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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 07:31

Pourquoi il y a eu une manifestation contre les "nouveaux OGM"

Par Gaëlle Fleitour - Publié le 07 avril 2016

http://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-il-y-a-eu-une-manifestation-contre-les-nouveaux-ogm.N386333

Bruxelles doit trancher le mois prochain. Mais le statut des "nouveaux OGM", comme les appellent les associations environnementales, fait déjà polémique. Une manifestation d'opposants s'est déroulée le 7 avril. Alors que les industriels demandent d’évaluer au cas par cas ces nouvelles techniques d’obtention de plantes par modification génétique.

"Nouveaux OGM : mobilisons-nous !" C’est le slogan lancé par Greenpeace à ses adhérents, pour se retrouver mercredi 6 avril autour d’un "pique-nique convivial" contestataire… qui s'est transformé, suite à l'appel de plusieurs associations environnementales, en manifestation devant l’école AgroParisTech, à Paris. L'objectif ? Perturber une réunion des membres du Haut Conseil des biotechnologies (HCB)… finalement annulée.

A lire aussi : les nouveaux OGM, qu'est-ce que c'est ?

Les manifestants s’inquiètent de la future législation sur les techniques de modifications ciblées du génome (New Plant Breeding Techniques, ou NPBT) permettant de transformer des plantes. Plus ou moins récentes, elles sont examinées par Bruxelles, qui devrait décider le mois prochain, après consultation des Etats-membres, si elle les soumet ou non à la stricte réglementation européenne sur les OGM (lire l'encadré). Le dossier traîne déjà sur le bureau de la Commission Européenne depuis 2008.

La stricte réglementation des OGM en Europe
En Europe, la commercialisation et la culture d’organismes génétiquement modifiés sont strictement encadrées en Europe par la définition de la directive européenne 2001-18, que les entreprises de l’agrochimie et les semenciers jugent décourageante. Sont OGM les "organismes, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle". Les aliments (sauf la viande issue d’animaux d’élevage nourris aux OGM) contenant plus de 0,9 % d’OGM sont alors obligatoirement étiquetés comme tels. Mais les Etats membres peuvent interdire sur leur territoire la culture de semences génétiquement modifiées, et ce malgré l’autorisation de la Commission européenne et de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). C’est le cas dans de nombreux pays, dont la France.

Un dossier délicat, qui sommeille depuis 2008

Et la bataille des lobbies fait rage. Déjà surprise par le taux de refus des cultures d'OGM en plein champ, la Commission a cette fois préféré recueillir en amont les positions de chaque pays. Pour aider le gouvernement français à élaborer sa réponse à cette question complexe et hautement politique, le HCB s’est donc auto-saisi du dossier. Se prononçant dans une note de synthèse dévoilée par L’Usine Nouvelle le 4 février.

Une note dénoncée par Greenpeace et sept associations, dont la Confédération paysanne, qui avaient pourtant participé aux travaux du HCB mais ont décidé depuis de suspendre leur collaboration. Elles accusent le Comité économique, éthique et social de l’instance de "falsification de l’expertise scientifique officielle" et de "censure". Faute d’avoir intégré l’avis divergent d’Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui a depuis démissionné du Conseil scientifique du HCB…

La position du HCB soutenue par les industriels

Car pour ces associations, "la réponse est sans appel : oui, ces nouveaux procédés doivent être soumis à la même règlementation que les OGM", insiste Greenpeace. Or, loin de trancher aussi fermement, le HCB, organe consultatif indépendant créé dans la foulée du Grenelle de l’Environnement en 2008, prône un encadrement au cas par cas de ces manipulations génétiques et des produits qui en sont issus. Suivant ainsi plus ou moins l’avis des industriels de l’agrochimie et des semences, pour lesquels certaines NPBT donnent naissance à une plante non distinguable d’une autre plante de même espèce, qui aurait pu être obtenue par "croisement conventionnel". Elles échapperaient alors à l’étiquetage des produits OGM en UE, et donc à l’information des consommateurs.

Or le rapport du HCB a déjà "servi de base à des réponses du gouvernement à des questions parlementaires et à une saisine du gouvernement datant du 27 février, qui demande au HCB de faire des propositions pour encadrer ces nouvelles techniques", assure Patrick de Kochko, vice-président du CEES et coordinateur de Réseau semences paysannes au Monde.

GROS POTENTIEL COMMERCIAL mais MANQUE DE TRAÇABILITÉ

Les NPBT ont déjà conduit à la mise sur le marché de variétés végétales en Amérique du Nord. Les entreprises y voient des "opportunités potentielles, notamment en termes de développement de variétés présentant des caractéristiques nouvelles qui ne pourraient pas être obtenues par les techniques de sélection déjà disponibles (sélection classique, transgénèse)", observe Christine Noiville, la présidente du HCB.

L’atout de ces nouvelles technologies? En proposant notamment "le ciblage à l’échelle moléculaire des modifications génétiques dans le génome", elles permettent d’éteindre des gènes, de les activer, de les muter, de les répliquer… et donc de répondre plus rapidement à des besoins en productions variétales ou de développer une résistance à une maladie, même très localisée, par exemple. Tout en diminuant les intrants (engrais, pesticides…), affirment les entreprises auditionnées.

Mais contrairement aux OGM, dont on connaît toujours la séquence d’ADN modifiée puisqu’elle est déposée auprès d’un organisme européen, les NPBT ne peuvent pas être tracées. Ce qui pose évidemment des enjeux éthiques et sanitaires.

Gaëlle Fleitour

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