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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 02:24
Forçage génétique» : droit de vie et de mort sur les espècesvivantes,jusqu’où?

www.up-magazine.info Par Virginie Orgogozo et Baptiste Morizot: Le 6 Juillet ...

Les médias parlent beaucoup de CRISPR, une technique révolutionnaire qui permet d'éditer facilement les gènes comme on le souhaite. Mais rares sont ceux qui parlent du « forçage génétique », une application de CRISPR qui court-circuite les lois de l’hérédité et qui nous rend capable d’éradiquer des populations jugées nuisibles, comme les moustiques vecteurs de maladies (paludisme, dengue, chikungunya, zika…). Ces interventions sont toutefois préoccupantes. Il est indispensable d’explorer les implications et les risques liés à l'utilisation de cette nouvelle biotechnologie.

Car le recours à ces « OGM sauvages » n’est pas anodin. Il revêt des « enjeux civilisationnels » dont il faut mieux être conscient. Nos repères sont ébranlés : c'est le sens même de « naturel », ou « sauvage » qui est remis en cause par le forçage génétique. Nos sécurités sont écroulées : les phénomènes de régulation sont supprimés. Le vivant est asservi : il nous faut un débat éthique sur les conditions morales et les droits d’une domestication par les humains (au sens précis de transformation de leurs caractères à notre avantage) des espèces sauvages de la biosphère.

Le forçage génétique est une technique de manipulation génétique qui permet de booster la propagation d'une mutation dans une population. En relâchant simplement dans une population naturelle quelques individus qui portent une séquence d'ADN élaborée par l'homme (appelée « séquence de forçage génétique »), on peut théoriquement obtenir en quelques dizaines de générations une population entièrement contaminée par la séquence de forçage génétique.

En introduisant au préalable à l'intérieur de cette séquence un gène qui convient (conférant une résistance au parasite du paludisme par exemple), l'homme a donc maintenant le pouvoir de transformer les espèces de la nature selon son bon vouloir : faire que les espèces invasives arrêtent d'envahir, que les plantes ne soient plus résistantes aux herbicides, que les humains soient résistants au virus du SIDA, etc.

Propagation d'une mutation classique (à gauche) comparée à celle d'une cassette gene drive (à droite).

Chaque individu est représenté schématiquement par une paire de chromosomes.
Les individus portant la mutation rouge ou la cassette gene drive sont encadrés en rouge.

Un puissant propulseur de mutations

En théorie, si dix individus génétiquement modifiés et possédant une séquence de forçage génétique sont introduits dans une population naturelle de cent mille individus, alors en moyenne plus de 99 % des individus seront porteurs de la séquence de forçage génétique au bout de seulement 12-15 générations. À l'inverse, une mutation génétique présente dans les mêmes proportions aura disparu de la population au bout de quelques générations en moyenne, sauf si elle favorise le nombre de descendants.

Le forçage génétique permet ainsi d’échapper aux lois de Mendel et de répandre en accéléré une modification particulière du génome dans l'ensemble d'une population d'individus à reproduction sexuée (avec mâles et femelles). D'autres éléments génétiques échappant aux lois de Mendel ont déjà été mis en évidence1 mais le forçage génétique est beaucoup plus rapide et plus efficace que tous les autres mécanismes connus : contrairement aux autres cas, il n'a pas d'effets collatéraux délétères sur les organismes qui le portent et il a une probabilité de transmission plus forte.

Le forçage génétique manipule à son avantage deux piliers de la sélection naturelle : mutation et hérédité. Premièrement, les mutations n'apparaissent plus au hasard mais exactement là où le forçage génétique a été conçu pour agir, et la séquence d'ADN souhaitée est produite. Deuxièmement, alors qu'un parent transmet normalement la moitié de ses gènes à son enfant, ici un parent transmet la séquence de forçage génétique à tous les coups. Ainsi, un individu qui est mal adapté et qui devrait produire peu de descendants peut tout de même transmettre ses gènes par forçage génétique à la génération suivante du fait de son mode de transmission accru.

Le phénomène court-circuite les régulations de la sélection naturelle. La séquence de forçage génétique peut être assimilée à une mutation auto-amplifiante, qui s’auto-réplique elle-même et qui diffuse plus rapidement que par la génétique habituelle.

Au regard de sa capacité à faire sauter les trois verrous caractéristiques du rythme évolutionnaire depuis 4 milliards d’années (mutation, hérédité, adaptation), le forçage génétique est probablement l’invention biologique la plus effective et imprédictible qu'on n'ait jamais possédée quant à la gestion du vivant, en nous et hors de nous.

Un pouvoir génétique fascinant sans précédent dans l’histoire de l’évolution

La séquence de forçage génétique contient trois éléments : un gène qui code un ARN guide capable de reconnaître une séquence d'ADN cible bien particulière, un gène qui code la protéine Cas-9 (qui va couper l'ADN à un endroit bien précis défini par l'ARN guide), et des séquences en bordure qui permettent d'insérer la totalité de la séquence de forçage génétique au site de coupure cible. En bref, la séquence de forçage génétique se copie elle-même à un endroit souhaité dans le génome et diffuse ainsi automatiquement dans toute la descendance.

Jusqu’à 2015, les trois éléments de la séquence de forçage génétique n'avaient jamais été combinés ensemble. Si les bactéries ont inventé Cas-9 pour supprimer les virus insérés dans leur génome, Cas-9 était néanmoins exprimé par une séquence indépendante de la séquence cible : la protéine était produite, allait scanner les chromosomes, puis couper la séquence d'ADN cible. La séquence de forçage génétique est un condensé de quatre éléments normalement localisés à quatre endroits différents du génome, qui ont été ici combinés ensemble : l'équivalent de l'ARN guide correspond, chez les bactéries dans lesquelles le système de coupure Cas-9 a été identifié, à deux molécules d'ARN codées par deux gènes isolés.

C'est la main de l'homme qui a, pour la première fois, rassemblé quatre éléments génétiques normalement dispersés dans le génome au sein d'une seule séquence d'ADN de taille minimale. La séquence de forçage génétique ainsi produite constitue un dispositif génétique sans précédent qui s'auto-réplique lui-même.

Domestiquer tout le vivant

Mais pourquoi la nature n'a-t-elle pas inventé le forçage génétique ? Parce qu'il a fallu plusieurs millions d'années d'évolution pour que les microorganismes unicellulaires produisent un outil génétique efficace basé sur l'ARN leur permettant d'éradiquer les virus (CRISPR), et parce que l'homme a ensuite rendu ce système plus compact, et l'a importé dans des organismes à reproduction sexuée.

Nous sommes en présence d'une séquence d'ADN aux propriétés très particulières, qui n'a jamais existé auparavant. La méthode est splendide, et enchante les biologistes par sa beauté, sa simplicité et son efficacité. Cependant, il nous semble important de ne pas nous laisser aveugler par ce pouvoir soudain. Il convient de rester prudent afin de pouvoir soupeser correctement les arguments pour ou contre le forçage génétique.

La technique marche chez toutes les espèces testées : levures, moustiques, mouches, cellules humaines.3 Alors que les techniques OGM « classiques » s'appliquent uniquement aux espèces domestiques qui peuvent être cultivées pendant plusieurs générations au laboratoire et qui peuvent se soumettre à des manipulations expérimentales complexes, il semble aujourd'hui possible d'utiliser le forçage génétique pour n'importe quelle espèce à reproduction sexuée, du moment que l'on peut injecter un mélange bien choisi de protéines et d'ARNs dans l'embryon ou dans les organes reproducteurs de quelques individus sauvages prélevés puis relâchés dans la nature.

Asservir les espèces vivantes pour en tirer avantage

La domestication peut être définie comme la série d'opérations techniques qui façonnent et maintiennent un trait de caractère dans une population d'une espèce à l'avantage de l’espèce humaine, et non plus à celui de l'espèce concernée (comme c’est naturellement le cas dans l’évolution).

Avec CRISPR et le forçage génétique, le processus de domestication sort du champ restreint des espèces avec lesquelles on entretient des relations domesticatoires (soin, gestion, interaction) : le forçage génétique peut s'appliquer à tout le sauvage avec reproduction sexuée.

Il s'agit donc ici, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, d'un pouvoir de domestication de la majeure partie du vivant.

Jusqu'à hier, pour gérer les nuisibles et améliorer la productivité, on transformait le génome des semences. Désormais, on entend changer le génome des « nuisibles » eux-mêmes, pour qu’ils soient à notre avantage. On peut alors considérer les organismes génétiquement modifiés par CRIPR et forçage génétique comme les premiers OGM sauvages. Cette formule en apparence paradoxale qualifie précisément le statut nouveau de ces organismes dont le génome est modifié alors que l'on n'entretient avec eux aucune relation de domestication : ils sont modifiés par simple lâcher dans les populations naturelles de quelques individus au génome édité.

C'est le sens même de « naturel », ou « sauvage » qui est remis en cause par CRISPR et par le forçage génétique. Les espèces naturelles ou sauvages étant ce qui existe par soi-même et pour soi-même, ce qui résiste à notre stricte volonté, i. e. dont les traits sont à son avantage et pas à notre avantage et à notre usage (les nuisibles, les adventices, les espèces invasives, mais surtout toute la biodiversité non domestiquée).

Si on décide d'utiliser le forçage génétique dans la nature, il faut être conscient que l'on se dirige alors vers un monde différent, où l’on ne pourra plus regarder ce goéland, le moustique de Camargue, la daurade dans l’assiette, les hêtres des forêts, les fleurs dont les abeilles font le miel, sans ignorer si leur matériel génétique a été manipulé imperceptiblement de main humaine à notre avantage (c’est-à-dire la plupart du temps à l’avantage d’un groupe humain particulier).

Les espèces pourront-elles encore vivre pour elles-mêmes ?

Avec CRISPR et le forçage génétique, on possède désormais le pouvoir technique d’accomplir de main humaine et avec une indéniable facilité ce que la métaphysique judéo-chrétienne prétendait être le fait de Dieu : faire à notre usage et à notre avantage n'importe quelle espèce, et potentiellement la totalité de la Création (à l'exclusion des espèces non sexuées sur lesquelles le forçage génétique ne possède pas les mêmes effets de diffusion non-mendélienne).

Au moment où la montée d’une conscience écologique plaide pour la reconnaissance du droit fondamental des espèces sauvages à vivre pour elles-mêmes, sans être détruites ou exploitées sans discernement, on peut s’interroger sur les implications éthiques de ce pouvoir. Le problème est par ailleurs que sous couvert d’humanisme, ce pouvoir peut avant tout servir les intérêts économiques particuliers de groupes peu soucieux de l’intérêt général, comme on l’a vu au XXe siècle dans l’usage des biotechnologies.

C'est pourquoi la question d'utiliser le forçage génétique dans la nature ne comporte pas seulement des risques écologiques et sanitaires réels, mais constitue aussi un enjeu métaphysique, politique et économique. Les problèmes éthiques soulevés par le forçage génétique et par CRISPR sont ainsi beaucoup plus amples qu'avec les OGM classiques.

Et si cet outil puissant se retournait contre nous ? Quels sont les risques associés au forçage génétique ?

Il existe deux types de risques : les risques d'utilisation malveillante de la technique d'une part, et les effets collatéraux involontaires malgré une intention bienveillante d'autre part.

Les premiers doivent être pris en compte car aujourd'hui il peut être très facile et peu coûteux de construire des individus porteurs d'une séquence de forçage génétique (quelques mois, environ mille euros de produits de base).

N’importe quelle coopérative agricole pourrait se doter d’un petit laboratoire et d’un biologiste pour éditer le génome de ses nuisibles, sans même que ce soit reconnaissable ni isolable.

La protéine Cas-9 est disponible en poudre pour quelques centaines d’euros sur internet. Dans cet article, nous voulons insister sur les effets collatéraux imprévisibles d’une volonté bienveillante car ils présentent une dimension préoccupante. Trois types de risques peuvent être envisagés. Tout d'abord, le forçage génétique peut contaminer d'autres populations (risque (1) de l'encadré). Pour évaluer ce risque, il est nécessaire de connaître certains paramètres de biologie moléculaire pure. Or la plupart de ces paramètres sont inconnus pour l'instant.

Trois risques majeurs non quantifiés du forçage génétique
(1) la séquence de forçage génétique peut se répandre dans de nouvelles populations qui n'étaient pas ciblées, suite à un phénomène d'hybridation ou de transfert horizontal d'ADN.
(2) si un ADN étranger s'insère par mégarde dans la séquence de forçage génétique alors que la séquence n'est pas encore présente dans tous les individus de la population, alors cet ADN étranger va pouvoir se répandre comme une traînée de poudre, à la vitesse du « forçage génétique ». Si cet ADN apporte, par malchance, une résistance aux insecticides ou une meilleure attirance envers les odeurs humaines, alors le « forçage génétique » des moustiques peut se retourner contre nous.
(3) Si les conséquences du forçage génétique sur les individus qui portent la séquence de forçage génétique sont relativement bien comprises, celles à l'échelle des écosystèmes sont extrêmement difficiles à estimer

De plus, il est possible que la séquence de forçage génétique soit utilisée par la nature comme un nouveau véhicule pour répandre rapidement de nouvelles mutations à effets néfastes pour les populations humaines (risque (2) de l'encadré).

Utiliser le forçage génétique dans la nature, c'est mettre à disposition de la nature des nouveaux propulseurs de mutations génétiques, pour le meilleur et pour le pire. Le forçage génétique n'est pas une simple entité physique, à la manière des pesticides ou des médicaments : il porte une information qui a des conséquences sur la nature, et cette information est capable, en dehors de notre contrôle, de se modifier, mélanger et se répandre. Un peu comme une phrase qu'on n'aurait pas voulu dire : une fois lâchée, on ne peut la récupérer.

Des conséquences irréversibles

Une fois les séquences de forçage génétique relâchées dans la nature, nous n'avons plus les moyens de les éradiquer.

Alors qu'il est possible d'arrêter l'épandage d'herbicides, on ne peut pas éliminer les séquences de forçage génétique sans laisser de traces dans le génome. Au cas où on veuille finalement arrêter le forçage génétique, il a été préconisé d'utiliser... le forçage génétique à nouveau, avec d'autres séquences de forçage génétique garde-fous qui pourraient restaurer la séquence d'ADN de départ.

Mais tous les garde-fous proposés jusqu'à présent (le dernier dans une publication de février 20164) laissent toujours une pseudo-séquence de forçage génétique dans les individus. De plus, si un ADN qui confère un avantage aux porteurs s'est déjà inséré dans la séquence de forçage génétique, alors c'est trop tard : le garde-fou ne pourra pas contrer le processus car il ne sera pas aussi avantageux que le forçage génétique qu'on aimerait supprimer. En résumé, les garde-fous qui ont été proposés jusqu'à présent ne sont pas totalement convaincants. Le risque que la séquence de forçage génétique nous échappe est réel : il ne doit pas être négligé.

Des effets nets et précis à l'échelle moléculaire, mais flous à l'échelle des écosystèmes

Au niveau moléculaire, les techniques CRISPR et de forçage génétique sont extrêmement efficaces, précises et sans erreur. Le fait même d’exercer un contrôle aussi remarquable au niveau microscopique rend invisible l’absence de contrôle au niveau de l’organisme, de la population et de l'écosystème. En effet, les effets potentiels du forçage génétique à l'échelle des populations et des écosystèmes (risque (3) de l'encadré) sont difficiles à estimer.

Les biologistes qui ont mis au point la technologie de forçage génétique sont des spécialistes de la biologie moléculaire. Ils connaissent peu ou pas l'écologie et la dynamique des écosystèmes. Pour modéliser l'effet du forçage génétique dans une population, il faut connaître les paramètres de dynamique démographique et de reproduction de la population en question, ainsi que ses relations écologiques complexes avec les autres espèces de la communauté biotique. Malheureusement, ces paramètres ne sont connus pour aucune des espèces pour lesquelles la technique de forçage génétique est envisagée.

Les biologistes qui proposent dès maintenant et sans analyse approfondie d'utiliser le forçage génétique dans la nature ont une particularité : s'ils connaissent bien l’échelle moléculaire des causes et de la manipulation génétique, ils sont beaucoup plus ignorants à l’échelle macroscopique des effets écologiques, là où se joueront les conséquences importantes de l’action. Parce qu’ils sont, la plupart du temps, biologistes moléculaires d’abord, mais surtout parce que le niveau écosystémique est enchevêtré, et que les modèles scientifiques pour prédire le devenir de ces systèmes complexes avec exactitude sont encore manquants.

En conséquence, CRISPR et le forçage génétique confèrent à leurs manipulateurs, à l’égard du vivant, un pouvoir de dieux myopes.

Ce qui manque aujourd’hui au débat scientifique sur le forçage génétique, c’est une pensée relationnelle systémique et complexe, armée de l’humilité et la patience caractéristique des approches d’écologie scientifique. De même, il manque un débat éthique sur les conditions morales et les droits d’une domestication par les humains (au sens précis de transformation de leurs caractères à notre avantage) des espèces sauvages de la biosphère.

C’est pour cela que les législateurs devraient mettre en place les dispositifs légaux nécessaires pour geler ou ralentir l’utilisation de ces dispositifs en condition réelle (car dans l’immense majorité des cas, il n’y a aucune urgence à appliquer ces techniques), ou les limiter drastiquement à des cas particuliers lorsque l’urgence est manifeste (le cas du paludisme2 exige un débat), pour donner le temps à la société civile de réfléchir collectivement à ce qu’elle veut faire de cet outil, avant que des intérêts particuliers peu prévoyants ne commettent des dommages irréparables à la biosphère.

Éclairer les décisions des mécènes et des gouvernements

Il est grand temps de réagir. La fondation Bill et Melinda Gates a déjà engagé plus de 40 millions de dollars pour financer les recherches sur le forçage génétique afin d'éradiquer le paludisme3. La fondation Gates espère mettre au point la technologie et la laisser ensuite à disposition aux pays d'Afrique en leur laissant le choix de décider ou non s’ils veulent prendre le risque de l'utiliser.

Mais le forçage génétique ne respecte pas les frontières entre pays. La décision doit-elle véritablement être prise à l'échelle d'un seul pays voire d'un seul continent ? Il est grand temps d'ouvrir le débat à l'échelle planétaire, en impliquant des scientifiques et des non scientifiques.

Les enjeux ne sont pas seulement écologiques, sanitaires et civilisationnels : ils sont urgents.

Éléments d’un débat :
Pour ou contre le forçage génétique pour obtenir des moustiques résistants au parasite Plasmodium et tenter d'éradiquer le paludisme ?
POUR
- moins cher que les techniques actuelles (élimination des points d'eau qui constituent les gîtes larvaires, moustiquaires, insecticides, vaccins, mâles stériles)
- potentiellement plus rapide que les techniques actuelles
- potentiellement plus efficace que les techniques actuelles
CONTRE
- la séquence de forçage génétique peut échapper à notre contrôle (risques 1 et 2)
- impacts sur l'écosystème non chiffrés (risque 3)
- potentiellement moins efficace que prévu (apparition de gènes de résistances au « forçage génétique » dans les populations (ce risque a été relativement bien évalué par rapport aux autres risques et les chercheurs ont mis au point plusieurs moyens de s'affranchir de ce risque), réservoirs d'espèces cryptiques ou de populations qui ne s'hybrident pas

Pourquoi le débat est urgent ? Car tout va très vite !
-2003 : premiers modèles théoriques de forçage génétique, mais les moyens génétiques de le faire n'existent pas encore6.
-2012-2013 : développement de la technologie CRISPR : possibilité de couper l'ADN à n'importe quel site choisi grâce à seulement deux éléments : une protéine Cas-9 et un ARN guide (alors que les bactéries utilisent une protéine Cas-9 et deux ARN différents)4,5.
-avril 2015 : 1ère publication sur le forçage génétique sur des mouches drosophiles de laboratoire6.
-novembre 2015 : mise au point des premiers moustiques de laboratoire résistants au parasite vecteur du paludisme par forçage génétique7.
-décembre 2015 : mise au point par forçage génétique des premiers moustiques de laboratoire qui sont femelle-stériles et qui pourraient permettre l'extinction des populations de moustiques8.
-mars 2015 : l'OMS a accepté le lâcher de moustiques OGM Oxitec dans la nature9. Ces moustiques ont été produits par les techniques traditionnelles de manipulation génétique (sans CRISPR et sans forçage génétique).

Virginie Orgogozo, biologiste, directrice de recherche au CNRS, Institut Jacques Monod, Paris

Baptiste Morizot, philosophe, maître de conférences, Université Aix-Marseille

Modifier génétiquement une plante est loin d’être anodin

Actuellement, plusieurs nouvelles techniques de modification génétique font l’objet de discussion, pour déterminer si les produits qui en seront issus seront, ou non, réglementés comme les OGM transgéniques. Suite à une audition parlementaire [1] en avril 2016, nous allons essayer de comprendre certains des risques potentiels liés à la seule mise en œuvre d’une technique de modification génétique, qu’elle quelle soit, sur une culture de cellules végétales.

la suite sur : http://www.infogm.org/spip.php?article5975

http://www.infogm.org/spip.php?article5978

L’Académie étasunienne des sciences noyautée par l’industrie

L’Académie des sciences des États-Unis a publié en mai 2016 un nouveau rapport qui affirme que les plantes génétiquement modifiées (PGM) ne présentent pas plus de risques environnementaux et pour la santé que les plantes conventionnelles. Une conclusion sans surprise si on regarde de près les financements et les membres des comités de surveillance (« board ») de cette Académie.

La suite sur : http://www.infogm.org/spip.php?article5978

-Idem ,voici comment Monsanto, Bayer, BASF, Dow, Dupont et Syngenta, créent des liens discrets,voire un rapport de subordination avec le monde universitaire :

La discrète influence de Monsanto

Le Monde‎ - LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 11.07.2016 à 15h06 • Mis à jour le 11.07.2016 à 16h37 | Par Stéphane Foucart

La société Monsanto a-t-elle exercé des pressions sur la revue Food and Chemical Toxicology (FCT) pour voir rétractée l’étude du biologiste français Gilles-Eric Séralini (université de Caen), qu’elle avait publiée en septembre 2012 ? Depuis le retrait formel de celle-ci, en novembre 2013, la rumeur va bon train. Pour en avoir le cœur net, US Right to Know (USRTK), une association américaine militant pour l’étiquetage des OGM, a ­obtenu copie des échanges entre l’un des éditeurs de la revue et la firme de Saint Louis (Missouri). Ces courriels, récupérés en vertu de la loi américaine sur l’accès à l’information (Freedom of Information Act, FOIA) et que Le Monde a pu consulter, dévoilent l’influence des firmes agrochimiques sur certains personnels académiques et sur la construction de la connaissance.

Les documents consultés par Le Monde ne ­remettent pas en cause les critiques formulées à l’encontre de l’étude française. Communiquée auprès du public avec force photographies de rats déformés par de gigantesques tumeurs, celle-ci prétendait avoir montré la toxicité d’un maïs transgénique de Monsanto (le NK603) et de son herbicide compagnon, le célèbre Roundup. Mais, depuis, tous les groupes d’experts l’ayant examinée l’ont jugée « inconclusive » pour des questions de puissance statistique, de protocole expérimental inadéquat, etc.


Rapport de subordination

Son retrait n’en a pas moins ouvert une seconde polémique. Une telle mesure est en effet toujours motivée par la fraude, le plagiat ou encore des erreurs avérées commises de bonne foi. N’entrant dans aucune de ces catégories, l’étude de M. Séralini a été la première à être retirée pour « inconclusivité ». Les soutiens du biologiste français ont immédiatement mis en cause – sans preuves – un nouveau venu au sein du ­comité éditorial de FCT, chargé des biotechnologies. Et pour cause : professeur à l’université du Nebraska à Lincoln (Etats-Unis) et spécialiste des allergènes alimentaires, Richard Goodman est un ancien employé de Monsanto, qu’il a quitté en 2004…

Qu’en est-il ? Les courriels obtenus par USRTK montrent une singulière proximité entre M. Goodman et son ancien employeur. Pas si « ancien », d’ailleurs : comme le biologiste américain l’écrit lui-même dans un message de 2012, « 50 % de [son] salaire » provient en réalité d’un projet financé par Monsanto, Bayer, BASF, Dow, Dupont et Syngenta, et consistant à établir une base de données des allergènes alimentaires.

Cela crée des liens. Voire un rapport de subordination. Ainsi, en mai 2012, après la publication d’un article de presse dans lequel il est cité, M. Goodman, qui n’est alors pas encore éditeur de FCT, est sèchement recadré par un responsable de Monsanto. Ce dernier signale au professeur que son opinion semble avoir été interprétée par le journaliste comme « laissant penser que nous n’en savons pas assez sur les biotechnologies pour dire qu’elles sont sans danger ». En ­retour, le professeur fait un message collectif à l’ensemble de ses correspondants au sein des six entreprises de biotechnologies qui financent ses travaux. « Je m’excuse auprès de vous et de vos ­sociétés », écrit-il, avant de préciser qu’il a été mal compris par le journaliste.


Un engagement qui va bien au-delà de la simple production de connaissances

Le financement de travaux scientifiques par les industriels implique pour les chercheurs universitaires un engagement qui va bien au-delà de la simple production de connaissances. Il impose une forme de contrôle sur la parole publique du chercheur. En août 2012, M. Goodman prend cette fois les devants et prévient ses sponsors qu’il va être interrogé par la radio publique américaine sur la sécurité des OGM. « Accepteriez-vous de participer à une session de media training avant l’entretien ? », lui demande l’un de ses interlocuteurs. La suite ne dit pas si M. Goodman a accepté ou non cette proposition – il n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

En 2012, lorsque est publiée l’étude de Gilles-Eric Séralini, M. Goodman n’est pas encore membre du comité éditorial de FCT. Le 19 septembre, il informe son correspondant de Monsanto de la publication de l’article du chercheur français et « apprécierait » que la firme puisse lui fournir des éléments critiques. « Nous sommes en train de passer en revue le papier, lui répond son correspondant. Je vous enverrai les arguments que nous avons développés. » Quelques jours plus tard, le professeur Goodman est nommé « éditeur associé » de FCT, sur décision du toxicologue Wallace Hayes, alors rédacteur en chef de la revue.

Cette nomination n’avait pas été annoncée ­publiquement avant février 2013. L’arrivée de M. Goodman au comité éditorial de la revue a en réalité été une conséquence directe et immédiate de la publication de M. Séralini. Le 2 novembre 2012, alors que l’« affaire Séralini » bat son plein, M. Hayes annonce par courriel à des responsables de Monsanto que M. Goodman sera désormais chargé des biotechnologies au sein de la revue. Il ajoute : « Ma requête, en tant que rédacteur en chef, et de la part du professeur Goodman, est que ceux d’entre vous qui sont hautement critiques du récent article de Séralini et de ses coauteursse portent volontaires comme ­reviewers potentiels. »


Acceptation ou rejet

En clair, M. Hayes invite formellement les toxicologues de Monsanto à expertiser les études traitant des OGM et soumises à la revue, en vue de leur acceptation ou de leur rejet. Les documents consultés par Le Monde ne disent pas si M. Hayes – qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde – a limité cette demande aux scientifiques de la firme de Saint Louis.

Cela a-t-il eu un impact sur les articles acceptés par la revue ? Aucune certitude. Mais en 2013, selon nos informations, FCT a rejeté la première étude académique de toxicité chronique d’un maïs transgénique de Monsanto – le MON810 – sur Daphnia magna. L’étude suggérait des effets délétères sur ce petit crustacé d’eau douce, utilisé comme modèle d’étude par les écotoxicologues. C’est M. Goodman qui avait signifié aux auteurs le rejet, mettant en avant les rapports ­défavorables de reviewers. L’étude a en définitive été publiée, en 2015, dans une autre revue. Au contraire des travaux de M. Séralini, elle n’a ­ensuite pas été contestée…

Dans certains cas, le professeur américain semble s’en remettre au jugement des toxicologues de Monsanto, lorsqu’il doit évaluer un ­article dont certains aspects dépassent ses ­connaissances. « Je suis en train d’examiner un papier anti, écrit-il en octobre 2014 à l’un de ses correspondants de Monsanto. Ils citent une étude sri-lankaise de 2014 sur un possible lien ­entre exposition au glyphosate et une maladie rénale, ainsi qu’un mécanisme [pour expliquer cette toxicité]. » M. Goodman ajoute : « Je ne suis pas assez chimiste ou toxicologue pour comprendre les forces et les fragilités de leur logique : pouvez-vous me donner des arguments scientifiques solides pour savoir si cela est, ou non, plausible. » Or le glyphosate, principe actif du célèbre Roundup, est l’un des éléments-clés de la stratégie de Monsanto…

Cependant, rien dans les documents consultés par Le Monde n’accrédite l’idée que M. Goodman ait joué un rôle dans le retrait de l’étude de ­M. Séralini – cette décision avait alors été assumée par M. Hayes. En janvier 2015, M. Goodman annonce qu’il quitte la revue, faute de temps.

-E nfin ,pour ce qui concerne une autre technique de manipulation , celle du clonage animal, l'administration du blog vous fait un petit point avec cet article de la voix du nord.fr :

Vingt ans après Dolly, mange-t-on de la viande clonée en France ...

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