doaré, juriste et militante féministe, ancienne présidente du centre LGBT Paris IDF et d'SOS Homophobie.
-Christine Delphy, sociologue, chercheuse au CNRS, cofondatrice de la revue Nouvelle Question Féministes.
-Hanane Karimi, sociologue,doctorante, enseignante à l'université de Strasbourg. Fondatrice du collectif Femmes dans la mosquée

Texte d'introduction :
Audre Lorde
Sister Outsider, 1984

MUSIQUE :

-Slams d’Awa N'dongo

-Ain’t got no, I got life Rosemary Standley / Album Queen of hearts

BIBLIOGRAPHIE :

-Sister Outsider
Audrey Lorde
Editions Mamamélis

-Ne suis-je pas une femme ?
Bell Hooks
Cambourakis

-Classer, dominer
Qui sont les autr
es ?
Christine Delphy
La Fabrique

-Femmes, race et classe
Angela Davis
Des femmes

-Black Feminism
Elsa Dorlin
Bibliothèque du féminisme

-La matrice de la race
Elsa Dorlin
La découverte

-Une universalisme si particulier
Christine Delphy
Syllepses

-Discriminations classe/genre/race
Fatima Ouassak
IFAR

LIENS :

-Le collectif afroféministe Mwassi
-Vidéo de la table ronde au CNRS, « Féminismes et critique post-coloniales »
-Les vigilantes
-Le collectif féministe pour l'égalité
-Femmes en lutte 93
-8 mars pour toutes

Illustrations : La Rage

POUR PROLONGER L'ECOUTE :

Sur les docks : les féministes islamiques :

Écouter

Sur les docks - Les féministes islamiques

-Nasawiyat 2015 :

Rencontre avec Shayma et Fatima :

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Rencontre avec Shayma et Fatima, deux militantes féministes bien différentes

Première rencontre avec le collectif féministe de Seine Saint Denis, "Femmes en lutte 93" :

Écouter

Première rencontre avec le collectif féministe de Seine Saint Denis, "Femmes en lutte 93"

-Nasawiyat 2014 :

Maroc : témoigner

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Maroc : témoigner

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Bibliographie

Sister outsider : essais et propos d'Audre Lorde : sur la poesie, l'erotisme, le racisme, le sexisme Mamamelis , 2003 Audre Lorde

Ne suis-je pas une femme ? : Femmes noires et féminisme Cambourakis , 2015 Bell Hooks

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